Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. hace 8 h

    Zamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3]

    Direction la Centrafrique pour le premier volet de notre série de trois reportages consacrés à Zamboï, un village né de l'activité minière, à la frontière avec le Cameroun. Autrefois occupé par des groupes rebelles après les crises sécuritaires qu'a connues le pays en 2013, le site a été rebaptisé Moscou-RCA après sa reprise, ces dernières années, par les forces russes de Wagner et les Forces armées centrafricaines. Aujourd’hui, le site attire des milliers de travailleurs venus de plusieurs régions du pays et d'autres pays africains. Il y a deux semaines, un terrible éboulement a fait 49 morts, selon le gouvernement, tandis que les familles des victimes évoquent une centaine de décès. Aujourd'hui, le chantier reste fermé. Rolf Steve Domia-leu nous raconte l'histoire de ce jeune village. Au cœur du village, Aliou Garga, responsable de la Société Douakouzou, propriétaire du chantier, gravit lentement une petite colline. Depuis les hauteurs, il observe Zamboï. Les maisons en bâche, les pistes poussiéreuses et l'immensité du village se dévoilent peu à peu. Du bout de l'index, il désigne les différents espaces du village et raconte son histoire, née au cœur d'une vaste forêt : « Pendant sept ans, cette zone était occupée par les rebelles. C'était une grande forêt. Les rebelles ont finalement été chassés par les Russes et des Faca. L'endroit a alors été baptisé Moscou RCA. Les artisans miniers ont commencé à s'y installer. J'ai obtenu deux permis auprès du gouvernement et je suis ici depuis un an et sept mois. » À Zamboï, plusieurs milliers de personnes vivent désormais au rythme de l'or. Venus de plusieurs régions de Centrafrique et d'autres pays africains, chercheurs d'or et commerçants affluent dans ce village en pleine expansion. À la tête de cette population grandissante, Pélagie Yelemo tente d'organiser la vie du village. « Aujourd'hui, 20 000 personnes vivent ici. J'étais commerçante à Garoua-Boulaï. Je suis venue ici pour gagner ma vie dans la mine d'or. Je me suis installée ici avec toute ma famille. Les habitants ont vu ma sociabilité, ma bravoure et mon engagement. Depuis un an et trois mois, ils m'ont élue cheffe de Moscou-RCA », explique-t-elle.  À lire aussiCentrafrique-Cameroun: après l'éboulement de Zamboï, la fermeture de la mine paralyse l'économie locale Ici, les services déconcentrés de l'État restent quasiment absents. On note toutefois la présence de policiers, de gendarmes et d'une équipe d'inspecteurs des mines, mais en effectifs limités. Prince Divine Ngaïbiro, président de la jeunesse de Zamboï, raconte : « C'est l'affaire de l'or qui nous a amenés ici. Tout le monde ici vit de l'or. Moi, par exemple, je viens de la capitale pour chercher ma vie ici. On ne sait pas faire le commerce, ni la pêche, ni la chasse. La plupart des habitants sont des jeunes désœuvrés qui ont abandonné l'école. Nous sommes dans les mines pour gagner de l'argent et avancer. » Depuis son installation, la société Douakouzou accompagne l'émancipation de Zamboï. Autour du chantier, quelques infrastructures ont ainsi vu le jour. Aliou Garga est son responsable. « Nous avons créé une société, une station-service, des hôtels, une école, un marché et un centre de santé. J'ai également créé la route pour contribuer au développement de la région. Avant d'installer cette société, j'ai commencé par une coopérative », déclare-t-il.  À Zamboï, seule la rivière Kadéï marque la frontière naturelle entre la Centrafrique et le Cameroun. Des deux côtés, l'or attire les hommes, fait vivre des familles et façonne peu à peu ce territoire frontalier. À lire aussiÉboulement meurtrier de Zamboï: «Le débat au Cameroun pour assainir le secteur minier va reprendre de plus belle»

  2. hace 1 día

    Tanzanie: les Masaï, les guerriers de la faune sauvage

    Dans le nord de la Tanzanie, des guerriers Masaï ont troqué leurs lances pour des smartphones. Grâce à l'association African People and Wildlife, de nouvelles générations de villageois sont entraînées à anticiper les risques de conflit entre faune sauvage et humains et à mieux les gérer en cas d’incident. Résultat : les populations mieux informées vivent désormais en harmonie avec leurs voisins sauvages à quatre pattes. Le pas est léger et la concentration à son maximum. Dans le village de Mswakini, situé en plein passage d'animaux sauvages vers le parc national du Tarangire célèbre pour ses safaris, les wildlife warriors (« guerriers de la faune sauvage ») patrouillent. Parmi eux, il y a Lomayani. « Là, vous voyez, c'est une empreinte d'éléphant », montre-t-il. Chaque matin et soir, Lomayani et son collègue patrouillent pendant deux heures autour du village. Leur rôle : prévenir les habitants s'ils voient des signes qu'un prédateur est dans les parages. Une méthode d'anticipation bien différente du passé, comme l'explique Ezekiel Moolel, en charge du programme de coexistence entre l'homme et la faune sauvage à l'ONG African People and Wildlife : « Avant, on voyait les animaux sauvages comme des ennemis parce qu'on savait qu'ils allaient manger nos bêtes. Donc, on les combattait avec nos lances ou avec du poison. En un mois, on pouvait tuer jusqu'à trois ou quatre lions. » Désormais, les patrouilleurs n'ont plus de lances mais simplement leur bâton et leur petite machette, équipement traditionnel des Masaï qu'ils utilisent pour faire fuir les bêtes sauvages s'ils en voient. Autre accessoire désormais indispensable : un smartphone. Démonstration avec Loother, guerrier Maasaï : « Quand je patrouille, si je trouve une empreinte de lion comme celle-ci, je m'arrête et j'ouvre l'application. Ça me demande la date, le lieu, s'il s'agit d'un lion... Je dois choisir si j'ai entendu un rugissement, s'il s'agit d'une empreinte ou encore d'excréments. » À lire aussiTanzanie: le sort des populations massaï, menacées par le développement du tourisme, préoccupe l'ONU Au total, il y a une quinzaine de questions créées par l'ONG African People and Wildlife. L'objectif est de mêler communautés locales et technologie, comme l'explique Neovitus Sianga, responsable de la conservation et de l'environnement à l'association : « Dès le début, nous avons consulté les guerriers et les aînés. C'est très utile pour organiser le programme. Ce que vous voyez sur cet écran montre où ont lieu les conflits avec la faune sauvage, quels sont les principaux prédateurs responsables. Toutes ces informations nous permettent de savoir dans quoi investir notre argent exactement. » Entre 2019 et 2025, les attaques liées au bétail ont baissé de 38% dans le village de Mswakini, une amélioration en partie liée au travail des Masaï. Les conflits entre humains et faune sauvage restent malgré tout encore fréquents en Tanzanie. Selon le gouvernement, entre 2021 et 2024, plus de 8 000 incidents ont été enregistrés à travers le pays. À lire aussiEn Tanzanie, des Masaï allient tradition et technologie pour préserver les sols

  3. hace 2 días

    Sénégal: une initiative pour améliorer la gestion des ordures ménagères dans un quartier de Rufisque

    À Thiawlène, un quartier de la commune de Rufisque, dans l'ouest du Sénégal, l'insalubrité a longtemps empoisonné le quotidien des habitants. Pour y remédier, une équipe engagée dans la protection de l'environnement a créé un point de collecte et de recyclage des déchets. Une initiative qui contribue aujourd'hui à changer les habitudes de la population en matière de gestion des ordures. Au début, ce lieu en bord de mer, à Thiawlène au Sénégal, n'était qu'un dépotoir sauvage. Idrissa Thiaw et son équipe l'ont transformé en un point de collecte et de recyclage des ordures : « Nous procédons à la collecte des déchets à travers nos charrettes qui font un premier tri. Et quand les déchets arrivent, nous faisons un second tri pour séparer le plastique et tout ce qui est élément ferreux. Nous avisons nos repreneurs pour venir collecter les matières valorisables. Il nous arrive de faire la récupération de tout ce qui est biodégradable pour faire du compost. Nous organisons aussi des séances de formation avec nos techniciens en agroécologie, des formations sur les cultures des sols. » Le projet associe de nombreux habitants de la localité. C'est le cas d'Aliou Konaré, qui contribue au ramassage des ordures, à l'aide d'une charrette. Il circule dans les quartiers une à deux fois par semaine : « Chaque matin d'un jour de collecte, je me lève tôt, je prépare la charrette pour me rendre dans les concessions, afin de ramasser les poubelles. Je préviens les femmes à l'avance pour qu'elles les sortent devant leurs portes. Au début, elles jetaient les déchets un peu partout, surtout au bord de la mer. Mais depuis que la zone écologique communautaire (ZEC) existe, on ne voit quasiment plus d'ordures dans les rues. » Les femmes du quartier sont elles aussi associées, notamment à travers des séances de formation et par le financement de leurs projets. Fatou Dieng est une habitante de Thiawlène : « Ils ont commencé par des séances de sensibilisation pour que les femmes sachent séparer les différents types de déchets. Ils ont aussi offert par la suite à chaque ménage une poubelle. Les femmes sont de plus en plus impliquées parce que la ZEC les aide aussi dans le financement de leurs projets. Cela a encouragé les femmes du quartier à changer de comportement dans la gestion des ordures ménagères. » Ce projet de recyclage des ordures a été mis en place avec l'aide de la mairie de Rufisque et celle de Le Soler, en France. Idrissa Thiaw et son équipe souhaitent élargir ce projet qui concerne le quartier de Thiawlène à toute la commune qui compte plus de 290 000 habitants.

  4. hace 3 días

    Sénégal: une start-up rend accessible l'intelligence artificielle aux locuteurs du wolof et du pulaar

    Et si demain vous pouviez dialoguer avec une intelligence artificielle en wolof ou en pulaar ? C’est le pari de deux jeunes entrepreneurs sénégalais qui ont développé Awa, un assistant conversationnel capable de comprendre et de répondre dans ces langues africaines. Une innovation qui ambitionne de rendre les outils d’intelligence artificielle plus accessibles aux locuteurs des langues locales. Habib Diao nous fait visiter leur société Andakia avant le lancement officiel de l’outil. Reportage.  De notre correspondant à Dakar,  À première vue, elle ressemble à n’importe quelle intelligence artificielle conversationnelle. Mais contrairement à la plupart des outils numériques disponibles aujourd’hui, Awa comprend et répond en Wolof et en Pulaar. Une innovation développée par deux jeunes entrepreneurs sénégalais : Alioune Badara Mbengue et Pape Gorgui Ndoye. « On a une intelligence artificielle qui s'appelle Awa. Awa se veut être le compagnon, l'ami de tout le monde et qui vous aide à faire tout ce que vous avez besoin de faire. Et cette application là se veut vraiment être ce qu'on appelle une super app. Tout ce dont l'usager a besoin, il doit pouvoir le demander à Awa. Que ce soit une information, que ce soit l'accès à un service, commander à manger, je veux me déplacer, j'ai besoin d'envoyer un colis parce que pour nous, l'intelligence artificielle va devenir une couche, j'ai envie de dire invisible, dans toutes les interactions que les humains ont », présente Alioune Badara Mbengue. À lire aussiEn Afrique, les modèles chinois bousculent les géants américains de l’IA L’idée de création de cette intelligence artificielle est née d’un constat simple, explique-t-il : « AI for development, qui a publié cette étude, montre que la somme de toutes les langues africaines, les données qu'elles représentent sur Internet, c'est moins de 0,02 % de l'ensemble des données disponibles sur Internet. Aujourd'hui, quand vous avez des modèles d'intelligence artificielle, sans en citer, ils s'entraînent justement sur ces données. Et du coup, c'est normal que ces modèles ne soient pas très aptes à s'exprimer dans les langues africaines, justement parce qu'elles sont sous-représentées en termes de données. Donc, c'est le défi principal. Et lorsque nous, on travaille sur ces modèles là, justement, le premier défi est d'avoir de la donnée de qualité, de traiter ces données pour pouvoir entraîner des modèles qui soient aptes à comprendre ces langues-là ». Avant même son lancement officiel, cette IA suscite déjà un vif intérêt auprès du public. C'est ce qu'affirme Pape Gorgui Ndoye, co-fondateur d’Awa : « Le 18 juillet. On compte enfin lancer Awa. Là on est très optimistes parce qu'on a vu en tout cas beaucoup de retours de beaucoup de gens qui attendent impatiemment l'arrivée d'Awa, qui pourra en tout cas avoir un impact très fort sur leur quotidien ». Après le Wolof et le Pulaar, les créateurs d’Awa comptent élargir les capacités de leur outil et intégrer d’autres langues africaines. Une étape importante pour cette jeune pousse sénégalaise qui ambitionne de rendre l’intelligence artificielle plus accessible aux locuteurs des langues locales africaines. À lire aussiCampus de légende: à Rabat, l'UM6P, pôle de l'IA africaine [5/6]

  5. hace 4 días

    Crise post-électorale de 2016 au Gabon: quel a été le rôle de la France?

    Il y a 10 ans, le Gabon connaissait la pire crise post-électorale de son histoire. Dans la nuit du 31 août au 1ᵉʳ septembre 2016, dans la foulée de l'annonce extrêmement contestée de la réélection d'Ali Bongo, un assaut armé était lancé contre le QG de son adversaire, Jean Ping. Le début d'une semaine de chaos à Libreville entre pillages et répression féroce dont on ne connaît toujours pas le bilan réel. Autre question toujours en suspens : quel rôle a joué la France à cette époque ? À Paris, où des plaintes sont toujours en cours d’instruction, la question embarrasse.  En septembre 2016, un chef d’entreprise franco-gabonais, qui souhaite rester discret, dépose plainte en France, notamment pour crime contre l’humanité. À l'époque gardé à vue puis libéré, il est encore marqué par les scènes d’horreur qu’il a vécues au QG de Jean Ping. « Je me souviens d’un jeune homme, je pense qu’il avait pris une balle dans la clavicule et ça sortait comme si on avait brisé une baguette de pain en deux », se rappelle-t-il, ému. Aujourd’hui, il espère toujours voir la procédure aboutir. « Ce qui me ravit, c’est que l’enquête dix ans après soit toujours en cours, souligne-t-il. Ce qui veut dire qu’on aura la vérité sur cette affaire. » D’autres plaintes ont été déposées en France, la justice doit notamment se pencher sur les allégations de crime contre l’humanité, mais aussi sur l'implication de ressortissants français dans les violences. En effet, certains Français étaient alors sous contrat avec la Garde républicaine gabonaise, qui a participé à l’assaut de la nuit du 31 août, et plusieurs d’entre eux sont mentionnés dans une plainte que RFI a pu consulter. Deux personnes présentes au QG affirment à RFI avoir entendu des soldats parlant français avec des intonations françaises. « Ces voix venaient du haut du bâtiment, précisent-elles, certainement venant d'un hélicoptère, et d’autres venaient du bas du bâtiment. C’est comme s’ils donnaient des ordres à leurs coéquipiers. » À lire aussiCoup d'État au Gabon: les victimes de la crise post-électorale de 2016 espèrent vérité et justice Un manque de collaboration des autorités françaises ? En juillet 2020, dans le cadre des enquêtes, la gendarmerie française adresse une réquisition judiciaire au ministère des Affaires étrangères et lui demande tous les documents sur 2016. À la tête de la direction Afrique du Quai d’Orsay, c’est alors Christophe Bigot, venu des renseignements extérieurs, la DGSE. Sous ses ordres, la direction Afrique n’aurait fait parvenir initialement que 35 documents sur les 315 disponibles. C’est ce que dénonce un haut fonctionnaire, qui a fait un signalement au parquet en 2024. Il nous a parlé sous anonymat. « J’ai été indigné du fait que des personnes au sein de l’administration se croient autorisées à passer outre les règles. Pourquoi cette limitation ? », interroge-t-il. Dans le signalement que RFI a pu consulter, un mail interne de Christophe Bigot indique que les documents fournis doivent être centrés sur les victimes françaises. « Il est en train de limiter, d'interpréter la réquisition », fustige le haut fonctionnaire. Contacté par RFI, le Quai d’Orsay affirme qu’il ne « commente pas une enquête judiciaire actuellement en cours et collabore pleinement avec les autorités judiciaires ». La plupart des Gabonais gardent aujourd’hui en tête le silence de Paris sur la réélection contestée d’Ali Bongo et la crise post-électorale. Une inaction qu’ils ont perçue comme une forme de soutien au régime. La France n’a pris aucune sanction contre le Gabon, se retranchant souvent derrière l’Union européenne. À lire aussiBergès Mietté: «Le Gabon s'inscrit résolument dans une trajectoire de continuité affichée et assumée avec la France»

  6. hace 5 días

    Histoire de la nuit africaine: le club DjaDja, la boîte afro la plus célèbre du Maroc [10/10]

    Ouvert en 2019, seulement un an après la sortie du tube éponyme, le DjaDja Afro Club, boîte branchée de Casablanca, est devenu le symbole d’un pays en plein bouleversement démographique, où les Africains d’origine subsaharienne se comptent désormais par dizaines de milliers. Le nombre de résidents étrangers au Maroc a augmenté de 76 % en 10 ans. Les Sénégalais et les Ivoiriens sont en tête des nations les plus représentées.  De notre correspondant à Casablanca, Au DjaDja, des clients venus de toute l’Afrique se pressent pour écouter les derniers sons afro en vogue, mais le lieu s’est donné pour but d’ouvrir ses portes au plus grand nombre et de participer à ce grand mouvement d’expansion culturelle de la musique africaine dans le monde. À 30 minutes de l’ouverture des portes, Konaté Vamory, le créateur ivoirien de la boite de nuit afro la plus célèbre du pays, est détendu sur une banquette en skaï, aux côtés d’un buste géant d’une femme noire qui trône au-dessus du DJ booth. L’établissement vient de fêter ses 7 ans d’existence et il est devenu une référence de la nuit casablancaise. « C’est la fête abidjanaise que j’ai voulu apporter ici, et voilà, on l’a fait et ça a été très bien fait. Toute la semaine, je suis moi-même émerveillé, rit le gérant du DjaDja club, de l'ambiance que les DJ produisent et de comment ça se défoule sur la piste de danse… Je suis émerveillé tous les soirs, donc tous les soirs, c’est une nouvelle histoire au DjaDja. » La boîte de nuit est devenue le symbole d’un Maroc devenu pays de destination et plus seulement de transit pour les travailleurs migrants venus d’Afrique subsaharienne. Sénégalais, Ivoiriens, Congolais – sapés comme jamais – se pressent déjà devant les portes de l’établissement situé sur la corniche Aïn Diab en bord d’océan. Le club propose une diversité inédite de musiques venues de toute l’Afrique. Konaté Vamory, le patron originaire de Boundiali en Côte d’Ivoire, veut faire du DjaDja une vitrine internationale de la musique afro. « Il y a des gens de toutes les communautés et de tous les continents, s'exclame-t-il. Parfois, le weekend, tu as des Asiatiques, des Saoudiens, des Blacks bien sûr, des Afros, des Marocains, même des Arabes… donc tout le monde vient. » À lire aussiFestival Gnaoua 2026: les ponts à travers l'Afrique de Richard Bona et des maâlems marocains « Une sorte d’expansion culturelle africaine » Pour convaincre le propriétaire des lieux d’accepter son projet, Konaté Vamory a tablé sur le haut de gamme : achat d’une bouteille plus que recommandé pour pouvoir entrer et cocktail à 150 dirhams, près de 15 euros. L’équipe est très qualifiée, comme ce barman congolais, Cheryl qui est « artiste barman jongleur, donc je jongle avec des ustensiles du bar, des shakers, des bouteilles… ». Un DJ sénégalais, des danseuses marocaines, ou encore un superviseur camerounais, qui répond au nom de Joseph-Renault Bagel, complètent l'équipe. « C’est l’Afrique et nous essayons d'avoir cette mixité, histoire que tout le monde s'y retrouve et nous partageons toutes les musiques », s'enthousiasme ce dernier. L’homme jovial, au look inimitable, évoque un lieu refuge, ouvert à tous, où les propos racistes et irrespectueux restent à la porte d’entrée. « Le racisme, il est présent, mais chez nous, au DjaDja, l’une de nos missions, c’est de mettre de côté tout ce qui est divergence culturelle, tout ce qui est divergence de couleur de peau, explique Joseph-Renault Bagel. Il y a beaucoup de populations, beaucoup de communautés, des musiques qu’elles ne connaissaient pas, et le DjaDja a cette mission d’apporter, au-delà de la bonne musique, de la culture aussi, une sorte d’expansion culturelle africaine. » Le DjaDja a accueilli des stars de la musique afro : Roseline Layo, Singuila, Didi B ou encore Himra. Mais la Queen Aya Nakamura, dont le tube « DjaDja » a baptisé le club, est encore attendue. « Je ne sais pas si elle est au courant, rit Konaté Vamory, on n'a pas encore les moyens pour la faire venir mais quand elle sera là, on lui racontera l’histoire pour lui faire plaisir. »

  7. hace 6 días

    Histoire de la nuit africaine: à Antananarivo, 15 ans de fête et de brassage culturel au Jao's Pub[9/10]

    À Antananarivo, sur les Hautes Terres, une salle de concert fait résonner depuis quinze ans maintenant les sonorités et les rythmes des côtes malgaches, bien au-delà de leurs régions d’origine. Jaojoby et sa fille Eusébia sont les rois et reines du salegy, le genre de musique traditionnelle le plus populaire sur l’île. En 2011, ils ouvrent l’emblématique Jao’s Pub, devenu un lieu de rayonnement culturel et un tremplin pour de nombreux artistes. De notre correspondante à Antananarivo, À la nuit tombée, en ce jour de juin, malgré le froid mordant de l’hiver austral, les trottoirs d’Ambohipo, quartier populaire et enclave côtière au cœur de la capitale, ont vu fleurir tables, tabourets et surtout barbecues pour faire griller les maskita, ces brochettes de viande à la bosse de zébu. Les commerçants ont laissé place aux noctambules en mini-jupes à paillettes et blousons de soirée. Vers 21 h, à l’entrée du Jao’s Pub, les clients commencent à s’amasser. « Aujourd’hui, c’est le 15ᵉ anniversaire du Jao’s Pub, se réjouit Odèque, 30 ans, surexcité en entrant dans le cabaret. Et je sais qu’ils vont valoriser les traditions de chez moi, la Sava : le salegy, le begina, le malesa… Des rythmes de ce genre, moi, ça m’émerveille ! Surtout le trotrobe, parce que le trotrobe, c’est le rythme par excellence de ma ville, Sambava. » Dans leur loge, les fondateurs du lieu, Jaojoby, 70 ans, et Eusébia, sa fille, se préparent. « Mon rêve, c’était ça : créer un lieu pour les jeunes, pour la promotion de la culture, des musiques de Madagascar. Pas que pour le salegy, précise Jaojoby. C’est pour les rythmes qui bougent, les rythmes tropicaux. » « On a même eu des concerts de jazz ici, rit sa fille, Eusébia. Il y a des artistes côtiers mais aussi tananariviens qui ont fait leur première scène ici, au Jao’s Pub, et qui par la suite ont pu avoir une carrière à l’international. » Un succès dont père et fille sont fiers. « Trouver un endroit pour se produire, si tu es quelqu’un qui n’est pas très, très connu, c’est très difficile, souligne Eusébia. Il faut que tu sois connu pour que tu puisses jouer dans des lieux. Et au Jao’s Pub, on a toujours accueilli de nouveaux groupes qui n'étaient pas connus. On ne refuse personne. Et donc le lieu est fait pour ça aussi. » À lire aussiHistoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10] « Ça fait oublier tous les problèmes » Vers 23h, père et fille arrivent sur scène. Dans le public, on est loin du millier de spectateurs des grandes heures du Jao’s Pub. Mais Odèque, lui, ne cache pas son enthousiasme et interpelle son idole. « Je suis un grand fan de vous, Jaojoby, depuis mes 4 ans, s'exclame-t-il. Je n’aime pas trop les bars dans la vie, mais le 15ᵉ anniversaire du Jao’s Pub, je ne pouvais pas le manquer ! On va rester ici jusqu’à l’aube ! » Au pied de la scène, Patricia, originaire de la côte ouest, se déhanche avec ses amies. « Il y a de l'ambiance, de la bonne musique, ça fait oublier tous les problèmes, souffle-t-elle. C'est un lieu célèbre et dès qu'il y a un grand événement, je fais le déplacement. » Quinze ans après son ouverture, le Jao's Pub continue de faire vivre les rythmes des côtes malgaches au cœur de la capitale. Plus qu'une salle de concert, le lieu est devenu un espace de rencontre entre les différentes régions de la Grande Île, une scène ouverte aux jeunes artistes et un point de passage pour des influences venues d'ailleurs. Un lieu de brassage culturel, devenu au fil des années l'un des symboles des nuits malgaches. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10]

  8. 27 ago

    Science-fiction africaine: Sun Xa Experiment, héritiers sud-africains de l'afrofuturiste Sun Ra [5/5]

    La musique de Sun Ra, le roi de l’afrofuturisme, continue de résonner et d’inspirer des artistes, tels que la chanteuse américaine Janelle Monáe ou le producteur Flying Lotus. En Afrique du Sud, le jazzman étatsunien disparu en 1993 et sa mythologie cosmique – il disait venir de Saturne – ont notamment influencé un groupe actuel du township de Soweto : le Sun Xa Experiment. Il tente de prolonger sa philosophie de la musique, en y mêlant les traditions africaines. De notre correspondante à Johannesburg,  Le lieu de répétition du Sun Xa Experiment se trouve au cœur du township, dans un bâtiment à l’arrière d’une maisonnette tout ce qu’il y a de plus banal. Le bassiste, Tebogo Mkhize, nous entraîne dans une grande pièce à l’ambiance feutrée, pleine de trésors, suspendue hors de l’espace et du temps. « Si vous avancez un peu, sur la gauche, il y a des platines, avec plein de vinyles. Puis, si vous regardez tout autour de vous, on trouve de l’art et même des accessoires comme ce crâne, vous nous verrez parfois avec sur scène, d’autres fois sans, raconte-t-il. Et encore sur la gauche, c'est la partie studio, où on a nos boîtes à rythmes, nos contrôleurs, des enceintes et des écrans. » Lebohang More a participé à la fondation du collectif, il y a plus de 10 ans. Et c’est bien la découverte de Sun Ra, lorsqu’il avait la vingtaine, qui a agi comme une révélation. « On a d’abord regardé son film, Space is the place, puis un de nos frères à l’époque nous a amené tout son catalogue musical. On s’est plongé là-dedans pendant deux ans !, se rappelle-t-il. On se disait : "C’est quoi ce truc ?" Le morceau sur le cosmos, par exemple, les sonorités, les chœurs… C’est comme ça que tout a commencé. » À écouter aussi#Afrofuturismes 3/5 : Littérature et musique, les bras ailés de l’afrofuturisme « Retrouver la place qui nous revient en tant que peuple » L’héritage de ce pionnier de l’Afrofuturisme a été combiné, par le groupe, à une autre référence du free jazz : le Sud-Africain Ndikho Xaba, lui aussi depuis décédé. C’est de là que vient le nom Sun Xa. « Ils jouaient tous les deux du piano, et ils se sont même rencontrés. Ndikho Xaba a quitté l’Afrique du Sud et a vécu en exil à partir des années 70, continuant à jouer sa musique d'avant-garde, explique Buyisiwe Njoko, la chanteuse du groupe. Et avec Sun Ra, tout ça influence ce qu’on fait. » Le groupe a fait de ces inspirations quelque chose qui lui est propre, une musique qui guérit, selon ses mots, qui en appelle au pouvoir des ancêtres et aux forces cosmiques, et qui se veut aussi novatrice. Sur scène, les corps peints des cinq musiciens font partie du spectacle, mêlant théâtre et danse. Et les messages de redéfinition de l’identité noire portés à l’époque aux États-Unis par Sun Ra ont une résonance particulière en Afrique du Sud. « Nous avons une chanson qui parle de récupérer nos terres, de retrouver la place qui nous revient en tant que peuple, pointe Tebogo Mkhize. Il ne s'agit pas d'aller faire la guerre, ou quoi que ce soit, notre mission est plutôt de révéler qui nous sommes réellement, de réaffirmer notre identité. C'est l'un des messages que nous cherchons à faire passer. » La vision de Sun Ra continue donc d’être refaçonnée par ce collectif, pour imaginer, au travers de la musique, un futur plus libérateur et positif.

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