Éco d'ici éco d'ailleurs

Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.

  1. 3d ago

    Coupe du monde de football : un modèle économique durable ?

    La Coupe du monde de football 2026 s'impose comme une révolution économique et technologique : une pluie de milliards, de nouvelles sources de revenus, un nouveau modèle de sponsoring basé sur la tech et l'IA. Au final, un jackpot attendu par la FIFA et son président Gianni Infantino, ami personnel de Donald Trump qui attend lui-même un bénéfice de cet événement à l'approche des élections de mi-mandat et alors que les Etats-Unis célèbrent le 250ème anniversaire de leur indépendance. NOS INVITES - Mustafa Curlu — Directeur sport & international, BPI France - Aurélie Dyèvre — Directrice générale de Sporsora  - Tancrède Thiellay — Consultant en stratégie, auteur d'une note pour Terra Nova sur la régulation du football - Thérèse Rebière — professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail aux Etats-Unis Les nouveaux horizons du sport business Directeur Sport & International de BPI France, Mustapha Curlu présente Sport Définition, événement annuel dédié aux industries sportives, dont c'est la troisième édition. Son constat : entre pratique sportive, fans et marques, une multitude d'entreprises et de secteurs coexistent sans vraiment se connaître. L'événement réunit stars du sport — Ciryl Gane, Violette Dorange, Antoine Dupont — et acteurs économiques pour décortiquer ces transformations. L'innovation y occupe une place centrale, de la data à l'expérience fan, en passant par la durabilité, avec des entreprises qui recyclent des matériaux pour fabriquer des équipements sportifs. BPI France y annonce une poche d'investissement de 50 millions d'euros pour accélérer le développement du sport business français, jugé trop lent malgré des atouts considérables. Mustapha Curlu évoque aussi les missions menées au Maroc, où près de 100 entreprises françaises ont été accompagnées pour se positionner sur les marchés liés à la Coupe du monde 2030. Le Mondial 2026, une Coupe du monde devenue plateforme 👉 Une révolution à 13 milliards Avec 48 équipes et 104 matchs — presque le double des éditions précédentes — la FIFA attend sur son cycle 2023-2026 près de 13 milliards de dollars de revenus, en hausse de 72 % par rapport au cycle d'avant. Le format s'inspire même du sport américain, avec ses pauses fraîcheur publicitaires et son show de mi-temps façon Super Bowl. « Un match de plus, c'est un produit de plus à vendre. Une équipe de plus, c'est un marché de plus à conquérir, une histoire de plus à raconter. » — Tancrède Thiellay 👉 La tech s'invite dans le vestiaire financier Le sponsoring classique — panneaux publicitaires et droits télé — ne suffit plus à financer une compétition passée de 64 à 104 matchs. Google, TikTok et YouTube sont devenus partenaires ; Lenovo a déployé 10 000 équipements et 200 ingénieurs pour la compétition. Le spectateur, lui, devient une source de données autant qu'une audience. « On voit même l'intelligence artificielle générative utilisée pour créer des résumés de match personnalisables en temps réel. » — Aurélie Dyèvre 👉 Sur le terrain, le business déborde du stade   Thomas de Saint-Léger, envoyé spécial de RFI raconte comment Boston a été envahie par les supporters écossais : les publicités pour le tourisme fleurissaient déjà sur les écrans de la ville quelques jours après leur départ. Dans les parkings comme dans les tribunes, tout se monnaye — jusqu'aux places de stationnement chez les particuliers, revendues entre 80 et 150 dollars les jours de match. 👉 Une FIFA juge et partie ? Pour Tancrède Thiellay, le problème n'est pas l'absence de régulateurs — FIFA, UEFA, fédérations nationales existent déjà — mais l'absence d'un arbitre au-dessus d'eux, capable de défendre un bien commun du football que personne ne définit aujourd'hui. Sur 211 fédérations affiliées à la FIFA, l'immense majorité dépend de ses subventions. « La FIFA est à la fois juge et partie : elle écrit les règles, elle les fait appliquer, elle encaisse l'argent lié au marché du football. » — Tancrède Thiellet 👉 Conquérir l'Amérique, puis le Golfe et l'Afrique Devant des investisseurs en Floride, Gianni Infantino a chiffré le potentiel : le football pèse 300 milliards de dollars par an dans le monde, dont seulement 10 milliards aux États-Unis contre 70 % en Europe. Au-delà des États-Unis, la FIFA regarde vers le Golfe — Qatar 2022, Arabie Saoudite 2034 — et vers l'Afrique, où le talent abonde mais où l'exode des jeunes joueurs reste massif. « Il y a une sorte d'angle mort du football continental aujourd'hui en Afrique, puisqu'il y a un nombre de talents et des audiences qui sont vraiment massifs, mais qui aujourd'hui ne génèrent pas vraiment de croissance économique. » — Tancrède Thiellay 👉 L'héritage : peu d'infrastructures, beaucoup de CO2 Les villes hôtes ont financé les infrastructures, la FIFA a encaissé les revenus : un schéma qui limite le risque d'« éléphants blancs » mais laisse peu de retombées durables. Sur le plan environnemental, le bilan s'annonce lourd — plus de 9 millions de tonnes de CO2 attendues — loin du travail engagé par les Jeux olympiques de Paris 2024. « Le bilan carbone de cette Coupe du monde est complètement alarmant : plus de 9 millions de tonnes de CO2 devraient être générées. » — Aurélie Dyèvre   États-Unis : la prospérité de Trump à l'épreuve des chiffres Alors que les États-Unis célèbrent le 250ᵉ anniversaire de leur indépendance — une date sur laquelle Donald Trump a beaucoup misé à quelques mois des élections de mi-mandat — bilan d'étape avec Thérèse Rebière, professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail américain. 👉 Un chômage en trompe-l'œil Le taux de chômage est passé de 4,3 à 4,2 % en juin2026, mais les créations nettes d'emplois sont bien inférieures aux attentes — et celles de mai ont, elles aussi, été révisées à la baisse. Derrière l'amélioration apparente, la baisse du chômage tient surtout à des sorties du marché du travail : des Américains qui renoncent à chercher un emploi. « Ce qui a provoqué la baisse du taux de chômage, c'est plutôt des sorties du marché du travail — des gens qui ne cherchent plus d'emploi. »  👉 Les chevaux de bataille de Trump à la peine Les États-Unis n'ont jamais autant exporté de pétrole — mais l'emploi pétro-gazier reste otage des cours mondiaux. Quant à l'industrie manufacturière, deuxième pilier de la promesse trumpiste, elle détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée sur l'année : les droits de douane ne rapatrient pas, pour l'heure, les emplois espérés. « L'emploi dans le secteur manufacturier connaît plutôt des destructions sur l'année, et non des créations. » 👉 Le pouvoir d'achat grignoté par l'inflation Après un rattrapage salarial en 2025, lié à la forte inflation de 2022, la tendance s'est inversée depuis le début de l'année : les salaires progressent, mais plus lentement que les prix. Signe concret que le pouvoir d'achat moyen des Américains recule sur les derniers mois. « Le pouvoir d'achat moyen des Américains est réellement en baisse sur les derniers mois. » 👉 Attentisme, IA et jeunes sacrifiés Les entreprises américaines hésitent à recruter des cadres, notamment dans la finance, en pleine réflexion sur les postes que l'intelligence artificielle pourrait remplacer — une tendance qui dépasse largement les États-Unis. Premières victimes de cet attentisme : les nouveaux entrants sur le marché du travail. « Le taux de chômage chez les jeunes augmente aux États-Unis bien plus vite que le taux de chômage moyen. » 👉 Les inégalités raciales se creusent Pendant son premier mandat, Donald Trump revendiquait un taux de chômage afro-américain proche de la moyenne nationale. Cette fois, silence sur le sujet — et les chiffres se dégradent, aggravés par les suppressions d'emplois fédéraux, où les minorités ethniques étaient historiquement surreprésentées. « Les Afro-Américains subissent un taux de chômage presque le double de celui de la moyenne de la population. » 👉 La confiance des Américains au plus bas Le Michigan Survey, indice de confiance des consommateurs qui existe depuis 1948, a touché en mai son plus bas niveau historique. Même les agrégateurs de sondages réputés favorables aux Républicains affichent des taux de désapprobation sévères : 60 % sur la politique économique, 67 % sur l'inflation, 59 % sur le conflit en Iran — de mauvais augure pour les Républicains à l'approche des élections de mi-mandat. 💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musical : Lighter - Jelly Roll /Carín León

    58 min
  2. Jun 26

    Dette sénégalaise : comment éviter une catastrophe - Abdoulaye Ndiaye, économiste

    Abdoulaye Ndiaye, économiste sénégalais et professeur à la Stern School of Business de l'Université de New York (États-Unis) est le grand invité de l'émission économie RFI Jeune Afrique. Premier lauréat du prix Africa NextGen Economist, il décrypte sans détour les grands défis économiques de l'Afrique et du Sénégal : crise de la dette, déficits de financement, enjeux fiscaux, emploi des jeunes, développement de l’IA. Un entretien sans concession animé par Bruno Faure et Aurélie M’Bida. 👉Découvrez l'émission enrichie en vidéo en cliquant sur ce lien Une nouvelle réalité géoéconomique pour l’Afrique Face à la montée des tensions entre les grandes puissances, l’Afrique ne peut plus compter sur les mêmes flux d’aide au développement qu’auparavant. Pour Abdoulaye Ndiaye, le continent doit désormais s’appuyer davantage sur ses propres ressources, tout en multipliant les partenariats économiques. L’économiste appelle à sortir des logiques d’alignement idéologique pour privilégier des relations de coopération fondées sur les intérêts économiques. « La position de force de l’Afrique, ce n’est pas de clamer la souveraineté, c’est de pouvoir substituer un partenaire à un autre. » Selon lui, l’enjeu est de faire jouer la concurrence entre les partenaires internationaux afin d’obtenir de meilleures conditions de financement et d’investissement. « La priorité pour toutes les économies africaines, c’est une croissance soutenable et durable de 10% sur une génération. » Finances publiques : le défi de la mobilisation des ressources L’Afrique souffre d’un déficit chronique de ressources fiscales et de financement du développement. Mais pour Abdoulaye Ndiaye, la question n’est pas seulement le niveau des impôts collectés, mais l’efficacité des administrations fiscales. Il souligne que les pays développés collectent des centaines de dollars de recettes pour chaque dollar dépensé dans l’administration fiscale, quand de nombreux pays africains restent très en retrait. L’amélioration de la collecte passe par des réformes de long terme : digitalisation, prélèvement à la source, élargissement de l’assiette fiscale et intégration progressive du secteur informel. « Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on change la productivité de la collecte fiscale, mais il y a des réformes progressives à faire. » Dette publique : emprunter pour investir, pas pour consommer Pour l’économiste, le principal problème de nombreuses économies africaines réside dans l’usage de la dette. Trop souvent, les emprunts servent à financer des dépenses de consommation ou des subventions, sans générer suffisamment de croissance pour assurer leur remboursement. « Même si le Sénégal résout son problème de la dette aujourd’hui, dans vingt ou vingt-cinq ans, il peut se retrouver dans une nouvelle crise de la dette liée au fait qu’on s’endette pour consommer. » Abdoulaye Ndiaye défend une gestion plus sélective de l’endettement : réserver la dette de marché aux fonctions régaliennes et utiliser les financements concessionnels pour l’éducation et la santé, qu’il considère comme de véritables investissements. L’emploi des jeunes, l’urgence absolue du continent Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Pour Abdoulaye Ndiaye, cette réalité démographique doit être considérée comme une priorité politique absolue. « L'emploi des jeunes doit être une urgence pour tous les décideurs africains. » L’économiste estime que l’Afrique ne pourra absorber cette vague de nouveaux actifs sans une véritable stratégie d’industrialisation. Le continent a besoin de grandes entreprises capables d’employer des milliers de personnes, et non uniquement de petites structures ou de start-up. « Il nous faut des entreprises qui peuvent employer 20 000 personnes à la fois. Il nous en faudrait cent comme Dangote » Selon lui, le rôle des États n’est pas de créer eux-mêmes les industries, mais de lever les obstacles qui empêchent leur émergence : coût de l’énergie, accès au foncier, lourdeurs administratives ou manque de compétences. Sénégal : une crise budgétaire et une crise de confiance Concernant son pays, Abdoulaye Ndiaye parle clairement d’une crise budgétaire, aggravée par les tensions politiques et la dégradation de la perception du Sénégal auprès des investisseurs. Le pays doit, selon lui, restaurer la transparence sur sa dette et retrouver une trajectoire de croissance durable. « La destination Sénégal n’est plus ce qu’elle était avant. » Pour autant, il estime que le pays dispose encore d’atouts importants et que les nouvelles autorités ont pris la mesure de la gravité de la situation. « Il est essentiel que la croissance inclusive soit restaurée au plus tôt. » Restructuration de la dette : la moins mauvaise des solutions ? L’économiste défend l’idée qu’une restructuration préventive de la dette peut parfois être préférable à un défaut de paiement. En s’appuyant sur de nombreuses études internationales, il affirme que les pays qui restructurent leur dette avant d’être en cessation de paiement retrouvent plus rapidement le chemin de la croissance. « Une restructuration préventive serait moins pire qu’un défaut total. » Il insiste toutefois sur le fait qu’il n’existe pas une seule forme de restructuration et que tout dépend des modalités de négociation avec les créanciers. Serigne Malick Tall : « Sortir de la dette, pas par l’austérité, mais par la prospérité » Invité à réagir au débat sur la dette sénégalaise, l'entrepreneur en série sénégalais Serigne Malick Tall exprime ses profondes inquiétudes face à l'hypothèse d'une restructuration de la dette qui rappellerait, selon lui, les traumatismes de l'ajustement structurel des années 1990. Marqué par les conséquences sociales de la dévaluation du franc CFA en 1994, il redoute qu'une nouvelle cure d'austérité ne se traduise par des coupes dans l'éducation, la santé et l'investissement public. Il plaide au contraire pour une stratégie fondée sur un reprofilage de la dette, une réforme fiscale ambitieuse, le renforcement du secteur privé et une relance de la croissance afin de préserver le bien-être des populations. Pour lui, la question de la dette est avant tout un choix politique et de souveraineté. « Ce n'est pas par l'austérité, mais par la prospérité qu'on rembourse ses dettes et qu'on paie ses créanciers. » Pétrole et gaz : une opportunité à ne pas surestimer L’exploitation des ressources pétrolières et gazières peut constituer un levier de développement pour le Sénégal, mais elle ne représente pas une solution miracle. L’enjeu est d’obtenir des contrats équilibrés et d’utiliser les revenus tirés des hydrocarbures pour soutenir la transformation économique du pays. « Il est important que l'on ne dise pas que le Sénégal sera sauvé uniquement par le pétrole et le gaz. » Intelligence artificielle : ne pas manquer le train Abdoulaye Ndiaye estime que l’Afrique risque de rester à l’écart de la compétition mondiale autour des grands modèles d’intelligence artificielle. En revanche, le continent peut encore tirer profit de cette révolution technologique en utilisant les outils existants pour améliorer sa productivité et créer de nouvelles activités. « Il y a un risque que l’Afrique manque cette révolution. » Pour lui, l’objectif n’est pas nécessairement de rivaliser avec les géants américains ou chinois, mais d’exploiter l’IA comme un accélérateur de développement économique. À écouter aussi«Les ports africains ont tout à gagner avec l'intelligence artificielle»

    1h 21m
  3. Jun 19

    Investir malgré les crises : du Moyen-Orient à l'Afrique, les nouvelles routes du commerce mondial

    Corridors économiques, nouvelles routes maritimes, investissements innovants, diversification vers l'Afrique : malgré les tensions géopolitiques, les entreprises continuent d'investir. Dans l'attente de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient, décideurs économiques et chefs d'entreprise expliquent comment ils s'adaptent à un monde où la géographie redevient un facteur stratégique majeur. Le Moyen-Orient, entre attractivité économique et instabilité géopolitique Depuis plusieurs décennies, le Moyen-Orient s'est imposé comme une région incontournable pour le commerce mondial. Les États du Golfe investissent massivement dans les infrastructures, la logistique, l'énergie, les technologies et les services financiers. Mais la région demeure exposée aux tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part considérable des exportations mondiales d'hydrocarbures. Malgré ces incertitudes, les investisseurs continuent de croire au potentiel de la région. Pour Khalifah Al Yaqout, avocat d'affaires koweïtien, associé gérant du cabinet Al-Yaqout & Al-Fouzan Legal Group, la priorité reste avant tout la stabilité. Rencontré à l'occasion de l'événement Vision Golfe 2026 organisé par Business France à Paris, il indique que les pays du Moyen-Orient continueront à attirer les compétences internationales et les investissements tant qu'ils préserveront un environnement stable et prévisible. Gérard Mestrallet et le pari du corridor Inde–Moyen-Orient–Europe Ancien dirigeant d'Engie et de GDF Suez, Gérard Mestrallet pilote aujourd'hui pour la France le projet IMEC (India-Middle East-Europe Economic Corridor), lancé lors du sommet du G20 en 2023. L'objectif est ambitieux : relier l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe grâce à un vaste réseau combinant infrastructures portuaires, ferroviaires, énergétiques et numériques. À l'origine, le corridor reposait sur un itinéraire unique reliant Mumbai à Marseille via les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et Israël. Mais les crises récentes ont conduit les promoteurs du projet à revoir leur copie. Gérard Mestrallet explique que le corridor s'appuie désormais sur plusieurs routes alternatives afin de limiter les risques liés aux conflits ou aux accidents logistiques. Des ports en Égypte, au Liban et à Oman pourraient ainsi compléter les infrastructures initialement prévues. L'Égypte, le Maroc et plusieurs ports méditerranéens pourraient devenir des points d'entrée stratégiques dans ce nouvel écosystème logistique. Des projets de câbles sous-marins numériques sont également envisagés. Les entreprises françaises regardent désormais vers l'Afrique L'émission donne ensuite la parole à plusieurs entreprises confrontées aux conséquences concrètes des tensions géopolitiques. C'est le cas de Petroseal, société normande spécialisée dans le colmatage de fuites sur installations industrielles à haute pression. Sa directrice opérationnelle Emmanuelle Mayor explique que l'entreprise continue de travailler dans le Golfe mais accélère désormais son développement en Afrique notamment au Nigeria, en Libye, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Ces pays cherchent à augmenter rapidement leurs capacités de production de pétrole et de gaz, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les entreprises de services industrielles. Pour les acteurs de la logistique internationale, la réorientation progressive des flux maritimes vers l'Afrique constitue une tendance de fond. Le contournement de certaines zones à risque favorise de nouvelles connexions avec les ports africains. Le Havre bénéficie notamment de l'intensification des échanges avec l'Afrique de l'Ouest. Le développement du « nearshoring », qui consiste à rapprocher les chaînes d'approvisionnement des marchés finaux, renforce également cette dynamique. Le Havre, carrefour stratégique des échanges mondiaux L'émission se poursuit dans le port du Havre, premier port français pour le commerce maritime international. Kris Danaradjou, directeur général adjoint d'Haropa Port, responsable du développement rappelle que la plateforme traite environ 85 millions de tonnes de marchandises chaque année et plus de trois millions de conteneurs. Malgré les perturbations géopolitiques, les routes commerciales se réorganisent : diversification des fournisseurs énergétiques ; développement de nouvelles escales ; adaptation des chaînes logistiques ; recours à des itinéraires alternatifs. Ludivine Bayon, déléguée générale de l'Union maritime et portuaire du Havre, présente les investissements réalisés sur Port 2000. Le site accueille certains des plus grands porte-conteneurs du monde et bénéficie d'un accès maritime permanent. Les opérateurs portuaires visent désormais six millions de conteneurs par an à l'horizon 2030, soit quasiment le double du trafic actuel. Cette croissance repose notamment sur : la multimodalité ; le transport fluvial ; le développement ferroviaire ; la décarbonation des activités portuaires. La Normandie face aux mutations du commerce mondial Président de la Chambre de commerce et d'industrie Seine Estuaire, Yves Lefebvre livre une vision optimiste de la situation économique normande. Selon lui, le territoire bénéficie d'une grande diversité d'activités – industrie, aéronautique, naval, agroalimentaire, logistique – qui lui permet de mieux résister aux ralentissements sectoriels. Lorsqu'un secteur traverse une période plus difficile, un autre prend le relais, contribuant ainsi à maintenir le dynamisme économique local. Yves Lefebvre souligne également l'atout majeur que représentent la façade maritime normande, le port du Havre et l'axe de la Seine pour attirer de nouvelles entreprises et soutenir les exportations. Pourquoi l'Afrique devient incontournable Thomas Courtier, directeur de l'Union portuaire rouennaise, souligne la solidité des relations commerciales avec des pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale. Chaque année, environ 2 500 navires y font escale. Rouen s'est spécialisé dans le groupage de marchandises, une activité qui consiste à réunir dans un même conteneur des produits provenant de plusieurs fournisseurs afin de réduire les coûts logistiques pour les importateurs africains. Cette expertise repose notamment sur la proximité du port avec l'Île-de-France et sur la présence d'importantes diasporas africaines en région parisienne, qui contribuent au dynamisme des échanges commerciaux. Malgré les crises politiques ou sécuritaires, les volumes restent relativement stables grâce à la diversification des clients et à l'ancienneté des échanges commerciaux.   💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musical : Nour - Alo ?!

    59 min
  4. Jun 12

    Mondialisation : qui profite de la fragmentation de l'économie mondiale?

    Pendant plusieurs décennies, la mondialisation a été le moteur principal de l’expansion économique mondiale. Fondée sur la baisse des barrières commerciales, l’essor des chaînes de valeur internationales et la circulation croissante des capitaux, elle a profondément transformé les économies et les sociétés. Pourtant, depuis la crise financière de 2008, puis les chocs du Covid-19, de la guerre en Ukraine et des tensions sino-américaines, ce modèle semble entrer dans une nouvelle phase. NOS INVITÉS Elvire Fabry, directrice du programme Commerce et sécurité économique à l'Institut Jacques Delors et Rapporteure du groupe de travail sur les relations entre l’Union européenne et la Chine. Son expertise : Commerce international Souveraineté économique européenne Relations commerciales UE-Chine Réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales Christophe Rodrigues, professeur d’économie et de sciences sociales en classes préparatoires et à l’École normale supérieure de Lyon. Son expertise : Mondialisation Gouvernance économique mondiale Histoire économique Politiques industrielles Il est co-auteur de l’ouvrage La mondialisation fragmentée, Comprendre les mutations de l’économie mondiale (DBS). Eric Keslassy, professeur d’économie et de sciences sociales à LPA. Son expertise : Sociologie économique Inégalités Conséquences sociales de la mondialisation Relations entre économie et politique Pauline Pic, titulaire de la Chaire de géopolitique des mers et des océans à l’Université du Québec à Rimouski. Son expertise : Géopolitique maritime Routes commerciales mondiales Enjeux stratégiques des océans Ressources marines et transition énergétique Les grandes thématiques abordées 1. La mondialisation : une histoire ancienne Les intervenants rappellent que la mondialisation ne date pas des années 1990. Une première phase d’intégration économique existe déjà à la fin du XIXᵉ siècle, avec l’intensification des échanges commerciaux et financiers entre les grandes puissances. Les économistes soulignent qu’il existe depuis toujours une tension entre deux réalités : les bénéfices de l’ouverture économique la crainte d’une perte de souveraineté des États Cette opposition traverse toute l’histoire économique moderne. 2. L’âge d’or de l’hypermondialisation Les années 1990-2007 constituent ce que l’économiste Dani Rodrik appelle « l’hyperglobalisation ». Cette période est marquée par : l’ouverture massive des marchés l’explosion des chaînes de valeur mondiales la montée en puissance des multinationales la globalisation financière L’entrée de la Chine dans l’économie mondiale accélère fortement ce mouvement. Les entreprises délocalisent leur production pour réduire les coûts et les échanges internationaux atteignent des niveaux inédits. 3. La crise de 2008 : un tournant majeur Pour Christophe Rodrigues et Eric Keslassy, la crise financière de 2008 marque le début d’une nouvelle époque. Elle révèle plusieurs faiblesses : des inégalités croissantes une gouvernance mondiale insuffisante une dépendance excessive à certains marchés une défiance grandissante envers la mondialisation Les intervenants considèrent que les difficultés actuelles ne sont pas nées avec Donald Trump mais s’inscrivent dans une tendance plus ancienne de repli économique et politique. 4. Les États-Unis remettent en cause le modèle L’émission revient longuement sur la politique commerciale américaine. Selon l’administration Trump, la mondialisation aurait : affaibli l’industrie américaine détruit des emplois industriels renforcé la dépendance envers la Chine Les invités nuancent fortement cette analyse. Ils rappellent que les États-Unis restent parmi les grands gagnants de la mondialisation, notamment dans les services et les technologies. Ils soulignent également que les droits de douane pénalisent souvent les entreprises et consommateurs américains eux-mêmes. 5. La Chine, grande gagnante de la mondialisation La Chine apparaît comme le pays ayant le mieux profité de l’ouverture des marchés mondiaux. Les intervenants expliquent qu’elle est passée : d’une économie à bas coûts ; à une puissance technologique de premier plan. Aujourd’hui, elle domine de nombreux secteurs industriels : batteries véhicules électriques panneaux solaires terres rares raffinage de minerais stratégiques La Chine représente déjà plus du tiers de la production manufacturière mondiale et pourrait encore accroître son poids dans les prochaines années. 6. Une mondialisation qui se réorganise Pour Elvire Fabry, il n’y a pas de véritable démondialisation. Les flux commerciaux continuent d’exister mais changent de forme. Les entreprises cherchent désormais : à diversifier leurs fournisseurs à sécuriser leurs approvisionnements à réduire certains risques géopolitiques Des concepts comme : nearshoring friendshoring relocalisation partielle prennent de l’importance. L’objectif n’est plus seulement la recherche du coût le plus faible, mais aussi la résilience des chaînes de valeur. 7. Les océans, colonne vertébrale de la mondialisation Avec Pauline Pic, l’émission aborde la dimension maritime de la mondialisation. Quelques chiffres rappellent l’importance stratégique des mers : environ 80 % du commerce mondial passe par voie maritime près de 90 % du trafic Internet mondial transite par des câbles sous-marins les grands détroits restent des points de passage essentiels Les tensions actuelles autour du détroit d’Ormuz illustrent la fragilité de ces infrastructures mondiales. 8. La bataille mondiale pour les ressources stratégiques Les intervenants évoquent l’importance croissante : des minerais critiques des terres rares des métaux nécessaires à la transition énergétique La Chine dispose d’une avance considérable : extraction raffinage transformation industrielle Cette situation pousse l’Union européenne à développer : ses propres capacités industrielles le recyclage des partenariats avec des pays tiers L’enjeu est d’éviter de nouvelles dépendances stratégiques. 9. Les perdants de la mondialisation L’émission revient également sur les conséquences sociales du phénomène. Les invités rappellent que la mondialisation a produit : des gagnants... consommateurs bénéficiant de prix plus bas entreprises exportatrices grandes métropoles secteurs technologiques ...mais aussi des perdants ouvriers touchés par les délocalisations territoires industriels fragilisés classes moyennes confrontées à la concurrence internationale Eric Keslassy souligne qu’aujourd’hui même les emplois qualifiés et les ingénieurs peuvent être concernés par la compétition mondiale. 10. Quel avenir pour l’Europe ? L’une des conclusions majeures de l’émission concerne l’Union européenne. Pour les invités, l’Europe doit : renforcer sa politique industrielle investir dans l’innovation sécuriser ses approvisionnements développer des partenariats commerciaux diversifiés préserver une forme de multilatéralisme L’objectif n’est pas l’autarcie mais une souveraineté économique mieux maîtrisée. Les intervenants estiment que l’Europe dispose encore d’atouts majeurs grâce à son marché de 450 millions de consommateurs et à sa capacité à négocier collectivement.   💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musicaux : Tank and The Bangas - Move (Ft Lucky Day) Shakira / Burna Boy - Dai Dai

    1h 2m
  5. Jun 5

    Dette française : faut-il vraiment en avoir peur?

    La dette publique française dépasse 115% du PIB et alimente un débat permanent entre politiques, économistes et citoyens. Faut-il s'en inquiéter ? Peut-on continuer à emprunter ? Quels sont les risques réels pour l'avenir ? Nous avons réuni deux expertes aux approches complémentaires : la journaliste économique Philippine Robert et l'économiste Dorothée Rouzet analysent les causes de cet endettement, les contraintes européennes, le rôle des marchés financiers et les défis économiques à venir. NOS INVITÉES 🎙️ Dorothée Rouzet est cheffe économiste à la Direction générale du Trésor français. Cette administration rattachée au ministère de l'Économie produit des analyses économiques, élabore des prévisions et conseille les pouvoirs publics sur les politiques économiques. Elle adopte une approche rigoureuse et pédagogique. Son analyse repose sur les mécanismes économiques de long terme : soutenabilité de la dette, croissance, emploi, attractivité du territoire, investissements publics et stabilité financière. Pour elle, la dette n'est pas un problème en soi. Tout dépend de son utilisation. Elle rappelle qu'un État peut s'endetter pour investir ou pour amortir une crise, mais qu'il doit ensuite retrouver une trajectoire soutenable.  💬 « On peut s'endetter aujourd'hui et laisser aussi un plus gros gâteau à la prochaine génération. La difficulté aujourd'hui, c'est qu'une partie de la dette finance les dépenses courantes et notamment sociales. » Son intervention met également en avant plusieurs atouts de l'économie française : une démographie relativement dynamique, une économie diversifiée, une forte capacité à lever l'impôt, une énergie largement décarbonée et une attractivité toujours importante pour les investisseurs étrangers. 💬 « La dette française est valorisée parce qu'elle est de bonne qualité et très liquide. » Dorothée Rouzet insiste enfin sur la nécessité d'investir dans des investissements productifs ou pour la transition écologique. 💬 « Le plus facile à couper, c'est l'investissement. Mais c'est le plus idiot aussi. » 🎙️ Philippine Robert est journaliste spécialisée en économie à l'hebdomadaire Le Point. Elle est également l'auteure du livre Faut-il avoir peur de la dette ? Enquête sur un débat qui déchaîne les passions, publié aux éditions du Rocher. Son intervention se concentre davantage sur les dimensions politiques, historiques et sociologiques de la dette publique. 💬 « Aujourd'hui, en France, le sujet de la dette est très instrumentalisé politiquement. » Elle explique pourquoi cette question provoque autant de tensions dans le débat public et comment elle est régulièrement instrumentalisée par les responsables politiques. Selon elle, la dette est devenue un sujet émotionnel qui cristallise les oppositions entre générations, catégories sociales et sensibilités politiques. Elle souligne également que la France a manqué plusieurs occasions de réformer durablement ses finances publiques pendant les années de taux d'intérêt très faibles. 💬 « Très peu de gouvernements français ont eu une bonne gestion des finances publiques. Les réformes structurelles qui auraient permis de ne pas être dans cette situation-là n'ont jamais été faites. On a loupé la fenêtre d'opportunité. » CE QU'IL FAUT RETENIR DE L'ÉMISSION Nos deux invitées s'accordent sur un point essentiel : la dette n'est pas nécessairement mauvaise. Elle peut même être utile lorsqu'elle finance ou lorsqu'elle permet de protéger l'économie pendant une crise. En revanche, elles considèrent que la situation française devient préoccupante parce qu'une partie importante de la dette sert désormais à financer des dépenses courantes plutôt que des investissements d'avenir. L'émission montre également que la question de la dette ne peut être séparée de nombreux autres enjeux : la croissance économique, l'emploi, le vieillissement démographique, les dépenses sociales, la compétitivité, l'attractivité internationale, les relations avec les partenaires européens. NOTRE ENTRETIEN VIDÉO Alors que la France revoit apparaître le spectre des fermetures d'entreprises, du chômage et des licenciements, nous avons reçu l'avocat en droit du Travail Avi Bitton, auteur d'une web-série pour défendre les intérêts des cadres supérieurs. Découvrez la vidéo en cliquant ici.   💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musicaux : Annie Lalalove / Donne moi Charles Trenet / Paie tes dettes.

    1h 6m
  6. May 29

    Nouvelle-Calédonie : le caillou au bord du gouffre économique

    À 17 000 kilomètres de Paris, la Nouvelle-Calédonie, territoire d'Outre-mer français, traverse une crise économique sans précédent depuis les émeutes de mai 2024. Deux années plus tard, les 265.000 habitants font face à un effondrement structurel, aggravé par la dépendance au nickel, dont l'issue reste incertaine. Un économiste et un chef d'entreprise dressent un bilan sans concessions puis esquissent les voies d'un redressement possible. La crise en chiffres La Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique Sud constitué de dizaines d'îles et dont la capitale est Nouméa, vit sous souveraineté française depuis 1853. Le territoire bénéficie d'une forte autonomie, mais les revendications indépendantistes des communautés kanaks y restent vives et s'expriment parfois violemment. Les émeutes de mai 2024, déclenchées par un projet de révision constitutionnelle, ont causé quatorze morts et un coût estimé à 2,2 milliards d'euros. Elles ont aggravé une situation déjà fragilisée par plus d'une décennie de ralentissement économique et une crise du secteur du nickel — pilier historique de l'économie locale. 👉 −13,5% de PIB perdu en 2024 après les émeutes 👉 −8% de PIB supplémentaire perdu en 2025 👉 14 000 emplois détruits depuis mai 2024 sur 65 000 salariés du privé. Nos invités 🎙️ Olivier Sudrie, économiste spécialiste de l'outremer, fondateur du cabinet DME (Didacticiels et Modélisation Économiques) 💬« Le choc de la Nouvelle-Calédonie est à peu près équivalent au choc que nous avons connu au niveau national à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. » 💬« Il n'y a aucune fatalité à la situation que vit actuellement la Nouvelle-Calédonie. Tout peut repartir. Il faut pour cela un effort du gouvernement calédonien lui-même, mais aussi un effort financier de la part de l'État. » 💬« Donner un travail à quelqu'un, c'est lui donner un salaire et donc forcément lui permettre aussi d'avoir une dignité et de pouvoir se projeter dans le futur. Et ça, en fait, les Outre-mer — la Nouvelle-Calédonie ne fait pas exception à la règle. » 🎙️ Xavier Benoist, directeur général de Bluescope Acier Nouvelle-Calédonie · Président de la Fédération des Entreprises et Industries de Nouvelle-Calédonie 💬« Depuis 2024, c'est l'effondrement et l'effondrement s'accélère. » 💬« On est en train de créer toutes les conditions pour de nouvelles violences. Les sujets de la Calédonie aujourd'hui, c'est quand est-ce que telle collectivité va faire banqueroute ? Quand est-ce que notre régime de retraite local va être en rupture de trésorerie ? » 💬« Personne ne va investir dans une activité économique en Nouvelle-Calédonie tant qu'on n'aura pas un peu de visibilité sur l'avenir du territoire. Ce choc de confiance, il est essentiel. » Avec les participations de Charlotte Mannevy, correspondante de RFI à Nouméa et Dominique Lefeivre, président Les cacaos du Pacifique. Notre reportage La crise du secteur du nickel, le Covid et les révoltes indépendantistes de 2024 ont eu pour conséquence la fermeture de nombreuses entreprises, mines et usines. Parmi les Calédoniens licenciés, de nombreux Kanaks ont dû quitter leur logement pour retourner dans leur tribu. C’est tout un mode de vie fait d’agriculture et de coutume qu’ils retrouvent. Reportage de Théo Renaudon.   💻 Réalisation : Guillaume Munier. 🎵 Choix musical : Mizé Si Péyi La / Soft.

    54 min
  7. May 22

    Pétrole : la crise profitera-t-elle aux producteurs africains?

    Quelles sont les grandes mutations du secteur pétrolier africain ? Entre tensions géopolitiques au Moyen-Orient, baisse relative des investissements internationaux, transition énergétique et quête d’attractivité, les pays africains producteurs tentent de repositionner leur stratégie. Tournée dans le cadre des 4èmes Journées Pétrole, cette émission réunit experts, économistes, représentants d’États et industriels autour d’une même interrogation : comment transformer les ressources pétrolières en véritable levier de développement durable ?   NOS INVITÉS Gacyen Mouely, associé gérant 3M - Partners & Conseils et organisateur des 4èmes Journées Pétrole à Casablanca Cyril Ruchonnet, directeur associé chez S&P Global Laura Sima, directrice associée, recherche sur les Solutions Amont chez S&P Global Mahamat Togoï, ingénieur géologue, enseignant-chercheur à l'Institut National Supérieur de Pétrole de Mao (Tchad) Hashir Mabignath Sall, directeur général adjoint de l'Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI) du Gabon Michel Prudhomme Nzouba fondateur Eco Partners, ancien dirigeant de Shell, Assala Energy, Maurel & Prom.   Les grandes thématiques de l’émission 👉 Un marché pétrolier mondial bouleversé Le blocage du détroit d’Ormuz et les tensions géopolitiques ont profondément déstabilisé le marché mondial des hydrocarbures. Malgré la montée des énergies renouvelables, le pétrole et le gaz représentent encore près de 80% de la demande énergétique mondiale. Les États producteurs africains voient dans cette situation une opportunité de renforcer leur rôle stratégique. 💬Cyril Ruchonnet : « Le rééquilibrage mondial pourrait profiter aux producteurs africains. » 💬 Laura Sima : « Même avant le conflit au Moyen-Orient, les pétroliers cherchaient déjà à diversifier leurs zones d'investissements. » 👉 L’attractivité des pays africains L’Afrique dispose d’importantes réserves pétrolières, mais peine encore à attirer suffisamment d’investissements. Les compagnies pétrolières ne regardent plus uniquement le potentiel géologique : elles analysent désormais la stabilité politique, la fiscalité, la gouvernance et la sécurité juridique avant d’investir. 💬 Michel Prud'homme Nzouba : « L’attractivité commence par la géologie. » 💬 Cyril Ruchonnet : « Les investisseurs recherchent aujourd’hui des découvertes plus rentables. » 💬 Mahamat Togoï : « Les compagnies veulent désormais des retours sur investissement plus rapides. » 💬 Laura Sima : « Les sociétés pétrolières aiment la stabilité, un projet se pense sur trente ou quarante ans.. » 💬 Hashir Mabignath Sall : « Nous avons gagné en crédibilité auprès des investisseurs. » 👉 La réforme des codes pétroliers Plusieurs invités insistent sur l’importance des cadres réglementaires. Les codes pétroliers doivent être plus flexibles, plus lisibles et mieux appliqués afin d’accélérer les projets et de rassurer les investisseurs internationaux. 💬 Gacyen Mouely : « Le code pétrolier n’est qu’un outil. » 💬 Michel Prud'homme Nzouba : « Le vrai problème est souvent la mise en application des codes. » 💬 Mahamat Togoï : « Les États doivent créer un cadre général favorable. » 👉 Le contenu local et la création d’emplois Les intervenants défendent un contenu local plus ambitieux. L’objectif est de permettre aux entreprises africaines de participer davantage aux activités à forte valeur ajoutée du secteur pétrolier plutôt que de rester cantonnées aux services périphériques. 💬 Gacyen Mouely : « Le contenu local doit être structuré et compétitif. » 💬 Michel Prud'homme Nzouba : « Les capacités locales ont été historiquement négligées. » 👉 La transition énergétique Tous reconnaissent que l’après-pétrole doit être anticipé dès aujourd’hui. Les revenus issus des hydrocarbures doivent financer la diversification économique et le développement de nouvelles énergies. 💬 Hashir Mabignath Sall : « Le pétrole reste une énergie de transition indispensable. » NOS REPORTAGES Gabon : le projet gazier du Cap Lopez Le reportage d’Yves-Laurent Goma montre la transformation du terminal pétrolier du Cap Lopez en futur hub gazier. Le groupe Perenco investit près de deux milliards de dollars dans un projet de gaz naturel liquéfié destiné à faire du Gabon un exportateur de gaz dès 2028. Madagascar : relancer une industrie fragilisée À Madagascar, la société Madagascar Oil tente de relancer la production pétrolière après dix ans d’arrêt. Comme le montre le reportage de Guilhem Fabry, les autorités espèrent attirer de nouveaux investisseurs grâce à un futur code pétrolier plus compétitif. 💻 Réalisation : Hadrien Touraud / Stéphane Défossez 🎵 Choix musical : Fala - Vicky R / Oxlade

    55 min
  8. May 15

    Investissements en Afrique : risques perçus et risques réels, les voies de la rentabilité

    Au sommet Africa Forward de Nairobi (Kenya), cinq acteurs clés de la finance en Afrique (Ecobank, Proparco, Meridiam, Africinvest, Melanin Kapital) débattent du paradoxe qui freine les investissements sur le continent : une perception du risque souvent bien supérieure à la réalité. Instruments de dérisquage, appui des données, besoins de gouvernance : quelles clés pour libérer le potentiel africain ? Émission présentée par Bruno Faure enregistrée au Kenyatta International Convention Centre de Nairobi (Kenya) le 12 mai 2026.  Nos invités 🎙️ Françoise Lombard, directrice générale de Proparco Françoise Lombard dirige Proparco, la branche de l'Agence française de développement dédiée au secteur privé. Depuis bientôt cinquante ans, Proparco finance et accompagne des entreprises en Afrique dans tous les secteurs : agriculture et agribusiness, industrie, services, infrastructures énergétiques, private equity et capital-risque. L'institution dispose de six bureaux régionaux sur le continent et opère via une palette d'instruments financiers allant du prêt classique aux prises de participation, en passant par des outils de garantie et d'accompagnement technique. 🎙️ Thierry Déau, directeur général de Meridiam Thierry Déau dirige Meridiam, société de gestion française spécialisée dans le développement, le financement et la gestion de long terme de projets d'infrastructure essentiels. Meridiam gère environ 28 milliards d'euros pour le compte d'investisseurs institutionnels ; l'Afrique représente environ 10 % de ses encours, avec près de 2 milliards de fonds propres déployés pour créer une dizaine de milliards d'investissements sur le continent en huit ans. L'Europe reste son cœur d'activité (50 %), complétée par les Amériques. En Afrique, il porte notamment le parc éolien de Kipeto (Kenya), désormais en cours d'extension. 🎙️Mélanie Keïta Mariam, fondatrice de Melanin Kapital D'origine sénégalo-congolaise et installée à Nairobi depuis plusieurs années, Mélanie Keïta a fondé Melanin Kapital, une néo-banque dédiée au crédit des PME et startups africaines qui innovent dans l'économie verte. L'institution est opérationnelle dans douze pays, en Afrique de l'Est, de l'Ouest et centrale, grâce notamment à un partenariat stratégique avec Ecobank. Sa particularité : prêter aux tout premiers emprunteurs, ceux qui n'ont pas accès au crédit bancaire classique. Pour cela, Melanin Kapital a développé ses propres modèles de crédit-score fondés sur les données de mobile money et les créances clients. 🎙️ Aziz Mebarek, co-fondateur d'AfricInvest Franco-tunisien, Aziz Mbarek est le co-fondateur d'AfricInvest, plateforme panafricaine d'investissement dont les fonds sont incorporés à Maurice et dont les neuf bureaux couvrent l'Afrique du Nord (Tunisie, Maroc, Égypte, Algérie) et l'Afrique subsaharienne (Kenya, Côte d'Ivoire, Nigéria, Maurice, Afrique du Sud) sans compter Dubaï. Avec une centaine de salariés issus d'une vingtaine de nationalités, AfricInvest est l'une des plus grandes équipes africaines de fonds propres, dette privée et venture capital. 🎙️ Jeremy Awori, directeur général du groupe Ecobank Transnational Jeremy Awori est un dirigeant bancaire kényan, né à Nairobi. Il est aujourd’hui le directeur général du groupe bancaire panafricain Ecobank Transnational Incorporated fondé en 1985 à Lomé (Togo). Elle est aujourd’hui l’un des plus grands réseaux bancaires du continent africain, présente dans plus de 30 pays. Son activité principale est la fourniture de services financiers aux particuliers, aux entreprises et aux institutions, notamment à travers la banque de détail, la banque d’investissement et les services numériques. Les grandes thématiques de l'émission 👉 Le paradoxe du risque africain L'Afrique attire des investissements croissants, mais reste stigmatisée par une perception de risque excessive. Les invités distinguent le risque réel — politique, climatique, monétaire — du risque perçu, souvent amplifié par des indices génériques et une méconnaissance du continent. 💬 Françoise Lombard (Proparco) « Il faut voir le continent africain comme un investissement de long terme. Penser le long terme sur le continent, c'est absolument indispensable. Et puis il faut accepter d'être au contact des réalités du continent et de ne pas transposer nécessairement nos propres réalités sur le continent. » 👉 Les instruments de dérisquage Garanties partielles sur portefeuilles de PME, assurances contre le risque politique (Miga/Banque mondiale), finance mixte combinant capital public et privé, structuration en tranches de risque différenciées : un panorama concret des outils disponibles. 💬 Mélanie Keita (Melanin Kapital) : « C'est vraiment toute une chaîne de valeur de financement qui doit être mise en place. Et grâce aux institutions du développement, on est capables d'accéder à plus de fonds, mais on doit travailler avec tous les acteurs de la chaîne pour pouvoir atteindre une femme qui n'est pas bancarisée et qui a quand même besoin de financement. » 👉 Financer les petites et moyennes entreprises Comment prêter à une PME agricole sans collatéral ni historique bancaire ? Les invités décrivent les montages innovants – crédit-score mobile, partenariats avec des coopératives, chaînes de valeur multi-acteurs – qui permettent d'atteindre les entreprises non bancarisées. 💬 Jeremy Awori (Ecobank) : « Pour les PME, essentielles aux économies africaines, nous tentons de minimiser le risque de défaut de paiement. Nous travaillons actuellement pour fournir des garanties et une couverture en cas de sinistre de premier et de second rang. Il s'agit de l'un des secteurs d'activité à la croissance la plus rapide au sein de la banque. » 👉 La concurrence internationale et les co-constructions Face aux financeurs asiatiques, les acteurs européens défendent leurs avantages comparatifs : durabilité contractuelle, normes ESG, non-consolidation de la dette souveraine. Mais la co-construction avec des acteurs d'autres continents est aussi une réalité du quotidien. 💬 Thierry Déau (Meridiam) : « La compétitivité ne vient pas forcément que du financement. Elle vient du coût, de la qualité – qui n'est pas toujours le même quand on multiplie ces trois facteurs en comparant une entreprise chinoise et une entreprise européenne. » 👉 Gouvernance, réglementation et cadres juridiques Continuité réglementaire, licences bancaires pays par pays, allocation des bilans bancaires vers les bons du Trésor plutôt que vers les PME, retards de paiement de la sécurité sociale : les obstacles institutionnels concrets identifiés par les praticiens. 👉 La data, nerf de la guerre de l'investissement L'absence de données fiables et accessibles sur les économies africaines reste un frein majeur pour les investisseurs étrangers. Améliorer la collecte et la transparence des données macroéconomiques et microéconomiques est présenté comme la réforme prioritaire. 💬 Aziz Mebarek (AfricInvest) : « Comment peut-on avoir un vrai rating et une vraie mesure du risque réel et effectif qui prévaut en matière d'investissement en Afrique ? Quand on voit tous les secteurs de la vie quotidienne, on trouve des entreprises européennes qui réussissent. Je pense que c'est vraiment le moment de s'engager. » 💻 Réalisation : Boris Vichith / Guillaume Munier 🎵 Choix musical : Ssaru ft Trio Mio – Mi Amor

    1h 13m

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Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.

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