Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 13H AGO

    «Les prix sont excessifs»: au Maroc, difficile d'acheter des moutons pour célébrer l'Aïd el-Kébir

    La Tabaski a lieu mercredi 27 mai au Maroc. L'Aïd el-Kébir, comme on l’appelle au Maghreb, aura une saveur particulière cette année dans le royaume. En 2025, il n'y avait pas eu de sacrifices de moutons. Le roi Mohammed VI avait appelé les Marocains à ne pas l'accomplir pour préserver le budget déjà serré des ménages, dans un contexte de sécheresse et de diminution du cheptel. Les Marocains ont donc repris le chemin des marchés aux moutons. De notre correspondant à Casablanca, À l'ombre du minaret de la mosquée Hassan II, qui culmine à 200 mètres de haut, un marché est installé en plein cœur de Casablanca. Amine et Ilham, frères et sœurs, viennent d'arriver. Ils ont le sourire pour l'instant : « J'ai trois enfants. L'année dernière, on ne l'a pas célébré. Là, les pauvres voient les gens en train d'acheter des moutons et nous, on en n'achèterait pas ? C'est pas possible. On va le faire même si on va devoir faire des sacrifices, même s'il le faut que je vende un objet de valeur. » Ils sont venus acheter trois moutons, avec un budget plutôt conséquent. Ils sont prêts à débourser jusqu'à 500 euros par bête. Après un petit tour du marché, c'est la déception pour Ilham : « Les prix sont excessifs. On ne peut rien acheter ici. Ça oscille entre 650 et 700 euros, c'est beaucoup. Comme il n'y a pas eu de sacrifice l'année dernière, on s'attendait à ce que ça soit moins cher cette année. Et en fait, les prix ont doublé ! Dans ce cas-là, on ne pourra pas acheter. C'est abusé, je ne vais pas acheter 650 euros un mouton qui coûte normalement 300 à 400 euros. » Le gouvernement du Maroc promettait pourtant des tarifs accessibles cette année grâce à la reconstitution du cheptel – neuf millions de têtes d'ovins et de caprins disponibles pour l'Aïd –, mais la polémique enfle, car les prix ont explosé. À lire aussiAïd el-Kebir, Aïd al-Adha ou Tabaski: une des fêtes les plus importantes de l'islam Des coûts importants pour les éleveurs  Il y a une semaine, à la Chambre des représentants, un débat sur le prix du mouton a même donné lieu à une passe d'armes entre parlementaires. Le gouvernement a finalement annoncé, quelques jours avant la fête, des mesures « exceptionnelles et temporaires » pour mieux encadrer les marchés et lutter contre la spéculation. Amine, le frère d'Ilham n'est pas vraiment convaincu : « Je ne sais pas pourquoi c'est aussi cher. Il y a eu des subventions. L'année dernière, on n'a pas sacrifié pour avoir plus d'offres en 2026. On a eu un hiver pluvieux, alors qu'avant, ils justifiaient la hausse des prix par la sécheresse. » Tahar est un revendeur de moutons. Il achète les bêtes et les engraisse pendant quelques mois juste avant l'Aïd : « L'agriculteur a des coûts plus importants désormais. Avant, il avait tout à sa disposition chez lui. Il ne dépensait rien pour ses bêtes. Il pouvait te vendre un mouton à 300 euros tout en gagnant de l'argent ! Mais actuellement, et surtout avec la succession des années de sécheresse, il a beaucoup de choses à acheter. Même si cette année a été plus clémente, il n'en profite pas encore. » Les agriculteurs ont dû se tourner vers l'achat d'aliments pour bétail. Beaucoup de Marocains repartent du marché les mains vides ce jour-là. La pression sociale reste forte, mais ils sont de plus en plus nombreux à renoncer au sacrifice et à revendiquer ce choix. À lire aussiLe Maroc célèbre un Aïd el-Kébir sans sacrifice du mouton après l'appel du roi Mohammed VI

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  2. 1D AGO

    Afrique du Sud: à Johannesburg, la foire d'art Latitudes dévoile un autre regard sur le Nigeria

    Une nouvelle édition de Latitudes, l'une des foires d’art contemporain de Johannesburg, s'est déroulée ce week-end du 23-24 mai. Et comme chaque année, un espace était dédié à des artistes d'un pays du continent mis à l'honneur. Après le Botswana, c'était cette fois-ci au tour du Nigeria de voir sa scène créative être célébrée et présentée au public local. Un échange à rebours des clichés, qui permet aux Sud-Africains d'avoir un autre regard sur le Nigeria, souvent perçu de manière négative à cause des tensions xénophobes. De notre correspondante à Johannesburg, Ces réalisations de peintres et plasticiens nigérians sont rassemblées au niveau d'une des terrasses des magnifiques jardins de Shepstone, où se déroule la foire d'art. Boitumelo Makousu est la commissaire de l'exposition : « Nous avons des sculptures, des peintures, des œuvres faites avec des étoffes... Prenons par exemple Meritblessing Ibrahim : elle utilise des tissus traditionnels pour les transformer en sculptures. Ici, nous avons (Gbolahan) Ayola, qui travaille l'argile. Il se rend sur des sites archéologiques du Nigeria, mène des recherches et réfléchit à la notion d'origine. Jusqu'à présent, nous avons déjà vendu 12 œuvres en tout, et j'ai dû les remplacer pour recomposer ce que vous voyez. » De grands visages de femmes peints sur des sacs en toile de jute signés Paul Ayihawu côtoient des tableaux de Samuel Inalegwu. Dans l'entrée, sont exposées des œuvres de Jemiye Ugwujide, artiste aux origines nigérianes qui habite en Afrique du Sud depuis 15 ans. Son travail tourne autour des questions de genre et d'identité queer : « C'est magnifique de voir des artistes et des Sud-Africains s'intéresser à l'art nigérian, l'admirer ou faire preuve de curiosité. J'aime beaucoup que les gens viennent me voir et me posent des questions sur ma culture igbo, sur notre cosmologie. Parce que le panafricanisme, c'est refuser l'idée xénophobe selon laquelle il n'y aurait pas assez de place pour que tout le monde coexiste. » « Nos histoires sont entremêlées » Dans l'ensemble, les couleurs sont vives, et beaucoup choisissent l'art du portrait comme moyen d'expression. Toute cette série a d'abord été dévoilée à Lagos, et elle est maintenant présentée au public sud-africain, ce qui ravit Tsakane, venue visiter la foire : « Ce sont de très belles créations. À travers l'art, on commence à voir qu'on n'est pas si différents, nos histoires sont entremêlées et nous avons beaucoup de thématiques en communs. Ça aide à humaniser des personnes qu'on ne connait pas, et à faire reculer la peur. » Une collaboration facilitée par la présence dans les deux pays de la banque qui sponsorise la foire Latitudes. Mais pour Boitumelo Makousu, le fait que Lagos et Pretoria soient deux places fortes de l'art contemporain sur le continent devrait encourager davantage les échanges : « Il y a une relation assez violente entre les deux pays, et pour moi, l'aborder à travers le prisme de l'art peut permettre de créer des discussions et une forme de dialogue. » Au-delà de cette salle dédiée au Nigeria, la foire aura permis de découvrir en tout, les œuvres de quelque de 300 artistes. À lire aussiAfrique du Sud: la foire d'art contemporain veut réinvestir le centre de Johannesburg

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  3. 2D AGO

    «Nous avons peur d'être tués»: les réseaux terroristes se renforcent dans le nord-ouest du Nigeria [2/3]

    Une opération de sécurité impliquant l'armée et la police, baptisée « Opération Savannah Shield », est en cours depuis plusieurs mois dans le nord-ouest et la bande centrale du Nigeria. Plusieurs groupes terroristes liés à al-Qaïda au Maghreb islamique et au groupe État islamique, mais aussi des éléments d'Ansaru et de Boko Haram, sont désormais bien enracinés dans toute cette zone. Dans l'État de Niger, ces groupes opèrent au sein de réseaux interconnectés. Des factions islamistes se sont parfois alliées à des gangs criminels profitant de cette couverture locale pour dissimuler leurs mouvements. Ils mènent des attaques dans des zones éloignées avant de se replier vers des cachettes établies au sein des communautés environnantes dans la réserve forestière de Kainji. De notre correspondant dans la région, James est le catéchumène du village d'Ifana. Depuis 202, cette localité de l'État de Niger, au Nigeria, est la cible d'attaques régulières d'un groupe de bandits. La situation s'aggrave en 2025 quand ce gang criminel mène un raid spectaculaire, obligeant James et toute sa communauté à s'enfuir à pied sur près de 30 kilomètres. « Deux hélicoptères blancs survolent la zone, puis ces deux hélicoptères blancs font des allers-retours au-dessus de la zone. Et à un moment donné, ils cessent de survoler la zone », se souvient-il. En contrôlant le ciel, le plan est imparable. Les bandits pillent les habitations du hameau où James réside avec sa famille. Ils s'occupent d'un des sites d'orpaillage proche d'Ifana. Et surtout, ces hommes armés volent de façon méticuleuse le bétail et les stocks de céréales. James confie : « Sincèrement je pensais qu'il s'agissait d'une équipe de secours, sans savoir qu'il s'agissait en fait de bandits. Quand nous avons compris qu'il s'agissait de bandits, nous étions terrorisés, car ils nous avaient encerclés au sol et volaient également au-dessus de nous ; nous avons alors perdu tout espoir de nous en sortir vivants. » Comme Ifana, Kasuwan Daji, situé sur le corridor menant à la forêt de Kainji, est un autre village martyr de l'État de Niger. Ibrahim est l'adjoint de l'imam de cette localité. Le 3 janvier 2026, un raid d'une faction salafiste extrémiste extermine 60 personnes. Les assaillants opèrent sans aucune résistance en face d'eux. Ibrahim est l'un des 15 hommes vivant encore dans les ruines de ce village à moitié détruit : « Ce matin, nous avons fui une nouvelle attaque, tandis que le gouvernement reste silencieux face à la situation sans rien faire. Il faudrait au moins envoyer des agents de sécurité dans le village pour que nous puissions dormir en paix. Les maisons ont été incendiées, nous avons déblayé les lieux pour pouvoir y rester ; cependant, nous avons peur d'être tués par eux, car les maisons encore debout sont ouvertes et n'ont pas de portes. » Après avoir payé une rançon à leurs envahisseurs, les habitants d'Ifana eux ont pu retourner sur leurs terres. Mais ces bandits occupent toujours une partie de cette localité. À lire aussiNigeria: la fermeture de l'école Saint Mary prolongée en raison de l'insécurité dans le nord-ouest [1/3] À lire aussi«Ils rôdent dans les environs»: des ex-otages vulnérables face à l'insécurité dans le nord-ouest du Nigeria [2/3]

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  4. 3D AGO

    «Ils rôdent dans les environs»: des ex-otages vulnérables face à l'insécurité dans le nord-ouest du Nigeria [2/3]

    Près de cinq mois après leur libération, les élèves et le staff de l'école Saint Mary de Papiri ont tous retrouvés leurs proches. Situé dans l'État de Niger au Nigeria, cet établissement scolaire primaire et secondaire n'a toujours pas rouvert ses portes. Les victimes de ce spectaculaire kidnapping de masse ne bénéficient d'aucun accompagnement psychologique et vivent toujours dans une zone extrêmement volatile et dangereuse. Une opération de sécurité impliquant l'armée et la police, baptisée « Opération Savannah Shield », est en cours dans le nord-ouest du Nigeria. Reportage dans cette zone voisine du département de Borgou au nord du Bénin. De notre correspondant dans la région, De son mois de captivité, Bako est revenu choqué par le matériel technologique en possession des groupes extrémistes. Cet enseignant de l'école Saint Mary ne comprend toujours pas comment salafistes et bandits ont pu s'enraciner dans les forêts de l'État de Niger. L'ultra violence de ces criminels hante toujours Bako : « Des enfants meurent dans les cachots de ces ravisseurs. Des femmes y meurent aussi. Des milliers de personnes y sont otages. Des gens du Bénin et du Nigeria... Il y a des infirmières là-bas. Des sages-femmes sont prises aussi au piège. Au Bénin, ces groupes extrémistes ont l'habitude d'aller dans des hôpitaux pour enlever des gens. Ils savent qu'ils obtiennent de plus grosses rançons en kidnappant des personnels de santé. » Lydia est une aide cuisinière de Saint Mary. Elle aussi a été otage comme Bako. Ses deux fils âgés de moins de 5 ans ont vécu cette expérience avec elle, dans la forêt de Kainji. Ces deux bambins ne lâchent plus d'une semelle leur maman depuis leur retour. Car même libre, le quotidien de cette famille est un cauchemar : « Ce qui me préoccupe encore aujourd'hui, c'est que les meurtres n'ont pas cessé ; je n'ai donc pas l'esprit tranquille. Parfois, nous ne pouvons pas dormir chez nous parce qu'ils rôdent dans les environs ; nous devons aller dormir dans la brousse, et c'est pour cette raison que je n'ai pas l'esprit tranquille. » « Nous courons dans le noir avec nos enfants » Le jour du kidnapping de Saint Mary, Emmanuel rendait visite à son épouse, enseignante de cette école. Depuis son retour à la liberté, une nuit sur deux, le hameau où vivent Emmanuel et sa famille subit des attaques de bandits. Et comme Lydia et ses enfants, Emmanuel et sa compagne se cachent jusqu'au matin en brousse. En étouffant les pleurs de leurs deux nourrissons : « Nous courons dans l'obscurité en espérant qu'ils ne voient pas où nous nous cachons. Nous courons dans le noir avec nos enfants. Parfois, les enfants pleurent, alors nous faisons de notre mieux. Nous les choyons juste pour faire cesser les pleurs, afin que, si les bandits sont dans les parages, ils ne puissent pas découvrir où nous nous cachons. » Au bord de la rupture nerveuse, Emmanuel s'accroche à la vie. Surtout quand il se souvent de tous ces otages qu'il a croisés. Il se demande en permanence combien d'entre eux sont encore vivants. À lire aussiNigeria: la fermeture de l'école Saint Mary prolongée en raison de l'insécurité dans le nord-ouest [1/3]

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  5. 4D AGO

    Nigeria: la fermeture de l'école Saint Mary prolongée en raison de l'insécurité dans le nord-ouest [1/3]

    Près de cinq mois après leur libération, les élèves et le personnel de l'école Saint Mary de Papiri ont tous retrouvé leurs proches. Situé dans l'État de Niger au Nigeria, cet établissement scolaire primaire et secondaire n'a toujours pas rouvert ses portes, alors que progressivement, d'autres établissements publics n'appliquent plus la fermeture décrétée par le gouverneur de cet État. La direction de l'école Saint Mary prend son temps pour permettre aux élèves et au personnel de se remettre du traumatisme de ce spectaculaire enlèvement de masse (303 élèves et 12 personnels scolaires). La situation sécuritaire demeure très dangereuse dans cette zone très rurale du centre-ouest du Nigeria, face au département du Borgou au Bénin. De notre correspondant de retour de Papiri, Depuis janvier 2026, l'évêque Bulus Yohanna vit en dehors de son diocèse de Kontagora, au Nigeria. Le propriétaire de l'école Saint Mary se sent ciblé par les factions d'al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et de l'État islamique. Ces groupes terroristes sont hostiles à l'éducation formelle. Alors, pour éviter un nouveau kidnapping comme celui de novembre 2025, l'évêque Bulus Yohanna maintient fermée l'école de Papiri : « Il y a des menaces. Le personnel doit être en sécurité. Et même les enfants, en particulier ceux qui ont été enlevés, je ne pense pas qu'ils souhaitent revivre une telle expérience. Cela ne concerne pas seulement les élèves, mais tout le monde. Comme l'endroit n'est pas sûr, nous avons décidé de fermer jusqu'à ce que la situation sécuritaire s'améliore considérablement. » À lire aussiNigeria: détresse dans les villages autour de Papiri où 315 enfants ont été enlevés « Je sais les bienfaits de l'éducation. Cette école doit absolument continuer » L'école Saint Mary accueille plus de 650 élèves du primaire et du secondaire. La majorité est chrétienne. Mais de nombreuses familles musulmanes y ont inscrit leurs enfants. Les frais de scolarité y sont très bas pour que l'école soit accessible aux familles vivant dans le nord de l'État du Niger. « Ce sont des paysans. Ils n'ont pas les moyens de scolariser leurs enfants dans les grandes villes ; au moins, il y a une école ici... Comme ces paysans, je viens de l'État du Niger. Je suis originaire d'Agwarra. Sans les missionnaires, je ne serais jamais allé à l'école. Je ne peux donc pas rester silencieux, alors que je sais les bienfaits de l'éducation. Cette école doit absolument continuer. Sinon, ce sera la fin de l'éducation dans cette région », explique l'évêque Bulus Yohanna. Reste que cette fermeture prolongée depuis fin 2025 de l'école de Saint Mary est dramatique. Seulement une vingtaine d'élèves ont réintégré un autre établissement, loin de Papiri. Vêtue de blanc et mauve, avec l'uniforme de son école d'origine, Promise Amos est soulagée de pouvoir s'asseoir dans une classe. « Je suis très contente, parce que je ne savais pas si j'allais pouvoir continuer l'école, car j'étais très inquiète. Comment j'allais faire pour passer mon bac ? Comment j'allais faire pour reprendre ma scolarité ? », se questionnait-elle. L'évêque Bulus Yohanna veut croire aux promesses sécuritaires des autorités fédérales. Pourtant, la communauté scolaire de Saint Mary reste en danger, vivant toujours sous la menace des attaques des salafistes dans le secteur de Papiri. À lire aussiDans le nord-ouest du Nigeria, des protestations contre l'insécurité permanente

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  6. 5D AGO

    Aux Seychelles, le réchauffement climatique entraîne le blanchissement massif des coraux

    Les Seychelles se sont spécialisées dans le tourisme haut de gamme, qui représente près d’un tiers de l’économie de l’archipel. Certains hôtels proposent désormais à leur clientèle des ateliers de sensibilisation à la protection des récifs coralliens et même de participer à leur restauration. Finies les journées passées à siroter des cocktails sur un transat : les touristes peuvent désormais aider à bouturer des coraux. Mais le salut des coraux ne pourra passer que par de réelles politiques de lutte contre le changement climatique. De notre envoyée spéciale de retour de Baie Lazare, En maillot de bain, masque et tuba à la main, ces touristes français ne s’apprêtent pas à partir en excursion, mais à restaurer un récif corallien. Leur guide : Fantine Soulat, biologiste marine pour WiseOceans, une organisation spécialisée dans la conservation, la restauration et l'éducation au monde marin. Basée à l’année dans un hôtel partenaire, elle anime des ateliers de sensibilisation pour les clients. Mais avant la pratique, un peu de théorie. « Donc, pour commencer, est-ce que vous avez un peu une idée de ce qu'est un corail ? Une colonie ? Un animal ?, interroge la biologiste marine. C’est un animal qui vit en symbiose avec une algue et qui produit son squelette de carbonate de calcium. C'est un animal très simple qui est de la même famille que les méduses. Ce qui donne la couleur au corail, c'est la micro-algue, donc la zooxanthelle. Si on l'enlève du corail, le corail devient blanc et c'est ce qu'on appelle le blanchissement des coraux. » À écouter dans Le grand invité internationalTriangle de Corail en Asie: une expédition veut «comprendre sa résistance face au changement climatique» La perte de plus de 80% de coraux Comme de nombreux récifs tropicaux, les Seychelles sont frappées par des épisodes de blanchissement massifs liés au réchauffement des océans. D’après les scientifiques, depuis 1998, certaines zones de l’archipel ont perdu plus de 80 % de leurs coraux. « À cause de l'augmentation de la température de la mer, le corail va stresser et du coup, il va enlever l'algue de ses tissus parce que ça va produire trop de produits toxiques pour lui et il va devenir blanc », explique Fantine Soulat. En revanche, si son stress diminue, le corail blanchi peut récupérer et reprendre de ses couleurs. C'est là tout l'enjeu de l'atelier : fixer des petits fragments de coraux dans un environnement protégé – la nurserie dans le lagon –, les faire grandir, puis, neuf mois après, les transplanter sur un récif. Ces activités rencontrent un succès croissant dans les hôtels seychellois. Mais pour la biologiste, elles restent surtout un outil de sensibilisation. Car si ces actions ont le mérite de faire parler du corail, elles ne peuvent à elles seules freiner le déclin massif des récifs. Le véritable salut des coraux, lieu d'habitat d'un quart de la faune marine mondiale, ne passera que par des engagements globaux drastiques sur les émissions de gaz à effet de serre et par la préservation des écosystèmes marins. À lire aussiPrès de 85% des coraux mondiaux sont concernés par une vague de blanchissement mondial

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  7. 6D AGO

    République centrafricaine: la prolifération des faux documents dans le pays

    En Centrafrique, la falsification de documents administratifs prend une ampleur inquiétante. Actes de naissance, diplômes, certificats ou encore pièces d’identité : ces faux documents circulent de plus en plus dans certains quartiers de Bangui et dans plusieurs villes de province. Pourtant, la loi centrafricaine qualifie cette pratique de « faux et usage de faux », une infraction passible de poursuites judiciaires et de sanctions pénales. Malgré les risques encourus, de nombreux jeunes sans emploi ou en situation de précarité se tournent vers cette activité devenue, pour certains, un moyen rapide de gagner de l’argent. De notre correspondant à Bangui, Entre les vendeurs ambulants, les étals de légumes et les friperies, un petit kiosque en bois attire discrètement des visiteurs. Au premier regard, rien ne le distingue des autres commerces. Pourtant, derrière une vieille imprimante reliée à un ordinateur portable poussiéreux, une équipe de jeunes falsifie des cachets, des signatures et des documents administratifs. L’un d’eux, qui a requis l’anonymat, explique leur activité. « Nous fabriquons de faux documents pour aider certains compatriotes dans le besoin. Beaucoup n’ont pas le temps de suivre les procédures normales. D’autres ont perdu leurs papiers pendant les crises. Ils cherchent donc à avoir rapidement les documents privés et publics. » Autour de lui, des feuilles plastifiées, des tampons et des formulaires vierges sont rangés dans des chemises usées. Les clients arrivent discrètement, souvent envoyés par une connaissance. Gaël Boris, opérateur économique, témoigne. « Aujourd'hui, on est en train de marcher dans le PÉRIL concernant nos frères et nos sœurs qui sont au quartier, qui ne font rien. Et ils ne veulent pas aller à l'école, mais ils veulent seulement avoir un diplôme parallèle obtenu dans le quartier pour ensuite aller candidater dans les ministères. Et là, vraiment, ce n'est pas bien. » À lire aussiCentrafrique: de faux diplômes de baccalauréat seraient délivrés aux politiciens locaux « Je ne condamne personne, mais je condamne seulement l'État » Derrière ce phénomène se cachent plusieurs réalités : difficultés d’accès aux documents officiels, lourdeurs administratives, perte de papiers pendant les crises successives, mais aussi faiblesse des contrôles dans certains services publics. Alain Ngana, acteur de la société civile. « Ce qui pousse vraiment les gens à faire des faux papiers, c'est le fonctionnement de l'administration, qui est lente. Les gens font de faux passeports et de fausses pièces d'identité nationale. Il y a aussi les actes de naissance, parfois faire les démarches au niveau des mairies, c'est un peu difficile. Les gens préfèrent aller faire un faux acte de naissance pour leurs besoins. » Les prix varient selon le document demandé. Les plus simples coûtent quelques milliers de francs CFA. En revanche, certaines pièces plus sensibles peuvent atteindre 50 000 francs CFA, soit environ 76 euros. Dimitri Lebo, étudiant, s’interroge. « Où allons-nous ? Où va la RCA avec tout ça ? Je ne condamne personne, mais je condamne seulement l'État. Pour mettre fin à cette corruption, il faut aussi que chacun ait un peu de conscience morale. » La police a déjà arrêté plusieurs faussaires dans différents quartiers populaires de la capitale. Beaucoup ont été jugés et condamnés pour faux et usage de faux. Selon une source policière, les opérations se poursuivent afin de démanteler les réseaux encore actifs. À lire aussiCentrafrique: l'augmentation du prix des cartes d'identité fait polémique

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  8. MAY 18

    Côte d'Ivoire: une exposition retrace les 50 ans de carrière du peintre Grobli Zirignon

    Et si la peinture pouvait devenir un remède aux blessures de l’âme ? Depuis 50 ans, le psychanalyste, philosophe et artiste-peintre ivoirien, Grobli Zirignon, transforme ses angoisses, ses douleurs et celles de ses patients en œuvres d’art. Une démarche qu’il appelle la psychart-thérapie. L’artiste célèbre un demi-siècle de création à travers une exposition intitulée « Grobli Zirignon : 50 ans de création – L’esprit des arts premiers ». Un voyage entre peinture, inconscient et quête de guérison intérieure. De notre correspondant à Abidjan,  Dans les allées de l’exposition, les visiteurs avancent lentement d’une toile à l’autre. Des silhouettes fragmentées, des corps déformés et des couleurs parfois sombres. Ici, on retrouve une quarantaine d’œuvres du peintre ivoirien Grobli Zirignon. À 86 ans, l’artiste travaille une matière bien particulière : de la boue appliquée à du carton puis il frotte jusqu’à obtenir ce qu’il appelle « les beaux restes ». « Plus je forçais, plus je grattais, des matières, des formes émergent. Mais tout ça, je suis guidé d’une manière inconsciente par un esprit, c’est pas volontairement, mais quelque chose me dit : "Fais ça, ça te fera du bien." Et tout ce que je fais, ça m’a fait du bien, et j’ai continué dans ce sens-là. » Une exposition en trois temps : l'errance, le retour et la maturité artistique Depuis un demi-siècle, Grobli Zirignon peint pour soigner ses propres blessures intérieures et aider les autres à faire de même. Une démarche que ce psychanalyste a baptisée la psychart-thérapie. Autrement dit : utiliser l’art pour libérer les souffrances enfouies dans l’inconscient. « Je leur explique qu’il faut des couleurs, du papier blanc. Je leur dis de faire ce qu’ils veulent librement, de s’exprimer. Et quand ils ont fini, pendant une heure, je mets la toile au loin, on regarde ensemble et on en fait la lecture. Ils trouvent eux-mêmes ce qu’ils ont mis. Il y en a qui trouvent des souvenirs d’enfance, donc c’est l’usage de la peinture, des formes libres, le choix de couleur et ils s’en sortent. » L’exposition retrace trois grandes étapes de la vie de l’artiste : l’errance après son arrivée en France à l’âge de 13 ans ; le retour en Côte d’Ivoire dans les années 1970. Puis le temps de la maturité artistique. Une rétrospective avec un message adressé à la jeune génération.  « Accepter de puiser dans le passé pour mieux appréhender l’avenir. Je pense que l’art africain a un bel avenir. Mais il est important qu’on fasse une pause et qu’on regarde la qualité de ce qui a été fait dans le passé pour pouvoir tenir la route encore. Et donc, ceux-là, sont nos maîtres », explique Christelle Mangoua, commissaire de l’exposition. Grobli Zirignon : figure majeure de l’art contemporain ivoirien Arrêtée devant une toile intitulée L’Ancêtre balafré, Diadjo, une amatrice d’art, semble hypnotisée. L’œuvre représente le visage d’un vieil homme marqué de scarifications. Fascinée par la technique et la matière, elle observe longuement les reliefs du tableau. « C’est le genre de tableau, quand on le voit, on est tout de suite attiré, on a envie de se rapprocher pour comprendre avec quel matériau il a fait ses œuvres d’art. C’est très technique, parce que la boue qui est beaucoup plus lourde que le carton peut abîmer le carton. C'est très très particulier. » Figure majeure de l’art contemporain ivoirien, Grobli Zirignon a formé plusieurs jeunes artistes. Il est notamment lauréat du prix Dumoulin d’originalité à Paris en 1976 et du prix de la Recherche aux Grapholies d’Abidjan en 1993. L’exposition « Grobli Zirignon : 50 ans de création – L’esprit des arts premiers » se poursuit jusqu’au 28 mai prochain. À lire aussiLa psychart-thérapie, un antidote contre la violence

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