Les premiers moteurs électriques sont nés avant les moteurs à essence. Mais l'autonomie des batteries fut longtemps son plus gros handicap face au pétrole, une énergie « facile ». Une voiture sur cinq vendue dans le monde est aujourd'hui électrique. En Norvège, on a même dépassé les 95% en 2025. La voiture électrique, vecteur phare de la transition énergétique, a ainsi mis plus d’un siècle à s’imposer, et même près de 200 ans si on considère le premier véhicule électrique, conçu en 1834, bien avant l'invention du moteur thermique, le moteur à essence. À lire aussiVéhicules électriques: face au ralentissement du marché, les constructeurs revoient leurs ambitions à la baisse À la fin du XIXe siècle, quand l'automobile commence à se développer, trois énergies sont en concurrence : la vapeur, celle qui fait rouler les trains ; le pétrole, pour les voitures à essence ; et l'électricité, qui se déploie partout. Mais la voiture électrique a alors un énorme handicap, son autonomie. « Elle est dérisoire, raconte Jean-Louis Loubet, historien, co-auteur de L'incroyable histoire de l'automobile (éditions Les Arènes). On doit faire 80 kilomètres avec une flopée de batteries dans la voiture. On ne peut pas s'en servir si on a envie de prendre la route. Cela explique pourquoi ça ne marche pas en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Au contraire, aux États-Unis, où vous n'avez pas de réseau routier, on roule uniquement dans les villes. Et donc, dans ces conditions, au tout début du XXe siècle, à peu près un tiers des automobiles aux États-Unis sont électriques. » L'électricité contre l'électrique Mais ce succès ne dure pas. Grâce, ou à cause de trois Américains. D’abord Henry Ford, qui popularise la voiture à essence, avec un modèle bon marché, la Ford T. Ensuite, John D. Rockfeller, le premier milliardaire américain (grâce au pétrole), qui développe les stations-service. « Rockefeller se rend compte de la possibilité d'un marché quasiment sans limite. Donc les stations-service se développent en dehors des villes. Enfin, et surtout, un ingénieur, Charles Kettering, va inventer un engin merveilleux qui s'appelle le démarreur électrique. Les gens qui étaient gênés par la voiture thermique à cause de la manivelle, qui est dangereuse à manipuler, vont avoir un démarreur électrique. Et voilà comment l'électricité va tuer la voiture électrique, ce qui est quand même paradoxal ! », sourit Jean-Louis Loubet. À lire aussiL'Union européenne renonce au tout-électrique en 2035 et autorise une part limitée de voitures thermiques Mais la voiture électrique ne s'avoue pas vaincue, notamment en France, pendant la Seconde Guerre mondiale. Face à la pénurie de pétrole, monopolisé par l’occupant nazi, le régime de Vichy finance un modèle de voiture électrique, plutôt performant. Arrive la Libération, « et là, on se demande, puisqu'on manque de tout en France, si l'automobile électrique ne va pas pouvoir redémarrer vraiment. Mais pas du tout. Dans la mentalité des Français, une voiture électrique, c'est une voiture de Vichy, donc on n'en veut pas. Quel est le modèle à la Libération ? C'est l'Amérique, c'est le pétrole, c'est la Jeep », poursuit Jean-Louis Loubet. La révolution du lithium Dans l'histoire de la voiture électrique, il y a encore un autre rendez-vous manqué, aux États-Unis dans les années 90. Face à la pollution, la Californie veut imposer des quotas de voitures électriques. General Motors fait semblant de jouer le jeu, sort la EV1, un modèle futuriste. « La voiture électrique n'est pas en train d’arriver, elle est là », assène une publicité qui ressemble en fait à un film d'horreur : on a plutôt l'impression de l'arrivée des extra-terrestres sur Terre. General Motors refuse d'ailleurs de vendre ses modèles, réservés à la location. Ils finiront broyés dans le désert... Son patron reconnaitra plus tard une erreur historique. À lire aussiAutomobile: la stratégie chinoise qui bouleverse le marché mondial du thermique Il faut finalement attendre un saut technologique pour que la voiture électrique commence à s’imposer. Avec les batteries à lithium, on entre dans une autre dimension. « Ça, ça change la donne parce qu’enfin, il y a des batteries avec une autonomie bien supérieure. Le saut est vertigineux en l'espace d'un quart de siècle ! », souligne Jean-Louis Loubet. Mais la technologie ne fait pas tout. Il y a la COP21, en 2015, une vraie prise de conscience de la crise climatique, suivie de décisions politiques, en Europe, ou en Chine, pour imposer la voiture électrique. Elle est, enfin, au rendez-vous.