Droit, culture et société de la Rome antique - Dario Mantovani

Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente, Parme) une carrière de chercheur et d'enseignant, avant de devenir professeur de droit romain à l'université de Pavie (à partir de 1997).

  1. 15 AVR.

    05 - Quand le faux fait sens pour les juristes : les parétymologies entre calembours et métaphores

    Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2025-2026 Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2) 05 - Quand le faux fait sens pour les juristes : les parétymologies entre calembours et métaphores Résumé Les Anciens, eux aussi, s'attachaient à rechercher l'origine des mots afin d'en éclairer le sens. Les juristes romains, en particulier, s'y adonnaient avec passion. Leurs hypothèses prennent parfois la forme de véritables jeux de langage, proches du calembour, fondés sur l'assonance – la paronomase – entre des termes sans lien linguistique réel, mais capables de susciter des associations d'idées. Ainsi, furtum est-il rattaché à furvum (« sombre »), au motif que le vol se commet en secret, souvent de nuit ; supellex (« mobilier domestique ») est interprété comme issu de sub pellibus, désignant les objets indispensables que les citoyens emportaient « sous les peaux de la tente » lors de missions en terres lointaines. Les rapprochements peuvent aussi relever du paradoxe ou de l'opposition conceptuelle : militia (« métier de soldat ») est ainsi mis en regard de mollitia (« vie molle »). Ces constructions relèvent de la parétymologie : il s'agit d'explications « parallèles » qui se substituent à l'étymologie au sens strict. Loin de se réduire à de simples jeux d'esprit, elles sont mobilisées par les juristes comme des instruments herméneutiques, au service de l'interprétation des lois et de la résolution des cas. L'étude de ces « jeux de mots sérieux » – souvent qualifiés aujourd'hui d'« étymologies populaires » – permet ainsi de mettre au jour des idéologies et des représentations sociales, comme le montrent les analyses proposées autour de adulterium, de soror et d'autres termes qui seront examinés au cours de cette intervention. On s'interrogera également sur le fonctionnement profond de ces procédés explicatifs. L'hypothèse défendue est que la parétymologie opère comme une métaphore à rebours : par l'association de mots, elle projette un contenu conceptuel sur le terme à expliquer, à l'instar de la métaphore, qui transfère les propriétés du mot source vers le mot cible. À cette différence près que la parétymologie introduit un rapprochement qui n'existait pas à l'origine. Ces « métaphores a posteriori », parfois déroutantes, révèlent ainsi moins la vérité des mots que les structures de pensée – notamment juridiques – de ceux qui les mobilisent.

    1 h 2 min
  2. 8 AVR.

    04 - La volonté en gage : raisonner par lignes de force métaphoriques

    Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2025-2026 Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2) 04 - La volonté en gage : raisonner par lignes de force métaphoriques Résumé Le pignus, le gage, est un terme juridique doté d'une forte aura figurale. En tant que garantie, le gage habite l'attente entre le présent et ce qui doit encore advenir. Les poètes, d'Ovide à Racine et jusqu'à nos jours, en ont fait l'emblème de la preuve d'amour. Les juristes romains, quant à eux, rapprochent pignus de pugnus (« poing »). Il s'agit d'une étymologie seulement apparente, fondée sur une affinité phonétique – une paronomase – mais riche en conséquences (Gaius, Digeste 50, 16, 238, 2). Cependant, pignus ne déploie pas son potentiel figuratif uniquement en tant qu'unité lexicale isolée. L'analyse d'un texte du juriste Cervidius Scaevola, à la fin du IIe siècle, le montre clairement (Digeste 44, 3, 14, 5). Ce texte restitue un débat public, véritable mise en scène d'un raisonnement, où le juriste élabore et résout un problème devant un auditoire. Le cas concerne la vente de la chose gagée à la suite de l'inexécution du débiteur, et le rôle qu'y joue la volonté. La plupart des termes techniques mobilisés – distrahere, contrahere, convenire, accedere, concedere – sont d'origine métaphorique. Pris isolément, ils peuvent sembler dispersés ; mais à mesure que le texte se déploie, ils se révèlent organisés selon des lignes de force qui en constituent l'armature même et orientent le raisonnement vers la solution du problème.

    1 h 3 min

Notes et avis

4,8
sur 5
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Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente, Parme) une carrière de chercheur et d'enseignant, avant de devenir professeur de droit romain à l'université de Pavie (à partir de 1997).

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