La fabrique du monde

Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

  1. 4 hr ago

    Au sommet de l'Otan, les Européens tentent d'amadouer Donald Trump

    Attendu avec une certaine anxiété par les Européens en raison de la défiance du président américain, poids lourd et pilier central de l’Alliance atlantique, le sommet de l’Otan, qui a commencé dans la soirée du mardi 7 juillet à Ankara, se poursuit ce mercredi dans la capitale turque. Et sans surprise, à son arrivée, Donald Trump a fait du Trump.   Pas encore d’annonce concrète sur la posture et la présence militaire américaine en Europe, mais toujours ce style, cette façon de se mettre en avant et de distribuer les bons et les mauvais points. Accueilli par le président turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump a loué l’alchimie avec son homologue. Il n’a jamais caché son goût pour les dirigeants forts et pour le dirigeant turc au pouvoir depuis une vingtaine d’années en particulier. C’est même pour lui qu’il s’est déplacé au sommet, dit-il, ce qu’il n’aurait peut-être pas fait si cela s’était déroulé ailleurs. Pour le reste, malgré un mot gentil pour la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni avec laquelle il s’est disputé publiquement dernièrement, il s’en est pris à ses alliés européens de l'Otan, répétant entre autres que ce sont les États-Unis qui devraient contrôler le Groenland et non le Danemark et réaffirmant sa déception de leur manque de soutien au moment du déclenchement de la guerre en Iran.  Menace de la Russie Les Européens, qui s’y attendaient un peu, sont donc arrivés avec des arguments chiffrés pour montrer qu’ils tiennent leurs engagements - ceux qu’ils ont pris il y a un an au sommet de La Haye, à la demande des États-Unis. L’engagement d’aller, par exemple, vers les 5% du PIB de dépenses en matière de sécurité d’ici à 2035. Cinq pays y seront dès cette année : la Grèce et, sans surprise, les trois pays baltes et la Pologne, directement confrontés à la menace de la Russie qui préparerait une opération contre Varsovie dans le courant de l'année, selon des informations des services américains rapportés par la presse polonaise. Dans l’ensemble, les dépenses de sécurité des membres européens de l’Otan et du Canada devraient atteindre cette année plus de 2,5% de leurs PIB respectifs, contre 2,3% en 2025. Pour arriver à cette augmentation, ces pays investissent et cela se compte désormais en milliards d’euros. Des achats d’armes ont d'ailleurs été annoncés à l’occasion de l’ouverture du sommet. Pour le secrétaire général de l’Otan, le Néerlandais Mark Rutte, il y en a pour plus de 50 milliards de dollars, notamment des achats d’avions qui concernent Airbus et le suédois Saab. À la veille du sommet, le Premier ministre canadien a, quant à lui, annoncé le choix d’une entreprise allemande pour la construction de sous-marins, sans chiffrer le contrat.   Missiles anti-aériens pour l'Ukraine Mais le dossier qui est dans toutes les têtes, c’est l’Ukraine, qui ne fait pas partie de l'Otan malgré ses demandes insistantes et qui était à peine mentionnée il y a un an dans le communiqué du sommet de La Haye. Pour Volodymyr Zelensky, qui est présent sur place où il doit rencontrer Donald Trump, il s'agit donc d'un progrès.  Objectif pour lui désormais : convaincre le président américain de lui fournir des missiles anti-aériens pour résister aux offensives balistiques meurtrières de la Russie. Mais évidemment, comme d’habitude, comme avant chaque rendez-vous important, comme avant le G7, Vladimir Poutine a appelé Donald Trump pour le convaincre de ne pas pencher trop fort du côté ukrainien comme l’y encouragent les Européens. Et ça semble fonctionner. Malgré la pluie quasi quotidienne de missiles russes sur les villes ukrainiennes, Donald Trump se dit persuadé que les deux dirigeants veulent un accord.

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  2. 23 hr ago

    Les diplomates étrangers gardent un oeil sur la présidentielle française et sur le Rassemblement national

    Alors que la décision rendue ce mardi 7 juillet par la justice française dans le procès en appel des assistants parlementaires européens du FN est cruciale pour le parti d'extrême droite puisque c'est elle qui doit décider qui, de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella, sera le candidat du parti à l’Élysée lors de la prochaine présidentielle, le dossier est également très suivi à l’international. Depuis des mois, tous les sondages montrent avec une grande constance que le candidat du RN pourrait se retrouver au second tour de la présidentielle, le 2 mai prochain. De nombreux pays s’y préparent. Des diplomates étrangers en poste à Paris ont déjà reçu soit Marine Le Pen, soit Jordan Bardella, soit les deux. La présidente du groupe RN à l’Assemblée a par exemple été reçue par l’ambassadeur d’Israël en France, quelques mois après un voyage de Jordan Bardella en Israël. Le même Jordan Bardella a rencontré l’ambassadeur d’Allemagne discrètement avant que l’information ne fuite. Il a aussi vu celui des Émirats arabes unis. Les deux hauts responsables du RN ont été reçus conjointement et ouvertement par l’ambassadeur américain en France, Charles Kushner. Cela correspond parfois à une stratégie de crédibilisation. Mais c’est aussi le travail des diplomates - les Français le font d'ailleurs aussi - d’établir des contacts avec des futurs dirigeants potentiels sans que cela exprime un choix ou un soutien. Charles Kushner a par exemple aussi reçu tout aussi ouvertement Édouard Philippe.  Relative discrétion Il y a quand même parfois une proximité idéologique. On pense évidemment assez naturellement à l’administration Trump qui assume pleinement de vouloir s’appuyer sur des partis nationalistes pour redresser la trajectoire idéologique de l’Europe ou en matière d’immigration. C’est écrit noir sur blanc dans sa stratégie de sécurité nationale. Rien n’indique cependant que la Maison Blanche ait déjà fait un choix dans la course présidentielle française. Cette relative discrétion s'explique peut-être parce qu'un soutien officiel du président américain est devenu pénalisant électoralement en Europe. Rappelons aussi que ce sont Éric Zemmour et sa campagne Sarah Knafo qui avaient été invités à l'investiture de Donald Trump. On se souvient également de Marine Le Pen attendant en vain en bas de la Trump Tower d’être reçue par le milliardaire en 2017. Ou encore de Jordan Bardella traité de fillette par l’idéologue Steve Bannon, pour avoir quitté un rassemblement conservateur après un salut nazi de l’ancien conseiller de Donald Trump.   Adoption rapide du budget européen La perspective d’une présidence française RN pousse l’Europe à s’organiser. Le Rassemblement national y est bien connu puisqu’il a des députés au Parlement de Strasbourg. Il y a des contacts avec des diplomates européens. Il est de tradition que les autorités européennes, commission en tête, ne fassent pas de commentaires sur les campagnes électorales des États membres. Mais la perspective de voir la France, membre fondateur, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et contributeur net au budget de l’Union, voter pour un parti hostile à l’Europe, jadis financé par des banques russes, n’enchante pas forcément à Bruxelles, alors que l'Union n'est plus soumise à l'hypothèque Orban. Et aussi bien le président du Conseil Antonio Costa que certains pays comme l’Allemagne ou l’Irlande qui vient de prendre la présidence tournante pressent pour une adoption rapide du budget pluriannuel européen pour la période 2028-2034, au moins avant la fin de l’année. Le but : que cette négociation traditionnellement difficile ne soit pas encore compliquée par la bataille présidentielle française et un RN qui entend bien demander une baisse de la contribution française.

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  3. 2 days ago

    La visite annoncée d'Emmanuel Macron en Syrie, un déplacement symbolique

    C’est une visite annoncée depuis plusieurs jours, d’abord par des informations de presse, puis confirmée sans précision de date hier par la Syrie, mais pas encore officiellement par l’Élysée. Emmanuel Macron est attendu à Damas pour une visite qui a valeur de symbole.     Ce sera la première d'un président français depuis Nicolas Sarkozy en 2008 et 2009, avant la guerre en Syrie, la première d’un chef d’État occidental depuis la chute de Bachar el-Assad. Jusqu’ici, seul l’émir du Qatar avait fait le déplacement. Emmanuel Macron était déjà le premier à avoir reçu à l’étranger le nouvel homme fort syrien Ahmed Al Charah, avant que l’ancien djihadiste soit reçu à la Maison Blanche par Donald Trump. C’est donc une étape supplémentaire de la réintégration de la Syrie dans le concert international. C’est une sorte de reconnaissance des progrès effectués par le gouvernement syrien, même s’il en reste à accomplir. Le premier parlement de l'après-Assad a été constitué. Mais sa première réunion prévue ce lundi a été reportée sans explication, sans que l'on sache donc si cela est dû à une éventuelle visite du président français ou à l’attentat à la bombe qui, en fin de semaine dernière, a fait une dizaine de morts dans le centre de la capitale. La Syrie doit encore faire face à ce qui reste de l’organisation État islamique. À lire aussiSyrie: un attentat à la bombe fait plusieurs morts dans le centre de Damas Crise au Liban C’est aussi une reconnaissance du rôle de la Syrie dans la région. Et c’est un message envoyé aux autres pays de la région, dont Israël. L’armée israélienne occupe une partie du territoire syrien et le ministre israélien de la Défense explique qu’elle a vocation à rester indéfiniment dans les territoires qu’elle occupe actuellement, en Syrie donc, mais aussi à Gaza et au Liban. C’est une reconnaissance également du rôle potentiel de la Syrie dans le règlement de la crise au Liban. La semaine dernière, le ministre syrien des Affaires étrangères était à Beyrouth où il a rencontré les autorités libanaises, y compris le président du parlement Nabih Berri, allié du Hezbollah. Les nouvelles autorités syriennes, qui sont sunnites, sont hostiles au mouvement chiite pro-iranien allié de Bachar el-Assad. Pas au point cependant de s’impliquer au Liban comme le pays l’a fait par le passé en exerçant une tutelle de fait sur son voisin, et pas au point non plus de s’occuper du Hezbollah comme l’a suggéré à deux reprises Donald Trump. À lire aussiCisjordanie occupée: Israël exige que les Palestiniens enregistrent leurs terres en zone C au risque d’une expropriation Faire partie de la solution Enfin, la Syrie a un rôle géopolitique à jouer dans la région au sens large. Avec la politique défavorable à l’Iran des nouvelles autorités syriennes, le pays s’est, comme d’autres dans la région, retrouvé pris pour cible par l’Iran dans ses frappes tous azimuts. Mais il a aussi montré qu’il pouvait faire partie de la solution pour contourner le détroit d’Ormuz bloqué par l’Iran. L'Irak et le Koweït ont ainsi organisé des convois de camions pour expédier leurs hydrocarbures par la route jusqu’aux ports syriens sur la Méditerranée et donc vers l’Europe. Une solution qui ne compense évidemment pas l’énorme trafic qui passe par le golfe, mais qui peut donner des idées. À condition d’investir dans la sécurité et dans les infrastructures. Et justement, la Syrie annonce qu’Emmanuel Macron viendra accompagné d'investisseurs et de représentants d’entreprises françaises pour renforcer la coopération économique. À lire aussiSyrie: l’Union européenne rétablit son accord de coopération avec Damas après la levée des sanctions

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  4. 5 days ago

    Donald Trump et la captation de l'anniversaire de l'indépendance américaine

    C’est le début d’un week-end de célébrations aux États-Unis. Demain nous serons le 4 juillet et ce sera le 250ᵉ anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine. Cela pourrait être un grand moment d’unité nationale, mais cet anniversaire n’échappera pas à la polarisation et à la personnalisation autour de Donald Trump.   Cela a commencé dès le coup d’envoi symbolique des célébrations. C'était le 14 juin dernier, le jour du 80ᵉ anniversaire du président. La pelouse sud de la Maison Blanche était transformée en arène pour les arts martiaux mixtes. Le président est passionné de sports de combat et il ne manque jamais une occasion de faire part de son admiration pour les beaux et solides corps d’athlètes. Une soirée d’exaltation des valeurs masculinistes chères à une partie de l’électorat MAGA. Une soirée de combats, de violence, de sang et aussi de déclarations à l’emporte-pièce de la part, par exemple, de certains combattants affirmant tout de go devant le président, en dehors de toute rectification factuelle et sans la plus élémentaire contradiction, que « Michelle Obama est un homme », ce qui est évidemment faux. À lire aussiMMA à la Maison Blanche: évènement sportif inédit ou arrangement politique entre amis? Politisation et personnalisation Et cela se poursuit aujourd’hui et demain, toujours autour du président. Ce vendredi, il sera au Mont Rushmore, dans le Dakota du sud. C’est sur cette montagne sacrée pour les Indiens Lakotas que sont sculptés les visages de quatre présidents : Washington, Jefferson, Lincoln et Theodore Roosevelt. Lors de son dernier passage, la gouverneure locale Kristi Noem, devenue son éphémère secrétaire à la sécurité intérieure, lui avait offert une sculpture miniature avec son visage ajouté aux autres. Ce bibelot est dans son bureau de Mar-a-Lago. Puis ce sera le retour à Washington pour le 4 juillet. La grande foire des États-Américains et le rodéo quotidien ne rencontrant pas leur public dans cette ville qui vote à plus de 90% démocrate, et de nombreux artistes ayant annulé leur participation au grand concert prévu, pour cause de politisation et de personnalisation excessive, les plans ont changé. Plus de concert, mais plutôt un discours fleuve du président par une température de plus de 41 degrés, juste pour montrer, a-t-il déjà dit, qu’il est capable de tout. La journée sera conclue par le traditionnel feu d’artifice, mais encore plus imposant que d'habitude. À lire aussiUSA 250 : l'Amérique en tension Base mécontente Ce discours sera encore une occasion de développer sa vision des États-Unis. C’est d’ailleurs tout l’objet de cette véritable captation des célébrations qui devaient au départ être organisées de manière bipartisane selon une loi adoptée sous Barack Obama. C’est donc tout le contraire, parce que c’est la nature profonde du président de se mettre en avant. Parce qu’il veut présenter une Amérique glorieuse et conquérante, dirigée par des chrétiens blancs. Depuis le début de son deuxième mandat, il s’est donné pour mission de lutter contre une présentation qu’il estime erronée et culpabilisante de l’Histoire américaine, notamment sur la question de l’esclavage et du racisme. C’est sa vision et celle d’une partie de son électorat. Un électorat qu’il doit soigner, à 120 jours des élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles. Une partie de sa base est mécontente en raison de la guerre en Iran et de l’inflation qui est repartie à la hausse. Et les élus républicains inquiets pour leurs postes sont moins nombreux à le soutenir sans condition. À lire aussi250 ans des États-Unis: en Pennsylvanie, la bataille de l'identité américaine

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  5. 6 days ago

    To Lam, le puissant et ambitieux leader vietnamien qui s'inspire de Xi Jinping

    Le Vietnam fête aujourd’hui l’une des étapes de son histoire. Il y a cinquante ans, la partie nord, communiste, et la partie sud, après la capitulation à la suite du retrait américain, étaient officiellement réunifiées. Aujourd’hui, c’est l'un des pays les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est et il est dirigé par un homme ambitieux qui cumule les fonctions. To Lam était il y a encore deux ans le premier flic du pays, ministre de la sécurité publique, issu de l’appareil sécuritaire du parti communiste vietnamien. Des fonctions dont il a su habilement user pour éliminer des rivaux politiques en instrumentalisant des enquêtes anti-corruption. C’est sans doute aussi cette position de force qui lui permet de passer au travers de rares faux pas. En 2021, il est filmé à Londres en train de manger un steak recouvert de feuille d’or dans le restaurant de Salt Bae, un chef connu pour sa façon de saupoudrer la viande de sel et pour son intrusion sur la pelouse après la finale de la Coupe du monde de football au Qatar aux côtés de Lionel Messi. Ceux qui oseront dénoncer ce repas ostentatoire en subiront les conséquences. Jusqu’à cinq ans de prison pour un homme qui l'avait parodié. L’affaire ne bloque pas son ascension. Il y a deux ans, à la mort du précédent secrétaire général Nguyen Phu Trong, il lui succède à titre intérimaire. Il est renouvelé au poste de numéro un vietnamien lors du congrès du parti en janvier dernier.  Modèle Mais il ne s’arrête pas là. En juin, alors que le Vietnam a plutôt pour tradition de répartir les rôles dans des directions collégiales, il renforce sa mainmise sur le pouvoir en se faisant nommer président. Il est le premier à cumuler les deux fonctions. Et il se sert de son pouvoir pour des réformes à marche forcée, réformes anticorruption donc, mais aussi réduction de la bureaucratie et relance de l’économie en dynamisant le secteur privé. Le nombre de ministères est réduit, les licenciements ou les mises à la retraite anticipées se comptent en dizaines de milliers. Des coupes budgétaires touchent aussi bien les médias d’État que la fonction publique, la police et l’armée. Un activisme et une concentration du pouvoir qui rappellent un autre personnage beaucoup plus connu du monde communiste : le Chinois Xi Jinping. Il peut être considéré comme une sorte de modèle pour To Lam. À lire aussiVisite de Xi Jinping au Vietnam pour contrecarrer l’influence des États-Unis Rivalités territoriales Il a d’ailleurs rendu visite au dirigeant chinois. C’était juste après être devenu président en avril dernier. Et c’est normal étant donnés les liens économiques entre les deux pays. Les échanges sont très importants et To Lam considère la Chine comme une priorité stratégique pour son pays. Les deux pays doivent faire face à l’offensive commerciale et aux menaces de droits de douane de Donald Trump, mais aussi aux conséquences de la guerre dans le golfe. Cela vaut donc peut-être la peine de coopérer et de ne pas trop insister sur des rivalités territoriales qui sont réelles. C'est la question de la souveraineté sur certains ilots en mer de Chine méridionale. Cela a déjà conduit à des confrontations militaires qui ont fait des morts. Malgré cette rivalité qui paraît déséquilibrée, comme la Chine, le Vietnam lui aussi construit et militarise des ilots pour renforcer son rôle géopolitique dans cette région où le trafic maritime est important. À lire aussiLa Chine signe des accords de coopération avec le Vietnam et appelle à s'opposer à «l'intimidation»

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  6. 1 Jul

    Prêt de la tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni, un geste diplomatico-culturel en question

    À 10h, ce 1er juillet 2026 (heure de Londres), le grand public britannique pourra commencer à acheter ses billets pour aller à partir du 10 septembre prochain et jusqu’au 17 juillet 2027, admirer la tapisserie de Bayeux au British Museum de Londres. C’est l’occasion de se demander, en toute bonne foi - bien sûr - s’il fallait prêter cet inestimable joyau brodé aux Anglais...  La réponse courte, c'est « non ». Et pour de nombreuses raisons. La première c’est pour la sauvegarde et la conservation de la tapisserie de Bayeux. Tous les spécialistes l’ont dit, il est dangereux pour son intégrité de transporter une œuvre en broderie de laine sur du tissu de lin, âgée de quasiment dix siècles, mesurant 68 mètres de long sur 50 cm de haut et pesant près de 350 kilos. C’est d’ailleurs pour cela que le prêt a été retardé de cinq ans. Elle était en trop mauvais état pour être transportée et il a fallu la restaurer avant.   Gage de bonne foi Mais Emmanuel Macron a tenu à aller au bout de son idée. Pour des raisons essentiellement diplomatiques. Au moment de l’annonce en 2018, la France et le Royaume-Uni étaient en pleine négociations sur la frontière transmanche à la suite du vote en faveur du Brexit dont on vient de commémorer le dixième anniversaire. Et ces négociations, elles n’étaient pas faciles. C'est donc un gage de bonne foi et une volonté de tenir une promesse qui a conduit le président français à aller jusqu’au bout, malgré les protestations et les avertissements venus de partout. Enfin, maintenant c’est fait et ça a d'ailleurs été fait discrètement pour éviter les récalcitrances.   Frises du Parthénon La tapisserie doit être restituée en 2027. C’est prévu. D’ailleurs des œuvres qui voyagent d’un pays à l’autre entre musées, c’est quelque chose qui arrive tous les jours et qui est très encadré juridiquement. Seulement voilà, c’est l’Angleterre. Et contrairement au football, elle a un palmarès très étoffé en matière de non restitution d'œuvres. Rien qu’au British Museum, il y la pierre de Rosette qui a permis de comprendre les hiéroglyphes. Il y a peut-être surtout les frises du Parthénon, dérobées par Lord Elgin en 1801. À Londres on les appelle d’ailleurs marbres d’Elgin et on résiste depuis plus de deux siècles à toutes les demandes grecques de les rendre. Pendant longtemps, l’argument c’était que la Grèce ne disposait pas des moyens économiques et muséographiques de conserver ces frises. Sauf que depuis, il y a au pied de l’Acropole un extraordinaire musée, un des plus beaux d'Europe, fait pour les accueillir avec des tas d’emplacements vides qui précisent que les pièces originales sont à Londres.   Perfidie C’est un peu la même chose en France et au Louvre, sauf que c'est différent. La France s’est elle dotée d’une loi pour restituer les œuvres dérobées, notamment africaines au mois de mai 2026. Et d’ailleurs certains fragments du Parthénon sont concernés. En revanche, Michael Olise, qui est né en Angleterre, ne sera jamais restitué. Enfin il faut rappeler ce qu’est la tapisserie de Bayeux. C’est, en broderie, il n'y a même pas besoin de savoir lire, l’histoire de Guillaume le Bâtard qui part de Normandie pour conquérir l'Angleterre. Il le dernier à avoir réussi cet exploit. Au passage à Hastings il fait payer sa perfidie à Harold d'une flèche au dessus de l'oeil droit. Perfidie parce qu'il avait promis son soutien à Guillaume pour ses prétentions au trône d’Angleterre avant de trahir sa promesse. C’était en 1066 et c’est l’exact point de départ, l'acte de naissance de 940 ans de relations tumultueuses entre Français et Anglais. Cela devrait inciter à une certaine prudence. En tout cas pas à la confiance.  À lire aussiDeux épopées, une nouvelle traversée: l’incroyable destin de la tapisserie de Bayeux

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  7. 30 Jun

    Ni paix, ni guerre, la situation entre l'Iran et les États-Unis toujours volatile

    La reprise des discussions entre Américains et Iraniens pour tenter de trouver un accord de paix est en principe prévue aujourd’hui au Qatar. Les États-Unis envoient leurs négociateurs de haut niveau tandis que l'Iran parle de discussions techniques. Ces discussions suivent plusieurs jours d’incertitude et d’accrochages qui rendent la situation difficile à décoder.   Ni tout à fait la guerre ni tout à fait la paix, c’est le lot quotidien depuis la signature du protocole d’accord et le premier round de discussions en Suisse. Le week-end dernier, les États-Unis ont bombardé le territoire iranien en réponse, selon Washington, à l’attaque par l’Iran de deux navires qui tentaient de passer le détroit d’Ormuz. Téhéran a choisi de bombarder des voisins de la région : le Koweït et Bahreïn. Des violations manifestes du cessez-le feu dont les deux partis s’accusent mutuellement, mais qui sont suspendues à l’aube de la reprise des discussions. C’est presque comme si ces frappes de part et d’autre étaient une forme de dialogue ou au moins une façon d’établir un rapport de force avant de discuter.   Gérer la navigation L’un des nœuds de la négociation, c’est la question du détroit d’Ormuz. Et c’est d’ailleurs largement autour de cette question que les discussions prévues à partir d’aujourd’hui doivent tourner. Après une réouverture de la navigation, le trafic y a ralenti ce week-end en raison des attaques. L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des États-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre - quand le passage était gratuit. Et a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire qu'elle autorise. Les autorités iraniennes considèrent que c’est à elles de gérer la navigation et le passage par le détroit. En face, le sultanat d’Oman, qui borde aussi le détroit d’Ormuz a proposé une route alternative, au moins pour accélérer le transit et la circulation des navires toujours bloqués dans le Golfe persique. L’Iran confirme qu’une réunion avec les autorités omanaises a eu lieu à propos de la circulation dans le détroit. Le sultan d’Oman était hier en visite à Paris. À cette occasion, le président français Emmanuel Macron annonce que les deux pays vont collaborer, avec leurs partenaires au déminage du détroit.  À lire aussiLe détroit d’Ormuz au cœur de la première visite officielle du sultan d’Oman en France Avoirs gelés Ce n’est pas la seule question en jeu à l’occasion de la reprise des discussions. Il y a aussi la question financière. Et d’ailleurs, cela tombe assez bien que la discussion soit prévue au Qatar. Car c’est justement dans l’Émirat que sont situés actuellement une partie des avoirs iraniens gelés et qui doivent être débloqués aux termes du protocole d’accord. Cela fait dix jours qu’il a été signé et une semaine que les discussions ont commencé en Suisse. Et pour l’instant, Téhéran n’a pas récupéré un dollar. Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré lundi que les démarches nécessaires pour les débloquer étaient « en cours». C'est sans doute pour cela que l'Iran parle de discussions techniques. Parce c'est technique, mais c'est important. On parle de six milliards de dollars sur une douzaine qui sont actuellement situés au Qatar. Six milliards, c’est exactement la somme qui avait été convenue lors d’un accord d’échange de prisonniers entre l’Iran et les États-Unis de Joe Biden en septembre 2023. Le paiement avait été suspendu après l’attaque du 7 octobre en raison du soutien iranien au Hamas. On a le droit d’imaginer que ce n'est pas tout à fait un hasard. Cela équivaut à dire, et c’est assez savoureux, que l’Iran insiste pour que Donald Trump honore un engagement qu'il avait vertement reproché à Joe Biden.

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  8. 29 Jun

    Le séisme au Venezuela, un test pour la «doctrine Donroe»

    Le dernier bilan provisoire du double séisme au Venezuela est de plus de 1 450 morts et des dizaines de milliers de disparus. L’aide arrive des pays voisins et du monde entier, mais celle d’un pays en particulier est scrutée de près. La catastrophe met en effet à l’épreuve la nouvelle relation entre le Venezuela et les États-Unis. Depuis l’enlèvement de Nicolas Maduro en janvier, les États-Unis ont - de fait - pris la direction du pays par la force et la menace de recommencer est toujours là si les dirigeants actuels ne sont pas assez dociles, ce qu’ils ont manifestement bien intégré. Pourtant dans les circonstances actuelles, le ton du président américain est très différent. « Les États-Unis sont prêts, disposés et capables d'apporter leur aide ! », écrit-il sur son réseau social privé, ajoutant : « nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis ». Et c’est vrai que ce sont les États-Unis qui ont pris la tête de l’élan de solidarité et de secours aux victimes. Une aide d’urgence de 150 millions de dollars a été débloquée, 250 personnes spécialisées dans les situations d’urgence en milieu urbain ont été déployées avec des moyens militaires aériens pour acheminer les équipes et le matériel. Des moyens du Southcom, le commandement militaire pour la zone sud.   Pré carré C’est une question de crédibilité de la politique américaine dans la région. Celle qui consiste à faire de l’Amérique latine une zone d’influence exclusive américaine, une sorte de pré carré des États-Unis. C’est ce que le président appelle lui-même la « doctrine Donroe », en référence à son propre prénom et à la doctrine Monroe du XIXe siècle qui défendait à peu près la même idée. Et ce n’est sans doute pas un hasard si les dirigeants latino-américains proches de lui idéologiquement ont annoncé eux-aussi leur aide, malgré des divergences idéologiques avec les dirigeants vénézuéliens. On trouve là Nayib Bukele, du Salvador, Daniel Noboa de l’Équateur, Jose Antonio Kast, du Chili et Javier Milei de l’Argentine. Du point de vue de l’image, c’est aussi une belle occasion de faire oublier celle de Donald Trump lançant des rouleaux d’essuie-tout aux habitants de l’île de Porto-Rico, un territoire américain mais pas un État, après l’ouragan Maria lors du premier mandat Trump en 2017.   Exploitation des ressources Il y a des raisons prosaïques à cet empressement. Donald Trump ne fait pas ça uniquement par bonté d'âme. Il l’a dit clairement après l’enlèvement de Nicolas Maduro, le pétrole vénézuélien doit couler à flot. Les autorités vénézuéliennes sous tutelle font la part belle aux intérêts américains dans l’exploitation pétrolière mais aussi dans le secteur minier. Le sous-sol vénézuélien regorge d’or, de coltan et de terres rares. Et cette catastrophe va évidemment ralentir l’exploitation de ces ressources. Autre conséquence indésirable pour le États-Unis : il est assez difficile d'expliquer maintenant que le pays est prêt à accueillir les Vénézuéliens expulsés des États-Unis. Cela va donc mécaniquement ralentir la politique d’expulsions massives qui fait tant plaisir au mouvement MAGA. Pour toutes ces raisons, il ne faudrait pas qu'en plus, le séisme mène à une crise sécuritaire et politique sur place. Là encore, cela ralentirait l'exploitation des ressources locales. Dans ces conditions, cela vaut sans doute la peine de donner un petit coup de pouce supplémentaire à la présidente par intérim Delcy Rodriguez. La principale opposante, Maria Corina Machado, qui a reçu le prix Nobel de la paix et en a donné la médaille à Donald Trump a demandé à rentrer. L’administration américaine fait savoir qu'elle considère que le moment est mal choisi. À lire aussiSéismes au Venezuela: les communautés vénézuéliennes en Amérique latine se mobilisent

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