Des violences et des affrontements ont duré jusqu'à tard dans la soirée hier à Paris, au lendemain d'une journée de mobilisation massive dans le pays. « Ils étaient cinq fois plus, rapporte Libération, cinq fois plus que les 150 000 manifestants anticipés par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Samedi 17 octobre, entre 500 000 à 800 000 personnes ont défilé dans les rues de France, pour l’essentiel dans le calme », relate le journal français. « Un écart qui interroge : le gouvernement et les forces de l’ordre ont-ils suffisamment pris au sérieux les appels à manifester de ce week-end ? Les critiques et les questions fusent quant à la gestion de cette journée, jusqu’au sommet de l’État », poursuit Libération, qui veut faire dans ses pages, « l'anatomie d'un fiasco ». « Il était à peine 12h20, sur la place de la République, à Paris, lorsque le gaz lacrymogène a commencé à se répandre dans le ciel, accompagné par des explosions de grenades assourdissantes. Soit près de deux heures avant le départ officiel du cortège. Des scènes similaires ont été observées à Marseille, à Bordeaux aussi, où le rassemblement a dégénéré en une dizaine de minutes à peine. Même situation à Clermont-Ferrand. À chaque endroit, ces manœuvres ont scindé les cortèges, favorisant la dissémination des groupes et une perte de contrôle des forces de police. Une stratégie qui a favorisé toute cette casse que l’on a observée », analyse Sébastian Roché, sociologue spécialiste des pratiques policières, dans les pages de Libération, qui s'interroge sur le nombre de policiers potentiellement insuffisant, mais samedi en fin de journée, Laurent Nuñez assurait pourtant « ne pas avoir sous-dimensionné le dispositif ». Emmanuel Macron a pris la parole face à la situation Il « s’est engagé dimanche à répondre à certaines revendications des manifestants, mais sans donner de précisions », estime le New York Times, outre-Atlantique. À part les condamnations de rigueur, il n’a présenté « aucune concession concrète aux manifestants, se contentant d’affirmer qu’à six mois de la présidentielle, la France avait besoin d’ordre, d’apaisement et pas d’une escalade ». Depuis Madrid, El Pais déplore le fait qu' « il n’a pas eu un seul mot pour les étudiants mutilés par les engins explosifs de la police ». La Vanguardia de son côté, juge que le dirigeant français est apparu « quelque peu impuissant, se limitant à des formules de circonstance », alors que « le conflit ne montre aucun signe d’essoufflement ». Les réactions internationales évoquent un mouvement de la jeunesse européenne Le Japan Times parle de « certaines des pires violences de rue qu'ait connues la France depuis des années, avec des pillages et des monuments incendiés ». Depuis New Dheli, « les manifestations en France ont donné l'impression d'être en guerre » ajoute de son côté le Hindustan Times. « Paris se réveille dévastée après une nuit d'horreur », renchérit Clarin à Buenos Aires, désolation, destruction et un avenir sombre ont marqué le lendemain des pillages », après « l'une des nuits les plus violentes dont la France se souvienne ». « En France et dans le monde entier, les étudiants se révoltent, poursuit le journal argentin, cette fois, ce n'est pas la révolution, mais la précarité qui les unit. Tout comme en 1968 fut un combat pour la liberté et la joie, il s'agit aujourd'hui d'un combat pour éviter de sombrer dans la pauvreté ». Et « comme toujours, tout a commencé en France, note Clarin, ce phénomène a donné naissance à un vaste mouvement de jeunesse réclamant des réformes systémiques. Il s'est désormais étendu à la Belgique, à l'Italie, à Lisbonne et au Canada ». La nouvelle génération refuse de se laisser faire, estime El Pais à Madrid. « Les Français ont inspiré les étudiants belges et italiens, "Faisons comme en France", scandent-ils depuis le sud du continent. En Italie, note le quotidien, la nuit de samedi à dimanche a dégénéré en émeutes dans plusieurs villes, notamment à Milan, rappelant les événements survenus en France. Aujourd'hui, en Europe, à l'aube d'un cycle électoral crucial où se joueront les gouvernements de quatre des cinq pays les plus peuplés de l'UE, les jeunes partagent un mécontentement générationnel marqué par le sentiment que leur avenir devient de plus en plus incertain et précaire ».