L'Atelier politique

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

  1. -1 j

    Nathalie Loiseau: «J'ai le sentiment que Mélenchon est le directeur de campagne de Marine Le Pen»

    Députée européenne Renew, ancienne ministre des Affaires européennes et porte-parole d'Édouard Philippe, Nathalie Loiseau revient sur l'attentat de Trappes et sur le climat de tension qui règne dans le pays. Elle défend aussi le réarmement européen. Invitée de l'Atelier politique, enregistrée à la veille de la mobilisation de samedi, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Trappes : une « erreur » du président Il y a huit jours, un homme a ouvert le feu à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Un jeune homme de 26 ans est mort. Cinq personnes ont été grièvement blessées, dont une fillette de douze ans, touchée par huit balles. Le parquet antiterroriste s'est saisi du dossier. L'attaque a été qualifiée d'attentat terroriste raciste. Nathalie Loiseau dit « penser tous les jours à cette enfant ». Emmanuel Macron a évoqué le premier attentat planifié visant des Français en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu'on leur donne. L'Élysée a ensuite précisé qu'il s'agissait de la couleur de peau. Nathalie Loiseau juge que le chef de l'État a commis « une erreur », rattrapée par la suite. Cette formule avait heurté des familles de victimes d'autres attentats. Pour l'eurodéputée, le choc n'est pas réservé aux proches des victimes : « On n'a pas besoin d'être d'une religion ou d'une couleur de peau pour être choqué quand on se trompe sur ce qui arrive dans notre pays. » Elle conclut : « Je revendique l'universalisme. » À lire aussiAttentat raciste en France: le tireur mis en examen et écroué Pas de nouvelle loi, pas de temps de parole supprimé Le maire de Trappes veut pénaliser la théorie du grand remplacement. L'eurodéputée ne voit pas l'utilité d'un nouvel outil juridique. « Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit », rappelle-t-elle. Ces idées, selon elle, se combattent dans le débat public et dans les urnes. Elle rejette aussi l'idée du maire de Saint-Denis de priver le Rassemblement national de temps de parole. « Commencer à vouloir interdire ses adversaires, c'est filer tout droit vers l'autoritarisme », avertit-elle. 17 octobre : un « fiasco sécuritaire » Sur les violences en marge des manifestations, elle est catégorique : « inexcusable ». Elle ne met en cause ni les forces de l'ordre ni les manifestants. Elle interroge l'État : « Comment la mairie de Limoges a-t-elle pu brûler sans intervention ? Comment des commerces ont-ils été pillés sans protection ? » Elle déplore la difficulté à mettre en place une commission d'enquête parlementaire. « On a besoin de savoir pour que ça ne se reproduise plus. » À lire aussiMobilisation du 17 octobre: près de 2400 interpellations, «ceux qui ont détruit doivent payer» assure Macron Présidentielle : l'appel à l'union Édouard Philippe recule dans les sondages. Marine Le Pen reste en tête, autour de 33%. Nathalie Loiseau y voit un risque de « duo mortifère » avec Jean-Luc Mélenchon, qu'elle décrit comme « le directeur de campagne de Marine Le Pen ». Sa réponse : l'union de la droite et du centre, jugée « urgente ». Elle estime que « trop de candidats » brouillent le message. Europe : la défense avant tout Pour l’ex-présidente de la sous-commission sécurité et défense du Parlement européen, l'attitude de Donald Trump est « la meilleure publicité pour l'autonomie stratégique ». Face à Vladimir Poutine, elle renverse l'accusation de bellicisme : « Le bellicisme, il est à l'Est. » Elle propose d'utiliser les 210 milliards d'euros d'avoirs russes gelés pour aider l'Ukraine. Elle souhaite aussi la fin de l'unanimité pour les sanctions. Pour l'envoi de troupes, en revanche, l'unanimité reste « indispensable ». Réguler les géants du numérique À ceux qui jugent l'Europe lointaine, elle cite la politique agricole commune. Elle évoque aussi la protection des enfants sur les réseaux sociaux, un chantier qu'elle estime impossible à mener à l'échelle nationale. Sa conclusion : « Les Big Tech sont plus puissantes que certains de nos États. C'est donc ensemble qu'il faut qu'on agisse. » À lire aussiSouveraineté étatique face aux géants du numérique, le bras de fer

  2. 24 oct.

    David Cormand: «Nous sommes hélas, plutôt dans un moment contre-révolutionnaire que révolutionnaire»

    Eurodéputé écologiste, David Cormand analyse les violences en marge de la mobilisation du 17 octobre et la crise démocratique qu'il y voit. Il dénonce aussi le modèle des réseaux sociaux, l'emprise des géants de l'intelligence artificielle et deux textes de la Commission européenne. Invité de l'Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Violences : comprendre sans excuser Entre 550 000 et 800 000 personnes ont défilé le 17 octobre contre la vie chère. Mais des groupes ont aussi pillé et saccagé. La mairie de Limoges a brûlé, celle de Marseille a été envahie. David Cormand condamne : « Je suis opposé à toute forme de violence. » Il y voit une pulsion d'accaparement plutôt qu'un message politique. Il demande de la fermeté, mais pas de « surréaction » dans les peines. Pour lui, ces débordements ne viennent pas de nulle part. Il met en cause dix ans de mouvements sociaux restés sans réponse. Et il cite le refus d'Emmanuel Macron de laisser sa chance au Nouveau Front populaire après les législatives de 2024. « Une stratification de rendez-vous manqués », résume-t-il. Résultat, une défiance qui nourrit les tensions. À lire aussiMairie de Limoges incendiée: ce que l'on sait du profil du suspect interpellé   Présidentielle : la crainte d'un moment « contre-révolutionnaire » David Cormand redoute une campagne ponctuée de soubresauts violents. Beaucoup d'électeurs, selon lui, ont le sentiment qu'on leur a volé des élections. Son pronostic est sombre. Face à une offre perçue comme révolutionnaire, l'extrême droite l'emporterait. « Un moment davantage contre-révolutionnaire, hélas, que révolutionnaire. » Il faut, dit-il, une transformation radicale contre les inégalités, mais dans l'apaisement. À lire aussi«La France tourne mal»: un 17 octobre marqué par une forte mobilisation sociale et des violences Réseaux sociaux : des algorithmes « toxiques par construction » Le Parlement européen a adopté le 17 septembre une résolution sur les jeunes et le numérique. David Cormand y a déposé 43 amendements. Son constat est simple. Les plateformes vivent de nos données. Les contenus problématiques génèrent le plus d'interactions. D'où des algorithmes « toxiques par construction ». Il réclame des algorithmes transparents et neutres. L'utilisateur pourrait régler lui-même ses préférences. Il veut aussi soumettre les plateformes aux obligations des éditeurs de presse. Sur l'interdiction aux moins de quinze ans, il tranche : « C'est un écran de fumée. » Les plateformes réclament ce contrôle pour s'exonérer de leurs responsabilités, avance-t-il. Intelligence artificielle : une « rupture civilisationnelle » Interrogé sur l'intelligence artificielle, il s'alarme d'un « accaparement absolu d'un pouvoir colossal aux mains de quelques entreprises ». Ces firmes captent le savoir-faire humain pour l'automatiser et le privatiser. Il redoute une perte de compétences. Il rappelle qu'on apprend encore les tables de multiplication malgré la calculette : l'enjeu est d'apprendre à raisonner. Il distingue les outils de santé, entraînés sur des données choisies, des IA génératives. Sa solution : des protocoles de conformité aux droits humains, sous peine de sanctions économiques ou d'exclusion du marché européen. Bruxelles : pesticides et « 28è régime » L'eurodéputé s'oppose au paquet « omnibus » sur les pesticides. Il y voit une autorisation sans limite de durée ni réévaluation. « La loi Duplomb au cube », lâche-t-il. Il réclame une étude d'impact sanitaire avant le vote, attendu en novembre ou décembre. Il combat aussi le « 28è régime » pour les entreprises. Il craint un nouveau mécanisme à la Bolkestein, au détriment des droits sociaux collectifs. Les lobbies, conclut-il, « c’est comme les vampires, pour leur faire peur, il faut mettre la lumière dessus » À lire aussiPrès de la moitié des agriculteurs dans le monde contaminés aux pesticides   À lire aussiPétition contre la loi Duplomb: un débat inédit s'est tenu dans une Assemblée nationale divisée

  3. 17 oct.

    Gabrielle Cathala: «C’est ce pouvoir qui nuit aux étudiants»

    Députée La France insoumise du Val-d’Oise, Gabrielle Cathala appelle à poursuivre la mobilisation des lycéens et des étudiants et dénonce la répression policière. Elle explique aussi l’abstention de son groupe sur la loi intégrale contre les violences sexuelles et conteste la portée de la primaire remportée par Raphaël Glucksmann. Invitée de L’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Mobilisation lycéenne : « La lutte doit continuer » Le mouvement pénalise-t-il les étudiants qui veulent suivre leurs cours ? La députée retourne l’argument. « Il ne faut pas inverser les responsabilités », répond-elle. Pour elle, « c’est ce pouvoir qui paupérise les étudiants », fait flamber les loyers et les a triés par algorithme avec Parcoursup. Elle juge les revendications des lycéens « totalement légitimes » : bâti scolaire, enseignants, personnels de santé, abrogation de Parcoursup, fin de la répression. Elle reproche au gouvernement de ne pas écouter et qualifie d’« arnaque » les 3 000 postes de remplaçants annoncés par Sébastien Lecornu, alors que le budget 2027 prévoit la suppression de 1 588 postes d’enseignants. À ceux qui veulent reprendre les cours, elle assure que « les autres luttent dans leur intérêt ». Répression : « Des gardes à vue arbitraires » Interrogée sur son tweet évoquant des « enfants » en garde à vue, elle maintient le mot. « Bien sûr que ce sont des enfants », tranche-t-elle : ils ont moins de 18 ans. Sa lecture est sans nuance : une répression « plus violente que celle qui s’est abattue sur les gilets jaunes ». Les chiffres, selon elle, parlent d’eux-mêmes. Près de 7 000 gardes à vue, dont « à peine un tiers », débouchent sur des poursuites. Conclusion : « Des gardes à vue arbitraires, préventives pour effrayer ». Elle réclame la démission du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et du ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Relancée sur les quelque 760 policiers et gendarmes blessés, elle dit ne pas avoir « vu le détail » de ces blessures et refuse de mettre toutes les violences sur le même plan. Les dégradations ? Elle reprend la formule d’une grand-mère croisée en manifestation : « Les poubelles qui brûlent, ça n’intéresse que les ordures. » Quant au racisme dans la police, elle affirme qu'il existe un « racisme systémique » : une institution « qui le permet et qui ne fait rien pour l’éradiquer ». Loi intégrale : « On doit la vérité aux gens » Le 13 octobre, tous les groupes ont voté la loi intégrale contre les violences sexuelles. La France insoumise s’est abstenue. Pour Gabrielle Cathala, le texte « n’a d’intégrale que le nom ». Elle rappelle que le texte, tel que voté en commission, permettait aux étrangères sans papiers victimes de violences sexuelles d’échapper à une expulsion, si elles portaient plainte ou prouvaient les faits. Ces dispositions ont été supprimées en séance « avec les voix de l’extrême droite », du RN, de l’UDR, des LR et du bloc central. Aucun budget n’accompagne le texte. Présidentielle : Glucksmann, « plus rien de gauche » Gabrielle Cathala conteste la portée de la victoire de Raphaël Glucksmann, avec 66,6 % des voix, à la primaire de son camp. Ce n’est pas la primaire de la gauche, mais celle « du PS et de Place publique sans les écolos, les communistes et les insoumis ». Un score écrasant, selon elle, sur « un nombre dérisoire de votants ». À l’inverse, elle met en avant son candidat, parrainé par plus de 420 000 personnes, et sa convention du 5 novembre au Bourget. Quant à ceux qui « passent leur temps à cracher sur les autres pour exister », la réponse est claire : « Ça ne nous intéresse pas. »

  4. 10 oct.

    Guillaume Bigot : «La première chose à faire, c’est rétablir l’ordre»

    Alors que le blocage des lycées et des universités prend de l’ampleur, le député Rassemblement National du Territoire de Belfort Guillaume Bigot livre sa lecture du mouvement. Invité de l’Atelier politique, l’élu aborde aussi les accusations visant Jordan Bardella, la crise iranienne et le plan d’économies de son parti. Il répond aux questions de Frédéric Rivière. Mai 68 ? « Les données du problème étaient très différentes » Interrogé sur le parallèle avec Mai 68, Guillaume Bigot l’écarte. À l’époque, la croissance était forte, les étudiants privilégiés et une doctrine structurait la révolte. Aujourd’hui, la France « se paupérise massivement ». Les parents pensaient que leurs enfants vivraient mieux qu’eux. « C’est une certitude que leurs enfants vivront moins bien pour l’instant », affirme-t-il. Il décrit un mélange idéologique, entre nostalgie de la Terreur, culture insurrectionnelle de Jean-Luc Mélenchon, islamisme, wokisme et écologisme extrême : « un gloubi-boulga idéologique », devenu « un précipité assez violent ». Relancé sur les propos de Donald Trump, qui impute les troubles à l’immigration et à l’islam, il se démarque : « Ses avis sur ce qui se passe en France, il peut les garder. » Il y voit pourtant une composante du malaise, tout en convenant que le mouvement « ne se réduit ni à l’immigration, ni à l’islamisme ». Violence et ordre public : « la séquence suivante est pire » Un sondage donne 62% de soutien au mouvement. Guillaume Bigot en cite un autre, à 67%. Il y lit un malaise réel dans l’Éducation nationale, avec une « démonétisation des diplômes », mais aussi une condamnation massive de la violence. Proviseur aspergé d’essence, établissements incendiés, 700 membres des forces de l’ordre blessés selon lui : « La première chose à faire, c’est rétablir l’ordre. » Il juge le gouvernement, et plus largement « un système démagogique », hors d’état d’y parvenir. Et prévient : « à chaque fois la séquence suivante est pire ». Il accuse La France insoumise d’un « flirt avec la violence » : « On met le feu d’abord et ensuite on feint de l’éteindre. » Jean-Luc Mélenchon y verrait un « moment insurrectionnel » et, si le calme revient, « une sorte de bande-annonce » en vue de la présidentielle. Affaire Bardella : « Les innocents se défendent très mal » Mediapart a publié des révélations sur des propos antisémites qu’aurait tenus Jordan Bardella à 16 ou 17 ans. Le président du Rassemblement national a saisi la justice et conteste ces accusations. Guillaume Bigot invoque la présomption d’innocence et dit n’avoir aucun doute. Il estime qu’on ne peut prouver que Jordan Bardella soit l’auteur de ces messages et met en cause l’objectivité de Mediapart, qu’il juge « ultra militant ». Relancé sur son ancien assistant parlementaire, écarté après la ressortie de messages controversés, il explique l’avoir averti qu’une récidive entraînerait son départ immédiat. Pour lui, le RN a fait son ménage : « Les innocents se défendent très mal. » Iran : la France en « honnête broker » ? Le détroit d’Ormuz a, selon Guillaume Bigot, « toujours été sous contrôle iranien ». L’opération israélo-américaine, juge-t-il, a échoué pour l’instant, et la négociation devient inévitable : « C’est mathématique. » Il estime que Téhéran peut voir dans l’arme nucléaire sa « seule assurance vie ». Pour y répondre, il souhaite que la France joue le rôle de Bismarck au congrès de Berlin, celui d’intermédiaire, sans devenir partie prenante. Budget : 140 milliards d’économies Marine Le Pen annonce 140 milliards d’euros d’économies sur cinq ans et une règle d’or constitutionnelle. Des économistes doutent qu’on puisse à la fois réduire la dépense et baisser les impôts. Ancien chef d’entreprise, Guillaume Bigot reconnaît « une matière très complexe » : les collectivités et le secteur social échappent à la main de l’État, et les coupes réduisent aussi les recettes. L’objectif reste de ramener le déficit de 5% à 3% en cinq ans. Son mot d’ordre : « stopper la saignée budgétaire ».

  5. 3 oct.

    Henri Guaino : «Nous sommes dans l’engrenage de la guerre»

    Ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et ancien député des Yvelines, Henri Guaino réagit à l’affaire Bardella, s’inquiète de l’escalade en Ukraine et redoute la prolifération nucléaire. Invité de l’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Affaire Bardella : le poids de la jeunesse Mediapart attribue à Jordan Bardella des propos antisémites écrits en 2013, à 17 ou 18 ans. « Je ne sais pas s’il est coupable ou innocent », répond Henri Guaino. Mais « quand bien même ce serait vrai, il avait 17 ans ». Il cite Daniel Cordier, ancien camelot du roi, l'organisation de jeunesse et la branche militante de l'Action française, devenu secrétaire de Jean Moulin, qui garda de sa jeunesse « un remords extrêmement profond ». Jordan Bardella, lui, n’a rien reconnu. « Le problème n’est pas de s’excuser, mais de reconnaître et de montrer qu’on a changé », insiste l’invité.  Ukraine : une guerre prise dans l’engrenage La Russie a repris ses frappes massives sur Kiev. Pour Henri Guaino, la guerre, « violence suprême », obéit à une logique d’engrenage. « Les lignes rouges, on ne les connaît qu’une fois franchies. » Il observe que les Ukrainiens, aidés des Occidentaux, frappent loin en territoire russe. Une superpuissance nucléaire est bombardée chaque jour, jusque dans sa capitale. « Qu’est-ce qui va rester de la dissuasion nucléaire ? », s’interroge-t-il. Qui a commencé ? La question ne l’intéresse pas. « L’important est de savoir où l’engrenage dans lequel nous sommes engagés nous mène. » Il se dit « effaré par la simplification moralisatrice » et rappelle les racines historiques profondes de la région, même si l’Ukraine est aujourd’hui un pays à part entière. Sa voie : négocier, comme Kennedy après la crise de Cuba. Il récuse le réflexe de Munich : « Chaque fois qu’on a un adversaire ou un ennemi, on dit : c’est Hitler. Et si on ne combat pas, c’est Munich. » Il suggère de conditionner l’aide à l’ouverture de discussions. Et il prévient : « L’Ukraine va perdre une partie de son territoire. C’est un fait. » Si la Russie perdait, demande-t-il, « qui à la place ? Je refuse de renoncer à la complexité du problème. » Iran : « Nous venons de changer d’ère » Le nucléaire iranien est passé au second plan, derrière le détroit d’Ormuz et la flambée des carburants. Pourtant, personne ne sait comment empêcher Téhéran de poursuivre son programme. L’accord abandonné par Donald Trump n’était « pas si mauvais que ça », estime Henri Guaino : il prévoyait des inspections. Et la force ? Elle ne lui paraît pas une issue. « On ne sait pas comment renverser le régime, on ne sait pas comment envahir le pays. » Il voit surtout le monde basculer dans une nouvelle ère de dissuasion. « Vous croyez que la Turquie va rester longtemps sans armes nucléaires ? » La prolifération, avertit-il, concernera aussi l’Égypte. Sa règle : les grands principes, plus la morale des conséquences. « Si vous enlevez la morale des conséquences, alors vous êtes fou et dangereux. » Dette : « le contraire » de ce qu’on fait Le taux des emprunts français à dix ans atteint 4,48%, la dette 119% du PIB et les intérêts, environ 64 milliards d’euros en 2026, forment le premier poste de dépenses de l’État. Le prochain président aura-t-il une marge de manœuvre ? « S’il considère qu’il n’y en a pas, le mieux, c’est de ne pas se présenter. » Pour Henri Guaino, ce sont les désordres de l’économie qui dérèglent les finances publiques. « Il n’y a pas plus bête comme formule que remettre de l’ordre dans les finances publiques pour remettre de l’ordre dans l’économie, c’est le contraire. »

  6. 26 sept.

    Arnaud Le Gall : «Nous sommes face à une militarisation des compétitions commerciales»

    Député La France insoumise de la neuvième circonscription du Val-d'Oise, membre de la Commission des affaires étrangères et président du Groupe d'amitié France-Liban, Arnaud Le Gall est l'invité de L'Atelier politique. Envoi de moyens militaires français en Arabie saoudite, guerre en Ukraine et recomposition de l'ordre mondial, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Une opération militaire contestée en Arabie saoudite Emmanuel Macron a annoncé l'envoi de militaires français pour protéger un site énergétique en Arabie saoudite, une décision présentée comme devant contribuer à augmenter la quantité de pétrole disponible sur le marché. Arnaud Le Gall n'y croit pas. « Il n'a aucune garantie que ça augmentera quoi que ce soit », estime-t-il, rappelant la menace permanente qui pèse sur les convois en mer Rouge. Il dénonce surtout une méthode. Le président avait déjà annoncé, en février 2024, l'envoi possible de troupes au sol en Ukraine. « Qu'est-ce qui se passe s'il y a un missile iranien qui tombe et qui tue nos soldats ? », interroge-t-il, redoutant un engrenage. La France n'a par ailleurs aucun accord d'assistance mutuelle automatique avec l'Arabie saoudite. Pour le député, cette décision aurait dû être débattue au Parlement, avec un vote au titre de l'article 35 de la Constitution. Il cite les dix ans d'engagement français au Sahel, avec 5 000 hommes, pour un seul vote parlementaire sur la période. « La guerre, ce n'est pas juste les désidératas du chef », résume-t-il. Ukraine : « Il n'y aura pas de solution militaire » Sur la Russie, dont Emmanuel Macron a jugé crédible une nouvelle mobilisation de 300 000 soldats, Arnaud Le Gall se montre circonspect. Après quatre ans de guerre en Ukraine, juge-t-il, l'armée russe reste très affaiblie et n'est pas en mesure d'attaquer le territoire de l'Union européenne par des moyens conventionnels. Il distingue ce risque des attaques hybrides, comme celles survenues en Allemagne, qu'il juge « pas acceptables ». Il retient en revanche une proposition de Macron : un moratoire sur les frappes visant les sites énergétiques, côté ukrainien comme russe. La Russie l'a refusé, estimant qu'il profiterait aux Occidentaux pour se réarmer. Pour Arnaud Le Gall, la situation est bloquée : « Il n'y aura pas de solution militaire à cette guerre », affirme-t-il, tout en réaffirmant que son mouvement a « dénoncé l'invasion de l'Ukraine par la Russie » dès le début. Il regrette que la France n'ait pas davantage utilisé son rôle historique de « puissance d'équilibre » et son siège à l'ONU, et juge la diplomatie française illisible sur ce dossier. Un monde en recomposition Pour Arnaud Le Gall, ces conflits s'inscrivent dans un basculement plus large : la fin de la mondialisation néolibérale des années 1990-2000, contestée depuis les années 2010 par les puissances émergentes, notamment les BRICS. Cette recomposition se traduit selon lui par une militarisation des compétitions commerciales et une lutte pour le contrôle des ressources, dont la guerre en Iran serait une illustration. Il cite la doctrine de sécurité nationale américaine, publiée en décembre, qui revendiquerait l'ensemble de l'hémisphère occidental, ainsi qu'une carte diffusée par Donald Trump sur laquelle des îles françaises apparaissaient sous drapeau américain, un épisode qu'il juge « nacceptable » et qui, selon lui, n'a pas suscité assez de réaction officielle côté français. Face à cela, Arnaud Le Gall défend le retour au droit international et le rôle de l'ONU, ainsi qu'une politique de non-alignement. Pouvoir d'achat : « Qui propose autre chose ? » Interrogé sur le risque que son mouvement consacre trop d'énergie aux enjeux géopolitiques au détriment des difficultés matérielles des Français, ce qui alimenterait le vote Rassemblement national, Arnaud Le Gall conteste ce diagnostic. Il assure que les prises de parole de La France insoumise concernent aussi bien les enjeux internationaux que le quotidien des Français, citant en exemple sa proposition de plafonner les marges des raffineurs pour ramener le prix de l'essence à 1,70 euro le litre. « Qui propose autre chose ? », lance-t-il, avant de rappeler que la France partage sa plus longue frontière terrestre avec le Brésil, en Guyane. « Les affaires du monde sont nos affaires à tous. » Le cas Pigasse : « Ça ne correspond pas à ma morale » Le canard enchaîné a révélé que l’ancien banquier Matthieu Pigasse, aujourd'hui proche de La France insoumise, a passé 19 nuits cet été dans une villa de l'île Moustique, aux Caraïbes, pour un séjour estimé à 434 000 euros. Interrogé sur cet épisode, Matthieu Pigasse avait répondu qu'être de gauche n'était pas faire vœu de pauvreté, après avoir affirmé, quelques semaines plus tôt, qu'on ne juge pas les gens par leur fortune mais par l'usage qu'ils en font. « Ça ne correspond pas à ma morale », répond Arnaud Le Gall, interrogé à titre personnel. Il admet que ce train de vie « peut paraître indécent », mais tempère aussitôt : selon lui, Matthieu Pigasse ne parle pas seulement de vacances lorsqu'il évoque l'usage de son argent, mais aussi de ses investissements dans les médias, citant Radio Nova comme l'un des rares espaces où peuvent encore s'exprimer des voix censurées ailleurs. Relancé sur un parallèle entre Matthieu Pigasse à gauche et Vincent Bolloré à droite, Arnaud Le Gall l'assume : « Ah oui, ça, pour le coup, oui, et il l'assume. »

  7. 19 sept.

    Fatiha Keloua-Hachi : «La France Insoumise n’est pas un ennemi, pas même un adversaire»

    Députée socialiste de la huitième circonscription de Seine-Saint-Denis et ancienne professeure de lettres pendant près de trente ans, Fatiha Keloua-Hachi revient sur la primaire à venir du Parti socialiste, la suspension du député Philippe Brun et son combat contre les violences scolaires. Invitée de l'Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une primaire, un outil démocratique à saisir Alors que plusieurs candidatures s'affrontent déjà à gauche, le Parti socialiste s'apprête à organiser une primaire pour la présidentielle de 2027. Fatiha Keloua-Hachi ne cache pas son enthousiasme. « Je crois en la démocratie et je crois au débat démocratique. Il n'y a pas plus merveilleux que des gens qui s'affrontent sur des idées », affirme-t-elle. Dans sa ville de Rosny-sous-Bois, un débat de la primaire sera organisé pour toute la Seine-saint-Denis. Sur le principe même des primaires, apparues il y a une quinzaine d'années, elle distingue deux plans. « Si on se place du côté des électeurs, je pense que c'est une bonne chose. J'ai vu de l'enthousiasme dans les primaires précédentes », note-t-elle. Sur la fabrique interne du candidat, en revanche, elle se montre plus réservée : « Là, franchement, je suis plus mesurée. Je ne suis pas contre la primaire, je ne suis pas pour la primaire, mais c'est un outil démocratique, il faut s'en saisir. » Philippe Brun écarté : « Je ne présume absolument pas de sa culpabilité » Annoncé parmi les candidats à la primaire, le député socialiste Philippe Brun a finalement été écarté quelques minutes avant la date limite de déclaration, en raison d'accusations portées par une ancienne collaboratrice. Il conteste ces accusations et affirme avoir appris sa suspension « avec stupeur ». Fatiha Keloua-Hachi défend le choix du parti en le comparant à une pratique de l'Éducation nationale. « On a une mesure conservatoire d'éviction d'une personne accusée. C'est important d'avoir ces mesures, ça ne préjuge absolument pas de la culpabilité de la personne », explique-t-elle. Elle y voit aussi un signal politique : « Pour le Parti socialiste, ça veut dire quelque chose clairement de notre position féministe. Une femme dénonce, on prend en compte cette dénonciation. » Sur le fond du dossier, la députée dit ne pas le maîtriser et se refuse à tout jugement sur son collègue, qu'elle dit bien connaître. « Il va trouver, je pense, ses moyens d'expliquer et d'expliciter. Mais en attendant, je pense que le parti a bien fait », conclut-elle. Face à La France insoumise : « Ce ne sont pas du tout mes ennemis » Alors que Jean-Luc Mélenchon écarte toute idée de primaire à gauche, Fatiha Keloua-Hachi refuse de désigner La France insoumise comme un adversaire. « Ma vie, je l'engage contre le Rassemblement national et contre l'extrême droite. Tout le reste, tous les autres, pour moi, ce ne sont pas du tout mes ennemis, même pas mes adversaires. Je peux travailler avec absolument tout le monde », affirme-t-elle, rappelant qu'à l'Assemblée nationale, socialistes et insoumis votent souvent les mêmes textes. Elle formule toutefois une réserve claire sur le fonctionnement du mouvement mélenchoniste. « J'ai du mal avec le fait que le candidat ne soit pas désigné démocratiquement », affirme-t-elle, tout en refusant de « diaboliser » La France insoumise. « Il y a un problème démocratique à la France insoumise et ils doivent s'en rendre compte, et même le dénoncer eux-mêmes. » De la précarité étudiante aux violences scolaires Défendue par Fatiha Keloua-Hachi, la proposition de loi sur le repas à 1 € pour les étudiants, rejetée une première fois puis adoptée en 2024, reste selon elle inachevée. « Je suis très fière du repas à 1 €, mais il y a un goût d'inachevé, parce qu'il y a un autre angle de la précarité étudiante qui est énorme : le logement », précise-t-elle. Ancienne présidente, en 2025, de la commission d'enquête sur le contrôle de l'État et la prévention des violences dans les établissements scolaires, ouverte après les révélations sur Notre-Dame de Bétharram, elle reçoit encore « une dizaine de témoignages par semaine » et transmet chaque semaine plusieurs signalements à la justice au titre de l'article 40. Elle pointe un manquement précis de l'Éducation nationale : « Lorsqu'un enseignant est en mesure conservatoire, il ne devrait pas pouvoir enseigner dans une autre académie. Or, on a vu que ça a été le cas très souvent. Il y a des agresseurs en série qui vont d'un établissement à l'autre. » Elle dénonce également l'absence de contrôle dans le privé : « Il y a un gros sujet sur les inspections des établissements privés. » Logement : le désaccord avec le Rassemblement national Lors de sa rentrée à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a proposé de réserver le logement social et les aides au logement aux Français et d'abroger la loi SRU, qui impose un quota de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants. Pour Fatiha Keloua-Hachi, ce thème prospère sur un terrain bien réel. « Il n'y a pas de logement en France, il y a très peu de construction. La France s'est paupérisée », observe-t-elle, citant l'exemple de professeurs incapables de payer la cantine de leurs enfants. Mais sur la loi SRU elle-même, la députée dit ne plus suivre le Rassemblement national. « En Seine-saint-Denis, on a des communes qui ne construisent pas de logements sociaux et qui préfèrent payer des pénalités plutôt que de construire, alors qu'il y a un besoin énorme. Il va falloir qu'elle s'explique : sans la loi SRU, beaucoup de communes ne construiront plus rien du tout », prévient-elle. Interrogée pour finir sur le second tour de la présidentielle, Fatiha Keloua-Hachi ne s'aventure guère au-delà d'un pronostic prudent : un « homme de gauche » face à un adversaire encore incertain. Et l'autre pourrait être une femme ? « Peut-être », glisse-t-elle.

  8. 12 sept.

    Pierre-Henri Dumont : «Jordan Bardella se fait avoir par un pitre comme Monsieur Farage»

    Ancien député Les Républicains du Pas-de-Calais et maire de Marcq, dans le Calaisis, Pierre-Henri Dumont a été nommé, il y a quelques jours, porte-parole national de la campagne présidentielle de Bruno Retailleau. Invité de l'Atelier politique, il détaille les priorités de cette candidature et revient sur l'accord signé par le Rassemblement national avec Nigel Farage au sujet de l'immigration à Calais. Il répond aux questions de Frédéric Rivière. Porte-parole de Bruno Retailleau : une campagne de terrain Ils sont huit porte-parole nationaux, épaulés par un coordinateur, à se répartir la parole du candidat Les Républicains. « Notre mission, c'est de faire en sorte que le bulletin Bruno Retailleau, qui sera présent au premier tour de l'élection présidentielle, soit aussi présent au deuxième tour », résume Pierre-Henri Dumont. Chacun intervient selon son domaine de compétence et sa région : lui se concentre sur les Hauts-de-France, les questions migratoires et les enjeux internationaux. Le rôle ne se limite pas à défendre une ligne face aux médias. « On est vraiment là non pas pour inventer quoi que ce soit, mais pour porter la parole, faire remonter aussi les difficultés qu'on rencontre dans nos territoires », précise-t-il. Il n'était pourtant pas acquis à la cause de Bruno Retailleau lors de l'élection interne du parti, où il soutenait Aurélien Pradié. « J'ai découvert quelqu'un qui passe beaucoup de temps à écouter et non pas à essayer de nous convaincre », explique-t-il désormais. Sur la place de Bruno Retailleau dans les enquêtes d'opinion, derrière d'autres candidats de droite et du centre droit, Pierre-Henri Dumont refuse de parler de difficulté. « La campagne présidentielle n'est pas encore totalement lancée » pour les Français, estime-t-il, qui préfèrent aux débats de positionnement les questions concrètes de pouvoir d'achat, à l'image de la hausse du prix de l'essence. Il situe d'ailleurs les intentions de vote actuelles dans la continuité des européennes de 2024. Sa stratégie : multiplier les propositions, sur l'école comme sur le travail, pour permettre aux actifs de gagner l'équivalent d'un treizième mois grâce à une baisse des cotisations, et redresser un niveau scolaire jugé « absolument dévastateur » depuis le classement PISA. Réforme de la Constitution : « censurer les censeurs » Le candidat Les Républicains défend un projet de réforme constitutionnelle destiné, selon son porte-parole, à redonner le dernier mot aux citoyens. Le texte prévoit un recours accru au référendum et un mécanisme permettant, en cas de censure d'une loi par le Conseil constitutionnel, de saisir les Français afin de la faire malgré tout appliquer. « Le Conseil constitutionnel n'a pas à créer sa propre jurisprudence et à façonner le droit », justifie Pierre-Henri Dumont, pour qui les ajustements dépendraient de l'ampleur de la censure prononcée. Il inscrit cette proposition dans l'héritage gaulliste, citant le fondateur de la Vè République : « Le juge suprême dans une République en France, c'est le peuple », et il n'y a rien que le Conseil constitutionnel décide qui ne puisse être changé par la volonté populaire. Retraites et rigueur budgétaire : vers la capitalisation obligatoire Sur le terrain budgétaire, Pierre-Henri Dumont ne cache pas l'ampleur de l'effort qu'il juge nécessaire. Les dépenses sociales, retraites en tête, représentent plus de 14% du PIB français. « On ne pourra pas échapper à une réforme des retraites », prévient-il, en annonçant d'ores et déjà deux orientations : indexer individuellement l'âge de départ sur l'espérance de vie, avec une forte prise en compte de la pénibilité, et instaurer une part de capitalisation obligatoire. Le raisonnement s'appuie, selon lui, sur un constat démographique : le système par répartition a été conçu pour quatre actifs par retraité, avec une espérance de vie à la retraite de cinq ans. « Aujourd'hui, on est à 1,6 actif pour un retraité et le retraité meurt au bout de 20 ou 25 ans », souligne-t-il. Une base de répartition serait toutefois maintenue, notamment pour couvrir le minimum vieillesse. Concernant l'effort demandé aux plus fortunés, Pierre-Henri Dumont rappelle que « 40% de l'impôt sur le revenu est payé par une toute petite minorité, moins de 1% des foyers fiscaux ». Selon lui, la priorité reste la baisse de la dépense publique avant toute création d'impôt nouveau : il cite les milliards ajoutés au budget de l'Éducation nationale sous le précédent quinquennat, en grande partie absorbés par les pensions des enseignants retraités plutôt que par la revalorisation de ceux en poste. L'accord Bardella-Farage à Calais : « une atteinte grave à la souveraineté » L'élu du Pas-de-Calais dénonce l'accord conclu entre le Rassemblement national et le dirigeant britannique Nigel Farage, qu'il détaille en trois points. D'abord, l'engagement de Jordan Bardella, en cas de victoire de Marine Le Pen, de reprendre en France les migrants ayant traversé la Manche en small boats depuis le territoire français, environ 200 000 personnes depuis 2018, très majoritairement originaires d'Érythrée, de Somalie, d'Afghanistan, d'Iran et d'Irak, et donc difficilement expulsables. Ensuite, un volet financier : la sécurisation de la frontière est aujourd'hui intégralement financée par le Royaume-Uni via le fonds Sandhurst. Une renégociation « équitable », comme l'évoque l'accord, reviendrait selon lui à faire payer, pour tout ou partie, la France à la place des Britanniques. Enfin, le mémorandum prévoirait une multiplication des « contrôles juxtaposés » hérités des accords du Touquet, ce qui autoriserait des policiers britanniques à patrouiller le long des côtes françaises. « C'est une atteinte grave à la souveraineté », affirme Pierre-Henri Dumont, qui rappelle au passage que Calais n'est redevenue française qu'en 1558, sous l'action du duc de Guise. Sa conclusion est cinglante : « Il se fait avoir par un pitre comme Monsieur Farage. » Pour Pierre-Henri Dumont, la réponse au défi migratoire ne se joue de toute façon pas à Calais, où « c'est trop tard ». Il défend une étanchéité des frontières extérieures de l'Union européenne, via le règlement retour, promu par Bruno Retailleau lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, complétée si besoin par un rétablissement des contrôles aux frontières nationales. Allemagne et Tour Eiffel : deux signaux d'alerte Interrogé sur la victoire historique de l'AFD en Saxe-Anhalt, avec 43,8% des voix, Pierre-Henri Dumont y voit d'abord une sanction de la pratique de la « grande coalition » allemande, où conservateurs et sociaux-démocrates gouvernent quel que soit le résultat des urnes. Il établit un parallèle avec la France : recréer un centre indifférencié entre Les Républicains et le camp présidentiel reviendrait, selon lui, à nourrir mécaniquement le Rassemblement national et La France insoumise. Sur l'épisode de la Tour Eiffel, où des salariées ont été écartées lors de la visite d'une délégation religieuse hindoue, il parle d'un « dysfonctionnement majeur » qui dépasse le simple incident. « Quand on vient en France, on doit s'adapter à ces règles et ces normes, respecter la laïcité, respecter le fait de l'égalité entre les hommes et les femmes et ne pas nous imposer ses préceptes religieux. »

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À propos

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

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