L'Afrique en marche

L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un focus sur l'Afrique qui marche et qui donne envie d’aller plus loin !   Diffusion : dimanche à  5h47, 7h47 et 12h50 TU.

  1. -5 j

    Maroc: trois mamans pharmaciennes inventent une application multifonctions pour femmes enceintes

    MamaBox est une application marocaine inventée par trois pharmaciennes de Rabat. Face aux innombrables questions que leur posaient les femmes enceintes ou jeunes mamans, les trois amies ont décidé de créer leur start-up pour donner – via un numéro vert WhatsApp – les meilleurs conseils en la matière. Une application gratuite qui, tout de suite, a rencontré un très gros succès. Insomnie, fièvre, allaitement, spleen post-accouchement… C'est pour apporter des réponses objectives et pertinentes aux questions que se posent les jeunes mamans que Fatine, Hanae et Loubna, trois consœurs pharmaciennes de Rabat, ont décidé de créer une application et un numéro WhatsApp gratuit pour répondre aux inquiétudes des mères marocaines. Hanae Bouayad est l’une des cofondatrices de Mama Box. « En fait, on ne manque pas d'informations. Aujourd'hui, on en a beaucoup. La problématique se pose sur la qualité de l'information qu'on reçoit et sur le temps qu'on met à trouver les bonnes réponses. Et une maman n'a pas toujours le temps. Ou un papa d'ailleurs, parce que même les papas sont parfaitement inclus dans notre programme. Les questions les plus fréquentes, les plus récurrentes portent sur les coliques, le sommeil de bébé et l'allaitement. C'est-à-dire : un bébé quand il ne dort pas le soir, qu'il a des gaz… On est là, on ne sait pas quoi faire et les mamans veulent soulager leur enfant qui n'arrive pas à dormir. Où trouver des solutions concrètes pour essayer de les aider ? Donc les coliques, l'allaitement maternel et le sommeil de bébé sont les trois principales préoccupations. Vient après le fameux baby-blues dont on ne parle peut-être pas assez et qu'on ne détecte pas assez vite d'ailleurs aussi. Donc cette santé materno-infantile, c'est la santé mentale et très importante parce que c'est ce qui permet aussi à la maman, après, de poursuivre sa vie de façon sereine ». Réponse à toutes les questions récurrentes des mamans Lors d’une démonstration au salon VivaTech de Paris, Fatine Labraimi nous fait une démonstration de son numéro vert WhatsApp gratuit, le +212 615 16 40 51, et pose une question à l'IA du numéro : « Quelle est la fréquence d'allaitement que je devrais faire pour un bébé de trois mois ? » Quelques secondes, la réponse tombe avec une voix synthétisée : « À cet âge, l'allaitement se fait généralement à la demande de votre petit trésor. Les bébés allaités ont besoin de téter fréquemment, souvent entre huit et douze fois par jour, y compris la nuit. Plus votre bébé tète, plus votre corps produira de lait. » Fatine Labraimi, cofondatrice de Mama Box, vante les vertus de leur invention. « Par exemple, un bébé qui n'a pas fait son rot. Pour une maman, c'est une source d'inquiétude et nous, on l'accompagne, on la rassure avec une information fiable. Fiable parce qu'on utilise les sources du ministère de la Santé et de l'OMS. Donc ce n'est pas comme les autres IA. C'est une réponse validée par des professionnels de la santé, par le ministère de la Santé. C'est un numéro WhatsApp que la maman peut utiliser en vocal. Comme ça toutes les mamans peuvent l'utiliser, même celles qui ne savent pas lire et écrire. Elles interrogent en laissant un vocal en français, en arabe ou même en amazigh. L'IA répond en vocal aussi. On l'a entraînée pour qu'elle puisse répondre à des questions comme par exemple "tagmate", qui veut dire l'emmaillotage. Elle va savoir ce que c'est. Elle va pouvoir accompagner les mamans dans tous leurs besoins. Et on a aussi des trackers qui lui permettent de suivre avec elle le calendrier vaccinal, l'allaitement, les contractions du bébé, etc. Et quand on découvre que la maman a besoin d'un véritable accompagnement médical, on la met directement en contact avec des médecins qui peuvent lui parler en darija et en téléconsultation ». À lire aussiAu salon VivaTech, les start-up africaines se cherchent une place dans la compétition mondiale L'ami nocturne à qui poser une question Parmi les 40 000 personnes qui ont utilisé l'application, il y a Hadjar Belkasmi, maman d'un premier bébé et enceinte du second. « Honnêtement, sur ce sujet de la maternité, je trouve qu'il y a autant d'avis que de personnes sur tous les sujets, que ce soit l'allaitement ou pas l'allaitement, l'accouchement par voie basse, l'accouchement par césarienne. Je trouve qu'avoir un outil pareil dans sa poche est quelque chose qui est très, très rassurant pour une future maman, surtout pour une première grossesse. Mais avoir un outil qui accompagne, c'est beaucoup plus rassurant qu'avoir tout un village autour de soi avec chacun qui donne son avis différent. C'est un peu l'ami, l'ami nocturne à qui on pose toutes les questions qui nous passent par la tête ». Le projet des trois associées de la start-up de Rabat est d'étendre leurs solutions aux douze régions du pays, par des partenariats avec les centres de santé publics ou privés, afin de donner les meilleurs conseils possibles aux 680 000 mamans qui accouchent chaque année au Maroc.

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  2. 25 juin

    Au Sénégal, l'application Ekolbi assiste les enseignants dans la préparation de leurs cours

    Ekolbi est une plateforme de soutien et d’accompagnement des enseignants au Sénégal. Une application qui a moins d’un an d’existence mais qui permet déjà à des milliers d’enseignants de gagner en temps et en efficacité au profit de la pédagogie dispensée aux élèves sénégalais. Les créateurs de cette start-up ont présenté au salon VivaTech à Paris leur invention.  « Alors là, c'est l'écran d'accueil de l'application pour un enseignant du primaire. Il est au CM1 à Rufisque, etc. Son point d'entrée, typiquement, ce serait la planification. En mathématiques, il y a résolution de problèmes où l'enseignant doit faire pour cette semaine-là une séance de questions pour compléter un énoncé… » Sur son ordinateur. Samba Sall, cofondateur d'Ekolbi, fait la démonstration de son application qui permet aux enseignants de respecter le programme pédagogique des classes de primaire ou du secondaire, tout en gagnant en temps et en efficacité.  « L'idée de départ, explique Samba Sall c'est d'adresser un problème qui est majeur dans l'enseignement et dans l'éducation d'une façon générale, à savoir la pénibilité du métier de l'enseignant. Dans des pays en Afrique comme le Sénégal, les enseignants ont des obligations qui sont fortes en termes de pédagogie. Donc, ils doivent respecter des directives dans la préparation de leurs séances de cours. Ils doivent faire des fiches pédagogiques, préparer des remédiations, etc. Et ce sont des tâches qui leur prennent beaucoup de temps, qui sont manuelles et éparses, et avec Ekolbi on permet à ces enseignants d'avoir accès à une plateforme qui leur permet de préparer leurs séances de cours en conformité avec les directives locales et les guides pédagogiques. Par exemple, en géométrie, on doit commencer par une situation-problème et toute cette démarche-là, elle peut être assez complexe à appréhender et à préparer à chaque fois. Pour chaque séance, Ekolbi permet de faciliter tout cela pour que l'enseignant puisse se consacrer, se concentrer sur la partie la plus essentielle à notre avis, qui est la pédagogie en elle-même. À savoir : les élèves, pour qu'ils comprennent réellement ». Sur smartphone, tablette ou ordinateur, le coût d'accès à l'application est de dix mille francs CFA, soit 15 € par an. Aissatou Kounta est la cofondatrice d’Ekolbi. « C'est non seulement un gain de temps, mais justement, cela leur permet de mieux enseigner. Parce qu'il faut savoir que les enseignants ont à peu près 20 fiches à préparer par semaine. Donc, ça prend du temps. Aujourd'hui, le fait qu'ils aient une application qui leur permet de faire ça en moins de temps, le calcul est vite fait, si je puis dire ». Outre les fiches pédagogiques et l'accompagnement des professeurs, l'application permet aussi de synthétiser le carnet de notes et les bulletins de chaque élève.  Sokna Saw est enseignante en CE2 à l'institution scolaire Amina Sow Mbaye de Bambilor : « Ce programme, ça facilite beaucoup le travail des enseignants parce que, avec lui, on arrive à faire des fiches en un rien de temps et des fiches qui suivent vraiment la bonne démarche recommandée par les inspecteurs, surtout en ce qui concerne les mathématiques. C'est très pratique. Il y a beaucoup de volets. Par exemple, cette année, mes bulletins de notes, je les ai faits avec Ekolbi en un rien de temps. Pour le gain, je dirais que ça me permet encore de plus me préparer. Par exemple, quand Ekolbi vous prépare les fiches, ça ne veut pas dire que je vais venir lire machinalement ces fiches devant les élèves. Ce sont des fiches que je m'en vais exploiter. S'il y a quelque chose qui n'est pas clair dans ma tête aussi, cela me laisse plus de temps pour moi d'aller m'éclaircir, pour encore mieux me préparer pour être très performante en classe ».  L'application Ekolbi en est à sa première année d'exercice scolaire, mais ses créateurs revendiquent déjà 15 000 enseignants qui l'utilisent. Une solution que la start-up sénégalaise envisage de décliner avec d'autres programmes scolaires africains.

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  3. 2 juin

    Au Cameroun, des associations «sang pour sang» unies pour l'hygiène menstruelle

    Chaque mois, des millions de femmes et de filles font face à un défi invisible et souvent passé sous silence : le coût des protections hygiéniques. Sans accès abordable, c’est l'absentéisme scolaire, la perte de productivité au travail et la précarité qui s'aggravent. C'est pourquoi, au Cameroun, plusieurs associations militent pour que toutes les femmes puissent avoir accès à des serviettes hygiéniques et bénéficient de la tolérance et de la bienveillance de leur entourage.  En 2020, à Yaoundé au Cameroun, Caroline Weng et d'autres membres ont créé l'association Elles rayonnent ensemble. Leur crédo est de permettre l'accès aux serviettes hygiéniques pour les femmes et de réduire la précarité menstruelle. Une précarité qui est causée par un accès difficile à des produits de bonne qualité et à un prix raisonnable, ce que regrette Caroline Weng : « On est sur le prix le plus bas actuellement, 700 francs CFA par mois. Et ça, c'est pour celles qui ont un flux, on va dire... pas très abondant. Mais pour les autres, c'est au moins deux fois plus, donc on est à 1 400 francs CFA par mois. On a besoin soit d'antidouleurs, soit d'autres choses. Et donc, on monte facilement à 50 euros par an. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? Soit on sacrifie le côté santé et on va juste pouvoir s'offrir des protections menstruelles. Soit on n'a rien de tout ça et on se garnit avec un tissu pagne qu'on met sur nous. Ou bien, on ne va pas travailler ce jour-là parce qu'on a même pas de quoi se garnir et, du coup, parfois, l'employeur peut ne pas être très compréhensif. Il décide de lui "couper" son salaire ou de lui dire : "Écoute ! Si tu dois prendre cinq jours tous les mois ou trois jours, ça ne va pas être possible !" Le cycle de la pauvreté continue. Voilà la réalité vraiment telle qu'elle est en face. »  À lire aussi«Je mets des couches à la place»: face à la précarité menstruelle, certaines femmes sont contraintes au système D Libération de la parole L'association milite pour une TVA moins lourde sur un produit qu'elle considère comme étant de première nécessité. Caroline Weng fait du lobbying également dans les villages, dans les écoles, pour lever les tabous autour de cette question : « Le point qui me paraît le plus important à souligner, c'est vraiment la question de la libération de la parole autour de l'hygiène menstruelle, de la part des femmes et des filles en tout cas. Pour la gent masculine, c'est encore un peu compliqué, même si on a certains alliés. Mais il y a une évolution maintenant, surtout chez la plus jeune génération qui essaie juste de lever le tabou autour. On voit une nette évolution vraiment à ce niveau-là. »  Une amélioration dans une société patriarcale qui passe par la jeunesse, comme l'explique René Nwoes. Son association, Wake Up Ladies, organise des rencontres dans les écoles : « On fait la corrélation entre la bonne gestion de l'hygiène menstruelle et la régularité à l'école. Il s'agit de dire qu'il est important d'accompagner les jeunes filles durant leur période menstruelle, parce que si ce n'est pas fait, elles vont plutôt manquer les cours. Et si une fille manque les cours constamment, elle a moins de chances de pouvoir réussir en fin d'année. Cela progresse vraiment petit à petit, mais on voit le bon bout. »  Serviettes recyclables et coupes menstruelles  Des progrès menés grâce à un programme baptisé Sang pour sang unies pour la dignité. Un programme financé par l'Agence française de développement. Margaux Chinal est chargée de ce programme à l'Agence française de développement.  « Le programme Sang pour sang a effectivement tout un volet dédié à l'appui à des entreprises sociales et solidaires qui produisent des serviettes lavables. On a aussi des entreprises sociales qui ont choisi plutôt la coupe menstruelle. C'est une petite coupe en silicone qui s'insère en fait dans le vagin et qui permet de récupérer le sang menstruel, et on la vide au cours de la journée. Il faut idéalement que les femmes puissent avoir le choix et que ce choix soit fait de manière éclairée. Et pour cela, il faut qu'elles puissent avoir toutes les informations nécessaires sur la bonne utilisation des produits. On va avoir des projets de sensibilisation à l'hygiène et à la santé menstruelle dans les écoles. On va avoir des projets de plaidoyer au niveau des gouvernements. On a des exemples dans certains pays d'organisations qui ont déjà réussi à faire bouger un peu les lignes au niveau législatif. En plus des organisations de la société civile, on a un appui direct à 18 entreprises sociales et solidaires qui produisent des produits d'hygiène menstruelle grâce à ce programme-là », explique Margaux Chinal. En 2025, le projet Sans pour sang, qui est prodigué également au Bénin, en Côte d'Ivoire, en Guinée ou au Nigeria, a permis à 24 000 jeunes d'être sensibilisés à la santé menstruelle. Quelque 75 000 personnes ont bénéficié d'une éducation sur leurs droits, réduisant ainsi les risques sanitaires et améliorant la dignité des femmes. À lire aussi«Les jeunes sont en première ligne face à la précarité hygiénique»: quand se laver devient un luxe

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  4. 1 juin

    L'association sénégalaise Kinsiba offre une «Bulle de vie» aux victimes du cancer

    Être au soutien des femmes sénégalaises qui ont subi une mastectomie c’est la raison d’être de Kinsiba. Cette association dakaroise procure aux femmes victimes d’un cancer du sein une aide physique et psychologique pour surpasser cet épisode douloureux et souvent traumatisant de leur vie. Au début de notre interview, Dienaba Konaté, la fondatrice de l'association Kinsiba, nous raconte l'histoire d'une jeune Sénégalaise. Une anecdote emblématique, selon elle, de ce que doivent subir certaines femmes victimes d'un cancer.  « Une jeune fille de 24 ans qu'on a accompagnée. Elle avait une tumeur au cerveau. Encore étudiante, au niveau de son école ils prêtaient des ordinateurs pour que les étudiants puissent étudier. Et quand ils ont appris qu'elle était malade, on lui a repris son ordinateur. Sous couvert de : "Tu es malade, t'en auras pas forcément besoin longtemps. On va le donner à quelqu'un qui est mieux portant". Donc la violence de ça, c'est vraiment quelque chose de très difficile ! Quand on dit une personne a le cancer, on voit tout de suite la mort. Mais aujourd'hui, nous, on se positionne comme une alternative ».  Et cette alternative, c'est l'association Kinsiba qui, depuis deux  ans, a offert à plus d'une centaine de femmes des prothèses mammaires après des mastectomies, assorties d'un accompagnement psychologique et d'un coaching. Pour se réinsérer dans la vie sociale et professionnelle comme l’explique  Dienaba Konaté.  Être combatif pour affronter les épreuves de la vie « On travaille essentiellement avec des hôpitaux publics et le centre privé de cancérologie qui est à Ouakam. C'est eux qui nous réorientent les personnes. Si elles se font leur mastectomie, elles se retournent vers le service social qui ensuite nous contacte pour nous dire : "on a telle patiente, elle a un besoin de tant..." Et ensuite nous, on la rencontre, on prend les mesures. Ensuite, en fonction du stock, on remet la prothèse. On a pu collecter des fonds pour offrir plus de 100 prothèses. C'est très difficile de s'en procurer dans le pays parce que ce n'est pas forcément quelque chose de très répandu et pour peu qu'on en trouve, c'est extrêmement cher. En fait, on a lancé un parcours qui s'appelle le parcours "Bulle de vie". C'est un accompagnement sur quatre mois pendant lequel elles ont un accompagnement  psychologique, thérapeutique et en parallèle, elles font de la boxe-thérapie. Ouais ! ( rires ) la boxe, la boxe cela fait souvent sourire mais il faut être combatif pour affronter les épreuves de la vie ! Mais au-delà de ça, ça leur permet d'avoir une rééducation physique post mastectomie, c'est très intéressant ! Et pour celles qu'on a commencé à suivre, il y a effectivement un vrai changement parce que le plus dur, souvent, ce n'est pas la maladie, c'est vraiment de se sentir seul. Et là, le fait de pouvoir partager, de pouvoir "déposer" tout ce qu’elles emmagasinent parce qu’elles ne peuvent pas en parler, bah ça a joué énormément ! »   Fatou Fall, technicienne de 30 ans et mère de deux enfants, a subi une double ablation des seins. Pour elle, le programme « Bulle de vie », conçu par l'association pour se reconstruire physiquement et moralement, a été primordial.  Maman a des seins ! « Ils m'ont offert des prothèses que mes enfants ont beaucoup aimées. Parce que quand je suis rentrée avec les prothèses et que je les ai mises, j'ai une fille de 4 ans, la plus grande, elle me disait "Ah, maman a des seins !". Elle était contente ( rires). Ouais, en fait, ça m'a trop trop émue ! Après, j’ai rejoint l'association pour leur projet "Bulle de vie" et ça aussi, ça m'a beaucoup aidée, vraiment ! Elles nous proposent des séances de coaching et de sport comme la boxe, pour qu'on puisse reprendre confiance en nous. Ça fait du bien pour le corps, mais aussi ça nous permet de dégager les émotions négatives parce qu'on se libère, je peux dire, parce qu'on souffre à l'intérieur. Ça fait mal, comme on dit. Avec le sport, on extériorise. Grâce aux séances de coaching, j'ai pu reprendre confiance en moi, affronter les gens et arrêter d'hésiter à me dire que  je vais me faire rejeter. Bon, ça va, hamdoulillah, maintenant je gère bien ma vie, même si parfois y a des hauts, y a des bas, y a des jours sans et des jours avec... »  Dégager les émotions négatives L'association qui fonctionne sur fonds propres et l'appui de quelques donateurs a permis de prendre en charge 138 femmes atteintes d'un cancer sur Dakar. Le prochain projet est de construire une maison de santé intégrée sur la ville de Diamniadio.

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  5. 29 mai

    Au Sénégal, Kalao, une brasserie au goût du succès ... et du fonio

    À La Somone, sur la Petite Côte sénégalaise, la brasserie artisanale Kalao, fondée en 2021, réinvente l’art brassicole avec des bières 100 % locales, à base de fonio, mil, riz et gingembre. Une microbrasserie artisanale, engagée dans une démarche écoresponsable et éthique qui valorise les céréales sénégalaises et multiplie les projets. C'est parce qu'il ne trouvait pas de bière faisant écho à ses racines africaines que le Franco-Camerounais Raphaël Hilarion a décidé, il y a cinq ans, avec son épouse Marie, de fonder sa propre marque de bière, Kalao.  « Moi, je vivais à Paris et pour me rappeler un petit peu mes origines et mon enfance, j'allais souvent dans des restaurants africains. Et comme j'aime beaucoup la bière, je cherchais à retrouver un goût, une identité africaine. Alors évidemment, on trouve toujours la Gazelle, la Flag, mais je ne trouvais pas un goût bien spécifique. Et j'ai commencé à chercher des bières artisanales africaines. Je me suis aperçu qu'il n’y en avait pas et qu'on n'en trouvait pas du tout ni en Europe et très peu en Afrique. Et l'idée est partie de se dire : "Comment est-ce qu'on peut créer une identité d'une bière africaine ?" De se dire : "Il existe énormément de céréales en Afrique de l'Ouest. On sait aussi qu'il y a de la bière ancestrale en Afrique. Et comment arriver à trouver un mélange entre la tradition africaine et celle européenne ?" Et c’est ainsi qu’on a voulu créer une bière métissée ». Une bière métissée L'un des éléments de base de cette bière est le fonio ou le mil, plutôt utilisé jusqu'ici pour les petits déjeuners, pour du dégué ou du thiakri, ce qui a intrigué les groupements de paysans avec lesquels travaille Raphaël.  « Oui, un petit peu ! C'est vrai que la plupart nous prenaient vraiment pour des extraterrestres en se disant : "Mais comment ? Comment est-ce que tu veux faire de la bière avec cette céréale qui sert pour le petit-déjeuner au Sénégal ?" Et nous, ce qu'on faisait, c'est qu'on allait les voir. On leur montrait à quoi ressemblait cette bière-là, pourquoi aussi c'était important de valoriser leurs céréales et de dire qu'il était possible de faire autre chose avec. Et surtout, le fait que ces céréales-là sont sans gluten aujourd'hui, c'est un énorme atout. En fait, c'est le consommateur maintenant qui cherche à boire correctement avec des céréales totalement différentes qui ont un apport nutritionnel important. »  D'une vingtaine de litres à ses débuts, Kalao brasse aujourd'hui 30 hectolitres à La Somone et l'un des projets de la brasserie est de s'associer avec les moines de l'abbaye bénédictine de Keur Moussa, comme l’explique Marie Dore, cofondatrice de Kalao.  Montrer au reste du monde ce qu'il est possible de faire en Afrique de l'Ouest « On sait que les moines bénédictins travaillent beaucoup la terre, ils produisent, ils ont des champs et ce sont de vrais épicuriens, donc ils sont vraiment déjà connus pour leurs produits. Et nous, on s'est déjà posé la question parce qu'étant férus de bière, de savoir s'il existait en Afrique une bière d'abbaye. On s'est rendu compte que ça n'existait pas. On s'est dit que cela serait formidable de faire une collaboration et de brasser ensemble et aussi de montrer au reste du monde ce qu'il est possible de faire en Afrique de l'Ouest, au Sénégal, des bières d'abbaye de qualité, uniques en leur genre. »  Valoriser la richesse des produits de la terre sénégalaise, c'est une évidence que nous décrit Frère Thomas, l'un des moines bénédictins de l'abbaye de Keur Moussa. « Les moines ont une vieille tradition de brasserie et ça fait partie également de leur programme de vie, c'est-à-dire "Ora et labora, prie et travaille". Alors, les moines ont commencé à brasser à partir du 6ᵉ et 7ᵉ siècle et, inspirés sans doute par saint Benoît qui est notre saint patron, les moines ont une longue tradition d'hospitalité. Quand un hôte arrive, on lui sert les produits du monastère et donc la bière en faisait partie autrefois. »  Une alimentation plus saine qui gagne à être connue  À Bruxelles, en Belgique, Sandrine Vasselin tient la Maison des poivres et des épices, baptisée Misao. D'origine congolaise, elle fournit à un autre brasseur belge, Cantillon, des épices africaines et elle se réjouit de l'émergence de microbrasseries sur le continent.  « Je pense qu'il en était temps. Mais je pense que maintenant les gens veulent un peu plus de goût. Ils veulent un peu plus dans une bière d'authentification. Et je pense que oui, c'est le moment ! C'est le moment de mettre en avant tout ce patrimoine, nos céréales, dont la majorité est sans gluten, et ils mettent en avant une alimentation plus riche, plus saine, qui gagne à être connue. » La bière Kalao poursuit son bonhomme de chemin sur les tables des restaurants à Dakar ou à Paris. Quant à la bière des Bénédictins, la première cuvée sera vendue à partir du 7 juin à l'abbaye de Keur Moussa, une mousse après la messe dominicale à consommer avec modération. À lire aussiLe Sénégal découvre la saveur des bières artisanales

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  6. 26 mai

    Des cultures saines et vertueuses au Burundi, c'est simple comme un coup d'agroécologie!

    L’ONG Inades porte depuis huit ans le programme Tapsa, une initiative visant à renforcer au Burundi la souveraineté alimentaire et à promouvoir des pratiques agricoles durables. Ce programme s’inscrit dans une dynamique de soutien aux petits producteurs et aux communautés rurales pour bâtir un avenir plus résilient et équitable en matière alimentaire. L’ambiance était festive et agro-pédagogique au festival CCFD-Terre solidaire qui s'est tenu à Lectoure, dans le sud de la France, ce week-end du 9-10 mai. L'association française et l'ONG burundaise Inades présentaient aux festivaliers, entre autres, les formations entamées il y a huit ans pour convertir les paysans à une agroécologie plus responsable et plus saine pour l'estomac des consommateurs, comme pour la préservation de l'environnement.  « On a mené des études et puis on a constaté qu'effectivement, l'utilisation des produits chimiques a des effets néfastes sur la santé de l'homme et sur la santé du sol. Et c'est ainsi que nous avons pu convaincre les producteurs burundais de diminuer l'utilisation des produits chimiques de synthèse et on propose des alternatives en termes de biopesticides et de biofertilisants, explique Joseph Nigeze, le directeur de l'Inades Burundi qui met en œuvre ce programme Tapsa (Transition vers une agroécologie paysanne au service de la souveraineté alimentaire). Les paysans burundais ont été d'accord parce que pour eux, l'objectif c'est d'augmenter la production. Mais la valeur ajoutée, c'est de produire de façon saine, d'avoir une alimentation saine et durable. Ainsi, si on économise aussi les engrais, on économise aussi la santé ».  La campagne Tapsa a permis de former près de 4 000 foyers paysans au Burundi. Et de concerner 23 000 individus avec des techniques simples, peu coûteuses et efficaces.  « On a identifié les plantes pesticides qui sont favorables pour la lutte contre les maladies des plantes, poursuit Joseph Nigeze. Il y a notamment le neem, il y a le Tithonia ou encore la cendre. Donc nous avons proposé toute une série de produits naturels qu'ils ont trouvés intéressants et qui les aident à lutter contre les maladies des plantes et à conserver les stocks des producteurs ».  Une production plus rentable « La production, avec l'usage des biofertilisants sur certaines parcelles, a varié de 30% à 40% en plus, surtout pour le haricot et le maïs, souligne Marie Reine Ndoricimpa, elle est agronome et responsable du projet Tapsa pour le volet formation des paysans. Mais pour le bananier, c'est plus de 100% ! En termes de prix, le prix des engrais chimiques varie entre 2 500 et 3 000 francs burundais le kilo. Pour la fumure, promue dans le cadre du Tapsa, c'est moins de 1 000 francs burundais par kilo. C'est aussi une fumure qui est de bonne qualité et appréciée par les producteurs ».  Le programme Tapsa, porté par le CCFD, est financé, entre autres, par l'Agence française de développement et concerne le Burundi, le Rwanda, la RDC, le Mali, le Burkina Faso ainsi que le Sénégal et le Niger. « On accompagne des acteurs locaux qu'on finance pour mettre en place des initiatives auprès de leurs propres membres producteurs. Donc il y a beaucoup de formations, de mise en place de champs-écoles, de mise en place de fermes pilotes, par exemple, liste Coline Podlunsek, responsable du projet Tapsa au CCFD. Des échanges aussi entre paysans, de pair à pair, sur différentes techniques. On va être sur des techniques de compostage, de fumure, de production de biopesticides, de bio-intrants. Ils vont aussi mettre en place des cases de semences paysannes, notamment sur les semences maraîchères, pour favoriser la maîtrise de la multiplication de la semence et le stockage. On va se concerter autour de la préservation d'une ressource, d'un lac pour la pêche par exemple, axé sur les bonnes pratiques certes, mais aussi avec beaucoup de sensibilisation des consommateurs ou des élus pour favoriser le financement de ces actions-là ».  Depuis qu'il est en place, ce programme d'agroécologie au Burundi a permis de régénérer plus de 750 hectares de surface agraire. Une nouvelle phase de quatre ans de gestion durable en milieu paysan devrait commencer en 2026. À lire aussiPas de «trucs bizarres»  dans le karité guinéen de Mama Sango

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  7. 24 mai

    Naïma, une poupée «ludo-identitaire» ivoirienne

    Naïma est une poupée noire qui ressemble aux petites filles qui jouent avec depuis maintenant près de onze ans en Côte d'Ivoire, et à présent au-delà des frontières ivoiriennes. Sa maman s'appelle Sara Coulibaly. Elle est la porteuse de ce projet d'un jouet qu'elle surnomme elle-même « ludo-identitaire » en proposant aux enfants africains des jouets qui leurs ressemblent. Dans ses bureaux de la Palmeraie à Abidjan, Sara Coulibaly, la maman de la marque Naïma Dolls, a fait d'un défi ludique pour sa première fille une entreprise prospère. Une réussite qui a débuté, comme souvent, avec une bonne idée et trois bouts de ficelle : « Je pense que je suis la première, en Côte d'Ivoire, à avoir pensé aux petites filles africaines en se disant que ce n'est pas normal qu'on joue avec des jouets qui ne nous ressemblent pas. » Une production de 150 000 poupées par an désormais « On a commencé à créer des petites Naïma, pour la petite Naïma à qui j'ai donné vie il y a 11 ans maintenant. Ma mère, ma grand-mère, tout le monde a mis la main à la pâte dans ce projet. On n'a pas commencé avec grands moyens : c'était 500 poupées, un site internet, sur fonds propres et beaucoup, beaucoup de courage et de passion » , poursuit Sara Coulibaly. Naïma, une jolie poupée noire aux cheveux crépus, s'arrache dans les magasins de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, du Gabon ou même encore en Europe et aux États-Unis. Victime de son succès, la production est passée, en 11 ans, de quelques centaines à 150 000 pièces par an. Mais pour répondre aux normes internationales, il a fallu abandonner le conditionnement et les robes façonnées à Abidjan pour une fabrication à l'étranger. C'est le revers d'une médaille qui a quand même permis à Naïma Dolls de passer d'une dizaine de salariés à près de 50 aujourd'hui. Et avec une idée bien précise pour Sara Coulibaly : « On a abandonné le conditionnement local pour aller à la quête du volume, pour ensuite récupérer la production et développer un marché véritablement en Afrique. Donc oui, j'assume d'avoir changé le lieu de production pour gagner en qualité, gagner en volume et pouvoir aller à la conquête de nouveaux marchés de façon beaucoup plus digne. Parce qu'une marque africaine vient des fois avec ses stéréotypes en termes de qualité. Et pour nous, la qualité, les normes, c'était très important. Il fallait qu'on puisse passer toutes les frontières en se disant que ce n'est pas parce que c'est une marque africaine qu'elle ne peut pas être vendue aux États-Unis, etc. Et maintenant que c'est fait, on peut maintenant espérer récupérer la production en Côte d'Ivoire. »  Une « ''ludo-éducation'' dédiée à la jeunesse ivoirienne » La marque a diversifié ses jeux pour développer ce que Sara appelle la « ludo-éducation » dédiée à la jeunesse ivoirienne : « La ''ludo-éducation identitaire'', c'est simplement utiliser le jeu pour rétablir tout ce qui est le gap en termes de connaissance de soi, de son identité et de sa culture. Dans la main, j'ai un jeu de cartes, un puzzle sur la Côte d'Ivoire où on peut découvrir les richesses du pays, où il y a des illustrations de toutes les personnalités qui ont pu marquer la Côte d'Ivoire. Et on a fait la même chose sur les villes de la Côte d'Ivoire. On a plusieurs jeux de société qu'on a développés comme ça, où on apprend aux enfants, ivoiriens ou non, à découvrir la Côte d'Ivoire et l'Afrique de façon plus générale. On donne ainsi des billes pour ouvrir des discussions intergénérationnelles, interculturelles et puis, transmettre toujours un bout de la Côte d'Ivoire à tout le monde. »  Parmi les dernières créations : Le grand secret du musée, un livre illustré et coédité par l'Unesco, sous la direction de Maïmouna Camara, chargée du programme Culture à l'Unesco d'Abidjan : « Pour la transmission de nos valeurs, il faut qu'on puisse impliquer de plus en plus les enfants et les adolescents pour expliquer, dans un langage assez accessible, certaines thématiques que nous portons. C'est la raison qui nous a poussé à travailler avec Sara Coulibaly, pour permettre aux adolescents de mieux s'approprier leur patrimoine culturel, pour parler du Djidji Ayôkwé, pour que tous ces enfants ivoiriens puissent connaître l'histoire de ce tambour-parleur. »  Le livre consacré au tambour Djidji Ayôkwé a été présenté au salon du livre d'Abidjan. Le prochain ouvrage permettra à Naïma de faire découvrir aux enfants ivoiriens l'histoire de la ville de Grand-Bassam.

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  8. 4 mai

    À Maurice, l'intelligence artificielle au secours de la dégénérescence cognitive

    Sur l'île Maurice, une femme a mis au point une application afin de permettre aux personnes victimes d'Alzheimer de compenser leur vie handicapée par la perte de mémoire avec un assistant sur smartphone. C'est parce qu'elle a pu bénéficier, avec 29 autres femmes africaines, du programme African Women in Tech and AI, sorte de pépinière à talents pour les nouvelles technologies, que Maleika Meh Nigar a développé son projet d'application pour aider les malades d'Alzheimer. « Je suis en train de développer une application qui s'appelle AlzamAId. Nous avons une population qui est très âgée, et donc, on a beaucoup de problèmes associés à cela. Alzheimer est une maladie liée à la mémoire. Dans ce projet, je travaille sur une application qui va aider ces personnes-là à mieux vivre et à être indépendantes », explique-t-elle. Maleika Meh Nigar poursuit : « Ce n'est pas que pour les patients. L'appli a également un composant qui va aider les ''care givers'' (''accompagnants''). On aura des notes pour effectuer les routines, pour prendre les médicaments, pour faire un tracking. Parce qu'avec cette application-là, il y a un bracelet qu'on met au patient. Et donc, on peut le suivre et le retrouver s'il oublie son chemin, comment rentrer chez lui... Comme il y a un agent intelligent, il peut enregistrer les mouvements des patients, et ainsi, on peut prendre ces infos pour concevoir des modèles et devenir plus performants avec le temps. » AlzamAId, l'application de Maleika permet, par le biais d'un smartphone et d'un bracelet intelligent, de mesurer et de s'adapter avec l'IA aux besoins des malades. « Pour les smartphones, explique la chercheuse, il y aura des applications pour les patients et pour les "care givers". Pour les membres de la famille, c'est très difficile. Certains sont proches du burn-out. Ils sont fatigués et parfois, ils ne savent pas quoi faire : notre application prévoit aussi un accès à une communauté avec laquelle on peut discuter de cela, se donner des conseils. » Cette solution d'une application intelligente serait d'un grand bénéfice pour la médecine, estime, à Port-Louis, le docteur Geeta Dorkhy, qui collabore avec Maleika à ce projet : « En collaborant, on pourrait améliorer la recherche, mais également progresser avec les données qui nous manquent, spécifiquement sur le déclin cognitif. Actuellement, le professeur Maleika travaille avec l'équipe multidisciplinaire pour avancer sur la recherche. Cela devrait aider à promouvoir des solutions de santé publique et à avoir plus d'aides locales et internationales. » AlzamAId, le projet de Maleïka, pourrait aboutir d'ici l'année prochaine grâce au financement du programme African Women in Tech and AI de  l'UNESCO en partenariat avec AI Movement, un incubateur basé au Maroc, à Rabat, qui accompagne les projets de 30 femmes africaines pour leur start-up dans la tech ou bien l'intelligence artificielle.

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