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Vie Quatresixquatre

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Episodes

  1. 05/27/2021

    Le sapin de Benjamin Biolay ou le show don’t tell au cinéma

    Il y a quelques semaines, je vous envoyais par l’infolettre un petit clin d’œil au sujet du “montrer, ne pas dire” ou “show don’t tell” dans sa version originale anglaise, cette technique qui consiste à ne pas s’appesantir sur les situations ni expliquer ce qui se passe, mais à montrer les personnages en action. Je vous rappelle que contrairement a ce qu’on lit parfois, ce n’est pas Hemingway qui a inventé le show don’t tell, encore qu’il en ait usé avec beaucoup de brio, mais Anton Tchekov.Le show don’t tell ne fait pas l’unanimité. Certains conseillent de l’utiliser seulement dans les moments cruciaux afin de les rendre plus saillants. James Scott Bell est de ceux-là et en parle très bien dans son livre « Exceptions to the rules ».J’aurais tendance à être d’accord avec lui, car je ne connais rien de pire qu’une règle à laquelle il est impossible de déroger. Chuck Palahniuk, lui, n’envisage pas d’autre méthode. Le show don’t tell est son credo. Son écriture “cinématographique” s’y prête merveilleusement. Car si les écrivains européens n’ont pas attendu les conseils venus d’outre-Atlantique pour expérimenter différents modes de narration, il est clair que le développement quasi hégémonique du cinéma américain sur les écrans est bien pour quelque chose dans l’engouement pour cette technique. Le show don’t tell marche dans tous les cas Cette technique fonctionne avec tous les types de narration, puisqu’il s’agit d’en dire le moins possible, mais peut se révéler difficile à manier. Tout dépend de votre talent. Rappelons qu’il existe plusieurs façons d’entrer dans la narration et que le point de vue varie en fonction. J’aime bien la classification qui est proposée par E-E. Schmitt, je la trouve très parlante. Romancier Dieu, romancier caméra, romancier chien fidèle ou romancier ventriloque. Le “romancier Dieu”, comme son nom l’indique, est omniscient. Il sait tout des personnages et même plus qu’eux-mêmes n’en savent. Le show don’t tell ne présente dans ce cas aucun intérêt, il est même contreproductif.Le “romancier caméra” suit l’action mais ne connaît rien de l’intériorité des personnages, laissant au lecteur toute latitude d’interprétation. Le show don’t tell est un moyen redoutable de le mettre sur la voie. C’est THE mode de narration pour le show don’t tell.Le “romancier chien fidèle” qui suit un seul personnage et voit tout par ses yeux. Rien de vous empêche d’écrire “La carafe explosa lorsque Bernard la posa sur le guéridon de marbre” pour que l’on comprenne qu’il l’a posée trop fort et que donc, il doit être énervé, ou maladroit, tout dépend comment vous avez parlé de Bernard juste avant. Mais bof.Le “romancier ventriloque” parle à la première personne du singulier. “La carafe explosa lorsque je la posai sur le guéridon de marbre”. Le lecteur a accès à l’intériorité du personnage. Pas de show don’t tell qui tienne. Tant que l’on se satisfait de décrire une action, tout est simple. Là où les choses se corsent, c’est quand les romanciers que nous sommes tentent de faire comprendre ce qu’il se passe dans la tête des personnages par une réflexion hors sujet qui leur échappe, une réflexion qui en dit long sur leur état d’esprit. Exemple de show don’t tell magistral au cinéma J’irai plus vite en vous parlant de “Heureux encore”, que j’ai vu la semaine passée. C’est un film de Benoît Graffin avec Sandrine Kimberlain dans le rôle de Marie, mère de famille amoureuse mais lasse de la douce folie de son mari Sam, joué par Edouard Baer, qui a perdu son emploi depuis plus de deux ans, ce qui conduit la famille à vivre dans la misère, et Benjamin Biolay en tentateur diabolique, amoureux de la mère de famille, sexy à la Biolay et très riche, ce qui ne gâche rien. Pour survivre, Marie utilise ses deux enfants pour l’aider à voler le supermarché voisin, car ils sont dans la dèche des dèches, à quatre dans un studio minable, pendant que Sam passe ses journées enfermé dans une tente d’indien pour enfant en nourrissant des projets de fortune sur Ebay. N’importe quelle famille serait en danger d’explosion imminente. L’autre homme, Antoine, possède la faculté de troubler durablement le système hormonal féminin. Un jour que Sam s’enfonce encore plus profond dans le délire et l’inconséquence, c’est trop pour Marie, elle quitte la table familiale sous le coup d’une impulsion. Elle croise Antoine et de fil en aiguille l’accompagne chez lui, où elle passe la nuit. La voilà dorénavant tiraillée entre son doux dingue de mari et son amant prêt à tout pour qu’elle s’installe à demeure, ne reculant devant aucune dépense pour la satisfaire. Pendant ce temps-là, la petite-fille de la maison est confrontée au cadavre de sa professeure de piano et une concierge coiffée d’une improbable chapka NYC épie les locataires pour faire son rapport au propriétaire. On est le 23 décembre. Il fait froid. La vie est dure. On est loin de la romance à l’eau de rose. Mais ne nous y trompons pas. Le cœur de ce film, c’est la relation Marie/Sam. Marie va-t-elle quitter Sam pour Antoine ? Elle n’en sait rien et pendant les trois quarts du film, elle se pose beaucoup de question. C’est là que je retombe sur mes pattes et sur le show don’t tell. Le génie des scénaristes (Mika Tard – Déborah Saïag) consiste à nous montrer le moment pile où tout bascule en faveur de Sam. Si ça se trouve, Marie elle-même n’en a pas encore conscience, pourtant, tout se joue alors que Marie est chez Antoine, au téléphone avec Sam. Là où une narration lourdingue insisterait sur le choix difficile à coup de larmes et de disputes, Graffin filme le balcon d’Antoine dans un plan très court et sans s’appesantir, un mini sapin de Noël tout blanc qu’il y a installé. Et Marie, en raccrochant le téléphone, prend acte de ce sapin et dit : “Il est tout petit ton sapin !” avant de passer à autre chose. Antoine regarde le sapin et comprend qu’il a perdu Marie. On ne le reverra plus. La fin du film appartient toute à Sam, tout comme Marie. Sam loufdingue et sans le sou, mais tellement plus attachant ! Sam est le mec qui se débrouillera pour rapporter toujours le plus beau sapin à la maison, quitte à se mettre dans la mouise. Graffin ne nous le dit pas, il nous le fait comprendre. Il nous le montre avec cette simple réflexion : “il est tout petit ton sapin !” Ça, c’est du grand show don’t tell, mes amis. C’est à cela qu’on pense lorsqu’on dit que les dialogues doivent faire avancer l’action et/ou dire quelque chose des personnages. Imaginez à la place une longue scène où Marie explique à Antoine qu’il ne la fait pas aussi bien rêver que Sam… Quel ennui ! Alors qu’en six mots à peine lâchés au détour d’un bête plan moyen, on a tout compris. Exercez-vous à faire de même. Sur ce, je vous laisse en vous souhaitant une joyeuse semaine de création littéraire. L’article Le sapin de Benjamin Biolay ou le show don’t tell au cinéma est apparu en premier sur Ecrire de la fiction.

    9 min
  2. 05/06/2021

    Comment ponctuer un dialogue [étude de cas + 7 clés]

    Il y a une question de peu d’importance qui pose problème à certain(e)s d’entre nous. Comment bien formater des dialogues ? Quelle ponctuation choisir ? Je dis de peu d’importance car enfin, il y a des sujets beaucoup plus graves, beaucoup plus chauds, lorsqu’on écrit un roman – ou une nouvelle – que de savoir si l’on doit placer des guillemets à chaque fois que le dialogue reprend ou s’arrête ou s’il est possible de s’en passer, n’est-ce pas ? Comment ponctuer un dialogue : un problème mineur mais un problème tout de même Traditionnellement, les romans à paraître sont relus par des correcteurs professionnels avant publication, il n’y a donc pas de raison de s’inquiéter. Cependant, l’essor de l’autoédition permet aux écrivains désargentés de “tout faire eux mêmes”, ce qui selon moi est une très mauvaise idée, mais c’est un autre débat. Lorsque l’on fait tout soi-même, on doit, soi-même, savoir répondre à toutes les questions. Parmi celles-ci, la fameuse question du formatage des dialogues. Pour ne rien arranger, les correcteurs automatiques des traitements de texte classiques ne nous viennent pas en aide. Ils peuvent même nous induire en erreur. Je vous dis comment un peu plus loin. Comment ponctuer un dialogue : la règle scolaire et l’usage Il y a ce qu’on apprend à l’école – lorsqu’on a la chance de pouvoir la fréquenter – et ce qu’on apprend par soi-même. Bien souvent, ces deux savoirs sont complémentaires. Apprendre la règle pour ensuite pouvoir l’adapter à la situation, ce n’est pas si mal. Cela ne permet pas d’emblée une créativité échevelée, car le formatage de neurones initial laisse une marque profonde dont il est difficile de se débarrasser, mais cela donne, à tout le moins, à chacun la possibilité de s’exprimer sur le meilleur pied d’égalité possible. C’est déjà beaucoup. L’école a de nombreux défauts et de nombreuses qualités. Je n’en ferai pas la liste ici, c’est encore une fois un autre débat. Pourquoi cet aparté ? Parce que, bien avant d’être un art, l’écriture de fiction est un artisanat. Ceux et celles d’entre vous qui me lisent régulièrement savent ce que j’en pense. Comme on apprend la peinture ou la musique, on peut apprendre l’écriture. Cela ne fait pas automatiquement de nous des prix Nobel de littérature, mais des honnêtes artisans du verbe, ça oui, c’est possible. Et voici que je retombe sur mes pieds tel un chat lancé dans les airs : en matière d’écriture, il y a les règles dictées par l’Académie et il y a l’usage. Comment ponctuer un dialogue : ce que font les écrivains, concrètement Au passage, je me permets de vous rappeler que l’Académie française, dont le travail harassant est de fixer les mots et les expressions dans le dictionnaire officiel de la langue française, n’est pas composée de linguistes, comme on serait en droit de s’y attendre, mais d’écrivains. L’usage fait la langue et les écrivains font la langue officielle, c’est comme ça qu’on fonctionne en France. Je me suis donc, naturellement, tournée vers les écrivains. Où donc ? Mais dans ma bibliothèque, parbleu ! Jusque là, tout est clair ? Fort bien. Voici maintenant quelques extraits, du plus ancien au plus récent. Comment ponctuer un dialogue : étude de cas Extrait du journal “Le Siècle” du 16 décembre 1848. Un certain Alexandre Dumas signe un épisode de “Le Vicomte de Bragelonne”. Nous avons de la chance, il s’agit presque entièrement d’un dialogue. Il s’agit d’un fac-similé de journal, nous sommes donc certain(e)s qu’aucun éditeur n’est passé par là en se permettant de modifier la ponctuation, ce qui est parfois le cas lors de rééditions de textes tombés dans le domaine public et remis au goût du jour. Comme vous pouvez le lire, aucun guillemet ne vient ponctuer la lecture. Le tiret cadratin à lui seul suffit à annoncer la prise de parole. Ca alors ! Détail savoureux, une coquille s’est glissée dans ce passage, saurez-vous la repérer ? Continuons. “La feuille”, imprimé à Paris en 1898, soit cinquante plus tard. En cinquante ans, les choses ont le temps de changer. Comment donc use-t-on de la ponctuation des dialogues durant la Troisième république ? Fichtre ! Comme cinquante ans plus tôt, les dialogues sont introduits par des cadratins, on n’y trouve pas trace de guillemets. En revanche, j’attire votre attention sur la quatrième colonne et sur le premier paragraphe “… dans le passage que je guillemette…” Tiens tiens. Le verbe “guillemeter” ou “guilleméter” est bien un verbe, je vous rassure. Les guillemets sont utilisés pour citer les paroles de quelqu’un, hors dialogue. Allons plus loin. En 1926, mon grand-père, Lucien Damon, alors scolarisé en classe de 5e, reçut un prix décerné par la République française, à savoir, un livre. “La vocation d’un fils de pêcheur”, de Monsieur Arsène Guérin. « La vocation d’un fils de pêcheur », 1926. J’éprouve une tendresse toute particulière pour ce grand-père, c’est sans doute pour cela que ce livre se trouve aujourd’hui dans ma bibliothèque, que j’ai pourtant allégée à de nombreuses reprises lors de mes déménagements successifs. Si j’avais dû conserver tous les livres qui ont jalonné ma vie, je devrais louer au moins trois pièces de plus pour les entreposer. Encore une digression. Décidément, je ne sais pas ce qui m’arrive aujourd’hui, on dirait que j’ai comme une envie de discuter… ou du mal à me passionner pour la ponctuation des dialogues de roman. Pardon. Je reviens à notre sujet. Notons quand même au passage que “La vocation d’un fils de pêcheur” ne porte aucune mention de la date d’édition ni d’impression. Sans la vignette de l’École communale mentionnant le Prix, je serais dans l’embarras. C’est d’ailleurs le cas pour beaucoup d’éditions anciennes. Si l’un(e) d’entre vous sait de quand date l’usage de la mention de la date de première publication en deuxième de couverture, merci de m’éclairer. En 1926, le cadratin règne-t-il toujours en maître sur les dialogues ? Et oui. C’est bien le cas. « La vie devant soi », 1975. En 1975, un certain Emile Ajar, qui n’est autre que Romain Gary, publie “La vie devant soi”, qui remportera le Prix Goncourt. Surprise ? Mais pourquoi donc ? Là encore, l’usage est le même. Pas de guillemets, seulement des tirets cadratins pour introduire les dialogues. Et plus près de nous ? “Dieu n’habite pas à La Havane” de Yasmina Khadra, paru en 2016. C’est pareil ! Là encore, on se passe de guillemets. On dirait bien que nous avons mis la main sur une règle absolue. Pas de guillemets pour introduire les dialogues. Youpi ! Nous voilà soulagés. A l’école on nous avait raconté des salades. Allez, encore un petit, pour la route. Assurons-nous qu’il n’y a pas d’exception. Et même, revenons un peu sur nos pas. 2014. “Parmi les loups et les bandits” – Atticus Lish – Grand Prix de littérature américaine. Ah flûte ! La tuile ! Il y bien des dialogues, mais pas de cadratins. Pas non plus de guillemets. Rien de rien. Nibe. Wallou. Zéro calebasse. Juste un retour à la ligne. Mais ça se lit, comme ça ? Ca se comprend ? Et bien oui. Qu’en pensez-vous ? Quand même, voila qui jette un froid dans ma belle démonstration. Creusons encore. Voyons en 2015. “Le grand ordinaire”, de Jérémy Chambers. Identique. Ni cadratins, ni guillemets, seulement un retour à la ligne. Ah ah ! Il y aurait donc une manière anglo-saxonne de formater les dialogues tendant à la simplification extrême et une manière française plus traditionnelle – et complexe ? Rogntudju ! J’en aurai le cœur net. Anglosaxon toujours, 2016 encore. “Morwenna” de Jo Walton. Damned ! Sacrebleu ! Nous v’la bien ! Le voila enfin, ce formatage scolaire dont on nous a tant rebattu les oreilles, et dont apparemment les écrivains se fichent comme de leur première liquette ! Car il ne vous a pas échappé, n’est-ce pas, que je ne vous l’ai pas encore donnée, cette fichue règle. De vous à moi, je l’ai fait exprès. Guillemets + cadratin ! Une débauche de ponctuation. Dans un roman de fantasy ! Est-ce que ce formatage hyper classique scolaire est réservé aux littératures de l’imaginaire comme une façon de contrebalancer la magie et tout le saint-frusquin que l’auteure nous fait avaler ? Je replonge. « Michel Strogoff » – Jules Verne – 1876. Jules Verne et Jo Walton sont d’accord sur la ponctuation des dialogues. Cadratins plus guillemets pour introduire la partie dialoguée. Mais alors, il n’y a pas vraiment de règle ? Ca ne dépend pas de l’époque ? Ni de la nationalité ? Et en 2020, on fait comment ? “Nos frères inattendus” – Amin Maalouf. Oulalalalala ! Connaissez-vous l’expression “c’est le pompon” ? Elle me semble appropriée, n’est-ce pas ? Voila que contre toute attente, c’est le cadratin qui s’est fait la malle et le guillemet qui le remplace. La perplexité est à son comble. Je ne pouvais pas ne pas partager cela avec vous, n’est-ce pas ? Guillemets ou pas guillemets, cadratins ou pas cadratins, les deux mon capitaine, ou aucun des deux, tous les cas de figure sont envisageables. La leçon que nous pouvons en tirer : faites comme vous voulez

    17 min
  3. 04/01/2021

    14 clés pour une bêta-lecture bénévole réussie [7+7🗝️]

    Depuis quelques mois, j’ai commencé à suivre les groupes de bêta-lecture bénévoles sur Facebook. J’ai proposé parfois mon aide, sûrement pas assez, faute de temps, et j’ai demandé une bêta-lecture du roman que je viens d’achever pour tester moi-même ce qu’un tel cadre pourrait apporter. Mon verdict est très mitigé. Mais j’ai trouvé une solution, ou du moins un début de solution. La formation des bêta-lecteurs bénévoles. Je vous en parle en détails. Qui trouve-t-on dans les groupes de bêta-lecture bénévoles ? Ces groupes sont composés en grande partie d’écrivains débutants, d’auteurs édités qui veulent sincèrement aider les autres à faire comme eux, de correctrices professionnelles qui proposent leurs services et de lecteurs désireux de donner un coup de main. Il y a des bêta-lecteurs bénévoles pour tous les genres de romans, à condition de savoir “pitcher” correctement son histoire et de faire preuve du recul nécessaire au sujet de son texte, ce qui n’est pas si facile qu’il y paraît lorsqu’on a la nez dans le guidon. NB : pitcher en français = “lancer”, autant dire résumer en donnant envie, et c’est un exercice à part entière. Quel est le problème avec la bêta-lecture bénévole ? Là où le bât blesse, c’est que beaucoup d’écrivains en herbe, soulagés et fiers à juste titre d’avoir achevé le premier jet de leur roman, jettent leurs textes en pâture à la critique sans prendre aucune précaution, ni même s’assurer que la critique est compétente… pour critiquer. Comme il y a des auteurs débutants, il y a des bêtas-lecteurs bénévoles débutants. Ceux-ci peuvent, malgré eux, faire des ravages. Certains écrivains trouvent ce qu’ils cherchent dans ces groupes, sinon il en aurait moins. Encore faut-il avoir de la chance et tomber sur les personnes ad hock et s’assurer de mettre tous les atouts dans sa manche pour ne pas y laisser des plumes. D’aucuns trouvent aussi dans les retours qui leur sont faits des conseils génériques inapplicables à leur roman et ne savent qu’en faire. D’autres se persuadent qu’ils sont des artistes incompris ou que les lecteurs sauront apprécier leur prose telle quelle et prennent la décision de s’autopublier sans aucun retravail. Aïe. Les plus fragiles hélas, y gagnent le sentiment d’être complètement nuls, de très mauvais écrivains qui feraient mieux d’oublier la littérature. Beaucoup se plaignent de ne lire que des commentaires indigents, du genre « c’est bien » ou « ça m’a plu ». C’est bien dommage. Le groupe Facebook de bénévoles, une association informelle J’ai beaucoup pratiqué la vie associative et je la pratique encore. La formation des bénévoles est essentielle à la bonne marche des activités. Un groupe Facebook de bêta-lecteurs n’est rien d’autre, selon moi, qu’une association informelle en ligne de gens ayant un intérêt commun qui se regroupent autour de celui-ci. En l’occurrence, la littérature. Ces groupes pourraient être une bonne occasion de se connecter avec d’autres écrivains, de trouver appui et encouragement auprès de ses semblables. Ecrire est un travail solitaire et faire lire son texte est un réel besoin, que peuvent remplir des bénévoles, à condition de savoir comment s’y prendre. Il suffit parfois d’un rien pour transformer une critique maladroite en encouragement productif. De la méthode, par exemple. J’ai donc décidé de partager ma propre fiche de bêta-lecture, qui reprend les questions les plus importantes auxquelles tout auteur est en droit d’attendre un semblant de réponse de la part d’un bêta-lecteur. Mais d’abord, quelques points à ne pas perdre de vue. Qu’est-ce qu’un bon bêta-lecteur ? Une bêta-lecture peut-elle être objective ? Oui, en partie. Mais en partie seulement. Aussi chevronné que soit votre bêta-lecteur dans l’art de repérer les pistes d’amélioration d’un texte, n’oubliez jamais que l’objectivité 100% est impossible. Nous sommes toujours influencé(e)s par nos croyances, nos goûts, nos habitudes… et tout notre background. Toutes ces sortes de choses qui intercalent des filtres entre le monde et nous… sans même évoquer nos maigres capacités de perception qui nous permettent seulement de déceler une partie de ce qui nous entoure (qui nous pénètre et dans lequel nous baignons, bienvenue dans la matrice). Repérer les bêta-lecteurs pertinents Repérer un bêta-lecteur bénévole compétent est impossible, a priori. Mais a posteriori, oui. En fonction du retour qu’il vous fera, vous saurez à qui vous avez à faire et vous pourrez décider de continuer avec lui ou pas. Faire appel à un(e) professionnel(le) n’est pas gratuit, mais il faut voir cela comme un investissement plus que comme une dépense. Toutefois, ce n’est pas toujours possible. C’est là que vous intervenez en tant que bénévole. Les critères d’un bon bêta-lecteur Pour devenir un bêta bénévole compétent, vous devrez vous rapprocher au maximum du standard de qualité en usage chez les pros. Un bêta-lecteur professionnel répond à un certain nombre de critères non négociables : il a déjà lu beaucoup de romans dans des genres différents, il aime découvrir de nouvelles écritures et il a du temps à y consacrer, il est capable de laisser de côté ses a priori et ses goûts personnels, il ne pense pas que tout le monde devrait écrire comme lui, il sait lire entre les lignes et déceler le potentiel d’une histoire, il lit dans un but précis, pour aider l’auteur à améliorer son texte, il est capable de faire des suggestions pertinentes et d’argumenter son commentaire, il sait relever les points forts d’un texte aussi bien que les points faibles, il sait tourner ses critiques sous forme de questions ou de propositions pour ne pas casser l’élan de l’auteur qui attend anxieusement son verdict. Les précautions à prendre avant de soumettre son texte Ceci dit, du côté de l’auteur, quelques précautions sont à prendre, déclinées en quelques clés : Clé n°1 : 🗝️ Il faut travailler son texte autant qu’on le peut avant de le soumettre à la bêta-lecture. C’est ce que font les professionnels. C’est une erreur de soumettre trois cents pages de premier jet, car ce premier jet fera boomerang, il vous reviendra dans la figure. Les premiers jets sont rarement (jamais) excellents. La demande souvent exprimée par les messages postés dans les groupes de bêta-lecteurs bénévoles est de vérifier que l’histoire tient debout. Pas besoin de tout un premier jet pour atteindre ce résultat. Fendez-vous d’un synopsis scène par scène (que vous avez sûrement déjà établi avant de commencer). Voire un scénario détaillé en quelques pages qui permettra de faire connaissance avec le sujet, les personnages, la structure, la cohérence, la narration… et tout le toutim. Et cela suffira à départager une charpente solide d’une structure bancale et à soulever des questions essentielles. Raison de plus si votre bêta-lecteur n’est pas très expérimenté, ne l’assommez pas sous votre prose sans retravail, c’est prendre le bâton pour vous faire battre. Si vous n’avez jamais réalisé cet exercice, prenez le temps de le faire en fin de premier jet. Reprenez ce que vous avez écrit chapitre par chapitre et résumez-le en deux phrases. La structure de votre roman se dégagera et vous-même serez peut-être à même d’y repérer des manques ou des faiblesses. Un écrivain travaille étape par étape. L’étape qui suit le premier jet n’est pas la bêta-lecture, à moins que vous ne soyez un vieux briscard de la littérature et que votre bêta soit votre agent littéraire ou votre éditeur, avec qui vous travaillez main dans la main depuis des années. Non, l’étape qui suit le premier jet, c’est la pause, de préférence pas trop longue, pour se remettre un peu la tête à l’endroit, puis le retravail. Clé n°2 : 🗝️ N’envoyez pas des morceaux de roman, sauf à vérifier que votre bêta-lecteur bénévole sera bien intéressé(e) à vous lire. Les deux ou trois chapitres du début ne suffiront pas à tout faire comprendre, sinon vous n’en auriez pas écrits d’autres. Vous risquez même le contresens total. Cela m’est arrivé récemment. Une bêta-lectrice bénévole à qui j’avais envoyé dix pages pour vérifier si elle voulait lire la suite m’a conseillé(e) innocemment de fusionner deux personnages car elle n’avait évidement pas compris que le fond de l’histoire repose sur la relation de ces deux personnages. Comment l’aurait-elle su puisqu’elle n’avait même pas pris connaissance de l’exposition toute entière ? Entre parenthèses, qu’elle se soit autorisée à faire cette suggestion avec si peu d’éléments en main en dit long sur le niveau de certains bêta-lecteurs. Ne vous exposez pas pour rien. Donc si vous envoyez dix pages, posez juste la question “veux-tu lire la suite ou pas, si oui surtout ne me dis rien sur le début, et sinon ne me dis rien non plus”. Clé n°3 : 🗝️ S’il y a des points délicats dans votre roman, des aspects dont vous n’êtes pas certains qu’ils fonctionnent comme vous l’aviez prévu, demandez expressément au bêta-lecteur bénévole ce qu’il a compris. Quitte à entrer dans le détail. Une bonne question pourrait être par exemple Que se passe-t-il selon toi dans le chapitre quatre et qu’est-ce qui en jeu entre X et Y ? Un bon bêta-lecteur sera par ailleurs capable de vous faire un retour chapitre par chapitre (voir fiche à télécharger ci-joint), ce qui vous as

    22 min
  4. 03/25/2021

    Méthode d’écriture et processus [Comment trouver ce qui fonctionne pour vous]

    L’écriture d’un roman est un processus lent. Tout débutant qui s’engage dans ce processus doit être conscient qu’il s’embarque pour un long voyage. Comme tous les voyages, celui-ci lui réserve quelques surprises et il est impossible d’en prévoir tous les écueils et toutes les péripéties. Mais contrairement au voyage dans un espace physique qui nécessite un déplacement et ne peut manquer de se dérouler une fois qu’il a été engagé, le voyage immobile de l’écrivain en herbe peut cesser à tout moment. Il suffit que ledit écrivain se sente illégitime, qu’il soit attiré vers une autre étoile, qu’il préfère s’occuper de son jardin ou que son activité professionnelle l’absorbe à plein temps, que sa famille réclame toute son attention… les raisons sont nombreuses et toutes sont valables pour qu’il remise sa fiction dans un tiroir ou dans un fichier de son ordinateur et se promette d’y revenir un jour peut-être. La principale difficulté pour venir à bout d’un chantier d’écriture au long court réside dans la solitude et dans la liberté, puisque seul l’impétrant sait ce qu’il veut accomplir et que personne ne lui colle aux basques pour le pousser à terminer. La liberté d’écrire ou de ne pas écrire peut être sa pire ennemie. Trouver sa propre méthode d’écriture peut parfois se révéler complexe. Pourtant, l’histoire de la littérature ne manque pas d’écrivains ayant créé une œuvre en exerçant un métier à côté. Céline était médecin, Lamartine garde du corps (de Louis XVIII), Kafka inspecteur d’assurance, Saint-Exupéry aviateur, Stendhal officier de cavalerie… Pour vous aussi, parvenir au bout de vos chantiers, malgré la vie qui va et qui réclame toute votre attention – et c’est tant mieux car vous aurez quelque chose à raconter – va vous demander de trouver les outils qui vous conviennent et de les mettre en œuvre aux moments opportuns. Ce sera votre méthode d’écriture. C’est un lieu commun de dire que le processus d’écriture est différent pour chacun d’entre nous. Cela sous-tend que la méthode qui marche pour Kafka ne fonctionnera peut-être pas pour moi, ni pour vous. Cependant, il existe des moyens pour trouver son chemin parmi tous les conseils et les méthodes proposées dans les livres et sur Internet et mettre au point la méthode d’écriture qui fonctionne pour vous. Disons une méthode pour trouver la méthode. Comment trouver la méthode d’écriture qui fonctionne pour vous ? Vous lirez trois bons conseils, je vous les fait courts, ils sont partout, vous en avez sûrement conscience. Essayez différentes méthodes Renseignez-vous sur les méthodes utilisées par les auteurs et testez-les une par une.Avec ou sans plan,le matin ou le soir,dans la cuisine ou dans la cabane du jardin… Planifiez votre travail et donnez-vous des objectifs Un nombre de mots quotidiens,un texte d’une longueur imposée,explorer différents genres, même ceux vers lesquels vous n’êtes pas attirés spontanément… Commencez par travailler sur des textes courts avant de vous lancer dans la rédaction d’un roman Je vous rappelle que définir un objectif n’est pas seulement donner un axe à votre travail, mais fixer un délai de réalisation, une date butoir pour aboutir. Un peu de pression ne fait pas de mal. Pour cela les concours de nouvelles et les appels à textes des revues littéraires sont vos amis. Ces trois conseils sont bons, très bons, mais pas suffisants. Ils laissent croire que l’écriture est la mise en œuvre de techniques et de recettes et qu’elle relève uniquement de l’artisanat. Devenir un bon artisan de l’écriture, c’est une des étapes obligées pour produire une œuvre. Mais ce n’est pas un but ultime. C’est indispensable, mais il est possible d’aller plus loin. Le meilleur conseil que je puisse vous donner concernant la méthode de travail Le meilleur moyen d’atteindre l’efficacité n’est pas et ne sera jamais de copier ce que les autres font. De la même manière que l’inspiration qui nous visite parfois ne tombe pas du ciel mais est le fruit de notre expérience, de nos rencontres et de nos lectures, la méthode d’écriture qui nous va bien est celle qui colle à notre personnalité et à nos habitudes. Il est beaucoup plus facile de suivre son penchant que de lutter contre, je ne vous apprends rien. A partir d’un point donné, lutter contre le courant fatigue et l’issue est toujours la même, on revient au point de départ dès que l’on cesse de pagayer. Descendre le courant, en revanche, promet de belles balades. Suivons donc notre courant et gardons notre énergie pour l’écriture. Attention, comprenez-moi bien. Il ne s’agit pas de suivre le courant qui nous incite à procrastiner et à trouver toujours quelque chose de plus urgent à accomplir que d’écrire cette scène délicate que nous ne savons pas comment aborder. Je ne vous propose pas de vous engager dans une partie de Risk ou de Scrabble au lieu de vous asseoir pour écrire, ni même d’aller bêcher votre jardin, ni de changer les meubles du salon de place. Il s’agit d’examiner votre mode de fonctionnement, votre propre processus. Comment est votre énergie ? Comment évolue-t-elle au cours de la journée ? D’où vous viennent vos envies subites ? Pourquoi justement cette action et pas telle autre ? Quand cela vous prend-il et pourquoi maintenant ? Faites-vous la cuisine ? Êtes-vous plutôt du genre à jeter un œil dans le frigo et à composer un plat avec ce que vous y trouvez ou à suivre à la lettre la recette d’un livre ? Quel rapport avec l’écriture ? Je me rends compte que je me suis lancée dans des explications un peu compliquées. Prenons l’exemple de quelqu’un que je connais bien. Au hasard, moi. Il y a quelques jours, on m’a posé des questions intéressantes. Est-ce que tu es une « auteur qui peint » ou une « peintre qui écrit » ? Est-ce que ta pratique de l’écriture a des effets sur ta création plastique ? Et j’ai répondu que oui, tout est en interdépendance et pour moi, c’est la même chose, le même processus qui est à l’œuvre. Et que ledit processus est intimement lié non pas à une méthode indispensable et patiemment apprise que j’appliquerais, mais à la façon dont moi, être humain, je fonctionne. Mon propre processus de création, qui peut se déployer selon deux temporalités différentes. Exemples. Ma propre méthode d’écriture n’est pas absolue, elle change selon le projet. Ma pratique plastique s’articule principalement autour de collages et de peintures sur toile. Selon que je travaille le collage, j’ai une idée, je découpe, je colle, j’assemble… et j’y passe le temps qu’il faut pour arriver à un résultat qui me convienne, parfois quelques heures et parfois quelques jours. Et c’est là. C’est aussi comme ça que je m’y prends pour écrire une nouvelle. J’ai démarré avec une idée, j’ai appliqué des techniques d’écriture pour la développer, j’ai retaillé tout ce qui dépassait, réécrit ce qui méritait de l’être. Point barre. Mais si je travaille la peinture (le roman), dans un processus plus long, j’avance par étapes successives. Je peux laisser en plan de côté, pendant plusieurs semaines, un tableau en cours. Je fais un fonds (un premier jet) et je le laisse reposer. Je passe à côté tous les jours. Et puis un jour je passe et je sais quelle sera la prochaine étape. Alors j’y retourne. J’avance par bonds successifs, par couches, en laissant passer du temps, en laissant sécher entre chaque couche. Ma méthode EST le processus, et réciproquement. Je ne suis pas quelqu’un qui produit une œuvre plastique fulgurante en quelques coups de pinceau ou de crayon. Plutôt quelqu’un qui organise des espaces, quitte à déplacer des éléments, à reprendre un contour, à revenir sur une couleur. J’ajoute, j’enlève… jusqu’au moment où c’est bon. Je fais pas mal de palimpsestes aussi. Je reprends mes vieilles croûtes quand j’en ai marre de les voir et je les retravaille ou je les passe au Gesso pour peindre autre chose par dessus. Ça peut paraître radical mais ça me convient, c’est mon fonctionnement naturel, c’est aussi comme cela que je travaille pour le roman. Je fais un premier jet pour libérer tout ce que j’ai à dire sur un sujet. Parfois le premier jet n’est pas terminé, au sens où l’histoire n’est pas bouclée. Mais je m’en fiche. Je laisse reposer et je laisse travailler mon inconscient, j’ai lancé le processus. Ensuite, j’y reviens autant de fois que j’ai besoin pour que l’objet produit soit bien un roman digne de ce nom et non pas un truc informe sorti de mon imagination fertile. A cet égard, la pratique de la peinture m’a aussi appris à ne pas trop m’attacher à mon texte. Ça fait partie de la vie des objets de disparaître. Une peinture, c’est un objet. Un objet qui parle à quelque chose en nous, si elle est réussie, mais un objet. C’est un objet qu’on voit, un truc qui nous appelle ou qui nous repousse. Un roman, c’est plus discret. C’est là, mais il faut l’ouvrir et le lire. C’est une démarche volontaire de la part du lecteur. Pourtant, un texte aussi, c’est un objet (où l’on rejoint l’artisanat !). J’agis avec l’objet texte comme j’agis avec l’objet tableau, je le peaufine jusqu’au moment où il atteint sa plénitude, et pour un roman c’est un processus lent. Que vous apprend votre mode de fonctionnement naturel ? Examinez vos thèmes de prédilection. Faites aussi une recherche des clichés qui naissent spontané

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  5. 03/11/2021

    Comment écrire un dialogue : accent et vocabulaire [Rv avec Dominic Bellavance]

    Pour le troisième entretien de la série « Rendez-vous avec », j’ai interrogé Dominic Bellavance, écrivain québécois. Comment écrire les accents, les langues étrangères, choisir le vocabulaire des personnages. Tous les écrivains se posent cette question. Toutefois, elle devient vraiment cruciale dans le cas d’un auteur « étranger » écrivant en français. Ce que Dominic appelle le « français international » et que moi je nomme « le français hexagonal » n’est pas, en effet, le français le plus parlé dans le monde. La francophonie est bien plus vaste que l’hexagone. Cette idée de sujet à aborder m’est venue en lisant La Fiancée américaine d’Eric Dupont. E. Dupont, qui est également issu de la belle province du Québec, a produit un roman magistral qui peut être lu et compris dans toute la francophonie. Il écrit en français et use rarement de tournures québécoises. Quand le fait-il ? Dans certains dialogues. En particulier, lorsque Madeleine la Mère s’exprime. Une excellente façon de mettre en évidence les différences entre les générations. Comment Dominic s’y prend-il pour écrire des dialogues (dont il est, me dit-il, friand) et trouver le vocabulaire juste, l’accent vrai pour ses locuteurs ? Comment les rend-il concrètement, les accents et les tournures de langage propres à ses personnages ? Réponses en vidéo dans Rendez-vous avec, le programme de ma chaîne YouTube Séance Fiction. Invité : Dominic Bellavance J’ai connu Dominic, ou du moins son blog, alors que je faisais quelques recherches sur le web pour identifier des blogueurs compétents en écriture dont les billets pourraient alimenter ma réflexion. Je suis tombée sur sa page ressources et j’ai dévoré 100 trucs pour faire la promotion de vos livres. C’était beaucoup trop tôt pour moi pour m’y intéresser, mais j’ai mis ça de côté pour y revenir plus tard et je l’ai abondamment partagé dans des groupes d’écrivains. La page ressource propose également de télécharger une matrice de roman sous Word, et ça c’est aussi un chouette cadeau, quand on sait le temps que ça prend de s’y retrouver tout seul. Depuis, Dominic a continué de creuser la question et propose maintenant un guide, parmi d’autres, afin d’aider les auteurs auto-édités… à faire le boulot de l’éditeur. Les romans dont vous êtes la victime Je n’ai pas lu les romans de Dominic, ma PAL (pile à lire) ne désemplit pas. Si je devais le faire, je m’intéresserais à Hantée, un roman dont vous êtes la victime, qui tente de renouveler un genre littéraire dont Raymond Queneau est, à ma connaissance, le précurseur avec son Conte à votre façon et la très oulipienne histoire des trois petits pois. Rendez-vous avec sur YouTube Sur ma chaîne YouTube, Séance Fiction, je réalise des entretiens pour débattre avec des pros de différents aspects de la littérature. La semaine prochaine Astrid Stérin nous parlera de son travail de coach d’écriture. Ca tombe bien, je suis en train moi aussi de la lancer dans l’accompagnement d’écrivains, nous aurons plein de choses à nous dire. Sur Séance Fiction, j’aimerais aussi beaucoup discuter avec des éditeurs, des illustrateurs, des distributeurs, des libraires… tous les métiers essentiels de la chaîne du livre, même si l’autoédition a le vent en poupe. Mais pour l’instant, place à Dominic Bellavance : Tous les programmes de Séance Fiction Mes meilleurs podcasts sont aussi sur Séance Fiction, où vous retrouverez Tilu sur des sujets aussi variés que mon Top 5 des blogs de conseils aux écrivains, ainsi que la suite, le Top 5bis, le résumé en quatre parties (tellement il y a de matière) de la bible d’Alain André, Devenir écrivain, ou encore prendre connaissance de mes études de cas sur les descriptions de lieux, avec Joyce Carol Oates, Hemingway, Arthur C. Clarke, George Perec, Clément Lépidis, Roald Dalh ou James Salter. Soyez sympas, rendez-moi service Partagez cet entretien auprès de vos ami(e)s écrivain(e)s, surtout s’ils peinent sur les dialogues ou s’ils vivent à l’autre bout du monde. Je suis déjà lue dans beaucoup de pays, ce qui me réjouit, mais mon rêve secret est de conquérir l’univers. J’ai décidé de commencer par la francophonie. Appel ! Je suis à la recherche d’écrivains, mais pas que, pour les prochains Rendez-vous avec. Tous les métiers du livre m’intéressent. Si vous-même désirez que je chronique votre roman, sur Babelio ou dans ce blog, écrivez-moi. Mais attention, je dis ce que je pense, si je trouve ça mauvais, je dirais que je trouve ça mauvais. Rejoignez l’Atelier de Fiction, atelier d’écriture créative en ligne. C’est un groupe Facebook de passionnés dans lequel est publié chaque jour un nouvel exercice. a toute a l’heure de l’autre côté L’article Comment écrire un dialogue : accent et vocabulaire [Rv avec Dominic Bellavance] est apparu en premier sur Ecrire de la fiction.

    10 min
  6. 02/15/2021

    Le sexe, le désir et l’écrivain

    Aujourd’hui, nous allons parler de sexe. C’est un sujet qui intéresse tout le monde. Les écrivains aussi. Pour Douglas Kennedy, ce sont le sexe et l’argent qui motivent la plupart de nos actions. Qui maîtrise le sexe et l’argent détient le pouvoir. Les services secrets de tous les pays le savent bien. Pour s’assurer de la collaboration de quelqu’un, depuis toujours, on rémunère ses services, en numéraire ou en nature, ou bien on organise un chantage si le quelqu’un en question place ses valeurs morales avant son enrichissement personnel. Un chantage sexuel la plupart du temps. ➡️ Il est donc impossible à tout bon écrivain de fiction, soucieux de la crédibilité de ses personnages, de ne pas aborder ces questions sous une forme ou sous une autre. Toutefois, et ce même si vous écrivez de la fiction érotique, les scènes de sexe obéissent aux mêmes règles que toutes les scènes. Deux règles auxquelles vous ne pouvez pas déroger ➡️Règle n°1 : elle renseigne sur les personnages, fait découvrir ou approfondit un aspect de leur psychologie.➡️Règle n°2 : elle fait avancer action. Si vous réussissez à faire les deux en même temps, c’est parfait. Sinon, qu’au moins une de ces règles soient respectée. Toutes les scènes sont difficiles à écrire ➡️Les scènes d’action autres que les scènes de sexe qui sont des scènes d’action (sauf accident), ne doivent pas avoir l’air trop mécaniques ni se perdre en détails inutiles. ➡️Les scènes d’émotion sont menacées par un monceau de clichés auxquels il n’est pas aisé d’échapper. ➡️Quant à la scène de sexe, elle est porteuse, en plus des clichés, de tabous judéo-chrétiens, de sous-entendus et de non-dits ! Toute une partie de nos contemporains, des hypocrites et/ou des malheureux, réprouvent le sexe ou ne s’y livrent que toutes lumières éteintes. Et surtout, on n’en parle pas. D’autres glorifient leurs performances, réelles ou fantasmées, et se présentent comme des “bêtes de sexe”. De là à penser sexe de bêtes, il n’y a qu’un pas. Entre les deux, tout le monde y pense, tout le monde le fait, mais ce n’est pas la première chose que vous dites de vous lorsque vous rencontrez quelqu’un. Même chez le médecin, où pourtant, la transparence est votre alliée, on vous demande si vous dormez bien, si vous mangez bien, si vous faites suffisamment d’exercice. Rarement si vous pratiquez le sexe régulièrement. A part en médecine chinoise, mais c’est une autre question. Une fois tout ça posé, revenons à nos moutons. Écrire une scène de sexe La première chose à vous demander, c’est donc “qu’est-ce que cette scène peut apporter à mon récit ?” Une fois cette question résolue, il vous reste comme toujours à vous mettre dans la peau de votre narrateur et à imaginer ce qu’il dit des personnages en action. Ce n’est pas tant l’action elle-même qui sera cruciale. Tous les lecteurs et lectrices adultes auront de toute façon l’expérience nécessaire pour comprendre de quoi il s’agit. Le point important, c’est quels mots vous allez mettre sur cette action. Comment allez-vous en parler. Dans les classiques, il y a la scène de sexe qui certes, fait avancer l’action, mais dont l’auteur se débarrasse rapidement, car son sujet est ailleurs. Dans Cet instant-là, par exemple, une histoire d’amour tragique du même Douglas Kennedy, le sexe est présent à plusieurs titres. ➡️Le héros et narrateur tombe amoureux d’une femme, ils entament une relation et “font du sexe”, tout à fait normalement. Le sexe est source de plaisir mais ce n’est pas le moteur de la relation.➡️Le narrateur partage son logement avec un artiste homosexuel, dont l’amant est par ailleurs marié et père de famille. Ils se cachent. Le sexe est source de danger.➡️Enfin, il y a le sexe contraint, car la petite amie du héros, celle dont il est tombée amoureux, mène une double vie d’espionne et doit se plier aux désirs dégoûtants de son chef direct, qui a le pouvoir sur elle. Pourtant, Cet instant-là est un roman psychologique. Cinq cents pages autour de cette histoire d’amour, mais Kennedy passe très vite sur les scènes de sexe, qui ne l’intéressent pas plus que ça. On mentionne et on passe rapidement à autre chose. Ce que vous pouvez très bien choisir de faire vous aussi. Ça fait vrai, ni trop puritain, ni trop olé olé, et l’action peut avancer. Cependant, j’attire votre attention sur la mécanique du sexe, ou plutôt, sur le mécanisme qui mène au sexe : le désir. Quand il s’agit de sexe, il y a l’avant, le pendant et l’après. Bien avant la scène de sexe, à moins de décrire un viol, vous devrez amener le désir pour que cette fameuse scène ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe mais au contraire, qu’elle soit un point d’orgue. Le désir, comme vous le savez, est chose fluctuante. Savoir ce que votre héros ou votre héroïne désire à un moment m du récit, qu’il s’agisse de sexe ou pas, et comment ce désir évolue en même temps que le personnage est essentiel à la qualité de votre fiction. Avant le sexe, le désir Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier. Je ne sais plus de qui est ce trait d’esprit, mais avouez que c’est bien observé. Plutôt que de vous assommer avec mon blabla, je vous donne un exemple. Voici une “scène de désir” prélevée dans La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. C’est très écrit, poétique et suffisamment cru pour qu’on y croie. (podcast : 06’30 ») Ensuite, il y a le pendant. Voici en extrait, le début de la relation du héros et de son aimée, dans Cet instant-là, de Douglas Kennedy, dont je vous parlais tout à l’heure (podcast : 08’44 »). Attention au ridicule ! Surtout, surtout, n’écrivez pas de crétinerie cul-cul la praline censée donner chaud au lecteur si vous manquez d’imagination. Relisez-vous et faites-vous relire. Si vous faites rire et que ce n’est pas le but recherché, réécrivez. Témoin ce morceau de bravoure trouvé dans un roman auto-publié dont, encore une fois, je tairai l’autrice. C’est toujours la même. Je vous laisse juger (podcast : 10’40 »). Voyez, en matière d’écriture, tout est possible, mais tout n’est pas bon. Et puis, il y a l’après, lorsque le désir se fait la malle. Pour en parler, je vous propose un long extrait de Loin de Chandigarh, de Tarun J. Tejpal. C’est l’incipit du roman et on comprend tout de suite de quoi nous allons parler. Je vous engage à le lire si ce n’est pas déjà fait, pour apprendre beaucoup sur comment décrire la mécanique du désir et du sexe, avant, pendant et après. Avant de débuter cette longue lecture, qui clôturera ma causerie d’aujourd’hui, encore une ou deux choses. Quelques ressources pour vous aider Peut-être craignez-vous de décrire uniquement votre propre sexualité. Après tout, on n’écrit jamais qu’à partir de soi. Si vous manquez d’idées rigolotes pour animer vos personnages, afin de renforcer votre créativité, je vous recommande la lecture de cet article. Faites aussi un petit tour sur le site Harmonie des corps, il vous ouvrira peut-être quelques portes. Enfin, ne manquez pas de visiter l’article de Nicolas Kempf, rédiger une scène coquine, dont voici le lien. Je sais, je cite beaucoup Nicolas, mais seulement quand je suis d’accord avec lui. Et je vous envoie chez lui quand je ne peux pas faire mieux. Lisez ma critique de son roman Hard Rock Cargo ici-même, apprenez comment préparer votre texte pour la bêta-lecture ou faites le tri parmi les conseils concernant les dialogues. Rejoignez-moi aussi sur ma chaîne YouTube pour le programme Rendez-vous avec, inauguré par Nicolas qui nous parle des différences et des similitudes dans l’écriture d’un scenario de BD ou d’un roman. Voici maintenant l’extrait promis de Tarun J. Tejpal, l’incipit de Loin de Chandigarh (podcast : Rejoignez l’Atelier de Fiction, atelier d’écriture créative en ligne. C’est un groupe Facebook de passionnés dans lequel est publié chaque jour un nouvel exercice. a tout a l’heure de l’autre côté L’article Le sexe, le désir et l’écrivain est apparu en premier sur Ecrire de la fiction.

    25 min
  7. 01/22/2021

    Une bêta-lecture, ça se prépare

    La bêta-lecture, qu’est-ce que c’est ? C’est la lecture critique de votre texte dans le but de vérifier que tout fonctionne ou de pointer le cas échéant ce qui ne fonctionne pas. Pour faire court, les (bons) bêta-lecteurs vérifient que vous avez mis en œuvre les meilleures techniques d’écriture au service de votre texte et qu’elles sont maîtrisées. Ou, si vous préférez appliquer vos propres techniques (!), que cela est justifié et efficace, que ça marche. Les bêta-lecteurs s’assurent que votre créativité s’exerce pour le plus grand bénéfice du lecteur. Pas pour le vôtre. Vous n’écrivez pas pour vous. Vous écrivez pour être lu(e). Les bêta-lecteurs professionnels suggèrent donc souvent des améliorations. Et ils vous disent aussi là où ça pêche. Au sens littéral de pêcher, c’est-à-dire, manquer son but. Oui, professionnel. Lecteur, c’est un métier. Il y a même des spécialisations. La lecture d’un scénario ne requiert pas tout à fait les mêmes compétences que la lecture d’un roman. Littérature et cinéma sont deux médias différents, ils ne stimulent pas la même région de notre cerveau. Une lecture critique de votre premier jet réalisée par un.e professionnel.le (par exemple, moi) vous coûtera quelques euros, le coût variant selon la longueur de votre tapuscrit, pour un avis impartial et constructif. Cependant, les écrivains ne roulent pas sur l’or, ni même sur l’argent. Des solutions gratuites existent. Vous pouvez choisir d’être lu.e par des lecteurs passionnés, ou d’autres écrivains à qui vous rendrez la pareille. La réciprocité est un bon principe de collaboration. Tous les écrivains font appel à des bêta-lecteurs. C’est une étape indispensable de la fabrication d’un livre. La bêta-lecture est distincte de la correction orthographique et syntaxique, elle s’attache au récit avant tout. Qui sont les bêta-lecteurs ? Sont des bêta-lecteurs tous vos lecteurs qui prendront connaissance de votre prose avant qu’elle soit publiée, quand vous pourrez encore revenir dessus pour l’améliorer. Les lecteurs des maisons d’éditions à qui vous enverrez votre texte sont des bêta-lecteurs. A qui confier la bêta-lecture bénévole de vos textes ? Cependant, votre petit frère ou votre chéri ne sera peut-être pas le meilleur bêta-lecteur que vous puissiez trouver. Déjà, beaucoup d’affect altère le jugement. Ensuite, pour être efficace, un bêta-lecteur doit être avant tout un grand lecteur, lisant des textes de bonne qualité (et oui les mauvais existent aussi). Ne confiez pas vos textes à une seule et même personne, mais si possible, dégotez au moins trois avis différents. Et quand je dis différents, vraiment différents. Le profil de votre lecteur type est impossible à cerner, si ce n’est qu’il aime votre prose. Vous obtiendrez des avis bien plus constructifs si vous trouvez un terrain d’entente avec une mémé à la retraite (pas la vôtre si possible), un étudiant qui lit dans les transports en commun, un autre écrivain rencontré dans un groupe Facebook. Attention, ne donnez pas vos textes à lire seulement à des écrivains. Ils souffrent de biais cognitifs intempestifs, c’est connu. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ne les donnez pas non plus que à des lecteurs qui apprécient d’emblée le genre dans lequel vous écrivez. Sauf s’il s’agit d’un pavé de six pages, auquel cas, allez-y mollo, envoyez un premier chapitre et voyez si ça mord. Pour obtenir des retours pertinents, variez les intelocuteurs. Vous en apprendrez beaucoup plus ainsi. Les bêta-lecteurs vérifient a minima que : ➡️Votre histoire est construite selon une structure rigoureuse et pas à la va-comme-je-te-pousse (au minimum un début qui permet de saisir le contexte – qu’on appelle une exposition pour un roman mais qui peut se réduire à un paragraphe dans une nouvelle, un milieu durant lequel le héros ou l’héroïne combat l’adversité, résout un problème ou vit quelque chose d’intéressant qui le/la change de l’intérieur, une fin qui boucle l’histoire et les intrigues secondaires s’il y en a).➡️Les personnages ont des raisons d’agir comme ils le font et ces raisons peuvent être comprises (voire découvertes) par le lecteur.➡️Les personnages sont suffisamment profonds, voire paradoxaux, ils ont de la consistance et permettent l’empathie du lecteur.➡️L’enchainement des faits et des actions obéit à une logique interne (ce sont les personnages qui déclenchent les événements, sauf dans les tragédies grecques où ce sont les dieux qui s’amusent entre eux).➡️Le cadre spatiotemporel est cohérent et assez détaillé pour que votre récit ne soit pas “hors sol”, mais pas trop pour ne pas transformer votre fiction en manuel scolaire.➡️Le point de vue narratif ne varie pas d’une phrase à l’autre.➡️On suit clairement la narration, tout est mis en œuvre pour donner l’envie de continuer à lire, autrement dit le texte n’est pas barbant.➡️La langue utilisée est cohérente avec le genre et le sujet, on ne bute pas sur les mots, on n’est pas arrêté dans la lecture, autrement dit, vous avez réussi la fluidité.➡️La forme et la longueur des phrases est variée, le récit est rythmé, tous les paragraphes ne font pas cinq lignes et ne commencent pas par le même mot.➡️La mise en page respecte les codes de l’édition (police, corps, paragraphes, chapitres, tirets cadratins, numérotation des pages…) Mais au fait, pourquoi je vous parle de bêta-lecture aujourd’hui ? Parce que j’ai réalisé un certain nombre de bêta-lectures ces dernières semaines, à chaque fois pour des apprentis écrivains que je ne connais pas personnellement. Et je me suis rendue compte que certains romanciers ne savent pas du tout comment fonctionne une béta-lecture. Ils demandent un coup de main très poliment, et vous leur rendez ce service bien volontiers, surtout si leur texte n’est pas très long et ne devrait pas vous demander plus d’une heure de votre temps. Et ils vous envoient leur premier jet en vous demandant “qu’est-ce que je peux faire avec ça pour l’améliorer selon toi ?” Alors déjà, camarade, tu dois travailler. Tu dois te relire en te posant les bonnes questions (en reprenant les points ci-dessus c’est déjà un bon début) et réécrire tout ce que tu trouves toi-même à améliorer. Si tu ne trouves rien, deux possibilités. Ou bien tu es un génie, ou bien tu es mauvais. Si tu es mauvais, ce n’est pas grave, mais tu dois renoncer à publier avant d’avoir compris ce qu’est la littérature et comment ça marche. Si tu es un génie, c’est pire, tu es vraiment mal barré. Retravailler un texte avant de l’envoyer en bêta-lecture : deux étapes incontournables ➡️Avant la bêta-lecture, vous devez oublier votre texte, le laisser dans un tiroir durant plusieurs semaines pour le redécouvrir avec un regard neuf comme s’il avait été écrit par quelqu’un d’autre. Vous verrez les verrues, vous dépisterez les scories. Et vous retravaillerez. ➡️Vous devez vous relire à haute voix. Je vous conseille même de vous enregistrer et de vous écouter. On vous raconte des histoires depuis que vous êtes bébé, même en admettant que vous soyez extrêmement complaisant avec vous-même (si si c’est possible, ça m’arrive aussi figurez-vous), votre oreille est habituée à la narration, elle sera impitoyable avec les redites, les maladresses, les phrases bancales. Vous gagnerez du temps. Et vous retravaillerez. Attention, très important : n’envoyez jamais en bêta-lecture un texte formaté avec les pieds. Police Times New Roman ou Arial, corps 12 ou 14, chapitres et paragraphes, tirets cadratin ou semi-cadratins, pages numérotées, etc. Pourquoi vous embêter à faire ça alors que de toute façon vous allez encore retravailler, que le formatage est la chose la plus chiante du monde et que ce rogntudju de logiciel n’en fait qu’à sa tête ? Et bien c’est tout bête. Pour faciliter le travail de votre bêta-lecteur. N’oubliez pas que c’est lui qui vous rend service, pas le contraire. ➡️Ne le rebutez pas d’emblée avec une police illisible, même si vous, vous la trouvez géniale, ou avec un corps 18, il aura l’impression que vous lui criez dessus. ➡️Pour éviter les modifications de votre texte dues à l’ouverture par un autre logiciel que le vôtre, envoyez un pdf. Ainsi vous pourrez vérifier la gueule de votre truc et vous assurer que la personne en face n’aura pas l’impression que vous lui déposez un sac poubelle. ➡️Evitez de placer vos coordonnées en en-tête de chaque page, préférez les insérer dans le pied de page, avec la numérotation. ➡️Vérifiez que vous envoyez bien la dernière version de votre texte (numérotez vos versions). Indiquez votre deadline s’il y en a une. Précisez à votre bêta-lecteur ce que vous voulez vérifier en priorité ➡️Ne lui dites pas : “Qu’en penses-tu ?” ou “Aimes-tu ça ?” mais plutôt “As-tu compris pourquoi Raspoutnik agit/réagit comme ça dans le chapitre trois ?” “Quels sont les liens entre les personnages ? Est-ce suffisament clair ?” et toute cette sorte de choses. Plus vos questions seront précises, plus les retours de bêta-lectures vous serviront. Il reste une partie délicate qui nous incombe et que nous jetons parfois par-dessus les moulins dans notre premier jet, j’ai nommé la grammaire, la syntaxe et l’orthographe. La plaie, pour qui n’aime pas ça

    22 min
  8. 01/14/2021

    La langue et les dialogues : quelques clés

    Je voudrais aujourd’hui vous parler du langage, et avec le langage, des dialogues. Si vous vous intéressez tant soit peu aux mots, et mon infaillible instinct me dit que oui, puisque vous êtes là, vous avez peut-être regardé ici et là les conseils fourmillants sur le Net pour améliorer votre prose et surtout, vos dialogues. N’écoutez pas les conseils, soupesez-les bien Ah, ces rogntudjus de dialogues ! Comment s’y prendre pour qu’ils coulent de source, qu’ils sonnent vrais, et d’ailleurs, qu’ils sonnent tout court. On vous a fait des recommandations du style : Ne cherchez pas à rendre le langage parlé tel qu’il est, écrivez les mots correctement et les négations en deux mots, ne pas, ne guère, ne plus… comme le veut l’usage (autrement dit rentrez dans le moule imposé dès l’école primaire);N’inventez pas de mots, ne parlez pas argot, ni verlan, ni rebeu, soyez concis et clairs (autrement dit niez la richesse de la langue parlée si vous voulez qu’on vous comprenne);Trouvez une façon de parler différente pour chaque personnage de façon à éviter les « dit-il, répondit-elle” (mon préféré ! Super simple quand on nous dit par ailleurs de ne pas trop “typer” les dialogues, il faudrait des tics de langages reconnaissables, mais pas de vilaines tournures, s’il vous plaît, écrivez français, simplement français). Ces recommandations, vous les trouverez aussi bien sous la plume d’auteurs chevronnés que d’obscurs blogueurs. Elles sont le corollaire obligé de conseils plus généraux s’appliquant à votre prose : Faites des phrases simples et n’utilisez pas de mots savants (autrement dit prenez votre lecteur pour un crétin) ;Aérez votre texte en revenant à la ligne, un paragraphe court toutes les deux ou trois phrases, sinon le lecteur sera découragé d’avance (qu’est-ce que je vous disais ?) ;Faites la guerre aux adverbes, aux adjectifs et aux participes présents, évitez les parenthèses et les digressions (autrement dit asséchez votre style et réduisez-le à sa plus simple expression, boxez votre lecteur, ne l’embobinez pas). …et autres foutaises de cet acabit. Des dialogues qui « font vrais » Oui. Foutaises ! Oh bien sûr, dans certains cas, ces recommandations ont du sens. Mais dans d’autres, non. Dans certains cas, en fonction de la situation, du propos, du message, de la réalité des personnages, du contexte, il est nécessaire de trancher dans le vif. Je suis sûre que vous me comprenez. Pour résumer, faire parler un maître zen avec des “heu… ben… bof” ne serait pas très convaincant. Mais parfois, les “heu… ben…bof…” ont leur utilité, pour faire comprendre quelque chose du personnage. Et c’est bien là tout le problème. Comment s’y retrouver ? Evitez les dialogues inutiles et ciselez les dialogues indispensables N’oubliez pas que si votre projet est d’écrire un roman, il vous appartient de construire un récit, pas seulement de rendre compte de conversations. Les conversations, c’est bon pour les sitcoms. Ou alors écrivez des pièces de théâtre. Je distingue pour ma part trois fonctions des dialogues : Renseigner sur les personnages (niveau d’instruction, politesse formelle, tournure d’esprit, mais aussi capacité d’adaptation, réponse du tac ou tac, réponse à côté de la plaque…) ;Faire avancer l’intrigue en mettant dans la bouche des personnages des informations nécessaires au lecteur (attention, n’abusez pas de ce qui n’est jamais qu’un artifice et risque donc de rendre votre dialogue… artificiel) ;Aérer votre page. Ben oui. Un livre est aussi un objet physique. Avant de lire, on voit. Et ce qu’on voit nous renseigne au même titre que ce qu’on lit. Attention je digresse (et digresse, c’est beaucoup). Faites l'expérience. Ouvrez n'importe quel roman qui vous tombe sous la main. La présence de tirets cadratins annonçant des dialogues nous apprend qu'ici, une interaction a lieu entre les personnages. A contrario, si le texte est continu, nous suivons une pensée ou une action. Ouvrez maintenant n'importe quel livre de poésie. Lorsque c'est réussi, l'équilibre entre le plein et le vide nous saute aux yeux. On dirait du dessin, n'est-ce pas ? Oui, l'écriture c'est d'abord du dessin. Ce que nous appréhendons en premier, c'est l'allure générale de la page. Après, seulement, viennent les mots. Les parties blanches de la page sont un message subliminal à notre intention, qui nous parle du silence. C'est merveilleux le silence ! Sans lui, pas de sens. Comment mieux l'évoquer, le silence, qu'en se taisant ? Quelques conseils tout de même avant de vous perdre pour de bon ? Soit ! Allons-y ! Comme pour tout le reste, n’écrivez pas tout. Eh eh ! Me voyez-vous venir ? Laissez des blancs dans les dialogues, le temps de la réflexion pour les personnages. Jouez avec les silences.Ne dites pas non plus ce qui est trop évident, ce que la situation dit déjà par elle-même.Soupesez soigneusement les “oui” et les “non”, les trois quarts ne servent à rien.Vos personnages ne doivent pas toujours se répondre dans une suite logique, il est plus intéressant de montrer un personnage qui élude ou qui refuse d’entendre une vérité, voire qui suit son propre chemin de pensée au lieu d’écouter vraiment ce que l’autre a à lui dire, comme nous le faisons tous si souvent.Prenez le temps de mettre vos personnages en scène. Sauf apparition de la Sainte-Vierge, les dialogues ne tombent pas du ciel, ils sont le fruit de la rencontre des personnages dans un lieu et dans un contexte qu’il vous appartient de montrer ou de faire comprendre. Intercalez des informations contextuelles dans le dialogue pour donner des respirations plutôt que de planter le décor pendant trois paragraphes avant de donner le crachoir à vos personnages. Il est rare aussi que dans la vraie vie, on se contente de parler sans rien faire d’autre, éplucher des carottes, embarquer dans le vaisseau spécial, ouvrir la fenêtre ou tripoter négligemment ses clés dans sa poche. Même assis avec des amis à la terrasse d’un café (Mamie fait de la résistance), en pleine discussion, on fait tourner son verre, on tripote son briquet, on vérifie ses textos… Toutes ces actions disent quelque chose de l’état d’esprit du personnage, choisissez-les soigneusement, n’en abusez pas, placez-les au bon endroit. La responsabilité de l’auteur : faire des choix Et enfin, l’essentiel, n’écrivez pas comme vous, vous parlez C’est vrai pour les dialogues mais aussi pour tout le reste. Il me semble que c’est ce point surtout qui fait problème, là-dessus que l’on peut rejoindre certains des conseils dont je me suis moquée ci-dessus et que je résume sous “attention aux hein ? ben ! bof !” Vous écrivez un roman, une nouvelle ou un conte, vous racontez une histoire sous la forme et dans le genre qu’il vous plaira, c’est votre liberté d’auteur. Toutefois, si vous écrivez pour être lu(e), cette liberté est assortie d’une responsabilité d’auteur, faire des choix narratifs, dont la langue et le style font bien évidemment partie. Je vais vous dire un secret. Un secret de polichinelle, mais qu’il est parfois bon de rappeler. Un secret de polichinelle Romain Gary ne parlait pas vraiment comme le petit Momo de La Vie devant soi. Daniel Picouly ne s’exprime pas toujours comme son narrateur de L’enfant léopard, au présent, depuis l’intérieur de la tête de chaque personne qu’il rencontre. Sinon on le prendrait pour un fou. Ce qui a du sens dans le cadre de la narration relève d’un choix délibéré de l’auteur, pas de son ordinaire façon de parler. Prenez Paul Auster. Et bien Paul Auster ne s’exprime pas toujours, dans la vie, comme ses narrateurs successifs, ne vous y trompez pas. Ce n’est pas parce qu’il écrit “je” qu’il fait référence à lui-même. A preuve, l’incipit de Brooklyn Follies : “Je cherchais un endroit tranquille ou mourir. Quelqu’un me conseilla Brooklyn et, dès le lendemain matin, je m’y rendis de Westchester afin de reconnaître le terrain.” PAUL AUSTER BROOKLYN FOLLIES Cet incipit, il nous fait entrer dans l’histoire d’un d’homme qui n’est pas Paul Auster. Et d’ailleurs, son style fluctue, à Paul Auster. C’est toujours lui l’auteur, mais le narrateur de son roman, c’est un autre. Témoin l’incipit de 4 3 2 1, par exemple. A l’opposé de ce qu’il fait dans Brooklyn Follies, il use de phrases amples pour nous plonger de plain pied dans une vaste fresque, dans une légende familiale. « Selon la légende familiale, le grand-père de Ferguson serait parti à pied de sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, il aurait fait route vers l’ouest jusqu’à Hambourg en passant par Varsovie et Berlin et il aurait acheté un billet sur un bateau baptisé l’Impératrice de Chine qui traversa l’Atlantique à travers de rudes tempêtes hivernales pour entrer dans le port de New York le premier jour du XXe siècle. Pendant qu’il attendait d’être interrogé par un agent du service d’immigration à Ellis Island, il engagea la conversation avec un compatriote juif russe.» PAUL AUSTER 1 2 3 4 Croyez-vous que ce soit ainsi que Paul Auster raconte à ses amis la dernière anecdote dont il a été témoin ? Voyez-vous la différence ? Paul Auster n’écrit pas comme il parle. Les romanciers n’écrivent pas comme ils parlent Les auteurs qui écrivent comme ils parlent, ça n’existe pas. Parfois, c’est l’impression que nous avons, nous lecteur

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