Il y a une phrase que j’entends souvent, dans les laboratoires, dans les couloirs des congrès, dans les conversations qui traînent après une réunion « De toute façon, on ne peut rien faire. » ou encore “On verra bien”. Le métier change, les groupes grossissent, la nomenclature baisse, l’IA arrive. Et le biologiste, lui, valide ses bilans, rentre chez lui, et recommence le lendemain. Puis il y a Augustin ABADIE. Augustin a 26 ans. Il finit son internat de biologie médicale au CH de Perigueux. Sur le papier, c’est un interne. Dans les faits, il est déjà autre chose. Il est co-responsable scientifique chez BioV2 une start-up qui développe des solutions digitales innovantes pour une biologie médicale pertinent et accessible. Il a créé une série pédagogique, « Dr Gus », où il raconte la malédiction de Toutânkhamon et un pape de la Renaissance à travers la microbiologie. Il connaît les décideurs des grands groupes, les entrepreneurs du secteur, les internes qui bougent. Il monte des projets. Et quand je lui demande comment tout ça a commencé, il me raconte un message LinkedIn. Un seul. Envoyé à quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Ce qui frappe, dans le récit d’Augustin, c’est qu’il n’a rien fait d’extraordinaire. Il a fait ce que tout le monde pourrait faire, et que presque personne ne fait. Il a osé. Il le dit avec une simplicité désarmante : « Il faut oser, et tout se passera bien. Et puis au pire, on se prend un vent quand on envoie une demande d’ami sur LinkedIn. » Pendant ce temps, l’internat continue. 4 ans. On y apprend à valider des résultats, à connaître les machines, à gérer l’urgence. C’est beaucoup, et c’est nécessaire. Mais Augustin pose le doigt sur ce qui manque : « La fac te prépare à être un bon scientifique. Mais elle ne te prépare pas au reste. » Le reste, il a fallu aller le chercher. Traverser la rue. Poser des questions. Envoyer des messages. Se prendre des vents. Et découvrir, au passage, que la plupart des gens sont ravis qu’on s’intéresse à ce qu’ils font. Ce parcours, tous les personnes qui réussissent l’ont ! il n’y a aucun secret ! Ce qu’Augustin construit, il l’appelle « la maison du biologiste ». C’est une image qu’il utilise en passant, et elle raconte presque l’essentiel. Chaque projet est une fondation. Le CH lui donne la légitimité clinique. BioV2 lui ouvre l’informatique et la gestion de projet. La création de contenu lui apprend la communication. Aucun de ces morceaux, seul, ne fait un métier. Ensemble, ils font autre chose. Ils font un biologiste capable de dialoguer avec la science, la tech, la communication et la finance. Et c’est exactement le profil dont le secteur aura besoin. Quand je lui demande quelle est sa spécialité, il ne cherche pas longtemps. « Ma vraie spécialité, c’est de ne pas en avoir. » Ce qu’il faut regarder en face L’épisode n’est pas un discours d’optimisme facile. Augustin est lucide, et parfois dur. Il parle de la crise de vocation en biologie libérale. Des internes qui fuient la ville parce qu’on leur a vendu l’image d’un biologiste réduit à appuyer sur un bouton. De l’IA qui, il le dit sans détour, saura demain valider un bilan mieux et plus vite que nous. Et il en tire la seule conclusion possible : il faut aller chercher la valeur ajoutée ailleurs. Dans la juste prescription. Dans le dialogue avec le clinicien. Dans la proximité avec le patient. Dans ce que la machine ne fera pas. Il cite Gramsci, en clôture, et ça résume l’épisode mieux que je ne saurais le faire : « Allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté. » Voir la réalité en face. Et agir quand même. Si vous êtes interne et que vous vous demandez ce que vous ferez après, écoutez-le. Si vous êtes biologiste et que vous avez le sentiment de tourner en rond dans un métier que vous aimez pourtant, écoutez-le. Et si vous avez, quelque part, un projet que vous n’avez jamais osé lancer, un message que vous n’avez jamais envoyé, une porte à laquelle vous n’avez jamais frappé, écoutez-le surtout. Parce qu’il y a une question qu’Augustin renvoie, sans jamais la poser directement. Tout ce que vous ratez, en n’osant pas. Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe