Cette semaine dans Roule Galette, une fois n’est pas coutume, je vous propose un live .Je sais que les Live ont tendance à diviser le public , certains les rattachent au passage presqu’obligatoire des groupes des années 70 , d’autres à une panne d’inspiration de l’artiste, ou encore à un raclage de fond de tiroir , quand d’autres y voient un moyen de s’immerger dans un concert .Vous connaissez, peut-être ou pas cette chanson de LCD soundsystem , loosing my edge , où James Murphy déclame i was there … hé bien , ce disque que je vous propose , je peux le clamer haut et fort , aussi fort que ma voix puisse le faire pour exprimer ma satisfaction à la fin d’un concert , J’ETAIS LA ! Même si je n’étais pas venu pour eux, j’étais là et on m’entend justement crier à la fin de ce concert !Et le plus drôle , c’est que je ne savais même pas , alors que j’ai le disque depuis des lustres, que ce concert était celui auquel j’avais assisté!Quand je me rends au De Kreun de Courtrai , ce 7 novembre 2012 , je trépigne de voir Moon duo , dont j’ai acheté les disques récemment , ceux-là même que je n’ai plus jamais écouté . Je m’installe pour la première partie, comme d’habitude, près de la table de mixage et vois débarquer trois gars . un bassiste plutôt discret, Clint, un guitariste chevelu aux allures de druide, Andy Duvall, et une espèce de guitar hero qui s’occupait également des synthés, Rich .Ce trio , que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam , se nomme Carlton Melton.Les quinze premières minutes, sonnent assez cosmiques, répétitives et planantes, avec ce guitar hero qui partait dans des solos assez acides pouvant évoquer David Guilmour. On sent petit à petit une tension monter, la guitare devient plus grasse, puis ,au bout d’un quart d’heure, le druide pose sa guitare et se met derrière les fûts et là… on change complètement de registre pour partir sur un truc stoner assez massif, mélange de Black Sabbath et de krautrock, répétitif et entêtant. J’avais commencé le concert au fond de la salle, je l’ai terminé devant les enceintes, les oreilles et le cou déglingués.Je n’ai pas pu m’empêcher de faire une razzia au stand de merch pour acheter tout ce qui s’y vendait ou presque .Après ça, je les ai revus à plusieurs reprises en Hollande, où la scène psychédélique est très vivace, à Tilburg, pour le festival Incubate, puis à Middelburg, dans un café. J’ai finalement organisé une date à Lille, qu’ils n’oublieront jamais, mais sans doute pas pour les raisons que vous pourriez imaginer. J’ai pu vérifier cela en discutant avec eux à Hastings cette semaine.Quand ils sont arrivés cette fois-là à la Malterie, ils étaient complètement rincés. Ils revenaient d’Angleterre, après une nuit à dormir dans le van, bloqués par la neige sur l’autoroute du côté de Manchester. Ils sont arrivés fiévreux mais ont quand même assuré le concert. J’ai eu beau les soigner comme je pouvais une fois arrivés à la maison, à base de camomille, gingembre, citron, thym, bref, à base de toutes les recettes de grand-mère dont je disposais, ils ont dû annuler la tournée et se sont retrouvés hospitalisés aux Pays-Bas pendant quelques jours, avant de rattraper à temps leur vol pour les États-Unis. Ils avaient assez peu de souvenirs du concert, mais se souvenaient par contre très bien de la maison et de mes tentatives de soins… Aussi, quand j’ai su qu’ils tournaient en Angleterre, je me suis dit qu’il serait plus prudent de les voir sur leur première date plutôt qu’à la fin de leur tournée ! Carlton Melton se forme en 2008, sur la côte du comté de Mendocino, en Californie. Le projet naît autour d'Andy Duvall, Rich Millman, ( Ex Zen guérilla) Brian McDougall et John Steuernagel, avec cette idée assez particulière de jouer de la musique instrumentale, improvisée, forte et psychédélique dans un dôme géodésique appartenant à Brian McDougall. La première session a lieu le 17 juillet 2008 et donne Live in Point Arena, un CD-R autoproduit.Le principe va rester au centre de leur méthode : pas vraiment de morceaux composés à l'avance, mais des sessions où personne ne sait précisément ce que les autres vont jouer. Ils enregistrent directement dans le dôme, puis sélectionnent et retravaillent ce qui leur semble intéressant.Au printemps 2009, une nouvelle session fournit la matière de Pass It On, leur premier véritable album, qu'ils sortent eux-mêmes en novembre 2009 sur leur label Mid-To-Late Records. Une autre session a lieu en juin 2009, avant même la sortie du disque, ce qui leur permet déjà d'accumuler du matériel pour les sorties suivantes. John Steuernagel est remplacé par Clint Golden à la basse .Ensuite, ça s'accélère assez rapidement : Country Ways en 2011, puis en 2012 Smoke Drip, enregistré avec John McBain de Monster Magnet, Photos of Photos, également avec McBain, et AQ Hits, une compilation de morceaux plus anciens ou rares. Le 7 novembre, Carlton Melton joue au De Kreun avec Moon Duo et Zun Zun Egui.Ce live s’appelle donc Live in Europe 2012 , C’est le disque de la semaine dans roule Galette Pour démarrer, Photos of Photos, le titre qui donne son nom à leur album fraîchement sorti à l’époque, un morceau assez court et tranquille pour démarrer un concert et une soirée qui s’annonce longue…Smoke Drip, le second titre, est lui extrait d’un EP trois titres paru chez Agitated. On y entend une mise en place plus acid, space rock, assez trippante, qui commence sérieusement à m’intéresser…Aujourd’hui, deux morceaux en un, Personal Space et The One That Got Away, qui forment un tout et marquent le changement dans ce concert. Personal Space est un titre extrait de leur EP Four Eyes et démarre, lui aussi, de manière assez spatiale, avant de devenir un peu plus inquiétant. C’est à la fin de ce morceau qu’Andy Duvall pose sa guitare pour passer derrière les fûts et enchaîner avec The One That Got Away, une face B du 45 tours Handling Snakes, un morceau psychédélique, répétitif et entêtant à souhait, paru en 2011.March of the Cicadas est un titre extrait d’un split avec Qumran Orphies. Le concert continue avec le batteur druide qui mène la danse, alors que Rich Millman l’accompagne au début aux synthés, avant de prendre sa guitare pour des solos dignes des années 70, entre acid et space rock, pour enfin revenir aux synthés… avant de terminer sur une furie psychédélique. Have a trip !Pour terminer la semaine et le concert, When You’re In, une reprise d’un titre des Pink Floyd sur Obscured by Clouds, qui figurait sur le premier album du groupe, Pass It On. La reprise est particulièrement plus grasse que l’originale ; elle montre aussi les influences du groupe, notamment celles de Rich Millman pour David Gilmour. Parfait morceau pour une bonne séance de headbanging final qui clôturera ce concert, ponctué de ce fameux cri de satisfaction dont je parlais en début d’émission.C’était Carlton Melton, live au De Kreun le 7 novembre 2012, le live en Europe 2012, disque de la semaine dans Roule Galette.