Depuis plus de 40 ans, le Cully Jazz Festival en Suisse promeut un multiculturalisme assumé. L’éclectisme de ce rendez-vous printanier au bord du Lac Léman ne s’est jamais démenti. Du 10 au 18 avril 2026, la 43ème édition n’a pas failli à la règle en accueillant des artistes de tous horizons, de Théo Croker à Fatoumata Diawara, de Michelle David à Anouar Brahem... Une inclinaison cubaine a notamment orienté nos micros et nos oreilles vers les prestations du duo Roberto Fonseca/Vincent Segal et du toujours surprenant Richard Bona. Si l’esprit des musiques afro-latines nourrit depuis toujours l’inspiration du bassiste Richard Bona, son album Heritage paru en 2016 en fut une patente confirmation. Depuis l’aventure « Mandekan-Cubano », il y a 10 ans, l’humeur caribéenne de ce virtuose absolu capte notre attention tant l’authenticité de ses interprétations laisse bouche bée. Le 17 avril 2026, sa présence scénique, son humour, ses éclectiques acrobaties vocales et instrumentales ont épaté le public suisse qui ne parvenait pas à le laisser quitter la scène après 90 minutes de plaisir indicible. Richard Bona virevolte dans des univers sonores qu’il maîtrise parfaitement. Il joue avec les spectateurs, entouré d’une équipe de jeunes loups fort talentueux venus des quatre coins de la planète, Madagascar, Italie, France… Du haut de son universalisme assumé, le maestro joue sans malice avec les intonations, les accents sonores, et parvient à unir une foule de curieux et de fans invétérés dans un élan de générosité manifeste. Richard Bona le dit lui-même : il s’ennuie vite ! Alors, pour déjouer la monotonie, il se lance des défis, multiplie les projets, les expériences, les audaces. Sous le grand chapiteau de Cully, sa ferveur était communicative et profondément sincère. Le lendemain, une proposition musicale plus intimiste ensorcelait les quelques dizaines de privilégiés venus assister, au Temple de Cully, à la prestation de deux incroyables instrumentistes. Là encore, l’intention œcuménique était évidente. Le violoniste français Vincent Segal et le pianiste cubain Roberto Fonseca présentaient le fruit savoureux de leur mélodieuse association. Là encore, le désir de faire tomber les barrières culturelles légitimait ce merveilleux dialogue porté par des notes sensibles et limpides. L’acoustique de ce lieu de recueillement invitait aussi à cet échange entre deux citoyens du monde. Qu’ils soient originellement issus de contrées, dont les traditions pourraient paraître lointaines, ne fut pas un frein à leur hardiesse rythmique et harmonique. Véritables puits de science musicologique, Vincent Segal et Roberto Fonseca n’ont pas d’œillères et savent idéalement créer des passerelles entre plusieurs idiomes hérités de leurs patrimoines ancestraux. Le répertoire de cette « Nuit Suisse à Cully » restituait magistralement la fameuse « Nuit Parisienne à La Havane », dernière production discographique d’un duo envoûtant acclamé à sa juste valeur. ⇒ Le Cully Jazz Festival ⇒ Le site de Richard Bona ⇒ Le site de Roberto Fonseca. Titres diffusés cette semaine : « Te Misea » par Richard Bona (Live à Cully 2026) « O Sen Sen Sen » par Richard Bona (Album : Live – Bona makes you sweat) « Rumbo a ti » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Album : Nuit parisienne à La Havane) « Soul Kiss » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Live à Cully 2026) « Nuit parisienne » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Album : Nuit parisienne à La Havane).