Au Sénégal, s’il est un secteur qui résiste à la crise, c’est celui du luxe. Confectionnés à Dakar, les vêtements et accessoires haut de gamme créés par les stylistes sénégalais font mouche grâce à une clientèle africaine et internationale. Avec notre correspondante à Dakar, Derrière la porte d’entrée, un appartement aux gigantesques baies vitrées, vue sur la mer et la mosquée de la Divinité. Bienvenue chez Solo Studio, une marque de sac à main de luxe créée par une ex-cadre de l’agro-industrie, Nogaye Diop. Sur une table en verre, quatre sacs à main sont exposés, trois en cuir rose, blanc et rouge, avec une anse en forme de corne d’animal et de coquillage Cauri. « On est une marque artisanale, explique Penda Niang, cheffe des ventes, on produit petit à petit, tout est fait à la main par des artisans ici au Sénégal. » Créée il y a 3 ans avec des sacs entre 775 dollars (430 000 FCFA) et 980 dollars (545 000 FCFA), la marque se fait repérer sur les réseaux sociaux à l’étranger. La clef du succès vient avec « les célébrités qui ont fait connaître la marque : Selena Gomez, Jenna Ortega… Ça a créé un essor sur les réseaux sociaux, poursuit Penda Niang, ça a propulsé notre marché américain, sud-africain, français… » Car si partout au Sénégal la consommation de produits haut de gamme a plutôt baissé depuis deux ans, le carnet de commandes de Solo Studio, lui, continue de grimper. À écouter dans 8 milliards de voisinsComment favoriser l’émergence du luxe en Afrique ? Encore trop de barrières douanières Fatima Zahra Ba, elle, a créé la marque So’Fatoo, en plein cœur de Point E. En 12 ans d’existence, elle est devenue une référence, en confectionnant des vêtements de cérémonie qui associent la tradition du boubou à des coupes occidentales. Mais ici aussi, même constat : si l’activité au Sénégal a baissé depuis deux ans, la recette pour survivre, pour Fatima Zahra Ba, c’est l’exportation. « On a multiplié les partenariats avec les revendeurs, explique-t-elle. On a aussi su s’adapter en créant de nouveaux produits moins chers, des produits d’appel pour toutes les personnes qui aiment la marque mais qui n’avaient pas forcément les moyens de se procurer du So’Fatoo. » Si l’année 2026 commence mieux que l’année 2025 en termes de vente, Fatima Zahra Ba est catégorique : les marques sénégalaises pourraient croître avec beaucoup plus de facilité s'il y avait moins de barrières douanières. « Il y a des frais de douane à l’entrée de l’Union européenne et aux États-Unis, ce qui fait que le produit revient beaucoup trop cher pour les clients étrangers. » D’autant que la matière première qui sert à So’Fatoo à fabriquer ses vêtements doit être importée, en l’absence d’industrie du textile et de transformation, pour l’heure, du coton sénégalais. À lire aussiLe coton invendu s'accumule et impacte tout les maillons de la chaîne