Bienvenue en 2030 Glorieuses, le podcast pour raconter les mondes de demain ! On nous répète partout que demain est foutu, qu’il est trop tard et que nous n’avons d'autre choix que de limiter les dégâts. À force de l'entendre, nous avons fini par mettre nos rêves en pause pour devenir les simples gestionnaires de notre propre extinction. Pourtant, je reste convaincu d'une chose : l'avenir ne se gère pas, il se rêve. Aujourd'hui, j'ai l'immense honneur de recevoir l'entraîneur en chef de notre muscle utopique : Rob Hopkins. Fondateur du mouvement des "Villes en Transition", Rob a semé des graines de possibles de Totnes jusqu'aux quatre coins du globe. Pour lui, l'imagination n'est pas un luxe, c'est un acte de résistance politique radical. ⚠️ À noter : Cet entretien a été réalisé en anglais. Pour vous accompagner, j'ai préparé une introduction détaillée en français et vous trouverez la transcription intégrale traduite sur 2030glorieuses.org. Ne manquez pas l'énergie de Rob, elle est contagieuse ! Avec lui, nous allons apprendre à : Passer du « Oui, mais » au « Et si ? » Saturer le futur de récits désirables pour sortir de la paralysie. Découvrir la ville de 2036, où le bitume a laissé place au vivant. Et pour retrouver notre galaxie utopiste, rendez-vous sur 2030glorieuses.org. Le podcast est soutenu par La Nef, la coopérative bancaire citoyenne qui soutient depuis plus de 30 ans les porteurs de projets sociaux, écologiques et culturels. Plus d’infos sur lanef.com. 🇫🇷Voici la retranscription complète de notre échange avec Rob Hopkins : Après avoir compris que mon muscle utopique avait besoin d'exercice, il me fallait rencontrer l'entraîneur en chef. Celui qui, depuis Totnes en Angleterre, a essaimé des graines de possibles dans des milliers de villes à travers le monde. Rob Hopkins ne se contente pas de rêver, il installe des infrastructures pour que le rêve devienne inévitable. Julien : Pour commencer, quelle place les rêves occupent-ils dans ta vie, Rob ? Rob Hopkins : Pour moi, ils sont essentiels. Dans tout mon travail, je cherche cet équilibre entre le rêve et l’action. Je cite souvent Mariam Kaba, une activiste incroyable pour l’abolition des prisons aux États-Unis, qui dit : « Nous devons imaginer tout en construisant ». Toujours les deux à la fois. Nous vivons une époque où le futur est, d'une certaine manière « annulé » ou « colonisé », ce qui est profondément dangereux. Mon rôle est de reconnecter les gens à cette part d'eux-mêmes capable de projeter plus grand que ce qu'ils ont sous les yeux. Si nous perdons notre muscle imaginaire, nous perdons notre capacité à habiter l'avenir. Beaucoup de gens aujourd’hui n'arrivent même plus à imaginer un futur qui les inclut. C’est pour cela que l’afrofuturisme est un mouvement si puissant : c’est une génération de personnes noires qui, ayant grandi avec une science-fiction où elles étaient absentes, ont décidé de se réinscrire dans le futur. Dans les années 60, tout semblait possible : la légalisation de l'avortement, celle de l'homosexualité… Il y avait un élan, une accélération vers le mieux. Des leaders comme Martin Luther King ou Bobby Kennedy parlaient de l’avenir d’une manière qui vous en rendait amoureux. Aujourd'hui, cela a disparu. Je vois mon travail comme une expérience de « rêve fondé sur des preuves ». Il ne s'agit pas de dire que le changement climatique va disparaître par magie. Mais si nous n'imaginons pas les meilleurs scénarios possibles au cœur de la crise, nous ne pourrons jamais les créer. Nous devons créer des « souvenirs du futur » pour offrir aux gens de nouvelles étoiles polaires. Julien : Te souviens-tu de ton premier acte d'insubordination intellectuelle ? Ce moment où tu as dit « non » au futur catastrophique qu'on te promettait ? Rob Hopkins : Il y en a eu plusieurs, mais le premier remonte sans doute à mes 13 ans. Le punk a été une influence majeure. Je fais partie de cette génération pour qui l’école était si médiocre qu'elle a dû s'éduquer elle-même. En écoutant un disque de Joy Division, on se retrouvait avec une liste de cinq livres à lire. C’est grâce à un groupe d’anarcho-punk appelé Crass que j’ai découvert le féminisme, l’anarchisme, l’antimonarchisme et la politique antinucléaire. C’est aussi grâce à eux que je suis devenu végétarien à 13 ans, après avoir lu un essai sur l'élevage industriel imprimé sur la pochette d'un de leurs disques. Dans ma famille, tout le monde mangeait de la viande et ma grand-mère m'avait prédit que j’arrêterais de grandir. Je mesure aujourd'hui 1m88... soit elle avait tort, soit j’aurais été un géant ridicule si j’avais continué ! Cet esprit punk du « Do It Yourself » m’habite toujours. Si la musique à la radio ne te plaît pas, crée la tienne. C'est ainsi que j'ai commencé à voir qu'il existait d'autres manières de se nourrir et de faire société. Julien : Qu'est-ce qui te donne la force de rester debout face à un présent qui sature nos esprits de mauvaises nouvelles ? Rob Hopkins : Si vous êtes optimiste tout le temps, c’est que vous ne faites pas attention. Mais si vous êtes pessimiste tout le temps, vous tombez dans la paralysie. Je ne suis pas l'optimiste qui croit que la technologie, le marché ou l’IA vont nous sauver par miracle. Mon optimisme s'enracine dans la conviction que nous devons, et que nous pouvons, tout changer profondément. L’être humain est une créature étonnamment imaginative. Nous l’avons prouvé par le passé. De plus, j’ai le privilège, avec le mouvement de la Transition, de voir des exemples de ce qui fonctionne déjà partout en Europe. Paul Hawken disait : « Si vous lisez la science climatique et que vous n'êtes pas pessimiste, c’est que vous ne l'avez pas bien lue. Mais si vous passez du temps avec ceux qui agissent et que vous n'êtes pas optimiste, c’est que vous n'avez pas de cœur ». Tout ce dont nous avons besoin pour décarboner le monde existe déjà quelque part. Le Paris du futur aura les infrastructures cyclables d’Utrecht, la ceinture alimentaire de Liège, les super-blocs de Barcelone et les quartiers sans voiture de Fribourg. Mon optimisme vient de là. Les récits d'effondrement et d'extinction ont déjà mobilisé tous ceux qu'ils pouvaient mobiliser. Ce n'est pas suffisant. Nous devons saturer le futur de possibilités excitantes. Comme le disait une survivante de la Résistance française lors d'une de mes conférences à Pontivy : « Les résistants avaient tous un point commun : ils étaient optimistes ». Quand tout s'effondre, c'est précisément là qu'on a besoin d'optimistes. Julien : Pour beaucoup, les contraintes sont une source de gel mental. Pourtant, tu affirmes que l'imagination adore les limites. Rob Hopkins : C’est vrai, l’imagination s’épanouit dans les limites, comme dans un jeu ou une improvisation théâtrale. C’est pour cela que l’économie du Donut est une idée si brillante : elle identifie les limites planétaires pour nous encourager à être créatifs à l'intérieur de ce cadre. Mais il faut reconnaître que c’est plus difficile aujourd’hui. La précarité s’est accentuée. Au Royaume-Uni, les jeunes finissent leurs études avec des dettes colossales et l’espoir de devenir propriétaires est quasi nul. De plus, notre système éducatif échoue spectaculairement à cultiver l’imagination. On y apprend à réussir des examens, pas à rêver. Des études montrent qu'aux États-Unis, le QI continue d’augmenter alors que la créativité chute depuis le milieu des années 90. C’est le résultat du déclin du jeu à l'école, de la multiplication des tests et de l'omniprésence des écrans. Nous vivons dans un monde qui a méthodiquement démantelé notre imagination collective. Julien : En France, nous avons souvent l'impression qu'il faut une crise violente, voire une révolution, pour initier un vrai changement. Est-ce que nous avons vraiment besoin d'un choc pour basculer vers un futur positif ? Rob Hopkins : Je pense que nous avons déjà bien assez de drames sous les yeux. Si vous comprenez réellement l'urgence climatique et l'étroit créneau qu'il nous reste, c'est bien suffisant pour se motiver. Nous n'avons pas besoin de décapiter Donald Trump sur la place publique pour agir ! En ce moment, une mère célibataire sur quatre au Royaume-Uni se prive régulièrement de repas pour nourrir ses enfants. Des écoles doivent ouvrir des salles de sieste parce que des élèves dorment par terre chez eux, faute de moyens pour acheter des lits. C’est sur ce terreau que l’extrême droite prospère, en peignant des visions terrifiantes pour se présenter ensuite comme le « sauveur ». La plupart des gens savent, au plus profond d’eux-mêmes où nous en sommes. Le problème est de trouver le temps, l'espace et la conviction que nous avons encore un pouvoir d'agir. C'est pour cela que je raconte des histoires, pour montrer que ce qui a été possible ailleurs peut l'être ici. Julien : Si tu pouvais murmurer un seul rêve à l'oreille de chaque être humain ce soir, quel serait-il ? Rob Hopkins : C’est difficile de n'en choisir qu’un, car le futur est complexe et interconnecté. Mais si je devais décrire une impression, ce serait le changement dans le regard des gens. En 2026, on voit souvent du désespoir, de la fatigue ou une tension extrême. Dans le futur que j’imagine, les regards sont différents. C’est celui que l'on croise dans un festival. C’est un mélange d'aventure partagée et de soulagement. Je l’imagine comme le relâchement d’un poing serré. On respire enfin. On se sent moins sous pression, plus connectés. En 2026, les fils de la société ont été fracturés par les réseaux sociaux et notre mode de vie. En 2