Le plus grand festival de musique traditionnelle irlandaise, le Fleadh, a fait vibrer Belfast pendant une semaine. C'est une première pour la capitale nord-irlandaise et seulement la deuxième fois, en 75 ans d'existence, que le festival se tient en Irlande du Nord. C'est un symbole fort dans une région longtemps marquée par les divisions communautaires et où la culture gaélique, y compris la langue irlandaise, s’affichent désormais au grand jour. De notre correspondante à Belfast, Les violons et les flûtes résonnent aux quatre coins de la capitale nord-irlandaise. « Chaque année, j’allais au Fleadh de la République d’Irlande, alors imaginer qu’il se tienne aujourd’hui ici, à Belfast, c’est assez incroyable, se réjouit Ray, lui-même professeur de musique traditionnelle. Et personnellement, je trouve que c’est une bien meilleure ville que Dublin pour la musique traditionnelle, il y a tellement plus de pubs ici qui accueillent des sessions de musique traditionnelle ! » Auparavant, l’Irlande du Nord n’avait accueilli le Fleadh qu’une seule fois, à Derry, en 2013. Cette édition à Belfast est donc une preuve de l’engouement grandissant dans la région pour la culture gaélique : la musique bien sûr, mais aussi la langue. Ce regain d’intérêt est porté notamment par une nouvelle génération d’artistes, avec Kneecap en figure de proue, ce trio originaire de Belfast qui rappe exclusivement en irlandais. Au centre culturel MAC, Stiofn anime un cours de langue irlandaise, organisé spécifiquement pendant le festival. Et il affiche complet. « À Belfast, on assiste aujourd’hui à un nouvel élan pour la langue irlandaise, indique-t-il, le nombre d’enfants scolarisés en irlandais augmente, de plus en plus de jeunes l’utilisent au quotidien, et beaucoup d’adultes redécouvrent cette langue, ou se lancent dans son apprentissage pour la première fois. » À lire aussiEn Irlande, l'engouement pour la musique traditionnelle Un marqueur identitaire Mais en Irlande du Nord, la langue irlandaise demeure un marqueur identitaire fort, associé à la communauté catholique et républicaine. Un héritage des Troubles, ce conflit qui a opposé pendant trois décennies les républicains, favorables à la réunification de l'Irlande, aux unionistes protestants, attachés eux au Royaume-Uni. « Ce festival est un moment assez extraordinaire, et ce que j’apprécie particulièrement, c’est que toutes les cultures de l’île y trouvent leur place, souligne Padraig, l’un des élèves du jour qui a grandi à Belfast dans les années 80. On y croise aussi des joueurs de tambours Lambeg, des cornemuses écossaises, qui font elles aussi partie de l’histoire de cette île. Et c’est important qu’elles soient représentées aux côtés de ce que l’on considère comme la tradition irlandaise plus classique. » Un message d'inclusion que porte Sorcha, l'une des organisatrices du Fleadh. « Si certaines personnes lui donnent une dimension politique, c’est leur propre interprétation. Mais cette langue est notre langue maternelle, c’est la langue de l’île d’Irlande, insiste-t-elle. Elle n’est donc pas politique : ce n’est pas une langue républicaine, nationaliste. Non, tous les Irlandais possèdent cette langue. Et ça n'a rien de menaçant. C’est une langue magnifique, une occasion de renouer avec sa terre, avec son héritage à l’échelle de toute l’île, et avec notre communauté dans son ensemble. C’est ouvert à tout le monde. » Il y a encore quelques années, une telle célébration de la culture gaélique aurait été impensable à Belfast. Cette année, le Fleadh y a pourtant réuni plus de 800 000 visiteurs. À lire aussiIrlande du Nord: les souvenirs du «Bloody Sunday», à la veille du jugement d'un soldat britannique