Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 1H AGO

    En Tunisie, des passionnés s'emploient à rénover le patrimoine de la médina de Tunis

    En Tunisie, un groupe de trois passionnés de la médina de Tunis s'intéresse à la restauration des puits et des majels, citernes en arabe, le patrimoine oublié de la vieille ville. La médina compte 5 000 maisons, avec des patios et presque autant de puits et de majels dont la moitié serait encore utilisée. Alors que le pays est en stress hydrique depuis des années et tente de trouver des solutions à la rareté de l'eau, la valorisation des sols de la médina permettrait une autosuffisance en eau à de nombreux habitants. Cette infrastructure hydraulique héritée de plusieurs siècles offre de nombreuses pistes de réflexion pour l'accès à cette ressource. De notre correspondante à Tunis, Dans le palais Dar Lasram de la médina de Tunis, l’ingénieur agronome Firas Khlifi fait découvrir un trésor oublié : l’entrée souterraine d’un majel, une citerne qui récupère l’eau pluviale collectée depuis le toit. « Là, c’est ce qu’on appelle l’arc, ou bien l’ouverture ou l’entrée », explique-t-il. Une structure qui, à première vue, ressemble à une simple alcôve. « On a l’impression que c’est une alcôve, on n’a pas l’impression que c’est quelque chose qui récolte l’eau », souligne le reportage. « Oui, mais c’est juste la partie exposée dans le patio. Dans la partie souterraine, on va trouver tout un monde qui parle. Donc, ce sont de très gros collecteurs d’eau, des cuves », précise Firas Khlifi. Cette eau douce, il y a plusieurs siècles, rythmait la vie des 270 hectares de la médina de Tunis, construite entre deux zones humides et sur une nappe phréatique. La maison typique était alors constituée d’un majel et d’un puits. « L’idée, dans l’histoire, c’est qu’ils commencent par le puits déjà avant de construire la maison, parce que le puits va diriger l’architecture de la maison », rappelle l’ingénieur agronome. Dans une autre demeure de la médina, à Dar Ben Gacem, Firas Khlifi montre un puits encore utilisé. « Si on ouvre le couvercle, il y a de l’eau, presque à deux mètres », confirme-t-il. Pour Leila Ben Gacem, propriétaire de deux maisons dans la médina, la restauration de ces puits est primordiale. « Le problème, lorsque l’on veut restaurer ces puits ou ces citernes, c’est qu’on trouve souvent une réticence des architectes, qui craignent l’humidité. Il y a aussi un manque de savoir-faire : très peu d’ouvriers connaissent cette ancienne architecture, donc ce n’est pas facile. Pourtant, ça pourrait être très utile d’avoir cette eau dans chaque maison », explique-t-elle. Désormais, l’eau de cette infrastructure n’est pas potable. Pourtant, à une époque, l’eau des « majels » de la médina avait valu à Tunis son surnom de « ville blanche ». Avant l’automne, chaque habitant nettoyait à la chaux son toit pour récupérer les premières pluies de septembre et désinfecter naturellement l’eau ainsi collectée. À lire aussiTunisie: la société civile s'organise face au patrimoine urbain en péril

    2 min
  2. 1D AGO

    Sénégal: à Bignona, une formation aux techniques de la musique assistée par ordinateur

    Outiller les musiciens, chanteurs et compositeurs de tout ce que l’informatique peut apporter, c’est le principe de la musique assistée par ordinateur. Au Sénégal, dans la ville de Bignona, à 450 km au sud de Dakar, en basse Casamance, des chanteurs, DJ et musiciens de la région ont pu se former pendant trois jours à ces techniques de la musique assistée par ordinateur, MAO, et développer leur créativité grâce à l’informatique. De notre envoyée spéciale de retour de Bignona, Les mines sont concentrées. Sur un grand écran s’affiche le contenu d’un ordinateur, plusieurs pistes de sons sont visibles. Alain Touchat, ingénieur du son et producteur, guide ses six élèves dans l’univers de la musique assistée par ordinateur. « C'est les bases de l'audionumérique, les bases de l'ingénierie du son, explique-t-il. Même si on ne rentre pas dans tous les calculs mathématiques qui font partie du métier, l'idée c'est de pouvoir vraiment leur transmettre tous les réglages déjà de base que l'on retrouve techniquement – la résolution, la fréquence d'échantillonnage, qu'est-ce que c'est le son, comment ça fonctionne de pouvoir sampler, de savoir comment on peut récupérer les samples, comment on peut les gérer après... » Retravailler un son, y ajouter des effets, voilà des choses que Moussa, artiste compositeur à Sédhiou, en haute Casamance, et qui finance son activité de musicien grâce à sa boutique d’accessoires informatique, fait déjà depuis plus de 10 ans. Mais en bidouillant. « J’ai commencé à faire des sons en 2020 et c'est la première fois que je me forme comme ça, témoigne-t-il. Je n'ai jamais fait de formation de ma vie. J'avais l'habitude d'aller dans les studios mais je restais derrière, pour suivre. Je me formais seul, avec Internet, je regardais les tutos. C'est comme ça que je me formais d'habitude. Mais quand je suis venu ici, je me suis rendu compte que je ne connaissais rien. Je sais faire, mais je ne connaissais pas. » À écouter dans Écouter le mondeDe l’aube à la nuit – Ziguinchor Connecter le sud et le nord Aroda Sagna, Atika Di Maléguéne de son nom de scène, chanteur de reggae originaire de Ziguinchor, confirme le côté inédit de cette formation dans une région bien éloignée de la capitale. « Ça fait deux jours qu’on fait que de la théorie, moi, c'est ce qui m’intéresse, approuve le musicien. Nous, en Casamance, c'est ça le problème, il y a tellement d'artistes, mais ce genre de formation, on n'en a jamais l’occasion. » Aroda rêve d’un État plus impliqué. « Si, par exemple, l'État ou le ministère de la Culture déployait une équipe dans chaque région, poursuit-il, où au moins les artistes et autres qui travaillent dans la musique pourraient avoir une formation d'une durée de deux mois, cela nous servirait à beaucoup de choses. » Avec son association Les Rues du Sud, voilà 8 ans qu’Alain Touchat forme des musiciens au Maroc, au Sénégal et en Guinée Conakry, mais le plus dur reste toujours de connecter le Sud et le Nord : « D'arriver à les faire exporter, de leur faire traverser les frontières musicalement, de les mettre en relation avec des producteurs à l'étranger qui sont à la recherche de beatmakers, détaille Alain Touchat, de permettre un échange avec des professionnels à l'extérieur. » En attendant, Alain Touchat a créé un Discord, une messagerie instantanée sur laquelle les artistes peuvent échanger sans visa.  À lire aussiSénégal: à Bignona, le festival des musiques urbaines, un tremplin pour jeunes rappeurs et slameurs

    2 min
  3. 2D AGO

    Guerre au Soudan: pour les réfugiés au Tchad, l'espoir de migrer en Europe

    Plus de 1,3 million de Soudanais sont réfugiés au Tchad et, parmi eux, 920 000 sont arrivés depuis le début de la guerre au Soudan en 2023. Dans l’est du Tchad, une personne sur trois est réfugiée. À une vingtaine de kilomètres de la ville d'Abéché se trouve le site informel d’Abougoudam. Créé par le HCR en décembre 2023, quelques mois après le début de la guerre, ce site est particulier : il abrite des profils dits « sensibles ».  De notre envoyée spéciale de retour d'Abougoudam,  Une cinquantaine de tentes blanches s’alignent sous un soleil de plomb, à quelques minutes de route du centre-ville d’Abougoudam. Officiellement, c’est un site « informel ». Officieusement, c’est une zone tampon créée par le HCR. Ici, on a regroupé des profils dits « sensibles » : des Arabes soudanais.  Au Soudan, leur ethnie est associée aux paramilitaires FSR, accusés de massacres à caractère ethnique contre les populations « non-arabes », principalement Masalit et Zaghawa. Alors, pour éviter que la guerre civile ne s’exporte dans les camps du Tchad, le HCR a choisi de les isoler. Abderrahman Adalil Al Moubakkar a perdu l’usage de ses jambes pendant la guerre. Il vit ici depuis deux ans. Pour lui, être Arabe au Soudan, c’était être une cible de l’armée régulière soudanaise. « Nous, les Arabes du Darfour, on était systématiquement associés au FSR. On avait beau dire que ce n’était pas le cas, l’armée nous disait : "Vous êtes FSR." », témoigne-t-il. À lire aussi«Ce n'est pas encore le bon moment»: le difficile retour des Soudanais réfugiés en Égypte Un piège humanitaire Mais cet isolement sécuritaire est devenu un piège humanitaire. Le camp compte moins de 1 000 personnes. Trop peu pour les standards du Programme alimentaire mondial, qui n’enclenche ses distributions qu'à partir de 5 000 bénéficiaires. Résultat : les assiettes sont vides. Et par manque de financements, les derniers versements de cash du HCR remontent à décembre 2025. « Ils nous ont installés ici et nous ont abandonnés, dénonce Afaf Aboubaker Yahya. Cette mère de neuf enfants ne cache plus sa colère. On se plaint auprès du préfet mais rien n’y fait et les ONG ne viennent pas ici ou très rarement. Ce sont de généreux donateurs qui nous aident. La dernière fois, c’était pendant le ramadan. On a eu de l’huile, du sucre, du riz… mais rien depuis. Et ici il n’y a pas du tout de travail. »  Pour les plus jeunes, le désespoir prend la forme d’une route longue de plusieurs milliers de kilomètres. Le fils aîné d'Afaf a 25 ans, il refuse de donner son nom, mais il est transparent sur son envie de rejoindre l’Europe. « Nous sommes détruits par ce conflit entre groupes armés, confie-t-il. J’étais étudiant avant, mais quel est mon avenir maintenant que je suis ici ? Au Soudan non plus je n’ai pas d’avenir. Mon avenir n’est pas ici. Il est en Europe, en Espagne ou en France. C’est ma seule issue. Mon seul objectif est de rejoindre le circuit pour partir en Espagne. »  Une quête désespérée que toute la famille soutient. Afaf, son mari et les huit autres enfants économisent chaque centime pour financer le voyage clandestin de l’aîné.  À lire aussi«Dans ces moments-là, mourir est une délivrance»: le récit d'Ali, survivant de la guerre au Soudan

    2 min
  4. 3D AGO

    «Dans ces moments-là, mourir est une délivrance»: le récit d'Ali, survivant de la guerre au Soudan

    Trois ans de guerre au Soudan, depuis le 15 avril 2023. Trois ans de violences, de bombardements, de déplacements forcés sur le sol soudanais avant d'arriver, pour certains, à se réfugier au Tchad. La vie d'Ali Abbakar Zakaria retrace parfaitement l'évolution et la propagation des combats depuis 2023. Quitter El-Fasher pour s'installer dans une école à quelques kilomètres de là, puis retourner vers sa ville d'origine pour se soigner... et finalement fuir vers Tawila, avant de réussir à rejoindre le Tchad. Portrait d'un blessé de guerre par Nadia Ben Mahfoudh De notre correspondante, Dans la poussière du camp d'Adré, le tempo est donné par le bruit métallique du déambulateur sur le sol sec. Le rythme est lent et saccadé. C'est celui d'Ali Abbakar Zakaria, blessé de guerre : « Je viens voir ma mère tous les matins et tous les après-midi. Je m'assure qu'elle va bien, qu'elle ne manque de rien, puis je rentre chez moi. » Chez lui, Ali essaye de se rendre utile : « Je suis en train de recoudre ce tapis, celui sur lequel nous dormons. Je m'occupe comme je peux car ici, je n'ai pas de travail. » La vie de ce père de famille a basculé le jour où il a perdu sa jambe. Un drone a frappé l'école où il s'était réfugié avec les siens, dans un village à quelques kilomètres d'El-Fasher au Soudan : « On pensait être en sécurité dans cette école. On avait même un bout de terre à cultiver. Mais avant la première récolte, le drone a frappé. Ils ont survolé nos têtes deux fois pour repérer les lieux. Ce n'est qu'au troisième passage qu'ils ont tiré. Ils ont des caméras, ils savaient exactement qui était là. Dans ma propre famille, il y a eu huit morts. Ma femme et quatre de mes enfants ont été tués sur le coup. Moi, j'ai perdu une jambe. Ma fille a perdu un bras, une autre a la jambe déchiquetée et mon fils est touché au dos. » À lire aussiAu Tchad, une association de réfugiées soudanaises pour surmonter les traumatismes de la guerre « Huit de ma famille sont morts sous mes yeux » La mère d'Ali n'arrive pas à oublier. Fatna Abdoua Mohamad confie : « Huit de ma famille sont morts sous mes yeux, je les ai vus de mes propres yeux. Et puis, neuf personnes ont disparu. Morts ou vivants ? On ne sait pas. » Ali et ses trois enfants blessés sont évacués une première fois dans le camp de Zamzam. Faute de soins, ils sont ramenés sous les bombes, à l'hôpital saoudien d'El-Fasher. S'ensuivent trois mois d'enfer et deux amputations, sous un déluge de bombardements : « Même à l'hôpital, les drones frappaient régulièrement. On nous déplaçait d'une aile à l'autre pour fuir les impacts. Des gens venaient pour être soignés et mouraient dans leur lit à cause des frappes qui ciblaient le bâtiment. C'était l'horreur. Mais le pire, c'était sur la route de l'exil, vers Tawila. Ils prenaient les femmes et les violaient sous nos yeux. C'est pire que la mort. Dans ces moments-là, mourir est une délivrance. » Désormais, Ali et sa famille apprennent à vivre avec les fantômes d'une guerre qui les a marqués à jamais dans leur chair. À lire aussi«Mon père a été tué par les FSR»: au Soudan, se reconstruire malgré les séquelles de la guerre

    2 min
  5. 4D AGO

    «Ce n'est pas encore le bon moment»: le difficile retour des Soudanais réfugiés en Égypte

    Après trois longues années de guerre et d'exil, beaucoup des 1,5 million de Soudanais réfugiés en Égypte souhaitent désormais rentrer. Si le gouvernement de Khartoum déploie tous les moyens pour rapatrier ses forces vives, le choix reste difficile pour la plupart, tant la situation sur place demeure instable. Reportage de notre correspondant au Caire, Un terrain vague en plein centre du Caire : c'est ce qui sert de parking à une compagnie affrétant des bus pour le Soudan. En ce vendredi après-midi de fin mars, plus d'une heure avant le départ, les voyageurs s'agglutinent déjà autour du véhicule. Comme cette femme, qui patiente, assise sur une imposante valise : « Je suis arrivée environ 20 jours après le début de la guerre. Maintenant, je veux retourner au Soudan. Dieu soit loué, la situation s'est améliorée, ça va, il n'y a plus de problème. C'est pour ça qu'on veut rentrer. Ça suffit, on est épuisés et on a beaucoup souffert. » Pour ce jeune homme, venu accompagner son père, le retour attendra : « Ce n'est pas encore le moment pour nous, il vaut mieux attendre. » Quand on lui demande ce qu'il attend pour quitter l'Égypte et rentrer au pays, il répond : « Que la situation se calme. Que les universités et les écoles réouvrent. Alors, on rentrera si Dieu le veut. » Depuis le petit bureau de la compagnie, une employée remarque un afflux récent de candidats au retour : « Depuis le début du Ramadan, de plus en plus de Soudanais souhaitent rentrer, surtout après que l'armée a repris le contrôle de nombreuses zones. » « Ce n'est pas sûr pour eux de rentrer » Mais ce discours de retour au calme est largement entretenu par le gouvernement soudanais, alors que sur place, la guerre continue et la situation reste précaire pour les civils. Najda Mansour, militante des droits humains réfugiée au Caire, met en garde : « ​​​​​​​Bien sûr, beaucoup de personnes ont fui le pays, donc le gouvernement veut qu'ils reviennent. Mais nous continuons de leur dire que ce n'est pas sûr pour eux de rentrer. » Après la reprise de Khartoum par l'armée régulière en mars 2025, le gouvernement soudanais avait même affrété des trains gratuits pour encourager le retour de la diaspora. « Ce retour volontaire n'a pas fonctionné pour eux. Ils ont trompé les gens en les convainquant de revenir. Mais quand ils ont vu la réalité sur place, beaucoup sont revenus. Le gouvernement a besoin de recruter des gens pour se battre », explique Najda Mansour. Un risque d'autant plus grand que le billet pour Khartoum coûte entre 100 et 150 euros. Et le retour au Caire plusieurs milliers. À écouter aussiÉgypte : au Caire, la communauté soudanaise se retrouve pour défier l'exil

    2 min
  6. 4D AGO

    «Nous n'avons aucune nouvelle»: à Gorom, au Soudan du Sud, l'inquiétude des proches de disparus d'El-Fasher

    Alors que la guerre au Soudan est entrée, mercredi 15 avril 2026, dans sa quatrième année, nous nous penchons sur l'épreuve traversée par des réfugiés inquiets pour des proches dont ils sont sans nouvelles. C'est le cas d'une famille réfugiée au camp de Gorom, près de Juba, au Soudan du Sud, dont le fils a fui El-Fasher, six jours avant l'entrée dans la ville des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), le 26 octobre 2025. Il n'a plus donné de nouvelles depuis. La mère, les frères et les sœurs du disparu ont fait tout ce qu'ils ont pu pour retrouver sa trace, en vain.  De notre correspondante à Gorom, L'appel à la prière du vendredi résonne à travers le camp de Gorom. Hayat Ali Abdulrahman, 54 ans, est arrivée ici en juillet 2025 après un périple de 25 jours depuis El-Fasher, au Darfour. Avec ses filles, elles ont fui la famine et les bombardements quotidiens des FSR au Soudan, laissant leur père et leur frère là-bas, car c'était trop dangereux pour les hommes de se risquer en dehors de la ville : « Je regrette qu'ils soient restés, mais ils ne pouvaient pas partir à ce moment-là. S'ils étaient partis avec nous, les FSR les auraient capturés et emmenés vers des lieux inconnus. C'est pourquoi mon fils a dit : "Attendons un peu, peut-être que la situation va se calmer, puis nous partirons". Mais un mois après, un obus est tombé sur son père, qui est décédé. Mon fils l'a enterré et est resté quelques semaines, puis il est parti. C'était le 20 octobre 2025. Et jusqu'à ce jour, nous ne savons pas où il est. Il est peut-être allé jusqu'à Garni, où il aurait été capturé par les FSR et emmené vers une destination inconnue. Cela fait six mois que nous n'avons aucune nouvelle de lui. » À lire aussi«Un véritable cauchemar»: la chute d'El-Fasher, summum de l'horreur au Soudan « Nous voulons une rançon » Depuis son exil au Soudan du Sud et avec l'aide de ses proches, la veuve a tenté d'user de contacts au Darfour pour retrouver son fils de 28 ans qui s'appelle Majdi Adam Ibrahim. Selon les informations qu'elle a pu recueillir, il aurait pu être arrêté par les FSR à la sortie d'El-Fasher puis emmené à Nyala, au Darfour du Sud : « Nous essayons d'obtenir des informations. Nous demandons à nos connaissances de vérifier dans les prisons de Nyala, comme celle de Tagris, mais personne ne peut se rendre à Tagris, absolument personne. Les gens cherchent. Nous demandons à tous ceux que nous connaissons d'effectuer des recherches, mais ils ne l'ont pas trouvé. Personne ne peut circuler là-bas, dans les zones contrôlées par les FSR, car si vous y allez pour chercher quelqu'un, ils vous tuent vous aussi. » Le beau-fils de Hayat, Abdellatif, explique qu'en mars, la famille a reçu une demande de rançon : « Un membre des FSR a contacté mon épouse via Messenger et lui a dit : ''Ton frère est avec nous. Il va bien, il est en bonne santé, nous voulons une rançon''. » Mais le membre des FSR demande alors à la famille de payer avant même qu'elle ait pu s'assurer que Majdi est bel et bien en vie. La famille a refusé et exigé de lui parler avant tout envoi d'argent. Depuis, elle n'a plus reçu aucun message, mais espère encore le retrouver vivant. Ecoutez  aussi l'édion spéciale SoudanLe Soudan, pays brisé par une guerre sans fin

    2 min
  7. 6D AGO

    «Mon père a été tué par les FSR»: au Soudan, se reconstruire malgré les séquelles de la guerre

    Le Soudan entre, mercredi 15 avril 2026, dans sa quatrième année de guerre. Le 15 avril 2023, démarraient à Khartoum, la capitale, les affrontements entre l'armée et les Forces de soutien rapide (FSR) des paramilitaires. Il y a environ un an, la capitale a été récupérée par les forces armées soudanaises. La bataille a duré des mois et l'occupation de la ville par les FSR a laissé des stigmates durables. Comme dans le quartier d'Omdum, dans la banlieue est de la capitale De notre correspondante à Khartoum, Au fond d'un dédale de ruelles de sable de Khartoum, la capitale du Soudan, se trouve la petite maison de Maria Hassam Ibrahim, ou plutôt ce qu'il en reste. Durant leur occupation, les FSR ont tout pillé : « J'ai retrouvé cette pièce vide. Ils ont pris la cuisinière, la bonbonne de gaz, le mixeur, le frigo. Il ne restait rien. Dans ma chambre, ils n'ont laissé que le passeport de mon mari et mon diplôme universitaire. » En revanche, les livres n'ont pas bougé. « Ils n'ont rien pris de la bibliothèque. Ils n'ont rien pris parce que ce sont des illettrés », souligne-t-elle. Maria Hassam Ibrahim est rentrée à Khartoum il y a une dizaine de jours. Omdum est l'un des derniers quartiers à avoir été libéré. Les voisins de Maria Hassam Ibrahim, eux, sont restés tout au long du conflit. Leur famille en a payé le prix fort. Hassan, 12 ans, le plus jeune fils, confie : « Les FSR étaient partout. On ne sortait pas de chez nous. Un jour, j'étais dans la cour quand ils ont frappé à la porte. Je suis allé chercher mes parents. Les miliciens cherchaient des femmes et il voulait entrer. Mes parents ont refusé, alors ils leur ont tiré dessus. Mon père a été tué et les FSR sont repartis. » Suha Mustapha, la mère d'Hassan, nous accueille chez elle, comme elle le fait pour chaque voisin qui regagne le quartier. Dans son salon, quelques chaises, quatre lits pour les proches et un peu de vaisselle : « Beaucoup de choses ont été pillées, mais aujourd'hui, on a le minimum pour vivre décemment chez nous. De la vaisselle, des ustensiles de cuisine... La vie continue. Je n'oublierai jamais ce qui s'est passé. À chaque fois que je regarde mes enfants, je me souviens qu'ils n'ont plus de père. M'occuper d'eux est une grande responsabilité. Ma maison se répare, mais ,on a perdu notre père. » L'école du quartier a rouvert ses portes récemment. Hassan s'y rend cinq fois par semaine. Quand il sera grand, il sera médecin.  À lire aussi«Un véritable cauchemar»: la chute d'El-Fasher, summum de l'horreur au Soudan

    2 min
  8. APR 13

    Au Tchad, une association de réfugiées soudanaises pour surmonter les traumatismes de la guerre

    Au Soudan, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide s'affrontent depuis 2023. Selon l'ONU, environ 14 millions de personnes – soit un quart de la population – ont dû fuir le pays, qui compte désormais 9 millions de déplacés internes. Enfin, 4,4 millions de Soudanais ont franchi les frontières voisines, pour se réfugier principalement au Tchad, au Soudan du Sud et en Égypte. Adré est l'un des principaux points de passage des réfugiés soudanais. La ville abrite un camp de plus de 200 000 réfugiés le long de la frontière avec le Soudan dans lequel Zahra Adam Khamis Ibrahim est impliquée dans la vie associative. De notre envoyée spéciale à Adré, Dans un camp de réfugiés à Adré, au Tchad, une tente abrite un atelier de couture où des femmes confectionnent des sacs. Elles se présentent comme des survivantes de la guerre. L’association « Des espaces sûrs pour les femmes et les filles » y accueille des femmes en détresse psychologique ou en état de choc post-traumatique. Au milieu de la tente, Zahra, avec son sourire en coin, incarne une forme de résilience. « Je suis Zahra Adam Khamis Ibrahim. Je viens de la capitale de l’ouest du Darfour, je suis désormais réfugiée au Tchad. » Zahra est la présidente et fondatrice de l’association. Avant la guerre, elle était membre de la société civile d’Al-Geneina, où elle aidait les femmes et les enfants victimes de violences. Comme des milliers d’habitants du Darfour occidental, elle a dû fuir en juin 2023. « Entre Al-Geneina et le Tchad, il y a environ 20 kilomètres. Sur la route, les morts jonchaient le sol, on entendait les cris des femmes et des enfants de toutes parts. Ce qu’on a vu sur la route était horrible, jusqu’à ce qu’on atteigne le Tchad. » Zahra a perdu son fils et huit membres de sa famille dans ce périple. Très vite, elle a ressenti le besoin d’agir et de s’impliquer à Adré. « À mon arrivée, j’étais préoccupée par mes soucis, mais certains avaient des problèmes bien plus graves que les miens. Je devais les aider. » Parmi ces femmes, Zainab Ali Abdallah, qui a perdu 23 membres de sa famille à Al-Geneina. Aujourd’hui, elle est la vice-présidente de l’association. « J’ai rejoint l’association pour aider les autres, mais aussi pour guérir mes traumatismes. On a commencé sous un arbre… puis on s’est déplacées d’abri en abri jusqu’à ce qu’on s’agrandisse. Très vite, on a accueilli énormément de monde. On parlait de nos problèmes. Des fois, on pouvait pleurer toutes ensemble pendant trente minutes. Et chaque témoignage était pire que le précédent. » Grâce à la mobilisation, l’association a pu construire une tente pour accueillir tous ses membres. Les premiers dons sont venus des réseaux féministes de la diaspora soudanaise. Trois ans ont passé depuis le début de la guerre au Soudan. Zahra et Zainab disent s’être adaptées à ce nouvel environnement. Elles ont réussi à retrouver un quotidien presque normal, mais le cœur de Zahra reste tourné vers son pays : « J’ai appris à m’intégrer à cette nouvelle société. Mais je pense énormément à mon pays. J’ai un besoin viscéral de retrouver mon chez-moi. Ce manque m’épuise psychologiquement. Il est vrai que mon rôle est d’aider les gens, mais je crois que, moi aussi, j’ai besoin d’un appui psychologique. » À lire aussiSoudan: les attaques se poursuivent contre des installations civiles et de santé

    3 min

Ratings & Reviews

5
out of 5
2 Ratings

About

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

More From RFI

You Might Also Like