Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 20h ago

    Les actrices des luttes anticoloniales: Muthoni wa Kirima, figure féminine des Mau Mau [2/10]

    Au Kenya, Field Marshall Muthoni wa Kirima est reconnue comme l’une des figures des Mau Mau. Ce mouvement d’insurrection s’est battu pour l’indépendance du Kenya dans les années 1950. Il a été très violemment réprimé par les colons britanniques. Au moins 10 000 Kényans ont été tués, jusqu’à 90 000 selon certains chiffres. Le mouvement a largement contribué à pousser le Kenya vers l’indépendance, déclarée le 12 décembre 1963. Née en 1930, décédée en septembre 2023, Field Marshal Muthoni wa Kirima est l’une des femmes qui ont combattu dans les rangs des Mau Mau. De notre correspondante à Nairobi,  Muthoni wa Kirima avait à peine plus de 20 ans lorsqu’elle a rejoint le mouvement d’insurrection des Mau Mau. Elle raconte son parcours dans un entretien diffusé sur la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles : « J'ai pris part à cette guerre pour une bonne raison : mon père travaillait pour un Européen. Vous savez, les Européens disaient que le Kenya leur appartenait. Nous étions en réalité comme des esclaves au service des Blancs. Nous travaillions dans leurs plantations de pyrèthre. » Les Mau Mau se battent alors pour l’indépendance et pour récupérer les terres qui leur ont été volées. Le mouvement multiplie les attaques, notamment contre les fermes des colons. Les Britanniques déclarent l'état d'urgence en 1952. Une répression d’une extrême violence s’ensuit. Les Mau Mau se réfugient en forêt. Muthoni wa Kirima leur passe des informations. Découverte, elle est battue, et rejoint elle aussi la forêt. Elle n'en sortira qu'à l'indépendance, en 1963. Elle sera la seule femme à avoir reçu le haut grade de Field Marshal au sein des Mau Mau, comme le rappelle Margaret Gachihi, historienne et enseignante à l'université de Nairobi : « Field Marshal Muthoni est restée onze ans dans la forêt. Cette longévité témoigne de son engagement envers la cause Mau Mau. Elle se distinguait, non seulement en tant que femme, mais surtout par la force de son caractère. Si l'on regarde ses activités, elle a pris la tête de raids, sortant de la forêt pour mener des attaques contre les fermes des colons. » Les combattants ont dû survivre en pleine forêt, traqués par les Britanniques. Le rôle des femmes a alors été clé, pourtant longtemps sous-estimé, rappelle l’historienne : « Ce sont elles qui ont permis au mouvement de perdurer aussi longtemps. Elles fournissaient de la nourriture, servaient de messagères et transportaient du matériel pour les Mau Mau. Et certaines d'entre elles, comme Field Marshal Muthoni et d'autres, ont même rejoint la forêt et endossé des rôles de combattantes. » De nombreux survivants Mau Mau ont déploré un manque de reconnaissance après l’indépendance du Kenya, et continuent de demander compensation pour la perte de leurs terres. « Nous avons vraiment souffert pour le pays », rappelait Field Marshal Muthoni wa Kirima auprès de la chaîne YouTube Mau Mau Chronicles. Il a fallu attendre 2003 pour que l'interdiction du mouvement soit officiellement levée. À lire aussiLes actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

  2. 1d ago

    Les actrices des luttes anticoloniales: en Côte d'Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

    En décembre 1949, plusieurs centaines de femmes quittent Abidjan pour marcher jusqu’à Grand-Bassam afin d’exiger la libération des dirigeants emprisonnés du parti de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, mis derrière les barreaux par l’administration coloniale française. Une mobilisation historique, brutalement réprimée, mais qui demeure aujourd’hui un symbole de courage et de résistance. Plus de 75 ans après, que reste-t-il de l’héritage des Dames glorieuses de Grand-Bassam ? Comment leur combat est-il transmis aux nouvelles générations ?  De notre correspondant de retour de Grand-Bassam, À 106 ans, Amlan Dan N’Guessan est l’une des dernières survivantes de la marche des femmes de Grand-Bassam. Ces femmes s’étaient mobilisées pour réclamer la libération de leurs époux, frères ou proches détenus par l’administration coloniale. Dans sa famille, cette histoire est devenue un héritage. « Moi, ma maman préparait à manger, elle apportait de l’eau. Ces femmes ont reçu des coups de fusil, de l’eau sale et des coups de matraque, souligne Leonni, sa fille. Mais ce sont des mamans qui ont été courageuses. Si elles avaient eu peur, nos grands-pères seraient morts en prison. » À l’époque, plusieurs dirigeants du PDCI-RDA sont détenus depuis près d’un an au camp pénal de Grand-Bassam, sans jugement. Parmi eux figure le père d’Aminata Traoré Camara. Sa mère aussi a participé à la marche. Plus de sept décennies plus tard, elle mesure encore l’importance de cet engagement. « C’est une grande fierté de savoir que nous avons eu notre mère qui n’a pas baissé les bras, confie-t-elle, avec les autres femmes qui les ont accompagnées dans ce mouvement. Elle nous a laissé un héritage. » Pour préserver cette mémoire, Aminata a créé avec sa famille une fondation dédiée aux marcheuses de Grand-Bassam. En 2020, l’organisation a recensé une vingtaine de survivantes et œuvre à faire connaître leur histoire. « On a un devoir de mémoire, des obligations vis-à-vis de ces personnes qui, pour la plupart aujourd’hui, sont presque centenaires, insiste Aminata Camara. Celles qui sont parties, comment honorer leur mémoire pour éviter qu’elles ne tombent dans l’oubli ? » À lire aussiCôte d’Ivoire: la marche à reculons vers l’indépendance Un moment décisif Pour l’historien Nandouhard Akueson, auteur du livre La marche des Dames glorieuses sur Bassam, cette mobilisation a constitué un moment décisif dans la lutte pour l’émancipation politique de la Côte d’Ivoire. « Il y a eu une négociation. Le mandat d’arrêt qui pesait notamment sur le député Houphouët-Boigny a été levé, rappelle-t-il. Il a alors pu discuter avec l’administration coloniale. Quelques mois plus tard, il y a eu l’instruction du dossier et la libération partielle des premiers prisonniers. » À l’entrée de Grand-Bassam, le monument des Dames glorieuses, érigé en 1995, veille sur la mémoire de ces femmes qui ont défié le pouvoir colonial. Un peu plus loin, au Musée national du costume, une exposition photographique retrace leur combat et perpétue le souvenir de ces héroïnes longtemps restées dans l’ombre. À écouter dans Archives d'AfriqueFélix Houphouët-Boigny (1/6)

  3. 2d ago

    Histoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10]

    Son nom n’est désormais connu que des plus anciens, mais à Soweto, le Club Pelican était, dans les années 1970, un endroit incontournable pour ceux qui aimaient la musique et la fête. En plein apartheid, ce night-club, l’un des premiers du genre dans le township, offrait un espace afin de décompresser, faisant fi des lois de ségrégation, et permettait à des populations quotidiennement séparées de se croiser, le temps d’une soirée. De notre correspondante à Johannesburg, Il ne reste plus que l’enseigne couverte de rouille sur la façade délabrée pour deviner que c’est ici, derrière les rails de chemin de fer, non loin du stade d’Orlando, que se trouvait l’un des lieux mythiques de Soweto pour faire la fête. Le Club Pelican, premier night-club du township, était une scène incontournable pour tous les musiciens, et c’est là que le saxophoniste Khaya Mahlangu a fait ses premières armes. « Le club était tout petit, se rappelle-t-il, seule la section rythmique pouvait tenir sur scène. Les cuivres étaient dans un coin, mais si on était quatre ou cinq, on se retrouvait à jouer collés aux tables du premier rang. » Lieu de choix, à l’époque, pour écouter de la musique live, du jazz au funk en passant par la soul, le Club Pelican a attiré beaucoup de grands noms mais a aussi permis de former nombre de musiciens en devenir. « C’était une institution, poursuit Khaya Mahlangu. Les plus jeunes venaient jouer lorsque l’orchestre résident faisait une pause. On a appris à la dure là-bas, si on n’arrivait pas à suivre les changements d’accords, on nous criait dessus : "Mec, tu n’entends pas la mélodie ou quoi ?". Et c’est aussi là que tous les musiciens de passage venaient, après avoir joué leur concert, car il y avait une grande culture de faire des bœufs. »  À lire aussiLes archives étonnantes sur les «années cachées» de la musique sud-africaine [2/3] Un endroit unique La boîte de nuit a été ouverte par les frères Michaels : Lucky, et sa personnalité très charismatique, aujourd’hui décédé ; et Leo, qui gérait l’établissement avec lui. « C’était l’un des premiers clubs multiraciaux d’Afrique du Sud, se rappelle Leo. Vous savez que le pays était très ségrégué à l’époque, et nous, nous avions des personnes blanches qui venaient même si c’était interdit pour elles de se rendre à Soweto. Cet endroit était vraiment unique. » C’est après avoir découvert des boîtes du Mozambique, avec des noms comme Flamingo, que les frères Michaels ont opté pour Pelican. L’établissement vendait illégalement de l’alcool et offrait aux habitants un rare espace de liberté. « On pouvait y aller pour échapper un peu à la pression de l’apartheid, pointe l'ancien propriétaire du club. Cela attirait des gens de tous horizons, des docteurs, des avocats, mais aussi de simples passants. La police faisait souvent des descentes, et on se retrouvait derrière les barreaux. Mais on payait une amende, et ensuite on recommençait comme avant. » Le Club Pelican a finalement fermé ses portes dans les années 1980, avec la montée des violences dans le township. Mais sa bande-son peut toujours s’écouter grâce à une compilation éditée par le label Matsuli Music. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: l'African Jazz Village, lieu mythique de l'éthio-jazz

  4. 3d ago

    Histoire de la nuit africaine: l'African Jazz Village, lieu mythique de l'éthio-jazz [3/10]

    À Addis-Abeba en Éthiopie, un lieu mythique fait renaître depuis une dizaine d'années l'éthio-jazz, genre musical mélange de gamme pentatonique éthiopienne et de jazz nord-américain. L'African Jazz Village, située au sous-sol du Ghion Hotel, accueille quatre soirs par semaine des artistes de l'ancienne et de la nouvelle génération, sous le regard du père du genre, Mulatu Astatke. Immersion dans ce club de musique historique. De notre correspondante à Addis-Abeba, Le nom de l'African Jazz Village clignote sur les néons verts. La musique, de l'extérieur, se fait déjà entendre. Passé l'entrée, le club mythique se découvre : la scène surplombe une salle en rotonde, à la lumière tamisée. Les murs sont tapissés de photos de grands noms de l'éthio-jazz et d'affiches de concert de Mulatu Astatke. Chaque soir de concert, le père de l'éthio-jazz et créateur du lieu, Mulatu Astatke, 82 ans, prend place dans le public. « Quand vous entrez ici, vous êtes dans un autre monde. Vous êtes en Afrique, en Éthiopie, telle qu'elle est aujourd'hui. Vous voyez ce public ? Ici, c'est toujours un lieu où il y a des étincelles, ça a toujours été magnifique, je l'adore. J'essaie de promouvoir et de montrer au monde entier comment les Africains contribuent à la culture mondiale. C'est ce que je m'efforce de faire », confie-t-il. À lire aussiMulatu Astatke, père de l'éthio-jazz, revient avec un album et une tournée d'adieux Ce soir-là, le pianiste Tewodros Aklilu, du groupe mythique Admas, assure le show avec d'autres musiciens. Jouer à l'African Jazz Village est toujours un moment émouvant pour lui. « Ce lieu a près de 60 ans d'histoire. Si vous regardez à votre droite, vous verrez la salle dans laquelle les dirigeants africains se sont réunis pour proclamer l'Union africaine. C'est important pour nous. Chaque fois que nous jouons, je le ressens. Je ressens cette énergie qui animait ceux qui disaient : "Nous devons nous rassembler, former une union." C'est ce que nous incarnons », explique-t-il. Pour le pianiste, la mission de l'African Jazz Village est aussi de transmettre cette musique, créée dans les années 1950 puis interdite sous le régime communiste du Derg, à la jeunesse éthiopienne. « Toutes ces mélodies, ils ont grandi avec, leurs parents aussi. Certains les entendaient déjà bébés, bercés par leur mère, alors cela réveille des souvenirs. Et aujourd'hui, cette génération est folle de l'éthio-jazz », ajoute Tewodros Aklilu. Dans le public, Selam, 23 ans, est venue accompagnée d'une amie. « Nous sommes allés à un autre concert, mais je trouve celui-ci plus sympa, alors nous sommes revenues. L'ambiance est bonne. On adore le jazz, c'est pour cela que nous venons ici », raconte-t-elle. Le club peut accueillir jusqu'à 300 personnes par soir. À lire aussiComment l’éthio-jazz a ressuscité pour se démultiplier à travers le monde

  5. 4d ago

    Congolais de Paris: la deuxième génération et les langues du Congo [5/5]

    Pour ce cinquième épisode, nous parlons ce matin d'héritage linguistique. En France, de nombreux parents du Congo-Brazzaville ont choisi de ne pas transmettre les langues de leur pays à leurs enfants, ce que ces derniers remettent parfois en question aujourd'hui, souhaitant se connecter à la culture de leur famille. Du lari au kiluba, ces descendants d'immigrés congolais comptent sur la langue pour se rapprocher du pays dont ils sont éloignés. Un reportage de Naïma Dieunou Simo Cathy Bitounti est assise à table, face à ses parents. Entre deux chips avalées sur le pouce, elle les écoute parler lari, la langue congolaise pratiquée chez elle depuis qu'elle est toute petite. Sa mère et son père viennent du Congo-Brazzaville. Ils sont arrivés en France en 1999 et vivent à Melun, au sud de la banlieue parisienne. « Mbote Nzago Cathy », dit son père à son intention, en lari. « Il m'a dit ''bonjour à toi'' », traduit-elle. Cathy Bitounti est la seule des cinq enfants d'Irénée Cyriaque et d'Armelle Bitounti à comprendre cette langue. « Mes parents ne m'ont jamais appris à le parler, mais à la maison, ils ont toujours parlé le lari. Et je pense qu'inconsciemment, il y a des choses que j'ai commencé à décortiquer. C'est ce qui fait que maintenant, je le comprends très bien », explique-t-elle. Mais cette transmission n'a pas été chose facile. Comme dans de nombreuses familles venues du Congo, le français est la seule langue que les parents ont souhaité transmettre à leurs enfants. Armelle Bitounti, la mère, l'explique par l'éducation qu'elle a reçue au pays. « Quand on grandissait, nos parents nous obligeaient à parler français. Même nos grands-parents qui quittaient le village, quand ils venaient en ville et qu'ils nous parlaient en lari, on leur répondait en français », raconte-t-elle. Aujourd'hui, cependant, ces parents réalisent que c'est une part de leur histoire qui risque de se perdre. « C'est quelque chose qu'on a hérité des parents et de nos grands-parents, et qu'on est en train de déconstruire aujourd'hui », regrette Irénée Cyriaque. Toujours en région parisienne, dans un parc, Raphaël Dzouolo, 17 ans, partage ce constat. Comme Cathy, il voit dans l'apprentissage de la langue un moyen d'être en phase avec sa culture congolaise. Il écoute régulièrement sa mère parler kiluba et lui pose des questions. Mais pour l'instant, Raphaël ne peut prononcer que quelques mots. « J'ai ce rapport compliqué parce que ça me coupe d'une partie de mes racines, forcément, de ne pas savoir transmettre ni même penser dans cette langue », confie-t-il. « Ce n'est pas quelque chose qui est dit aussi frontalement, mais ça se ressent par rapport à toutes les actions que notre mère peut mettre en place. Je sais que parfois, elle nous envoie des vidéos, un peu de musique, de chant, pour tenter de réapprendre. Mais ça reste quand même un regret », ajoute-t-il. Pour Raphaël, comme pour de nombreux jeunes, la langue parlée par les parents et les grands-parents est un héritage qu'il souhaite préserver. Et peut-être, le transmettre à son tour aux générations futures. À lire aussiCongolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

  6. 5d ago

    Congolais de Paris: les femmes pasteures des églises évangéliques de réveil [4/5]

    Dans les Églises de réveil de la région parisienne, les femmes montent de plus en plus en chaire et prennent la parole. Face à des assemblées composées en grande partie de fidèles issus des diasporas africaines, elles prêchent et prophétisent. C'est une évolution qui bouscule les codes d'un monde religieux longtemps dominé par les hommes. Tom Schneider est allé dans ces églises évangéliques animées, où la foi se décline de plus en plus au féminin. Dans un petit local préfabriqué d'une zone industrielle de Bussy-Saint-Georges, commune de Seine-et-Marne en région parisienne, Grace Babela officie le culte au Centre évangélique de Paris. Elle est pasteure et prophétesse depuis 2021 et donne de sa voix pendant plus d'une heure et demie. Robe blanche argentée et micro en main, elle prêche au milieu des chaises dorées et des quelques dizaines de fidèles réunis ce jour-là. Son église est fortement fréquentée par les diasporas africaines. Bien que les églises de réveil permettent aux femmes de devenir pasteures, Grace a tout de même fait face à certains préjugés sexistes. « Je suis un blasphème pour certains chrétiens. Il y a des personnes, même au sein des églises évangéliques, qui estiment que la femme ne devrait pas "prendre autorité sur des hommes". Parce qu'ils estiment qu'une femme qui prêche sur le pupitre et qui enseigne la parole dans une assemblée où il y a des hommes et des femmes, c'est comme si elle prend autorité sur les hommes. Beaucoup ne l'acceptent pas encore, en 2026 », regrette-t-elle. La chercheuse en sociologie Sarah Demart écrivait, dans un article publié en 2017, que les femmes sont de véritables piliers de ces économies religieuses, notamment par leur insistance à convertir les hommes. Fanny fréquente les églises de réveil depuis quatre ans, et depuis quelques mois, elle vient avec son mari : « J'ai réussi à l'emmener. Au début, il ne voulait pas du tout venir justement parce que c'était animé par des femmes. Une fois que je l'ai traîné, ça lui a beaucoup parlé. Maintenant, on y va ensemble et il aime beaucoup. » Ce que Fanny apprécie, c'est la proximité qu'elle ressent avec les femmes qui officient le culte. « Cela me touche plus. Elle parle avec le cœur de ce que tu vis. Elle me parle de mon quotidien. J'ai l'impression qu'elle m'aide aussi à comprendre mes problèmes et comment les résoudre. Pour moi, c'est une autre approche, moins dogmatique », explique-t-elle. Suivies par plusieurs dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux, leur influence dépasse la sphère religieuse. Elles prodiguent conseils patrimonial, professionnel et financier. Naviguant entre les continents, certaines sont ainsi devenues de véritables célébrités. À lire aussiCongolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

  7. 6d ago

    Congolais de Paris: les Terroirs du Congo, un magasin de produits congolais bio en plein Paris [3/5]

    Feuilles de manioc, arachides et patates douces : tous ces produits frais du Congo-Brazzaville manquent aux Congolais de la diaspora. Dans le quartier de Château Rouge, la boutique Les Terroirs du Congo fait le pari d'importer des produits bio tout droit du pays, du champ à l'étal parisien, sans intermédiaire ou presque. Lydie, la patronne, a créé une filière qui soutient des dizaines de familles au Congo. Reportage de Tom Schneider dans une boutique bio pas comme les autres. Les cartons de produits frais s'empilent à l'entrée des Terroirs du Congo, une petite boutique nichée aux abords de Château Rouge à Paris. « Dans la semaine, on a trois arrivages : deux de Brazzaville et un de Pointe-Noire », explique Lydie, la patronne. Lunettes de soleil et pagne coloré, elle organise la livraison et oriente les clients fidèles, comme Shelly. « Aujourd'hui, je vais acheter le manioc et l'huile de palme. Mon produit préféré, c'est le saka saka », explique cette dernière. Le saka saka, préparé à base de feuilles de manioc pilé, est l'un des plats les plus populaires du Congo-Brazzaville. Il est aussi apprécié par une autre habituée, qui se fait appeler Joy Manioc : « Je fais acheter la nourriture du pays. Il y a tout ici pour le Congo. Raison pour laquelle je viens le jour même de la livraison. » Le succès de sa boutique, Lydie le doit à sa renommée. Sa sœur était l'une des premières Congolaises à vendre des produits africains dans le quartier, au début des années 1990. Bien qu'il n'existe que très peu de labels certifiant de la qualité au Congo, Lydie s'assure elle-même de la fraîcheur de ses produits : « C'est naturel, c'est frais, juste cueilli, emballé dans des cartons la veille et le lendemain matin, c'est arrivé à Roissy. Ce sont des produits bio. L'huile de palme, par exemple, c'est de l'huile bio sans rien d'ajouté, faite artisanalement par des paysans. » Lydie a pu construire un modèle d'approvisionnement durable et circulaire qui profite aux productrices du Congo-Brazzaville. « J'ai recensé quelques mamans qui vendaient au marché et qui font du très bon manioc. Cela leur évite d'aller rester au marché, de ne pas terminer leur quantité de marchandises à vendre. Elles ont des commandes toutes les semaines, cela leur fait un complément de revenus », confie-t-elle. Un kilo de feuilles de manioc acheté environ deux euros à Brazzaville est souvent revendu près de dix fois plus cher à Paris. Le fret aérien constitue souvent plus de la moitié du prix final. Lydie avoue donc se fournir auprès d'autres pays africains, même si c'est une situation qu'elle aimerait voir évoluer ces prochaines années. À lire aussiCongolais de Paris: les jeunes de la diaspora font vivre la rumba congolaise [2/5]

  8. Aug 3

    Congolais de Paris: les jeunes de la diaspora font vivre la rumba congolaise [2/5]

    La rumba congolaise, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2021, continue de faire vibrer bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo. Dans la diaspora en France et en Belgique, une nouvelle génération d’artistes et de créateurs fait résonner cet héritage musical pour le faire évoluer en y mêlant ses propres influences et son époque. Reportage sur ces jeunes qui font de la rumba un art en mouvement, par Tom Schneider. Dans sa chanson « Ewumela », l'artiste belgo-congolais Adam La Nuit chante l'espoir d'un amour éternel, l'un des thèmes les plus populaires de la rumba congolaise. Mélangeant le français et le lingala, il s'est beaucoup interrogé sur son rapport à la langue dans sa musique. « Maintenant, j'ai commencé à écrire clairement des chansons en lingala parce que j'ai pu faire un travail sur les réseaux sociaux où j'ai montré aux gens tout ce qu'on avait déjà comme héritage avec la poésie de la rumba congolaise. » Adam La Nuit s'est progressivement affranchi d'un besoin de compréhension pour embrasser sa culture et chanter en lingala. Il utilise les réseaux sociaux pour toucher un large public et véhiculer son amour de la musique congolaise. « Je n'ai plus besoin de vouloir être compris. Je pense que les gens ressentent directement les choses, c'est le plus important. Et s'il faut absolument comprendre les choses, je ferai des vidéos avec des traductions. » À lire aussiD'une histoire de la rumba congolaise aux 5 morceaux de rêve d'un p'tit Breton ! Dans sa « rumba moderne », l'artiste Bruzer célèbre un lingala irréprochable Adam La Nuit définit son style comme de la fusion, de par les influences rumba avec lesquelles il a grandi et des styles plus pop qu'il a découverts lorsqu'il est arrivé en France. Bruzer, lui, est un jeune chanteur qui s'est lancé récemment dans ce qu'il nomme la « rumba moderne ». Son titre « Boma Love » est le premier qu'il sort en lingala. Bruzer a beaucoup travaillé sur ses intonations et sa prononciation. « Je travaille sur mes accents, sur ma manière de prononcer les mots, etc. De sorte que le jour où je sortirai un son chanté totalement en lingala, on ne va pas me dire que, comme les Français disent, je suis un "bana poto". » Le « bana poto », c'est l'enfant de l'étranger en lingala. Lui qui a grandi en France, il sait qu'il doit se faire accepter d'un public congolais exigeant. Grâce à sa musique, il espère pouvoir se rendre au Congo pour la première fois de sa vie. « Là-bas, il y a ma tante qui fait une grosse promo. Là-bas, partout où elle va, elle n'hésite pas à dire que "oui, j'ai mon neveu en Europe qui fait de la musique en lingala, qui fait de la rumba", tout ça. Si je peux aller là-bas grâce à ça, ça serait magnifique. » À lire aussi«Borumba», premier album de Balu: une rumba congolaise héritée « C'est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. » Grâce à ses vidéos sur les réseaux sociaux, Nsayie, une créatrice de contenu franco-congolaise, vulgarise l'histoire des grands artistes de la rumba. « C'est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. À la base, ça partait du fait que j'aime la musique et que je voulais partager la musique que j'aime. Mais au fur et à mesure, c'est devenu plus que ça. » La jeunesse de la diaspora s'est ainsi emparée de la rumba pour en faire un art vivant, qui s'enrichit au gré des époques et des continents. À lire aussi«Rumba Africa»: Syran Mbenza plante un drapeau au sommet de la musique congolaise

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