La Coupe du monde de football 2026 s'impose comme une révolution économique et technologique : une pluie de milliards, de nouvelles sources de revenus, un nouveau modèle de sponsoring basé sur la tech et l'IA. Au final, un jackpot attendu par la FIFA et son président Gianni Infantino, ami personnel de Donald Trump qui attend lui-même un bénéfice de cet événement à l'approche des élections de mi-mandat et alors que les Etats-Unis célèbrent le 250ème anniversaire de leur indépendance. NOS INVITES - Mustafa Curlu — Directeur sport & international, BPI France - Aurélie Dyèvre — Directrice générale de Sporsora - Tancrède Thiellay — Consultant en stratégie, auteur d'une note pour Terra Nova sur la régulation du football - Thérèse Rebière — professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail aux Etats-Unis Les nouveaux horizons du sport business Directeur Sport & International de BPI France, Mustapha Curlu présente Sport Définition, événement annuel dédié aux industries sportives, dont c'est la troisième édition. Son constat : entre pratique sportive, fans et marques, une multitude d'entreprises et de secteurs coexistent sans vraiment se connaître. L'événement réunit stars du sport — Ciryl Gane, Violette Dorange, Antoine Dupont — et acteurs économiques pour décortiquer ces transformations. L'innovation y occupe une place centrale, de la data à l'expérience fan, en passant par la durabilité, avec des entreprises qui recyclent des matériaux pour fabriquer des équipements sportifs. BPI France y annonce une poche d'investissement de 50 millions d'euros pour accélérer le développement du sport business français, jugé trop lent malgré des atouts considérables. Mustapha Curlu évoque aussi les missions menées au Maroc, où près de 100 entreprises françaises ont été accompagnées pour se positionner sur les marchés liés à la Coupe du monde 2030. Le Mondial 2026, une Coupe du monde devenue plateforme 👉 Une révolution à 13 milliards Avec 48 équipes et 104 matchs — presque le double des éditions précédentes — la FIFA attend sur son cycle 2023-2026 près de 13 milliards de dollars de revenus, en hausse de 72 % par rapport au cycle d'avant. Le format s'inspire même du sport américain, avec ses pauses fraîcheur publicitaires et son show de mi-temps façon Super Bowl. « Un match de plus, c'est un produit de plus à vendre. Une équipe de plus, c'est un marché de plus à conquérir, une histoire de plus à raconter. » — Tancrède Thiellay 👉 La tech s'invite dans le vestiaire financier Le sponsoring classique — panneaux publicitaires et droits télé — ne suffit plus à financer une compétition passée de 64 à 104 matchs. Google, TikTok et YouTube sont devenus partenaires ; Lenovo a déployé 10 000 équipements et 200 ingénieurs pour la compétition. Le spectateur, lui, devient une source de données autant qu'une audience. « On voit même l'intelligence artificielle générative utilisée pour créer des résumés de match personnalisables en temps réel. » — Aurélie Dyèvre 👉 Sur le terrain, le business déborde du stade Thomas de Saint-Léger, envoyé spécial de RFI raconte comment Boston a été envahie par les supporters écossais : les publicités pour le tourisme fleurissaient déjà sur les écrans de la ville quelques jours après leur départ. Dans les parkings comme dans les tribunes, tout se monnaye — jusqu'aux places de stationnement chez les particuliers, revendues entre 80 et 150 dollars les jours de match. 👉 Une FIFA juge et partie ? Pour Tancrède Thiellay, le problème n'est pas l'absence de régulateurs — FIFA, UEFA, fédérations nationales existent déjà — mais l'absence d'un arbitre au-dessus d'eux, capable de défendre un bien commun du football que personne ne définit aujourd'hui. Sur 211 fédérations affiliées à la FIFA, l'immense majorité dépend de ses subventions. « La FIFA est à la fois juge et partie : elle écrit les règles, elle les fait appliquer, elle encaisse l'argent lié au marché du football. » — Tancrède Thiellet 👉 Conquérir l'Amérique, puis le Golfe et l'Afrique Devant des investisseurs en Floride, Gianni Infantino a chiffré le potentiel : le football pèse 300 milliards de dollars par an dans le monde, dont seulement 10 milliards aux États-Unis contre 70 % en Europe. Au-delà des États-Unis, la FIFA regarde vers le Golfe — Qatar 2022, Arabie Saoudite 2034 — et vers l'Afrique, où le talent abonde mais où l'exode des jeunes joueurs reste massif. « Il y a une sorte d'angle mort du football continental aujourd'hui en Afrique, puisqu'il y a un nombre de talents et des audiences qui sont vraiment massifs, mais qui aujourd'hui ne génèrent pas vraiment de croissance économique. » — Tancrède Thiellay 👉 L'héritage : peu d'infrastructures, beaucoup de CO2 Les villes hôtes ont financé les infrastructures, la FIFA a encaissé les revenus : un schéma qui limite le risque d'« éléphants blancs » mais laisse peu de retombées durables. Sur le plan environnemental, le bilan s'annonce lourd — plus de 9 millions de tonnes de CO2 attendues — loin du travail engagé par les Jeux olympiques de Paris 2024. « Le bilan carbone de cette Coupe du monde est complètement alarmant : plus de 9 millions de tonnes de CO2 devraient être générées. » — Aurélie Dyèvre États-Unis : la prospérité de Trump à l'épreuve des chiffres Alors que les États-Unis célèbrent le 250ᵉ anniversaire de leur indépendance — une date sur laquelle Donald Trump a beaucoup misé à quelques mois des élections de mi-mandat — bilan d'étape avec Thérèse Rebière, professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail américain. 👉 Un chômage en trompe-l'œil Le taux de chômage est passé de 4,3 à 4,2 % en juin2026, mais les créations nettes d'emplois sont bien inférieures aux attentes — et celles de mai ont, elles aussi, été révisées à la baisse. Derrière l'amélioration apparente, la baisse du chômage tient surtout à des sorties du marché du travail : des Américains qui renoncent à chercher un emploi. « Ce qui a provoqué la baisse du taux de chômage, c'est plutôt des sorties du marché du travail — des gens qui ne cherchent plus d'emploi. » 👉 Les chevaux de bataille de Trump à la peine Les États-Unis n'ont jamais autant exporté de pétrole — mais l'emploi pétro-gazier reste otage des cours mondiaux. Quant à l'industrie manufacturière, deuxième pilier de la promesse trumpiste, elle détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée sur l'année : les droits de douane ne rapatrient pas, pour l'heure, les emplois espérés. « L'emploi dans le secteur manufacturier connaît plutôt des destructions sur l'année, et non des créations. » 👉 Le pouvoir d'achat grignoté par l'inflation Après un rattrapage salarial en 2025, lié à la forte inflation de 2022, la tendance s'est inversée depuis le début de l'année : les salaires progressent, mais plus lentement que les prix. Signe concret que le pouvoir d'achat moyen des Américains recule sur les derniers mois. « Le pouvoir d'achat moyen des Américains est réellement en baisse sur les derniers mois. » 👉 Attentisme, IA et jeunes sacrifiés Les entreprises américaines hésitent à recruter des cadres, notamment dans la finance, en pleine réflexion sur les postes que l'intelligence artificielle pourrait remplacer — une tendance qui dépasse largement les États-Unis. Premières victimes de cet attentisme : les nouveaux entrants sur le marché du travail. « Le taux de chômage chez les jeunes augmente aux États-Unis bien plus vite que le taux de chômage moyen. » 👉 Les inégalités raciales se creusent Pendant son premier mandat, Donald Trump revendiquait un taux de chômage afro-américain proche de la moyenne nationale. Cette fois, silence sur le sujet — et les chiffres se dégradent, aggravés par les suppressions d'emplois fédéraux, où les minorités ethniques étaient historiquement surreprésentées. « Les Afro-Américains subissent un taux de chômage presque le double de celui de la moyenne de la population. » 👉 La confiance des Américains au plus bas Le Michigan Survey, indice de confiance des consommateurs qui existe depuis 1948, a touché en mai son plus bas niveau historique. Même les agrégateurs de sondages réputés favorables aux Républicains affichent des taux de désapprobation sévères : 60 % sur la politique économique, 67 % sur l'inflation, 59 % sur le conflit en Iran — de mauvais augure pour les Républicains à l'approche des élections de mi-mandat. 💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musical : Lighter - Jelly Roll /Carín León