Lightning Field est une série de compositions réalisées exclusivement sur synthétiseurs modulaires. Le projet part d’une contrainte volontaire : abandonner temporairement les instruments acoustiques, les voix et les field recordings qui traversent habituellement mon travail, afin d’explorer ce que les systèmes électroniques peuvent générer.Le synthétiseur modulaire est un paratonnerre planté au cœur de la nuit.Une tige de cuivre, des câbles et des plaques d’aluminium tendues vers l’invisible, prêtes à capter ce que l’air transporte, ce que le monde retient, ce que le cosmos laisse tomber comme une lente pluie d’électricité.Chaque module est une chambre de résonance pour la foudre.Chaque câble, une veine tendue entre deux tensions.Chaque oscillateur est un cœur fictif attendant le choc d’une nouvelle charge.Le synthétiseur modulaire fonctionne comme un système météorologique miniature, une tempête dont l’architecture interne a été mise à nu.Lorsque tu effectues un patch, tu ouvres un passage, un couloir à travers la matière invisible.Tu traces un itinéraire pour qu’une force te traverse.Tu tends un piège à la lumière.Devant lui, tu n’es pas un compositeur : tu es un paratonnerre humain.Un corps relié à un organisme plus grand que vous-même.Votre main guide, certes, mais elle suit aussi ce qui la dépasse.Elle cède aux accidents, aux micro-charges, aux infimes déviations.Chaque respiration, chaque hésitation, chaque tremblement, aussi léger soit-il, se répercute à travers le réseau de câbles, comme si le système amplifiait votre propre champ électrique.Dans ces moments-là, le synthétiseur modulaire ne se contente pas de produire du son…il dégage une atmosphère.Il libère ce qui, jusque-là, stagnait dans la pièce, dans votre esprit.Il transforme le brouillard intérieur en fréquences, le tumulte du monde en impulsions.Ce n’est plus un instrument, mais une machine à tempêtes intimes.Certaines notes jaillissent comme de lents éclairs, d’autres comme des grondements souterrains.Les séquences se frottent les unes contre les autres, s’ionisant.C’est comme si le synthétiseur modulaire, lui aussi, attendait que quelque chose frappe.Qu’une intuition, un souvenir, une impulsion sauvage déclenche la chute d’un son.Et quand cela se produit, quand le réseau est parfaitement accordé, quand la main, la machine et l’atmosphère sont en phase,le synthétiseur modulaire devient un axe se dressant entre deux mondes.Un appareil vertical : le ciel abstrait des tensions électriques et la terre concrète de ton propre corps.Il attire la tempête pour la canaliser, pour la transformer en rythme.Le son n’est plus fabriqué.Il est capturé.Guidé.Transformé.