Lignes de défense

Dans un système globalisé, où les menaces prennent des formes de plus en plus variées, la chronique de Franck Alexandre vous plonge chaque semaine, au cœur des enjeux et des problématiques de défense et de sécurité du XXIème siècle. Les acteurs d’un monde militaire en mutation et les meilleurs observateurs des questions de Défense répondent à Franck Alexandre tous les dimanches matins dans sa chronique.

  1. VOR 6 TAGEN

    Iran: quarante jours d’errance stratégique américaine qui redessinent le jeu au Moyen-Orient

    La trêve décrétée mercredi par les États-Unis montre les limites de l’intervention américaine déclenchée le 28 février pour renverser le régime iranien. Selon les experts, l’opération militaire de Washington pourrait avoir des conséquences à long terme. Tout au long du mois de mars, les buts de guerre étatsuniens n'ont cessé de changer. Le démantèlement du programme nucléaire et la chute du régime iranien sont progressivement passés à la trappe. Début avril, le président Trump indique qu'il n'a même plus besoin d'un « deal ». Mais il exige la réouverture du détroit d'Ormuz. Pour finalement juger que le plan en dix points de Téhéran est une bonne base de négociation. Une gestion erratique qui sonne comme une victoire pour Téhéran, dont la résistance a été largement sous-estimée par le commandement étatsunien, pointe le géographe spécialiste de l'Iran, Bernard Hourcade : « On voyait l'Iran en termes islamiques, c'était l'Iran des mollahs, cet immense leurre. L'islam, c'est très important en Iran, bien évidemment. Mais aujourd'hui, on voit l'Iran qu'en termes islamiques. l'Iran est une nation. C'est une population ancienne. Une population puissante et forte qui est dans ses frontières actuelles depuis le XVIᵉ siècle. Et cet attachement à la patrie iranienne est extrêmement fort. On a négligé la résistance. Les Iraniens ont toujours résisté et c'est un élément très important quel que soit son régime, islamique ou non. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: J.D Vance rentre aux États-Unis sans accord avec l'Iran Une erreur américaine dans la planification Initialement, la campagne devait être courte, puis la guerre s'est enlisée, souligne Bernard Hourcade, L’US Centcom, qui gère les opérations militaires au Moyen-Orient, a mal anticipé le concept de défense avancée iranien, c'est-à-dire sa capacité de porter le fer avec ses missiles et ses drones dans toute la région, « Ils ne défendent pas la frontière. Il n'y a pas eu de combat sur la frontière. Les troupes américaines ne sont pas rentrées en Iran. Par contre, l'Iran a mis en place le système qu'on avait vu avec celui des proxys, c'est-à-dire d'alliés de l'Iran, transformé en utilisant les pays voisins. En attaquant les pays voisins, en leur disant, vous êtes mes voisins, vous abritez les Américains et donc j'attaque les bases américaines chez vous. Et si vous voulez que ça s'arrête, dites à vos amis américains de quitter le territoire. » Les bases américaines dans le Golfe sont désormais synonymes de danger Dans le Golfe, la guerre a donc rebattu les cartes. Avant le 28 février, accueillir une base américaine était un gage de sécurité. C'est désormais un danger. « Ça fait prendre conscience aux pays de la région que leur sécurité ne dépend pas des Américains, mais dépend d'une coopération régionale, poursuit Bernard Hourcade. Cette guerre est importante, car elle impose de repenser la sécurité régionale du Golfe Persique. Ce que les Iraniens souhaitent. Les pays voisins aussi le souhaitent. Ce ne sont plus les grandes puissances, les États-Unis sont un danger, la Russie est hors-jeu et l'Europe n'existe plus. Donc, il faut trouver d'autres solutions de sécurité régionale, puisque l'Amérique s'est suicidée en quelque sorte dans cette guerre, et c'est ça qui est important. » Une nouvelle architecture de sécurité, possiblement sans les États-Unis. Washington a peut-être perdu une part importante de son influence dans cette aventure iranienne.

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  2. 5. APR.

    Donald Trump dit réfléchir «absolument» à quitter l’Otan

    Le président américain a dit cette semaine réfléchir « absolument » à retirer les États-Unis de l'Otan, une menace brandie après s'être plaint du ⁠manque d'aide apportée par des alliés pour débloquer ​le détroit d'Ormuz. L’Alliance atlantique est-elle en voie de désintégration ? L’essence même de l’Otan est d’incarner la solidarité entre alliés. Avec Donald Trump, cet esprit est une fois de plus violemment remis en cause. Pour autant cela a-t-il un impact sur les structures mêmes de l’Alliance dont le commandement suprême est assuré par le général américain Alexus Grynkewich. Pas réellement, assure Élie Tenenbaum directeur de recherche à l’Ifri : « Au quotidien, si vous échangez avec les gens qui font partie de la structure Otanienne, il n'y a rien qui a changé par rapport à il y a deux mois, ni même par rapport à il y a deux ans. En fait, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de mesures américaines spécifiques, si ce n'est une réduction légère des contributions américaines au siège et dans quelques organes du commandement intégré. Mais on est extrêmement loin des messages qui peuvent être passés au plus haut niveau politique ». Vive inquiétude en Europe L’inquiétude des Européens est néanmoins bien réelle, que deviennent les plans de défense de l’Otan sans les Américains ? « Vous avez des plans de défense qui ont été entièrement revu après l'adoption d'un nouveau concept stratégique en 2022 » Élie Tenenbaum, « ces plans s'articulent autour de trois plans régionaux et de sept plans stratégiques dits subordonnés qui sont structurés face à une menace désormais désignée qui est la Russie, qui sont censés être mutualisables et qui sont censés être exécutables. Pour autant, on sait quand même que leur exécution de la meilleure manière possible, est encore très dure à mettre en œuvre. D'abord parce que les cibles capacitaires n'ont pas été atteintes, et ensuite on a évidemment la question d'une contribution importante des États-Unis au plan de défense, historiquement de l'ordre de 50 % des capacités. Aujourd'hui, on est dans les 42 % et avec un objectif affiché pour les Américains de continuer à réduire leur part, au nom évidemment, de ce qu'ils appellent le partage du fardeau ». Les États-Unis peuvent-ils rapidement quitter l’Alliance atlantique comme le laisse entendre l’administration Trump ? L’Otan un tigre de papier assure Donald Trump Et la question sous-jacente est, s’ils quittent l’Otan, quitteront-ils l’Europe alors que plus de 60 000 soldats y sont encore stationnés ? Une telle décision ne sera pas si simple à prendre tempère Élie Tenenebaum : « La perspective d'un retrait américain en bonne et due forme, sous l'angle d'une dénonciation du traité, d'abord légalement, est loin d'être évidente, puisqu’une loi a été signée en 2023, qui empêchait le président des États-Unis de décider seul, sans accord, d'une majorité qualifiée des deux tiers du Congrès pour procéder à un tel retrait. Ensuite, parce que, finalement, on voit bien un intérêt des États-Unis à rester dans la structure, quitte à la vider de son sens en remettant en cause l'article cinq par des déclarations publiques, mais pour autant continuer à être à l'intérieur. Le retrait en bonne et due forme ne semble pas aujourd'hui à l'ordre du jour ». L’Otan un tigre de papier, la formule qu’affectionne le président Trump, risque néanmoins de sérieusement entamer la crédibilité de l’Alliance atlantique et sa capacité à dissuader ses adversaires. À lire aussiDonald Trump affirme qu'il envisage sérieusement de retirer les États-Unis de l'Otan

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  3. 29. MÄRZ

    Le possible minage du détroit d'Ormuz met le trafic maritime international sous pression

    Le spectre d'un minage par l'Iran des eaux du Golfe et du détroit d'Ormuz, met sous pression la communauté internationale. Le régime de Téhéran peut-il rapidement mettre ses menaces à exécution ? Le détroit d'Ormuz, s'étire sur un peu plus de 200 kilomètres pour une largeur qui n’excède pas 50 kilomètres à certains endroits, les Iraniens n'auront donc aucune difficulté pour y disposer massivement des mines ! Et ce d’autant qu’on estime à 5 000 ou 6 000 le stock potentiel iranien de mines navales, rappelle le contre-amiral Éric Lavault ex plongeur démineur au sein de la Marine nationale, « Ils ont un panel assez complet de capacités de mines. Les mines de fond qui reposent sur le fond et qui fonctionnent à l'influence, donc avec une intelligence embarquée, soit avec un stimuli magnétique, soit sonore par le bruit que rayonnent les navires de surface. Le deuxième, c'est ce qu'on appelle les mines à Orin, c'est-à-dire que les mines qui sont reliées au fond par une chaîne et qui flottent entre deux eaux. Il y a une dernière menace, qui est plus une menace asymétrique, mais pour laquelle les Iraniens ont un savoir-faire, une expertise particulièrement pointue, c'est la faculté de pouvoir coller sur les coques ce qu'on appelle des Limpet mines, c'est-à-dire des mines ventouses, des mines qui collent en les mettant en place avec des embarcations rapides, discrètement dans le sillage des bateaux ». Une telle stratégie de verrouillage du détroit d’Ormuz a déjà été utilisée par l’Iran dans son conflit avec l’Irak en 1980, et Téhéran indique Éric Lavault dispose de toute une variété de navires capables de mouiller des mines, « Jusqu'à il y a quinze jours, de source compétente, il n'y avait pas de minage. Il se peut effectivement que depuis des mines de fond aient été posées. Ces mines à influences peuvent être mouillées depuis n'importe quel porteur. Durant la guerre Iran-Irak, ils avaient transformé des chalutiers en mouilleurs de mines. Les fonds du détroit d'Ormuz s'y prêtent parfaitement puisqu'il y a entre cinquante et une petite centaine de mètres de profondeur. C'est une menace crédible ». Quels moyens pour déminer le détroit d’Ormuz ? Pour nettoyer le détroit d’Ormuz, il y a peu de moyens disponibles. Les États-Unis ont retiré du service il y a quelques semaines leurs quatre chasseurs de mines Avenger basés à Bahreïn, reste les marines françaises, belges et néerlandaises qui excellent dans la guerre des mines, mais ce sera nécessairement une opération longue et complexe, un travail méthodique souligne le contre-amiral Lavault, « Le chasseur de mines est un bateau dont la coque est amagnétique et dont la signature acoustique est très faible. Ce navire va pénétrer dans le champ de mines et il mettra en œuvre ses robots téléopérés ou ses plongeurs-démineurs pour effectuer les opérations de déminage. Les opérations de déminage vont d'abord consister à pouvoir dégager des corridors d'accès, des autoroutes en fait, pour permettre au trafic maritime de reprendre. Ça peut être assez rapide. Après, qu'il reste des mines en dehors de ces autoroutes maritimes, ce sera traité dans un deuxième temps. En attendant il ne faudra pas trop s'éloigner du rail ». Après la guerre du Golfe en 1991, il avait fallu deux ans d’opérations intensives pour déclarer la zone libre de mines. Les nouveaux moyens reposant sur des drones ne sont pas encore opérationnels et si la France a fait savoir qu’elle était prête à prendre la tête d’une coalition navale pour sécuriser le détroit d’Ormuz, c’est à la condition qu’il n’y ait plus de combats. Raison pour laquelle l’hypothèse d’un minage du détroit est un véritable cauchemar pour le trafic maritime. À écouter aussiLes détroits : nouveaux centres de gravité de la guerre ?

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    La guerre au Moyen-Orient met la Marine nationale française dans le rouge

    Entre les missions de protection des espaces maritimes français, la surveillance des activités russes dans l’Atlantique Nord et désormais un important déploiement au Proche et au Moyen-Orient, la quasi-totalité de la flotte française est à la mer. Une prouesse qui ne pourra que difficilement s’inscrire dans la durée. Il aura fallu au Charles de Gaulle moins de 8 jours pour basculer de la mer Baltique à la Méditerranée. Même son escorte, contrainte de refluer à Brest, a eu du mal à suivre le porte-avion à propulsion nucléaire. La flotte française se masse en Méditerranée orientale, il faut remonter à la guerre d’Afghanistan il y a 25 ans pour trouver la trace d’un déploiement naval aussi massif. « C'est historique effectivement, d'avoir une telle proportion de la flotte de combat française qui est à la mer, dont 80 % effectivement. Ça fait 19 sur 23 bateaux, les 23 principaux bateaux. Donc on va compter le porte-avions, les porte-hélicoptères, les frégates et les grands bâtiments de ravitaillement. C'est du jamais vu. Et sur ces 80 %, il y en a quasiment 60 %, c'est du jamais vu non plus, qui sont déployés entre la Méditerranée orientale et la région du Golfe », confirme Vincent Groizeleau du magazine de référence Mer et Marine. Sécuriser le Proche et le Moyen-Orient Une armada française pour répondre à l’urgence de la situation au Proche et au Moyen-Orient, c’est un ordre du président Macron délivré dans un discours tenu depuis Chypre ce lundi 8 mars et les missions sont nombreuses.  « rIl s'agit de protéger les ressortissants, protéger les bases militaires, protéger les pays avec lesquels on a des accords de défense, c'est-à les pays du Golfe, mais également Chypre avec lequel un accord a été signé assez récemment. Les protéger des attaques iraniennes, des attaques du Hezbollah et en même temps, se préparer à une éventuelle opération humanitaire et d'assistance éventuellement aux forces armées libanaise. Donc ça nécessite aussi des moyens, détaille Vincent Groizeleau. Et puis sécuriser le trafic maritime en mer Rouge et au nord de l'océan Indien, en attendant que l'évolution des combats dans la région du Golfe précisément, diminue suffisamment pour pouvoir entreprendre une réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'est pas encore à l'ordre du jour. » On touche aux limites structurelles de la Marine Mais combien de temps la Marine nationale pourra-t-elle conserver autant de navires à la mer ? L’équipage d’une partie des frégates a déjà été doublé pour augmenter le nombre de jours à la mer mais avec un tel déploiement, indique Vincent Groizeleau, la Marine atteint ses limites et n’a plus de réserves pour assurer d’autres missions : « On a réussi à créer un modèle extrêmement optimisé. Personne en Europe, pas même les États-Unis, n'est capable de mettre 80 % de sa flotte en même temps dehors. Cet exploit repose sur une excellente maintenance et des doubles équipages pour augmenter sur un certain nombre de bateaux le nombre de jours à la mer. Mais la contrepartie, bien évidemment, c'est que comme ces bateaux sont beaucoup plus utilisés, ils s'usent. Ce sont des bateaux qui feront sans doute 20 à 25 ans et pas plus et il faudra les renouveler. La technique, elle peut suivre, on peut la réparer, la maintenir. Mais il y a un moment, l'humain aussi, a ses limites. Donc ça peut durer quelques mois parce que les marins sont habitués à faire des longs déploiements. Mais cela repose, très clairement, la question du format de la flotte. A-t-on suffisamment, notamment de frégates ? La réponse est clairement non. Donc effectivement, si on veut tenir des choses comme ça dans la durée, il faudra plus de bateaux », conclut le spécialiste. « Il est temps de passer dès que possible à 18 frégates de 1er rang peut-être même 21 », écrivait cette semaine le député Jean-Louis Thiériot, membre de la Commission défense de l’Assemblée nationale. À lire aussi«La France doit participer à la sécurisation des navires dans le détroit d’Ormuz», Philippe Ballard (député RN)

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    L’armée de terre engage une robotisation massive de ses forces

    Jeudi 25 septembre, l’armée de terre française a présenté ses objectifs pour les mois et années à venir. À la lumière des combats en Ukraine, elle se prépare à un champ de bataille plus contesté, plus étendu et plus transparent, où robots et drones seront omniprésents. Rediffusion du 28 septembre 2025. Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre s’appuie sur les chiffres : chaque jour, sur le front ukrainien, 1 500 soldats russes sont mis hors de combat, dit-il. Une attrition vertigineuse qui ne serait pas supportable pour l’armée française. Sur le champ de bataille, les machines seront donc bientôt dédiées à subir les chocs les plus rudes, analyse le général Bruno Baratz en charge du commandement du combat futur.  « Le champ de bataille de demain ressemble curieusement à celui d'aujourd'hui, mais avec plus de robotisation et de "dronisation". L'augmentation de la transparence du champ de bataille, rendue possible par la multiplication des capteurs spatiaux, acoustiques, terrestres et avec l'exploitation de ces données par l'intelligence artificielle, crée une forme de transparence du champ de bataille, explique-t-il. On voit bien que c'est un univers qui est devenu très hostile pour la présence des soldats et des êtres humains, et qu'on arrive à compenser cela aujourd'hui par plus de robots, ce qui amènera un peu de masse et surtout protègera beaucoup plus nos hommes ». Deux capacités ont été rapidement développées pour durcir les forces : le canon antidrones Proteus et le Mepac, un mortier embarqué et non plus tracté, qui démultiplie la puissance de feu des unités d’infanterie, précise le général Schill : « S'agissant des Mepac, c'est-à-dire ce mortier de 120 mm embarqué à bord d'un Griffon [véhicule blindé médian - NDLR], nous en avons commandé 54. Les premiers arrivent. Ils ont été déployés au sein du troisième régiment d'artillerie de marine à Canjuers. Mon objectif est que tout début 2026, je sois en mesure de déployer en opération une première unité avec ces mortiers. S'agissant du Proteus, c'est-à-dire ce canon de 20 mm auquel nous avons adjoint une couche d'intelligence artificielle de façon à pouvoir lutter contre les drones, les premiers sont déjà déployés dans l'armée de terre, au sein notamment du 35ème régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. On va monter l'an prochain à un volume d’une cinquantaine de canons. Ils peuvent être déployés en opération dès aujourd'hui, si c'était nécessaire ». À lire aussiAu Salon des forces spéciales, les drones militaires s'imposent pour tous types de missions « Il faudrait 77 000 opérateurs de drones » La robotique terrestre fait son apparition : Pandragon, une première unité, composée de 20 robots d’abord utilisés pour les taches logistiques, sera opérationnelle à l’été 2026. Un escadron de drones va également voir le jour. La doctrine d’emploi s’écrit maintenant, les drones d’attaque vont venir compléter la traditionnelle artillerie et donner de l’allonge aux troupes au sol, insiste Bruno Baratz : « L'objectif pour nous, c'est d'éviter que l'ennemi se concentre sur la zone de front et donc d'être en mesure de le frapper le plus loin possible et d'éviter justement les concentrations de force à proximité de nos brigades, de façon à leur faciliter la manœuvre. La tendance générale, c'est bien le développement de ces feux dans la profondeur, même pour une unité d'infanterie qui ira tirer au-delà des vues directes. On voit arriver les munitions téléopérées, ces drones qui sont capables d'amener des charges à différentes distances et qui vont venir compléter finalement le travail de l'artillerie. » Il faut désormais des soldats, à la fois plus durcis et plus innovants, martèle le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill : « Nous devons recruter une partie de nos soldats ou de nos cadres dans ces nouvelles techniques, de manière à avoir des soldats pour le brouillage, pour l'emploi des drones, pour l'emploi des communications. La montée en technique de l'armée de terre est une réalité. J'ai 77 000 soldats dans la force opérationnelle terrestre, donc il me faudrait 77 000 opérateurs de drones, chacun dans son domaine. » L’armée de terre vit une révolution, avec l’usage illimité des drones et de la robotique, elle est en passe de devenir une armée de combattants techniciens. À lire aussiLes robots sur le champ de bataille

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    Quatre ans de guerre en Ukraine: radioscopie du front

    La guerre en Ukraine a basculé cette semaine dans sa cinquième année. En 2025, l’armée russe ambitionnait de reprendre, a minima, les territoires du Donbass, mais la transparence du champ de bataille n’a pas permis à Moscou d’atteindre ses objectifs. L'omniprésence des drones a transformé les 1 200 kilomètres de front en un no man's land où il n'y a plus vraiment d'action. Tout ce qui s'y déploie est vu et tout ce qui est vu est détruit de jour comme de nuit. Il n'y a que lorsque les conditions météo se dégradent - pluie, neige, brouillard - qu'il est alors possible d'échapper à la menace drone, indique Vincent Tourret, chercheur à l'université de Montréal. « C'est un front qui se structure autour d'un no man's land de 0 à 20 kilomètres, où les gens sont enterrés, sont disséminés, essaient de survivre à la saturation en puissance de feu, notamment apportée par les drones, analyse-t-il. Et puis on commence à voir des tentatives plus élaborées de part et d'autre, d'essayer de dépasser cette zone morte par des frappes d'interdiction. Donc celles russes, on les connaît bien, ce sont des campagnes de frappes stratégiques sur les villes ukrainiennes, mais c'est de plus en plus quand même des drones qui vont s'abattre de 30 à 70 kilomètres pour aller interdire la logistique, détruire les centres de commandement, les radars, etc ». Moins de 1 % du territoire ukrainien conquis en 2025 En 2025, malgré les assauts répétés, le gain territorial de Moscou n'excède pas 1 % du territoire ukrainien. La poussée russe patine et les pertes sont massives, jusqu'à 40 000 morts et blessés par mois pour la seule armée de Moscou. « L'avantage russe ne s’est pas vraiment concrétisé cette année, résume Vincent Tourret. On est sur une stratégie russe toujours de poussée maximale, avec la génération de plein de groupes d'infiltrations qui essayent tous les jours d'avancer de quelques mètres dans ce no man's land en essuyant beaucoup de pertes face à une défense ukrainienne qui s'est quand même largement robotisée et qui inflige des pertes à la Russie qui sont très importantes. Donc à partir de là, en fait, il y a un avantage russe. Cependant celui-ci n'arrive pas à se traduire au niveau de la ligne de contact par un ascendant vraiment offensif. » Moscou privé de Starlink Début février, le réseau d'internet par satellite Starlink a coupé ses transmissions en Russie et cela met son armée en mauvaise posture. Un signal satellite coupé fragilise toute la chaîne de commandement. Exemple avec les équipages de chars, souligne Vincent Tourret : « Un phénomène qui est assez intéressant au niveau des tankistes russes, c'est qu'avec le temps, le niveau d'entraînement et de formation a plutôt tendance à baisser et il a été compensé par la micro-gestion des équipages de chars par leur commandement supérieur. Le char est équipé en vidéo, en caméra. Ce flux vidéo est directement retransmis à l'échelon au-dessus. Et en fait, le tankiste était dirigé par son officier supérieur. Donc il y a des équipages de chars qui se retrouvent un peu plus perdus, qui ne savent pas trop où tirer, qui ne savent plus trop comment manœuvrer. Là, avec la perte de Starlink, c'est un lien essentiel du commandement d'un équipage de chars qui disparaît. » En 2026, l'équilibre des feux est cependant toujours à l'avantage de la Russie, mais l'artillerie responsable d'un quart des pertes totales est désormais enterrée. Les bouches à feu ne permettent plus aux troupes de progresser, et le front ukrainien pourrait rester longtemps ainsi figé.

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  7. 22. FEB.

    «Orion 26», le jour le plus long

    Le samedi 14 février, deux porte-hélicoptères de la Marine nationale ont réalisé un débarquement amphibie de grande ampleur dans la baie de Quiberon. Après une dizaine de jours de mer, 500 militaires ont foulé le sable des plages bretonnes. L’exercice militaire « Orion 26 » a basculé dans sa phase terrestre. Premier retour d'expérience dans le port de Saint-Nazaire. De notre envoyé spécial à Saint-Nazaire, Coup de tonnerre sur les docks de Saint-Nazaire. Après avoir débarqué sur les plages voisines, les troupes de marine se sont emparées du port et de son aéroport. Une solide tête de pont qui permet au porte-hélicoptères amphibie Tonnerre d'y relâcher à bord. À lire aussi«Orion 26», un exercice majeur des forces armées françaises, pensé comme un signal stratégique Premier retour d'expérience à chaud avec le commandant Olivier : « On est parti de Toulon il y a environ une dizaine de jours, mais on est parti en force éclatée et on a réussi à regrouper cette force en un temps très rapide et la rendre, ce qu'on appelle "full opérationnel capable" en un temps assez record. Et ce qui est remarquable sur cet exercice, c'est qu'on a réussi à débarquer sans driller la manœuvre. D'emblée, on a réussi à débarquer et à relancer la manœuvre au sol sans avoir à répéter cette manœuvre ». Réussir ce jour le plus long Pour réussir ce jour le plus long, il a fallu ruser et faire avec les éléments, sourit François-Régis Jaminet, patron de la brigade d'infanterie de marine, dont les marsouins ont débarqué sur les plages bretonnes : « Nous sommes passés entre les tempêtes Nils et Pedro, qui, on le sait, ont touché nos concitoyens, mais qui ont aussi impacté la manœuvre et nous ont contraints à replanifier un certain nombre d'options que nous avions étudiées à froid. Le plan a été changé à plusieurs reprises pour tenir compte à la fois des conditions d'exercice pour intervenir sur l'ennemi au bon moment, tout en tenant compte des conditions météo, de l'état de la mer, de l'accès aux plages, des marées ». En 10 heures, 500 hommes et 200 véhicules de combat sont ainsi passés de la mer à la terre. Une opération amphibie, c'est une prise de risque majeure, dit le commandant Olivier. Tout repose sur de solides renseignements et les drones ont fait la différence. « Ce qu'on a constaté, c'est qu'on a un croisement des renseignements qui soit de niveau tactique par nos drones. Les drones que nous-mêmes mettons en œuvre au niveau tactique, qui viennent confirmer un renseignement spatial qui est coordonné par le niveau stratégique, qui nous permettent de confirmer et de croiser les informations et donc de favoriser un Go en termes de drones. On voit une expansion assez importante du volume de drones mis en œuvre à la fois par les forces terrestres, mais aussi en mer, avec des drones qui agissent sous la mer et qui nous permettent d'avoir une image la plus complète de l'espace de bataille et qui facilite la prise de décision de la part du commandant ». Les armées européennes savent débarquer  « Le défi de ce type d'exercice, c'est de faire converger l'ensemble des effets que les armées françaises peuvent produire les effets aériens, les effets maritimes, les effets cyber, les effets dans le domaine de l'influence, analyse le général Jaminet. L'amphibie est une opération complexe nativement interarmées, et donc l'exercice Orion nous permet à la fois de le pratiquer et d'en tirer du retour d'expérience, mais également de montrer que nous sommes capables de le faire. La France a un avantage comparatif en Europe en matière d'amphibie. Néanmoins, elle n'est pas seule ». Sept nations et plusieurs navires italiens ont participé à la manœuvre. Véritable signalement, les armées européennes ont prouvé qu'elles savaient débarquer. À lire aussiL’armée de Terre française a l’ambition de peser face à la menace russe

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Dans un système globalisé, où les menaces prennent des formes de plus en plus variées, la chronique de Franck Alexandre vous plonge chaque semaine, au cœur des enjeux et des problématiques de défense et de sécurité du XXIème siècle. Les acteurs d’un monde militaire en mutation et les meilleurs observateurs des questions de Défense répondent à Franck Alexandre tous les dimanches matins dans sa chronique.

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