Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. hace 3 días

    En quoi consistent les assurances de coraux?

    Les récifs coralliens sont une barrière naturelle pour nos côtes. Pourtant ils sont menacés par le réchauffement climatique. Selon WWF, 20% des coraux sont déjà morts. Désormais des assurances privées proposent d’assurer les coraux.   On les appelle les assurances paramétriques. Elles servent à couvrir le montant que coûtent les interventions pour réparer les coraux. Le principe est simple : lorsqu'un ouragan passe et dégrade une barrière de corail, pas besoin de constat, il suffit que la vitesse des vents atteigne un certain seuil pour débloquer immédiatement des fonds. L’argent permet alors de mobiliser des équipes de plongeurs sur place pour aller stabiliser, dans l'eau, les fragments de coraux abîmés. C’est le cas du fonds privé, MAR FUND, qui protège des récifs coralliens du Mexique au Honduras et collabore avec l’assurance AXA Climat. En 2022, après le passage de l’ouragan Lisa au Belize, 175 000 dollars ont été débloqués : « Ce fut la première fois que l'assurance a été déclenchée. On a reçu le paiement deux semaines plus tard et les fonds ont été distribués pour permettre aux équipes sur place d'intervenir dans l’eau. En effet, on observe de plus en plus d'ouragans et leur intensité augmente également. Les pays ne sont pas préparés à cela, il n'y a souvent que quatre plongeurs dans leurs équipes d’intervention. Donc, en étant prêts avec plus de moyens, cela nous permet de déclencher ce processus de restauration des coraux plus rapidement », explique María José González, directrice de MAR FUND. Grâce à cette intervention, l'ONG a stabilisé deux cents fragments de coraux. « On ne sait pas restaurer un récif corallien qui est décimé » Pourtant, selon Laetitia Hédouin, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l'écologie des récifs coralliens, il n’est pas réellement possible de restaurer des récifs coralliens en envoyant des équipes de plongeurs. Selon elle, ces initiatives permettent surtout aux compagnies d'assurance d'afficher une conscience écologique : « On ne sait pas restaurer un récif corallien qui est décimé car pour recréer un récif, il lui faut cinq à sept ans minimum pour revenir à l’état où il était au départ. Deux cents fragments ne permettent pas de recréer des processus à l’échelle d’un écosystème, c’est une goutte d’eau ». Pour la biologiste, le danger principal, c'est bien celui du réchauffement des océans dû au changement climatique et qui entraîne le blanchissement des coraux : « Un ouragan ne va jamais détruire toutes les côtes car il souffle dans une direction. Le réchauffement climatique touche toutes les côtes. Après le passage d’un cyclone, la récupération du récif est plus facile car il reste forcément des zones avec des coraux vivants. La récupération se fait donc naturellement. En revanche, après un épisode de blanchissement corallien, il y a de nombreuses colonies mortes avec des macro-algues. Le récif est donc en moins bonne santé pour repartir ». D’après María José González de MAR FUND, s’assurer contre le blanchissement des coraux est difficile. Les ouragans sont des épisodes aléatoires, contrairement au blanchissement corallien qui, lui, touche de plus en plus de récifs. Souscrire une assurance spécifiquement contre le réchauffement des eaux coûterait donc beaucoup trop cher à l'ONG. La seule solution reste donc de limiter le réchauffement climatique pour sauver les coraux.   À lire aussiPascale Joannot: « On construit de plus en plus de passerelles entre les scientifiques, les décideurs et les communautés locales»

  2. hace 4 días

    Pourquoi le réchauffement climatique augmente les fissures dans vos maisons?

    C'est aussi une conséquence de la sécheresse : le RGA, le retrait-gonflement des argiles. Il s'agit du mouvement des sols argileux qui fissure parfois les habitations. Le phénomène est ainsi amplifié par le changement climatique et les sécheresses qui y sont associées. Pour comprendre le retrait-gonflement des argiles (RGA), il faut d'abord se pencher sur le fonctionnement d'un sol argileux. Ce dernier est très fortement sensible aux variations de teneur en eau, comme une véritable éponge. En période sèche, l'argile va alors se rétracter avec l'évaporation de l'eau. À l'inverse, lorsqu'une période pluvieuse ou humide est très importante, l'apport en eau va faire gonfler l'argile. Résultat : avec ce mouvement des sols, des fissures peuvent apparaître sur des habitations. Or, avec le dérèglement climatique, les situations climatiques extrêmes sont plus fréquentes, plus intenses et plus propices à l'apparition de ces fissures. Par ailleurs, « la France est le pays le plus argileux d'Europe », explique Sébastien Goudier, géotechnicien, responsable de l'unité direction connaissance et géomodélisation du sous-sol au bureau de recherches géologiques et minières. « On passe d'une humidité très importante à une humidité très faible sur une période relativement courte. C'est là qu'on va avoir des variations de volumes très importantes qui vont se traduire par des tassements du sol. Ces tassements vont venir se répercuter sur les bâtiments et provoquer les endommagements qu'on connaît, c'est-à-dire la fissuration de la maçonnerie, tout ce qui s'en suit au niveau des huisseries, des portes et des fenêtres ». D'autres pays en Europe sont concernés comme l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique... Sur le continent africain aussi, le phénomène peut être observé sur des sols argileux. « Au Sénégal, par exemple, des dégâts sur des maisons très endommagées ont déjà été observés », raconte Sébastien Gourdier. Conséquences et sinistrés climatiques Les conséquences sur le long terme sont multiples. Il y a les fameuses fissures, mais aussi tout ce qu'elles impliquent par la suite : une habitation et des murs fragilisés nécessitent des travaux et tout ça a un coût. En France, par exemple, la facture se compte souvent en dizaines de milliers d'euros. Il faut aussi que l'état de catastrophe naturelle soit reconnu sur la commune où se trouve la maison. Ensuite seulement, les propriétaires peuvent faire appel à leur assurance, ce qui ne garantit pas automatiquement la reconnaissance d'un RGA. Pourtant, le phénomène est aujourd'hui « le risque principal (...) en France » parmi les catastrophes naturelles. À l'intérieur de ces habitations fissurées « se trouvent de véritables sinistrés climatiques, au même titre que les victimes d'inondations » soulignent plusieurs associations en France. Il faut donc mettre en place des solutions. Et comme souvent avec le dérèglement climatique, l'adaptation des habitations est centrale. « Plus de 12 millions de maisons en France sont ainsi menacées par ce phénomène » explique Dominique Goldsztejn, vice-présidente de l'Association Urgence Maisons Fissurées. « Si on ne répare pas, si on ne fait pas de prévention, à terme, c'est une crise financière qui va arriver. À l'image du Japon qui a su s'adapter aux séismes, nous demandons à ce que la France prenne conscience que c'est un pays argileux. Et il faut donc construire, réparer et prévenir en tenant compte du risque RGA. Il faut vraiment changer les méthodes de construction et en tenir compte pour les réparations ». L'Association Urgence Maisons Fissurées demande aux politiques de prendre à bras-le-corps cette problématique, symbole des conséquences du réchauffement climatique sur l'habitat.

  3. hace 5 días

    Le méthane ou le mythe du gaz «propre»

    Depuis des décennies, les grandes compagnies pétro-gazières ont entretenu l'idée que le gaz naturel, composé principalement de méthane, est une énergie propre et même une solution climatique. En réalité, elles savaient qu'il s'agit d'une source importante de pollution de l'air et un contributeur majeur au changement climatique. Comment est né le mythe du gaz « propre » ? C'est le Centre pour l'intégrité climatique, une organisation américaine qui a mené l'enquête. Leurs chercheurs ont épluché des centaines de documents, recueilli des témoignages… Ils se sont rendus compte que dès les années 1960, le secteur savait que lors de l'extraction du gaz, d'énormes quantité de méthane s'échappaient dans l'atmosphère. « Au cours des années qui ont suivi, le secteur du gaz a dû faire face à une prise de conscience croissante des enjeux environnementaux dans l'opinion publique et à la concurrence du secteur de l'électricité. Au point que le secteur du gaz a craint de perdre des clients. L'American Gas Association a alors lancé une vaste campagne publicitaire présentant le gaz comme une énergie propre "pour aujourd'hui et pour demain" », explique Rebecca Leber, l'une des chercheurs. Le lobby gazier s'est aussi attaqué à la science Dans les années 70 et 80, la recherche commence à accumuler des preuves montrant que le méthane est un puissant gaz à effet de serre et donc un problème pour le climat. « La réaction de l'industrie a parfois consisté à remettre en cause ces données scientifiques et à semer le doute sur ces résultats. Et lorsque l’Agence américaine de protection de l'environnement a lancé une étude pour examiner l'impact du secteur, les compagnies pétro-gazières ont influencé les résultats et nettement sous-évalué l'ampleur des émissions de méthane », explique Rebecca Leber. Cette campagne d'influence a des retombées encore aujourd'hui : le gaz naturel est présenté comme une énergie propre, une énergie de transition. Résultat : l'Union européenne l'a inscrit dans sa taxonomie verte, sa liste de produits et activités économiques bas carbone. Le Sénégal qui a découvert des gisements ces dernières années a lui mis le gaz au cœur de sa stratégie de transition énergétique, il y est considéré comme une énergie « plus accessible, plus propre et plus compétitive ». Pourtant, on sait désormais que le méthane est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans. Chaque année, nous continuons à en émettre toujours plus dans l'atmosphère. Aujourd'hui ce sont les États-Unis le premier producteur de gaz naturel au monde, devant la Russie et l'Iran. Les mêmes méthodes que l’industrie du tabac Et si cela vous y fait penser ce n'est pas pour rien. « L'un des cabinets de relations publiques avec lesquels l'American Gas Association a collaboré a également travaillé avec des fabricants de tabac dans le cadre de sa campagne sur les cigarettes et la santé publique. Il ne s'agit donc pas seulement d'une histoire comparable. On parle bien des mêmes tactiques et des mêmes personnes », ajoute Rebecca Leber. Les auteurs de cette enquête veulent maintenant demander des comptes au lobby gazier, qu'il arrête ces pratiques d'influence et réduise son impact sur la planète.

  4. hace 6 días

    COP17 désertification: le désert est-il silencieux?

    Un désert n'est jamais complètement désert. L'éco-acoustique permet d'y mesurer l'étendue de la biodiversité animale. Connaissez-vous le chant des dunes ? Dans certains déserts de sable, on peut entendre les dunes « chanter » lors d'avalanche de sable, un chant provoqué par les grains de sable en mouvement ; ce sont leurs vibrations qu'on entend, et leur modulation. Le phénomène a été rapporté pour la première fois par Marco Polo au XIIIe siècle. Le silence du désert n'existe pas.  Il n'y a pas que le bruit du sable qu'on peut entendre dans les déserts et il n'y a d'ailleurs pas que des déserts de sable. Un désert n'est jamais complètement désert. Dans tous les déserts, il y a de la vie, même si la vie est plus rare quand les conditions sont extrêmes et quand rien ne pousse ou presque. « Quand on fait l'évaluation d'un écosystème pour la composante de vie, c'est un milieu dans lequel il y a de la végétation, explique l'écologue Hervé Jourdan, chercheur à l'IRD, l'Institut pour la recherche et le développement. Et plus votre végétation va être stratifiée, complexe, plus vous aurez l'opportunité d'avoir une faune qui va être riche. » Entendre ce qu'on ne voit pas C'est donc cette faune qu'on peut entendre. Et pour savoir qu'il y a de la vie dans les déserts, pour la détecter, la qualifier et la quantifier, le son est plus efficace que la vue. « Le son est un bon indicateur, très intégrateur, là où la vue, finalement, ne nous permet pas de voir la présence par exemple d'oiseaux qui vont être cachés dans les arbres, et encore moins les insectes qui sont encore plus difficiles à voir. La vue, en fait, va se focaliser sur une zone spatiale très petite alors qu'un enregistreur disposé dans la forêt va capter des sons qui viennent de plein d'endroits différents à une distance beaucoup plus importante », détaille Etienne Thoret, psycho-acousticien, chercheur CNRS à l'Institut des neurosciences de la Timone à Marseille. C'est ce qu'on appelle l'éco-acoustique : c'est en enregistrant les sons d'un écosystème qu'on peut déterminer sa richesse. « L'éco-acoustique est une science qui s'est fondée sur cette idée qu'une complexité de sons renvoie à une complexité de biodiversité. Vous pouvez donc calibrer la qualité d'un habitat à travers la complexité des sons enregistrés, des émissions des animaux enregistrées », précise Hervé Jourdan. Les sons du Ferlo au Sénégal L'éco-acoustique a ainsi des applications très concrètes face à l'avancée du désert. Hervé Jourdan et Etienne Thoret travaillent tous les deux sur un projet mené dans le nord du Sénégal, dans le Ferlo, une région semi-désertique, là où a été plantée la Grande muraille verte. Des micros enregistrent les sons de la nature pour déterminer à quel point les arbres permettent le retour des animaux. « On se rend compte qu'il y a effectivement une présence biophonique le jour et la nuit, principalement la journée dans le sud Sahel. Les sons sont composés de sons d'oiseaux et la nuit principalement de sons d'insectes, témoigne Etienne Thoret. Effectivement, c'est une activité beaucoup moins intense que dans des forêts tropicales par exemple. Il y a un phénomène bien connu qui s'appelle le chorus du matin ou du soir, où les oiseaux et globalement toutes les espèces animales se mettent à chanter. Il y a une activité qui est même très forte en fait, bien que l'environnement soit relativement désertique ». Il est encore trop tôt pour connaître l'impact réel de la Grande muraille verte sur la biodiversité. Les chercheurs vont continuer d'écouter la nature. Parce que la désertification, on la voit mais surtout on l'entend.  Crédits sonores : Chant des dunes : Stéphane Douady/Mathias Théry. Ferlo : CNRS MITI, Aix-Marseille Université, Institut de Recherche pour le Développement, OHMI Téssékéré, Labex DRIIHM, Université Cheikh Anta Diop.

  5. 20 ago

    Les leçons d'un été brûlant: aura-t-on tout oublié cet automne? [4/4]

    Dernier volet de notre bilan des canicules, sécheresse et incendies en France et en Europe : la gravité de la crise climatique vécue par des millions de personnes peut-elle déboucher sur une prise de conscience politique ? Le doux parfum de la pluie l’été, on l’avait presque oublié. La dernière vague de chaleur s’achève en France avec quelques gouttes d’eau et des températures enfin de saison, à l’issue d’un été brûlant et d’une succession inédite de canicules, de sécheresse et d’incendies. Mais le retour à un été normal va-t-il effacer le souvenir de la brutalité de la crise climatique, pour « repartir comme en 1940 » et reprendre nos vies d’avant ? Ou peut-on s’attendre à une véritable prise de conscience, voire à un débouché politique après cette crise climatique majeure ? Cet été de l’enfer pourrait marquer durablement les esprits, parce qu’il a marqué durablement le corps des Français. « Ce n’est pas quelque chose qu'ils ont vu simplement à travers leur écran de télévision, leur poste de radio ou à la une des journaux. C'est quelque chose qu'ils ont éprouvé dans leur corps, dans leur chair, dont ils ont souffert personnellement, parfois avec des dégâts corporels ou matériels. Donc, il va y avoir des traces, j'allais même dire des cicatrices », estime Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller en communication de l’ancien président François Hollande, à la tête aujourd’hui de Gantzer Agency. L'environnement, sujet politique La crise climatique pourrait alors devenir un élément central du débat public, alors que se profile la présidentielle de l’an prochain. Dans tous les sondages réalisés cet été, la question environnementale est devenue une des préoccupations majeures des Français, en troisième ou quatrième position, avec par exemple un bond de 12 points en un mois dans l’enquête Ipsos-BVA, ce qui n’arrive presque jamais. Gaspard Gantzer va même plus loin et voit le sujet s’imposer dans la campagne électorale : « Je pense que la question environnementale va devenir le premier de tous les sujets. Comment faire pour vivre en ville alors que les villes sont transformées en bouilloire thermique, en véritables planchas de goudron et de béton ? Comment fait-on pour vivre à la campagne ? Comment fait-on pour ne pas voir sa maison brûler dans une forêt ? Les Français vont donc avoir des demandes très précises à formuler aux politiques qui vont avoir le devoir d'y répondre. Ils veulent juste trouver un plan pour pouvoir s'en sortir et ne pas revivre l'enfer qu'ils auront vécu cet été ». À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4] Agir contre le pire Du pire naîtrait ainsi le meilleur, les catastrophes nous rendraient résilients et nous pousseraient à agir… Mais tout le monde n’est pas de cet avis. « Par le passé, les communautés humaines n'ont pas fait la démonstration de leur capacité à tirer des leçons durables de ce genre d'événement. Il n'existe pas de lien entre l'occurrence des phénomènes catastrophiques ou des aléas climatiques et l'apparition de politiques publiques plus pro-climatiques », souligne le sociologue Benoit Giry, maître de conférences à Sciences Po Rennes et auteur de Sociologie des catastrophes, aux éditions de La Découverte. Comme l’ont montré plusieurs études réalisées à travers le monde, rien ne garantit que la conscience écologique progresse sur le terrain politique. « On ne sait pas véritablement s'il existe un lien entre les gens qui ont vécu une catastrophe d'origine climatique et le vote écologiste. Les gens qui ont vécu des catastrophes climatiques sont susceptibles aussi de moins voter écologiste. Les pays dans lesquels il y a eu le plus de catastrophes n'ont pas forcément développé les politiques de prévention des catastrophes les plus poussées », relève aussi Benoit Giry. Pression citoyenne Rien ne garantit donc que les politiques agissent après cet été brûlant en France. Pour cela, il faudrait que les citoyens partagent les mêmes préoccupations ; on ne vit pas la canicule de la même manière dans un appartement climatisé ou dans une passoire thermique. La pression et la mobilisation citoyenne apparaissent essentielles pour la suite. « Les victimes des incendies de Gironde peuvent contribuer, en occupant l'espace public, à mettre ce problème-là à l'agenda. Mais le réchauffement climatique, ce sont aussi des choses beaucoup plus insidieuses, l'occurrence de maladies ou de problèmes physiques qui sont plus étalés dans le temps et qui passent un petit peu sous les radars », rappelle Benoît Giry. On se souvient du « monde d’après », promis pendant le Covid. Mais très vite, les belles promesses ont été oubliées. Il y a certes une différence aujourd’hui : contre la crise climatique, à part un changement radical de nos modes de vie, on n’a pas trouvé de vaccin.  À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]

  6. 19 ago

    Les leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4]

    Sueur et ventilateur. En enchaînant cinq canicules en trois mois, les Français ont expérimenté de plein fouet la vie sous réchauffement climatique. Un « été pourri », il y a quelques années, c’était un été frais et pluvieux. Mais un « été pourri », aujourd'hui, c'est l'été que vous venez de vivre, où vous avez parfois eu l'impression de survivre – on exagère à peine. Les canicules que les Français viennent d’enchaîner - cinq en trois mois - n’impliquent pas qu’un changement de vocabulaire ; elles ont aussi changé la vie. Pour une très grande majorité des Français, à 77 %, les canicules ont eu un impact sur la qualité de la vie quotidienne, et même sur leur humeur, pour 51 % des sondés. D'abord, vous avez explosé votre consommation d'eau. Pour remplacer la piscine que vous n'avez pas, vous n'avez jamais pris autant de douches, et vous vous êtes dit : « En fait l'eau froide, c'est pas si froid », surtout qu'au robinet elle coulait plutôt tiède. Vous avez parfois dû boire quatre litres d'eau par jour, et tout ça sans faire des allers-retours aux toilettes. En revanche, vous avez beaucoup transpiré. Confinés sous un toit brûlant Les Français ont dû s'adapter, et s'adapter, ici, veut dire ne rien faire. Comme 45 % des Français, vous avez décalé ou annulé des sorties, parce que 33°C à la maison, c'est toujours plus frais que 40°C dans la rue. Assommé à scroller sur votre téléphone en surchauffe, qui faisait aussi radiateur, vous êtes restés confinés chez vous. Cela vous a rappelé des souvenirs et vous étiez à deux doigts d'applaudir les pompiers tous les soirs à 20 heures.  Vous avez peut-être appris à fermer vos volets la journée, si vous aviez des volets ; près de la moitié des logements en France en sont dépourvus de protection ou sont mal protégés du soleil. Et ne parlons pas de l'isolation des murs. Ces canicules ont révélé la vulnérabilité des habitations. Partout on a crevé de chaud, en particulier sous les toits, et même dans des appartements récents, pourtant construits selon les dernières normes ; conçus pour garder la chaleur l'hiver, manque de bol, ils gardent aussi la chaleur l'été. Passion ventilateur La qualité du sommeil s'en est ressentie. Comme huit Français sur dix, vous avez mal dormi, voire pas dormi du tout. C'était tellement chaud, tellement torride, que vous avez couché avec un ventilateur, avant de penser à l'épouser. Quand d'autres ont carrément craqué pour un climatiseur. Fin juin, il s'est vendu en deux semaines en France près de 2 millions de climatiseurs et de ventilateurs. Mais il a quand même fallu aller travailler, épuisé par des nuits tropicales alors que vous n'étiez pas en vacances sous les tropiques. Vous avez débarqué au boulot en short, et tant pis pour la pudeur et votre réputation vestimentaire. Exilé climatique, vous avez renié le télétravail et redécouvert les joies du présentiel en présence de la climatisation au bureau. Mais parfois la clim était en panne, ou à bout de souffle d'air tiède, et vous avez remué ciel et terre pour décrocher non pas une augmentation de salaire mais juste un ventilateur. Au service environnement de RFI, on n'a jamais autant reçu de mails désespérés – mais c'est le service climat, pas le service climatisation. Travail à la peine Même quand vous n'étiez pas sur un chantier en plein cagnard, ou dans un atelier surchauffé, vous avez travaillé un peu moins vite, un peu moins. Votre productivité a baissé de 10 % en moyenne, et vous vous êtes dit : « Mais ils font comment en Afrique ? » Ces canicules auront, de fait, un coût financier important, entre 10 et 15 milliards d'euros pour la France, selon une estimation de l'Insee. Les commerces et les restaurants ont perdu cet été 10 % de leur chiffre d'affaires, et le gouvernement a dû prolonger les soldes (« sa première mesure anti-canicule », a ironisé le mouvement Attac). À titre personnel, vous envisagez un crédit à la consommation pour acheter des légumes qui vont devenir hors de prix (puisqu’ils ont brûlé sur la plante). Oui, votre vie a changé le temps d'un été brûlant. Mais l'automne sera là, bientôt, et peut-être aurez-vous déjà tout oublié ? À lire aussiCanicules: comment les vagues de chaleur pèsent-elles sur l'économie en Europe?

  7. 18 ago

    Les leçons d'un été brûlant: pourquoi la sécheresse de 2026 est-elle vraiment historique? [2/4]

    Deuxième volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe cette année : le manque d'eau fragilise les modes de vie, l'économie et la biodiversité. On se pensait à l’abri. Après un hiver particulièrement pluvieux (il avait même trop plu par endroits), les nappes phréatiques avaient fait le plein. De quoi affronter l'été sereinement, pouvait-on penser un peu naïvement. Et puis patatras ! En quelques semaines, la sécheresse s'est installée sur la France, à une vitesse inédite, et on a assisté impuissants à « un effondrement quasiment généralisé de toutes les nappes », constate l'hydrologue Emma Haziza, docteure de l'École des mines. « Il est normal d'avoir une vidange des nappes durant la phase estivale. Ce qui n'est pas normal, c'est la vitesse à laquelle cette vidange se fait. Cela signifie que les territoires ont soif, que ce soit les sols ou les cours d'eau. Quand vous voyez de l'eau dans une rivière, c'est souvent l'eau de la nappe. Si vous voyez que cette rivière est à sec, c'est que la nappe est trop basse. » Et on voit beaucoup de rivières à sec, où l'eau ne coule plus et laisse place aux cailloux. Rien qu'en France, on a compté plus de 1 300 rivières victimes d'assecs, de ruptures de débit. Les fleuves souffrent aussi : la Loire et la Garonne sont alimentées artificiellement en déstockant les barrages hydroélectriques, et ailleurs en Europe, le Danube et le Rhin ne peuvent plus jouer leur rôle en termes de navigation ou d'énergie (barrages hydroélectriques moins productifs, réacteurs nucléaires à l’arrêt faute d’eau pour les refroidir). Plus de 80 % du territoire français est aussi soumis à des restrictions d’usage de l’eau. L’herbe est devenue de la paille sèche et les arbres perdent leurs feuilles, comme si la nature était passée sous un grill. À lire aussiNucléaire en période caniculaire: le temps des interrogations Sécheresse et canicule, le couple infernal d'un été infernal Une telle sécheresse est le résultat des canicules qui se sont enchaînées d'une manière là encore inédite. Sécheresse et canicule, c'est le couple infernal d'un été infernal. Un véritable cercle vicieux, une boucle de rétroaction comme on dit : la canicule provoque la sécheresse et la sécheresse aggrave la canicule. « Lorsqu’un sol est sec, on n’a plus cette libération de l'eau sous la forme de vapeur qui permet de refroidir l'atmosphère. Une phase de sécheresse des sols augmente en durée et en intensité une canicule, explique Emma Haziza. Et c'est vraiment ce que l'on voit cette année sur la France ». Autre cercle vicieux : quand il y a le moins d'eau, la consommation d'eau bat des records, pour irriguer les champs, ou juste se rafraichir sous la douche. Le réchauffement climatique, provoqué par les activités humaines, est clairement responsable de cette sécheresse aggravée. Notre rapport aux sols également. « On est de manière inéluctable sur une trajectoire de réchauffement, avec pour conséquence une atteinte majeure du cycle de l'eau. Et cette atteinte est surtout fonction de la vulnérabilité de nos territoires, c'est-à-dire de la manière dont on a traité nos territoires. Est-ce qu'on les a urbanisés ? Est-ce que nos sols sont compactés sur le plan agricole ? C’est tout cela, aujourd'hui, qui est mis en exergue », relève Emma Haziza. À lire aussi«On n'a plus d'herbe depuis plus d'un mois»: en Seine-et-Marne, les éleveurs sans solution face à la canicule Sans eau, c'est le désert Est-on alors en train de prendre conscience de la vulnérabilité du pays face à cette question vitale de l'eau ? L’eau, c’est la vie : juste pour boire, mais aussi pour se nourrir. Sans eau, pas d'agriculture, pas d'électricité, pas d'industrie, pour ne parler que des humains. Tout le vivant est aujourd'hui en danger : la biodiversité, les plantes, les animaux. Parce que sans eau, c'est le désert. Un début de prise de conscience a déjà pu avoir lieu en 2022, lors d'une sécheresse qu'on qualifiait déjà d'historique. « L'année de 2022 a marqué les esprits, estime Emma Haziza, qui publiera dans un mois (avec Edo Brenes) une bande dessinée intitulée L'eau sous emprise, enquête sur une ressource vitale menacée, aux éditions Delcourt. Cela a même conduit les citoyens à moins consommer d'eau, ce qui signifie qu'on est en train de comprendre que c'est sans doute un des enjeux les plus importants que l'on ait. Nous ne sommes pas un pays aride ou semi-aride. Nous étions jusque-là un pays tempéré qui n'a jamais manqué d'eau, qui n'en manque d'ailleurs pas l'hiver. Il faut donc absolument optimiser les plus grands réservoirs que l'on a en France, c'est-à-dire les sols et les nappes phréatiques, et non pas stocker l’eau en surface où elle serait soumise à l'évaporation et qui ne va pas dans le bon sens ».  Cette sécheresse n'a rien de naturel, mais rien ne vaut les solutions naturelles. À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]

  8. 17 ago

    Les leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]

    Premier volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe de l'Ouest : vit-on l'été le plus froid du reste de notre vie ? Sommes-nous déjà passés dans le monde d'après, ce monde apocalyptique de sécheresses, de canicules et d'incendies que nous ne pouvons que subir ? Un monde décrit depuis des décennies par les experts du climat si nous ne faisons rien. C'est vrai qu'on n'a pas fait grand chose, malgré les alertes, et cet été 2026, en Europe, est du jamais vu. Cinq canicules en France, des records battus partout, et des records de records battus, plus de 40°C la journée et des nuits tropicales... Merci le réchauffement climatique. « Ce que fait le changement climatique, c'est de mettre les vagues de chaleur sous stéroïdes. Puisque les étés deviennent plus chauds en moyenne, quand on a un extrême au-dessus de la moyenne, cet extrême-là est encore plus intense qu'avant », décrypte Robin Noyelle, climatologue à l'ETH de Zurich (l'école polytechnique fédérale en Suisse). Un phénomène exceptionnel en partie inexplicable Des températures extrêmes doublées d'un phénomène exceptionnel : la répétition de ces canicules, qui provoque un été brûlant sans répit pour l'ensemble du vivant. « Si on prend les vagues de chaleur une par une, elles n'auront pas grand-chose d'exceptionnel, estime Robin Noyelle. Ce qu'il se passe, c'est qu'on a une zone de hautes pressions qui vient se bloquer au-dessus d'une certaine région et qui ne bouge plus. Donc on a de l'air chaud qui descend, et en plus l'énergie qui vient du soleil n'est pas reflétée par les nuages et arrive donc directement dans les basses couches. Et les basses couches, c'est là où nous, on vit. Donc c'est quelque chose qu'on comprend bien. Par contre, ce qu'on ne comprend pas très bien, ce qui est vraiment exceptionnel sur l'été, c'est le fait que ça revienne ». On n'en est qu'à l'heure des conjectures et des hypothèses, avant que la recherche n'arrive à y voir plus clair, et le climatologue évoque d'abord « la malchance, c'est-à-dire que ça peut arriver de manière aléatoire et on n'a vraiment pas eu de chance cette année. Ou peut-être qu'il y a d'autres causes, et notamment les causes océaniques. On a l'événement El Niño qui est le plus fort qu'on n'ait jamais observé depuis au moins la fin du XIXe siècle. Et peut-être que ça peut avoir un lien. Mais ce sont vraiment des choses qui sont très discutées et sur lesquelles y a pas du tout de consensus ». Aura-t-on encore des « étés pourris » ? En France et en Europe, sommes-nous alors en train de vivre « l'été le plus froid du reste de notre vie », comme le répètent certains climatologues, dans une formule choc, pour alerter l'opinion sur la crise climatique ? Mais que pensera-t-on si on a, comme on l'appelle de moins en moins encore, « un été pourri » l'an prochain, frais et pluvieux ? En fait, le climat n'est pas quelque chose de linéaire, à court terme. « Étant donné que cette année est vraiment un été exceptionnel, je ne pense pas trop m'avancer en disant que probablement les étés prochains seront plus frais, estime Robin Noyelle. En revanche, à l'horizon de 20 ou 30 ans, si on continue à émettre des gaz à effet de serre, on continuera dans cette direction-là. Un été comme celui de 2026 ne sera plus exceptionnel comme il l'est cette année ; il sera dans la moyenne ». Moyennes et extrêmes Alors que les températures ont dépassé dans de nombreux endroits les 40°C, l'alerte sur les 2°C de l'Accord de Paris pour le climat peut sembler pour le moins décalée... Depuis 2015, on a beaucoup insisté sur ce chiffre, 2°C, cette limite de réchauffement à ne pas dépasser (mais qu'on va sûrement dépasser). Peut-être, et les médias ont leur part dans cette histoire, aurait-il fallu insister sur les températures extrêmes plutôt que sur une moyenne globale. « 2°C, ça ne paraît pas beaucoup, reconnaît Robin Noyelle de l'ETH Zurich. En fait, la température du globe est quelque chose qui est très différent de la température que nous expérimentons. 1,5 à 2°C de réchauffement, cela implique un réchauffement sur les terres qui est 50 % supérieur. Et plus on va au nord, plus on a de l'amplification. Un réchauffement de 2°C global, cela veut dire un réchauffement en été en France de l'ordre de 4°C. Et sur les extrêmes, on peut avoir jusqu'à un facteur 2 d'amplification par rapport à cela ». Ce qui veut dire au moins 8°C en plus. Des températures anormales qui deviendront bientôt la norme. À lire aussiEn Europe, les canicules s'enchaînent et leur coût reste difficile à mesurer

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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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