Quelle est la place des femmes dans l’Église? Elles représentent la moitié de l’humanité. Pourtant, les femmes occupent souvent un rôle inférieur aux hommes. Cette réalité a été particulièrement présente dans l’Église au cours des siècles. Peut-on s’inspirer de certaines héroïnes de la Bible pour briser un plafond de verre? Dans cet épisode, Joan et Stéphane se demandent s’il existe encore un plafond de verre pour les femmes dans nos Églises. La question des quotas pour assurer une diversité est abordée. Quelques héroïnes de la Bible sont présentées. L’importance des espaces sécuritaires pour les femmes est expliquée. "UNE BIBLE DES FEMMES. Vingt théologiennes relisent des textes controversés", éditrices Pierrette Daviau, Laurian Savoy et Élisabeth Parmentier, Éditions Labor et Fides, 2018. ISBN: 978-2-8309-1663-8. 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Et un peu énervée, j'ai crié, j'ai dit, mais pétard, j'aimerais retrouver ce casque maintenant parce que j'en ai besoin pour enregistrer l'émission, le podcast du 8 mars. Et là, j'ai chopé ma fille et je lui ai dit, tu sais au moins ce que c'est que le 8 mars? Et elle m'a répondu, pour m'énerver évidemment, c'est la journée de la femme. « La » femme. La fameuse, celle qu'on cherche partout. Et ça m'a fait penser un petit peu à cette discussion que j'avais pu avoir avec d'autres femmes blanches qui ont passé un peu de temps en Afrique. Et moi je leur disais quand même cette mobilisation autour du 8 mars dans les Églises d'Afrique, c'est quelque chose d'exceptionnel. C'est vrai que c'est beau, il y a toutes les femmes qui ont des paniers, il y a marqué 8 mars, journée de la femme, il y a aussi le nom de l'Église ou de la paroisse, de la communauté, il y a des célébrations, des fois il y a des buffets. Bon évidemment les buffets, ils ne sont pas préparés par les hommes. Bien sûr! Mais enfin, il y a un esprit de fête, mais merveilleux. Et puis, une autre femme blanche, donc voilà, ce sont vraiment des avis situés, m'a dit « oui, mais tu vois, j'ai l'impression que ces jours-là, c'est surtout des journées pour rappeler aux femmes qu'elles sont des femmes ». Et je ne sais pas dans quelle mesure c'est vraiment des journées où on les encourage à s'émanciper, à faire d'autres choses que leur rôle traditionnel de femme, d'épouse, de bénévole à l'Église. Et moi je n'en sais rien en fait, tu vois Stéphane, je n'arrive pas vraiment à trancher, mais j'aimerais que de temps en autre dans nos Églises, on parle quand même de cette journée-là, peu importe si c'est un peu pour nous essentialiser, mais au moins on se rappellerait qu'on est là concrètement et qu'on est des femmes et puis on pourrait s'en emparer. Alors moi je le fais dans mes cercles d'Églises dans lesquels j'ai le bonheur de servir. Mais en l'occurrence, j'aimerais bien quand même qu'on en parle un peu plus. Le rôle des femmes dans les Églises nord-américaines C'est vrai, on dirait qu'il y a un paradoxe. Moi, je suis avec l'Église unie du Canada et comme plusieurs Églises nord-américaines, je dirais, les gens dans nos Églises, les gens qui viennent à nos activités, ce sont très majoritairement des femmes. Il y a encore cette division, les femmes à la cuisine et les hommes qui servent sur les conseils d'administration. Je ne dis pas que c'est exclusivement ça, mais ça reste quand même là. Et ça pose question parce qu'on a des théologies très progressistes, très ouvertes, mais on dirait que ça ne percole pas jusqu'à la base, jusqu'à la division des rôles, jusqu'aux représentations. Qui dirige l'école du dimanche? Mais c'est des femmes, c'est surtout des mamans. Les pères sont tout aussi capables, mais sont moins là. Moi aussi, ça me pose question. Dans l'Église Unie du Canada, si on regarde les personnes qui étudient la théologie, les personnes qui deviennent pasteurs, c'est essentiellement des femmes. Le leadership est plus féminin qu'il l'était à une autre époque. Cependant, on a encore ce réflexe-là dans nos paroisses de cantonner les femmes à certaines sphères. Et je ne sais pas pourquoi. Bon, j'ai une petite idée que c'est le patriarcat, mais quand même. Une Bible, des femmes Et tu vois, c'est pour ça que j'ai eu cette grande surprise qui m'a prise vraiment par le revers lorsqu'on a sorti « Une Bible des femmes » avec Élisabeth Parmentier, Pierrette Daviau, qui vient d'Amérique du Nord, du Canada francophone. Cette sœur incroyable, qui est elle-même un exemple magnifique d'une femme libre et libérée. Et puis il y avait Lauriane Savoie qui vient de sortir son livre, qui part de sa thèse de théologie sur le ministère pastoral féminin en Suisse. Et c'est drôle parce que ces trois femmes, trois générations différentes, trois milieux confessionnels différents, Elisabeth Parmentier, luthérienne, la soixantaine, Pierrette Daviau, catholique, plutôt plus de 75 ans, Lauriane Savoie, la trentaine, côté réforme et jeune voix. Elles ont réussi à créer une collective autour d'elles et on a bossé toutes ensemble dans une Dropbox sur des textes bibliques qui parlaient de femmes et de femmes puissantes. Je ne sais pas si j'en ai déjà parlé ici. Ce bouquin, ce qui est marrant, c'est que la maison de distribution en France, donc la maison d'édition c'est De Borée et puis la maison de distribution c'est encore différent, c'est une maison d'édition plus grosse. Elle avait dit ouais, écoute. Si on arrive à en écouler 700 exemplaires on peut être content, on ne va pas en imprimer tellement plus parce que tu comprends un combo de femmes dans la Bible, non, mais qui est-ce qui va lire ce truc? Et là ils en sont à… je ne sais pas combien énième réédition. Le truc a cartonné, on a gagné deux prix chrétiens. C'est la première fois de ma vie que j'ai gagné de l'argent grâce à un texte. Bref, un miracle quoi, un miracle. Et puis finalement, cet engouement a fait que j'ai été invitée dans beaucoup de paroisses, j'ai accepté de circuler. Il y avait beaucoup de femmes, c'est vrai, il y avait un ratio un peu 65-35, 65% de femmes, 35% d'hommes. Et à chaque fois, il y avait des femmes qui disaient, mais c'est merveilleux que ce soit des femmes qui nous offrent des relectures de passages bibliques sur des femmes de la Bible, parce que jusqu'à maintenant, je n'ai eu accès qu'à des interprétations ou d'hommes. C'est-à-dire des scholars, des académiciens, ou de femmes qui reprenaient des travaux d'hommes. Et ça, tu vois, c'est souvent l'angle mort. C'est-à-dire qu'en fait, bien sûr qu'il y a toutes ces collègues qui sont là, bien sûr que l'Église, elle est tout à fait féminisée, mais ce qui continue à faire autorité pour expliquer et commenter les femmes dans la Bible, c'est la parole des hommes. Et nous, on a attaqué, sans faire exprès, vraiment cet angle mort. Ce n'était pas l'intention première, mais ça faisait partie de l'intention. Et toutes ces femmes ont été tellement reconnaissantes et elles venaient en nombre. Pour moi, ça a été une fabuleuse expérience et aussi un lieu d'enseignement parce qu'on aurait dû faire un deuxième volume, Stéphane, qui aurait été une Bible des femmes 2. Et on aurait eu notre lectorat pour ça. Mais étant donné que plein d'hommes ont dit « Ouais, une Bible des femmes, avec que des femmes, ouais, et nous les hommes et tout », eh bien l'éditeur s'est laissé convaincre et on a fait une Bible pour un des hommes. Moi, par exemple, je suis très contente avec qui je l'ai fait. Anthony Favier, c'est un homme formidable. On était aussi avec Josselin Tricou, super. Dans tout le bouquin, il y avait Sébastien Doane qui est de chez vous. Enfin voilà, moi je suis super contente de ce qu'on a fait, mais néanmoins, on n'a pas eu de lectorat. Eh ouais, parce que les hommes qui avaient réclamé un volume pour eux, ils n'ont pas acheté le livre. Et donc, ça prouve bien quand même que quand on a nos intentions féministes, il faut que l’on continue à les faire et qu'on ne s'arrête pas au regard des hommes. Et ça, c'est très difficile en milieu chrétien. L’importance d’entendre la voix des femmes En tant qu'homme, qu'est-ce qu'on a à y perdre si d'autres voix s'expriment? Si elles sont plus visibles, plus audibles, plus présentes dans nos églises, dans nos structures d'institutions, qu'est-ce qu'on a à y perdre? On n’y perd rien vraiment. Nos privilèges, oui, peut-être notre égo est un peu froissé, mais dans le grand ordre des choses, lorsqu'on regarde l'objectif ultime d'une Église, c'est ce qu'on appelle le royaume de Dieu, ce n'est pas la république des copains. Est-ce qu'on peut arriver à un grand idéal en laissant de c