Être au soutien des femmes sénégalaises qui ont subi une mastectomie c’est la raison d’être de Kinsiba. Cette association dakaroise procure aux femmes victimes d’un cancer du sein une aide physique et psychologique pour surpasser cet épisode douloureux et souvent traumatisant de leur vie. Au début de notre interview, Dienaba Konaté, la fondatrice de l'association Kinsiba, nous raconte l'histoire d'une jeune Sénégalaise. Une anecdote emblématique, selon elle, de ce que doivent subir certaines femmes victimes d'un cancer. « Une jeune fille de 24 ans qu'on a accompagnée. Elle avait une tumeur au cerveau. Encore étudiante, au niveau de son école ils prêtaient des ordinateurs pour que les étudiants puissent étudier. Et quand ils ont appris qu'elle était malade, on lui a repris son ordinateur. Sous couvert de : "Tu es malade, t'en auras pas forcément besoin longtemps. On va le donner à quelqu'un qui est mieux portant". Donc la violence de ça, c'est vraiment quelque chose de très difficile ! Quand on dit une personne a le cancer, on voit tout de suite la mort. Mais aujourd'hui, nous, on se positionne comme une alternative ». Et cette alternative, c'est l'association Kinsiba qui, depuis deux ans, a offert à plus d'une centaine de femmes des prothèses mammaires après des mastectomies, assorties d'un accompagnement psychologique et d'un coaching. Pour se réinsérer dans la vie sociale et professionnelle comme l’explique Dienaba Konaté. Être combatif pour affronter les épreuves de la vie « On travaille essentiellement avec des hôpitaux publics et le centre privé de cancérologie qui est à Ouakam. C'est eux qui nous réorientent les personnes. Si elles se font leur mastectomie, elles se retournent vers le service social qui ensuite nous contacte pour nous dire : "on a telle patiente, elle a un besoin de tant..." Et ensuite nous, on la rencontre, on prend les mesures. Ensuite, en fonction du stock, on remet la prothèse. On a pu collecter des fonds pour offrir plus de 100 prothèses. C'est très difficile de s'en procurer dans le pays parce que ce n'est pas forcément quelque chose de très répandu et pour peu qu'on en trouve, c'est extrêmement cher. En fait, on a lancé un parcours qui s'appelle le parcours "Bulle de vie". C'est un accompagnement sur quatre mois pendant lequel elles ont un accompagnement psychologique, thérapeutique et en parallèle, elles font de la boxe-thérapie. Ouais ! ( rires ) la boxe, la boxe cela fait souvent sourire mais il faut être combatif pour affronter les épreuves de la vie ! Mais au-delà de ça, ça leur permet d'avoir une rééducation physique post mastectomie, c'est très intéressant ! Et pour celles qu'on a commencé à suivre, il y a effectivement un vrai changement parce que le plus dur, souvent, ce n'est pas la maladie, c'est vraiment de se sentir seul. Et là, le fait de pouvoir partager, de pouvoir "déposer" tout ce qu’elles emmagasinent parce qu’elles ne peuvent pas en parler, bah ça a joué énormément ! » Fatou Fall, technicienne de 30 ans et mère de deux enfants, a subi une double ablation des seins. Pour elle, le programme « Bulle de vie », conçu par l'association pour se reconstruire physiquement et moralement, a été primordial. Maman a des seins ! « Ils m'ont offert des prothèses que mes enfants ont beaucoup aimées. Parce que quand je suis rentrée avec les prothèses et que je les ai mises, j'ai une fille de 4 ans, la plus grande, elle me disait "Ah, maman a des seins !". Elle était contente ( rires). Ouais, en fait, ça m'a trop trop émue ! Après, j’ai rejoint l'association pour leur projet "Bulle de vie" et ça aussi, ça m'a beaucoup aidée, vraiment ! Elles nous proposent des séances de coaching et de sport comme la boxe, pour qu'on puisse reprendre confiance en nous. Ça fait du bien pour le corps, mais aussi ça nous permet de dégager les émotions négatives parce qu'on se libère, je peux dire, parce qu'on souffre à l'intérieur. Ça fait mal, comme on dit. Avec le sport, on extériorise. Grâce aux séances de coaching, j'ai pu reprendre confiance en moi, affronter les gens et arrêter d'hésiter à me dire que je vais me faire rejeter. Bon, ça va, hamdoulillah, maintenant je gère bien ma vie, même si parfois y a des hauts, y a des bas, y a des jours sans et des jours avec... » Dégager les émotions négatives L'association qui fonctionne sur fonds propres et l'appui de quelques donateurs a permis de prendre en charge 138 femmes atteintes d'un cancer sur Dakar. Le prochain projet est de construire une maison de santé intégrée sur la ville de Diamniadio.