Une fois n’est pas coutume, on parle cinéma. C’est aujourd’hui que sort sur les écrans français, La bataille de Gaulle, partie 2, J’écris ton nom. Le diptyque raconte l’histoire de la France libre. Et c’est l’occasion de se demander ce qui reste de cette histoire dans le monde contemporain. La principale conséquence de cette épopée, c’est que la France libre, littéralement représentée par trois personnes dans une chambre miteuse au début de la première partie, va réussir le tour de force de faire de la France une puissance victorieuse alors qu’elle s’est collectivement effondrée en 1940. C’est ce statut de pays vainqueur qui encore aujourd’hui, permet à la France d’être l’un des cinq membres permanents du conseil de sécurité des Nations unies, avec un droit de véto sur toutes les résolutions potentielles. L’efficacité et l’utilité des Nations unies sont régulièrement remises en cause mais la quête des plus grands pays du sud notamment pour obtenir un siège de ce genre montre que l’enjeu reste important, au moins symboliquement, même en ces temps de crise du multilatéralisme. Indépendances et Françafrique C’est justement dans le sud que l’influence bâtie à l’époque gaullienne a le plus diminué et avant tout en Afrique. Une grande partie du film s’y déroule. C'est là que la France libre obtient ses premiers ralliements dans l’empire colonial de l’époque : le Tchad, le Cameroun. Ce sont les premières batailles, comme celle de Bir-Hakeim, C'est le débarquement de Provence des troupes africaines. C’est aussi en Afrique que le de Gaulle, deuxième époque, construit son influence. Il préside aux indépendances, mais toujours avec des liens étroits. Une méthode contestable et même détestable, celle de Jacques Foccart, l’homme de de Gaulle en Afrique, l’homme des réseaux de la Françafrique. Aujourd’hui l’influence de la France sur le continent a fortement reculé. Il ne reste qu’une base militaire française à Djibouti. Les troupes françaises se sont retirées ou ont été priées de partir pratiquement partout ailleurs. De de Gaulle, il reste encore des places ou des boulevards dans certaines villes, mais pas toutes. À Dakar, le boulevard Charles de Gaulle a été rebaptisé boulevard Mamadou Dia l’an dernier. Toujours au chapitre du sud, on ne parle plus de l’historique politique arabe de la France gaullienne, portée disparue comme l’a montré la dernière guerre au Moyen-Orient. Dissuasion nucléaire autonome Il reste un principe de l’époque dont on parle beaucoup depuis des mois, c’est celui de l’autonomie stratégique. « Je suis faible et je tiens tête », dit le personnage principal à la fin du premier film. Cette faiblesse, il n’a cessé de la combattre, soit par des coups d’éclat sans consulter ses alliés, soit pour la constitution d’une force militaire dont le maître mot est l’indépendance. Le résultat, des années plus tard, c’est une dissuasion nucléaire totalement autonome. La seule en Europe qui n’ait pas besoin de technologie américaine. Avec la méfiance et le mépris affichés de Donald Trump pour l’Otan, c’est devenu très précieux. Plusieurs pays européens se disent intéressés par la proposition française de dissuasion avancée qui consiste à déployer des avions équipés de missiles nucléaires sur leur territoire, mais toujours sous autorité française. C’est sans doute le dernier joyaux de l’héritage gaullien. À lire aussiCinéma: avec «La Bataille de Gaulle», Simon Abkarian incarne Charles avant De Gaulle