Ici l'Europe

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

  1. -5 j

    David Clarinval : "La Belgique veut une ligne pragmatique entre protectionnisme et libéralisme naïf"

    Cette semaine, nous recevons David Clarinval, Vice-premier ministre et ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture. Il commente la position de son pays en termes de concurrence commerciale ou de participation au prochain budget de l'Union européenne (UE).  Face à la concurrence commerciale accrue de la Chine et des États-Unis, "l'Europe est à la croisée des chemins et vit une période assez difficile", selon David Clarinval, ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture et membre du Mouvement Réformateur, le parti libéral de centre droit. "Nous avons des Chinois qui effectuent un dumping majeur en soutenant entre trois et huit fois plus leurs entreprises et leur industrie par rapport aux pays de l'OCDE. Cela met en compétition nos entreprises de manière un peu déloyale", précise-t-il. "D'autre part, les États-Unis utilisent la clause de la nation la plus favorisée avec des tarifs douaniers. Ce sont des politiques assez agressives à l'égard de l'Europe." "Un herbivore dans un monde carnivore" Reprenant une expression utilisée par le président français Emmanuel Macron en 2024, David Clarinval estime que l'Union européenne (UE) est "un herbivore dans un monde carnivore" en termes d'économie : "Les industries en Europe sont passées de 20 % de valeur ajoutée en l'an 2000, à à peine 13 % aujourd'hui. Nous voyons nos industries quitter l'Europe ou même faire faillite. Si nous voulons inverser cette tendance, nous devons prendre les choses en main et avoir une politique assez ambitieuse, un peu plus agressive, tout en restant évidemment ouvert sur le commerce." En ce sens, l'UE tente de convaincre Pékin de réduire volontairement ses exportations de véhicules hybrides et de donner aux Vingt-Sept un accès aux terres rares. Dans le même temps, les États membres discutent la possibilité de renforcer leur bazooka commercial, l'instrument anti-coercition qui permettrait de surtaxer de manière ciblée et rapide des pays accusés de pratiques de dumping déloyales. "Nous sommes favorables à cette politique", indique le Vice-premier ministre du gouvernement de Bart De Wever. "Le fait d'avoir été parfois beaucoup trop naïfs pendant tant d'années fait que nous avons perdu des parts de marché. Nous devons prendre toute une série de mesures. Nous devons être plus durs." David Clarinval explique que la Belgique est favorable au "Made with Europe", c'est-à-dire la possibilité d'ouvrir les marchés publics aux entreprises de pays liés à l'UE par un accord de libre-échange ou une union douanière : "Nous ne sommes pas pour un protectionnisme qui ferme les barrières autour de l'Europe et qui empêche le commerce international. Nous devons être ouverts avec des partenaires qui respectent les règles [...] Nous devons donc être plus rapides dans la prise de décisions et avoir des outils qui nous permettent d'être plus réactifs au niveau de la Commission. Cette ligne est en train de trouver sa place. C'est une ligne un peu pragmatique entre un protectionnisme fermé et un libéralisme trop naïf." "Un échec pour le climat" Dans un contexte de flambée des prix de l'énergie, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a reporté d'un an la mise en conformité du règlement européen imposant aux importateurs de pétrole et de gaz des obligations strictes de surveillance des émissions de méthane, sous peine d'amendes. Une décision de report prise sous la pression des États-Unis, du Qatar et d'autres producteurs de gaz qui ont averti l'UE que la réglementation allait compromettre leurs livraisons d'énergie. Des ONG et investisseurs institutionnels ont exhorté Bruxelles à ne pas rouvrir ce texte. Selon David Clarinval, qui se définit comme de centre droit, "pendant des années, le Green Deal a été la seule ligne guidant l'action européenne au détriment des entreprises." : "Etant donné que nous étions souvent les seuls au monde à vouloir mettre en place ces politiques ambitieuses, les entreprises ont parfois tout simplement quitté le territoire avec une fuite, finalement, de carbone à l'étranger. Donc, pour le climat, c'était un échec puisque la pollution allait juste se faire ailleurs. [...] Il y aurait probablement eu une perte de production chez nous et nous aurions connu des coûts supérieurs. Aujourd'hui, nous voyons que les coûts énergétiques sont en train de flamber et donc ce n'est vraiment pas le moment." "Un éparpillement des moyens du plan de relance" Le plan de relance post-Covid de l'Union européenne touche à sa fin. Selon le ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture, cet emprunt en commun a permis de "donner un peu d'oxygène à l'économie pour retrouver du dynamisme". "D'une manière globale, j'en ai une analyse assez positive. Cela nous a permis de mobiliser des moyens pour faire toute une série de projets intéressants." Il note, tout de même, quelques bémols dans l'utilisation de ces fonds : "D'une part, ce plan de relance coûte cher aux États puisque nous avons des taux et montants importants à rembourser. De plus, le processus est administrativement assez lourd, donc nous espérons que si d'autres projets de ce type se présentent dans le futur, il y aura un assouplissement des règles. Enfin, en Belgique, nous avons vu un éparpillement des moyens sur plein de petits projets plutôt que de les avoir focalisés sur des gros projets porteurs de plus de relance. [...] La Belgique est un État complexe, avec plusieurs niveaux administratifs qui se chevauchent et donc, avec un plan de croissance qui est lui-même morcelé entre les différents niveaux de pouvoir." "Financer principalement la compétitivité des entreprises, la sécurité et la défense" Un plan de relance qui devait servir de modèle pour le futur budget de l'UE, en particulier avec des financements par objectifs. La Commission européenne vise une enveloppe totale de 2 000 milliards d'euros pour le budget 2028-2034, soit une hausse de 60 % du budget actuel. Cela représente moins de 2 % du PIB de l'Union. David Clarinval indique que la Belgique n'est pas contre une augmentation du budget "mais certainement pas jusqu'à 2 000 milliards", indique-t-il. Il demande une diminution "de 20 à 25 %" par rapport à cette proposition de base. "Sinon, en Belgique, cela veut dire que nous devrions payer grosso modo entre un et deux milliards d'euros en plus chaque année. Or, nous payons déjà pas mal. [...] C'est un effort qui devra aussi être fait dans l'usage que nous ferons de ces moyens. Nous souhaitons principalement financer la compétitivité des entreprises, la sécurité et la défense." Il indique cependant vouloir une diminution des moyens alloués à la politique de cohésion, c'est-à-dire le financement de projets locaux visant à réduire les disparités entre régions européennes. Le gouvernement fédéral belge de Bart De Wever veut économiser dix milliards d'euros d'ici 2029 pour résorber le déficit public notamment grâce à des coupes budgétaires ou à l'augmentation de la TVA. Selon David Clarinval, le gouvernement "doit prendre ses responsabilités" : "Nous avons une explosion des dépenses, notamment en matière de pensions et de santé, pour finalement atteindre plus ou moins -4 % de déficit en 2029. La Belgique a déjà fait 23 milliards d'économies depuis deux ans. Nous sommes cinq partis au sein de la coalition et nous n'avons pas tous les mêmes recettes pour mettre le budget en équilibre. Nous, nous préconisons de ne pas augmenter les taxes mais de réaliser moins de dépenses et un peu plus de croissance."   Emission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Agnès Le Cossec et Oihana Almandoz

  2. 2 oct.

    Maciej Witucki : "Taxer les superprofits, certains États comme la Pologne le font déjà"

    Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Maciej Witucki, président de BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026. Plus grande organisation patronale d'Europe, BusinessEurope représente plus de 40 fédérations patronales nationales issues de 35 pays. Polonais de nationalité, il dresse avec nous un bilan du paysage entrepreneurial européen, de ses défis et de ses pistes d'amélioration. "Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux" L'avenir semble sombre en Europe et dans le monde, avec la multiplication des crises. Maciej Witucki tempère : "les patrons européens croient en l'Europe. (...) un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux." Face à l'augmentation éclair des prix de l'énergie, due, entre autres, à la situation dans le détroit d'Ormuz, Maciej Witucki rappelle : "la crainte, c'est effectivement la détérioration de la compétitivité des entreprises européennes. Mais ce n'est pas que pour les entreprises ; ça touche aussi directement les consommateurs, à travers l'inflation". Si certains pays ont décidé, face à l'urgence, de réduire les taxes sur les carburants, BusinessEurope prône des solutions de long terme : "il n’y en a pas 36 000. Il y a le marché unique de l'énergie, donc il faut que l'on partage plus nos actifs". Il ne se prononce pas sur une taxe européenne sur les superprofits, puisque parmi les membres de BusinessEurope, certaines fédérations y sont favorables : "il n'y a pas de position commune, il y a des positions par pays. Dans mon pays, en Pologne, cette taxe vient d'être signée hier soir par le président." Mais pour lui, "les marges de manœuvre à court terme ne sont pas énormes. Il faut compter sur l'accalmie globale pour que les prix reviennent à la normale". "Personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète" BusinessEurope a par ailleurs demandé à la Commission de geler les nouvelles réglementations vertes de l'Union européenne (UE) afin d'éviter aux entreprises des coûts supplémentaires. Cette demande a provoqué des levées de boucliers de la part des organisations environnementales, pour qui un report des législations vertes affaiblirait davantage le Pacte vert européen sans pour autant restaurer la compétitivité. Maciej Witucki explique : "personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète, surtout après la canicule (...) mais on doit mieux calculer les objectifs et les coûts associés, l'impact sur les prix et l'impact sur la compétitivité". "Avant la guerre, l'Ukraine avait les capacités de fournir de l'énergie pour l'Europe" Le représentant du patronat européen s'est aussi rendu plusieurs fois en Ukraine. Si la fin de la guerre pourrait apporter, dans le futur, de grands chantiers de reconstruction, il nuance : "les Ukrainiens reconstruisent tout seuls depuis le premier jour de l'invasion russe ; et ils le font très bien". Pour lui, il y a surtout des raisons de s'inspirer des capacités d'innovation ukrainiennes : "déjà au temps soviétique, l'Ukraine était un pays d'ingénieurs, d'aviation et de technologie spatiale". Ces compétences se sont traduites dans leur capacité à créer de nouveaux modèles de drônes de défense, mais qui pourraient aussi être "à double usage" c'est-à-dire reconvertis dans d'autres domaines comme l'agriculture ou l'industrie. Autre atout selon lui : "aujourd’hui, la capacité énergétique de l'Ukraine a été lourdement frappée. Mais c'est un pays avec une forte expérience nucléaire et comme il y a un mouvement de renaissance nucléaire en Europe, ça pourrait contribuer à mieux équilibrer nos réseaux européens". "Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine, mais nous devons reprendre le contrôle" Les grands défis de l'industrie européenne s'incarnent notamment dans la voiture électrique. Fortement concurrencée par les Chinois, l'industrie peine à se maintenir en Europe. Maciej Witucki prône la lucidité : "on est devenus trop dépendants (...) Cette dépendance à la Chine, ça vient du fait que ça nous permettait d'avoir, d'un côté, les ambitions de développement de l'Europe, et de l'autre côté, une pression vers des prix plus bas." Il faudra donc, un moment ou un autre, en payer le prix : "le temps des produits pas chers, il ne sera peut-être pas complètement terminé, mais il sera modéré". "Nous avons quelque part naïvement investi toutes nos technologies à Shenzhen, en Chine, il y a 30 ans. Aujourd'hui, ce qu'on attend, c'est qu'il y ait des Shenzhen chinois mais en Europe ; que cette technologie chinoise, qui est éventuellement un investissement chinois, mais sous un contrôle européen, de même que ça a été, il y a 30 ans en Chine, soit développée ici. On ne peut pas couper le lien, mais il faut qu'on reprenne le contrôle, que ce soit sur les technologies ou sur les entreprises elles-mêmes." "Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre" S'il préside la plus grande organisation patronale européenne, la trajectoire de Maciej Witucki est d'abord polonaise. La Pologne est un symbole de réussite économique en Europe. La croissance est de plus de 3,6 % en 2026 et depuis 2023, le retour de Donald Tusk au pouvoir a permis de libérer 137 milliards d'euros gelés par l'Union européenne (UE) en raison de manquements à l'État de droit par le gouvernement précédent ultraconservateur. Pour Maciej Witucki, il y a plusieurs leçons à tirer de la Pologne : "la leçon, c'est que la Pologne, elle a l'entrepreneuriat, l'ouverture au business privé. C'est quelque chose qui revient maintenant en Europe (...) il y a beaucoup plus d'ouverture à discuter avec le business et d'équilibre avec les partenaires sociaux, qui sont très importants, parce que le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre." La défense de l'État de droit est, elle aussi, au centre, ce qu'a démontré la Pologne après huit années d'un régime "pas tout à fait libéral". Le président de BusinessEurope explique : "on est définitivement pour la défense de l'État de droit. Mais pour cela, il faut que nous ayons des propositions intéressantes pour les citoyens de retour à la croissance, de la part des patrons, des partenaires sociaux et des politiques." "La pression des États-Unis nous a ouvert les yeux" Le président américain Donald Trump a imposé aux Européens un accord de commerce déséquilibré, poussant ces derniers à signer des partenariats avec de nombreux autres pays. Pour Maciej Witucki, "cette pression des États-Unis nous a ouvert les yeux. Ça nous a poussé vers plus d'agressivité et d'action internationale". Il se félicite du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ou celui qui se profile avec l'Inde dans les prochains mois. La multiplication de ces partenaires représente aussi une garantie pour le futur : "tout cela, ça nous donne des ouvertures pour nos exportations, ça nous donne des accès à des matières premières dont on aura besoin. Ça nous donne aussi des arguments dans les discussions pour des deals futurs avec les États-Unis et la Chine”.   Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Paul Guinvarc'h et Florine Hausfater

  3. 25 sept.

    Aurore Lalucq : "Supprimer les inégalités inacceptables", remède à la montée des populismes

    Face à des Européens peu audibles à l'Assemblée générale de l'ONU et inquiets de leurs vulnérabilités économiques, Aurore Lalucq, présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, nous livre son analyse après la dernière réunion de l’Eurogroupe à laquelle elle a participé. Aurore Lalucq est eurodéputée du groupe socialiste et co-présidente de "Place publique". L'Union européenne est confrontée à une croissance faible (1,1 %) et à une forte augmentation du prix de l'énergie et des carburants (+14 % sur un an). Aurore Lalucq souligne l’impact de la conjoncture internationale : "On a vraiment une économie qui est mise sous pression, que ce soit par la Russie, par la Chine ou par les États-Unis. On reste résilients." Mais ce qui l’inquiète, "c'est la question de l'inflation importée, sur laquelle on a très peu de prise parce qu'elle est liée à des événements extérieurs". Car, rappelle l’eurodéputée, "l’économie est au service des gens. Donc il faut agir, investir sur la question de l’électrification pour ne plus être dépendant des autres économies." En réaction à la flambée des prix des carburants, Aurore Lalucq prône la taxation sur les superprofits au niveau européen qui permettrait de redistribuer des aides ciblées. "Il y a clairement une coalition de pays qui est en train de se dégager : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, donc des gouvernements d'une couleur politique très différente, mais pas la France… peut-être pour protéger Total Énergie", glisse-t-elle. Un budget français et européen à la peine Autre dossier difficile, le budget français. Avec une dette en hausse et le déficit le plus élevé de la zone euro à 5,4 % du PIB, la France, selon Aurore Lalucq, inquiète moins les institutions européennes que l'état mondial des finances publiques et de la dette privée, ainsi que l'incertitude créée par Donald Trump. "Il faut que la France fasse un effort, mais personne ne se dit que la France, là tout de suite, va rentrer en crise financière." En revanche, du fait de la situation internationale, "on n'est pas à l'abri d'un accident financier, c'est clair. Mais on ne sait pas d'où il va venir." Quant au budget de la France, elle préconise une trajectoire de réduction de 100 à 120 milliards d'euros sur cinq ans – contre les 54 milliards préconisés par le gouvernement Lecornu pour 2027. Une baisse aussi drastique, "ça n'existera pas, c'est trop brutal", juge-t-elle, proposant à la place une diminution des dépenses "de l'ordre de 18 à 20 milliards" d'euros. Face au Rassemblement national, qui estime que la France verse trop d’argent à l’Europe, l'actuel Premier ministre a proposé de retrancher 800 millions de notre contribution en les prélevant sur l'amende Google. L’eurodéputée estime que ce poste de dépense ne pèse pas trop sur les finances françaises : "Aujourd’hui, si la dette française est soutenable, c'est parce que les marchés savent que, derrière, il y a la Banque centrale européenne, il y a le mécanisme européen de stabilité. Et ce qui inquiète les marchés financiers, c'est très clairement l'instabilité politique depuis la dissolution, l'incertitude sur notre capacité à faire passer un budget français et la perspective de 2027, à l'issue de l'élection présidentielle !" En ce qui concerne le budget européen pour la période 2028-2034, la présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON) au Parlement européen s’oppose à la vision de certains pays "frugaux" comme l'Allemagne, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche, qui demandent de passer sous les 2 000 milliards d'euros sur sept ans. "Si on n'a pas un budget qui vient répondre aux défis européens, on va tous perdre", affirme-t-elle. L’eurodéputée soutient qu’il faut avancer sur la défense commune, l'indépendance numérique, l’autonomie en matière d'IA, la transition écologique, la réindustrialisation. Pour cela, il faudra créer de nouveaux instruments financiers, explique Aurore Lalucq. "Je sais que les débats sur l'annulation de la dette agitent beaucoup la bulle française, mais en réalité, au niveau européen, le débat qu'on a, c'est sur ce qu'on appelle des 'actifs sûrs'. C'est le fait d'avoir ou non un endettement commun, donc des taux d'intérêts communs uniques." Turbulences internationales Aurore Lalucq s’inquiète des récentes victoires de l’AfD lors des élections régionales en Allemagne. "C'est une situation qu'on peut retrouver aussi en France, avec le Rassemblement national. On voit une poussée de l'extrême droite, en fait à peu près partout en Europe. Donc, il y a un sujet qui est de rappeler ce qu'est l'extrême droite : ce n'est pas un parti comme un autre." Elle souligne que certaines des leçons d’après la Seconde Guerre mondiale ont été oubliées et "le meilleur remède à la montée des populismes et des nationalismes, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de ressentiment, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'inégalités inacceptables. Il y a toujours un niveau d'inégalité acceptable. Moi, je m'en fiche qu'il y ait des milliardaires, du moment que je vis bien. Mais là, on est arrivé sur des choses qui deviennent inacceptables et qui peuvent engendrer des monstres." Après le discours du premier ministre Mark Carney au Parlement européen et son rapprochement avec l’UE, Aurore Lalucq rappelle son opposition initiale au CETA – traité de libre-échange avec le Canada – pour des raisons sanitaires, suivant ainsi un certain nombre d'experts et d'ONG. "Néanmoins, là, je trouve que c’était intéressant. On voit qu'on est en train d'essayer de créer du dialogue, de créer des associations. On ne sait pas encore sous quelle forme ce sera, avec des pays qui résistent et qui ont envie d'être constructifs et qui se disent que ce n’est pas parce qu'on est les voisins des États-Unis qu'on leur appartient !"  Face aux accords commerciaux – l’UE en a signé plus de 80 – l’eurodéputée affine sa position : "On peut signer des accords de commerce, mais pas avec n'importe quelles normes sociales et environnementales. Ca ne peut pas être sans clauses miroirs, etc. Il faut pouvoir se protéger. C'est un élément stratégique, mais ça ne peut pas être la stratégie. Et il faut aussi sortir des dépendances dans le domaine du pétrole et du gaz. On est en train de redécouvrir à chaque crise qu'on n'a pas de pétrole", ironise-t-elle. "Il faut donc accélérer sur la question de l'électrification. On doit protéger notre secteur automobile, par exemple. On ne peut pas laisser notre industrie automobile, de batteries, etc. être détruite par une concurrence déloyale", comme celle de la Chine. Après les dernières sanctions de l’UE contre la Russie et les polémiques dues au retrait de deux oligarques de la liste noire, Aurore Lalucq appelle à la fermeté et à l’union entre Européens. "Il faut que ça tienne très fort parce que les temps à venir vont être extrêmement rudes. Et on sait que la stratégie de Poutine, depuis le début, c'est de tenter de nous diviser. Enfin, face Donald Trump, comme elle l’explique dans son livre "Trump contre l’Europe" (Editions Les petits matins), elle affirme :"Donald Trump ne comprend qu'une seule chose, je le dis depuis le début, c'est le rapport de force. Il faut tenir ce rapport de force, même si ce n'est pas dans l'ADN de la construction européenne." Enfin, elle regrette que l'Union européenne ne soit pas à la hauteur sur la question des droits de douane ni sur la Cour pénale internationale : "Trump menace la Cour pénale internationale et a sanctionné des juges. Et ces juges, jusqu'à présent, ne sont pas protégés par la Commission européenne. Ils sont mis sous sanctions américaines, donc ils n'ont plus accès à un grand nombre de sites internet américains, ils n'ont plus accès à leur carte de paiement : la Commission européenne se refuse à le faire pour l'instant. Donc, typiquement, si vous voulez être respectés, si vous en appelez tout le temps au droit international, il faut protéger les juges qui l'appliquent", conclut-elle. Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Agnès Le Cossec

  4. 18 sept.

    Hadja Lahbib : "Nous ne sommes ni en situation de paix, ni en situation de guerre"

    Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Hadja Lahbib, commissaire européenne à l'Égalité, état de préparation et gestion des crises. Elle tire les leçons d'un été de feux inédit, alerte sur les menaces hybrides et défend le projet européen face à la poussée des extrêmes. "C'était l'été de toutes les vérités" Hadja Lahbib dresse un bilan brutal de l'été : des incendies partout en Europe, de façon simultanée, quatre vagues de chaleur, 35 000 morts, 660 000 hectares partis en fumée. Le mécanisme européen de protection civile a été activé dix fois au sein de l'Union et deux fois à l'extérieur, au Chili et en Tunisie. "On a pu répondre de façon positive à toutes les requêtes mais là, on est vraiment au maximum de ce qu'on peut faire", alerte-t-elle. Or, avec le changement climatique, "on est face à des événements naturels, extrêmes qui ne sont plus extraordinaires. C'est la nouvelle norme, malheureusement. Et donc, il va falloir les anticiper". Cette année, les feux ont atteint les abords de grandes villes comme Bordeaux et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, "parfois en quelques minutes, sans savoir si elles allaient revoir leur maison". La gestion des incendies doit donc passer par une meilleure préparation des populations. "C'est pour ça que j'ai présenté aussi les 72 h de résilience, non pas seulement pour rester à la maison en situation de crise, mais aussi pour pouvoir partir dans un temps record et savoir que prendre", rappelle-t-elle. La commissaire insiste sur la nécessité de mutualiser les moyens entre les États. "Imaginez-vous, si tous les États se mettaient à acheter des Canadairs, dix Canadairs chacun. Mais c'est énormément d'argent. Par contre, si on crée un pool européen comme on en a un aujourd'hui, et bien ça permet de distribuer aux petits États comme aux grands". "On n'a pas perdu de vue les objectifs de Paris" La Commission européenne a été accusée de rétropédalage sur les objectifs du Pacte Vert – cette feuille de route pour atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Hadja Lahbib réfute ces critiques. "Pour ce qui concerne le réchauffement climatique, on maintient la barre, mais il faut vraiment prendre tout le monde à bord et être sûr que nos industries continuent à être compétitives", affirme-t-elle. "L'Union européenne (UE) représente 6 % des émissions de gaz à effet de serre, la Chine représente 30 %, les États-Unis, 11 %, 10 % pour l'Inde", souligne-t-elle. Mais ces concurrents commerciaux de l'UE, qui polluent plus, "tirent les bénéfices de ces objectifs" européens et "inondent, par ailleurs, nos marchés de ces nouvelles technologies". "Cette guerre qui sévit en Ukraine contamine de plus en plus le sol européen" Ces dernières semaines, de nombreux dirigeants européens ont réagi à une multiplication des attaques hybrides, de la tentative déjouée d'attentat à Leipzig, aux incursions de drones dans l'espace aérien de pays européens, et accusent la Russie d'escalade. "Ce qu'on appelait des menaces hybrides sont de moins en moins des menaces, mais des risques réels sur notre sol", alerte la commissaire. Elle s'inquiète également de la guerre de désinformation menée par la Russie. "Vous savez, aujourd'hui, la guerre, elle commence dans notre poche, dans nos smartphones, avec des manipulations de l'information massives". Alors que des élections sont prévues dans plusieurs pays membres, notamment en France, "qui sait si nos citoyens ne vont pas se retrouver massivement manipulés par des forces étrangères". "Les autres pays aussi, pensent que nous sommes encore ce phare dans la nuit quand il s'agit de respect, de valeurs, de démocratie" Interrogée sur la montée de l'extrême droite, notamment en Allemagne où l'AfD vient de remporter des élections locales, et en France, où Marine Le Pen est annoncée gagnante à la présidentielle de 2027 par les sondages, elle affirme que le projet défendu par ces partis, "le repli sur soi, la peur de l'autre", est à l'opposé des valeurs de l'Union européenne, "le respect, la liberté, la paix". Elle met en garde contre ces "discours populistes, malheureusement, simplistes, et qui sont en plus manipulés par des puissances malveillantes comme la Russie. Et, on le voit aussi, les États-Unis, qui soutiennent des groupes d'extrême droite".    Emission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec et Isabelle Romero

Notes et avis

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À propos

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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