Vivre avec un auteur, ce n’est pas toujours une sinécure. En tant qu’épouse de l’un d’eux, je suis bien placée pour le savoir. Vous me connaissez peut-être très vaguement à travers les articles de mon mari. Je suis parfois évoquée pour illustrer un exemple. Parfois aussi, pour mon soutien ou ma patience dans ses projets, point sur lequel je reviendrais plus tard… Il arrive aussi que je serve d’inspiration pour ses articles. Et cette semaine, il m’a carrément demandé de l’écrire à sa place. Plutôt que de parler de ce que c’est que d’être un auteur qui vit en couple, ou en famille, il a décidé que ce serait intéressant d’aller directement à la source. (Lisez l’article: « 7 sources d’inspiration pour trouver l’idée de son livre« ) Ce n’est pas toujours simple de vivre avec un auteur. Peut-être que vous avez l’habitude. Peut-être que la personne dans votre vie est sur le point de se lancer dans l’écriture, ou de reprendre après un break… Que vous soyez sa femme, son mari, son enfant, son parent, son chien ou même son hamster, vous savez déjà sûrement que vous devez accepter certaines particularités de caractère, de disponibilité, ou d’attention. Mon mari écrit depuis que nous nous connaissons, je parle donc en connaissance de cause. Avec cet article, je m’adresse aux compagnons des écrivains, cette armée silencieuse, ces piliers d’endurance et de longanimité, avec ces quelques conseils qui vous aideront peut-être vous, et par conséquent, l’auteur aussi. Image par StockSnap de Pixabay Vivre avec un auteur en un mot Comme je le disais plus tôt, quand mon merveilleux époux a pour la première fois parlé de cet article et des conseils que je pourrais donner, le tout premier mot qui ait apparu en gros dans ma tête, en lumière néon clignotante, c’est le mot « PATIENCE ». Vous avez déjà dû l’entendre maintes fois, l’écriture, ce n’est ni facile ni rapide. L’auteur avec qui vous partagez votre vie travaille très sûrement sur un ouvrage qui va lui prendre du temps, le sien et le vôtre. Du temps en longueur, mais aussi sur votre quotidien et votre temps ensemble. Je me réveille très souvent avec un espace vide à côté de moi parce que mon mari s’est réveillé très tôt avec le cerveau en ébullition et s’est levé pour s’engouffrer dans le bureau. Le bureau c’est une sorte de trou noir dans notre vie, qui avale le temps et la disponibilité de mon mari avec une persévérance qui en devient presque admirable. Il y a déjà bien longtemps que j’ai accepté de partager mon mariage avec cette entité. Ça fait partie de notre vie, ça fait partie des obligations de l’écriture. C’est aussi cela vivre avec un auteur. M’arrive-t-il d’être jalouse ou possessive, voire carrément boudeuse ? Évidemment que oui ! Mais si je veux un époux épanoui, et de surcroît une vie de famille plus heureuse, je dois laisser de la place à cette entité, et je fais preuve de toute la patience que je peux trouver au fond de moi. Si vous vivez avec un auteur, vous devez accepter ces absences, voir même l’aider à créer du temps pour en avoir. Être écrivain, ça fait partie de la personne qu’il est, et aussi très probablement de la personne avec qui vous vivez, et il ne serait pas réaliste de lui demander de ne pas être cette personne à part entière. Image par Samuel F. Johanns de Pixabay Soyez ferme Si vous avez lu le paragraphe précédent et si vous l’avez appliqué, félicitations, vous êtes très compréhensifs, et youpi, vous voilà avec un auteur heureux (du moins côté disponibilité). Mais attention, ça va dans les deux sens. Je ne pense pas que ce serait raisonnable de ne jamais voir la personne dans votre vie. Je pense que ce genre de chose doit être donnant, donnant. (Lisez l’article: « Comment ne plus être trop débordé pour écrire« ) Si vous lisez régulièrement les articles de mon mari, vous savez peut-être que je cours beaucoup. Et c’est là que ce fait l’échange. Courir est semblable à l’écriture dans le fait que cela crée des absences, et si j’accepte de bon cœur que l’homme de ma vie soit souvent dévoré par le monstre de la créativité, il doit aussi accepter que je disparaisse plusieurs fois par semaine pour gambader comme si j’avais une meute de zombies aux fesses. Il doit (et il est) être très compréhensif sur le fait que je souhaite pouvoir m’absenter, et aussi que je veux également profiter de sa présence et de son temps, et ça n’en vient quasiment jamais au point des reproches. Mais pour être sûre d’éviter complètement ces reproches, vous devez parler à votre auteur. Trouvez votre équilibre. Soyez clair dans ce que vous voulez. Vous avez aussi le droit d’une place à part entière dans son temps, et vous ne devez pas être oublié. Ainsi, vous éviterez d’en venir à ressentir de la rancune à son égard, et votre auteur n’en viendra pas à se sentir coupable de chaque seconde d’absence. Soutenez-le « Je suis nuuuuuuuuuuuuul ! »… Ça vous parle ? L’écriture c’est compétitif. Votre auteur pense avoir une idée originale ? Il en existe déjà 50 versions. Il a publié ? Les retours tombent… Écrire, c’est mettre une partie de soi à nu, ça rend très vulnérable, et je peux vous garantir qu’aucun auteur n’est à l’abri des crises de confiance ou du redoutable « writer’s block », ou syndrome de la page blanche. C’est à ces moments-là que vous devenez indispensable. Et peu importe comment. Que ça prenne la forme de: « Mais non mon amour, c’est toi le meilleur et ils sont tous méchants », « On va en parler pour mettre tout ça au clair », « Viens, on sort pour se changer les idées », « Tu veux une bière ou deux ? », ou même juste du silence et de l’espace. Vous lui balancez du chocolat en respectant une distance de sécurité et vous attendez qu’il se calme. Vous devez comprendre à quel point c’est important pour votre auteur et à quel point il est terrifié. Il est possible que tout ce que vous dites n’ait pas autant d’impact que vous auriez voulu, mais ce dont il a besoin c’est de savoir que vous êtes là ; qu’il peut compter sur vous durant les crises de confiance les plus difficiles, surtout s’il se lance dans un nouveau projet. Je ne saurais plus compter le nombre de fois ou j’ai vu quelqu’un vouloir tenter quelque chose de nouveau dans sa vie, et se buter à un « Houla, t’es sûr que c’est pour toi ça ? » (Lisez l’article: « La traversée du désert« ) Si vous faites ça avec votre auteur, vous lui donnez un grand coup de frein à main avant même qu’il ait écrit le premier mot. Évidemment, il est possible que tout ne finisse pas en conte de fées plein d’arcs-en-ciel et de licornes rose bonbon qui butinent dans les prés… mais chaque chose en son temps. Vivre avec un auteur, c’est avant tout croire en lui dès le début. Image par Digital Photo and Design DigiPD.com de Pixabay Vivre avec un auteur, c’est savoir s’adapter Vous écrivez peut-être vous aussi, ou vous dessinez, ou vous faites quelque chose de créatif en lien avec l’imaginaire. Si c’est le cas, vous savez déjà que cela demande de la concentration. Quand mon ours de mari disparaît dans sa grotte pour écrire, ce n’est pas juste sa personne qui disparaît, c’est aussi son esprit. Il part dans un monde où je ne peux pas, et ne dois pas, le suivre. Il écrit dans un état presque second, s’il est dérangé toutes les cinq minutes avec des « Où as-tu rangé le… ? », « Quand t’as fait les courses, t’as pris du… ? », « T’as des nouvelles de… ? »… il ne va pas apprécier. Tant que ça ne relève pas de « Les rideaux sont en feu », ou « Il manque un bras à notre enfant », ces interpellations peuvent attendre. C’est mieux pour tout le monde. Sinon c’est un ours très grognon que vous aurez sur les bras. Un auteur a besoin de pouvoir se détacher du monde réel pour pouvoir avancer, et c’est rarement possible de le faire en 5 minutes. C’est donc à vous de vous adapter autour de ces moments. Un sas de décompression Il faut aussi savoir qu’un auteur ne décroche pas complètement de cet état second instantanément. Vous allez sûrement vous rendre compte que le fil de sa pensée n’est pas toujours synchro avec le vôtre. Vous allez lui parler de quelque chose de banal, de logistique, de votre journée, d’une blague… et vous allez voir qu’il n’est pas complètement avec vous.C’est aussi ça de vivre avec un auteur. Ce n’est pas que vous ne l’intéressez pas, ce n’est pas personnel, et ce n’est pas qu’il s’en fiche de ce que vous lui racontez, c’est juste que ça fourmille toujours là-dedans, et le ramener trop brutalement sera mal vécu. La meilleure solution c’est d’attendre que votre auteur revienne de lui-même. Cela évitera bien des dérapages. Soyez critique (mais honnête !) Je suis la première lectrice de mon talentueux mari, et, ça va sans dire, sa plus grande fan. J’adore lire ce qu’il écrit, j’adore partir avec lui où ses pensées sont parties creuser. Et quand j’aime, je lui dis ! Et quand je n’aime pas, je lui dis aussi… Oui, ça arrive. Votre auteur a sûrement du talent, peut-être beaucoup, mais ça ne veut pas dire qu’il est infaillible. Si vous voulez l’aider, vous devez faire plus que juste dire « C’est super, c’est top, c’est parfait, rien à revoir ! » de peur de le vexer. Bien sûr qu’il ne va pas aimer entendre que ce paragraphe ne sert à rien, que ce chapitre devrait être au début, que ce personnage est devenu antipathique, que ça n’a plus de sens, que c’est trop long, qu’il ne soit pas le premier à penser à