Idées

La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.

  1. 2d ago

    Olympe de Gouges, une Lumière qui nous éclaire selon Cécile Berly

    Olympe de Gouges. Ce nom vous dit peut-être quelque chose. Au mieux, d’elle nous connaissons la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » ou une fin tragique sous la guillotine en 1793. Mais que sait-on vraiment de cette femme qui voulut penser, écrire et agir dans un monde qui ne lui reconnaissait aucun droit politique ? Avec Olympe de Gouges. L’autre Voltaire ? (Passés/composés), l’historienne Cécile Berly nous propose une biographie d’idées limpide et accessible, qui redonne à Olympe de Gouges sa dimension intellectuelle. Loin des clichés, elle apparaît comme une philosophe des Lumières, une femme de lettres engagée, bouillonnante d’idées. Elle en parle, avec enthousiasme, au micro de Pierre-Edouard Deldique dans ce nouveau numéro du magazine qui interroge celles et ceux qui ont pensé ou pensent le monde. Née Marie Gouze, autodidacte, provinciale, Olympe de Gouges n’avait rien d’une héritière des salons parisiens. Loin s’en faut. Elle s’est pourtant imposée dans ce monde littéraire avec, un mordant, une audace remarquable pour l’époque. Cécile Berly montre comment Olympe a construit sa légitimité par l’écriture : pièces de théâtre, adresses politiques, projets de réforme sociale. Elle ne s’est pas  contentée pas de dénoncer les injustices : elle a imaginé des institutions nouvelles., une réforme de l’ordre monarchique. Elle est peu à peu devenue une actrice à part entière dans l’effervescence révolutionnaire. Une part importante du livre est bien sûr consacrée à la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791). Cécile Berly en rappelle la force : en réécrivant la Déclaration des droits de l’Homme de 1789, Olympe de Gouges a mis en lumière son impensé majeur, l’exclusion des femmes. Ce texte, souvent réduit à un manifeste féministe est en réalité une critique philosophique de l’universalité théorique des Lumières. Olympe y affirme que les droits ne sont universels que s’ils s’appliquent à toutes et à tous. Le livre, écrit d’une plume alerte par une historienne qui revendique son féminisme, restitue tout autant la diversité des combats d’Olympe de Gouges : la lutte contre l’esclavage, qu’elle a mené avec une rare clairvoyance, la défense des plus vulnérables, notamment les enfants abandonnés, la recherche d’une paix civile dans les années les plus violentes de la Révolution. Le titre du livre est volontairement provocateur. Il ne s’agit pas de hisser Olympe au rang de Voltaire, omniprésent dans l’ouvrage, mais de rappeler que leurs combats se répondent : dénoncer l’injustice, défendre les opprimés, utiliser la littérature comme arme politique. Voltaire est une institution, Olympe encore une marginale. Mais Cécile Berly invite à la regarder autrement, à sa juste valeur. Et si Olympe de Gouges était elle aussi une grande voix des Lumières, simplement reléguée parce qu’elle était une femme ? Entrera-t-elle un jour au Panthéon ? L’historienne le souhaite vivement.   Programmation musicale Sonate pour piano n° 12 en ut mineur (compositrice : Anne-Louise Brillon de Jouy 1744-1824) - Nicolas Horvath Marche des Marseillois (compositeur : Claude Balbastre) - Olivier Vernet Femme, réveille-toi (Olympe de Gouges) - Sophie Marceau (tiré de la compilation : Jours de gloire) Olympe de Gouges - Femmouzes T.

  2. Sep 27

    Léon XIV, «une parole attendue», selon Anne-Lorraine Bujon de la revue Esprit

    Le magazine IDÉES s’intéresse à la venue du pape en France avec sa revue partenaire « Esprit » qui consacre un dossier à la figure du pape Léon XIV et à la manière dont son pontificat reconfigure la place de l’Église dans un monde traversé par des crises politiques, technologiques, et culturelles.  Coordonné par Jean‑Louis Schlegel, ce dossier s’interroge : l’Église serait-elle redevenue un lieu où se rencontrent des questions politiques fondamentales ? Il est l’invité de Pierre-Édouard Deldique ainsi que la directrice de la revue, Anne-Lorraine Bujon. Ce numéro propose une lecture du catholicisme contemporain fragilisé par les scandales mais renforcé en quelque sorte par les débats mondiaux. Léon XIV, né Robert Francis Prevost, est le premier pape originaire des États-Unis, mais aussi un pape profondément marqué par ses vingt années de mission au Pérou. Cette expérience andine, dans des régions frappées par le racisme anti‑indigène et les inégalités structurelles, constitue le cœur de sa formation spirituelle et politique. C’est un augustinien, héritier d’une tradition intellectuelle exigeante. Un missionnaire, immergé dans les réalités sociales du Sud global. Un administrateur devenu préfet du dicastère pour les évêques en 2023. Cette trajectoire singulière explique son style : discrétion, lenteur, retenue, à rebours du pontificat de François, dont les formules percutantes ont souvent enflammé les médias et les débats. Cependant, Léon XIV s’inscrit dans l’héritage de François : engagement social, attention aux migrants, critique des nationalismes, sensibilité écologique mais il le fait avec une forme de sobriété assumée. Cette retenue, loin d’être un défaut, est interprétée par « Esprit » comme une autre manière d’habiter la fonction pontificale : moins médiatique, plus structurelle, plus lente — mais peut-être plus durable. Au sujet de l’Église, le dossier s’ouvre sur un constat frappant, presque un paradoxe : déclin sociologique en Occident, crise des abus sexuels, concurrence religieuse, marginalisation culturelle. Pourtant, jamais les débats internes à l’institution n’ont été autant en résonance avec les crises contemporaines. Ce paradoxe s’explique par un phénomène majeur : le déplacement du centre de gravité du catholicisme vers les pays du Sud, l’Afrique notamment. Léon XIV, pape américain façonné par le Pérou, incarne cette dé‑européanisation. Sous François, l’Église avait déjà retrouvé une visibilité politique. Léon XIV poursuit cette dynamique, mais en l’orientant vers deux préoccupations nouvelles : Une critique frontale de la politique de Donald Trump, notamment sur les migrants et une inquiétude profonde face à la domination technologique, qui menace l’autonomie de l’esprit humain. Son encyclique sur l’IA (« Magnifique humanité ») le montre. Ces prises de position montrent une Église qui refuse d’être instrumentalisée par les extrêmes droites identitaires, et par les politiques en général, et se réinscrit dans les débats fondamentaux de notre siècle. Le numéro propose ainsi une série d’articles qui élargissent la réflexion et dessinent une géopolitique du catholicisme contemporain : François Mabille : la recomposition du religieux dans l’espace public globalisé, Olivier Roy : le christianisme est-il européen ? Massimo Faggioli : les États-Unis et leur crise théologico-politique, Stéphane Joulain : l’Afrique, nouveau centre de gravité du catholicisme. Et comme de coutume un entretien, avec cette fois Mgr Étienne Guillet : la Seine-Saint-Denis comme laboratoire religieux.

  3. Sep 20

    Dans «L’Odyssée de la surpuissance», Gilles Lipovetsky pense un monde sans limites

    Avec son dernier livre en date, L’Odyssée de la surpuissance (Odile Jacob), le philosophe et sociologue, Gilles Lipovetsky poursuit son exploration de l’hypermodernité en identifiant cette fois notre entrée dans une civilisation qui fait fi des limites, qu’elles soient technologiques, économiques, géopolitiques ou individuelles. L’époque contemporaine est le moment où les frontières du possible se dissolvent sous l’effet de la technoscience, du capitalisme globalisé et de l’individualisme radical.  Il en parle au micro de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro du magazine IDÉES. Le livre du penseur de l’individualisme, invité à plusieurs reprises dans l’émission qui interroge ceux qui pensent le monde car son regard sur l’évolution du monde donne à réfléchir, décrit l’essor d’une technoscience qui bouleverse les frontières du vivant, de la matière et de l’intelligence. Les innovations dans l’IA, la biologie de synthèse, l’exploration spatiale ou les technologies du corps créent en effet un univers où l’impossible devient possible. Comme on dit aujourd’hui, toutes les lignes rouges sont franchies. Cette dynamique a incontestablement un côté positif par sa capacité d’agir sur le monde, d’augmenter les performances humaines, de résoudre des problèmes globaux mais elle suscite également l’inquiétude avec en particulier les dérives de l’IA, les risques biotechnologiques, la crise écologique et la perte de repères anthropologiques. L’ouvrage analyse également l’expansion du capitalisme globalisé, dopé par les Big Tech, qui transforme tout désir, toute expérience en marchandise. Gilles Lipovetsky décrit un capitalisme qui reconfigure les existences au rythme du marché, impose une logique de performance, colonise l’imaginaire par la promesse d’un monde sans limites. Cette surpuissance économique se nourrit de l’hyperconsommation, de la fluidité numérique et de l’individualisation extrême. Il montre comment l’individu contemporain revendique un droit illimité à se choisir soi-même, quitte à défier les limites biologiques, sociales ou symboliques. Il identifie une logique du « No Limits » à travers les revendications identitaires, les pratiques corporelles extrêmes, les technologies de modification du corps, la quête de performance personnelle. L’individu hypermoderne devient en quelque sorte un surhomme mais aussi un être fragile, exposé à l’anxiété, à la dépossession de soi et à l’instabilité identitaire. L’auteur étend son analyse à la scène internationale : la surpuissance technologique et individuelle trouve son miroir dans une surpuissance géopolitique avec le retour de la tentation impériale, la violation du droit international, ou bien encore la compétition entre grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie). Les dirigeants « carnivores » incarnent une politique de domination décomplexée. L’ordre mondial vacille, l’Occident se fissure, la vérité devient manipulable. La surpuissance n’est plus seulement un phénomène technologique ou économique : c’est une dynamique globale qui redéfinit les règles du jeu international. On le constate en écoutant l’émission, L’Odyssée de la surpuissance est un livre ambitieux, essentiel pour quiconque s’intéresse à la modernité, à la technologie, à la démocratie, à l’individualisme et aux transformations globales du XXIè siècle.   Programmation musicale :  Les Planètes - Mars, celui qui apporte la guerre / Gustav Holst - Orchestre philharmonique de Liverpool - Charles Mackerras What We Are and What We Are Meant to Be - Gogo Penguin Motet Exsultate jubilate KV165 – Allegro / Wolfgang Amadeus Mozart - Gli Angeli Genève - Stephan MacLeod ; Marina Viotti.

  4. Sep 13

    Avec «De l’immigration en France», Patrick Weil lance un appel à la lucidité

    À une époque où la question migratoire occupe une place centrale dans le débat politique, avec ses discussions interminables et souvent vaines, le dernier ouvrage de Patrick Weil, De l’immigration en France (Grasset) apporte une mise au point salutaire. Historien, politologue, spécialiste reconnu de la citoyenneté, Patrick Weil propose un texte bref mais dense, conçu comme un outil de clarification sur un sujet de polémiques. Il est l’invité de Pierre-Édouard Deldique dans un nouveau numéro du magazine IDÉES. Dès les premières pages, l’auteur de travaux officiels sur cette question, rappelle un fait essentiel : la part de l’immigration dans la population française, longtemps stable, a nettement augmenté depuis le début des années 2000. Cette évolution, mal anticipée par les gouvernements successifs, a nourri un sentiment d’impréparation et alimenté les discours alarmistes. Mais, au micro, comme dans les pages de son ouvrage, Patrick Weil invite à regarder la réalité en face : cette hausse n’est ni un « déferlement », encore moins une submersion, ni une fatalité, mais le résultat de décisions administratives, de réformes juridiques et de choix européens. L’essai propose une analyse systémique des dispositifs qui structurent la politique migratoire française, le droit d’asile, pilier républicain fragilisé par les lenteurs administratives, les OQTF, devenues le symbole d’une impuissance politique, les règles européennes, souvent invoquées comme contraintes mais offrant des marges d’action, le regroupement familial, trop souvent caricaturé dans le débat public. Au cours de l’émission, cet homme enthousiaste, président de l’association Bibliothèques sans frontières, revient d’ailleurs sur la politique de Valéry Giscard d’Estaing dont le nom est lié, à tort, à cette notion de regroupement familial et sur la volonté de l’ancien président d’arrêter, non sans brutalité, l’immigration. Cette traversée des institutions révèle un État qui peine à articuler ses principes et ses pratiques, faute de cohérence et de continuité. D’où la proposition phare de Patrick Weil, la création d’un ministère dédié à l’immigration, et l’auteur de préciser dans  Idées, qu’il ne s’agit pas d’y ajouter l’idée d’identité nationale comme le fit jadis Nicolas Sarkozy. L’auteur esquisse les contours d’une politique migratoire plus juste et plus efficace. Il appelle à une planification réaliste, une administration réformée, un débat public fondé sur les faits, une articulation claire entre accueil, régulation et intégration. Plus qu’un programme, c’est une méthode : réintroduire de la raison, de la mémoire et du courage politique dans un débat devenu explosif. « De l’immigration en France » est un texte de clarification. Dans le contexte de la campagne présidentielle, Patrick Weil nous offre un constat et des solutions pour sortir des polémiques que suscite cette question de l’immigration.   Programmation musicale :  Ai¨t Crossing - Guedra Guedra Bukut - Ibaaku Immigrant - Zal Sissokho ; Laurent Perrault-Jolicoeur.

  5. Sep 6

    Jérôme Heurtaux interroge le droit face à la guerre à Gaza

    Pierre-Édouard Deldique reçoit Jérôme Heurtaux, l’auteur d’un essai marquant intitulé Le droit international est-il mort à Gaza ? (Riveneuve). Politiste, l’invité d’Idées cette semaine propose une réflexion à la fois méthodique, accessible et inquiète sur l’état du droit international face à un conflit où les violations massives semblent se dérouler sous les yeux du monde entier. L’auteur, – qui, comme il le souligne dans l’émission, a travaillé sur le silence ou le négationnisme des Polonais, après la Seconde Guerre mondiale –, explique que son livre est né en somme d’un désarroi et d’une colère face aux crimes commis à Gaza après les massacres de Juifs, en Israël, le 7 octobre 2023.   Son essai est celui d’un politiste qui se saisit du droit pour comprendre ce que les normes internationales permettent réellement de dire, de qualifier et sanctionner.   Jérôme Heurtaux montre comment le droit international fonctionne concrètement dans un contexte de violence extrême.  Le premier chapitre est consacré à un travail de synthèse d’enquêtes disponibles sur Gaza, réalisées par les ONG (palestiniennes et israéliennes), l’ONU, et les instances pénales internationales.  D’évidence, on ne pourra dire que l’on ne savait pas.  Comme l’auteur le dit au micro d’Idées, les preuves étaient (et demeurent) accessibles, en sources ouvertes. Il montre comment les journalistes palestiniens – souvent tués dans l’exercice de leur travail – ont documenté la guerre malgré l’interdiction d’accès imposée à la presse internationale par le gouvernement israélien.  Le deuxième chapitre explore la manière dont les acteurs – ONG, experts, juridictions internationales et nationales – mobilisent les catégories du droit pénal international : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide.  Jérôme Heurtaux met en lumière une convergence exceptionnelle des analyses qui qualifient la situation à Gaza de génocide, en s’appuyant sur la mortalité massive des civils, l’affamement de la population, la destruction systématique des infrastructures vitales, la déshumanisation des Palestiniens.   Il restitue les raisonnements juridiques de manière claire, montre comment les experts appliquent les textes fondateurs : la Convention de 1948 et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.  Le troisième chapitre élargit la réflexion : le droit international est-il encore capable de protéger, qualifier, sanctionner ?  Selon l’auteur, le droit international reste un langage universel, partagé par les acteurs qui documentent les crimes. Il permet de nommer l’horreur, de la rendre intelligible. Reste que son efficacité dépend entièrement de sa mise en œuvre : sans mobilisation devant les juridictions internationales ou nationales, le droit se désarme.   Bien que centré sur Gaza, l’essai pose une question plus large : que reste‑t‑il du droit international lorsque les États les plus puissants refusent de l’appliquer ?  Programmation musicale :  « Intro » – Hussam Aliwat « Ta5 » – Shamaly « Conte d'un luth désespéré » – Abderraouf Ouertani.

  6. Aug 16

    Aurélie Julia et la Revue des deux mondes rendent hommage au Musée du Quai Branly et à Jean Gabin

    Dans ce nouveau numéro d’IDÉES, Pierre-Édouard Deldique reçoit Aurélie Julia, la directrice de la revue des deux mondes dont le numéro d’été s’articule deux grands dossiers : Jean Gabin, figure centrale du cinéma français, véritable mythe national, cinquante ans après sa disparition. Et le musée du Quai Branly – Jacques Chirac, vingt ans après son ouverture, analysé comme projet politique, esthétique et anthropologique.    Le numéro de la revue interroge la notion de patrimoine culturel. Qu’est-ce qui fait mémoire ? Qu’est-ce qui fonde une identité culturelle française contemporaine ?  Gabin est présenté comme une figure de la France du XXè siècle, des années 30 aux années 70, un acteur dont la présence physique, morale et sociale dépasse le cinéma pour devenir un élément du paysage national.  Au micro de Pierre-Édouard Deldique, Aurélie Julia montre comment Gabin incarne une France populaire, virile, mélancolique, mais aussi profondément morale et comment il est devenu une sorte de monument national.  De leur côté, Delphine Jouenne et Christian Authier analysent la capacité de Gabin à jouer toutes les classes sociales : du prolétaire au notable, du flic au truand. Cette plasticité fait de lui un miroir social.  Philippe Delaroche et Dorian Grelier soulignent, eux, l’importance des dialogues de Michel Audiard dans la construction du mythe : une langue vive, populaire, qui devient patrimoine.  C’est une mise en perspective historique et sociologique du cinéma français que propose ce numéro ainsi que ce numéro estival d’IDÉES richement illustrée, où la voix de Gabin résonne plus que jamais.  Dans le second dossier, le musée du Quai Branly est présenté comme un projet politique majeur du début du XXIè siècle : reconnaître les arts extra-européens comme arts à part entière, et non comme objets ethnographiques.  Stéphane Martin, un des pères fondateurs de l’établissement qu’il a ensuite présidé, revient sur la volonté de l’ancien Président de la république, Jacques Chirac : décentrer le regard occidental, valoriser les cultures du monde, créer un musée de l’altérité.  L’actuel président, Emmanuel Kasarhérou insiste sur la nécessité de repenser la provenance des œuvres, d’intégrer les débats contemporains sur la restitution et de maintenir un dialogue avec les communautés d’origine.  Le numéro aborde les critiques sur la scénographie immersive, les tensions autour des collections, les enjeux de la restitution, la place des cultures non occidentales dans les institutions françaises.  Ces contributions montrent le musée comme un espace de rencontre, de diplomatie culturelle, un lieu de réflexion sur la politique culturelle française, d’analyse des enjeux postcoloniaux dans les musées.  On le constate, ce numéro de la Revue des deux mondes propose une réflexion la notion de patrimoine humain et non humain qui forge l’identité française.  Ce numéro d’IDÉES en offre le reflet.  Programmation musicale :  Dadilahy - Omar Sosa ;  Rajery Dark and deep - Mario Canonge ; Arnaud Dolmen ; Michel Alibo Thème principal - Touchez pas au grisbi - Compositeur : Jean Wiener Thème principal - Un singe en hiver - Compositeur : Michel Magne Maintenant je sais - Interprète : Jean Gabin (Auteur/compositeur : Jean-Loup Dabadie/Philip Green).

  7. Aug 9

    Camille Riquier de la revue Esprit: «Il est plus difficile de parler d’amour que de sexe»

    Dans ce nouveau  numéro estival, le magazine IDÉES s’intéresse au « nouveau sentiment amoureux » pour reprendre le titre du dossier de juillet-août de notre revue partenaire « Esprit » avec les deux invitées de Pierre-Édouard Deldique, la directrice de la revue, Anne-Lorraine Bujon, et Fabienne Brugère, coordinatrice de ce dossier avec le philosophe Camille Riquier.  On le constate en écoutant l’émission, ce numéro double explore les transformations contemporaines de l’amour : les nouvelles sensibilités issues des luttes féministes, mais aussi la redéfinition des normes de genre, la visibilité accrue des sexualités minoritaires, la prise de conscience des violences, ou bien encore les recompositions familiales.   Autant le dire, ce dossier est emprunt d’une certaine gravité.  L’amour n’est plus un destin romantique ni une norme sociale stable : il devient une pratique relationnelle presque comme une autre, fragile, négociée, traversée par des enjeux de pouvoir et de reconnaissance à l’heure où les cadres traditionnels (romantisme, conjugalité, passion) se délitent, où les violences sont davantage nommées, et où de nouvelles formes de vie amoureuse émergent.  Anne-Lorraine Bujon et Fabienne Brugère nous parlent des différentes parties de ce dossier articulé autour de plusieurs idées.  L’amour est un accord, jamais garanti, toujours à réinventer, la conscience de ce qui n’est pas de l’amour (violence, emprise) structure désormais les attentes relationnelles.  L’amour est moins un état qu’une pratique, il implique disponibilité, vulnérabilité, et reconnaissance de l’autre.  Le dossier analyse, en outre, les mécanismes de l’emprise dans les relations.  Et met en lumière des imaginaires culturels qui ont longtemps confondu passion et violence.  Avec la romancière Camille Laurens, ce numéro d’été de la revue « Esprit » évoque la littérature comme espace de transformation des imaginaires amoureux et d’exploration des zones d’ombre du désir et de la relation.  De son côté, le philosophe Camille Riquier s’interroge.  Étant donné que le langage amoureux s’est complexifié, « psychologisé », selon lui, comment retrouver une langue capable de dire la singularité de l’expérience amoureuse ?  De son côté, le philosophe Jean‑Luc Marion souligne, dans un entretien, la tension entre la promesse absolue et la contingence des vies modernes, l’amour comme don, comme engagement qui excède les conditions sociales, la temporalité du sentiment amoureux.  Ce numéro d’Esprit, au cœur du magazine Idées, propose ainsi une réflexion à la fois philosophique, sociologique et littéraire sur un sentiment universel.  Programmation musicale :  L’Hymne à l’amour - Odino My funny Valentine - Chet Baker I’m not in love - 10 cc.

  8. Aug 2

    Pierre Cassou-Noguès explore nos frontières mouvantes dans «Trait de côte»

    Dans IDÉES, le magazine dédié à celles et ceux dont la curiosité est insatiable, Pierre-Édouard Deldique reçoit cette semaine un philosophe singulier, Pierre Cassou-Noguès. Professeur de philosophie à l’université Paris-8, membre de l’Institut universitaire de France, cet intellectuel est aussi un sportif, cycliste à ses heures. Et des heures, il en a passé sur sa bicyclette pour longer le littoral français. Il nous propose un récit de son périple, à la fois livre de voyage, de nature, de philosophie. Avec Trait de côte (Philosophie magazine éditeur). Des Landes à la Bretagne, Pierre Cassou‑Noguès poursuit son travail singulier : penser le réel à partir de ses zones de friction. Cette fois, il s’attarde sur la côte, ce bord instable où la terre rencontre la mer — un lieu banal en apparence, mais qui devient sous sa plume un véritable laboratoire philosophique à l’heure où l’océan grignote allégrement le littoral, notamment en Charente-Maritime. La côte, rappelle Cassou‑Noguès, n’est jamais fixe. Elle avance, recule, s’effrite, se reconstruit. Elle oblige à composer avec l’incertitude. En observateur attentif, il transforme cette instabilité en concept : le « trait » n’est pas une ligne nette, mais une zone vivante, un espace où se négocient sans cesse nos manières de percevoir et de raconter le monde. Au micro et dans le livre, il navigue entre récit, observation et réflexion théorique. Cassou‑Noguès décrit des paysages, des gestes, des micro‑événements. Il montre comment ils nourrissent un imaginaire : celui des frontières, des bords, des mondes qui se touchent. La côte devient ainsi un lieu où se fabriquent des histoires, des peurs, des projections — un espace où l’on pense autant qu’on regarde. Sans céder au catastrophisme, Trait de côte s’inscrit dans les préoccupations écologiques contemporaines. L’auteur y défend une écologie de l’attention : regarder ce qui change, ce qui s’efface, ce qui apparaît. Une manière de rappeler que les transformations du monde ne se jouent pas seulement dans les grands récits, mais aussi dans ces traits fragiles qui dessinent nos paysages. Bref, un livre bref, précis, qui propose une autre façon de comprendre nos limites — et d’habiter un monde où elles ne cessent de bouger. Un livre aussi sur une certaine conception de la philosophie : « ne pourrait-elle pas consister dans des gestes, des formes de vie, plutôt que dans des énoncés ? » s’interroge-t-il.   Programmation musicale :  Kerlann - Yann Tiersen Dolores - Yann Tiersen Vélo vole - Dick Annegarn 8 - Yann Tiersen.

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