Éco d'ici éco d'ailleurs

Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.

  1. 3d ago

    Les grands invités de la saison d'Éco d'ici Éco d'ailleurs

    Tensions géopolitiques, commerce international, souveraineté, nouvelles technologies, transition énergétique, matières premières, emploi, formation et inégalités : cette saison, « Éco d’ici, Éco d’ailleurs » et « Le grand invité de l'économie RFI - Jeune Afrique » a donné la parole à des dirigeants, entrepreneurs, experts et décideurs pour décrypter les grandes transformations en cours entre Afrique, Europe et reste du monde. Voici une sélection de certains des entretiens les plus marquants. Retrouvez ici nos invités en vidéo Grégory Clerc : Castel mise sur l’Afrique et la décentralisation Directeur général du groupe Castel depuis 2023, Grégory Clerc est revenu sur la transformation d’un groupe mondial du vin et des boissons, particulièrement implanté en Afrique. Au-delà de la gouvernance et de la succession au sein du groupe, il a défendu une stratégie fondée sur la croissance africaine et sur la capacité de Castel à s’adapter à un continent en pleine mutation. L’un des points forts de son intervention concerne l’organisation du groupe : Grégory Clerc revendique un modèle largement décentralisé, laissant une importante marge de décision aux filiales et à leurs dirigeants. Une manière, selon lui, de rester au plus près des réalités locales et de préserver l’agilité du groupe. Autre enjeu majeur : la sécurité. Malgré les difficultés rencontrées dans certains pays du Sahel, en République démocratique du Congo ou en Centrafrique, Castel n’envisage pas de retrait de ses marchés africains. Le groupe assume une stratégie de long terme fondée sur la connaissance du terrain et la résilience. Alahassane Diakité : le cacao ivoirien face à la volatilité des marchés La crise du cacao a constitué l’un des grands sujets agricoles de la saison. Alahassane Diakité, directeur général de la Maison du Cacao et de Diakité Cocoa Products, a livré son analyse d’une filière confrontée à la volatilité des cours, à la spéculation, aux stocks et aux difficultés rencontrées par les producteurs ivoiriens. Pour lui, l’une des réponses passe par l’accélération de la transformation locale. La Côte d’Ivoire compte déjà plusieurs usines de transformation et l’objectif affiché est d’augmenter encore cette capacité afin de contribuer à stabiliser la filière et à créer davantage de valeur sur place. Autre combat : permettre aux producteurs et aux coopératives d'accéder davantage aux marchés à terme et de mieux maîtriser leurs risques. Une question essentielle dans une filière exposée aux mouvements des marchés internationaux et aux stratégies des grands négociants. L’entretien a également porté sur la gouvernance de la filière et sur la nécessité, selon Alahassane Diakité, de maintenir le débat sur le cacao à distance des affrontements politiques. Une position qui prend une dimension régionale alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana, deux poids lourds mondiaux du cacao, cherchent à renforcer leur coopération pour peser davantage sur les marchés internationaux. Athina Argyriou : l’automobile européenne face aux offensives chinoise et américaine L’industrie automobile est elle aussi au cœur des bouleversements mondiaux. Athina Argyriou, déléguée générale de la CSIAM (Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle), a analysé la montée en puissance des constructeurs chinois, la politique protectionniste américaine et les difficultés auxquelles les constructeurs européens doivent répondre. Elle souligne notamment les atouts industriels de la Chine : une importante capacité d’ingénierie, un effort considérable de recherche et développement et un appareil industriel capable de mettre rapidement de nouveaux produits sur le marché. Face à cette concurrence, elle met en garde contre la tentation européenne du protectionnisme. Pour elle, la compétitivité passe davantage par le maintien d’une base industrielle solide, l’innovation et l’indépendance énergétique. La transition vers la voiture électrique constitue évidemment l’un des grands enjeux. Athena Argyriou estime que le choix américain de ralentir cette évolution risque de pénaliser l’industrie des États-Unis elle-même, tandis que l’Europe doit continuer à investir dans cette transformation pour préserver sa compétitivité. Baba Hady Thiam : Simandou, le pari minier de la Guinée Avec Baba Hady Thiam, avocat d’affaires franco-guinéen, l’émission s’est penchée sur l’un des projets miniers les plus importants du continent : Simandou. Un projet intégré associant extraction de minerai de fer, infrastructures ferroviaires, installations portuaires et transformation locale. Pour la Guinée, l’enjeu dépasse largement l’exploitation du minerai. Simandou doit devenir un catalyseur permettant de développer d’autres secteurs de l’économie et de sortir du piège traditionnel de la dépendance aux matières premières. Baba Hady Thiam insiste cependant sur une condition essentielle : la réussite dépendra de la capacité à exécuter concrètement les plans annoncés. L’autre grand sujet est celui du contenu local. L’enjeu ne doit pas simplement être de fixer des pourcentages minimums d’emplois ou de contrats attribués aux entreprises nationales. Il doit, selon lui, permettre une véritable montée en gamme des compétences locales afin que les entreprises guinéennes soient capables, demain, de prendre en charge des projets de plus en plus complexes. Amal El Fallah Seghrouchni : construire une souveraineté numérique africaine L’intelligence artificielle et la souveraineté numérique ont occupé une place centrale dans la saison. À Marrakech, à l’occasion du Gitex Africa 2026, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre marocaine chargée de la transition numérique, a défendu une vision d’une IA souveraine et durable. La souveraineté ne se résume pas au stockage des données. Elle suppose également des infrastructures, des capacités de calcul, des datacenters, une connectivité et surtout une réglementation capable de protéger les données et d’encadrer leur utilisation. La ministre marocaine plaide également pour une coopération accrue entre les pays africains. Plutôt que de reproduire les modèles européens ou asiatiques, elle défend une « troisième voie » africaine de l’intelligence artificielle et de la technologie, fondée sur le partage des données, des talents et des capacités de calcul. El Mouhoub Mouhoud : immigration, école et mobilité sociale L’économiste El Mouhoub Mouhoud, spécialiste de la mondialisation et président de l’université PSL, a abordé l’économie à travers son propre parcours et son ouvrage « Le Prénom ». Son intervention a permis de revenir sur l’immigration économique, mais aussi sur la réussite scolaire des enfants issus de l’immigration. Il dénonce une vision du débat public qui se concentre sur les situations les plus visibles, qu’il s’agisse de la délinquance ou des réussites sportives, en oubliant la masse de jeunes issus de l’immigration qui réussissent par l’école. L’apprentissage apparaît à ses yeux comme un outil particulièrement efficace contre les discriminations à l’embauche : une fois les jeunes présents dans l’entreprise, leurs compétences peuvent s’exprimer concrètement et les préjugés liés au nom ou au territoire peuvent reculer. Il invite également à dépasser l’idée d’une méritocratie selon laquelle la réussite ne dépendrait que de la volonté individuelle. L’accès à l’école, la transmission familiale, le goût de l’effort et les conditions sociales jouent un rôle déterminant dans les trajectoires. Thierry Marx : immigration, emploi et transmission des savoir-faire Pour clôturer cette sélection, Thierry Marx a apporté son regard de chef cuisinier et de président de l’Union des métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Son parcours personnel, marqué par une scolarité difficile avant de devenir l’un des grands chefs français, a servi de point de départ à une réflexion sur la formation, l’apprentissage et l’immigration économique. Dans un secteur qui emploie une importante proportion de travailleurs issus de l’immigration, Thierry Marx insiste sur les situations concrètes des personnes formées et employées dans l’hôtellerie-restauration, notamment celles qui peuvent se retrouver confrontées à des difficultés administratives après leur apprentissage. La transmission est également au cœur de son intervention. Pour Thierry Marx, former ne consiste pas à reproduire mécaniquement un modèle : transmettre un savoir-faire doit permettre à celui qui apprend de devenir autonome, de développer sa curiosité et, à son tour, de transmettre.

  2. Aug 8

    Michaël Boumendil, l'homme qui donne une voix aux marques

    Fondateur de Sixième Son, Michaël Boumendil a inventé, en 1995, un métier qui n'existait pas encore : celui de l'identité sonore des entreprises. Trente ans après ses débuts, son agence installée à Paris, New York et Singapour, travaille pour près de 350 marques dans le monde. Il revient sur son parcours, la genèse du jingle SNCF et sa vision de l'intelligence artificielle appliquée à la musique. L'histoire de Sixième son Pour Michaël Boumendil, la musique n'a jamais été un simple loisir mais un mode d'expression pour un enfant qu'il décrit comme timide et complexé. Face à l'inquiétude de ses parents, qui le poussent vers une grande école, il trouve un compromis : concilier musique et logique business. C'est ainsi qu'à 19 ans, avant même ses études, il pose les bases du concept d'identité sonore. Diplômé de l'EDHEC, il en retient une leçon simple : il ne savait rien faire de concret, mais savait désormais vers qui se tourner. En 1994, à 23 ans, il se lance alors que ce secteur n'existe pas encore : les musiciens font de l'illustration sonore, les marketeurs ne s'intéressent qu'à l'image et aux mots. Sa conviction, qu'il défend toujours aujourd'hui : « la musique, c'est le seul langage universel qui existe ». Sixième Son a fourni des centaines de clients depuis sa création, dont 300 à 350 marques actives, dans des secteurs aussi variés que l'alimentaire, le luxe, l'assurance ou le transport. L'agence revendique une philosophie claire : « on ne cherche pas à faire du beau, on ne cherche pas à plaire, on cherche à être performant ». Le jingle SNCF, une prise de risque assumée Le projet le plus emblématique reste le jingle SNCF, créé en 2004. L'entreprise ferroviaire, mal comprise du public, cherchait à incarner « un leader de la mobilité à visage humain pour tous ». Après un mois d'observation de terrain, l'équipe de Sixième Son rompt avec les codes du secteur : une voix féminine là où régnaient les carillons métalliques, et une mélodie réduite à quatre notes, en écho aux quatre lettres du sigle. Choix contre-intuitif supplémentaire : une résolution en mineur plutôt qu'en majeur, jugé trop « arrogant », pour installer douceur et bienveillance. Présenté à la direction de la SNCF, le projet déconcerte d'abord : « c'est exceptionnel, mais c'est impossible ». Michaël Boumendil propose quinze jours de réflexion avant une nouvelle présentation, à l'issue desquels le projet est validé. Sa conclusion sur cet épisode : « le génie, c'est celui de la SNCF qui a pris le risque de dire banco ». Le jingle a depuis inspiré une centaine de reprises musicales, dont la plus célèbre reste celle de David Gilmour (Pink Floyd), qui a donné lieu à un contentieux juridique. L'IA : un outil, pas un remplaçant Interrogé sur les craintes des musiciens face à l'intelligence artificielle, Michaël Boumendil se veut mesuré : « le métier d'un musicien, c'est de dépasser l'outil ». Le véritable enjeu, selon lui, reste la construction d'un modèle économique équitable pour les créateurs, à l'image de l'évolution passée des plateformes de streaming. « C'est une mise en danger qui doit amener les musiciens à aller plus loin ». France, États-Unis, Asie : des cultures opposées Basé à New York, Michaël Boumendil observe que la France privilégie le souci du détail quand les États-Unis assument un rythme plus rapide, quitte à perdre en finition. En Asie, les logiques de décision varient fortement d'un pays à l'autre. Être implanté simultanément sur ces trois continents permet, selon lui, de faire circuler les bonnes idées d'un marché à l'autre. L'agence a également travaillé sur des marques en Angola, où se mêlent héritage lusophone et influences cubaines, ainsi qu'au Maroc, en Argentine et au Mexique — autant de terrains qui nourrissent, selon Michaël Boumendil, une compréhension fine des enjeux culturels indispensable à son métier. Les réponses à notre quiz introductif 😉 Les marques représentées sont : - Universal - Apple - Aéroports de Paris - Decathlon - Netflix - Mac Donald's 💻 Réalisation : Guillaume Munier 🎵 Choix musicaux :  Le souffle du bleuet (Sixième son) Rattle than lock (David Gilmour) It's great to be a cat (FELIX® et Robbie Williams) ó gente da minha terra (Mariza)

  3. Aug 1

    Afrique, le temps des possibles, épisode 4 : exploiter les ressources au service de l'humain

    Dernier volet de notre série « Afrique, le temps des possibles » : comment faire des ressources naturelles du continent un levier de prospérité durable plutôt qu'une simple source d'exportations ? Agriculture, sols, pétrole, minerais critiques, santé ou encore capital humain : le banquier d'affaires Lionel Zinsou, l'économiste Kako Nubukpo et l'ingénieure agronome Senda Zarrouk confrontent leurs analyses sur les conditions d'une croissance plus inclusive, capable de préserver les ressources tout en créant davantage de valeur en Afrique. 💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien. Nos invités Lionel Zinsou — banquier d'affaires et financier, ancien Premier ministre du Bénin. Il siège aujourd'hui dans plusieurs conseils d'administration de groupes africains et accompagne de nombreux projets d'investissement sur le continent Kako Nubukpo — économiste togolais, ancien commissaire de l'UEMOA chargé de l'Agriculture, des Ressources en eau et de l'Environnement Senda Zarrouk — ingénieure agronome, docteure en sciences de l'environnement, spécialiste des politiques agricoles, de l'adaptation au changement climatique et de la restauration des sols. Agriculture et climat : investir pour produire durablement L'agriculture demeure l'un des principaux atouts économiques de l'Afrique, mais aussi l'un des secteurs les plus exposés au changement climatique. Pour les intervenants, la transition vers des pratiques plus durables suppose des investissements massifs, des financements de long terme et une meilleure prise en compte des risques auxquels sont confrontés les agriculteurs. 🎤 Lionel Zinsou : « En UEMOA, l'agriculture représente près de 28% du PIB mais ne reçoit que 2% des crédits à l'économie. » 🎤 Kako Nubukpo : « L'intensification agroécologique offre d'importants gisements de croissance tout en répondant aux exigences environnementales. » 🎤 Senda Zarrouk : « Le principal frein aujourd'hui, c'est le financement de la transition agroécologique. » Préserver les sols pour renforcer la souveraineté alimentaire Pour les trois invités, les sols constituent la première richesse naturelle du continent. Leur préservation conditionne la sécurité alimentaire, la résilience face au changement climatique et les capacités futures de production agricole. 🎤 Lionel Zinsou : « Le biochar et les nouvelles valorisations de la biomasse peuvent révolutionner la fertilité des sols africains. » 🎤 Kako Nubukpo : « Il faut construire des filières cohérentes, capables de répondre aux marchés tout en respectant les contraintes écologiques. » 🎤 Senda Zarrouk : « Le sol reste notre infrastructure la plus précieuse : il faut le préserver et le restaurer. » Femmes, foncier et financement : un levier majeur de développement Les intervenants soulignent le rôle central des femmes dans l'agriculture africaine. Pourtant, leur accès au foncier, au crédit ou aux responsabilités économiques demeure limité. 🎤 Lionel Zinsou : « Les valeurs foncières progressent et la numérisation des titres ouvre progressivement de nouvelles possibilités de financement. » 🎤 Kako Nubukpo : « Les femmes restent la variable d'ajustement du système agricole alors qu'elles devraient être au cœur des politiques publiques. » 🎤 Senda Zarrouk : « Une agricultrice africaine peut transformer le modèle économique du continent à condition d'avoir accès à la terre et au financement. » Pétrole et minerais critiques : créer davantage de valeur sur le continent L'Afrique concentre une part essentielle des ressources énergétiques et minières indispensables à la transition mondiale. Reste à éviter le piège de l'exportation brute et à développer une véritable transformation industrielle locale. 🎤 Lionel Zinsou : « Les ressources pétrolières ne créent du développement que lorsqu'elles financent la transformation de l'économie. » 🎤 Kako Nubukpo : « Les minerais critiques doivent devenir un levier d'industrialisation plutôt qu'un nouveau cycle d'extractivisme. » 🎤 Senda Zarrouk : « L'enjeu est de produire localement mais aussi de développer les filières de recyclage des métaux stratégiques. » Santé, environnement et capital humain : investir dans la première richesse de l'Afrique Au-delà des ressources naturelles, les invités rappellent que le développement repose d'abord sur les femmes et les hommes. Santé, éducation, prévention et qualité de l'environnement constituent des investissements économiques de long terme. 🎤 Lionel Zinsou : « Les progrès de la santé conditionnent directement le dividende démographique africain. » 🎤 Kako Nubukpo : « Le défi est autant démographique que territorial, avec de fortes inégalités d'accès aux soins. » 🎤 Senda Zarrouk : « Investir dans les déterminants de la santé est souvent plus efficace que réparer les conséquences des crises sanitaires. » Repenser la richesse au-delà du PIB En conclusion de cette série, les trois intervenants appellent à élargir la définition de la richesse en intégrant davantage le capital naturel, le capital humain, la santé, la biodiversité ou encore la capacité d'innovation. 🎤 Lionel Zinsou : « L'Afrique active aujourd'hui des richesses qui étaient longtemps restées invisibles : ses terres, son soleil, ses forêts et surtout sa jeunesse. » 🎤 Kako Nubukpo : « La véritable richesse réside dans notre capacité à transformer localement nos ressources et à mieux redistribuer la valeur créée. » 🎤 Senda Zarrouk : « La transition écologique n'est pas un coût : c'est une formidable opportunité de développement pour le continent. » Visionnez toutes les émissions de la série Afrique, le temps des possibles Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.

  4. Jul 25

    Afrique, le temps des possibles, épisode 3: financer le développement sans l'aide étrangère

    Troisième volet de notre série « Afrique, le temps des possibles » : comment les économies africaines peuvent-elles se financer sans dépendre systématiquement des aides extérieures ? Le banquier d'affaires Lionel Zinsou, l'économiste Kako Nubukpo et le juriste Benjamin Allahamne Minda croisent leurs regards sur la dette, la monnaie, l'intégration régionale et les droits de douane américains pour dessiner les voies d'un financement plus endogène du continent. 💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien. Nos invités Lionel Zinsou — banquier d'affaires et financier, ancien Premier ministre du Bénin. Il siège aujourd'hui dans plusieurs conseils d'administration de groupes en Afrique, notamment celui de Shelter Afrique, institution panafricaine dédiée au financement du logement social. Kako Nubukpo — économiste togolais. Benjamin Allahamne Minda — chercheur en droit international, chargé d'enseignement à l'université de Lyon et à l'Institut catholique de Paris. Auteur de l'ouvrage La coopération intra-africaine, un essai sur la Zlecaf (éditions L'Harmattan). Le déficit chronique de financement des économies africaines Les finances publiques africaines souffrent d'un rendement fiscal trop faible et d'une base productive étroite, tandis que le crédit disponible pour les ménages et les entreprises reste très inférieur à celui des pays avancés. 🎤 Lionel Zinsou : « On n'a que 15% de prélèvements obligatoires, contre plus de 50% en France, on n'est pas capable d'éduquer, d'assurer la santé et de lutter contre la pauvreté avec ça. » 🎤 Kako Nubukpo : « Le ratio crédit sur PIB aux États-Unis frôle les 300%, et il y a un enjeu d'intermédiation financière : les banques ont des ressources courtes qu'elles peinent à transformer en emplois longs. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « On n'arrive pas à investir sur les PME, malgré l'existence d'institutions de garantie comme le Fonds africain de garantie, le Faga. » La dette africaine : outil nécessaire ou risque systémique ? Face à des déficits publics structurels, la dette est jugée indispensable au financement du développement, mais elle absorbe une part croissante des recettes fiscales de plusieurs pays. 🎤 Lionel Zinsou : « C'est les deux en fait… mais il ne faut pas que les pays en situation critique fassent oublier qu'il y en a quarante qui n'ont absolument pas ce problème. » 🎤 Kako Nubukpo : « Le ratio service de la dette sur recettes totales est de 54%, ce qui veut dire que plus de la moitié de nos recettes va au remboursement de la dette. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Le problème de la dette, c'est aussi qu'elle ne répond pas aux bons besoins du développement, elle est souvent utilisée pour financer la sécurité plutôt que la production. » Architecture financière internationale et avenir de l'aide au développement Avec le tarissement de l'aide publique, notamment depuis le retour de Donald Trump, les intervenants plaident pour une mobilisation accrue de l'épargne domestique et un « multilatéralisme équitable » plutôt qu'une rupture totale avec les partenaires extérieurs. 🎤 Lionel Zinsou : « L'aide publique au développement, c'est seulement 2 à 3% du PIB du continent ; passer de 15 à 18% de recettes fiscales sur dix ans, ce n'est pas quelque chose d'impossible. » 🎤 Kako Nubukpo : « Il faut qu'on co-construise les chemins de la prospérité africaine à partir des fondamentaux africains, pas de ce qui est imaginé depuis Pékin, Washington ou Moscou. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « L'aide au développement a créé des dépendances structurelles devenues évidentes lorsque Donald Trump a annoncé le gel de certaines aides américaines. » La question monétaire et l'avenir du franc CFA Entre dépendance perçue au dollar, montée possible du yuan et débat sur la garantie française du franc CFA, la souveraineté monétaire du continent reste un sujet éminemment politique. 🎤 Lionel Zinsou : « La dépendance au dollar, c'est un thème populiste ; on a simplement besoin d'un numéraire international, et le marché le plus profond est aujourd'hui en dollars. » 🎤 Kako Nubukpo : « Il y a une décision du Conseil de l'Union européenne selon laquelle toute modification substantielle du fonctionnement de la zone franc nécessite désormais l'aval de Bruxelles. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Sur la question monétaire, qui reste toujours d'actualité, on est face à l'un des éléments les plus inachevés de la souveraineté internationale des pays africains. » Intégration régionale, ZLECAf et fragmentation des économies La multiplicité des frontières, des monnaies et des barrières non tarifaires freine le commerce intra-africain, malgré les espoirs portés par la Zone de libre-échange continentale africaine. 🎤 Lionel Zinsou : « Imaginez que la France ait quarante monnaies : c'est autant de frontières, de postes de douane, de barrières non tarifaires qui freinent nos échanges. » 🎤 Kako Nubukpo : « La part du commerce intracommunautaire est inférieure à 15% en Afrique, contre environ 60% dans la zone euro. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Les prévisions annoncent une hausse de 10% des échanges intra-africains en 2026, mais cela suppose que tout soit bien mis en œuvre. » Droits de douane américains : menace ou opportunité pour l'Afrique ? Le protectionnisme de Donald Trump touche surtout les économies africaines les plus industrialisées, tandis que les matières premières restent largement exonérées, ce qui pousse les intervenants à miser sur la transformation locale plutôt que sur l'exportation brute. 🎤 Lionel Zinsou : « Les droits de douane de Trump n'ont jamais fait baisser le déficit américain ; ce qui compte pour un pays africain, c'est de transformer localement plutôt que d'exporter la matière brute. » 🎤 Kako Nubukpo : « Ce qui se joue dans le commerce aujourd'hui, ce sont surtout les barrières non tarifaires, les normes sanitaires et environnementales, plus que les droits de douane eux-mêmes. » 🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Les droits de douane ne sont bénéfiques que s'il existe de vrais avantages comparatifs à faire valoir face au partenaire commercial. »   Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.

  5. Jul 18

    Afrique, le temps des possibles, épisode 2 : un avenir économique pour la jeunesse

    C'est le deuxième épisode de la série « Afrique, le temps des possibles ». Continent le plus jeune du monde, l'Afrique verra un jeune sur trois de la planète y vivre d'ici 2050. L'historien Achille Mbembe, l'économiste Kako Nubukpo, les entrepreneurs Matina Razafimahefa et Mamby Laye Diomandé débattent de formation, d'emploi, de numérique, d'intelligence artificielle et d'industries créatives pour transformer ce dividende démographique en véritable moteur de développement pour le continent. 💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien NOS INVITÉS Achille Mbembe – philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa Forward Kako Nubukpo – économiste togolais, professeur des universités, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob) Matina Razafimahefa – cofondatrice de Sayna, plateforme de formation aux métiers du numérique et à l'employabilité Mamby Laye Diomandé, fondateur et commissaire général du Salon des Industries musicales francophones (SIMA).  « Le dividende démographique : espérance ou crise ? » Face à l'explosion démographique de sa jeunesse, l'Afrique doit transformer un potentiel encore incertain en véritable levier de développement. 🎤 Kako Nubukpo : « Nous attendons pour les 40 prochaines années 600 millions de jeunes Africains sur le marché du travail, à raison de 15 millions par an. Tant que nous n'allons pas transformer la matière première, on aura du mal à les absorber. » 🎤 Matina Razafimahefa : « On parle de dividende démographique comme d'un chèque qu'on attendrait d'encaisser. Mais il ne se décrète pas, il se construit compétence par compétence, mission par mission. » « Emploi informel et inadéquation des formations » Entre chômage officiel, travail informel et systèmes éducatifs déconnectés du marché, l'insertion professionnelle des jeunes reste un défi majeur. 🎤 Achille Mbembe : « Beaucoup de gens sont au travail dans ce que l'on appelle l'informel. Ces besoins ne sont pas pris en charge par l'économie formelle. » 🎤 Matina Razafimahefa : « La migration ce n'est pas une pathologie, c'est la réponse rationnelle d'un jeune face à un système qui ne lui offre pas d'autres chemins. » « Numérique, intelligence artificielle et industries créatives » Portée par le numérique et l'intelligence artificielle, la jeunesse africaine invente déjà de nouveaux modèles économiques et culturels. 🎤 Mamby Diomandé : « Il est important de pouvoir fournir de la data à l'État […] qui justifie des investissements sur les industries culturelles et créatives. » 🎤 Matina Razafimahefa : « Il y a 650 millions d'emplois qui vont nécessiter des compétences numériques d'ici 2030. […] Nous ne sommes plus à la recherche d'un job, nous avons des compétences à monétiser. » 🎤 Achille Mbembe : « Sans ces éléments-là [littérature, musique, peinture, théâtre], il est impossible de donner sens à ce que l'on fait. […] Il faut les considérer dans ce sens plénier et pas les réduire à des marchandises. » « Quel avenir laisser à la jeunesse ? » Au-delà des trajectoires individuelles, c'est la solidarité et l'action collective qui, selon les intervenants, façonneront l'avenir du continent. 🎤 Achille Mbembe : « L'avenir du continent africain, il est entre nos mains. […] Les forces endogènes transformeront le continent davantage que les forces exogènes. » 🎤 Kako Nubukpo : « La réussite d'un continent ne peut pas être la somme des réussites individuelles. […] Ce qui fonde l'Afrique, c'est la solidarité. »   Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.

  6. Jul 11

    Afrique, le temps des possibles, épisode 1 : gouverner dans un monde brutal

    Dans un contexte mondial marqué par les rivalités géopolitiques, les guerres économiques et la remise en cause de la  mondialisation, l'Afrique peut-elle construire un développement plus souverain, inclusif et durable ? Comment gouverner face au « tournant brutaliste » ? Nous vous proposons une série d'émissions « Afrique, le temps des possibles » qui réunit plusieurs grands intellectuels suite à la publication d'un livre blanc de 60 propositions coordonnées par l'historien Achille Mbembe. 💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien NOS INVITÉS Achille Mbembe – Philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), Directeur Général de la Fondation de l'innovation pour la démocratie, coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa Forward. Kako Nubukpo – Économiste togolais, professeur des universités, ancien commissaire de l'UEMOA chargé de l'Agriculture, des Ressources en eau et de l'Environnement, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob) Fatoumata Ngom – Analyste des politiques publiques à l'OCDE, écrivaine, ingénieure en informatique et diplômée en mathématiques financières, auteure de Le silence du totem (L'Harmattan). « Le modèle économique dominant est en crise » La première partie de l'émission dresse un diagnostic sans concession des mutations du monde. Les invités estiment que le modèle de développement hérité de la mondialisation ne répond plus aux défis actuels et que l'Afrique doit inventer de nouvelles trajectoires. 🎤 Achille Mbembe : « Le modèle économique dominant est en crise aujourd'hui et ne nous permet plus de faire ce saut civilisationnel. Nous assistons à un tournant brutaliste. » 🎤 Fatoumata Ngom : « Il est temps de mesurer le progrès au-delà du seul PIB. » « Peut-on développer une économie sans démocratie ? » Les échanges portent ensuite sur la qualité des institutions, la démocratie, les régimes autoritaires et les conditions d'une croissance durable. 🎤 Achille Mbembe : « Il faut contester l'idée selon laquelle l'autoritarisme serait plus efficace. » 🎤 Kako Nubukpo : « À long terme, il n'y a pas de succès possible sans institutions inclusives. » « Restaurer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants » Comment recréer un contrat social ? Les intervenants défendent une gouvernance davantage fondée sur la participation, la redevabilité et l'implication des citoyens.  🎤 Kako Nubukpo : « On ne peut pas demander aux marchés financiers l'autorisation de construire un hôpital. » 🎤 Fatoumata Ngom : « Les gouvernants doivent savoir qu'ils sont là pour le peuple, et pas pour eux-mêmes. » « Sortir du piège de l'extractivisme » L'Afrique reste indispensable à la transition énergétique mondiale mais continue de capter une faible part de la richesse créée à partir de ses ressources. 🎤 Achille Mbembe : « Les mutations économiques doivent être guidées par le soin des communautés et des institutions. » 🎤 Kako Nubukpo : « Le monde dépend de l'Afrique, mais cela produit surtout la primarisation de ses économies. » « Mieux répartir les richesses » Les invités analysent les conséquences économiques des inégalités, de la pauvreté et des flux financiers illicites. 🎤 Kako Nubukpo : « Les insécurités sont liées à une mauvaise redistribution de la richesse. » 🎤 Fatoumata Ngom : « L'Afrique perd davantage avec les flux financiers illicites qu'elle ne reçoit parfois en aide au développement. » « Compter d'abord sur les ressources africaines » Le débat s'intéresse ensuite au financement du développement, aux capacités d'épargne du continent et au rôle de l'aide internationale. 🎤 Achille Mbembe : « L'Afrique dispose des ressources nécessaires. Il faut les mobiliser au service du continent. » 🎤 Fatoumata Ngom : « L'objectif de l'aide au développement est que plus aucun pays n'en dépende durablement. » « Repenser les relations entre l'Afrique et le reste du monde » Les échanges se concluent sur les rapports entre l'Afrique, la France et les anciennes puissances coloniales, ainsi que sur les nouvelles formes de coopération internationale. 🎤 Achille Mbembe : « La relation entre la France et l'Afrique doit reposer sur le principe de la juste distance. » 🎤 Kako Nubukpo : « L'enjeu est de passer d'une dépendance subie à des interdépendances choisies. » « La force des sociétés » En conclusion, les trois invités convergent sur une idée centrale : le développement du continent ne pourra venir uniquement des capitaux, des institutions internationales ou des grandes puissances. Il reposera d'abord sur les citoyens, les territoires, les savoirs, les initiatives locales et la capacité des sociétés africaines à construire leurs propres modèles de développement. 🎤 Achille Mbembe : « Nous sommes condamnés à organiser notre coexistence. » 🎤 Kako Nubukpo : « Nous voulons un multilatéralisme équitable et une solidarité rationnelle. » 🎤 Fatoumata Ngom : « Tout commence par les sociétés. »   Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.

  7. Jul 3

    Coupe du monde de football : un modèle économique durable ?

    La Coupe du monde de football 2026 s'impose comme une révolution économique et technologique : une pluie de milliards, de nouvelles sources de revenus, un nouveau modèle de sponsoring basé sur la tech et l'IA. Au final, un jackpot attendu par la FIFA et son président Gianni Infantino, ami personnel de Donald Trump qui attend lui-même un bénéfice de cet événement à l'approche des élections de mi-mandat et alors que les Etats-Unis célèbrent le 250ème anniversaire de leur indépendance. NOS INVITES - Mustafa Curlu — Directeur sport & international, BPI France - Aurélie Dyèvre — Directrice générale de Sporsora  - Tancrède Thiellay — Consultant en stratégie, auteur d'une note pour Terra Nova sur la régulation du football - Thérèse Rebière — professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail aux Etats-Unis Les nouveaux horizons du sport business Directeur Sport & International de BPI France, Mustapha Curlu présente Sport Définition, événement annuel dédié aux industries sportives, dont c'est la troisième édition. Son constat : entre pratique sportive, fans et marques, une multitude d'entreprises et de secteurs coexistent sans vraiment se connaître. L'événement réunit stars du sport — Ciryl Gane, Violette Dorange, Antoine Dupont — et acteurs économiques pour décortiquer ces transformations. L'innovation y occupe une place centrale, de la data à l'expérience fan, en passant par la durabilité, avec des entreprises qui recyclent des matériaux pour fabriquer des équipements sportifs. BPI France y annonce une poche d'investissement de 50 millions d'euros pour accélérer le développement du sport business français, jugé trop lent malgré des atouts considérables. Mustapha Curlu évoque aussi les missions menées au Maroc, où près de 100 entreprises françaises ont été accompagnées pour se positionner sur les marchés liés à la Coupe du monde 2030. Le Mondial 2026, une Coupe du monde devenue plateforme 👉 Une révolution à 13 milliards Avec 48 équipes et 104 matchs — presque le double des éditions précédentes — la FIFA attend sur son cycle 2023-2026 près de 13 milliards de dollars de revenus, en hausse de 72 % par rapport au cycle d'avant. Le format s'inspire même du sport américain, avec ses pauses fraîcheur publicitaires et son show de mi-temps façon Super Bowl. « Un match de plus, c'est un produit de plus à vendre. Une équipe de plus, c'est un marché de plus à conquérir, une histoire de plus à raconter. » — Tancrède Thiellay 👉 La tech s'invite dans le vestiaire financier Le sponsoring classique — panneaux publicitaires et droits télé — ne suffit plus à financer une compétition passée de 64 à 104 matchs. Google, TikTok et YouTube sont devenus partenaires ; Lenovo a déployé 10 000 équipements et 200 ingénieurs pour la compétition. Le spectateur, lui, devient une source de données autant qu'une audience. « On voit même l'intelligence artificielle générative utilisée pour créer des résumés de match personnalisables en temps réel. » — Aurélie Dyèvre 👉 Sur le terrain, le business déborde du stade   Thomas de Saint-Léger, envoyé spécial de RFI raconte comment Boston a été envahie par les supporters écossais : les publicités pour le tourisme fleurissaient déjà sur les écrans de la ville quelques jours après leur départ. Dans les parkings comme dans les tribunes, tout se monnaye — jusqu'aux places de stationnement chez les particuliers, revendues entre 80 et 150 dollars les jours de match. 👉 Une FIFA juge et partie ? Pour Tancrède Thiellay, le problème n'est pas l'absence de régulateurs — FIFA, UEFA, fédérations nationales existent déjà — mais l'absence d'un arbitre au-dessus d'eux, capable de défendre un bien commun du football que personne ne définit aujourd'hui. Sur 211 fédérations affiliées à la FIFA, l'immense majorité dépend de ses subventions. « La FIFA est à la fois juge et partie : elle écrit les règles, elle les fait appliquer, elle encaisse l'argent lié au marché du football. » — Tancrède Thiellet 👉 Conquérir l'Amérique, puis le Golfe et l'Afrique Devant des investisseurs en Floride, Gianni Infantino a chiffré le potentiel : le football pèse 300 milliards de dollars par an dans le monde, dont seulement 10 milliards aux États-Unis contre 70 % en Europe. Au-delà des États-Unis, la FIFA regarde vers le Golfe — Qatar 2022, Arabie Saoudite 2034 — et vers l'Afrique, où le talent abonde mais où l'exode des jeunes joueurs reste massif. « Il y a une sorte d'angle mort du football continental aujourd'hui en Afrique, puisqu'il y a un nombre de talents et des audiences qui sont vraiment massifs, mais qui aujourd'hui ne génèrent pas vraiment de croissance économique. » — Tancrède Thiellay 👉 L'héritage : peu d'infrastructures, beaucoup de CO2 Les villes hôtes ont financé les infrastructures, la FIFA a encaissé les revenus : un schéma qui limite le risque d'« éléphants blancs » mais laisse peu de retombées durables. Sur le plan environnemental, le bilan s'annonce lourd — plus de 9 millions de tonnes de CO2 attendues — loin du travail engagé par les Jeux olympiques de Paris 2024. « Le bilan carbone de cette Coupe du monde est complètement alarmant : plus de 9 millions de tonnes de CO2 devraient être générées. » — Aurélie Dyèvre   États-Unis : la prospérité de Trump à l'épreuve des chiffres Alors que les États-Unis célèbrent le 250ᵉ anniversaire de leur indépendance — une date sur laquelle Donald Trump a beaucoup misé à quelques mois des élections de mi-mandat — bilan d'étape avec Thérèse Rebière, professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail américain. 👉 Un chômage en trompe-l'œil Le taux de chômage est passé de 4,3 à 4,2 % en juin2026, mais les créations nettes d'emplois sont bien inférieures aux attentes — et celles de mai ont, elles aussi, été révisées à la baisse. Derrière l'amélioration apparente, la baisse du chômage tient surtout à des sorties du marché du travail : des Américains qui renoncent à chercher un emploi. « Ce qui a provoqué la baisse du taux de chômage, c'est plutôt des sorties du marché du travail — des gens qui ne cherchent plus d'emploi. »  👉 Les chevaux de bataille de Trump à la peine Les États-Unis n'ont jamais autant exporté de pétrole — mais l'emploi pétro-gazier reste otage des cours mondiaux. Quant à l'industrie manufacturière, deuxième pilier de la promesse trumpiste, elle détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée sur l'année : les droits de douane ne rapatrient pas, pour l'heure, les emplois espérés. « L'emploi dans le secteur manufacturier connaît plutôt des destructions sur l'année, et non des créations. » 👉 Le pouvoir d'achat grignoté par l'inflation Après un rattrapage salarial en 2025, lié à la forte inflation de 2022, la tendance s'est inversée depuis le début de l'année : les salaires progressent, mais plus lentement que les prix. Signe concret que le pouvoir d'achat moyen des Américains recule sur les derniers mois. « Le pouvoir d'achat moyen des Américains est réellement en baisse sur les derniers mois. » 👉 Attentisme, IA et jeunes sacrifiés Les entreprises américaines hésitent à recruter des cadres, notamment dans la finance, en pleine réflexion sur les postes que l'intelligence artificielle pourrait remplacer — une tendance qui dépasse largement les États-Unis. Premières victimes de cet attentisme : les nouveaux entrants sur le marché du travail. « Le taux de chômage chez les jeunes augmente aux États-Unis bien plus vite que le taux de chômage moyen. » 👉 Les inégalités raciales se creusent Pendant son premier mandat, Donald Trump revendiquait un taux de chômage afro-américain proche de la moyenne nationale. Cette fois, silence sur le sujet — et les chiffres se dégradent, aggravés par les suppressions d'emplois fédéraux, où les minorités ethniques étaient historiquement surreprésentées. « Les Afro-Américains subissent un taux de chômage presque le double de celui de la moyenne de la population. » 👉 La confiance des Américains au plus bas Le Michigan Survey, indice de confiance des consommateurs qui existe depuis 1948, a touché en mai son plus bas niveau historique. Même les agrégateurs de sondages réputés favorables aux Républicains affichent des taux de désapprobation sévères : 60 % sur la politique économique, 67 % sur l'inflation, 59 % sur le conflit en Iran — de mauvais augure pour les Républicains à l'approche des élections de mi-mandat. 💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musical : Lighter - Jelly Roll /Carín León

  8. Jun 26

    Dette sénégalaise : comment éviter une catastrophe - Abdoulaye Ndiaye, économiste

    Abdoulaye Ndiaye, économiste sénégalais et professeur à la Stern School of Business de l'Université de New York (États-Unis) est le grand invité de l'émission économie RFI Jeune Afrique. Premier lauréat du prix Africa NextGen Economist, il décrypte sans détour les grands défis économiques de l'Afrique et du Sénégal : crise de la dette, déficits de financement, enjeux fiscaux, emploi des jeunes, développement de l’IA. Un entretien sans concession animé par Bruno Faure et Aurélie M’Bida. 👉Découvrez l'émission enrichie en vidéo en cliquant sur ce lien Une nouvelle réalité géoéconomique pour l’Afrique Face à la montée des tensions entre les grandes puissances, l’Afrique ne peut plus compter sur les mêmes flux d’aide au développement qu’auparavant. Pour Abdoulaye Ndiaye, le continent doit désormais s’appuyer davantage sur ses propres ressources, tout en multipliant les partenariats économiques. L’économiste appelle à sortir des logiques d’alignement idéologique pour privilégier des relations de coopération fondées sur les intérêts économiques. « La position de force de l’Afrique, ce n’est pas de clamer la souveraineté, c’est de pouvoir substituer un partenaire à un autre. » Selon lui, l’enjeu est de faire jouer la concurrence entre les partenaires internationaux afin d’obtenir de meilleures conditions de financement et d’investissement. « La priorité pour toutes les économies africaines, c’est une croissance soutenable et durable de 10% sur une génération. » Finances publiques : le défi de la mobilisation des ressources L’Afrique souffre d’un déficit chronique de ressources fiscales et de financement du développement. Mais pour Abdoulaye Ndiaye, la question n’est pas seulement le niveau des impôts collectés, mais l’efficacité des administrations fiscales. Il souligne que les pays développés collectent des centaines de dollars de recettes pour chaque dollar dépensé dans l’administration fiscale, quand de nombreux pays africains restent très en retrait. L’amélioration de la collecte passe par des réformes de long terme : digitalisation, prélèvement à la source, élargissement de l’assiette fiscale et intégration progressive du secteur informel. « Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on change la productivité de la collecte fiscale, mais il y a des réformes progressives à faire. » Dette publique : emprunter pour investir, pas pour consommer Pour l’économiste, le principal problème de nombreuses économies africaines réside dans l’usage de la dette. Trop souvent, les emprunts servent à financer des dépenses de consommation ou des subventions, sans générer suffisamment de croissance pour assurer leur remboursement. « Même si le Sénégal résout son problème de la dette aujourd’hui, dans vingt ou vingt-cinq ans, il peut se retrouver dans une nouvelle crise de la dette liée au fait qu’on s’endette pour consommer. » Abdoulaye Ndiaye défend une gestion plus sélective de l’endettement : réserver la dette de marché aux fonctions régaliennes et utiliser les financements concessionnels pour l’éducation et la santé, qu’il considère comme de véritables investissements. L’emploi des jeunes, l’urgence absolue du continent Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Pour Abdoulaye Ndiaye, cette réalité démographique doit être considérée comme une priorité politique absolue. « L'emploi des jeunes doit être une urgence pour tous les décideurs africains. » L’économiste estime que l’Afrique ne pourra absorber cette vague de nouveaux actifs sans une véritable stratégie d’industrialisation. Le continent a besoin de grandes entreprises capables d’employer des milliers de personnes, et non uniquement de petites structures ou de start-up. « Il nous faut des entreprises qui peuvent employer 20 000 personnes à la fois. Il nous en faudrait cent comme Dangote » Selon lui, le rôle des États n’est pas de créer eux-mêmes les industries, mais de lever les obstacles qui empêchent leur émergence : coût de l’énergie, accès au foncier, lourdeurs administratives ou manque de compétences. Sénégal : une crise budgétaire et une crise de confiance Concernant son pays, Abdoulaye Ndiaye parle clairement d’une crise budgétaire, aggravée par les tensions politiques et la dégradation de la perception du Sénégal auprès des investisseurs. Le pays doit, selon lui, restaurer la transparence sur sa dette et retrouver une trajectoire de croissance durable. « La destination Sénégal n’est plus ce qu’elle était avant. » Pour autant, il estime que le pays dispose encore d’atouts importants et que les nouvelles autorités ont pris la mesure de la gravité de la situation. « Il est essentiel que la croissance inclusive soit restaurée au plus tôt. » Restructuration de la dette : la moins mauvaise des solutions ? L’économiste défend l’idée qu’une restructuration préventive de la dette peut parfois être préférable à un défaut de paiement. En s’appuyant sur de nombreuses études internationales, il affirme que les pays qui restructurent leur dette avant d’être en cessation de paiement retrouvent plus rapidement le chemin de la croissance. « Une restructuration préventive serait moins pire qu’un défaut total. » Il insiste toutefois sur le fait qu’il n’existe pas une seule forme de restructuration et que tout dépend des modalités de négociation avec les créanciers. Serigne Malick Tall : « Sortir de la dette, pas par l’austérité, mais par la prospérité » Invité à réagir au débat sur la dette sénégalaise, l'entrepreneur en série sénégalais Serigne Malick Tall exprime ses profondes inquiétudes face à l'hypothèse d'une restructuration de la dette qui rappellerait, selon lui, les traumatismes de l'ajustement structurel des années 1990. Marqué par les conséquences sociales de la dévaluation du franc CFA en 1994, il redoute qu'une nouvelle cure d'austérité ne se traduise par des coupes dans l'éducation, la santé et l'investissement public. Il plaide au contraire pour une stratégie fondée sur un reprofilage de la dette, une réforme fiscale ambitieuse, le renforcement du secteur privé et une relance de la croissance afin de préserver le bien-être des populations. Pour lui, la question de la dette est avant tout un choix politique et de souveraineté. « Ce n'est pas par l'austérité, mais par la prospérité qu'on rembourse ses dettes et qu'on paie ses créanciers. » Pétrole et gaz : une opportunité à ne pas surestimer L’exploitation des ressources pétrolières et gazières peut constituer un levier de développement pour le Sénégal, mais elle ne représente pas une solution miracle. L’enjeu est d’obtenir des contrats équilibrés et d’utiliser les revenus tirés des hydrocarbures pour soutenir la transformation économique du pays. « Il est important que l'on ne dise pas que le Sénégal sera sauvé uniquement par le pétrole et le gaz. » Intelligence artificielle : ne pas manquer le train Abdoulaye Ndiaye estime que l’Afrique risque de rester à l’écart de la compétition mondiale autour des grands modèles d’intelligence artificielle. En revanche, le continent peut encore tirer profit de cette révolution technologique en utilisant les outils existants pour améliorer sa productivité et créer de nouvelles activités. « Il y a un risque que l’Afrique manque cette révolution. » Pour lui, l’objectif n’est pas nécessairement de rivaliser avec les géants américains ou chinois, mais d’exploiter l’IA comme un accélérateur de développement économique. À écouter aussi«Les ports africains ont tout à gagner avec l'intelligence artificielle»

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Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.

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