L'Épopée des musiques noires

Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 18h30 vers l'Afrique lusophone, et à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU + 2 en grille d'été).

  1. -1 j

    Hommage à Cassandra Wilson

    La chanteuse afro-américaine Cassandra Wilson nous a quittés le 2 septembre 2026 à l’âge de 70 ans. Révélée au sein du collectif M-Base du saxophoniste Steve Coleman dans les années 80, c’est en faisant paraître son premier album, Blue Light ‘Til Dawn en 1993, que sa voix profonde et pénétrante jaillira à l’échelle internationale. Née en 1955 à Jackson, dans le Mississippi, Cassandra Wilson a très vite épousé l’idée de se démarquer, de prendre le contre-pied de l’air du temps. Femme de caractère, elle ne cherchait pas les flagorneries hypocrites. Elle s’en tenait à son jugement personnel. Ses choix artistiques comme ses goûts musicaux reflétaient un éclectisme assumé qu’elle revendiquait haut et fort. Cassandra Wilson a toujours pris des chemins de traverse. Une adaptation d’un classique de Miles Davis était l’occasion d’expérimenter, de tenter une aventure musicale inédite. Les progrès technologiques, les outils numériques ne l’effrayaient pas. Tant que le talent et l’authenticité transpiraient dans une œuvre, elle ne s’inquiétait pas de perdre son âme. Au début des années 90, le nom de Cassandra Wilson commence à scintiller dans le paysage musical américain. Le label Blue Note Records lui offre un espace de liberté conséquent pour que sa créativité débridée s’épanouisse totalement. Cassandra Wilson tient à affirmer son identité spécifique et injecte dans son répertoire des touches de pop, de folk, de blues, qui feront mouche. Elle prend confiance en elle, ses albums se vendent, sont salués par des Grammy Awards et lui permettent de laisser libre cours à son imagination. Consciente du devoir de transmission qui lui incombe, elle s’autorise, avec une pointe d’audace, à relire à sa manière le patrimoine de ses aînés, Miles Davis ou Billie Holiday. Sur l’album Glamoured, en 2003, dans lequel elle adapte avec révérence le titre « Throw it away », emprunté à sa marraine de cœur Abbey Lincoln, Cassandra Wilson joue encore les trouble-fêtes en s’appropriant les compositions de Sting, de Bob Dylan, de Willie Nelson et de Muddy Waters, en d’autres mots, toutes les formes d’expression populaires qui traduisent son ouverture d’esprit. Cassandra Wilson est au sommet de son art et profite de son aura pour délivrer insidieusement des messages à travers des mélodies poétiques irrésistibles. Ses convictions, son refus du racisme, son désir de justice et son attachement à la terre de ses ancêtres, sont au cœur des ses préoccupations artistiques. « Je viens de réaliser un test ADN, et je peux officiellement vous dire que j'ai des origines béninoises, togolaises, et ghanéennes. J'ai également des racines au Cameroun et en Irlande. Voilà un mélange intéressant, non ? Finalement, tout cela a un sens pour moi. Les Irlandais ont dans leur musique cette mélancolie que j'exprime parfois dans mon chant. Tout devient plus limpide. Et je comprends aujourd'hui pourquoi je me sens si proche d'Angélique Kidjo. Elle est Béninoise, et d'une certaine manière, moi aussi… Notre connexion était inévitable. Je pense qu'il est essentiel d'apprendre de nos ancêtres et de nos origines. C'est une quête existentielle qui occupe une bonne partie de mon esprit. Il nous faut relier les différentes pièces du puzzle pour se souvenir des traditions anciennes. Pour nous, Américains, il est très difficile de retrouver le chemin qui nous mènera à la source originelle. Bien sûr, nous faisons un travail de mémoire mais nous sommes souvent confrontés à un mur invisible que l'esclavage a dressé entre les Africains et nous. Il ne faut donc jamais interrompre les recherches pour parvenir à recomposer les différents éléments de notre existence ». (Cassandra Wilson, au micro de Joe Farmer) L’un des plus frissonnants albums de Cassandra Wilson, paru en 2015, s’intitulait Coming forth by day. Il rendait un hommage appuyé à la regrettée chanteuse Billie Holiday. Ce fut l’occasion pour sa disciple et digne héritière de se plonger dans une histoire, à la fois sombre et majestueuse, celle d’une femme noire qui résista tant qu’elle le put à la ségrégation raciale jusqu’à l’inéluctable désespoir mortifère. Il paraissait logique que Cassandra Wilson, femme engagée, insoumise et libre, s’empare de son répertoire pour affirmer, à son tour, son horreur face aux exactions racistes du XXIè siècle. Au-delà des critiques, bonnes ou mauvaises, que ce disque suscita, c’est la témérité d’une artiste que l’on devait saluer car incarner Billie Holiday, sans se fourvoyer, pouvait être très périlleux et intimidant. « Je préfère parler de défi. Billie Holiday m'a constamment accompagnée. Elle fait partie de mon ADN musical. La seule chose qu'il est difficile de retranscrire, c'est la force de caractère de cette femme. C'était une icône, une féministe, dans le sens le plus littéral du terme. Elle était une femme déterminée qui assumait ses choix, qui vivait sa vie en fonction de ses humeurs, et je regrette aujourd'hui que l'on ait davantage insisté sur la dimension mélodramatique de son existence, sur ses excès divers et variés, sur l'oppression du gouvernement à son égard. Certes, il s'agit d'une facette tragique de son épopée mais je préfère m'intéresser à la puissance et au génie de cette femme car peu de chanteuses, qui lui ont rendu hommage, ont réussi à refléter cet aspect de sa personnalité. Elle avait tellement de cœur qu'il faut s'investir profondément dans l'interprétation pour être digne de son combat. L’approche des biographes a trop longtemps été sombre et portée sur le sensationnalisme. Il est grand temps de se souvenir des aspects positifs de sa vie, de la beauté de cette femme, et de la puissance de sa musique ». (Cassandra Wilson en 2015 sur RFI) Cassandra Wilson comprenait le monde avec une telle acuité que toute injustice lui était insupportable. Alors, elle œuvrait pour que le message de ses aînés ne disparaisse pas dans les oubliettes de l’histoire. Cet admirable artiste a rejoint les étoiles de l’art vocal, le 2 septembre 2026. Elle avait 70 ans, mais le ton de sa voix restera intemporel.   Titres diffusés cette semaine : - « Cry me a river » par The Count Basie Orchestra Feat. Cassandra Wilson extrait de Ella 100 - Live at the Apollo - « If you only know how » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base - « Lies » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base - « Blue in Green » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base - « Blue light til dawn » par Cassandra Wilson extrait de Blue light til dawn - « Throw it away » par Cassandra Wilson extrait de Glamoured - « Broken Drum » par Cassandra Wilson extrait de Glamoured - « Arere » par Cassandra Wilson extrait de Loverly - « Redbone » par Cassandra Wilson extrait de Blue light til dawn - « The way you look tonight » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day - « Strange Fruit » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day - « Crazy he calls me » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day - « I wished in the moon » par Cassandra Wilson extrait de Sings standards - « I want to be loved » par Cassandra Wilson extrait de Thunderbird.

  2. 12 sept.

    Justin Hicks, la poésie irrésistible d’une voix ensorcelante

    Ne cherchez pas la prouesse vocale en écoutant Justin Hicks. Laissez-vous davantage séduire par son talent de conteur mis en musique par deux indiscutables orfèvres de la production musicale inspirée : Chris Bruce et Meshell Ndegeocello. L’album Man of Style est une perle dont l’éclat illuminera l’automne. Rencontre avec les trois artisans de cette aventure artistique audacieuse. Enregistré en l’espace de deux jours, Man of Style est le fruit d’un travail collectif à la lisière de la soul-music et du jazz. Si le nom de Justin Hicks apparaît discrètement sur la pochette du disque, c’est justement pour signifier l’intention collégiale de ce projet. Certes, identifier le principal interprète est utile, mais cet album a été pensé à trois. « Disons les choses simplement : on s’aime bien tous les trois ! Dès qu’un projet se fait jour, nous nous enthousiasmons immédiatement. Certaines des chansons de mon album, par exemple, sont en moi depuis bien longtemps. Je les ai en tête depuis des lustres. Par conséquent, je savais que je pouvais compter sur un partenariat total avec Meshell et Chris. » (Justin Hicks sur RFI) Justin Hicks peut s’enorgueillir d’entretenir une relation amicale avec la chanteuse, bassiste et productrice, Meshell Ndegeocello. Insatiable créatrice, son esprit libre la distingue de ses homologues instrumentistes. Ses choix artistiques et ses fortes convictions nourrissent son répertoire. Sa sensibilité et son indépendance sont une force qu’elle sait exprimer avec une délicate intelligence. Aux côtés de Justin Hicks, elle ne s’impose pas. Elle accompagne une idée, une envie, un regard. « Il faut comprendre que nous sommes d’abord un collectif. Ce n’est pas l’orchestre de Meshell Ndegeocello. Nous collaborons avant toute chose. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Alors oui, il arrive que je donne mon avis et que je filtre un peu la somme d’idées que nous produisons tous ensemble. Il est vrai que j’essaye de donner une direction à tout ce que nous imaginons mais nous essayons réellement de travailler comme si nos trois cerveaux ne faisaient plus qu’un. Justin a beaucoup de finesse dans son jugement. Je m’en remets d’ailleurs souvent à son avis définitif. » (Meshell Ndegeocello au micro de Joe Farmer) Une telle complicité suppose une compréhension mutuelle immédiate, quasi instinctive. D’aucun parlerait d’un langage spirituel partagé, mais l’expérience et le talent sont indispensables. Justin Hicks, Meshell Ndegeocello et Chris Bruce sont des virtuoses et savent parfaitement mettre en forme leurs fulgurances en jouant à l’unisson. « Pour moi, le dénominateur commun entre nous, c’est notre écoute mutuelle. Nous cherchons à apprendre les uns des autres. En tant que musiciens afro-américains, nous avons une culture très riche qui ne nous limite pas à certains genres musicaux. Être noir ne signifie pas forcément jouer de la musique noire. Nous sommes des esprits ouverts et nous nous nourrissons de tout type d’influences pour créer notre propre identité. Pour moi, les artistes doivent transmettre des valeurs de courage, d’honnêteté, de réconfort et d’évasion. Les meilleurs artistes doivent vous faire réfléchir. Souvent, l’émotion transmise par un artiste transcende le langage. Il n’est pas nécessaire de connaître la langue d’un artiste pour ressentir son émotion. Il m’arrive très souvent d’écouter des chansons dont je ne comprends pas le sens mais je vibre, malgré tout, sur les intonations verbales et musicales d’une langue. J’ai même le sentiment de comprendre l’intention de l’auteur. » (Chris Bruce sur RFI) Man of Style n’est donc pas un album anodin. Il est la somme d’émotions et de réflexions que trois personnalités ont su soigneusement révéler. Justin Hicks est la voix singulière d’un redoutable triumvirat. Il vous donne rendez-vous le 5 octobre 2026 à Paris au New Morning, puis à Prague (6 octobre), Varsovie (8 octobre) et Marseille (10 octobre). ►Discographie Justin Hicks Quant à Meshell Ndegeocello, elle annonce un nouvel album dans lequel elle invite les grandes voix féminines d’aujourd’hui, Chaka Khan, Cynthia Erivo, Lianne La Havas… Synonym paraîtra le 2 octobre 2026. ►Site internet de Meshell Ndegeocello.     Titres diffusés cette semaine : - « Poly » par Justin Hicks extrait de Man of Style - « Man of Style » par Justin Hicks extrait de Man of Style> - « Oh ! » par Justin Hicks extrait de Man of Style - « Wendy » par Justin Hicks extrait de Man of Style - « Bread will rise » par Justin Hicks extrait de Man of Style.

  3. 5 sept.

    Jacques Schwarz-Bart entre en résistance !

    Depuis Boston, où il vit actuellement, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart a perçu l’évolution progressive de la société américaine et s’inquiète des dérives autoritaires dont souffrent les démocraties occidentales en ce début de XXIe siècle. Face à ce péril, il convoque l’esprit de partage et d’unité que la musique peut nourrir. Avec Resistance, il entend agir sur les consciences et susciter un sursaut citoyen. Jacques Schwarz-Bart a toujours ressenti ce désir de justice, certainement insufflé par le modèle parental. Sa mère, Simone, est une illustre écrivaine inspirée et engagée. Son père, André, a été résistant pendant la Seconde Guerre mondiale et fut l’auteur d’un ouvrage majeur, Le Dernier des justes, prix Goncourt 1959. Il paraissait donc logique que cet élan frondeur résiste à l’érosion du temps et nourrisse la créativité de Jacques Schwarz-Bart dont les œuvres militent pour un idéal multiculturel que sa terre de Guadeloupe incarne naturellement. Resistance est donc un disque important. Chaque titre évoque une personnalité, un combat ou des valeurs humaines universelles. « Maya » honore la mémoire de la regrettée Maya Angelou, poétesse et activiste afro-américaine, auteure du fameux récit autobiographique Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage. « Sarah » fait une révérence à Sarah Maldoror, réalisatrice et actrice française, anticolonialiste et femme de caractère. « Violetta » salue la mémoire de Violetta Chaville, présidente de l’association des cuisinières de Guadeloupe, dont les constants efforts pour préserver les traditions caribéennes la hissent au rang de pionnière. Jacques Schwarz-Bart n’oublie pas pour autant les liens familiaux et le devoir de transmission. Il dédie « Song for Abraham » à son père et « Ezra » à son fils. Produire un disque dont le propos exprime clairement un sentiment contestataire ne doit pas l’enfermer dans la critique stérile et frontale. La nuance, la tempérance, la modération et l’espoir doivent aussi animer le discours de l’artiste. Jacques Schwarz-Bart y veille avec cette touche de malice qui identifie chacun de ses albums. Resistance n’échappe pas à la règle. Au-delà du sens que l’auditeur choisira de donner à ce nouveau répertoire, il est amusant de noter que le saxophoniste n’a fait appel ni à un pianiste ni à un guitariste. Il a préféré jouer avec la force rythmique du batteur Arnaud Dolmen et du contrebassiste Reggie Washington. Ce choix esthétique témoigne, une fois de plus, de l’ingéniosité piquante de cet incontestable virtuose. Vous pourrez vous en convaincre les 15, 16, 17 octobre 2026, au Sunset-Sunside à Paris. Site internet Jacques Schwarz-Bart Titres diffusés cette semaine : « Resistance » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026) « Maya » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026) « Violetta » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026) « Monté Pi Ho » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026) « Sarah » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)   À écouter aussiJacques Schwarz-Bart + Grégory Privat = «22»

  4. 29 août

    1926-2026 : Lou Donaldson aurait eu 100 ans

    1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 1er novembre 1926 à Badin en Caroline du Nord, Lou Donaldson fut un saxophoniste pétulant à la lisière du swing et de la soul-music balbutiante. Il enregistra pendant près de 50 ans des albums palpitants dont certains devinrent des classiques comme Alligator Bogaloo. Il nous quitta à l’âge respectable de 98 ans. Louis Andrew Donaldson Jr montre très tôt des aptitudes pour la musique. D’abord clarinettiste, c’est finalement au saxophone qu’il révèle son réel talent. Fortement influencé par Charlie Parker, il fait partie d’une génération nourrie par le blues ancestral et le Be Bop des années 40. À cette époque, de jeunes loups fougueux bousculent leurs aînés en proposant une lecture du jazz plus audacieuse. Les grands orchestres ne font plus recette après la crise économique de 1929 et de nouveaux virtuoses dynamitent le paysage sonore en petites formations. Les Miles Davis, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, redonnent de l’éclat à une forme d’expression qui épouse l’air du temps et les luttes sociales de plus en plus vives. Lou Donaldson a 20 ans et s’inscrit parfaitement dans cette mouvance artistique que l’on dit « révolutionnaire ». Pourtant, très vite, les goûts du public changent et d’autres couleurs jaillissent. Lou Donaldson a, entre-temps, su se forger une réputation. Au milieu des années 50, il a déjà séduit Art Blakey, Horace Silver, Clifford Brown, Gene Ammons et Milt Jackson, entre autres, qui lui offrent un espace de jeu conséquent, propice au développement de son identité stylistique. Outre ses prestations remarquées aux cotés des grandes figures du moment, il commence à enregistrer ses propres disques pour le label Blue Note auquel il restera fidèle pendant plusieurs décennies. Sa tonalité s’affine et flirte avec les accents du Rhythm’n’Blues, annonciateur du Rock’n’Roll. L’apparition du Free Jazz, à l’aube des années 60, va le déconcerter. Cette nouvelle approche très politique de l’interprétation ne lui sied guère. Peu enclin à suivre cette voie contestataire, il préfère le groove d’une Soul-Music plus consensuelle et spirituelle. Fils de pasteur, il n’a jamais oublié les préceptes de l’église même si son répertoire ne restituait pas forcément le caractère sacré d’une éducation religieuse. C’est en compagnie de l’organiste Jimmy Smith qu’il trouve le compromis idéal. Sans renier ses convictions musicales initiales, il parvient à imprimer un timbre et un tempo qui le distinguent de ses homologues. Lou Donaldson a traversé le XXe siècle en faisant fi des modes et des genres. Il choisît de suivre son instinct. Cette philosophie de vie fut son élixir de jouvence. Lors de la célébration de son 97eme anniversaire, il fît l’effort de se rendre au Dizzy’s Club de Manhattan pour entendre et applaudir ses œuvres dignement interprétées par ses plus fidèles disciples. Il disparut un an plus tard, le 09 novembre 2024. ► Le site de Lou Donaldson.   Titres diffusés cette semaine : - « What now my love » par Lou Donaldson (1995) - « Parker’s mood » par Charlie Parker (1948) - « Minor mood » par Clifford Brown Feat. Lou Donaldson (1953) - « Hornin’ in » par Thelonious Monk Feat. Lou Donaldson (1956) - « Lou’s Blues » par Lou Donaldson (1957) - « Hot Dog » par Lou Donaldson (1969) - « All day long » par Jimmy Smith Feat. Lou Donaldson (1956) - « One cylinder » par Lou Donaldson (1967).

  5. 22 août

    1926-2026 : Ray Brown aurait eu 100 ans

    1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 13 octobre 1926 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Ray Brown fut un contrebassiste majeur dont la destinée a épousé celle des grands noms du jazz au XXᵉ siècle, de Louis Armstrong à Ella Fitzgerald, dont il fut l’époux. Rien ne prédestinait Ray Brown à la contrebasse. S’il étudie d’abord le piano, il ne parvient pourtant pas à s’enthousiasmer pour cet instrument dont les 88 touches lui paraissent difficiles à maîtriser. Les quatre cordes de la contrebasse lui donnent l’illusion que l’apprentissage sera plus aisé. Cette réflexion simpliste et puérile sera rapidement démentie par la réalité. Quelle que soit la discipline, l’effort et la constance s’imposent immédiatement si l’on veut devenir un maestro. Le jeune Raymond Matthews Brown s’attellera donc consciencieusement à la contrebasse, seul instrument, de surcroît, boudé par ses camarades de classe. Cette heureuse initiative va décider de sa destinée future. Avec application, l’élève va progressivement acquérir la virtuosité du maître et inciter ses contemporains à le solliciter dans leurs diverses formations. En 1946, Ray Brown a 20 ans. Il se rend à New York où l’effervescence musicale rythme le quotidien des clubs de la 52ᵉ rue à Manhattan. C’est là qu’il saisit les premières opportunités de jouer dans des orchestres fameux. Le trompettiste Dizzy Gillespie le remarque et le convie à le rejoindre sur scène. Aussitôt, son aisance artistique séduit et lui permet de fréquenter les étoiles du moment, Charlie Parker, Bud Powell, Max Roach… Il est la coqueluche que l’on encense et les labels ne manquent pas de le courtiser. Cela explique certainement une discographie imposante qui couvre un demi-siècle de swing trépidant. Sa maîtrise parfaite, son tempo assuré, sa rondeur sonore, et son attitude réfléchie, rassurent ses interlocuteurs. Ray Brown se retrouve instantanément dans la cour des grands, en compagnie de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sonny Rollins, Duke Ellington, et beaucoup d’autres… L’un de ses colistiers préférés fut le pianiste Oscar Peterson, avec lequel il jouera pendant plus de quinze ans, mais il serait injuste de réduire l’épopée de Ray Brown à cette longue et fructueuse collaboration. Il fut d’abord un compositeur et un accompagnateur de grande valeur qui a traversé les décennies et les révolutions stylistiques sans jamais se compromettre. Fidèle à l’art du trio, il conservait une tradition authentiquement jazz héritée de ses aînés, Jimmy Blanton, Slam Stewart, Oscar Pettiford, Milt Hinton, Georges Duvivier… Converser avec Ray Brown pouvait être intimidant car sa voix posée et son ton professoral imposaient de fait le respect. Véritable gentleman, il soutenait avec une discrète vigueur le jeu fougueux de ses nombreux partenaires de scène et de studio. Il enregistra ses derniers disques en compagnie du pianiste jamaïcain Monty Alexander et du guitariste américain Russell Malone. Le 2 juillet 2002, après une après-midi de golf à Indianapolis, il partit se reposer à son hôtel avant le concert du soir. Il ne se réveilla jamais de cette sieste qu’il s’imposait quotidiennement. Ray Brown nous quitta à l’âge de 75 ans. Titres diffusés cette semaine : - « Rockin Chair » par Roy Eldridge feat. Ray Brown (1955) - « Solo for unaccompanied Bass » par Ray Brown (1956) - « Cheek to Cheek » par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong feat. Ray Brown (1956) - « Rock a bye your baby » par Ray Brown (1960) - « Gravy Waltz » par Oscar Peterson feat. Ray Brown (1963) - « The Blues » par Duke Ellington feat. Ray Brown (1974) - « April in Paris » par Ella Fitzgerald et Oscar Peterson feat. Ray Brown (1975) - « Everything but you » par Clark Terry feat. Ray Brown (1980) - « Battle hymn of the republic » par le London Symphonic Orchestra feat. Ray Brown (1993) - « Brown Funk » par Ray Brown, John Clayton et Christian McBride (1997) - « Brown Bossa » par Ray Brown (2001).

  6. 15 août

    1926-2026 : Chuck Berry aurait eu 100 ans

    1926 marque la naissance de grands personnages. Dans le jazz, Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais l’univers du rock’n’roll compte aussi quelques piliers incontournables. Né à Saint-Louis dans le Missouri, le 18 octobre 1926, Chuck Berry a révolutionné la musicalité du Rhythm’n’Blues héritée du swing des grands orchestres jazz afro-américains. Charles Edward Anderson Berry est issu de la classe moyenne afro-américaine. Son père est charpentier et homme d’église. Sa mère est institutrice. Son intérêt pour la musique se révèle très tôt sous l’influence culturelle de chants sacrés entendus durant les messes dominicales où il se rend, enfant, avec ses frères et sœurs. Pour autant, sa destinée artistique va progressivement s’éloigner de la bienséance religieuse pour une autre forme d’expression plus brute : le blues. Le jeu du vétéran T-Bone Walker l’inspire et le convainc de s’éloigner des cantiques pour des airs populaires et profanes. Jeune homme fougueux et forte tête, il brave les interdits et se retrouve régulièrement confronté aux injonctions des forces de police dans une société qui ne laisse, de toutes façons, que peu de liberté aux citoyens noirs. Jusqu’au milieu des années 1950, Chuck Berry se cherche, multiplie les petits boulots et parvient progressivement à trouver un équilibre social. Il est un jeune père de famille qui doit résister à la précarité imposée par une Amérique inégalitaire et ségrégationniste. C’est à Chicago que son histoire s’accélère. Il y fait la connaissance du bluesman Muddy Waters qui l’encourage à aller rencontrer les frères Chess. Ces deux jeunes entrepreneurs polonais ont fondé le label Chess Records qui édite les enregistrements d’artistes de blues en vogue depuis 1947. Conscients de l’impérieuse nécessité de répondre aux attentes du public, ils adaptent leur catalogue discographique à l’air du temps. En 1955, le Rhythm’n’Blues fait sensation mais doit encore mûrir. Il lui manque la vitalité d’intrépides instrumentistes capables de jouer avec les accents de la country-music et la rugosité du blues originel. Chuck Berry est l’homme idéal pour relever ce défi. En adaptant « Ida Red », une vieille ritournelle immortalisée en 1939 par Bob Wills, il parvient à insuffler une nouvelle tonalité au paysage sonore du moment. Le Rock’n’Roll balbutiant va bientôt déferler sur la planète. Nous sommes en 1955 et le titre « Maybellene », relecture savante de « Ida Red », entre dans le grand livre des classiques intemporels. Le nom de Chuck Berry devient, dès lors, un étendard pour le label Chess. « Rock’n’Roll Music », « Roll Over Beethoven », « Johnny B.Goode », « Sweet Little Sixteen », les succès s’enchaînent et font le bonheur du public et des frères Chess. Fort de sa notoriété, le trublion Chuck Berry se pense intouchable mais la réalité le rattrape inexorablement. Les autorités lui rappellent avec zèle que les lois américaines en vigueur ne souffrent aucune contestation et que la célébrité n’est pas une immunité notamment lorsque votre peau est noire. Après diverses infractions sévères et quelques procès retentissants, c’est derrière les barreaux que Chuck Berry fêtera son 35ème anniversaire. Après deux ans d’incarcération dans une prison fédérale de l’Indiana, le héros déchu peine à retrouver sa flamme d’antan. Il aura la bonne fortune de compter sur un intérêt certain d’une nouvelle génération de musiciens britanniques passionnés par le patrimoine africain-américain. Grâce aux Rolling Stones et aux Beatles, le nom de Chuck Berry reprend des couleurs au début des années 60, mais l’imprévisible créateur du Rock’n’Roll reste un personnage frondeur et foncièrement indépendant. En 1966, il quitte Chess Records pour le label Mercury et tente ainsi de relancer sa carrière mais son comportement erratique et intransigeant agace ses nouveaux interlocuteurs. En 1970, Chuck Berry retourne finalement chez Chess dans l’espoir de renouer avec le succès. Curieusement, c’est une bluette vantant les mérites de l’onanisme qui le hissera au sommet des hit-parades. « My Ding-a-Ling » fait sensation en 1972 et lui offre la première place des classements discographiques américains. Intraitable lors de la négociation de ses contrats, Chuck Berry choisira progressivement la scène pour faire valoir son statut de pionnier du Rock’n’Roll. Jusqu’à sa disparition en 2017, à l’âge de 90 ans, il privilégiera les prestations en public plutôt que les fastidieuses séances de studio. Un album posthume, sobrement intitulé Chuck, paraîtra deux mois après son décès. Un disque de bonne facture qu’une presse clémente et révérencieuse jugea enfin à sa juste valeur. ► Le site de Chuck Berry. Titres diffusés cette semaine : - « Maybellene » par Chuck Berry (1955) - « Wee Wee Hours » par Chuck Berry (1957) - « Johnny B. Goode » par Chuck Berry (1958) - « You Never Can Tell » par Chuck Berry (1964) - « My Ding-a-Ling » par Chuck Berry (1972).

  7. 8 août

    1926-2026 : Randy Weston aurait eu 100 ans

    1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Randy Weston fut l’un d’eux. Né le 6 avril 1926 à Brooklyn, New York, il fut un pionnier, une figure éminente du jazz qui croisa la route des légendes d’antan, Duke Ellington, Dizzy Gillespie, Hank Jones, mais aussi Fela Anikulapo Kuti au Nigeria. Son ouverture d’esprit et sa passion pour les cultures africaines ont façonné son écriture pianistique, sa musicalité et son existence tout entière. Randy Weston avait une mission : rendre au continent africain sa valeur patrimoniale indéniable. Lorsqu’il découvre le Maroc en 1967, c’est le choc. Il se sent immédiatement chez lui et se fond dans les musiques gnawas. Il décidera d’ailleurs de s’installer à Tanger et y créera son propre club de jazz où ses contemporains passeront lui rendre fréquemment visite. Ainsi, Max Roach, Ahmad Jamal, Ahmed Abdul-Malik, Dexter Gordon, Stevie Wonder, James Brown, Marvin Gaye, Billy Harper, et tant d’autres, feront vivre ce lieu cosmopolite judicieusement nommé « African Rhythm Club ». Pour Randy Weston, le cœur battant des connaissances et du savoir ne pouvait être qu’en Afrique. « La preuve a été faite que l’humanité tout entière trouve ses origines en Afrique. Nous avons tous un lien avec l’Afrique : l'Europe, l’Asie, les Amériques, l’Océanie… Nous sommes tous liés à l’Afrique. Cela n’a pas été assez répété dans les écoles mais la musique peut être un excellent professeur. Pendant longtemps, les percussions africaines n’étaient pas admises dans la musique moderne. Aujourd’hui, vous les retrouvez partout. Pourquoi ? Parce que le rythme est une force spirituelle. Que ce soit Charlie Parker, Louis Armstrong ou les Gnawas du Maroc, la musique est une force vitale ». (Randy Weston au micro de Joe Farmer en juillet 2016) Randy Weston montrait un vrai attachement à ses racines ancestrales. Cette obsession fut nourrie par des rencontres déterminantes. Le Mâalem Abdallah El Gourd guida ses premiers pas au Maghreb mais, bien avant de se rendre en Afrique du Nord, le jeune Randolph Edward Weston reçut une éducation parentale spirituelle et artistique stricte. « Mon père m’a très tôt parlé de mes racines africaines. Il m’a fait comprendre que j’étais un Africain né aux États-Unis, que les Noirs américains ont tous une histoire, une tradition. Il m’a signifié l’importance d’aller en Afrique mais, surtout, d’aider à la reconstruction de ce continent qui a connu tant de désastres. Ainsi, j’ai gardé en moi ce devoir d’agir en Afrique. Ce continent a tellement apporté au monde et si peu reçu en retour. Il est donc essentiel de jouer, d’enregistrer et de restaurer l’Afrique afin qu’elle retrouve sa grandeur passée ». (Randy Weston sur RFI en juillet 2016) Chaque fois que Randy Weston s’exprimait, c’est un livre d’histoire qui s’ouvrait. Lorsqu’il nous quitta le 1er septembre 2018 à l’âge honorable de 92 ans, un pan entier de « L’épopée des Musiques Noires » sembla subitement s’évanouir mais la ferveur des hommages à l’échelle internationale fut si puissante qu’elle parvint à maintenir l’aura de cet homme de cœur qui trouvait alors certainement au-delà des cieux les réponses à ses nombreuses interrogations. Randy Weston aurait eu 100 ans en 2026. Sachons honorer l’altruisme et la sagesse d’un virtuose, fils de l’Afrique et universaliste. ► Le site de Randy Weston.   Titres diffusés cette semaine : - « Hi Fly » par Randy Weston (1958) - « Penny Packer Blues » par Randy Weston (1969) - « Tanjah » par Randy Weston (1973) - « Jamaica East » par Randy Weston (1973) - « Sarala » par Hank Jones et Cheick Tidiane Seck (1995).

  8. 1 août

    Le 60è Montreux Jazz Festival a scintillé de mille feux ! (2ème partie)

    Du 3 au 18 juillet 2026, les abords du lac Léman en Suisse devenaient le centre névralgique du swing afro-planétaire. Pour fêter sa 60ᵉ édition, ce rendez-vous musical majeur en Europe n’a pas lésiné sur les moyens, les surprises et les affiches exceptionnelles. De John Legend à Gregory Porter, de Deep Purple à Billy Cobham, de Marcus Miller à Vulfpeck, en passant par The Roots, Raye et (cerise sur le gâteau) Alicia Keys, ils étaient tous là et nous aussi… Créé en 1967, le Montreux Jazz Festival a accueilli des milliers d’artistes en six décennies, mais qui se souvient du premier musicien ayant essuyé les plâtres ? Il s’agissait du saxophoniste et flûtiste Charles Lloyd. À 88 ans, ce fringant gentleman est revenu honorer de sa présence le bouquet final de cet anniversaire fastueux en livrant une prestation vivifiante le 17 juillet 2026. Homme de paix, instrumentiste libre et audacieux, esprit vif et sage penseur, ce virtuose incontestable a traversé le temps avec la volonté farouche de susciter la sérénité et l’écoute dans un monde de plus en plus turbulent et imprévisible. « Nous sommes sur une petite planète au milieu de centaines de systèmes solaires, alors pourquoi ne parviendrions-nous pas à nous entendre sur ce bout de terre perdu dans l’immensité de l’espace ? Nous devrions tous travailler à rendre notre maison bleue plus saine. Arrêtons de détruire tout ce qui nous permet de vivre. La condition humaine est l’une de mes priorités. Je me pose souvent cette question : « Quelle peut être ma contribution pour que ma musique touche suffisamment le cœur de ceux qui m’écoutent et qu’elle élève leur esprit afin qu’ils agissent pour un monde plus juste ? ». Vous l’avez compris, je suis un idéaliste qui croit à une force supérieure, qui en appelle aux sages de cette planète. Dans un orchestre, chaque musicien peut apporter de l’eau au moulin et cette collaboration honnête et authentique permet souvent de faire avancer l’ensemble d’une formation. Nous devrions tous nous en inspirer ». (Charles Lloyd au micro de Joe Farmer) Il y a mille façons de mobiliser les consciences. L’indignation est nécessaire mais peu productive. Agir est essentiel au XXIᵉ siècle. L’art peut-il donner l’élan décisif ? Charles Lloyd en est convaincu. La musique est un langage universel qui fait appel aux émotions, à notre intellect, nous rassemble et nourrit la solidarité. Est-ce suffisant ? Le pianiste et compositeur Brian Jackson s’interroge. Ancien colistier du poète, conteur et activiste Gil Scott-Heron, il fut un citoyen engagé dont les prises de position tranchées ont marqué une époque tourmentée quand la communauté afro-américaine bataillait pour obtenir justice et égalité des droits. À 73 ans, Brian Jackson n’a rien perdu de sa verve légendaire et continue de militer pour un sursaut populaire efficace que la jeunesse doit provoquer. « Je crois que nos enfants ont déjà en eux ce désir de renverser la table ! Ils comprennent parfaitement le monde dans lequel ils vivent, mais ils ne voient pas comment atteindre leur objectif. Nous leur donnons un très mauvais exemple. Nous, adultes, passons notre temps à nous critiquer les uns les autres. Voilà l’image que nous donnons à la jeune génération. Ce ne sont pas eux les coupables. C’est nous ! Franchement, est-il normal que les jeunes d’aujourd’hui ne soient pas excités à l’idée de se construire un avenir ? Nous devons impérativement susciter en eux l’enthousiasme qu’ils ont perdu. En tant que parents, nous avons failli à notre tâche. J’apprends beaucoup des jeunes. J’apprends à regarder le monde avec d’autres yeux. Je me rends compte que j’ai progressivement oublié la manière candide et juvénile avec laquelle je percevais mon présent. Quand je parle avec des jeunes et que nous partageons nos idées, subitement, je retrouve les sensations d’autrefois, lorsque j’étais curieux, intrépide et attentif. Nous avons trop tendance à compartimenter nos relations, à nous reposer sur nos obsessions, à laisser nos convictions d’adulte guider notre esprit et, finalement, à parvenir toujours aux mêmes conclusions : l’avenir est bouché et nous courons à notre perte. Il faut rechercher sans cesse des vibrations nouvelles, celles que nos enfants savent capter instantanément. De toute façon, ils n’ont pas vécu notre quotidien d’il y a 50 ans. Ils n’étaient pas nés à cette époque. Ils réagissent donc à leur présent et nous avons besoin de les écouter pour vivre à leurs côtés l’instant présent. C’est la meilleure chose que ces jeunes gens peuvent nous enseigner ». (Brian Jackson à Montreux, le 16 juillet 2026) Les motivations culturelles de Charles Lloyd et Brian Jackson se rejoignent et, même si leur expression diffère quelque peu, un désir commun de plénitude les anime. Le Montreux Jazz Festival a cette vertu d’offrir aux artistes de tous horizons une liberté de ton et un espace de créativité débridée que sa longévité a progressivement légitimés. ► Pour en savoir plus Le 60ᵉ Montreux Jazz Festival Charles Lloyd Brian Jackson.   Titres diffusés cette semaine : - « Jai Ganga » par Charles Lloyd extrait de Sangam & Friends  - « Sam on the Ganges » par Charles Lloyd extrait de Sangam & Friends - « Lift every voice and sing » par Charles Lloyd extrait de Lift every voice - « Home is where the hatred is » par Brian Jackson extrait de Now more than ever - « Lady day & John Coltrane » par Brian Jackson extrait de Now more than ever - « It’s your world » par Brian Jackson extrait de Now more than ever - « The get out of the ghetto blues » par Gil Scott-Heron extrait de Free Will.

Notes et avis

4,3
sur 5
4 notes

À propos

Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 18h30 vers l'Afrique lusophone, et à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU + 2 en grille d'été).

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