Alors que la guerre au Moyen-Orient inquiète de nombreux Européens, l'Union européenne affiche un taux de chômage inférieur à 6 %. Cependant, la crise énergétique pèse sur les entreprises et suscite des questions sur l'avenir de l'emploi. Pour en parler, nous recevons Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne. Une stratégie pour sortir 100 millions d'Européens de la pauvreté La Commission européenne a lancé sa première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, un signal politique fort selon Roxana Mînzatu. Elle rappelle qu'un Européen sur cinq est aujourd'hui en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. "On a presque 100 millions d'Européens qui sont en risque de pauvreté, en risque d'exclusion sociale. On parle de la pauvreté des enfants, du sans-abrisme, du logement, du coût de la vie", explique la vice-présidente exécutive de la Commission. Parmi les outils envisagés, une directive européenne sur l'accès au travail des personnes sans emploi, qui fixerait des conditions minimales communes pour l'accompagnement des demandeurs d'emploi dans les États membres. La Commission prépare également une loi sur les emplois de qualité, attendue en décembre, qui entend concilier compétitivité et salaires décents. "La compétitivité et la prospérité sont les buts importants de l'Europe. Mais ça doit être réalisé en soutenant des emplois de qualité, des salaires qui permettent aux gens d'assumer le coût de la vie." Cinq millions d'enfants à sortir de la précarité : un objectif sans budget dédié Sur les 19 millions d'enfants européens en risque de pauvreté, la Commission s'est fixé l'objectif d'en sortir cinq millions. Mais la stratégie ne prévoit pas de budget propre. Les négociations sur le cadre financier pluriannuel sont en cours, et le Fonds social européen – doté d'environ 100 milliards d'euros dans le prochain cadre –, devra assumer une part importante de l'effort, avec un plancher de 14 % d'investissement social garanti par pays. Neuf morts par jour au travail : "c'est inacceptable !" Chaque jour, neuf Européens décèdent sur leur lieu de travail. Un chiffre que Roxana Mînzatu qualifie d'"inacceptable", alors même que la législation européenne a permis de réduire de 70 % les accidents mortels au travail en trente ans. La Commission entend aller plus loin en intégrant dans la future loi sur les emplois de qualité les risques psychosociaux et ceux liés aux conditions climatiques extrêmes. "La vision avec laquelle on travaille en Europe, c'est un objectif zéro sur les morts au travail." Intelligence artificielle : opportunité et risque pour le monde du travail Sur l'impact de l'intelligence artificielle (IA), la vice-présidente exécutive européenne appelle à une discussion sociétale sérieuse, tout en reconnaissant que personne ne peut aujourd'hui mesurer avec certitude les effets sur l'emploi. Elle annonce, pour novembre 2026, un paquet législatif sur l'éducation, qui comprendra des mesures pour développer la culture numérique en Europe et intégrer l'IA dans les écoles. "L'IA est en réalité une grande opportunité, mais aussi une vulnérabilité. On a besoin de compétences parce qu'on voit déjà des travailleurs qui utilisent l'IA chaque jour sans avoir eu de formation dédiée.", explique-t-elle. Austérité ou relance ? Bruxelles cherche l'équilibre Interrogée sur la demande de l'Italie d'obtenir des dérogations au pacte de stabilité pour faire face à la flambée des prix énergétiques, Roxana Mînzatu défend la position de la Commission : trouver l'équilibre entre règles budgétaires et investissements sociaux, sans opposer compétitivité et cohésion. "Une société forte peut contribuer à une économie forte, l'un sans l'autre ne sont pas possibles", poursuit-elle. La montée des droites populistes : "Écoutons les problèmes concrets des citoyens" Sans porter de jugement sur les choix électoraux des Européens, Roxana Mînzatu estime que la réponse aux populismes passe par des politiques sociales plus efficaces et plus crédibles. Les préoccupations des citoyens, dit-elle, ne sont pas idéologiques : ce sont le salaire, le coût de la vie et l'avenir de leurs enfants. "C'est leurs problèmes concrets et la confiance qu'ils ont dans les politiciens sur les solutions qui leur importent", conclut-elle. Une émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Aline Bottin et Oihana Almandoz