Aujourd'hui, dans "Les voix de l'économie", Stéphane Pedrazzi reçoit Eric Trappier, DG de Dassault Aviation et président de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie. Ensemble, ils reviennent sur les grands enjeux de l'industrie française à l'occasion de la REF, la Rencontre des entrepreneurs de France. Un entretien décapant où le leader industriel ne mâche pas ses mots sur les obstacles à la relance économique du pays. La France souffre d'une désindustrialisation chronique. Passée de 20% du PIB à seulement 10%, elle accuse un retard considérable par rapport à ses voisins européens qui maintiennent des parts de marché autour de 20%. Face à ce constat alarmant, Éric Trappier dresse un diagnostic sans détour : les promesses de réindustrialisation restent lettre morte tant que les gouvernements successifs n'adressent pas les vrais problèmes. Quels sont-ils ? Trop de contraintes normatives, une fiscalité écrasante, des charges sociales excessives. Autant de boulets au pied des industriels français que leurs concurrents internationaux ne traînent pas. Mais la question de la compétitivité ne se limite pas aux frontières nationales. L'industrie européenne fait face à une concurrence chinoise redoutable. Faut-il ériger des barrières protectionnistes ? Le DG de Dassault Aviation refuse de trancher de manière définitive, mais il pose la véritable question : pourquoi imposer à nos industriels des contraintes que nous n'imposons pas à nos concurrents ? C'est cette asymétrie, cet absence de « level playing field », qui constitue selon lui le vrai problème. L'enjeu n'est pas tant de freiner les produits étrangers que de donner à nos entreprises les conditions pour innover et se développer sur les marchés mondiaux. Cet épisode intervient à la veille du grand débat des candidats à l'élection présidentielle organisé à l'AREF. Un moment clé où les entrepreneurs français espèrent enfin se faire entendre. Éric Trappier souligne que le patronat n'attend pas des aides massives, mais plutôt de la stabilité et de la prévisibilité. Or, c'est précisément ce qui manque aujourd'hui. Les chefs d'entreprise redoutent les conséquences de la politique économique du prochain président : selon un sondage OpinionWay, 82% d'entre eux expriment cette inquiétude. L'instabilité fiscale, avec des surtaxes imposées puis prolongées sans clarté, mine la confiance des décideurs économiques. La question de la dette française s'impose comme un sujet incontournable. Avec la remontée des taux obligataires, le poids de l'endettement devient de plus en plus lourd. La France est-elle à un point de bascule ? L'invité de Stéphane Pedrazzi ne cache pas son inquiétude face à une trajectoire insoutenable. Les règles imposées par l'Union européenne et les attentes des créanciers internationaux laissent peu de marge de manœuvre. Une spirale infernale se dessine : des taux de remboursement qui montent, des annuités qui augmentent, une dette qui s'alourdit. Face aux propositions d'annulation de dette avancées par certains candidats, le PDG de Dassault exprime son scepticisme : annuler une dette, c'est perdre la confiance des prêteurs et compromettre la capacité à financer les projets futurs. Le réarmement de l'Europe constitue un autre axe majeur de cet entretien. Officiellement prioritaire face à la menace russe, le réarmement européen peine à se concrétiser en commandes fermes pour les grands industriels de la défense français. Le DG de Dassault Aviation explique cette situation par un choix entre qualité et quantité, innovation et volume. Il soulève également une question stratégique fondamentale : la France a-t-elle réellement les moyens de son réarmement ? Sa réponse est catégorique : oui, c'est une question de décision politique, comme l'a démontré le général de Gaulle en engageant la France dans la dissuasion nucléaire. Le projet SCAF, cet ambitieux programme d'avion de combat européen auquel participait Dassault Aviation, illustre les difficultés de la coopération européenne. Son échec révèle que les accords politiques ne suffisent pas : il faut aussi l'adhésion des armées et des industriels. Pourtant, Éric Trappier reste ouvert à la coopération, à condition qu'elle soit structurée autour d'une véritable architecture de projet et d'un responsable clairement identifié. L'Europe, selon lui, doit apprendre à mutualiser sans diluer les responsabilités, en s'inspirant du modèle américain où les États ne tentent pas tous de développer les mêmes capacités. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.