La geste d'Orland

Monsieur_Orland

Lire la littérature avec monsieur Orland

  1. 4月5日

    Lecture / Louis Aragon, Que la vie en vaut la peine

    Que la vie en vaut la peine (Oui ! Elle en vaut la peine !) C'est une chose étrange à la fin que le monde Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit Ces moments de bonheur ces midis d'incendie La nuit immense et noire aux déchirures blondes. Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit D'autres viennent. Ils ont le cœur que j'ai moi-même Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix. D'autres qui referont comme moi le voyage D'autres qui souriront d'un enfant rencontré Qui se retourneront pour leur nom murmuré D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages. II y aura toujours un couple frémissant Pour qui ce matin-là sera l'aube première II y aura toujours l'eau le vent la lumière Rien ne passe après tout si ce n'est le passant. C'est une chose au fond, que je ne puis comprendre Cette peur de mourir que les gens ont en eux Comme si ce n'était pas assez merveilleux Que le ciel un moment nous ait paru si tendre. Oui je sais cela peut sembler court un moment Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine Et la mer à nos soifs n'est qu'un commencement. Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches Le sac lourd à l'échine et le cœur dévasté Cet impossible choix d'être et d'avoir été Et la douleur qui laisse une ride à la bouche. Malgré la guerre et l'injustice et l'insomnie Où l'on porte rongeant votre cœur ce renard L'amertume et Dieu sait si je l'ai pour ma part Porté comme un enfant volé toute ma vie. Malgré la méchanceté des gens et les rires Quand on trébuche et les monstrueuses raisons Qu'on vous oppose pour vous faire une prison De ce qu'on aime et de ce qu'on croit un martyre. Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine Malgré les ennemis les compagnons de chaînes Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu'ils font. Malgré l'âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche L'entourage prêt à tout croire à donner tort Indifférent à cette chose qui vous mord Simple histoire de prendre sur vous sa revanche. La cruauté générale et les saloperies Qu'on vous jette on ne sait trop qui faisant école Malgré ce qu'on a pensé souffert les idées folles Sans pouvoir soulager d'une injure ou d'un cri. Cet enfer Malgré tout cauchemars et blessures Les séparations les deuils les camouflets Et tout ce qu'on voulait pourtant ce qu'on voulait De toute sa croyance imbécile à l'azur. Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

    4 分钟
  2. 3月29日

    Lecture / Alfred de Vigny, Le Mont des Oliviers

    Voici un poème qui raconte la peur et le doute du Christ avant son calvaire Le Mont des Oliviers Alfred de Vigny I Alors il était nuit et Jésus marchait seul,Vêtu de blanc ainsi qu’un mort de son linceul ;Les disciples dormaient au pied de la colline.Parmi les oliviers qu’un vent sinistre inclineJésus marche à grands pas en frissonnant comme eux ;Triste jusqu’à la mort; l’oeil sombre et ténébreux,Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robeComme un voleur de nuit cachant ce qu’il dérobe ;Connaissant les rochers mieux qu’un sentier uni,Il s’arrête en un lieu nommé Gethsémani :Il se courbe, à genoux, le front contre la terre,Puis regarde le ciel en appelant : Mon Père !– Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas.Il se lève étonné, marche encore à grands pas,Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lenteDécoule de sa tête une sueur sanglante.Il recule, il descend, il crie avec effroi :Ne pouviez-vous prier et veiller avec moi !Mais un sommeil de mort accable les apôtres,Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres.Le fils de l’homme alors remonte lentement.Comme un pasteur d’Egypte il cherche au firmamentSi l’Ange ne luit pas au fond de quelque étoile.Mais un nuage en deuil s’étend comme le voileD’une veuve et ses plis entourent le désert.Jésus, se rappelant ce qu’il avait souffertDepuis trente-trois ans, devint homme, et la crainteSerra son coeur mortel d’une invincible étreinte.Il eut froid. Vainement il appela trois fois :MON PÈRE ! – Le vent seul répondit à sa voix..Il tomba sur le sable assis et, dans sa peine,Eut sur le monde et l’homme une pensée humaine.– Et la Terre trembla, sentant la pesanteurDu Sauveur qui tombait aux pieds du créateur. II Jésus disait :  » Ô Père, encor laisse-moi vivre !Avant le dernier mot ne ferme pas mon livre !Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humainQui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?C’est que la Terre a peur de rester seule et veuve,Quand meurt celui qui dit une parole neuve ;Et que tu n’as laissé dans son sein desséchéTomber qu’un mot du ciel par ma bouche épanché.Mais ce mot est si pur, et sa douceur est telle,Qu’il a comme enivré la famille mortelleD’une goutte de vie et de Divinité,Lorsqu’en ouvrant les bras j’ai dit : FRATERNITE ! – Père, oh ! si j’ai rempli mon douloureux message,Si j’ai caché le Dieu sous la face du Sage,Du Sacrifice humain si j’ai changé le prix,Pour l’offrande des corps recevant les esprits,Substituant partout aux choses le Symbole,La parole au combat, comme au trésor l’obole,Aux flots rouges du Sang les flots vermeils du vin,Aux membres de la chair le pain blanc sans levain ;Si j’ai coupé les temps en deux parts, l’une esclaveEt l’autre libre ; – au nom du Passé que je lavePar le sang de mon corps qui souffre et va finir :Versons-en la moitié pour laver l’avenir ! Père Libérateur ! jette aujourd’hui, d’avance,La moitié de ce Sang d’amour et d’innocenceSur la tête de ceux qui viendront en disant :« Il est permis pour tous de tuer l’innocent. »Nous savons qu’il naîtra, dans le lointain des âges,Des dominateurs durs escortés de faux SagesQui troubleront l’esprit de chaque nationEn donnant un faux sens à ma rédemption. –Hélas ! je parle encor que déjà ma paroleEst tournée en poison dans chaque parabole ;Eloigne ce calice impur et plus amerQue le fiel, ou l’absinthe, ou les eaux de la mer.Les verges qui viendront, la couronne d’épine,Les clous des mains, la lance au fond de ma poitrine,Enfin toute la croix qui se dresse et m’attend,N’ont rien, mon Père, oh ! rien qui m’épouvante autant !– Quand les Dieux veulent bien s’abattre sur les mondes,Es n’y doivent laisser que des traces profondes,Et si j’ai mis le pied sur ce globe incompletDont le gémissement sans repos m’appelait,C’était pour y laisser deux anges à ma placeDe qui la race humaine aurait baisé la trace,La Certitude heureuse et l’Espoir confiantQui dans le Paradis marchent en souriant.Mais je vais la quitter, cette indigente terre,N’ayant que soulevé ce manteau de misèreQui l’entoure à grands plis, drap lugubre et fatal,Que d’un bout tient le Doute et de l’autre le Mal. Mal et Doute ! En un mot je puis les mettre en poudre ;Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudreDe les avoir permis. – C’est l’accusationQui pèse de partout sur la Création !– Sur son tombeau désert faisons monter Lazare.Du grand secret des morts qu’il ne soit plus avareEt de ce qu’il a vu donnons-lui souvenir,Qu’il parle. – Ce qui dure et ce qui doit finir ;Ce qu’a mis le Seigneur au coeur de la Nature,Ce qu’elle prend et donne à toute créature ;Quels sont, avec le Ciel, ses muets entretiens,Son amour ineffable et ses chastes liens ;Comment tout s’y détruit et tout s’y renouvellePourquoi ce qui s’y cache et ce qui s’y révèle ;Si les astres des cieux tour à tour éprouvésSont comme celui-ci coupables et sauvés ;Si la Terre est pour eux ou s’ils sont pour la Terre ;Ce qu’a de vrai la fable et de clair le mystère,D’ignorant le savoir et de faux la raison ;Pourquoi l’âme est liée en sa faible prison ;Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies,Entre l’ennui du calme et des paisibles joiesEt la rage sans fin des vagues passions,Entre la Léthargie et les Convulsions ;Et pourquoi pend la Mort comme une sombre épéeAttristant la Nature à tout moment frappée ;– Si le Juste et le Bien, si l’Injuste et le MalSont de vils accidents en un cercle fatalOu si de l’univers ils sont les deux grands pôles,Soutenant Terre et Cieux sur leurs vastes épaules ;Et pourquoi les Esprits du Mal sont triomphantsDes maux immérités, de la mort des enfants ;– Et si les Nations sont des femmes guidéesPar les étoiles d’or des divines idéesOu de folles enfants sans lampes dans la nuit,Se heurtant et pleurant et que rien ne conduit ;– Et si, lorsque des temps l’horloge périssableAura jusqu’au dernier versé ses grains de sable,Un regard de vos yeux, un cri de votre voix,Un soupir de mon coeur, un signe de ma croix,Pourra faire ouvrir l’ongle aux Peines Eternelles,Lâcher leur proie humaine et reployer leurs ailes ;– Tout sera révélé dés que l’homme sauraDe quels lieux il arrive et dans quels il ira.  » III Ainsi le divin fils parlait au divin Père.Il se prosterne encore, il attend, il espère,Mais il renonce et dit : Que votre VolontéSoit faite et non la mienne et pour l’Eternité.Une terreur profonde, une angoisse infinieRedoublent sa torture et sa lente agonie.Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir.Comme un marbre de deuil tout le ciel était noir.La Terre sans clartés, sans astre et sans aurore,Et sans clartés de l’âme ainsi qu’elle est encore,Frémissait. – Dans le bois il entendit des pas,Et puis il vit rôder la torche de Judas.

    9 分钟

评分及评论

5
共 5 分
2 个评分

关于

Lire la littérature avec monsieur Orland