On connaît tous le mot « pauvre ». Mais il existe dans la langue française un terme plus soutenu, qui exprime une situation de manque particulièrement importante : indigent. À l'origine, ce mot désigne une personne qui ne possède pas les ressources nécessaires pour satisfaire ses besoins essentiels : se nourrir, se loger, se vêtir ou se soigner. Un individu indigent n'est donc pas simplement quelqu'un qui dispose de peu d'argent. Il se trouve dans une situation de grande précarité, parfois incapable d'assurer sa propre subsistance. Mais pour comprendre toutes les nuances de ce mot, il faut remonter à son origine latine. « Indigent » vient du latin indigens, participe présent du verbe indigere, qui signifie « avoir besoin de » ou « manquer de ». C'est précisément cette notion de manque qui constitue le cœur du mot. Le terme apparaît en français dès le XIIIe siècle. Il désigne alors les personnes privées des choses indispensables à la vie. Au fil des siècles, il devient particulièrement courant dans le vocabulaire religieux et administratif. On parle ainsi des « secours aux indigents » pour désigner les aides accordées aux personnes les plus démunies. Au XIXe siècle, notamment, de nombreuses communes françaises organisent des dispositifs d'assistance destinés aux indigents. Ces personnes peuvent recevoir de la nourriture, des vêtements ou une aide médicale. Mais le mot possède également un second sens, beaucoup plus figuré. En effet, on peut qualifier d'indigent quelque chose qui manque de richesse, de qualité ou de profondeur. Prenons quelques exemples. Si un critique littéraire affirme qu'un roman présente « une intrigue indigente », il ne veut évidemment pas dire que l'histoire manque d'argent. Il signifie qu'elle est pauvre en idées, peu développée ou décevante. De même, un « argumentaire indigent » désigne un raisonnement qui manque de substance, de preuves ou de pertinence. On peut aussi parler d'un « vocabulaire indigent » pour décrire une expression particulièrement limitée. Dans ces différents cas, le sens originel est toujours présent : il manque quelque chose d'essentiel. Il faut toutefois faire attention à ne pas confondre « indigent » et « indigène ». Malgré leur ressemblance, ces deux mots possèdent des origines différentes. « Indigène » vient du latin indigena, qui désigne une personne originaire du pays où elle vit. Enfin, le mot « indigent » appartient aujourd'hui à un registre plutôt soutenu. Dans la conversation courante, on lui préfère généralement « démuni », « nécessiteux » ou « très pauvre ». Mais son emploi figuré reste particulièrement intéressant, notamment dans les critiques intellectuelles ou artistiques. Ainsi, lorsqu'on qualifie une œuvre d'indigente, on ne dénonce pas seulement sa faiblesse. On souligne qu'elle manque de ce qui aurait dû faire sa richesse. Et c'est finalement toute la subtilité de ce mot : être indigent, au sens propre comme au sens figuré, c'est manquer de quelque chose de fondamental. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.