L'Atelier politique

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

  1. -13 h

    Fatiha Keloua-Hachi : «La France Insoumise n’est pas un ennemi, pas même un adversaire»

    Députée socialiste de la huitième circonscription de Seine-Saint-Denis et ancienne professeure de lettres pendant près de trente ans, Fatiha Keloua-Hachi revient sur la primaire à venir du Parti socialiste, la suspension du député Philippe Brun et son combat contre les violences scolaires. Invitée de l'Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une primaire, un outil démocratique à saisir Alors que plusieurs candidatures s'affrontent déjà à gauche, le Parti socialiste s'apprête à organiser une primaire pour la présidentielle de 2027. Fatiha Keloua-Hachi ne cache pas son enthousiasme. « Je crois en la démocratie et je crois au débat démocratique. Il n'y a pas plus merveilleux que des gens qui s'affrontent sur des idées », affirme-t-elle. Dans sa ville de Rosny-sous-Bois, un débat de la primaire sera organisé pour toute la Seine-saint-Denis. Sur le principe même des primaires, apparues il y a une quinzaine d'années, elle distingue deux plans. « Si on se place du côté des électeurs, je pense que c'est une bonne chose. J'ai vu de l'enthousiasme dans les primaires précédentes », note-t-elle. Sur la fabrique interne du candidat, en revanche, elle se montre plus réservée : « Là, franchement, je suis plus mesurée. Je ne suis pas contre la primaire, je ne suis pas pour la primaire, mais c'est un outil démocratique, il faut s'en saisir. » Philippe Brun écarté : « Je ne présume absolument pas de sa culpabilité » Annoncé parmi les candidats à la primaire, le député socialiste Philippe Brun a finalement été écarté quelques minutes avant la date limite de déclaration, en raison d'accusations portées par une ancienne collaboratrice. Il conteste ces accusations et affirme avoir appris sa suspension « avec stupeur ». Fatiha Keloua-Hachi défend le choix du parti en le comparant à une pratique de l'Éducation nationale. « On a une mesure conservatoire d'éviction d'une personne accusée. C'est important d'avoir ces mesures, ça ne préjuge absolument pas de la culpabilité de la personne », explique-t-elle. Elle y voit aussi un signal politique : « Pour le Parti socialiste, ça veut dire quelque chose clairement de notre position féministe. Une femme dénonce, on prend en compte cette dénonciation. » Sur le fond du dossier, la députée dit ne pas le maîtriser et se refuse à tout jugement sur son collègue, qu'elle dit bien connaître. « Il va trouver, je pense, ses moyens d'expliquer et d'expliciter. Mais en attendant, je pense que le parti a bien fait », conclut-elle. Face à La France insoumise : « Ce ne sont pas du tout mes ennemis » Alors que Jean-Luc Mélenchon écarte toute idée de primaire à gauche, Fatiha Keloua-Hachi refuse de désigner La France insoumise comme un adversaire. « Ma vie, je l'engage contre le Rassemblement national et contre l'extrême droite. Tout le reste, tous les autres, pour moi, ce ne sont pas du tout mes ennemis, même pas mes adversaires. Je peux travailler avec absolument tout le monde », affirme-t-elle, rappelant qu'à l'Assemblée nationale, socialistes et insoumis votent souvent les mêmes textes. Elle formule toutefois une réserve claire sur le fonctionnement du mouvement mélenchoniste. « J'ai du mal avec le fait que le candidat ne soit pas désigné démocratiquement », affirme-t-elle, tout en refusant de « diaboliser » La France insoumise. « Il y a un problème démocratique à la France insoumise et ils doivent s'en rendre compte, et même le dénoncer eux-mêmes. » De la précarité étudiante aux violences scolaires Défendue par Fatiha Keloua-Hachi, la proposition de loi sur le repas à 1 € pour les étudiants, rejetée une première fois puis adoptée en 2024, reste selon elle inachevée. « Je suis très fière du repas à 1 €, mais il y a un goût d'inachevé, parce qu'il y a un autre angle de la précarité étudiante qui est énorme : le logement », précise-t-elle. Ancienne présidente, en 2025, de la commission d'enquête sur le contrôle de l'État et la prévention des violences dans les établissements scolaires, ouverte après les révélations sur Notre-Dame de Bétharram, elle reçoit encore « une dizaine de témoignages par semaine » et transmet chaque semaine plusieurs signalements à la justice au titre de l'article 40. Elle pointe un manquement précis de l'Éducation nationale : « Lorsqu'un enseignant est en mesure conservatoire, il ne devrait pas pouvoir enseigner dans une autre académie. Or, on a vu que ça a été le cas très souvent. Il y a des agresseurs en série qui vont d'un établissement à l'autre. » Elle dénonce également l'absence de contrôle dans le privé : « Il y a un gros sujet sur les inspections des établissements privés. » Logement : le désaccord avec le Rassemblement national Lors de sa rentrée à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a proposé de réserver le logement social et les aides au logement aux Français et d'abroger la loi SRU, qui impose un quota de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants. Pour Fatiha Keloua-Hachi, ce thème prospère sur un terrain bien réel. « Il n'y a pas de logement en France, il y a très peu de construction. La France s'est paupérisée », observe-t-elle, citant l'exemple de professeurs incapables de payer la cantine de leurs enfants. Mais sur la loi SRU elle-même, la députée dit ne plus suivre le Rassemblement national. « En Seine-saint-Denis, on a des communes qui ne construisent pas de logements sociaux et qui préfèrent payer des pénalités plutôt que de construire, alors qu'il y a un besoin énorme. Il va falloir qu'elle s'explique : sans la loi SRU, beaucoup de communes ne construiront plus rien du tout », prévient-elle. Interrogée pour finir sur le second tour de la présidentielle, Fatiha Keloua-Hachi ne s'aventure guère au-delà d'un pronostic prudent : un « homme de gauche » face à un adversaire encore incertain. Et l'autre pourrait être une femme ? « Peut-être », glisse-t-elle.

  2. 12 sept.

    Pierre-Henri Dumont : «Jordan Bardella se fait avoir par un pitre comme Monsieur Farage»

    Ancien député Les Républicains du Pas-de-Calais et maire de Marcq, dans le Calaisis, Pierre-Henri Dumont a été nommé, il y a quelques jours, porte-parole national de la campagne présidentielle de Bruno Retailleau. Invité de l'Atelier politique, il détaille les priorités de cette candidature et revient sur l'accord signé par le Rassemblement national avec Nigel Farage au sujet de l'immigration à Calais. Il répond aux questions de Frédéric Rivière. Porte-parole de Bruno Retailleau : une campagne de terrain Ils sont huit porte-parole nationaux, épaulés par un coordinateur, à se répartir la parole du candidat Les Républicains. « Notre mission, c'est de faire en sorte que le bulletin Bruno Retailleau, qui sera présent au premier tour de l'élection présidentielle, soit aussi présent au deuxième tour », résume Pierre-Henri Dumont. Chacun intervient selon son domaine de compétence et sa région : lui se concentre sur les Hauts-de-France, les questions migratoires et les enjeux internationaux. Le rôle ne se limite pas à défendre une ligne face aux médias. « On est vraiment là non pas pour inventer quoi que ce soit, mais pour porter la parole, faire remonter aussi les difficultés qu'on rencontre dans nos territoires », précise-t-il. Il n'était pourtant pas acquis à la cause de Bruno Retailleau lors de l'élection interne du parti, où il soutenait Aurélien Pradié. « J'ai découvert quelqu'un qui passe beaucoup de temps à écouter et non pas à essayer de nous convaincre », explique-t-il désormais. Sur la place de Bruno Retailleau dans les enquêtes d'opinion, derrière d'autres candidats de droite et du centre droit, Pierre-Henri Dumont refuse de parler de difficulté. « La campagne présidentielle n'est pas encore totalement lancée » pour les Français, estime-t-il, qui préfèrent aux débats de positionnement les questions concrètes de pouvoir d'achat, à l'image de la hausse du prix de l'essence. Il situe d'ailleurs les intentions de vote actuelles dans la continuité des européennes de 2024. Sa stratégie : multiplier les propositions, sur l'école comme sur le travail, pour permettre aux actifs de gagner l'équivalent d'un treizième mois grâce à une baisse des cotisations, et redresser un niveau scolaire jugé « absolument dévastateur » depuis le classement PISA. Réforme de la Constitution : « censurer les censeurs » Le candidat Les Républicains défend un projet de réforme constitutionnelle destiné, selon son porte-parole, à redonner le dernier mot aux citoyens. Le texte prévoit un recours accru au référendum et un mécanisme permettant, en cas de censure d'une loi par le Conseil constitutionnel, de saisir les Français afin de la faire malgré tout appliquer. « Le Conseil constitutionnel n'a pas à créer sa propre jurisprudence et à façonner le droit », justifie Pierre-Henri Dumont, pour qui les ajustements dépendraient de l'ampleur de la censure prononcée. Il inscrit cette proposition dans l'héritage gaulliste, citant le fondateur de la Vè République : « Le juge suprême dans une République en France, c'est le peuple », et il n'y a rien que le Conseil constitutionnel décide qui ne puisse être changé par la volonté populaire. Retraites et rigueur budgétaire : vers la capitalisation obligatoire Sur le terrain budgétaire, Pierre-Henri Dumont ne cache pas l'ampleur de l'effort qu'il juge nécessaire. Les dépenses sociales, retraites en tête, représentent plus de 14% du PIB français. « On ne pourra pas échapper à une réforme des retraites », prévient-il, en annonçant d'ores et déjà deux orientations : indexer individuellement l'âge de départ sur l'espérance de vie, avec une forte prise en compte de la pénibilité, et instaurer une part de capitalisation obligatoire. Le raisonnement s'appuie, selon lui, sur un constat démographique : le système par répartition a été conçu pour quatre actifs par retraité, avec une espérance de vie à la retraite de cinq ans. « Aujourd'hui, on est à 1,6 actif pour un retraité et le retraité meurt au bout de 20 ou 25 ans », souligne-t-il. Une base de répartition serait toutefois maintenue, notamment pour couvrir le minimum vieillesse. Concernant l'effort demandé aux plus fortunés, Pierre-Henri Dumont rappelle que « 40% de l'impôt sur le revenu est payé par une toute petite minorité, moins de 1% des foyers fiscaux ». Selon lui, la priorité reste la baisse de la dépense publique avant toute création d'impôt nouveau : il cite les milliards ajoutés au budget de l'Éducation nationale sous le précédent quinquennat, en grande partie absorbés par les pensions des enseignants retraités plutôt que par la revalorisation de ceux en poste. L'accord Bardella-Farage à Calais : « une atteinte grave à la souveraineté » L'élu du Pas-de-Calais dénonce l'accord conclu entre le Rassemblement national et le dirigeant britannique Nigel Farage, qu'il détaille en trois points. D'abord, l'engagement de Jordan Bardella, en cas de victoire de Marine Le Pen, de reprendre en France les migrants ayant traversé la Manche en small boats depuis le territoire français, environ 200 000 personnes depuis 2018, très majoritairement originaires d'Érythrée, de Somalie, d'Afghanistan, d'Iran et d'Irak, et donc difficilement expulsables. Ensuite, un volet financier : la sécurisation de la frontière est aujourd'hui intégralement financée par le Royaume-Uni via le fonds Sandhurst. Une renégociation « équitable », comme l'évoque l'accord, reviendrait selon lui à faire payer, pour tout ou partie, la France à la place des Britanniques. Enfin, le mémorandum prévoirait une multiplication des « contrôles juxtaposés » hérités des accords du Touquet, ce qui autoriserait des policiers britanniques à patrouiller le long des côtes françaises. « C'est une atteinte grave à la souveraineté », affirme Pierre-Henri Dumont, qui rappelle au passage que Calais n'est redevenue française qu'en 1558, sous l'action du duc de Guise. Sa conclusion est cinglante : « Il se fait avoir par un pitre comme Monsieur Farage. » Pour Pierre-Henri Dumont, la réponse au défi migratoire ne se joue de toute façon pas à Calais, où « c'est trop tard ». Il défend une étanchéité des frontières extérieures de l'Union européenne, via le règlement retour, promu par Bruno Retailleau lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, complétée si besoin par un rétablissement des contrôles aux frontières nationales. Allemagne et Tour Eiffel : deux signaux d'alerte Interrogé sur la victoire historique de l'AFD en Saxe-Anhalt, avec 43,8% des voix, Pierre-Henri Dumont y voit d'abord une sanction de la pratique de la « grande coalition » allemande, où conservateurs et sociaux-démocrates gouvernent quel que soit le résultat des urnes. Il établit un parallèle avec la France : recréer un centre indifférencié entre Les Républicains et le camp présidentiel reviendrait, selon lui, à nourrir mécaniquement le Rassemblement national et La France insoumise. Sur l'épisode de la Tour Eiffel, où des salariées ont été écartées lors de la visite d'une délégation religieuse hindoue, il parle d'un « dysfonctionnement majeur » qui dépasse le simple incident. « Quand on vient en France, on doit s'adapter à ces règles et ces normes, respecter la laïcité, respecter le fait de l'égalité entre les hommes et les femmes et ne pas nous imposer ses préceptes religieux. »

  3. 5 sept.

    David Chavalarias : «Elon Musk : le coup d'État numérique»

    Dans Elon Musk en 50 tweets (Seuil, 2025), David Chavalarias entre dans le détail d'un cas qui cristallise toutes les menaces qu'il avait décrites dans Toxic Data : le rachat de Twitter par Elon Musk et sa transformation en outil d'influence politique à l'échelle mondiale. Un portrait au scalpel, construit tweet par tweet, qui révèle la cohérence troublante d'un projet. Invité de L'Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. La Loi Zéro : comprendre Musk par sa philosophie Pour saisir ce qu'Elon Musk fait, David Chavalarias propose de commencer par ce qu'il pense. Et Musk l'a lui-même formulé : « La série Fondation et la Loi Zéro sont aux fondements de la création de SpaceX. » Fondation, c'est l'œuvre de science-fiction d'Isaac Asimov, l'histoire d'une civilisation qui s'effondre. La Loi Zéro, c'est la règle suprême qu'Asimov formule pour ses robots : le bien de l'humanité à très long terme prime sur tout, y compris sur les droits des individus dans le présent. C'est dans ce cadre que David Chavalarias inscrit le long-termisme, un courant philosophique financé par Musk, qui légitime des sacrifices immédiats au nom d'objectifs lointains. Et c'est dans ce cadre qu'il faut lire cette déclaration de Musk en février 2025 : « L'empathie est la faiblesse fondamentale de la civilisation occidentale. » À écouter aussiDavid Chavalarias : « Les algorithmes sont aveugles à la sémantique » Le pompier qui rachète la caserne En octobre 2022, Elon Musk rachète Twitter pour 44 milliards de dollars. Quelques mois plus tôt, il avait lui-même alerté ses utilisateurs : « Vous êtes manipulés par l'algorithme d'une manière que vous ne pouvez pas imaginer. » Une fois propriétaire, il modifie cet algorithme pour amplifier ses propres contenus, allant jusqu'à convoquer 80 ingénieurs en pleine nuit, après le Super Bowl 2023, pour corriger le fait que ses tweets étaient moins vus que ceux de Joe Biden. Les résultats sont mesurables. Selon David Chavalarias, depuis le rachat, le taux de discours de haine sur X a augmenté de 50 %. L'amnistie générale prononcée dès les premiers jours, rétablissement de tous les comptes bannis pour haine ou harcèlement, a provoqué une hausse de 500 % des discours haineux aux États-Unis. DOGE, coup d'État numérique Le 12 février 2025, Elon Musk apparaît en tee-shirt dans le Bureau ovale tandis que Donald Trump signe un décret sur la réduction du gouvernement fédéral. Musk dirige le DOGE, une structure sans mandat électif ni base constitutionnelle, et licencie des milliers de fonctionnaires fédéraux sans préavis, avec désactivation immédiate de tous leurs accès numériques. Dans une conférence TED, la journaliste Carole Cadwalladr, prix Pulitzer pour avoir révélé le scandale Cambridge Analytica, a mis un nom sur cette séquence : « Coup d'État numérique ». David Chavalarias reprend l'expression et la documente, notamment à travers l'affaire Berulis : cet informaticien fédéral détecte en mars 2025 une exfiltration anormale de plus de 10 gigaoctets de données vers une destination inconnue, avec l'introduction probable d'une backdoor par les agents du DOGE. L'Europe dans le viseur David Chavalarias documente avec précision les interventions de Musk dans les démocraties européennes. En décembre 2024, après des mois de contact avec des relais de l'AFD, le parti d'extrême droite allemand, il tweete : « Seule l'AfD peut sauver l'Allemagne. » Ces tweets et son apparition sur grand écran lors d'un meeting du parti totalisent plus de 370 millions de vues. Le Wall Street Journal a par ailleurs révélé que Musk était en contact régulier avec Vladimir Poutine depuis fin 2022, précisément la période où il adopte les éléments de langage du Kremlin sur l'Ukraine. Ce qu'on peut encore faire Face à ce tableau, David Chavalarias défend des alternatives concrètes : la décentralisation des réseaux sociaux via des protocoles ouverts « personne ne peut racheter le protocole ActivityPub, pas plus qu'on ne peut racheter http:// » et la garantie de trois droits fondamentaux pour tout utilisateur : portabilité des données, pluralisme algorithmique, décentralisation. Il conclut son livre sur une image venue de Taïwan, pays qui vit depuis sa création sous la menace d'un régime autoritaire. À l'entrée du palais présidentiel, les visiteurs lisent au sol une inscription tirée d'une chanson de John Lennon : « Power to the People » (« Le pouvoir au peuple »). C'est, pour David Chavalarias, le seul horizon qui vaille. À lire aussiQui est (vraiment) Elon Musk ? À lire aussiRachat de Twitter par Elon Musk : « Cela lui donne un pouvoir d'influence énorme »

  4. 29 août

    David Chavalarias: «Les algorithmes sont aveugles à la sémantique»

    David Chavalarias est directeur de recherche au CNRS et fondateur du Politoscope, un outil qui cartographie en temps réel les flux d'information politique sur les réseaux sociaux. Dans Toxic Data (Flammarion, 2022), il documente, chiffres à l'appui, la manière dont les plateformes numériques dégradent l'espace public démocratique. Invité de l’Atelier Politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Des algorithmes aveugles Le point de départ de David Chavalarias est contre-intuitif : les algorithmes qui organisent nos fils d'actualité ne lisent pas ce que nous publions. Ils sont, écrit-il dans Toxic Data, « aveugles à la sémantique », incapables de distinguer une opinion politique d'une recette de cuisine ou d'un complément alimentaire. Ce qu'ils mesurent, c'est l'engagement : les clics, les likes, le temps passé à regarder une vidéo. Or l'engagement, la psychologie cognitive le démontre depuis longtemps, est maximisé par les contenus négatifs et clivants. Les plateformes n'ont pas inventé ce réflexe humain. Elles lui ont donné une infrastructure mondiale et un moteur économique. Résultat : des populations entières se retrouvent progressivement enfermées dans ce que David Chavalarias appelle une « réalité alternative, purgée de toute information incompatible avec leurs croyances ». Ce que le Politoscope a vu Grâce au Politoscope, David Chavalarias a pu observer des phénomènes que l'œil nu ne détecte pas. En 2017, la communauté politique soutenant François Fillon concentrait quatre fois plus de fausses informations que la moyenne. La même année, des activistes américains d'alt-right, ce mouvement d'extrême droite radicale né autour de la candidature de Trump, coordonnaient sur le forum 4chan des campagnes de mèmes ciblant simultanément les électorats de Fillon et de Mélenchon pour déstabiliser l'élection française. La France n'était pas un dommage collatéral : elle était une cible délibérée. Une conjecture qui ressemble de plus en plus à une certitude David Chavalarias formule dans Toxic Data ce qu'il appelle prudemment une conjecture : « Le modèle économique actuel de la Big Tech, fondé sur la marchandisation de l'influence sociale, est incompatible avec la pérennité de nos démocraties. » Il cite la loi de Brandolini, du nom d'un informaticien italien, selon laquelle « la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure à celle nécessaire pour les produire ». Dans ce déséquilibre fondamental réside une partie du problème : les démocraties jouent avec des règles qui favorisent structurellement la désinformation. Ce qu'il propose David Chavalarias n'est pas un prophète du désastre. Toxic Data se conclut sur des propositions concrètes : des outils de visualisation des dynamiques informationnelles ouverts aux citoyens, une régulation des plateformes fondée sur la transparence algorithmique, et une réforme du mode de scrutin. David Chavalarias défend le jugement majoritaire, une méthode inventée par deux mathématiciens français, Michel Balinski et Rida Laraki, dans laquelle les électeurs évaluent chaque candidat plutôt que d'en choisir un seul, et qu'il décrit comme « l'une des méthodes de vote les moins manipulables ». À lire aussiL’algorithme est un combat À lire aussiComment comprendre les algorithmes pour mieux les apprivoiser?

  5. 8 août

    Joëlle Chevé : «Première dame : un rôle sans statut, un pouvoir sans nom»

    Sous la Vè République, la figure de la Première dame change de nature. Le pouvoir présidentiel s'affirme, la médiatisation s'emballe, et les femmes de président se retrouvent projetées dans une exposition sans précédent, toujours sans aucun statut juridique. Joëlle Chevé retrace, dans L'Élysée au féminin (Éditions du Rocher, 2017), les portraits de Claude Pompidou, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, Danielle Mitterrand, Bernadette Chirac, Cécilia Sarkozy, Carla Bruni et Valérie Trierweiler. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.   La révolution des potiches Joëlle Chevé intitule la partie consacrée aux Premières dames de la Vè République « La révolution des potiches ». Claude Pompidou, passionnée d'art contemporain, fait entrer l'art vivant à l'Élysée et impose un style d'une modernité tranchante. Anne-Aymone Giscard d'Estaing cultive la discrétion et la rigueur. Danielle Mitterrand, militante de longue date et fondatrice de France Libertés, refuse ouvertement le titre de Première dame, affirmant dans ses propres mémoires : « Première dame, ça n'existe pas. » Bernadette Chirac transforme son engagement dans les associations et sa popularité personnelle en présence publique autonome.   L'irruption du scandale médiatique La Vè République est aussi l'époque où la presse people et les chaînes d'information en continu transforment la vie privée du couple présidentiel en spectacle permanent. Cécilia Sarkozy, qui avait été l'une des architectes de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, quitte l'Élysée dès les premiers mois et divorce quelques semaines après l'élection, laissant un président sans Première dame officielle pour la première fois sous la Vè République. Carla Bruni lui succède dans des conditions inédites, trois mois à peine après l'élection, apportant avec elle une célébrité internationale et une carrière artistique que l'institution présidentielle n'a jamais su intégrer. Joëlle Chevé décrit comment elle tente de construire une version humanitaire du rôle tout en poursuivant une activité de chanteuse et compositrice. Valérie Trierweiler, compagne non mariée de François Hollande, pose une question constitutionnelle inédite : peut-on être Première dame sans être épouse ? Joëlle Chevé retrace les difficultés de cette situation, sous le feu permanent des médias, jusqu'à la révélation d'une liaison de Hollande avec l'actrice Julie Gayet, qui précipite son départ de l'Élysée en janvier 2014.   Un statut fantôme Ce qui traverse tout le livre de Joëlle Chevé, et qui culmine dans sa conclusion, c'est le paradoxe fondamental de la Première dame française. Elle bénéficie d'avantages matériels substantiels, de collaborateurs, de chauffeurs, mais aucun texte légal ne reconnaît son existence. Elle est soumise, écrit Joëlle Chevé, « à un devoir de réserve très contraignant au titre d'un statut qui n'existe pas ». Elle peut se voir confier des missions diplomatiques, comme Cécilia Sarkozy dans l'affaire des infirmières bulgares, sans être pour autant soumise aux obligations qui en découlent. Emmanuel Macron a voulu sortir de ce qu'il a lui-même appelé une « hypocrisie française ». La tentative de formalisation du rôle en 2017, aussitôt retirée face à la polémique, illustre l'impasse dans laquelle se trouve la Vè République sur ce sujet depuis soixante ans. À écouter aussiCes femmes qu'on n'appelait pas Première dame   À lire aussiMort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire

  6. 1 août

    Joëlle Chevé : «Ces femmes qu'on n'appelait pas Première dame»

    Joëlle Chevé est historienne, spécialiste de l'histoire des femmes et du pouvoir. Dans L'Élysée au féminin (Éditions du Rocher, 2017), elle retrace l'histoire méconnue des épouses et compagnes des chefs d'État français, de la Révolution à la fin de la IVᵉ République. Un livre qui révèle combien ces femmes ont exercé un rôle réel, contraignant et souvent ingrat, sans que personne ne daigne le reconnaître. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une République qui rêve de reines Dès la Révolution, le paradoxe est posé. Les républicains rejettent avec violence le modèle monarchique et sa Cour, mais ils ne savent pas comment s'en passer. Les hommes de la Révolution ont utilisé la figure de Marie-Antoinette pour disqualifier toute présence féminine dans la sphère du pouvoir. Et pourtant, comme l'écrit Joëlle Chevé, « la conception républicaine qui impose une stricte séparation entre vie publique et vie privée n'a, en réalité, pas rompu avec les représentations monarchiques ». Résultat, les épouses des présidents de la IIIᵉ République se retrouvent dans une situation que Joëlle Chevé qualifie de « quasi schizophrénique, entre nostalgie monarchique, égalitarisme démocratique et antiféminisme structurel ». Elles sont sommées d'incarner un idéal féminin pour toutes les Françaises, entre la reine que la République semble toujours rêver d'avoir et la ménagère dont elle ne veut pas se passer. Huit d'entre elles affrontent ce dilemme entre 1871 et 1914. Ce sont elles, écrit Joëlle Chevé, « les premières à inventer la fonction ». Des ménagères sous les ors de la République Les « présidentes » de la IIIᵉ République, c'est le titre qu'on leur donnait alors, en féminisant simplement le grade de leur mari, n'ont aucun statut officiel. La loi ne les reconnaît pas. La Constitution ne les mentionne pas. Et pourtant leur rôle est immense : elles organisent les réceptions, représentent la France devant les souverains étrangers, gèrent le protocole d'un palais qui doit rivaliser avec les cours d'Europe. Joëlle Chevé montre que la presse les scrute sans merci. Coralie Grévy ou Marie-Louise Loubet sont vilipendées par la presse, qui estime qu'elles « ridiculisent la République par l'indigence et la médiocrité domestique de leur conversation ». Henriette Poincaré, en revanche, est saluée comme l'incarnation du patriotisme pendant la Grande Guerre. La Première dame compense, en termes d'image et d'incarnation, ce que la Constitution refuse au président. Des femmes prises dans l'histoire La IIIᵉ République est aussi le temps des grandes tragédies. Cécile Carnot, dont le mari Sadi Carnot est assassiné en 1894, et Blanche Doumer, veuve de Paul Doumer tué en 1932, sont les seules Premières dames à avoir connu, selon Joëlle Chevé, de véritables états de grâce dans l'opinion, leur « veuvage pour assassinat de leur mari » étant l'une des rares circonstances où leur existence était publiquement reconnue. La partie consacrée aux années de guerre et à Vichy est particulièrement saisissante. Joëlle Chevé montre comment Marguerite Lebrun, épouse du dernier président de la IIIᵉ République, a refusé de cautionner le régime pétainiste et a choisi l'effacement plutôt que la compromission. Michelle Auriol, la première « présidente sociale » La IVᵉ République marque un tournant. Michelle Auriol, épouse du président Vincent Auriol de 1947 à 1954, est la première à construire le rôle de manière délibérée. Joëlle Chevé la décrit comme la première « présidente sociale » : visites d'hôpitaux, soutien aux associations, actions caritatives financées sur le budget présidentiel. Elle utilise aussi la presse et la photographie pour construire l'image d'un couple républicain proche des Français. Yvonne de Gaulle, qui lui succède à partir de 1959, choisit la voie exactement inverse : aucune interview, aucune photographie privée, une présence officielle réduite au strict minimum. À lire aussiMort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire

  7. 25 juil.

    Aurore Bergé: «Barbara Butch a été chassée de scène parce qu'elle est juive!»

    Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur les mesures votées pour protéger les enfants, sur son projet de loi contre le racisme et l'antisémitisme, et sur l'affaire Barbara Butch qui a suscité l'indignation. Violences sexuelles sur mineurs : « une révolution » en marche Le projet de loi sur la protection de l'enfance a été adopté, le mardi 21 juillet, en première lecture à l'Assemblée nationale. Il prévoit la réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs en série de mineurs de moins de quinze ans, ainsi que l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des enfants. L'examen reprendra en octobre au Sénat. Pour Aurore Bergé, ce texte marque un tournant. « Il y a une révolution qui est en cours sur la question des violences sexuelles faites aux enfants », affirme-t-elle, évoquant le choc suscité dans le pays par le viol et la mort de la petite Lyhanna, fin mai. « On parle de 160 000 enfants qui chaque année subiraient des violences sexuelles », rappelle-t-elle, insistant sur le fait que ces violences ne sont presque jamais le fait d'inconnus. « Ceux qui font du mal à nos enfants sont finalement ceux qui sont supposés le plus les aimer, le plus les protéger ». L'adoption de la perpétuité n'a pourtant rien eu d'évident : une deuxième délibération a même dû être demandée à l'Assemblée après qu'une partie de la gauche s'y était opposée lors d'un premier vote. « Ça m'a à la fois révolté et mise en colère », confie-t-elle. Interrogée sur l'idée de peines à l'américaine comptées en centaines d'années, elle tranche : « Je ne sais pas s'il faut du symbole. Ce qu'il faut, c'est de l'efficacité ». À lire aussiLa question des violences sexuelles, «une problématique dont toute la société doit s'emparer, les hommes aussi» Une loi intégrale pour toutes les victimes Au-delà des enfants, Aurore Bergé défend une « loi intégrale » contre les violences sexuelles, coécrite avec plus de 110 parlementaires et les associations. Le texte, déposé en décembre 2025, doit être redéposé mi-août pour un examen en commission à partir du mois de septembre. Elle y voit une méthode inédite : gouvernement et parlementaires coconstruisent ensemble une proposition de loi. « Ça ne s'est jamais vu, on n'a jamais fait comme ça », souligne-t-elle. L'enjeu dépasse les enfants : « On parle de 340 000 femmes qui, chaque année, subiraient des agressions sexuelles, des violences sexuelles, voire même des viols », précise la ministre, qui rappelle que, « dans neuf cas sur dix, une femme qui subit un viol [...] c'est quelqu'un qu'elle connaît ». Des juridictions spécialisées doivent voir le jour. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Racisme et antisémitisme : une loi de « cohésion républicaine » Présenté le 9 juillet en Conseil des ministres, le projet de loi de « cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l'antisémitisme » succède à la proposition de Caroline Yadan, retirée en avril après des critiques. Aurore Bergé distingue les inquiétudes sincères de ceux qui, selon elle, « n'avaient pas envie qu'on parle de la lutte contre l'antisémitisme » et ont instrumentalisé le texte. Depuis les attentats du 7 octobre 2023, elle constate « une explosion de l'antisémitisme dans toutes les démocraties », faite d'agressions mais aussi d'un « antisémitisme d'atmosphère » : « insultes, crachats, tags, exclusions d'étudiants de groupes de discussion. Il n'y a pas un Français juif, pas un seul, qui est responsable de la situation géopolitique » à Gaza, insiste-t-elle. Le texte prévoit une peine d'inéligibilité pour un élu qui contesterait un crime contre l'humanité ou un génocide, ainsi que pour toute personne condamnée à de la détention pour des faits racistes ou antisémites. Il impose aussi aux plateformes de retirer immédiatement les contenus signalés par Pharos, comme c'est déjà le cas pour la pédocriminalité ou l'apologie du terrorisme. Sur la liberté d'expression, la ministre est catégorique : critiquer, moquer ou caricaturer une religion reste un droit plein et entier en France. « On n'a pas le droit d'attaquer les hommes ou les femmes en raison de leurs croyances », précise-t-elle, refusant toute hiérarchie entre les combats : « On ne hiérarchise pas, on ne trie pas entre les haines ». À lire aussiFrance: le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie en hausse en 2023, selon un rapport de la CNCDH L'affaire Barbara Butch, symbole d'un antisémitisme « débridé » Samedi 19 juillet, le concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble a été interrompu après une vingtaine de minutes par des militants pro-palestiniens, dans le cadre d'un appel au boycott relayé localement par des membres de La France insoumise. Il lui était reproché d'avoir soutenu la loi Yadan. Le tract appelant au boycott montrait sa photo accolée à un drapeau LGBT et une étoile de David, le tout maculé de sang. « C'est ça l'appel à la haine », dénonce Aurore Bergé, pour qui la DJ a été visée à la fois comme lesbienne et comme juive. Sur scène, elle a essuyé sifflets, huées et jets de bouteilles en verre, au point de devoir quitter les lieux pour sa sécurité. « Les mots précèdent toujours les actes, toujours », avertit la ministre. « On ne chasse pas des femmes ou des hommes juifs de scène », martèle-t-elle, dénonçant l'instrumentalisation électorale de cet antisémitisme par La France insoumise et appelant à protéger la liberté de création et de programmation artistique. Une instruction judiciaire est ouverte. À lire aussiFrance: derrière l'interruption du concert de Barbara Butch, la question du boycott culturel Défenseur des droits et 2027 : les enjeux à venir Le Parlement a entériné mardi dernier la nomination du sénateur LR François-Noël Buffet comme Défenseur des droits, malgré l'opposition d'associations pointant ses positions passées sur le mariage pour tous, la PMA ou l'IVG. Aurore Bergé défend une fonction qui « dépasse aussi la personne », citant l'exemple de Jacques Toubon, critiqué à sa nomination puis regretté à son départ. Sur la présidentielle de 2027, elle observe le retour en force de Marine Le Pen dans les sondages. « Il faut qu'on arrive à démontrer qu'il y ait une alternative au Rassemblement national », estime-t-elle, redoutant un second tour face à La France insoumise qu'elle juge porteur de fractures profondes pour le pays. Faute de primaire, une candidature unique de sa famille politique devra selon elle incarner cette alternative. Quant à sa propre candidature, la ministre botte en touche, jugeant que ce n'est pas la priorité des Français, davantage préoccupés par leur sécurité, leur pouvoir d'achat ou le climat. Elle conclut sur un mot d'ordre : « Montrons qu'on peut avoir des résultats et rassemblons-nous, parce qu'on aura cette nécessité du rassemblement. » À lire aussiQuelle campagne présidentielle pour Marine Le Pen condamnée: réécoutez notre édition spéciale du mercredi 8 juillet

  8. 18 juil.

    Nadège Abomangoli : «Le racisme est le déterminant principal du vote Rassemblement National»

    Députée LFI de la 10è circonscription de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission des Affaires étrangères et première vice-présidente de l'Assemblée nationale, Nadège Abomangoli est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur le racisme d'État, la guerre au Soudan et la présidentielle de 2027. « Un racisme d'État » En avril 2026, Nadège Abomangoli a reçu un courrier raciste reprenant un détournement de Tintin au Congo. Un épisode parmi d'autres pour la première vice-présidente de l'Assemblée, confrontée selon elle à une hostilité récurrente sur les réseaux sociaux. Elle y voit un phénomène plus large que son propre cas. « Une société se lit, s'interprète à partir du global et pas à partir de parcours individuels », affirme-t-elle, réfutant l'idée que sa propre ascension contredirait l'existence d'un racisme structurel. La députée assume l'expression de « racisme d'État », employée début avril 2026 à Saint-Denis. « Un certain nombre de politiques publiques et l'abandon de ces sujets-là produisent du racisme d'État », explique-t-elle, citant notamment les difficultés administratives rencontrées par des personnes sans-papiers dans sa circonscription. Sur le projet de loi pour la « cohésion républicaine » porté par la ministre Aurore Bergé, Nadège Abomangoli se montre réservée, pointant son élaboration avec l'ensemble des groupes politiques, Rassemblement national compris. Elle plaide plutôt pour des moyens dans « la prévention, l'éducation, la justice réparatrice et la culture ». Le Soudan, une guerre qui peine à s'imposer Membre de la Commission des Affaires étrangères, la députée s'est saisie à plusieurs reprises du conflit soudanais, qualifié par l'ONU de l'une des pires crises humanitaires au monde. Pour elle, plusieurs raisons expliquent son faible écho en France : l'éloignement géographique, l'absence de lien francophone, et « une part de négrophobie, ce sont des Noirs qui semblent se tuer entre eux ». Elle rappelle que les Forces de soutien rapide ont longtemps été des interlocuteurs légitimés par la France et l'Europe. « Ce n'est pas une guerre ethnique », insiste-t-elle, mais un conflit de prédation des ressources où s'affrontent des puissances étrangères sur le dos du peuple soudanais. Parmi ses propositions : élargir l'embargo sur les armes, alors que des armes françaises vendues aux Émirats arabes unis ont, selon elle, été retrouvées sur le théâtre des combats, et repenser la diplomatie française vis-à-vis du Tchad, qui accueille une partie des réfugiés soudanais. À lire aussiSoudan: le général al-Burhan projette de rester au pouvoir durant cinq ans après la guerre « Ingérence intérieure » : une notion jugée problématique La Commission de la culture du Sénat a adopté à l'unanimité, début juillet, un rapport de 56 recommandations sur la régulation de l'information en ligne, introduisant la notion d'« ingérence intérieure » pour désigner des manipulations d'origine française. Nadège Abomangoli s'en méfie. « La notion d'ingérence intérieure me paraît problématique », juge-t-elle, estimant qu'elle pourrait viser, en creux, certains partis très présents sur les réseaux sociaux, dont La France Insoumise. Pour elle, la véritable ingérence est ailleurs : « C'est l'ingérence intérieure d'un certain nombre de milliardaires qui financent un certain nombre d'événements, qui s'infiltrent parfois dans l'éducation pour promouvoir leur idéologie. » 2027 : « On ne va pas adapter notre campagne aux candidats en face » À neuf mois de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a balayé d'un « je m'en fous » les conséquences du retour en lice de Marine Le Pen, dont l'éligibilité a été rétablie par la cour d'appel. Nadège Abomangoli y voit une confiance assumée, mais surtout un message : peu importe l'adversaire d'en face. « Que ce soit Jordan Bardella ou Marine Le Pen », résume-t-elle, avant de trancher : « C'est bonnet blanc et blanc bonnet. » Elle relève avec ironie que Marine Le Pen, qui avait juré ne jamais faire campagne sous bracelet électronique, est aujourd'hui candidate, et qu'un Jordan Bardella qui se voyait déjà en position semble aujourd'hui « marri ». Sur l'électorat du Rassemblement national, la députée ne mâche pas ses mots. Si une partie des électeurs est déçue par des décennies de partage du pouvoir entre partis traditionnels, elle y voit surtout un ressort raciste : « C'est quand même le déterminant principal du vote Rassemblement national », affirme-t-elle, citant en exemple le refus du parti de voter la hausse du Smic pour tous. Face au Rassemblement national, la députée revendique une ligne : « Liberté, égalité, fraternité, c'est ce qu'est la France.

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À propos

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

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