En Chine, l’industrie automobile ne fait qu’accélérer le rythme. Il faut désormais moins de deux ans à certains constructeurs chinois pour développer un nouveau modèle de véhicule électrique. À Pékin, les autorités de régulation s'inquiètent des risques que cette cadence pourrait faire peser sur la sécurité et la qualité des véhicules. Et elles durcissent les contrôles. Depuis le début de l’été, les autorités chinoises multiplient les inspections inopinées dans les usines d’assemblage, chez les fournisseurs, les concessionnaires, ou dans les laboratoires d’essai des véhicules en Chine. Il s’agit de vérifier que les constructeurs respectent bien les normes sur la durabilité des matériaux dans le temps, les normes des systèmes d’aide à la conduite ou d’intégration de l’intelligence artificielle dans le fonctionnement des véhicules. À la suite d’accidents, les batteries et les poignées de porte avaient déjà fait l’objet de contrôles plus stricts. À lire aussiPortées par la Chine, les ventes de véhicules électriques progressent encore dans le monde Guerre de l'innovation L’administration chinoise souhaiterait ramener un peu d’ordre dans un secteur où les industriels se livrent une guerre des prix mais aussi une guerre de l’innovation pour arracher des parts de marché en Chine, où les ventes sont en berne. « Il y a plus de 120 marques de véhicules en Chine et c'est beaucoup trop, même pour un marché de 30 millions de véhicules, observe l’expert Flavien Neuvy. Beaucoup de constructeurs ont du mal à s'en sortir. Donc, c'est un peu la course effrénée à l'innovation… Ils veulent aller très vite sur la voiture embarquée, l'intelligence artificielle, l'aide à la conduite, et quasiment la conduite autonome. » Des centaines de nouveaux modèles ont été lancés au cours des six derniers mois pour séduire les consommateurs. « La priorité, c'est d’être le premier à lancer un nouveau modèle, observe Alexandre Marian, directeur associé au sein d'Alix Partners. Et donc, si on est capable en deux ans de le lancer, alors que le concurrent le fait en quatre ans, ça veut dire qu’il a déjà deux ans de retard ! » Consommateur chinois transformé en « cobaye » Pour parvenir à resserrer autant le calendrier de production, les constructeurs chinois font beaucoup, beaucoup de réutilisation, explique cet expert. « Ils réutilisent des architectures, des composants, des modules, même entre différentes marques : si les concurrents les ont acceptés, ils estiment qu’ils sont en mesure de le faire. Et ils sont prêts à lancer des véhicules en production sans avoir complètement tout vérifié pour des choses qu'ils estiment secondaires, comme des éléments associés au logiciel, qu’ils peuvent mettre à jour à distance… » Si les constructeurs étrangers tentent de raccourcir, eux aussi, les délais – le français Renault a développé une nouvelle Twingo en 21 mois en Chine –, des dirigeants de grands constructeurs chinois comme le patron de Geely s’inquiètent des dérives de certains de leurs concurrents nationaux, qui n’hésitent pas, dit-il, à transformer le consommateur chinois en « cobaye ». La question de la régulation s’impose donc en Chine, où des accidents répétés pourraient aussi ternir la réputation des constructeurs chinois à l’étranger. À lire aussiChine: un constructeur de voitures électriques propose des stations de batteries échangeables