En cette rentrée morose pour l'Union européenne, nous recevons François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains, député européen au Parti populaire européen et ancien professeur agrégé de philosophie. Il a mené la liste Les Républicains aux élections européennes, où il a été réélu en 2024, avec 7,2 % des voix (soit six députés en tout). En cette rentrée, il revient sur les grandes crises de l’été, notamment les menaces russes, les enjeux écologiques ou encore l’arrivée de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave de Ceuta. « La Commission finit par reconnaître la légitimité de notre combat sur le Mercosur » La Commission européenne a suspendu temporairement les importations de viande bovine, de volaille, d'œufs et de miel depuis le Brésil, à partir du 3 septembre. Cette décision est liée à l'usage d'antibiotiques. Pour François-Xavier Bellamy, « la Commission européenne a fini par reconnaître la légitimité du combat que nous avons mené pendant des années contre cet accord avec le Mercosur. » Il rappelle qu’il « n’est pas contre le commerce international », mais pense « ne pas avoir le droit, après avoir imposé des règles toujours plus contraignantes aux agriculteurs qui produisent chez nous, d'accepter d'importer ensuite des produits du monde entier qui ne respectent aucune de nos règles… En montrant si rapidement après l'application provisoire de l'accord que le plus grand pays du Mercosur, le Brésil, n'est pas capable de garantir des normes sanitaires, la Commission reconnait que nous avions raison. » La suspension pourrait être levée lorsque le Brésil aura présenté des garanties suffisantes. « Pedro Sanchez est responsable de Ceuta » Fin juillet, environ 80 000 migrants arrivent en quelques jours à Ceuta, petite enclave espagnole en Afrique du Nord, causant une crise à la fois politique et humanitaire. L’enquête sur les causes de ce mouvement massif de population continue, alors que de forts soupçons perdurent sur une possible responsabilité marocaine, couplée à une vague de désinformation sur les réseaux sociaux ayant encouragé les individus au départ. Mais pour l’eurodéputé, la charge incombe avant tout à Pedro Sanchez, « qui a décidé en avril dernier de régulariser largement le million d’étrangers vivant et travaillant sur le territoire espagnol sans statut légal ». François-Xavier Bellamy dénonce « un gouvernement qui décide en réalité de récompenser l'illégalité », mais qu’il estime très différent de celui de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a délivré un million de titres de séjour pour favoriser l’immigration de travail, à rebours de son programme : « Il y a une différence majeure entre délivrer des titres de séjour, c'est-à-dire permettre à des gens de rentrer légalement dans votre pays et légaliser des gens qui sont rentrés illégalement. » L’eurodéputé défend à ce titre le « règlement retour » adopté par le Parlement européen le 17 juin dernier, et pour lequel il avait fortement milité. L’objectif du règlement retour, « c'est d’expulser en dehors des frontières de l'Europe des gens qui, par exemple, ont été déboutés du droit d'asile, qui en tous les cas sont illégalement présents sur le sol européen ». Si ce nouveau règlement prévoit de renvoyer les migrants dans des pays avec lesquels ils n’ont aucun lien, comme l’Ouganda ou le Rwanda par exemple, l’eurodéputé n’y voit pas d’inconvénient : « Est-ce qu'ils ont un lien avec la France s'ils y sont présents de manière illégale ? (…) Ce n'est pas un emprisonnement, c'est simplement une manière de reconduire hors de nos frontières des personnes qui s'y sont introduites de manière illégale. Il n'y a que l'Europe qui est dans cette situation d'impuissance. Vous ne rentrez pas illégalement en Chine, au Japon, aux États-Unis, vous ne rentrez pas illégalement dans un pays africain. » « Il n'y a jamais eu de cordon sanitaire des votes » Le règlement retour, vivement critiqué par une partie des eurodéputés, avait d’ailleurs dû être adopté grâce à une alliance entre le PPE et de toutes les droites radicales du Parlement européen comme les Patriotes, où siège le Rassemblement national. Si cette alliance se démarque de la grande majorité au centre du Parlement, l’ancien professeur de philosophie insiste : « Il n’y a jamais eu de cordon sanitaire des votes. » Quant à savoir si ce partenariat pourrait se refléter dans la politique nationale, François-Xavier Bellamy réaffirme son soutien à Bruno Retailleau pour la présidentielle et explique : « Aujourd'hui, Marine Le Pen est candidate. Je ne me reconnais pas dans sa candidature pour de nombreuses raisons. » (…) Quand elle lance sa campagne en disant qu'elle renouvelle sa promesse de garantir la retraite à 60 ou 62 ans pour les Français. (…) Eh bien, cette promesse-là, elle me paraît être incroyablement dangereuse pour l'avenir de la France, mais aussi pour la stabilité de l'Europe dans son ensemble. »