L'automobile européenne est-elle vraiment si menacée ? Après le président français, c'était au tour du chancelier allemand de se rendre en Chine. Cette semaine, Friedrich Merz a plaidé pour un rééquilibrage des échanges. Les chiffres le montrent : les Allemands consomment de plus en plus de produits chinois, tandis que la Chine achète de moins en moins les produits allemands. Parmi les marchandises concernées : les voitures, fleuron de l'économie allemande. Mais en Europe, certains estiment que c'est l'occasion de transformer les concurrents chinois en partenaires. Sur les routes en Chine, vous ne verrez pas de voitures à essence ni à moteurs hybrides (mélange d'électrique et de thermique). Non, uniquement des voitures électriques. Et c'est donc l'électrique qui va également s'imposer en Europe. Les courbes de croissance sont impressionnantes. Désormais, parler du marché automobile mondial, c'est parler de la Chine.... et plus, plus, plus, et toujours plus. En moins d'un an (en 2025), les ventes chinoises dans le monde ont connu une poussée de 20%. Le marché chinois dépasse haut la main le marché américain (13 millions d'unités pour les États-Unis), le marché indien (4,5 millions) ou japonais (3,8 millions). Il est même au-dessus du marché allemand en Europe, à hauteur de 2 millions de ventes en 2025. Vitesse, volume et qualité Les Chinois ont une devise industrielle : « speed and scale », c'est-à-dire « produire vite et produire du volume, de la quantité ». Mais contrairement à ce qu'elle a pu faire dans le textile par le passé, la Chine progresse en privilégiant désormais la nouveauté et la qualité. Du GPS aux nouveaux écrans embarqués, les véhicules taxis ou autos chinoises deviennent de gros ordinateurs roulants. Et comme l'explique Jean-Rémy Macchia, expert rédacteur consultant automobile européen, l'avenir est dans l'autonomie, c'est-à-dire des véhicules sans chauffeurs : « Je prévois des voitures avec des écrans, des caméras embarquées. La voiture devient un énorme ordinateur sur roues. Il y aura de plus en plus de conduite autonome avec des commandes vocales et des options (enceintes, musique, films, connexion au domicile...) partout. Parallèlement, les Chinois ont entamé depuis 20 ans une énorme politique offensive d'électrification. Cela fait des années qu'ils achètent sur tous les continents sur monde des mines pour obtenir les minerais (lithium, cobalt...) et les terres rares les plus chères à extraire. Ces matières premières servent à la fabrication des batteries ou des moteurs électriques. La Chine va être payée en retour, car tous les constructeurs du monde vont leur acheter leurs minerais et leurs voitures. » À écouter aussiAutomobile : l’Europe face au choc électrique Énergie et enthousiasme chinois Selon une étude de la Fédération européenne de l’automobile, il existe une différence d'approche culturelle entre les continents. Les conducteurs européens restent attachés à 34% aux moteurs hybrides. Mais que l'on partage ou non les méthodes et les politiques chinoises, tous les observateurs économistes parlent de l'incroyable énergie autour des voitures en Chine. Raphaëlle Baut, experte européenne, dit avoir reçu une véritable « claque » en Chine. Créatrice du site internet Numerama, cette spécialiste de l'industrie automobile est l'une des rares à visiter régulièrement les usines chinoises. Les citoyens chinois sont devenus des porte-drapeaux de leurs marques nationales. Un enthousiasme énergique et une différence culturelle avec l'Europe : « Ce qui m'impressionne en Chine, c'est l'âge des acheteurs (35 ans environ). Là-bas, l'automobile définit le statut social. Les jeunes sont très friands de nouveautés technologiques. C'est ce qui explique le succès des voitures dans l'ensemble du pays. Les innovations des modèles électriques passionnent les jeunes Chinois. Le marché en Chine permet d'avoir le choix entre une centaine de marques à des prix défiant toute concurrence. Contrairement à l'Europe, les Chinois sont fascinés par la longueur des véhicules. Les longues voitures de plus cinq mètres se vendent très bien. » Mariages de constructeurs, méfiance des conducteurs européens Face à une telle concurrence, les mastodontes de l'automobile doivent s'adapter. Fin 2025, deux mariages de grands constructeurs ont été prononcés. Le constructeur français Renault investit avec l'Américain Ford pour développer deux modèles de voitures électriques en Europe. Parallèlement, le groupe américano-européen Stellantis construira des taxis autonomes avec la société Bolt. Ces taxis sont annoncés sur le continent européen pour 2026. Depuis l'arrivée des voitures chinoises sur le marché européen, les citoyens du Vieux continent se montrent plutôt sceptiques. La majorité des doutes concerne la qualité. Or, depuis deux ans, l'avis des acheteurs évolue. Les taux de satisfaction progressent. Les véhicules électriques chinois coûtent trois fois moins cher. Ce rapport qualité/prix révolutionne déjà le marché mondial. À l'avenir, seules les réglementations de Bruxelles (droits des consommateurs, conservation, exploitation des données, autorisation de routes…) pourraient freiner l'arrivée et les ventes des nouveaux modèles autonomes. À écouter aussiUne histoire de rendez-vous manqués : pourquoi la voiture électrique a mis plus d’un siècle à s’imposer ?