Grand reportage

RFI propose un grand reportage réalisé par les envoyés spéciaux et les correspondants de la rédaction, partout dans le monde. Diffusion du lundi au jeudi vers toutes cibles à 17h10 TU ; 22h10 TU et à 03h10 TU du mardi au vendredi. Le samedi et le dimanche à 09h10 TU, Jacques Allix, rédacteur en chef de l'information monde vous présente une version enrichie, sur 50 minutes avec la diffusion de deux Grands Reportages et à l’issue, un entretien avec leurs auteurs. 

  1. 17h ago

    «Le supplément du dimanche» 1er novembre 2026

    L'Ukraine est quotidiennement visée par des missiles et des drones russes, avec une nouvelle génération de drones très redoutables venus de la Russie. Sur la défensive, les Ukrainiens ont fait preuve d'imagination et d'innovation pour développer un véritable arsenal de drones. Une question de survie. Au Gabon, la détresse des familles victimes de crimes rituels prend une toute autre ampleur. Ukraine : laboratoire à ciel ouvert de la guerre des drones Privée des systèmes de défense antiaérien des États-Unis, l’Ukraine est depuis plusieurs mois sous le feu constant des frappes russes. Sur le front comme à l’arrière dans les grandes villes. Jour et nuit, les alertes se répètent inlassablement. La Russie cherche ainsi à saper le moral des Ukrainiens contraints de vivre dans la peur… ou de s’enterrer. L’Ukraine n’en continue pas moins de résister à l’envahisseur. Avec des drones : ses propres drones. Un Grand reportage de Nathanaël Vittrant et Sergey Dmitriev.     Gabon: la détresse sans fin des familles de victimes de crimes rituels C’est une plaie de nombreuses sociétés d’Afrique centrale, mais elle est particulièrement vive au Gabon : les crimes rituels font chaque année des victimes. Des corps retrouvés sans vie, auxquels on a ôté des organes comme le cœur, les yeux ou le pénis. Dans bien des cas, ces crimes ne sont jamais punis, ou alors seul l’exécutant est arrêté, et pas le commanditaire. Les familles des victimes, elles, se sentent abandonnées face à ces actes qui associent spirituel, politique et criminalité organisée. Paulin Boukika ouvre sur sa table basse le dossier dans lequel il conserve les documents relatifs à la mort de son fils. Cet agent des forces de l’ordre partage le récit macabre du jour où le corps inerte de Darlin, 14 ans, a été retrouvé, parmi d’autres, devant un célèbre restaurant de plage de la capitale du Gabon, en 2018 : « J'étais au travail. La mère de l’enfant m’appelle en pleurant : "On a retrouvé les enfants morts à la plage. Il faut venir parce qu'on a retrouvé des corps, je ne sais pas s'il est parmi eux." » Paulin Boukika se rend à Gabosep, une des morgues de Libreville : « On m'accompagne là où ils mettent les corps dans les tiroirs. On commence par le premier. J'ai dit "non, ce n'est pas lui". Le deuxième, ce n’est pas lui, etc. C'est au neuvième tiroir que je vois qu'il était là, déjà identifié parce qu'il portait un autre nom. J'ai dit : "Non, ça, ce n’est pas son nom, il s'appelle Boukika Darlin Stessi." » « La première version, c'était qu'il s'est noyé » Paulin Boukika conserve notamment les photos prises à la morgue du corps mutilé. Il n’y a jamais eu d’autopsie : « La première version qui m'a été donnée, c'était qu'il s'est noyé. Mais quand je suis retourné à la morgue la deuxième fois pour l’examiner, j’ai bien vu qu'il n'avait pas d'yeux, que le sexe était mutilé, qu'il y avait des parties entaillées. C'est là que j'ai compris que l'enfant ne s’était pas noyé parce qu'il avait des cicatrices un peu au front, au niveau des mains. Il y avait des blessures qui montraient qu'il avait été ligoté et s'était débattu. » À l’époque, le procureur parle de trois morts par noyade et le gouvernement s’inquiète d’une « récupération politicienne », à quelques mois des élections législatives. Alors que selon certains protagonistes, une quinzaine de corps ont été retrouvés ce jour-là. « La réaction officielle, c'était de nier la situation, se remémore Paulin Boukika. Ils ont masqué en disant qu'ils étaient à la plage, qu’ils se sont noyés à la plage. Et ils ont maintenu ce cap-là. On m’a dit : "Les poissons peuvent manger les yeux, les poissons peuvent manger le sexe." Mais est-ce qu'on peut manger le sexe de quelqu'un sans déchirer la culotte ? Mais il avait encore le slip ! Mais le poisson est rentré où et il est sorti comment ? » « La réaction officielle, c'était de nier la situation » La plainte de Paulin n’a jamais débouché. Pour lui, aucun doute, l’affaire a été enterrée : « J'ai continué à faire des recours au tribunal, à faire des plaintes, tout ça n'a jamais abouti. Il n'y a pas eu d'enquête. J'ai été obligé d'abandonner. Ils ont dû couvrir les commanditaires de ces crimes-là, car quand on camoufle, ça veut dire qu'on connaît les commanditaires, on connaît les gourous qui ont fait ça. Les parents victimes, on n'a jamais eu satisfaction. Darlin était mon fils aîné, j’avais beaucoup à lui transmettre. La blessure revient comme si c'était hier. » Des questions sans réponses et des crimes sans coupables. Et pas de statistique officielle. C’est aussi ce que déplore Germaine Bita. Sur sa terrasse qui surplombe les pistes de l’aéroport, elle ressasse encore les conditions de la disparition de son fils Guy-Léandre, en 2008 : « Un matin, il est parti. Après, je ne l'ai plus jamais revu. Et j'ai trouvé son corps à la plage. C'est là-bas qu'on a balancé son corps. On avait enlevé ses organes. Il n'avait que 18 ans. L'enfant n'avait plus de langue. Son sexe était élevé. Il était nu. Donc je suis allé à la police, j'ai porté plainte. » Malgré un témoin oculaire et plusieurs déplacements au commissariat, aucune enquête n’est entreprise, selon Germaine : « Il y a un monsieur qui a dit qu'il avait vu trois personnes balancer des choses à l’eau. On a dit ça à la police. Rien n'a été fait. C'est resté comme ça. » « Le corps de mon frère a été retrouvé en brousse, sans cœur » Une douleur que partage aussi Marie-Anne Minkoue, qui reçoit RFI devant sa modeste maison du quartier de Nzeng Ayong, et exhume des archives des photos de journaux relatant des assassinats : « Le corps de mon frère a été retrouvé en brousse, sans cœur, sans une goutte de sang restant. Des hommes l’avaient invité à aller à la chasse avec eux. Il a fallu payer 300 000 francs [457 euros, NDLR] pour l’autopsie. Mais ça n’a rien donné. Un des assassins a été arrêté, placé en préventive, mais il a fini par sortir, et il est rentré au village. Il avait un frère bien placé. C’est de la corruption pure et simple. » C’était en l’an 2000. Quelques années plus tard, c’est son fils qui disparait. Sans nouvelles, elle a un jour découvert la photo de son corps illustrant un article dans le quotidien gouvernemental L’Union. Mais elle n’a jamais su d’où venait la photo, récupérée sur Internet, ni ce qui est advenu de son fils. Aujourd’hui âgée, c’est elle qui a dû élever ses petits-enfants. Elle raconte un enfant disparu dans le quartier récemment, une jeune femme dépecée dans un hôtel. Le sang pour servir les génies des eaux Si les crimes rituels touchent d’autres pays d’Afrique centrale et du golfe de Guinée, la situation au Gabon est mieux connue grâce au travail et à la ténacité d’un homme. En face de l’un des plus grands hôtels de Libreville, Jean-Elvis Ebang Ondo aime à regarder les cocotiers dont on débite les noix pour les passants du bord de mer. C’est lui qui les a plantés, en souvenir de son fils, Éric, retrouvé là, sur cette plage, en 2005 : « C'est là où on a découvert le corps de l'enfant. Ils étaient au nombre de deux qu'on a enlevés. On tue la personne ailleurs et on vient déposer le corps au niveau de la mer ou bien au niveau des fleuves, pour servir les génies. Parce qu'on signe le pacte avec les forces du mal. L'élément essentiel qu'on retire, c'est le sang. Le sang, c'est le carburant dans le monde mystique. » Cet endroit, il l’a baptisé le « Jardin des innocents ». Contrairement à beaucoup de familles de victimes, cet enseignant a choisi de ne pas se taire et de ne pas tomber dans la fatalité face à ces crimes qui n’ont rien de traditionnel. « Selon nos études, le phénomène des crimes rituels date des années 1930. Ce sont des pratiques importées et qui persistent. Ce genre-là fonctionne en réseau. Il y a les commanditaires, il y a l'exécutant, il y a les démarcheurs. Le plus souvent, ce sont les proches qui passent à l'acte. Le commanditaire est servi à travers le marabout qui essaie d'exécuter en fonction des besoins de ce commanditaire », affirme Jean-Elvis Ebang Ondo. Suite à ce drame, il a fondé l’Association de lutte contre les crimes rituels, organisé des manifestations régulières et suivies, mené le plaidoyer auprès des autorités nationales et des partenaires du pays, jusque dans l’enceinte du Sénat de transition où il a siégé de 2023 à fin 2025. Il a écrit plusieurs livres qui font autorité sur le sujet. Il a remarqué la concomitance entre vagues de crimes rituels et périodes de forte activité politique, tels que des élections ou des remaniements. Les commanditaires seraient donc massivement des personnalités puissantes issues du monde politique, de l’élite économique. Jean-Elvis Ebang Ondo parle de dizaines de cas en année électorale, mais ne publie plus de statistiques par crainte de récupération politique. Le difficile accès à la justice pour des familles sans moyens Autre problème : la justice qui manque de moyens et d’indépendance. « Les officiers de police judiciaire (OPJ) qui sont chargés de mener ces études-là, ces enquêtes-là, ne sont pas bien documentés, estime Jean-Elvis Ebang Ondo. Techniquement, ils n'ont pas assez de matériel. Parce que chez vous, on parle de l'ADN, vous pouvez classer un dossier pendant X temps… La conservation des dossiers, ça manque chez nous. Le second point, c'est que les juges reçoivent des coups de fil anonymes, ils ne sont pas à l'aise pour traiter un tel dossier. Les procédures ne vont nulle part. Dans mon cas personnel, nous avons donné tout ce qu'il y avait comme indices, ça n'a pas abouti. Au

  2. 1d ago

    «Le supplément du samedi» du 31 octobre 2026

    En ce samedi, comment ne pas évoquer les élections de mi-mandat aux États-Unis? C'est dans trois jours. Donald Trump, dont les décisions politiques éclair ont tant de conséquences à travers le monde, tirera-t-il son épingle d'un jeu encore incertain à cette heure ? Quelle couleur politique pour le nouveau congrès ? Et même une alternance changerait-elle réellement la donne ? Puis focus sur le climat avec la COP biodiversité qui s'est tenue en Arménie cette semaine. Direction le Sénégal où nous parcourerons la mangrove sénégalaise, haut lieu de bien des espèces. États-Unis et Israël, l’alliance en question Les États-Unis soutiennent traditionnellement le gouvernement israélien, mais jusqu’à quand ? L’image d’Israël dans l’opinion publique américaine s’est ternie de manière considérable depuis la guerre à Gaza… Et même si Benyamin Netanyahu pourrait être écarté demain lors des législatives israéliennes, de plus en plus d’Américains, surtout dans le camp démocrate, questionnent la nécessité de cette alliance entre les deux pays. Avec, en toile de fond, un antisémitisme en forte hausse et la politique étrangère illisible de Donald Trump qui pourrait lui coûter bien des voix, dans 10 jours, aux élections de mi-mandat. Un Grand reportage de Vincent Souriau. Au Saloum, la mangrove protégée par ceux qui en vivent Protéger le vivant : une exigence que le changement climatique ravive à chaque instant. La COP biodiversité rassemble, jusqu’à vendredi, les experts en Arménie pour évaluer les progrès réalisés. Exemple de milieu naturel à protéger : la mangrove. Nous sommes au Sénégal, dans le delta du Sine Saloum : un labyrinthe d’eau salée et de palétuviers. Il protège les côtes, abrite de nombreuses espèces, mais le sel et les coupes de bois le menacent. Les villageois se mobilisent pour sa préservation. Un Grand reportage de Juliette Dubois.

  3. Oct 25

    «Le supplément du dimanche» du 25 octobre 2026

    Une émission, deux pays, une contestation. Inde, Égypte, deux pouvoirs forts, deux jeunesses qui donnent de la voix. L'Inde, tout d'abord, la jeunesse est mobilisée sous le nom de «cafards», cette Gen Z à l'indienne est maline, elle a repris à son compte l'insulte lancée à son encontre par le régime de Narendra Modi «cafards» et créé un parti le CJP, le parti des cafards, une parodie du BJP au pouvoir.  En Égypte, un mouvement de fond également comme un défi pour le régime d'Abdel Fattah al-Sissi en place depuis 2014, mais de nature différente, c'est une petite musique qui titille l'oreille des puissants, le mahraganat. On l'appelle aussi electro chaabi. Des milliards de vues sur les réseaux sociaux. C'est chantant, c'est dansant, cela égaie les mariages dans les tentaculaires banlieues du Caire des grandes villes, cela parle de drogue, de pauvreté, de chômage. En Egypte, pas de grande manifestation, mais à bien écouter le mahraganat, le message est puissamment politique, diffusé comme une trainée de poudre, à l'arrière des tuk-tuk, de quoi est-il le cri précisément ?    Maudits cafards : le pouvoir en Inde face à la jeunesse L’Inde vit-elle un tournant politico-sociétal ? Au pouvoir depuis 12 ans, Narendra Modi, autoritaire et suprémaciste hindou, est défié par une jeunesse qui n’a pas froid aux yeux. Elle veut sonner le début de la fin de ce régime avec son parti : le « parti des cafards ». À l’origine, c’était un mouvement satirique porté par la Gen Z, la génération qui a actuellement entre 15 et 3 ans. Les cafards ont envahi à nouveau les rues indiennes la semaine dernière. Comment essaient-ils de mener la danse en Inde ? Un Grand reportage d'Abdoollah Earally.  Mahraganat, le cri du Caire Le Caire : début des années 2000 : un son brut né dans la poussière des quartiers populaires : le mahraganat. Plus connu peut-être sous le nom de électro chaabi, pour « électro populaire ». Un subtil mélange de percussions traditionnelles, de riffs stridents et de voix synthétiques. La musique sature les rues, hurlée par des baffles poussés à fond à l’arrière d’un tuk-tuk ou dans des mariages de rue dans lesquels on danse avec des couteaux dans des battles -des joutes- endiablées. C’est la bande-son des marges de cette tentaculaire capitale égyptienne, devenue le symbole d’une jeunesse sous pression, censurée mais indomptable. Entre transe collective et débrouille, la musique résiste et une question persiste : de quoi le mahraganat est-il le cri ? Un Grand reportage de Martin Dumas Primbault.

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