Cinéastes d’Afrique

Plongez dans l’histoire du cinéma africain avec ce podcast réalisé en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français. À travers des interviews, archives, regards d'experts et extraits de films restaurés par la Cinémathèque Afrique, partez à la rencontre des cinéastes africains pionniers qui ont posé les bases d’un 7ᵉ art engagé, audacieux et profondément enraciné dans les réalités du continent. Une série pour (re)découvrir les figures fondatrices, et mieux comprendre l’évolution du cinéma africain d’hier à aujourd’hui. Chaque épisode est raconté par une personnalité issue du monde de la culture.

Épisodes

  1. -3 j

    6. Djibril Diop Mambéty, le cinéaste des petites gens

    Le Franc et La Petite vendeuse de soleil sont les deux derniers films réalisés par le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambéty en 1995 et 1998. Avec ces deux contes modernes, il donne une voix et un visage aux laissés-pour-compte de la société sénégalaise.  Porté par la voix de Fanta Sylla, réalisatrice et critique de cinéma, cet épisode mêle archives radiophoniques, extraits des films et entretiens inédits avec Catherine Ruelle, ancienne journaliste cinéma pour RFI, Djiby Kebe, réalisateur et membre du collectif Air Afrique, Wasis Diop, musicien, compositeur des films de son frère Djibril Diop Mambéty et Alain Gomis, réalisateur. Ensemble, ils retracent l’histoire de ces deux films poétiques et politiques qui pointent les inégalités économiques dans la société sénégalaise post-coloniale.   Après deux court-métrages remarqués, Djibril Diop Mambéty réalise en 1973 Touki Bouki, dans lequel on suit les errances d’un jeune couple, Anta et Mory, brûlant de désir et de liberté, rêvant de rejoindre la France, perçue comme l'horizon de tous les possibles. Avec ce premier long-métrage, il décide de « partir de l’intérieur », c'est-à-dire de rester ancré dans la société sénégalaise, au moment même où ses contemporains, la jeunesse de son pays, quittent le continent pour l’Europe. Mais le film est mal reçu à sa sortie, surtout auprès du public sénégalais. C'était douloureux pour lui parce qu’il s'était investi complètement dans ce film. Et le fait que ses compatriotes rejettent le film aussi violemment, ça lui a fait perdre pas mal de confiance et rentrer dans une dépression très lourde. - Catherine Ruelle, productrice et ancienne journaliste cinéma de RFI.    En 1992, près de 20 ans après Touki Bouki, Djibril Diop Mambéty réalise son second long-métrage Hyènes. Ce film ravive en lui le plaisir de faire du cinéma et le désir de raconter des histoires. Il entame ensuite une trilogie consacrée aux “petites gens de Dakar”.        Le premier volet, Le Franc, sort en 1995. Avec pour héros Marigo, un musicien qui physiquement ressemble étonnamment au réalisateur. Avec ce film, Djibril Diop Mambéty signe une fable sur la cupidité, et en même temps une critique subtile du Franc CFA, vestige monétaire de l'époque coloniale.      Ce film met en scène le mal-être des Dakarois, des Sénégalais et le rapport qu'ils peuvent entretenir avec l'argent. (...) C'est une très belle fresque de Dakar. Ce film permet de montrer ce qu'est vraiment la ville et à quel point les gens là-bas souffrent, en tout cas souffraient à l'époque. - Djiby Kebe, réalisateur et membre du collectif Air Afrique. Djibril Diop Mambéty décède en juillet 1998, à l’âge de 53 ans, quelques jours seulement avant la fin du tournage de La petite vendeuse de soleil, le deuxième volet de sa trilogie. Sa productrice Silvia Voser et son frère le musicien Wasis Diop, compositeur de la musique de ses films, terminent le film, respectant ainsi ses dernières volontés.  Le film raconte l'histoire de Sili, une fillette de 13 ans, atteinte d’un handicap, qui se met à vendre à la criée “Le Soleil”, le grand quotidien francophone sénégalais. Elle se lance dans ce travail pour venir en aide à sa grand-mère, qui a perdu la vue. C’est à la fois un hommage à la résilience et un témoignage vibrant à la mémoire des enfants des rues.     La vie de Djibril était axée sur la recherche, le regard, l'observation, la poésie tout simplement, sur la dynamique de la vie des gens de la rue, puisqu’il a toujours pensé que l'énergie était là, pas ailleurs. Cet univers a cerné son existence, c'est le socle de sa cinématographie. - Wasis Diop, musicien et compositeur des films de Djibril Diop Mambéty.  Films :   Le Franc, en VOD sur LaCinetek, sur IFCinema et en coffret DVD Blu-ray aux éditions JHR  La Petite vendeuse de soleil sur IFCinema et en coffret DVD Blu-ray aux éditions JHR  Archives RFI et INA utilisées dans l’épisode :   Mille Soleils, RFI, Djibril Diop Mambéty pour le film "Touki-Bouki", 1977, produit par Jacqueline Sorel et Alphonse-Marie Toukas, Grand Ecran, RFI, Les interrogations métaphysiques avec Djibril Diop Mambéty, Costa-Gavras et Stephen Frears, 1993, produit par Catherine Ruelle, Grand Ecran, RFI, Bilan Fespaco, 1995, produit par Catherine Ruelle et Catherine Ninin, Nuits Magnétiques, France Culture, Ouagadougou fait son cinéma : petit journal du Fespaco, 1995, produit par Caroline Bourgine et Colette Fellous, Actualités du cinéma, RFI, Wasis Diop pour "La petite vendeuse de soleil" de Djibril Diop Mambéty, 1999, produit par Catherine Ruelle, Ouvrages, articles, expositions :   Djibril Diop Mambéty ou le voyage de la hyène, par Simona Cella, Cinzia Quadrati et Alessandra Speciale, L’Harmattan, 2020  Histoires de petites gens, de Djibril Diop Mambéty. Le viatique d'un grand cinéaste, par Olivier Barlet, Africultures, juillet 2022   Emissions de radio :   Ressortie en salles de deux chefs d’œuvre du Sénégalais Djibril Diop Mambéty, Tous les cinémas du monde sur RFI, 2022  Djibril Diop Mambéty (1945-1998) : le cinéma comme il l’entend, Toute une vie sur France Culture, 2022    Remerciements :   Mati Diop, Wasis Diop, Teemour Diop Mambéty, Sylvia Voser, Catherine Ruelle, Alain Gomis, Djiby Kebe et Fanta Sylla Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot.  Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Ludovic Dunod, Eugénie Ducret et Elisabeth Lequeret.  Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.

    29 min
  2. -4 j

    5. Désiré Ecaré, politiser l’exil et le désir

    Concerto pour un exil et À nous deux, France ! sont les deux premiers films réalisés par le cinéaste ivoirien Désiré Ecaré en 1968 et 1970. Ces deux films nous plongent dans le quotidien de la diaspora ivoirienne installée à Paris, entre désir d’émancipation, réalité du racisme, quête de liberté et attachement au pays d’origine.  Porté par la voix d’Amandine Gay, autrice et réalisatrice, cet épisode mêle archives radiophoniques, extraits des deux films et entretiens inédits avec Juhan Ecaré, musicien et fils de Désiré Ecaré, Amandine Nana, programmatrice et curatrice en art contemporain et Marie-Hélène Banimbadio, programmatrice et créatrice d’Archives-Ivoire. Ensemble, ils retracent l’histoire de ces deux œuvres essentielles du cinéma ivoirien et reviennent sur la manière dont Désiré Ecaré filme l’exil et politise le désir dans le Paris de la fin des années 60.  Désiré Ecaré s’installe à Paris au début des années 1960 et sort diplômé de l’IDHEC, l’Institut des hautes études cinématographiques en 1966. Il y rencontre sa femme Marjatta Ecaré, auprès de qui il se lance dans une carrière de cinéaste.   En 1968, il réalise son premier court-métrage Concerto pour un exil dans lequel il filme l’expérience de l’exil à Paris, et ce qu’elle produit, socialement et intimement, au sein de la diaspora ivoirienne. Avec ce film, il remporte le Grand prix du court-métrage au Festival international du jeune cinéma à Hyères. Une reconnaissance qui le pousse à continuer, mais aussi à se questionner sur sa place en tant que cinéaste africain en France.     L'Afrique est trop neuve pour les Africains. Autant l'Europe se révèle être trop vieille pour eux. C'est en quelque sorte le drame de l'aliénation, le drame de gens inadaptés. J'ai essayé de les justifier en cherchant à comprendre. Et en cherchant à comprendre, j'ai apporté un petit éclairage sur leur vie, sur eux, sur cette nécessité qu'ils ont de vouloir partir. - Désiré Ecaré, cinéaste.  En 1970, il tourne son deuxième film À nous deux, France ! où il s’intéresse aux femmes africaines laissées de côté par leurs compatriotes venus faire leurs études en France. Un film plus mordant et satirique, dans lequel il met en scène le racisme dans sa forme la plus banale, mais aussi la plus hypocrite.    Il y montre les mécanismes sociaux, les contradictions, mais aussi les compromissions intimes. Il révèle une société où le désir, le pouvoir et la domination circulent ensemble, souvent sous couvert d’humour.  L'expérience du racisme était très présente dans le quotidien des personnes afro-descendantes en France à l'époque, qui étaient vraiment minoritaires. C'est un racisme qui n'a pas disparu et donc voir ces deux films aujourd’hui nous permet d'avoir aussi une sorte d'approche historique de l'expérience du racisme en France. - Amandine Nana, programmatrice et curatrice en art contemporain.    Après ses deux premiers films, Désiré Ecaré retourne vivre en Côte d’Ivoire. Il exerce différents métiers et sort en 1985 son troisième et dernier film Visages de femmes.   Aujourd’hui, on redécouvre ses films. Les récentes restaurations portées par la société de production Argos Films et la Cinémathèque Afrique de l’Institut français permettent à une jeune génération en France, mais aussi en Côte d’Ivoire de s’en saisir. Ces nouvelles projections ouvrent ainsi un espace de discussion sur la représentation des femmes noires à l’écran, les relations hommes-femmes, le désir d’exil et de retour au pays.  Ce qui m'a intéressé dès le départ, en tant que programmatrice, c’est d'avoir les deux points de vue, car pour moi, les films de Désiré Ecaré poussent à la conversation. Aujourd’hui, ce que je rêverais c'est d'avoir ces deux publics-là réunis pour qu’ils puissent discuter et confronter leurs points de vue. - Marie-Hélène Banimbadio, programmatrice et créatrice du compte Instagram “Archives-Ivoire”   Films :   Concerto pour un exil sur IFCinema, en DVD aux éditions de la Traverse.   À nous deux, France ! sur IFCinema, en DVD aux éditions de la Traverse.  Archives INA utilisées dans l’épisode :   Le 1er film d’un jeune cinéaste ivoirien, Office de coopération radiophonique (OCORA), 1968  "Visages de femmes” de Désiré Ecaré, Le cinéma des cinéastes, France Culture, 1985  Article :   En marge de Hyères : entretien avec Désiré Ecaré, par Jacques Aumont, Cahiers du cinéma, août 1968  Émission de radio :   « Visages de femmes » : un chef d’œuvre du cinéma africain restauré, Tous les cinémas du monde sur RFI, 2022   Remerciements :   Juhan Ecaré, Amandine Nana, Marie-Hélène Banimbadio, Ellen Shafer et Amandine Gay.   Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot.  Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Matthieu Degueldre, Ludovic Dunod et Eugénie Ducret.  Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.

    33 min
  3. -4 j

    4. Sambizanga : cinéma de résistance, mémoire de l’Angola

    Sambizanga est un long-métrage de fiction réalisé en 1972 par la cinéaste française Sarah Maldoror.   L’histoire se déroule en Angola en 1961, année qui marque le début de la lutte pour l’indépendance du pays, alors colonie portugaise. On y suit Maria, une jeune femme déterminée à retrouver son mari Domingos, un militant révolutionnaire angolais du MPLA (le Mouvement pour la Libération de l’Angola), arrêté par la police secrète portugaise.  Porté par la voix de Makeda Monnet, comédienne et chanteuse lyrique, cet épisode mêle archives radiophoniques, extraits du film et entretiens inédits avec Annouchka de Andrade et Henda Ducados, les filles de Sarah Maldoror. Ensemble, elles retracent l’histoire de ce film emblématique du cinéma angolais des années 70, et reviennent sur la place centrale des femmes dans la lutte pour la libération du pays. Sarah Maldoror s'installe à Paris dans les années 50 et fréquente le monde intellectuel noir et notamment la librairie et maison d’édition "Présence africaine".   En 1956, lors du premier congrès des écrivains et artistes noirs, elle rencontre celui qui va devenir son compagnon Mario de Andrade, un des membres fondateurs du MPLA. À ses côtés, elle va découvrir l’Afrique et embrasser la cause anticoloniale, notamment celle des colonies portugaises. En 1958, le couple s’installe dans la Guinée indépendante de Sékou Touré, puis l’année suivante, Sarah Maldoror obtient une bourse de l’Union Soviétique pour aller étudier le cinéma pendant deux ans à Moscou, où elle apprend le métier aux côtés d’une autre grande figure du cinéma africain, Sembène Ousmane.  Quand je suis arrivé en Afrique, je me suis dit : qu'est-ce que c'est que l'histoire de l'Afrique ? Et j'ai essayé de redécouvrir une Afrique que je ne connaissais pas. Alors, je me suis dit : l'Europe, la France montrent son passé, ses traditions, c'est très bien. Pourquoi moi, je ne montrerais pas l'Afrique telle que je la vois ? – Sarah Maldoror, cinéaste.  En 1969, le couple vit à Alger, alors carrefour des luttes indépendantistes du monde entier. C’est là que Sarah Maldoror tourne son premier court-métrage Monangambée, un film sur la résistance en Angola, coécrit avec son compagnon Mario de Andrade, et produit avec le soutien financier du FLN algérien.  Revenue en France, Sarah Maldoror réalise Sambizanga en 1972, une œuvre adaptée d’une nouvelle de l’écrivain angolais José Luandino Vieira, qu’elle co-écrit à nouveau avec son compagnon Mario de Andrade. Ce récit intime et politique dépeint l'éveil d’une femme, Maria, à la lutte politique. Portant son enfant contre elle, elle traverse le pays en bus et à pied, déterminée à retrouver son mari, Domingos, un militant du MPLA arrêté et torturé par la police coloniale portugaise.   À travers la figure de Maria, Sambizanga raconte l’histoire d’un peuple en lutte, où la solidarité des quartiers populaires et la détermination des femmes structurent le film autant que la clandestinité politique.  Symboliquement, je pense que ça ressemble à tout le cheminement de notre mère qui s'est toujours déplacée avec nous, ses filles. On était toujours présentes, on a participé à des centaines d'heures de réunions politiques avec elle et avec notre père, mais elle ne s'est jamais séparée de nous, et elle a embrassé vraiment cette lutte. – Annouchka de Andrade, fille de Sarah Maldoror et Mario de Andrade.  Tourné au Congo-Brazzaville, pays frère et frontalier de l’Angola, co-produit entre la France et l’Angola, Sambizanga est le premier long-métrage de fiction réalisé par une femme sur le continent africain, et demeure aujourd’hui une œuvre majeure des cinémas d’Afrique. Longtemps inaccessible pour des raisons juridiques, Sambizanga a fait l’objet d’une restauration récente permettant sa redécouverte et une réévaluation critique du travail pionnier de Sarah Maldoror.  Aujourd'hui, Sambizanga fait partie du patrimoine cinématographique de l'Angola. Sarah fait partie de l'imaginaire des Angolais, comme la première femme qui a réalisé un film qui a aidé à ce que le mouvement soit connu, et qui a contribué à ce qu'on parle de l'Angola. – Henda Ducados, fille de Sarah Maldoror et Mario de Andrade. Film :   Sambizanga en VOD sur LaCinetek, en DVD/Blu-ray aux éditions Carlotta, en coffret DVD World Cinema Project, vol.4, aux éditions Criterion  Sarah Maldoror ou la nostalgie de l'utopie, documentaire d'Anne-Laure Folly (1998) en VOD sur Tënk.   Archives INA utilisées dans l’épisode :   ITW de Sarah Maldoror, Inter Actualités, France Inter, 1973  Entretien avec Sarah Maldoror : cinéma guerre et politique en Afrique, ORTF Nice, 1973  Ouvrages, articles, expositions :   L’Avant-Scène Cinéma 720, sur Sambizanga, 2025  Sarah Maldoror : cinéma Tricontinental, au Palais de Tokyo en 2022  Sarah Maldoror, Rétrospective en écho à l’exposition « Paris noir », Centre Pompidou en 2025  Entretien avec Sarah Maldoror, par Olivier Barlet, Africultures, 1997  Emissions de radio :   Sarah Maldoror, pionnière du cinéma africain, La marche du monde sur RFI, 2023  Sarah Maldoror, portrait d'une femme libre, Tous les cinémas du monde sur RFI, 2020  Remerciements :   Annouchka de Andrade, Henda Ducados et Makeda Monnet. Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot.  Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Aurèle Charlieux, Matthieu Degueldre, Ludovic Dunod, Eugénie Ducret, Valérie Nivelon et Elisabeth Lequeret.  Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.

    31 min
  4. 08/12/2025

    3. Le Ballon d’or, l’émancipation par le football

    Le Ballon d'or est un long-métrage réalisé en 1994 par le cinéaste guinéen Cheik Doukouré. Il raconte l'ascension de Bandian, un jeune prodige du football issu de Makono, un village reculé de Guinée. Une histoire inspirée de la vie du footballeur malien Salif Keita, premier joueur à remporter le Ballon d'Or africain en 1970.  Porté par la voix de Thierno Souleymane Diallo, réalisateur de documentaires guinéen, cet épisode revient sur l'histoire de l'œuvre en mêlant archives sonores, extraits du film et entretiens inédits avec le réalisateur Cheik Doukouré et l’ancien footballeur et entraineur Claude le Roy. Cheik Doukouré présente Le Ballon d’or comme une histoire profondément ancrée dans la politique de son pays, que ce soient dans les thématiques abordées ou les lieux retenus pour le tournage du film, comme le stade dans lequel le film a été tourné à Conakry : le Stade du 28 septembre. Une date qui renvoie au choix de la Guinée de Sékou Touré de dire Non à la Communauté française du Général de Gaulle en 1958 :   Et aussi le [Stade du] 28 septembre, toutes les grandes rencontres se faisaient là-bas pendant le début de l'indépendance. Malheureusement, les opposants au régime de Dadis Camara ont été massacrés au Stade du 28 septembre. C'est donc un stade mythique qui parle beaucoup de la vie, de politique, sociale, sportive de la Guinée.  Cheik Doukouré, cinéaste. Avec ce conte moderne et la trajectoire de Bandian, Cheik Doukouré nous parle d’ascension sociale par le sport, mais aussi des dangers et de l’exploitation des jeunes footballeurs sur le continent africain.  L’ancien footballeur et entraîneur Claude le Roy met en lumière les dangers de l’argent dans la formation des jeunes footballeurs sur le continent africain :   Depuis "Le Ballon d'Or", ça s'est dégradé parce que l'argent est devenu présent partout. Et quand il y a de l'argent, ça crée des avidités, ça crée des appétits ex nihilo, même de gens qui n'ont rien à voir au départ avec le monde du foot. Et ça a fait qu'on a vu des apprentis agents. Ce que j'appelle, moi, les marchands d'esclaves naître un petit peu partout, alors avec des relais importants en Europe, ou en Amérique du Sud, ou maintenant au Moyen Orient, et en Asie.  Claude le Roy, entraîneur et ancien footballeur professionnel. Ensemble, ils retracent l’histoire de ce film culte qui rencontra un large succès à sa sortie, et qui continue aujourd'hui d’émerveiller une nouvelle génération d’apprentis footballeurs, qui s’imaginent à leur tour devenir le futur Bandian.  Film :   Le Ballon d’or, sur la plateforme IFCinema, en VOD sur plusieurs plateformes, et en DVD chez Tamasa éditions.  Archive INA utilisée dans l’épisode :   ITW de Salik Keita, Inter Actualités de 13h, France Inter, 1994  Articles :  Le Ballon d’or, Fiche pédagogique, Transmettre le cinéma,   Le Ballon d’or, Dossier de presse du distributeur Tamasa à l’occasion de sa ressortie en salle en 2021    Remerciements :   Cheik Doukouré, Claude le Roy, Thierno Souleymane Diallo, Catherine Ruelle et Maryse Éwanjé-Épée.  Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot.  Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Ludovic Dunod, Eugénie Ducret, Annie Gasnier, David Fintzel et Elisabeth Lequeret.  Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.

    26 min
  5. 14/10/2025

    2. Kinshasa ou la belle vie de Mweze Ngangura

    La Vie est belle, co-réalisé par Mweze Ngangura et Benoit Lamy en 1987, est un film emblématique du cinéma zaïrois des années 80. À travers le parcours de Kourou, interprété par Papa Wemba, qui joue ici un jeune musicien venu tenter sa chance à Kinshasa, le film capture l’effervescence d’une capitale pleine d’énergie, où la débrouillardise et la musique rythment la vie quotidienne. Porté par la voix de Gaël Kamilindi, pensionnaire de la Comédie-Française, cet épisode revient sur cette œuvre pionnière en mêlant archives sonores, extraits du film et entretiens inédits avec le réalisateur et le cinéaste et photographe David-Pierre Fila. Ensemble, ils retracent l’histoire d’un film culte qui mêle musique et fiction, pour raconter les espoirs et les luttes d’une société en pleine mutation. Mweze Ngangura présente La Vie est belle comme l’histoire d’un musicien dont la musique est au cœur du récit, guidant la fiction. Il décrit le Kinshasa des années 1980 comme une ville où la débrouillardise et la créativité sont vitales, une ville façonnée par une économie informelle et un contexte politique complexe. « La musique elle-même faisait partie intégrante de l'histoire. La fiction était guidée par la musique. Kinshasa, c’est la ville de la survie, de la démesure, où règne la débrouille. » Mweze Ngangura, coréalisateur de La Vie est belle. Le cinéaste et photographe David-Pierre Fila met en lumière l’impact populaire et fédérateur du film, auquel se sont identifiés de nombreux habitants du continent. Selon lui, La Vie est belle touche par son humour, sa représentation fidèle de la vie quotidienne à Kinshasa et sa capacité à refléter les espoirs, les luttes et les réalités de la société, permettant aux spectateurs de s'identifier pleinement aux personnages et à leur univers. Films :   La Vie est belle, Mweze Ngangura et Benoit Lamy (1987), sur la plateforme IFCinema et sur LaCinetek Mweze, David-Pierre Fila (2020)  Archives INA utilisées dans l’épisode :   Interview de Benoit Lamy, Inter Actualités de 13h, France Inter, 25 juin 1988  Interview de Papa Wemba, Nuits magnétiques, France Culture, 24 mars 1997  Articles :   La Vie est belle, de Benoît Lamy et Mweze Ngangura, Institut français  Portrait de Mweze Ngangura, Africiné  Interview de Mweze Ngangura, Africiné  La Vie est belle, par Cassiopée N'Sondé, Cinémathèque idéal des banlieues du monde.    Remerciements :   Mweze Ngangura, Catherine Garreaud, Bonbon Lamy, David-Pierre Fila, Catherine Ruelle et Gaël Kamilindi. Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot.  Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Ludovic Dunod, Eugénie Ducret et Elisabeth Lequeret.  Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.

    23 min
  6. 14/10/2025

    1. Tabataba ou les bruits d’une révolte oubliée

    Tabataba, réalisé en 1988 par Raymond Rajaonarivelo, est le premier long-métrage malgache sélectionné à Cannes. Il revient sur l’insurrection malgache de 1947, un soulèvement populaire violemment réprimé par l’administration coloniale française, longtemps effacé des mémoires officielles. Porté par la voix de Gad Bensalem, lauréat du prix théâtre RFI 2014, cet épisode revient sur cette œuvre pionnière en mêlant archives sonores, extraits du film et entretiens inédits avec le réalisateur et l’autrice franco‑malgache Marie Ranjanoro. Ensemble, ils interrogent la puissance de la fiction comme outil de transmission et de résistance face au silence historique. Raymond Rajaonarivelo raconte la genèse de Tabataba, né d’une nécessité : celle de redonner voix à un peuple muselé par la colonisation et le silence post-indépendance. Il évoque les nombreux obstacles rencontrés lors de la production du film, dans un contexte politique encore tendu à Madagascar. Ce projet devient alors un acte de mémoire, par la culture.    « Tabataba c'est cette espèce de volonté de détruire les choses, détruire Madagascar psychologiquement et physiquement. C'est ça Tabataba, ce qu’ils n’ont pas réussi, les Français n’ont jamais réussi à détruire Madagascar. » Raymond Rajaonarivelo, réalisateur de Tabataba.  L’autrice Marie Ranjanoro insiste sur la capacité du récit fictionnel à faire surgir des vérités sensibles que les archives peinent à restituer. Pour elle, la fiction est un moyen de toucher à l’organique, à l’émotion, à la mémoire incarnée, à compenser le récit d’une histoire écrite froidement et de façon incomplète.   Entre poésie, histoire et résistance, Tabataba y apparaît comme une œuvre fondatrice du cinéma africain et un témoignage vibrant sur la lutte du peuple malgache pour son indépendance.   Bibliographie :   Feux, fièvres, forêts, Marie Ranjanoro, aux éditions Laterit. Nour, 1947, Jean-Luc Raharimanana, aux éditions Le Serpent à plumes. Films :   Tabataba, Raymond Rajaonarivelo (1988) sur TV5Monde+ et IFCinema. Fahavalo, Madagascar 1947, documentaire réalisé par Marie-Clémence Andriamonta Paes (2019), DVD aux éditions Laterit. Archives utilisées dans cet épisode :   Bandes originales de films, RFI, Raymond Rajaonarivelo pour le film Tabataba, 19 mai 1988, produit par Catherine Ruelle.  Mille Soleils, RFI, Raymond Rajaonarivelo pour le film Tabataba, 20 avril 1989, produit par Catherine Ruelle. Articles :   Restauré par la Cinémathèque Afrique, Tabataba de Raymond Rajaonarivelo est sélectionné par le Festival Lumière, Institut français. Madagascar se rebelle, Africiné.   Remerciements :   Raymond Rajaonarivelo, Marie Ranjanoro, Marie-Clémence Andriamonta Paes, Catherine Ruelle et Gad Bensalem. Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot.  Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Ludovic Dunod, Eugénie Ducret et Elisabeth Lequeret.  Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français.

    24 min

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