Ici l'Europe

RFI et France 24 vous proposent un rendez-vous intitulé «Ici l’Europe». Un entretien avec une personnalité européenne signé Caroline de Camaret (France 24). Chaque semaine, le vendredi, un grand entretien avec une personnalité européenne, un entretien avec un des grands acteurs de l’Europe d’aujourd’hui, qui nous parle de la construction de l'Europe, de sa proximité avec les citoyens et des enjeux internationaux qui l’attendent. Une coproduction RFI/France24. ***  Diffusions les vendredis à 19h40 TU vers toutes cibles, le samedi à 08h10 TU vers l'Amérique, l'Asie, l'Europe et 21h10 TU vers toutes cibles. 

  1. 2d ago

    Maciej Witucki : «Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine...»

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Maciej Witucki, président de BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026. Plus grande organisation patronale d’Europe, BusinessEurope représente plus de 40 fédérations patronales nationales issues de 35 pays. Polonais de nationalité, il dresse avec nous un bilan du paysage entrepreneurial européen, de ses défis et de ses pistes d’amélioration. « Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux » L’avenir semble sombre en Europe et dans le monde, avec la multiplication des crises. M. Witucki tempère : « les patrons européens croient en l’Europe. (...) un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux. » Face à l’augmentation éclair des prix de l’énergie, due entre autres à la guerre dans le détroit d’Ormuz. Maciej Witucki rappelle : « la crainte, c’est effectivement la détérioration de la compétitivité des entreprises européennes. Mais ce n’est pas que pour les entreprises ; ça touche aussi directement les consommateurs, à travers l’inflation ». Si certains pays ont décidé, face à l’urgence, de réduire les taxes sur les carburants, BusinessEurope prône des solutions de long terme : « il n’y en a pas 36 000. Il y a le marché unique de l’énergie, donc il faut que l’on partage plus nos actifs. »  Il ne se prononce pas sur une taxe européenne sur les superprofits, puisque parmi les membres de BusinessEurope, certaines fédérations y sont favorables : « il n’y a pas de position commune, il y a des positions par pays. Dans mon pays, en Pologne, cette taxe vient d’être signée hier soir par le Président. »  Mais pour lui, « les marges de manœuvre à court terme ne sont pas énormes. Il faut compter sur l’accalmie globale pour que les prix reviennent à la normale ».   « Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine, mais nous devons reprendre le contrôle » Les grands défis de l’industrie européenne s’incarnent notamment dans la voiture électrique. Fortement concurrencée par les Chinois, l’industrie peine à se maintenir en Europe. Maciej Witucki prône la lucidité : « on est devenus trop dépendants (...) cette dépendance à la Chine, ça vient du fait que ça nous permettait d'avoir d'un côté les ambitions de développement de l’Europe, de l'autre côté, une pression vers des prix plus bas. » Il faudra donc, un moment ou un autre, en payer le prix : « Le temps des produits pas chers, il ne sera peut-être pas complètement terminé, mais il sera modéré ». « Nous avons quelque part naïvement investi toutes nos technologies à Shenzhen, en Chine, il y a 30 ans. Aujourd'hui, ce qu'on attend, c'est qu'il y ait des Shenzhen chinois mais en Europe ; que cette technologie chinoise, qui est éventuellement un investissement chinois, mais sous un contrôle européen, de même que ça a été, il y a 30 ans en Chine, soit développée ici. On ne peut pas couper le lien, mais il faut qu'on reprenne le contrôle, que ce soit sur les technologies ou sur les entreprises elles-mêmes. »   « Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre » S’il préside la plus grande organisation patronale européenne, la trajectoire de Maciej Witucki est d’abord Polonaise. La Pologne est un symbole de réussite économique en Europe. La croissance est de plus de 3,6% en 2026 et depuis 2023, le retour de Donald Tusk au pouvoir a permis de libérer 137 milliards d’euros gelés par l’UE en raison de manquements à l’État de droit par le gouvernement précédent ultraconservateur. Pour M. Witucki, il y a plusieurs leçons à tirer de la Pologne : « la leçon, c’est que la Pologne, elle a l’entrepreneuriat, l’ouverture au business privé. C'est quelque chose qui revient maintenant en Europe (...) il y a beaucoup plus d'ouverture à discuter avec le business et d'équilibre avec les partenaires sociaux, qui sont très importants, parce que le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre. » La défense de l’État de droit est elle aussi au centre, ce qu’a démontré la Pologne après huit années d’un régime « pas tout à fait libéral ». Le Président de BusinessEurope explique « on est définitivement pour la défense de l’Etat de droit. Mais pour cela, il faut que nous ayons des propositions intéressantes pour les citoyens de retour à la croissance, de la part des patrons, des partenaires sociaux et des politiques. »   « La pression des États-Unis nous a ouvert les yeux » Donald Trump a imposé aux Européens un accord de commerce déséquilibré, poussant ces derniers à signer des partenariats avec de nombreux autres pays. Pour Maciej Witucki, « cette pression des États-Unis nous a ouvert les yeux. Ça nous a poussé vers plus d'agressivité et d'action internationale ». Il se félicite du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ou celui qui se profile avec l’Inde dans les prochains mois. La multiplication de ces partenaires représente aussi une garantie pour le futur : « tout cela, ça nous donne des ouvertures pour nos exportations, ça nous donne des accès à des matières premières dont on aura besoin. Ça nous donne aussi des arguments dans les discussions pour des deals futurs avec les États-Unis et la Chine ».

  2. Sep 25

    Aurore Lalucq : « Face à la hausse du prix du carburants, il faut taxer les superprofits »

    Face à des Européens peu audibles à l'Assemblée générale de l'ONU et aux inquiétudes devant leur faiblesse économique, Aurore Lalucq, la présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, nous livre son analyse après la dernière réunion de l’Eurogroupe à laquelle elle a participé. Aurore Lalucq est eurodéputée du groupe Socialiste et co-présidente de Place publique. L'UE est confrontée à une faible croissance (1,1 %) et à la forte augmentation des carburants (+14 % sur un an). Aurore Lalucq souligne l’impact de la conjoncture internationale : « On a vraiment une économie qui est mise sous pression, que ce soit par la Russie, par la Chine ou par les États-Unis. On reste résilients. » Mais ce qui l’inquiète, « c'est la question de l'inflation importée sur laquelle on a très peu de prise parce qu'elle est liée à des événements extérieurs. Donc, il faut agir, investir sur la question de l’électrification pour ne plus être dépendant des autres économies. » Face à la flambée des prix des carburants, Aurore Lalucq prône la taxation sur les superprofits au niveau européen, qui permettrait de redistribuer des aides ciblées. « Il y a clairement une coalition de pays qui est en train de se dégager : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, donc des gouvernements d'une couleur politique très différente, mais pas la France… peut-être pour protéger TotalEnergie », glisse-t-elle. Un budget français et européen à la peine Autre dossier difficile, le budget. Avec une dette en hausse et le déficit le plus élevé de la zone euro à 5,4 % du PIB, la France, selon Aurore Lalucq, inquiète moins les institutions européennes que l'état mondial des finances publiques, et de la dette privée, et l'incertitude créée par Donald Trump. « Il faut que la France fasse un effort, mais personne ne se dit : "La France, là, tout de suite, va rentrer en crise financière." » Par contre, du fait de la situation internationale, « on n'est pas à l'abri d'un accident financier, c’est clair. » Quant au budget de la France, elle préconise une trajectoire de réduction de 100 à 120 milliards sur cinq ans – contre 54 milliards préconisés par le gouvernement pour 2027. Face au Rassemblement national qui estime que la France verse trop d’argent à l’Europe, l'actuel Premier ministre a lui aussi proposé de retrancher 800 millions de notre contribution en les prélevant sur l'amende Google. L'eurodéputée estime que l'UE est une force : « Aujourd’hui, si la dette française est soutenable, c'est parce que les marchés savent que derrière, il y a la Banque centrale européenne, il y a le mécanisme européen de stabilité. Et ce qui inquiète les marchés financiers, c'est très clairement l'instabilité politique depuis la dissolution, l'incertitude sur notre capacité à faire passer un budget français… et la perspective de 2027 issue des élections présidentielles ! » En ce qui concerne le budget européen de 2028-2034, la présidente de la commission ECON au Parlement européen s’oppose à la vision de certains pays « frugaux » comme l'Allemagne, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche qui demandent de passer en dessous des 2 000 milliards d'euros sur sept ans. « Si on n'a pas un budget qui vient répondre aux défis européens, on va tous perdre », affirme-t-elle. Pour cela il faudra créer de nouveaux instruments financiers, explique Aurore Lalucq. « Je sais que les débats sur l'annulation de la dette agitent beaucoup la bulle française, mais en réalité, au niveau européen, le débat qu'on a, c'est sur la question, ce qu'on appelle des actifs sûrs. C'est le fait d'avoir ou non un endettement commun, donc des taux d'intérêts communs uniques. » Des turbulences internationales Aurore Lalucq s’inquiète des récentes victoires dans les élections régionales de l’AfD en Allemagne. « C'est une situation qu'on peut retrouver aussi en France, avec le Rassemblement national. On voit une poussée de l'extrême droite, en fait à peu près partout en Europe. » « Donc, il y a un sujet qui est de rappeler ce qu'est l'extrême droite : l'extrême droite n'est pas un parti comme un autre ». Elle souligne que certaines des leçons d’après la Seconde Guerre mondiale ont été oubliées et « le meilleur remède à la montée des populismes et des nationalismes, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de ressentiment, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas des inégalités inacceptables. Il y a toujours un niveau d'inégalité acceptable. Moi, je m'en fiche qu'il y ait des milliardaires, du moment que je vis bien. Mais là, on est arrivé sur des choses qui deviennent inacceptables et qui peuvent engendrer des monstres. » Après le discours du Premier ministre Mark Carney au Parlement européen et son rapprochement avec l’UE, Aurore Lalucq rappelle son opposition initiale au CETA – traité de libre-échange avec le Canada – pour des raisons sanitaires. « Néanmoins, là, je trouve que c’était intéressant. On voit qu'on est en train d'essayer de créer du dialogue, des associations. Avec des pays qui résistent et qui ont envie d'être constructifs et qui se disent : "Ce n’est pas parce qu'on est les voisins des États-Unis qu'on leur appartient !" »  Face aux accords commerciaux – l’UE en a signé plus de 80 –, l’eurodéputée affine sa position : « On peut signer des accords de commerce, mais pas avec n'importe quelles normes sociales et environnementales. C'est un élément stratégique, mais ça ne peut pas être la stratégie. Et il faut aussi sortir des dépendances dans le domaine du pétrole et du gaz. On est en train de redécouvrir à chaque crise qu'on n'a pas de pétrole, affirme-t-elle. Donc, il faut accélérer sur la question de l'électrification dans le domaine. On ne peut pas laisser notre industrie automobile, nos batteries, etc., être détruites par une concurrence déloyale », comme celle de la Chine ! Après les dernières sanctions de l’UE contre la Russie et les polémiques après le retrait de deux oligarques de la liste noire, Aurore Lalucq appelle à la fermeté et à l’union entre Européens. « Il faut que ça tienne très fort parce que les temps à venir vont être extrêmement rudes. Et on sait que la stratégie de Poutine, depuis le début, c'est de tenter de nous diviser. » Enfin face à Donald Trump, comme elle l’explique dans son livre Trump contre l’Europe(éditions Les petits matins), elle affirme : « Donald Trump ne comprend qu'une seule chose, c'est le rapport de force. Il faut tenir ce rapport de force, même si ce n'est pas dans l'ADN de la construction européenne. » Elle regrette que l'Union européenne ne soit pas à la hauteur sur la question des droits de douane ni sur la Cour pénale internationale : « Trump menace la Cour pénale internationale et a sanctionné des juges. Et ces juges, jusqu'à présent, ne sont pas protégés par la Commission européenne. Ils sont mis sous sanctions américaines, donc ils n'ont plus accès à un grand nombre de sites internet américains, ils n'ont plus accès à leur carte de paiement : la Commission européenne se refuse à le faire pour l'instant. Donc, typiquement, si vous voulez être respecté, si vous en appelez tout le temps au droit international, il faut protéger les juges qui l'appliquent, conclut-elle.

  3. Sep 18

    Hadja Lahbib «Soit on continue à courir après les catastrophes, soit on les empêche de survenir»

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Hadja Lahbib, Commissaire européenne à l'Égalité, état de préparation et gestion des crises. Elle tire les leçons d'un été de feux inédit, alerte sur les menaces hybrides et défend le projet européen face à la poussée des extrêmes. « C'était l'été de toutes les vérités » Hadja Lahbib dresse un bilan brutal de l'été : des incendies partout en Europe, de façon simultanée, quatre vagues de chaleur, 35 000 morts, 660 000 hectares partis en fumée. Le mécanisme européen de protection civile a été activé dix fois au sein de l'Union et deux fois à l'extérieur, au Chili et en Tunisie. « On a pu répondre de façon positive à toutes les requêtes mais là, on est vraiment au maximum de ce qu'on peut faire », alerte-t-elle. Or avec le changement climatique, « on est face à des événements naturels, extrêmes qui ne sont plus extraordinaires. C'est la nouvelle norme, malheureusement. Et donc il va falloir les anticiper ». Cette année, les feux ont atteint les abords de grandes villes comme Bordeaux et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, « parfois en quelques minutes, sans savoir si elles allaient revoir leur maison ». La gestion des incendies doit donc passer par une meilleure préparation des populations. « C'est pour ça que j'ai présenté aussi les 72h de résilience, non pas seulement pour rester à la maison en situation de crise, mais aussi pour partir, pour pouvoir partir dans un temps record et savoir que prendre », rappelle-t-elle. La Commissaire insiste sur la nécessité de mutualiser les moyens entre les États. « Imaginez-vous si tous les États se mettaient à acheter des Canadairs, dix Canadairs chacun. Mais c'est énormément d'argent. Par contre, si on crée un pool européen comme on en a un aujourd'hui, et bien ça permet de distribuer et aux États, aux petits États comme aux grands ».  À lire aussiIncendies en Europe: un continent entier face aux brasiers   « Cette guerre qui sévit en Ukraine contamine de plus en plus le sol européen » Ces dernières semaines, de nombreux dirigeants européens ont réagi à une multiplication des attaques hybrides, de la tentative déjouée d'attentat à Leipzig aux incursions de drones dans l'espace aérien de pays européens, et accusent la Russie d'escalade. « Ce qu'on appelait des menaces hybrides sont de moins en moins des menaces, mais des risques réels sur notre sol », alerte la Commissaire. Elle s'inquiète également de la guerre de désinformation menée par la Russie. « Vous savez, aujourd'hui, la guerre, elle commence dans notre poche, dans nos smartphones, avec des manipulations de l'information massives ». Alors que des élections sont prévues dans plusieurs pays membres, notamment en France, « qui sait si nos citoyens ne vont pas se retrouver massivement manipulés par des forces étrangères ». À écouter aussi«Nous ne savons plus où aller»: en Ukraine, un drone russe frappe un immeuble résidentiel à Odessa   « Les autres pays aussi pensent que nous sommes encore ce phare dans la nuit quand il s'agit de respect, de valeurs, de démocratie »  Interrogée sur la montée de l'extrême-droite, notamment en Allemagne où l'AfD vient de remporter des élections locales et en France, où Marine Le Pen est annoncée gagnante à la présidentielle de 2027 par les sondages, elle affirme que le projet défendu par ces partis, « le repli sur soi, la peur de l'autre », est à l'opposé des valeurs de l'Union européenne, « le respect, la liberté, la paix ». Elle met en garde contre ces « discours populistes, malheureusement simplistes et qui sont manipulés en plus par des puissances malveillantes comme la Russie. Et on le voit aussi les États-Unis qui soutiennent des groupes d'extrême droite ».  À écouter aussiÉlections régionales en Allemagne: l'AfD compte surfer sur son succès à Berlin et dans le Mecklembourg

  4. Sep 11

    Luc Frieden : «L’Europe est la meilleure réponse face aux défis qui nous sont lancés»

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Luc Frieden, Premier ministre luxembourgeois et président du Parti populaire chrétien-social, membre du Parti populaire européen. Présent à Paris pour le premier Sommet international sur l’espace organisé par Emmanuel Macron, il évoque l’importance d’une autonomie stratégique de l’Europe, la nécessité de s’unir face à un monde de plus en plus menaçant, mais aussi certains chantiers à venir au sein de l’Union. « L’Europe doit jouer son propre rôle » Les 9 et 10 septembre 2026, se tenait à Paris le premier Sommet international sur l’espace à l’initiative du président français Emmanuel Macron. Si les grandes entreprises américaines comme Blue Origin ou SpaceX ont boycotté le Sommet à la demande de Donald Trump, 120 pays y ont participé, dont le Luxembourg. Luc Frieden approuve « l’idée du président Emmanuel Macron de réunir tous ceux qui veulent que l’Europe soit autonome et forte », mais rappelle : « Nous restons des amis des États-Unis ». Pour lui, ce besoin d’autonomie « ne signifie pas qu’il faut exclure les autres (...) nous travaillons évidemment bien avec les Américains et d'autres sur ces sujets, mais l'Europe a besoin, en matière de défense, en matière d'énergie, en matière d'intelligence artificielle, en matière d'espace, de jouer aussi son propre rôle. » Il cite par exemple les satellites commerciaux, dont le Luxembourg est le premier opérateur en Europe. Face à une situation géopolitique de plus en plus complexe, « les satellites jouent un rôle en matière de défense, en matière de communication quantique, de sécurité ». Il faut donc « que l'Europe soit un peu plus autonome car nous ne l'avons pas été suffisamment, peut-être, par le passé ».   « Un Européen ne doit jamais avoir peur des autres » L’Union européenne encadre l’utilisation des réseaux sociaux sous le Digital Services Act, adopté en 2024, et a récemment inclus certaines intelligences artificielles dans ses prérogatives. Si des avertissements ont été émis, aucune sanction directe n’a encore été prononcée au niveau européen. Pour M. Frieden, « un Européen ne doit jamais avoir peur des autres. C'est un grand continent, 400 millions d'habitants. Donc nous pouvons être fiers de ce que nous sommes, avec nos valeurs, nos principes. » Il faut selon lui « une intelligence artificielle humaine », qui respecte ces valeurs européennes. Le Luxembourg est ainsi le premier pays d’Europe à avoir signé un partenariat stratégique avec la société française Mistral AI, pour intégrer l’intelligence artificielle aux services de l’État et collaborer avec les institutions de recherches publiques. Le Premier ministre insiste sur la nécessité d’encadrer ces pratiques car « les valeurs de l’Europe, ce ne sont pas les mêmes qu’en Chine et aux États-Unis », mais rappelle que « les sanctions, c’est toujours la dernière, dernière étape ».   « Nous avons besoin de nouvelles ressources qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité » Alors que le projet de budget pluriannuel de l’Union européenne pour la période 2028 - 2034 suscite de vifs débats parmi les États-membres, Luc Frieden déclare : « mon pays n’est ni du côté des “frugaux”, ni du côté des “pays de la cohésion” ». Il explique : « on a besoin d'un budget qui soit plus grand que le budget actuel. Mais il ne faut pas qu'il soit trop grand parce qu'il doit aussi être financé. » Ainsi, bien qu’il se soit opposé à une taxe européenne sur le tabac ou à la taxation des superprofits des multinationales lors de la crise énergétique, il prône le développement d’autres ressources propres à l’UE : « il faut des ressources propres qui fassent du sens, qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité, qui soient en même temps réparties de façon équitable entre les États membres. » Pour lui, la recherche de ces ressources, via la taxation notamment, ne doit pas impacter la compétitivité des entreprises, au risque que celles-ci « soient poussées vers d’autres continents ». Une augmentation du budget reste nécessaire, afin de « soutenir, au niveau européen, les nouvelles politiques : l'innovation, l'espace, la technologie, les satellites » sans pour autant ponctionner dans la politique de cohésion ou la politique agricole commune.   « L’Europe est la meilleure réponse face aux défis qui nous sont lancés » Le dimanche 6 septembre 2026, le parti d’extrême droite allemand AfD a remporté 44% des voix aux élections parlementaires régionales en Saxe-Anhalt, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Luc Frieden réagit : « pour un voisin de l'Allemagne dont le pays a été envahi en 1940 par les nazis, c'est évidemment extrêmement choquant et inquiétant ». Pour lui, ce retour en force du nationalisme d'extrême-droite est « un énorme défi pour les partis du centre politique ». Il enjoint ainsi à « analyser cela en commun au niveau européen » et appelle « les électeurs de tous les pays européens à regarder l'histoire : le nationalisme, la discrimination des minorités, cela conduit à la Deuxième Guerre mondiale ». Alors que l’extrême droite européenne sympathise avec une Russie de plus en plus menaçante, Luc Frieden rappelle « il y a déjà aujourd'hui des attaques hybrides (...) Nous sommes attaqués tous les jours ; nos systèmes informatiques, les drones, ce n'est pas de la science-fiction, c'est déjà une réalité. » Il en appelle ainsi à l’Union : « l'Europe a tout intérêt à être unie, à être soutenue, car c'est la seule réponse pour survivre dans ce monde très compliqué (...) c'est pour cela qu'il faut l'Europe, parce que chaque pays seul est faible, même s'il est grand. »

  5. Sep 4

    François-Xavier Bellamy : «Pedro Sanchez est parfaitement responsable de la crise de Ceuta»

    En cette rentrée morose pour l'Union européenne, nous recevons François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains, député européen au Parti populaire européen et ancien professeur agrégé de philosophie. Il a mené la liste Les Républicains aux élections européennes, où il a été réélu en 2024, avec 7,2 % des voix (soit six députés en tout). En cette rentrée, il revient sur les grandes crises de l’été, notamment les menaces russes, les enjeux écologiques ou encore l’arrivée de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave de Ceuta. « La Commission finit par reconnaître la légitimité de notre combat sur le Mercosur » La Commission européenne a suspendu temporairement les importations de viande bovine, de volaille, d'œufs et de miel depuis le Brésil, à partir du 3 septembre. Cette décision est liée à l'usage d'antibiotiques. Pour François-Xavier Bellamy, « la Commission européenne a fini par reconnaître la légitimité du combat que nous avons mené pendant des années contre cet accord avec le Mercosur. » Il rappelle qu’il « n’est pas contre le commerce international », mais pense « ne pas avoir le droit, après avoir imposé des règles toujours plus contraignantes aux agriculteurs qui produisent chez nous, d'accepter d'importer ensuite des produits du monde entier qui ne respectent aucune de nos règles… En montrant si rapidement après l'application provisoire de l'accord que le plus grand pays du Mercosur, le Brésil, n'est pas capable de garantir des normes sanitaires, la Commission reconnait que nous avions raison. » La suspension pourrait être levée lorsque le Brésil aura présenté des garanties suffisantes. « Pedro Sanchez est responsable de Ceuta » Fin juillet, environ 80 000 migrants arrivent en quelques jours à Ceuta, petite enclave espagnole en Afrique du Nord, causant une crise à la fois politique et humanitaire. L’enquête sur les causes de ce mouvement massif de population continue, alors que de forts soupçons perdurent sur une possible responsabilité marocaine, couplée à une vague de désinformation sur les réseaux sociaux ayant encouragé les individus au départ. Mais pour l’eurodéputé, la charge incombe avant tout à Pedro Sanchez, « qui a décidé en avril dernier de régulariser largement le million d’étrangers vivant et travaillant sur le territoire espagnol sans statut légal ». François-Xavier Bellamy dénonce « un gouvernement qui décide en réalité de récompenser l'illégalité », mais qu’il estime très différent de celui de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a délivré un million de titres de séjour pour favoriser l’immigration de travail, à rebours de son programme : « Il y a une différence majeure entre délivrer des titres de séjour, c'est-à-dire permettre à des gens de rentrer légalement dans votre pays et légaliser des gens qui sont rentrés illégalement. » L’eurodéputé défend à ce titre le « règlement retour » adopté par le Parlement européen le 17 juin dernier, et pour lequel il avait fortement milité. L’objectif du règlement retour, « c'est d’expulser en dehors des frontières de l'Europe des gens qui, par exemple, ont été déboutés du droit d'asile, qui en tous les cas sont illégalement présents sur le sol européen ». Si ce nouveau règlement prévoit de renvoyer les migrants dans des pays avec lesquels ils n’ont aucun lien, comme l’Ouganda ou le Rwanda par exemple, l’eurodéputé n’y voit pas d’inconvénient : « Est-ce qu'ils ont un lien avec la France s'ils y sont présents de manière illégale ? (…) Ce n'est pas un emprisonnement, c'est simplement une manière de reconduire hors de nos frontières des personnes qui s'y sont introduites de manière illégale. Il n'y a que l'Europe qui est dans cette situation d'impuissance. Vous ne rentrez pas illégalement en Chine, au Japon, aux États-Unis, vous ne rentrez pas illégalement dans un pays africain. » « Il n'y a jamais eu de cordon sanitaire des votes » Le règlement retour, vivement critiqué par une partie des eurodéputés, avait d’ailleurs dû être adopté grâce à une alliance entre le PPE et de toutes les droites radicales du Parlement européen comme les Patriotes, où siège le Rassemblement national. Si cette alliance se démarque de la grande majorité au centre du Parlement, l’ancien professeur de philosophie insiste : « Il n’y a jamais eu de cordon sanitaire des votes. » Quant à savoir si ce partenariat pourrait se refléter dans la politique nationale, François-Xavier Bellamy réaffirme son soutien à Bruno Retailleau pour la présidentielle et explique : « Aujourd'hui, Marine Le Pen est candidate. Je ne me reconnais pas dans sa candidature pour de nombreuses raisons. » (…) Quand elle lance sa campagne en disant qu'elle renouvelle sa promesse de garantir la retraite à 60 ou 62 ans pour les Français. (…) Eh bien, cette promesse-là, elle me paraît être incroyablement dangereuse pour l'avenir de la France, mais aussi pour la stabilité de l'Europe dans son ensemble. »

  6. Jul 10

    Antonio Tajani : «L’Italie n’est pas du tout impliquée dans la guerre en Iran»

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Antonio Tajani, ministre des Affaires étrangères italien, et vice-président du gouvernement Meloni, une coalition tripartite allant de son parti, Forza Italia, à la droite radicale (Frères d’Italie, La Ligue). Il fait un tour d’horizon de l’actualité internationale vue de l’Italie meloniste, et revient sur les réformes migratoires et institutionnelles controversées. « Poutine n’a pas gagné en 4 ans la guerre contre la petite Ukraine » En avril 2026, après le retrait du veto hongrois, le prêt de l'Union européenne à l'Ukraine de 90 milliards d'euros a été finalement débloqué. Le chef de la diplomatie italienne affirme le soutien italien à l'Ukraine : « On va aider de toutes les façons l'Ukraine, parce que je pense qu'il faut gagner la guerre avec la Russie. Poutine n’a pas gagné la guerre en 4 ans contre la petite Ukraine », relève-t-il. Tajani souligne que « l'Italie n'est pas en guerre avec la Russie » et « qu'après la guerre, on parlera avec la Russie ». Il précise que dans le cadre de la paix, « il faudra que l'Europe décide de lever ses sanctions [contre la Russie] ». Et donc qu’elle soit protagoniste et à la table des négociations de paix. Pour le secrétaire du parti Forza Italia, « il y a une position officielle du gouvernement italien, et elle est en faveur de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne ». Bien sur, il faudra « résoudre les problèmes de corruption (…) Et puis il faudra aller de l'avant d’abord en intégrant les Balkans (Monténégro et Albanie) et après avec l'Ukraine ». « Nous ne sommes pas impliqués dans la guerre en Iran » En juin, Donald Trump avait affirmé que Giorgia Meloni l’avait « supplié » de poser avec lui pour une photo du G7. La dirigeante italienne avait démenti sèchement. Tajani assure que l'Italie est « alliée des États-Unis depuis longtemps (…) Il faut toujours réfléchir sur la politesse ». Sur la guerre en Iran, « nous ne sommes pas impliqués dans cette guerre », répond-il alors que le secrétaire général de l’OTAN a parlé de 500 avions au départ des bases militaires américaines en Italie, propos qu’il qualifie de « grande faute, pas la vérité », réduisant ces vols à des étapes techniques, « jamais pour aller bombarder l’Iran ». Alors que l’Italie s’est vu reprocher par Trump sa contribution trop faible à l’OTAN, le vice-président du gouvernement se défend : « On ne peut pas dire que l'Italie n'utilise pas son armée dans le monde pour défendre l'Occident ». Il insiste sur la nécessité de bonnes relations économiques : « Nous avons besoin des États-Unis, mais aussi les États-Unis ont besoin de l'Italie et de l'Europe ». À lire aussiSommet de l'Otan: malgré les critiques de Trump, les alliés réaffirment leur clause d'assistance mutuelle Au sommet bilatéral France-Italie du 25 juin 2026, les deux pays ont notamment discuté de la mise en œuvre d'une coalition multinationale au Liban à la fin du mandat de la FINUL, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban : « l'Italie, comme la France, sont des amis du Liban et prêts à faire tout ce qu'il faut ». À écouter aussiTrump réitère ses propos caustiques contre Meloni et attise la brouille entre l'Italie et les États-Unis   « Nous voulons la migration régulière » Le gouvernement Meloni a incité l'Union européenne à adopter une « directive retour » pour renvoyer les migrants dans un pays tiers hors de l'UE, indépendamment de leur pays d’origine. L'Italie a signé des accords par le passé avec la Libye, pays qui a été accusé de violations des droits de l'homme et de tortures sur migrants. Alors que son gouvernement a procédé à une régularisation massive de 500.000 personnes, le vice-président se défend de toute contradiction : « nous ne sommes pas contre les immigrés, nous voulons la migration régulière, c’est-à-dire choisie pour l'éducation et le travail ». Il décrit cette mesure comme « une bonne façon de se battre contre ceux qui utilisent les problèmes des Africains ou d'autres, ceux qui viennent d'autres pays pour gagner, mais en faisant des dommages en l'Italie et en l'Europe. » Son gouvernement Meloni est-il affaibli ? En mars 2026, il a proposé par référendum une grande réforme de séparation des carrières entre juges et procureurs. Une réforme perçue comme une censure de la magistrature par 54% des Italiens qui l’ont rejetée… bien que « 13 millions d'Italiens ont voté en faveur de la réforme », se console-t-il. Prochaine étape : la loi électorale, qu’Antonio Tajani entend changer « avec des lois » et pas à travers des « réformes constitutionnelles ». Le vice-président du Conseil des ministres estime que « la stabilité est cruciale pour un pays industriel » et fait l'éloge de son gouvernement Meloni tripartite : « les gouvernements les plus stables sont des gouvernements du centre droit à la droite (...) ceux de gauche sont des simples alliances électorales… Nous, on est toujours unis, même si nous avons des idées différentes, même si ce sont des partis différents », se félicite Antonio Tajani.  À écouter aussiItalie : la laborieuse intégration des migrants africains

  7. Jul 3

    Maia Sandu : «Il faut accentuer la pression économique sur la Russie»

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, pays de 2,8 millions d'habitants et voisin de l'Ukraine, qui a ouvert les négociations d'adhésion à l'Union européenne. Le 22 juin 2026, un sommet UE-Moldavie s'est tenu à Bruxelles, dans le cadre du premier groupe de chapitre de la procédure d'adhésion, ouvert le 15 juin 2026. Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, souhaite « une adhésion à part entière » mais se dit prête « à discuter de toute autre formule qui ne se substituerait pas à cette adhésion et ne retarderait pas le processus d'intégration à l'UE ». Cette émission inclut également un reportage d'Isabelle Romero sur le développement économique de la Moldavie.   « Ils ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix » Malgré une campagne de désinformation massive venant de la Russie, Maia Sandu a été réélue présidente de la République de Moldavie en 2024 pour un deuxième mandat consécutif et un an après, en 2025, son parti Action et Solidarité a gagné les élections législatives face au Bloc électoral patriotique, parti pro-Kremlin. « Les Moldaves ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix », nous dit Maia Sandu. Selon elle, ses concitoyens souhaitent « rester dans le camp du monde libre », c'est-à-dire celui de l'Union Européenne, « reconnue comme le projet de paix le plus abouti. » Car ce petit pays de l'ex-bloc soviétique « perçoit plus clairement l'agressivité russe » depuis le début de la guerre en Ukraine. « Il est crucial pour nous de rester dans le camp du monde libre », nous confie la présidente.   « Nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter » La Transnistrie a fait sécession avec la République de Moldavie en 1992 pour se rallier à Moscou. Dans cette région, qui représente 10% du territoire moldave, « il n'y a que 200 officiers russes ». Sur cette militarisation russe, Maia Sandu explique que : « certes, cette présence comporte des risques, mais pas aussi importants pour la sécurité qu'on peut le penser. » Elle affirme même que « la Russie a abandonné la population de Transnistrie sans chauffage ni électricité. (...) Cela prouve bien que l'on ne peut pas compter sur elle. »   En mai 2026, Moscou a signé un décret facilitant l'obtention du passeport russe pour les habitants de Transnistrie. Maia Sandu ne s'inquiète pas de l'impact de ce décret, affirmant que « les jeunes craignent qu'une fois en possession d'un passeport russe, ils ne soient envoyés combattre en Ukraine pour le compte de la Russie. » Ainsi, la présidente ne rejette pas l'idée d'une réunification avec cette région : « nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter. » « D'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes. » Alors que le premier bloc de négociations s'est ouvert entre l'Union européenne et la Moldavie, la présidente espère « que les États membres reconnaîtront nos efforts et que le processus fondé sur le mérite nous mènera à l'adhésion. » Elle affirme notamment que son pays a « éliminé totalement [sa] dépendance au gaz russe. »   Le plan de croissance de 1,9 milliard d'euros sur la période 2025-2027 alloué par l'Union européenne « nous offre de réelles opportunités », se réjouit Maia Sandu. La situation économique du pays pourrait ainsi s'améliorer et serait bénéfique pour « consolider [la] démocratie » dans le pays : « je suis convaincue que les mesures que nous prenons actuellement s'inscriront dans la durée et nous permettront d'instaurer l'Etat de droit attendu tant par l'UE que par les citoyens moldaves. » Néanmoins, le problème de corruption reste un frein à l'adhésion à l'UE. En réponse, Maia Sandu assure que « d'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes de la justice. »   Notre reportage : la Moldavie accélère sur le chemin de l’Union européenne Alors que la Moldavie vient d’ouvrir le premier chapitre des négociations pour l’adhésion à l’Union européenne, le gouvernement, les représentants européens et les entreprises se rassemblaient à Chisinau pour la première conférence d’investissement UE Moldavie. L’objectif, lever des fonds pour aider ce pays fragile à décoller économiquement et atteindre les standards de l‘UE. Des fonds conditionnés à des réformes structurelles et à la lutte contre la corruption. Mais l’influence de la Russie et sa guerre hybride dans le pays compliquent ce destin européen souhaité par la présidente Moldave Maia Sandu. Par Isabelle Romero.

  8. Jun 26

    Odile Renaud-Basso : «Notre banque soutient la résilience des Ukrainiens»

    Intervenant dans des pays en crise notamment l’Ukraine et le Moyen Orient- mais aussi en Europe et en Afrique - Odile Renaud Basso, directrice de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) nous livre son analyse.   « On vient de refaire nos prévisions de croissance avec pour 2026, une baisse de 0,5% en moyenne sur l'ensemble de nos pays, » explique Odile Renaud-Basso qui note un ralentissement sur l’économie mondiale. Créée en 1991 pour contribuer à la construction d'une nouvelle ère post-guerre froide en Europe centrale et orientale, la BERD est détenue par 77 pays, ainsi que l'Union européenne et la Banque européenne d'investissement. Si la banque n’intervient pas en France, sa directrice met en garde sur le contrôle des dépenses publiques et le danger de la dette après le choc de la guerre au Proche-Orient : « Beaucoup de pays ont pris des mesures de soutien à la demande pour réduire l'augmentation des prix de l'énergie, par exemple des prix à la pompe…. il faut que ces mesures soient temporaires et très ciblées. » Odile Renaud-Basso explique la vocation de sa banque d’investissement « Notre rôle est vraiment d'aider les pays à faire face aux situations les plus difficiles. Quand le secteur privé, les investisseurs privés vont avoir tendance à se retirer à être moins capables de prendre du risque ». Ainsi la BERD a investi 46 milliards d'euros en Cisjordanie depuis 2024 et prévoit de déployer 5 milliards d'euros dans les pays touchés par les répercussions de la guerre en Iran. Le soutien à l'Ukraine est aussi une des priorités de la BERD avec 10 milliards d'euros déployés. « C’est très important de reconstruire pendant la guerre et notamment sur ces grandes infrastructures qui sont fondamentales à la vie quotidienne des habitants de l'Ukraine et aussi au fonctionnement de l'économie. » Elle évoque l’accès à l'électricité, au chauffage, à l'énergie et aux transports. La présidente de la BERD explique « J'ai beaucoup été en Ukraine, j’ai été frappée  par la résilience, c'est-à-dire la détermination des Ukrainiens à continuer et à défendre leur pays, leur indépendance, leur autonomie et à poursuivre les efforts malgré les difficultés. » Elle observe que malgré toutes ces difficultés dans la vie quotidienne - s’il y a eu des défections au début de la guerre - aujourd’hui très peu d'Ukrainiens ont quitté le pays et la plupart sont restés dans le pays pour le défendre. Et la BERD est présente dans le pays pour soutenir cette résilience. « Je pense que c'est important et que l'économie ukrainienne a besoin d'investissements étrangers pour se développer.  Et donc, avoir des investissements étrangers, c'est un afflux de financement, un signe de confiance  mais aussi une possibilité de développement. ». Par ailleurs, Odile Renaud-Basso souligne les nouvelles orientations des investissements de sa banque. « On a une majorité d'actionnaires européens, comme le Royaume-Uni, le Canada, le Japon qui considèrent que pour une banque multilatérale de développement, soutenir la transition énergétique et la décarbonisation de l'économie est une priorité, tout comme l'égalité hommes femmes, ou le fait de faciliter l'accès des femmes au marché du travail et  à la formation ». Enfin la Banque européenne de reconstruction et de développement s'intéresse beaucoup à l'Afrique avec ses atouts : sa forte croissance démographique, sa  flexibilité et une capacité d'innovation importante. Odile Renaud-Basso souligne donc : « Des défis majeurs pour le continent africain, mais aussi un potentiel extrêmement important d'où l'intérêt, pour une banque comme la nôtre, de voir comment on peut soutenir le secteur privé, les investissements dans les PME via le secteur bancaire, par exemple ».

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RFI et France 24 vous proposent un rendez-vous intitulé «Ici l’Europe». Un entretien avec une personnalité européenne signé Caroline de Camaret (France 24). Chaque semaine, le vendredi, un grand entretien avec une personnalité européenne, un entretien avec un des grands acteurs de l’Europe d’aujourd’hui, qui nous parle de la construction de l'Europe, de sa proximité avec les citoyens et des enjeux internationaux qui l’attendent. Une coproduction RFI/France24. ***  Diffusions les vendredis à 19h40 TU vers toutes cibles, le samedi à 08h10 TU vers l'Amérique, l'Asie, l'Europe et 21h10 TU vers toutes cibles. 

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