Dans la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, la France consacre la somme sans précédent de 53,7 milliards d'euros au renouvellement de sa force de frappe nucléaire — soit plus de 13 % de l'ensemble de son budget de défense. Dans le même temps, lors des conférences des Nations unies consacrées à l'évaluation des risques nucléaires, la diplomatie française maintient une politique de la chaise vide, alors même que ses plus proches alliés de l'OTAN (Allemagne, Norvège, Belgique, Pays-Bas) s'y installent en observateurs attentifs. Partie I : L'audit de notre défense : l'effet d'éviction et le « paratonnerre inversé » Section A : La fragilisation matérielle de nos forces conventionnelles Thèse : L'hypertrophie des crédits alloués à la force de frappe produit un effet d'éviction sur les armées conventionnelles, les réduisant à un format « échantillonnaire » en manque critique de blindés, de munitions et de défenses sol-air face aux conflits modernes où l'arme nucléaire est inutilisable. Ex : L'allocation de 53,7 milliards d'euros dans la LPM 2024-2030 (SNLE 3G, missiles M51.3 et ASN4G) confrontée aux alertes parlementaires sur les pénuries de stocks de munitions de l'armée de terre et de la marine nationale après les livraisons à l'Ukraine. Source : Université Jean Moulin Lyon 3 / The Conversation (Dissuasion nucléaire : tournant majeur dans la stratégie française et européenne) et Center for Security Studies (CSS ETH Zürich - L'Europe et le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires). Section B : Le territoire national transformé en cible prioritaire : le « paratonnerre inversé » Thèse : Loin de sanctuariser le pays, l'arsenal atomique transforme le territoire national en cible prioritaire absolue pour une frappe préventive adverse décapitante visant à neutraliser les infrastructures stratégiques dès l'ouverture d'une crise majeure. Ex : Les doctrines de frappe préventive déclassifiées des états-majors russe et américain ciblant en premier lieu les bases de frappe et de commandement stratégiques, à l'instar de l'Île Longue, de Saint-Dizier ou d'Istres. Source : Glenn Snyder (théorie du paradoxe stabilité-instabilité) et Pavel Podvig (Russian Nuclear Forces Project). Partie II : Gouvernance républicaine et pragmatisme diplomatique Section A : Le verrouillage démocratique du « domaine réservé » Thèse : Le confinement institutionnel de la décision nucléaire au seul bureau présidentiel — une « monarchie thermonucléaire » — soustrait les choix de défense au débat parlementaire, à l'évaluation citoyenne et à l'audit financier républicain. Ex : La réaffirmation doctrinale du monopole présidentiel exclusif lors du discours de l'École de Guerre en 2020 sans vote d'orientation du Parlement, et l'absence d'audit contradictoire de la Cour des comptes sur ces programmes. Source : Elaine Scarry (Thermonuclear Monarchy: Choosing Between Democracy and Doom, 2014) et Yannick Pincé (Le « consensus » nucléaire français, Presses universitaires de Rennes, 2021). Section B : Sortir de la chaise vide : l'opportunité du statut d'observateur Thèse : Le refus systématique de dialoguer au sein du TIAN marginalise la diplomatie française, alors que l'adoption pragmatique d'un statut d'observateur permettrait de suivre les négociations sur la vérification et de renouer le contact avec le Sud Global sans renoncer unilatéralement à sa doctrine. Ex : La présence officielle en tant qu'observateurs de plusieurs pays membres de l'OTAN (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Norvège) ainsi que de l'Australie aux réunions des États parties du TIAN, soutenue par l'appel d'une tribune de 56 parlementaires français. Source : Analyses comparées du CSS ETH Zürich et tribune de parlementaires et eurodéputés français. Quels leviers concrets les citoyens peuvent-ils actionner pour faire de l'échéance internationale de la fin 2026 le point de bascule vers une sécurité coopérative ?