Ancien député Les Républicains du Pas-de-Calais et maire de Marcq, dans le Calaisis, Pierre-Henri Dumont a été nommé, il y a quelques jours, porte-parole national de la campagne présidentielle de Bruno Retailleau. Invité de l'Atelier politique, il détaille les priorités de cette candidature et revient sur l'accord signé par le Rassemblement national avec Nigel Farage au sujet de l'immigration à Calais. Il répond aux questions de Frédéric Rivière. Porte-parole de Bruno Retailleau : une campagne de terrain Ils sont huit porte-parole nationaux, épaulés par un coordinateur, à se répartir la parole du candidat Les Républicains. « Notre mission, c'est de faire en sorte que le bulletin Bruno Retailleau, qui sera présent au premier tour de l'élection présidentielle, soit aussi présent au deuxième tour », résume Pierre-Henri Dumont. Chacun intervient selon son domaine de compétence et sa région : lui se concentre sur les Hauts-de-France, les questions migratoires et les enjeux internationaux. Le rôle ne se limite pas à défendre une ligne face aux médias. « On est vraiment là non pas pour inventer quoi que ce soit, mais pour porter la parole, faire remonter aussi les difficultés qu'on rencontre dans nos territoires », précise-t-il. Il n'était pourtant pas acquis à la cause de Bruno Retailleau lors de l'élection interne du parti, où il soutenait Aurélien Pradié. « J'ai découvert quelqu'un qui passe beaucoup de temps à écouter et non pas à essayer de nous convaincre », explique-t-il désormais. Sur la place de Bruno Retailleau dans les enquêtes d'opinion, derrière d'autres candidats de droite et du centre droit, Pierre-Henri Dumont refuse de parler de difficulté. « La campagne présidentielle n'est pas encore totalement lancée » pour les Français, estime-t-il, qui préfèrent aux débats de positionnement les questions concrètes de pouvoir d'achat, à l'image de la hausse du prix de l'essence. Il situe d'ailleurs les intentions de vote actuelles dans la continuité des européennes de 2024. Sa stratégie : multiplier les propositions, sur l'école comme sur le travail, pour permettre aux actifs de gagner l'équivalent d'un treizième mois grâce à une baisse des cotisations, et redresser un niveau scolaire jugé « absolument dévastateur » depuis le classement PISA. Réforme de la Constitution : « censurer les censeurs » Le candidat Les Républicains défend un projet de réforme constitutionnelle destiné, selon son porte-parole, à redonner le dernier mot aux citoyens. Le texte prévoit un recours accru au référendum et un mécanisme permettant, en cas de censure d'une loi par le Conseil constitutionnel, de saisir les Français afin de la faire malgré tout appliquer. « Le Conseil constitutionnel n'a pas à créer sa propre jurisprudence et à façonner le droit », justifie Pierre-Henri Dumont, pour qui les ajustements dépendraient de l'ampleur de la censure prononcée. Il inscrit cette proposition dans l'héritage gaulliste, citant le fondateur de la Vè République : « Le juge suprême dans une République en France, c'est le peuple », et il n'y a rien que le Conseil constitutionnel décide qui ne puisse être changé par la volonté populaire. Retraites et rigueur budgétaire : vers la capitalisation obligatoire Sur le terrain budgétaire, Pierre-Henri Dumont ne cache pas l'ampleur de l'effort qu'il juge nécessaire. Les dépenses sociales, retraites en tête, représentent plus de 14% du PIB français. « On ne pourra pas échapper à une réforme des retraites », prévient-il, en annonçant d'ores et déjà deux orientations : indexer individuellement l'âge de départ sur l'espérance de vie, avec une forte prise en compte de la pénibilité, et instaurer une part de capitalisation obligatoire. Le raisonnement s'appuie, selon lui, sur un constat démographique : le système par répartition a été conçu pour quatre actifs par retraité, avec une espérance de vie à la retraite de cinq ans. « Aujourd'hui, on est à 1,6 actif pour un retraité et le retraité meurt au bout de 20 ou 25 ans », souligne-t-il. Une base de répartition serait toutefois maintenue, notamment pour couvrir le minimum vieillesse. Concernant l'effort demandé aux plus fortunés, Pierre-Henri Dumont rappelle que « 40% de l'impôt sur le revenu est payé par une toute petite minorité, moins de 1% des foyers fiscaux ». Selon lui, la priorité reste la baisse de la dépense publique avant toute création d'impôt nouveau : il cite les milliards ajoutés au budget de l'Éducation nationale sous le précédent quinquennat, en grande partie absorbés par les pensions des enseignants retraités plutôt que par la revalorisation de ceux en poste. L'accord Bardella-Farage à Calais : « une atteinte grave à la souveraineté » L'élu du Pas-de-Calais dénonce l'accord conclu entre le Rassemblement national et le dirigeant britannique Nigel Farage, qu'il détaille en trois points. D'abord, l'engagement de Jordan Bardella, en cas de victoire de Marine Le Pen, de reprendre en France les migrants ayant traversé la Manche en small boats depuis le territoire français, environ 200 000 personnes depuis 2018, très majoritairement originaires d'Érythrée, de Somalie, d'Afghanistan, d'Iran et d'Irak, et donc difficilement expulsables. Ensuite, un volet financier : la sécurisation de la frontière est aujourd'hui intégralement financée par le Royaume-Uni via le fonds Sandhurst. Une renégociation « équitable », comme l'évoque l'accord, reviendrait selon lui à faire payer, pour tout ou partie, la France à la place des Britanniques. Enfin, le mémorandum prévoirait une multiplication des « contrôles juxtaposés » hérités des accords du Touquet, ce qui autoriserait des policiers britanniques à patrouiller le long des côtes françaises. « C'est une atteinte grave à la souveraineté », affirme Pierre-Henri Dumont, qui rappelle au passage que Calais n'est redevenue française qu'en 1558, sous l'action du duc de Guise. Sa conclusion est cinglante : « Il se fait avoir par un pitre comme Monsieur Farage. » Pour Pierre-Henri Dumont, la réponse au défi migratoire ne se joue de toute façon pas à Calais, où « c'est trop tard ». Il défend une étanchéité des frontières extérieures de l'Union européenne, via le règlement retour, promu par Bruno Retailleau lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, complétée si besoin par un rétablissement des contrôles aux frontières nationales. Allemagne et Tour Eiffel : deux signaux d'alerte Interrogé sur la victoire historique de l'AFD en Saxe-Anhalt, avec 43,8% des voix, Pierre-Henri Dumont y voit d'abord une sanction de la pratique de la « grande coalition » allemande, où conservateurs et sociaux-démocrates gouvernent quel que soit le résultat des urnes. Il établit un parallèle avec la France : recréer un centre indifférencié entre Les Républicains et le camp présidentiel reviendrait, selon lui, à nourrir mécaniquement le Rassemblement national et La France insoumise. Sur l'épisode de la Tour Eiffel, où des salariées ont été écartées lors de la visite d'une délégation religieuse hindoue, il parle d'un « dysfonctionnement majeur » qui dépasse le simple incident. « Quand on vient en France, on doit s'adapter à ces règles et ces normes, respecter la laïcité, respecter le fait de l'égalité entre les hommes et les femmes et ne pas nous imposer ses préceptes religieux. »