Le grand invité Afrique

Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.

  1. 12H AGO

    Sommet de l’Union africaine: «Réduire le problème du Mali à la lutte contre le terrorisme, c'est se tromper»

    À l'issue de son 39e sommet, l'Union africaine a révélé sa nouvelle stratégie vis-à-vis des pays de l'Alliance des États du Sahel : tout en rappelant l'impératif du retour à l'ordre constitutionnel, priorité est clairement donnée au soutien à la lutte antiterroriste au Mali, Niger et Burkina Faso. Cette stratégie de l'Union africaine est-elle la bonne ? L’ancien ministre malien Housseini Amion Guindo, farouche opposant des militaires au pouvoir à Bamako, président du parti Codem et du mouvement Jigiya Kura, désormais dissous (comme toutes les organisations politiques du Mali) est le Grand invité Afrique de David Baché. RFI : L'Union africaine prône toujours le retour à l'ordre constitutionnel au Mali, au Niger et au Burkina, mais donne clairement la priorité, désormais, au soutien à la lutte antiterroriste de ces trois États. On ne sait pas encore comment. Est-ce que c'est une bonne stratégie ? Housseini Amion Guindo : L'Union africaine fait une très mauvaise appréciation des problèmes du Mali. Réduire, aujourd'hui, le problème du Mali à la lutte contre le terrorisme, c'est se tromper. Au Mali, nous avons un problème de dialogue national, nous avons un problème de rébellion séparatiste, des tensions intercommunautaires, des partis politiques qui sont dissous... Donc, le problème du Mali, il est global. Il ne peut pas être circonscrit à un problème de lutte contre le terrorisme. Je pense que ce discours de l'Union africaine contredit les principes mêmes de l'Union africaine : des principes de légitimité, d'ordre constitutionnel, de droits humains. C'est sur cette base que l'Union africaine a été constituée. Mais l'Union africaine n'est pas constituée pour lutter contre le terrorisme, pour soutenir des régimes qui essaient de vivre de ce terrorisme. Donc ce que vous dites, c'est que ces régimes qui, dans leur discours officiel, se maintiennent au pouvoir justement pour lutter contre les groupes terroristes, cette approche de l'Union africaine, ça les conforte d'une certaine manière ? Bien entendu. C'est pourquoi j'ai dit que l'Union africaine, par cette déclaration, trahit ses principes et apporte un soutien étrange. Il est important pour l'Union africaine de chercher d'abord à comprendre le problème malien en particulier, et celui du Sahel en général. Ce n'est pas seulement le terrorisme, il y a des questions de légitimité. Mais la réalité du terrain est visible. En dépit du discours officiel des régimes en place, la progression territoriale, le renforcement des groupes jihadistes sont indéniables et cela représente une menace aussi pour les pays voisins de l’AES, pour toute l'Afrique de l'Ouest. L’Union africaine doit bien le prendre en considération, non ? Mais bien entendu. C'est vrai qu’aujourd’hui, la situation s'est dégradée par les choix opérés par ceux qui ont fait le coup d'État au Mali. Mais il est évident que les problèmes du Mali se gèreront d'abord dans le cadre d'une entente entre Maliens, ensuite dans le cadre d'une entente entre le Mali et ses voisins. Je ne pense pas que la déclaration de l'Union africaine conforte même celle de la Cédéao. Cela dit, on a vu ce qu'a donné l'approche plus ferme de la Cédéao : une rupture totale avec les pays de l’AES. Est-ce que l'Union africaine n'a pas raison de chercher à maintenir des rapports avec le Mali, le Niger et le Burkina, pour ne pas abandonner les populations ? Effectivement, nous, nous sommes de l'Union africaine et le Mali est l'un des rares pays à écrire dans sa Constitution qu'il est prêt même à abandonner sa souveraineté pour réaliser l'unité africaine. Maintenant, de quel Mali s'agit-il ? Le Mali, c'est à travers ses représentants dûment mandatés par le peuple du Mali et non un Mali qui aujourd'hui est carrément hors Constitution, avec un coup d'Etat qui impose une dictature stérile pendant près de six ans au peuple malien. Alors qu'est-ce que vous attendez de l'Union africaine ? C'est vraiment d'aider le Mali à d'abord s'organiser pour désigner ses représentants. Permettre aux Maliens d'avoir une transition civile et un retour à l'ordre constitutionnel. C'est sur la base de ces principes que l'Union africaine a été créée, et non pour organiser des armées pour aller combattre le terrorisme. Vous êtes membre de la Coalition des forces pour la République, opposée au régime militaire en place au Mali. L’imam Dicko, figure de proue de la CFR, a renouvelé sur notre antenne, la semaine dernière, depuis Nouakchott, son appel à « dialoguer avant qu'il ne soit trop tard ». Concrètement, l'imam, vous, la CFR, vous proposez quoi à présent ? L'imam a été très sage. Il a dit en des termes très courts que la situation est intenable et que l'effondrement est plus que jamais d'actualité. 70 % à 80 % de nos campagnes payent la zakat et obéissent à l'ordre jihadiste, au Jnim ou autres jihadistes, l’EIGS. Il ne reste que les grandes villes qui, aujourd'hui, pratiquement toutes sont sous blocus. Donc est-ce que la logique, le tout militaire qui a été adopté par le CNSP actuellement au pouvoir… Les autorités militaires de transition en place au Mali... …et que l'Union africaine aujourd'hui se propose de soutenir. Est-ce que ce tout militaire a donné la solution ? Il faut que les autorités actuelles permettent un dialogue qui mettra en place une transition civile et retournent dans les casernes. Et c'est ça le rôle de l'Union africaine : de soutenir une dynamique interne.

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  2. 1D AGO

    Suspension des réseaux sociaux au Gabon: «Ce n'est pas une sanction»

    Le Gabon est toujours privé de réseaux sociaux. Mardi soir, la Haute autorité de communication a décidé de leur suspension « jusqu'à nouvel ordre ». « Atteinte à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale » : ce sont les quelques arguments avancés par la HAC pour justifier sa mesure, qui n'a pas manqué de faire réagir autant dans l'opposition que dans le monde de la presse et celui des milieux économiques. Pour expliquer cette décision prise sans préavis, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence gabonaise, répond à RFI. Il est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané. RFI : On va commencer par cette annonce surprise : la suspension immédiate des réseaux sociaux jusqu'à nouvel ordre. Pouvez-vous préciser ce qui pousse la Haute autorité de la communication (HAC) à prendre une mesure qu'on peut qualifier de radicale ? Théophane Nzame-Nze Biyoghe : Cette mesure s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion vieille de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, sur l'usage général qui est fait des réseaux sociaux. Ce n'est pas une sanction, c'est simplement un signal fort qui est envoyé pour poser ce débat et éventuellement envisager d'autres étapes, comme le fait de légiférer pour redéfinir l'usage des réseaux sociaux. Un usage qui ne doit pas compromettre l'œuvre perpétuelle de raffermissement du vivre-ensemble. Malgré tout, les arguments avancés par la HAC sont quand même très larges : on parle de déstabiliser les institutions de la République, de mettre en péril gravement l'unité nationale... Pour cette annonce sans préavis, quels sont les éléments dont dispose la HAC pour dire que le pays serait en danger à cause des seuls réseaux sociaux ? Je me demande si ce n'est pas un peu simplifier les choses que de dire que la HAC affirme que le pays est en danger à cause des réseaux sociaux. Mais en tout cas, les réseaux sociaux sont aujourd'hui un terrain qui permet de structurer un certain nombre de facteurs potentiellement déstabilisants. Lesquels ? Pour ce qui est de la désinformation, il y a parfois beaucoup d'information ou de désinformation. Il est question aujourd'hui de s'intéresser à cette question pour réguler davantage et faire en sorte que les réseaux sociaux permettent un débat beaucoup plus constructif, et non pas un débat qui vise à nuire à l'intérêt supérieur que nous avons à préserver, un minimum de cohésion sociale à notre niveau. Le Sommet de l'Union africaine s'est tenu ce week-end à Addis-Abeba. Le président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, a déclaré qu'il n'y aura aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels. Que répondez-vous notamment à l'Angolais João Lourenço, président sortant en exercice de l'UA, qui est allé plus loin en déplorant « le blanchiment des coups d'État grâce à des élections » ? Les constitutions sont d'abord faites pour servir l'intérêt des peuples. Les Gabonais n'en pouvaient plus de l'ancien régime, vraiment plus. Le cadre législatif et constitutionnel ne peut pas servir de prétexte à l'amenuisement des libertés des gens. L'intérêt du peuple en tout et pour tout doit primer. Et la situation était intenable au Gabon. Il y a donc eu ce coup « de libération » le 30 août 2023. Il ne s'agit pas de blanchir quoi que ce soit. Il s'agit simplement de dire que lorsque les textes servent à brider les populations, il y a nécessité à employer des voies qui ne sont pas forcément consacrées dans les textes, mais qui sont des voies qui finissent par être salutaires pour les peuples. Le chef de l'État, Brice Oligui Nguema, s'est félicité, il y a quelques jours, du retour des enseignants dans les salles de classe. Malgré tout, la grève perdure depuis deux mois. Où en sont les négociations concernant les revendications des enseignants ? Les négociations ont été menées durant plusieurs semaines dans un cadre qui a été activé très rapidement. Il y a eu une commission tripartite qui a été déployée pour encadrer ces négociations. Les négociations ont débouché sur l'adoption d'un certain nombre de points. Au terme de cela, une échéance a été fixée : celle du 25 février prochain, pour lesquelles l'État devra procéder à la régularisation des 4 000 situations administratives retenues pour le secteur de l'éducation, avec les effets soldes qui sont donc inhérents à cela. Le FMI annonce une visite au Gabon la semaine prochaine, dans un contexte d'explosion de la dette et du déficit au Gabon et aussi dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac). Chez nos collègues de France 24, vous précisiez d'ores et déjà qu'il n'y aura pas de politique d'austérité au Gabon… Il ne s'agit pas pour le FMI de modifier les priorités de notre politique économique, mais il s'agit de définir la meilleure méthodologie pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Donc, le projet est le même. Il est question de mettre à contribution le FMI pour apporter davantage de transparence dans la gestion des deniers publics, renforcer la gouvernance et envisager des lendemains meilleurs, et notamment aussi avoir beaucoup plus de facilité pour aller quérir des financements auprès d'autres bailleurs de fonds, puisque dans la stratégie d'endettement du Gabon, il y a un privilège qui est accordé aux partenaires multilatéraux pour nous prémunir des risques de fluctuations de taux. Mais en aucun cas, il n'y a de projet d'ajustement structurel comme cela a pu être le cas par le passé. Il n'y a pas d'austérité en vue. Pas du tout. La politique sociale du président de la République sera exécutée.

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  3. 2D AGO

    Guinée-Bissau: «Il faut choisir d’être du côté de la solution, crédible et inclusive»

    Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA) s’est achevé dimanche à Addis-Abeba. Parmi les nombreux dossiers abordés par les chefs d’État et de gouvernement réunis dans la capitale éthiopienne, celui de la Guinée-Bissau, après le coup d’État militaire du général Horta N’Tam le 26 novembre dernier. Patrice Trovoada, ex-Premier ministre de Sao Tomé-et-Principe, a été nommé le 23 janvier dernier envoyé spécial de l’UA pour la Guinée-Bissau. Il confie à RFI avoir prévu de se rendre à Bissau « dans les prochains jours », sans préciser de date. Ce sommet a bien sûr été pour lui l’occasion de mener, déjà, une série de discussions. Avec qui ? Comment juge-t-il le processus de transition en cours à Bissau ? Comment aborde-t-il sa mission ? Quid des doléances de l’opposition, qui estime s’être fait voler la victoire à la présidentielle de novembre dernier ? Patrice Trovoada, envoyé spécial de l’UA pour la Guinée-Bissau, est l’invité Afrique de RFI, au micro de l’envoyé spécial de RFI à Addis-Abeba, David Baché. RFI : Aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels : c'est la volonté affichée par l'Union africaine à l'issue de ce 39ᵉ sommet. Le message semble s'adresser, entre autres, à la Guinée-Bissau ? Patrice Trovoada : Oui, il y a eu cette déclaration du président João Lourenço. L’Union africaine, dans sa charte, refuse tout changement anticonstitutionnel. Cela peut être un coup d'État militaire, cela peut être d'autres tripatouillages de la Constitution pour lesquels l'Union africaine dit non. Le président guinéen Mamadi Doumbouya et le président gabonais Brice Oligui Nguema étaient dans la salle. On se dit que c'est peut-être une déclaration pour l'avenir ? Écoutez, chaque pays est un cas. Si la gouvernance piétine la Constitution, c'est aussi quelque chose que la charte de l'Union africaine réfute. Vous qui êtes envoyé spécial de l'Union africaine pour la Guinée-Bissau, est-ce que ça vous a conforté et encouragé dans votre mission ? La mission est très claire. C'est d'abord d'établir un contact non seulement avec les autorités de transition, mais avec tous les acteurs politiques, les institutions républicaines et la société civile. Il faut déjà créer un climat de confiance, qu’il y ait de la retenue et que les gens soient disposés à dialoguer politiquement pour que cette transition puisse déboucher sur le retour à une vie constitutionnelle normale, un État de droit, et que ça soit crédible et durable. À l'occasion de ce sommet de l'Union africaine, avec qui vous avez eu des rencontres constructives ? J'ai eu plusieurs rencontres. Celle qu'il y a lieu de signaler, c'est avec le président Julius Maada Bio, le président en exercice de la Cédéao. La rencontre a été très positive. Et bien sûr, j'ai eu à travailler avec le président de la Commission et son staff pour que nous puissions aider les Guinéens dans cette épreuve et qu'on ait un retour et une stabilité qui soit durable. Après leur coup d'État en novembre dernier, les militaires au pouvoir à Bissau ont déjà modifié la Constitution et fixé des élections pour décembre prochain. Est-ce que le processus de transition tel qu'il s'engage vous semble crédible ? Les autorités ont pris un certain nombre de décisions. Ce qui est important aujourd'hui, c'est que nous puissions établir un dialogue qui soit inclusif, pas seulement avec les autorités. Il faut un climat de confiance pour que nous puissions effectivement progresser. Ces décisions sont obligées, comme c'est normal, de contestation. Le fait d'avoir fixé une date pour des élections, c'est déjà bien. Maintenant, nous allons voir l'inclusivité et la possibilité parce que les élections, c'est quand même tout un processus. S'il y a un certain nombre de pas qui doivent être remplis avant d'aller vers les urnes, nous verrons avec les uns et les autres comment est-ce qu'on peut rassurer sur ce processus de transition. À écouter aussi«Il n'est pas acceptable que des auteurs de coup d'État soient élus démocratiquement» On entend votre volonté d'accompagner cette transition jusqu'à des élections crédibles, inclusives, y compris avec les partis d'opposition. Mais justement, l'opposition et la société civile souhaiteraient tout simplement qu'on proclame les résultats des élections qui ont déjà été organisées et qui ont déjà un vainqueur... C'est un point de vue qu'il faut prendre en considération. De l'autre côté, vous avez une autorité de transition qu'il faut aussi prendre en considération. Il va donc falloir progresser vers une sortie de crise acceptable par tous. Au-delà des acteurs politiques, est-ce que ça ne serait pas plus juste pour les citoyens bissau-guinéens qui se sont exprimés lors de ces élections de se conformer à leurs résultats ? Je crois qu'il faut être très humble dans ce genre de situation. Il y a une autorité de transition qui détient le pouvoir réel. Nous allons nous rapprocher d'elle et nous allons aussi, comme je vous l'ai dit, inclure dans nos contacts tout le monde. Il faut choisir d'être du côté de la solution crédible et inclusive. L'opposant Domingos Simoes Pereira a été convoqué par la justice militaire la semaine dernière. Cela vous inquiète-t-il ? Sur place, j'aurai l'occasion, du moins je l'espère, d'avoir de plus amples informations sur ce dossier-là. Je demanderai aussi à contacter les autorités judiciaires pour m'enquérir de ce qui se passe à ce niveau-là. L'opposition affirme que l’ex-président Umaro Sissoco Embaló a lui-même préparé l'arrivée des militaires pour empêcher Fernando Dias, qui revendique la victoire à la présidentielle, d'accéder au pouvoir. De son côté, l'ancien président est toujours en exil et demande des garanties de sécurité pour rentrer à Bissau. Aujourd'hui, avec un peu plus de deux mois de recul, était-ce un vrai ou un faux coup d'État ? Vous comprendrez facilement la délicatesse de cette mission. Nous allons travailler avec beaucoup de réalisme et ne lâcherons pas les principes et les convictions et la charte de l'Union africaine. Nous allons essayer d'amener tout ça à bon port. À lire aussiFin du sommet de l’Union africaine: «Aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels»

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  4. 3D AGO

    Visite du général Tiani à Alger: «Un signe concret de normalisation, de réchauffement diplomatique»

    Il y a un peu moins d'un an, leur relation était glaciale. Aujourd'hui, tout semble oublié. Dimanche 15 et lundi 16 février, le président du Niger Abdourahamane Tiani était en visite à Alger sur invitation de son homologue Abdelmadjid Tebboune. Les deux dirigeants ont multiplié les signes d'amitié et de bonne entente. L'an dernier pourtant en avril, les autorités algériennes avaient expulsé de façon inédite, et sur une seule journée, plus d'un millier de ressortissants africains vers le désert nigérien. Les conséquences d'un incident diplomatique et militaire entre l'Algérie et le Mali, principal partenaire du Niger au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES). Notre Grand Invité Afrique est Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger de Saint-Louis et président du Timbuktu Institute. Il répond à Sidy Yansané. RFI : Le président Abdourahamane Tiani a passé deux jours à Alger. Il a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune en tête-à-tête à deux reprises. Dix ministres l'accompagnaient et, chose suffisamment rare pour être remarquée, le général Tiani a troqué l'uniforme pour le boubou civil. Peut-on parler d'une simple réconciliation ou des retrouvailles célébrées en grandes pompes ? Bakary Sambe : La visite du général Tiani du Niger en Algérie s'inscrit naturellement dans le cadre d'une accalmie et d'une tentative de normalisation des relations. Elle intervient après une période de tensions diplomatiques d'environ un an, depuis avril 2025, suite à l'incident du drone malien abattu par l'Algérie qui avait entraîné le rappel des ambassadeurs des pays de l'Alliance des États du Sahel, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette visite dite de travail et de fraternité, à l'invitation du président Tebboune, a été précédée d'abord par le retour simultané des ambassadeurs. C'est donc un signe concret de normalisation et de réchauffement diplomatique. Cette visite tente de sceller la fin d'une brouille et relance quand même un dialogue direct au plus haut niveau. Tiani comme Tebboune tiennent vraiment à montrer que tout est rentré dans l’ordre, au vu des grands sourires et gestes d’amitié durant leur rencontre… Il est vrai qu’en observant les images de cette visite, on se rend compte que l'Algérie met en avant son rôle de messager de paix et de bon voisinage, tandis que le Niger, de son côté, cherche quand même à consolider des liens historiques, géographiques et culturels profonds. L’Algérie veut être perçue comme étant un pays qui normalise ses relations. La visite est perçue donc comme un gain pour toute l'Afrique, avec une portée continentale pour renforcer la position stratégique de l'Algérie dans le Sahel. Derrière, il faut voir quand même les enjeux qui sont énormes. D'abord, la coopération sécuritaire, la lutte contre le terrorisme. Mais aussi les discussions qui incluent probablement un renforcement de la coordination en matière de défense et de sécurité, ce qui est un enjeu vital de stabilité dans la région. Quels sont les principaux points sur lesquels peuvent s'entendre et discuter les deux chefs d’État ? La question du renforcement de la coordination en matière de défense et de sécurité va prendre une place très importante. C'est qu'il y a un enjeu vital pour la stabilité régionale. Mais derrière cela, il ne faut pas oublier les enjeux économiques avec des projets énergétiques et économiques stratégiques comme le bloc pétrolier à Kafra, dans le nord nigérien, mais aussi comment booster les revenus du Niger et diversifier les approvisionnements algériens. D'après certains observateurs, on trouverait aussi sur la table le dossier du gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie. Bref, beaucoup de projets ouverts mis sur la table lors d'une visite qui, d'abord, symbolise une forme de réconciliation, tout en annonçant des lendemains beaucoup plus ouverts entre les deux pays, qui essayent de montrer à la face du monde qu'ils sont en train de fermer la parenthèse d'une brouille. Il y a tout de même une chose qui interroge dans cette visite. Le Niger s'était brouillé avec l'Algérie par solidarité avec son partenaire sahélien du Mali, qui, lui, entretient toujours des relations glaciales avec Alger. Dans un Sahel en recomposition, cette visite permet à l'Algérie, c'est vrai, de regagner de l'influence face aux tensions persistantes avec le Mali, notamment suite à son refus de comparaître devant la Cour internationale de Justice sur l'incident du drone. Mais certains observateurs se demandent si Tiani n’est pas aussi porteur d’un message de médiation informelle pour l’AES, notamment vis-à-vis du dirigeant malien Assimi Goïta. Même si la délégation met l'accent tout de même sur les intérêts nationaux nigériens, je crois que, comme vous le dites, cela pourrait ouvrir la voie à une normalisation plus large entre l’Algérie et l’AES, comme cela peut aussi causer des problèmes au vu des relations exécrables entre Bamako et Alger. Une normalisation plus large via Tiani entre l'Algérie et le Mali, dites-vous, alors même qu’Alger héberge l'imam Mahmoud Dicko, désormais vu comme un opposant politique pur et simple par les autorités à Bamako ? Il est vrai que l'imam Dicko aujourd'hui est vu par les autorités de Bamako comme un ennemi du régime en place. Mais je crois que, aujourd'hui, l'idée d'une réconciliation est fondamentale pour le Mali au regard de ses relations historiques avec l'Algérie. Mais il est vrai que cette visite-là sème quelque peu le trouble dans l'esprit de certains.

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  5. 4D AGO

    Énergie solaire en Afrique: «Le continent a les meilleures données d'irradiation solaire de la planète»

    L'année 2025 a été particulièrement ensoleillée pour le secteur énergétique en Afrique. L'an dernier, le continent a enregistré une progression inédite selon le Global Solar Council. Le groupe qui réunit de nombreux acteurs du secteur indique une hausse de 54 % d'installations en énergie solaire par rapport à l'année précédente. Un record qui montre tout l'intérêt de l'industrie du solaire dans la région la plus ensoleillée au monde. Une énergie dont les équipements tendent à se généraliser à travers l'Afrique. Gilles Parmentier est le fondateur et directeur général du groupe Africa REN.  RFI : Toutes les études indiquent un marché du solaire en expansion en Afrique. Quels sont les facteurs de croissance de cette énergie verte ? Gilles Parmentier : De toute évidence, l'énergie solaire en Afrique fait vraiment sens. Premièrement, elle est abondante. Le continent a les meilleures données d'irradiation solaire de la planète. Ensuite, elle est gratuite par définition, une fois qu'on a installé une centrale solaire. Et aujourd'hui, c’est une énergie extrêmement compétitive. Le prix au kilowatt/heure, le prix de revient de la centrale, tout cela rend le solaire plus compétitif qu'une centrale thermique ou autre type de technologie. Quand on pense énergie, on pense généralement à de l'électrification. Quels sont les usages les plus fréquents du solaire sur le continent ? Il y en a deux principalement : la production électrique d’une part, et d’autre part il y a tout ce qui est chauffe-eau solaire, four solaire, où on vient transformer l'énergie solaire en chaleur. On va la retrouver dans des usages domestiques et résidentiels sur la maison. Par contre, l'énergie électrique sert pout tout type d'usage. On a des centrales raccordées au réseau national, donc qui vont se brancher sur les lignes à haute tension et alimenter les villes. On a des centrales solaires en site isolé par exemple, qui vont alimenter des mines, des cimenteries, etc. Et il y a des centrales solaires en toiture destinées par exemple à des supermarchés ou à des entrepôts. Et puis il y a également les centrales solaires en microgrid : on vient alimenter un village de façon autonome avec du solaire qu'on doit complémenter par du diesel. Et enfin le solaire domestique, là c'est le panneau solaire sur la maison ou le kit solaire dans les zones très rurales. Cette croissance est aussi due à la hausse de la production décentralisée de l'énergie solaire. C'est un peu ce que vous venez de décrire. Alors que d'habitude on produit à grande échelle pour raccorder l'énergie au réseau électrique national du pays. Expliquez-nous la différence entre les deux systèmes… Ça c'est la grande promesse du solaire ! Jusqu'à récemment, une centrale électrique était de grande capacité. On la reliait avec des lignes à haute tension vers les centres de consommation, les villes. La difficulté du continent, c’est que la population à électrifier est encore énorme, 700 millions d'habitants sur le continent n'ont toujours pas accès à l'électricité, et par ailleurs on est sur des distances à couvrir très importantes. Il a fallu prendre conscience que le réseau électrique n'allait pas pouvoir aller partout rapidement. Le solaire étant beaucoup plus modulable qu'une centrale à charbon, une centrale diesel ou une centrale hydro, on est arrivé à une technologie qui permet d'installer des centrales solaires de capacité moyenne, voire petite, dans des villages, des villes moyennes, sans attendre que les lignes à haute tension arrivent. C’est un peu ça la grande révolution : les minigrid ou microgrid et c'est ce qui permet d'électrifier des populations sans avoir à tirer des lignes sur des centaines de kilomètres pour amener l'électricité qui serait produite ailleurs. On vient produire directement à l'endroit de la consommation. Cela peut sembler un peu curieux de parler d'une progression de l'énergie solaire aujourd'hui en Afrique, qui est la région la plus ensoleillée au monde, avec du soleil durant les deux tiers de l'année dans une bonne partie du continent. Dès les années 1980, le Niger s’est distingué par la fabrication de chauffe-eau, capteurs et autres équipements solaires par exemple. Voyez-vous une difficulté à faire accepter l'énergie solaire sur le continent ? Ou est-ce vraiment une question d'accès à la technologie ? Peut-être qu’une des difficultés principales, c'est la difficulté à mettre sur pied un projet où on va vendre l'énergie pendant 20 à 25 ans à une société publique nationale d’énergie. On doit arriver à mobiliser des financements et à les sécuriser pendant une durée très longue. Le défi, il est là : c'est vraiment d'arriver à mobiliser ces ressources sur un très long terme, puisqu'on va chercher à emprunter sur des durées allant de 15 à 18 ans. Donc c'est très long et ça implique de prendre quand même des risques importants sur des pays qui peuvent parfois traverser des transitions politiques ou des cycles économiques qui mettent en difficulté ces projets-là. À lire aussiL'énergie solaire a connu un développement sans précédent en Afrique lors de l'année 2025

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  6. 6D AGO

    « KÖD », le nouvel opus du Tchadien Afrotronix: « J'ai fait un travail de sound design »

    Afrotronix, le musicien et compositeur tchadien revient avec un nouvel album intitulé « KÖD ». 27 pistes aussi variées que dansantes avec lesquelles il propulse dans le 21ᵉ siècle les rythmes, les mélodies et les voix du patrimoine musical africain. Caleb Rimtobaye, aka Afrotronix, est l’invité de la rédaction. Il répond à Olivier Rogez.  RFI : Köd, c'est le titre de votre nouvel album. Qu'est-ce que signifie ce mot ? Afrotronix : Köd en Saran, une langue du sud du Tchad, cela veut dire tam-tam, parce que le tam-tam est l'un des premiers outils de codage, et j'ai voulu le ramener sur le devant en cette période où l'intelligence artificielle prend toute la place. Donc, j’ai voulu rappeler la genèse de cette intelligence basée sur le coding, j’ai voulu ramener l'attention sur l'humain, sur l'origine. Bien sûr, beaucoup craignent que la machine prenne le relais et que l'homme passe en dernier, mais je veux juste rappeler que tout ça vient de l’humain et que cela ne date pas d’aujourd’hui.  Sur votre site, on peut lire que vous avez nourri les logiciels, les machines de sons traditionnels et de musiques traditionnelles. Expliquez-nous.  Le processus consiste à fournir à la machine les algorithmes africains dans le cadre de mes logiciels de musique. J'ai fait un travail de « sound design » à partir des sons d’instruments qu'on ne retrouve même plus aujourd'hui et je les ai synthétisés. Au niveau rythmique, je ne compose pas une électro qui part de la house-music à laquelle on ajouterait des éléments africains. Avec moi, la base elle-même est africaine. Donc j’amène la machine à penser dans les langues et dans les codes africains. C'est ce que j'appelle « la proposition de l'algorithme africain aux machines ». À lire aussiAfrotronix explore le patrimoine africain dans «KÖD», son nouvel album Et vous vous êtes appuyé sur de vieilles cassettes, peut-être aussi de vieux vinyles africains que vous avez fait écouter à vos logiciels, c'est ça ? C’est exact. Je suis allé au Tchad et j’ai rapporté beaucoup de samples. De même, j’ai récupéré de vieilles cassettes audios à la radio nationale. Avec tout cela, j'ai créé une database. Toute ma démarche consiste à célébrer les valeurs culturelles africaines et non à les considérer comme des vestiges du passé. J'aimerais en faire des ressources vivantes qui continueront à alimenter nos conversations, nos projets de société, nos projets politiques, parce que c'est un héritage. Des ancêtres ont travaillé dur pour en arriver là. La question est de sortir du mimétisme au niveau politique et social, d'arrêter d’essayer de copier tout ce qui vient de l'Occident. Parce que nous avons une force de créativité à laquelle il faut faire de la place.  « Köd est une méditation sur ce qui échappe aux machines », écrivez-vous. Pourtant, ce disque doit aussi beaucoup aux machines. Ces logiciels, cette intelligence artificielle, vous les prenez à contre-pied ?  La chose que je veux éviter, c'est que l'on se mette à servir les machines. Les datas qu'on propose aux machines, c'est nous qui décidons de ce qu’elles sont. C’est nous qui décidons ce que la machine doit apprendre. Je ne prompte pas ma musique, c'est une limite que je ne franchis pas parce que je pense qu'alors il manquerait l'essence. Moi, je ne fais pas la musique pour du commercial. J'ai un message à transmettre. Les mots, l'effort et l'énergie que j'essaie de faire passer par la musique sont l'essence de mon travail. Donc si je m'abstiens de prompter, car sinon je perdrais l’intérêt. Il y a beaucoup de choses intéressantes sur cet album. On trouve par exemple un chant rebelle Toubou, l'ethnie du Tchad, dans le titre Himini. Où l'avez-vous trouvé ce chant rebelle Toubou ?  J’étais en route pour le Nord vers Fada, et j’ai entendu dans la voiture les chansons que passaient les chauffeurs. Vous savez, dans certaines régions, les chauffeurs prennent des risques, et ils passent beaucoup de chansons de bravoure. Et pendant tout le temps du parcours, j'écoutais et un chauffeur m’a parlé de ces chants. Il m'a expliqué et j'étais vraiment touché par la force de cette musique composée pour pousser les hommes à ne pas reculer.  Des chants pour aller au combat ? Oui. Et dans la résistance de ce que je suis en train de mener aujourd'hui, dans le besoin de faire de la place à la culture africaine et de résister à l'envahissement, j'ai trouvé important de remettre ça au centre.  Justement, est-ce qu’à Ndjamena ce message est compris ? Est-ce que les autorités sont attentives à ce travail de préservation du patrimoine musical ? C'est ce qui manque un peu, hélas. C'est mon combat, et c'est le grand message que j'essaie d'envoyer au fur et à mesure. Moi, je ne crois pas qu'il y ait de développement sans la culture et l'un des messages que j'envoie à l'autorité, encore aujourd'hui, c'est : « oui, on fait beaucoup de sacrifices au niveau de l'armée pour défendre, mais défendre quoi ? » Si on met de côté la culture, qu'est-ce qu'on défend ? Notre identité passe par les manifestations culturelles, et ce que l'État devrait comprendre, le public l'a compris et les gens répondent parce que c'est l'image qu'ils veulent voir d'eux-mêmes. Moi, je rassemble plus de monde que les leaders politiques au Tchad. Il est peut-être temps que ces leaders se penchent sur la question et qu'ils investissent dans la culture.

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  7. FEB 12

    Ministre rwandais des Affaires étrangères: «Si les sanctions pouvaient régler le problème, je signerais demain»

    La guerre dans l’est de la RDC : mercredi 11 février, vous entendiez le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya. Ce jeudi 12 février, l’invité Afrique de RFI est le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Olivier Nduhungirehe. À Addis-Abeba en amont du sommet à venir de l’Union africaine, il répond aux accusations de « mensonge » portées par la RDC, qu’il accuse en retour de porter la responsabilité de la guerre. Le ministre rwandais balaie également les menaces de sanctions internationales, notamment américaines. Les accords de Washington ne servent-ils pas avant tout les intérêts économiques des États-Unis ? Les accords de Washington peuvent-ils réellement aboutir à une paix durable ? Quel rôle pour l’Union africaine dans ce conflit ? Olivier Nduhungirehe, chef de la diplomatie rwandaise, répond aux questions de l’envoyé spécial de RFI à Addis-Abeba, David Baché. RFI : Olivier Nduhungirehe, monsieur le ministre, la guerre dans l’est de la RDC se poursuit, malgré les différents accords signés depuis le mois de juin à Washington et à Doha. En décembre, l’AFC/M23 s’est retiré de la ville d’Uvira. Un pas important. Mais il y a eu ensuite ces tirs de drones à Kisangani… Que faut-il désormais pour que cette rébellion, soutenue par le Rwanda, cesse ses attaques dans l’est de la RDC ? Olivier Nduhungirehe : Il n'y a aucun jour qui passe sans qu'il n’y ait d'attaques aériennes de la part du gouvernement congolais contre les positions de l'AFC/M23, ce qui est une violation du cessez-le-feu. Mais aussi, ce qui est plus inquiétant, contre des villages Banyamulenge, dans un contexte de montée des discours de haine. Et donc, le président Tshisekedi signe un accord de paix ou un accord de cessez-le-feu par la main, mais pas par le cœur. Donc ; c'est ça le problème. Vous parlez aujourd'hui des Banyamulenge. Hier, Kigali faisait reposer le problème sur la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), cette rébellion créée par d'anciens génocidaires et qui continue de vouloir renverser le régime au Rwanda. Côté congolais, on accuse votre pays de maintenir cette guerre pour s'accaparer les minerais ? Oh, ça, c'est un discours simpliste et ils savent bien que cela n'est pas la vérité. Il y a un problème FDLR à l'est de la RDC, ces génocidaires qui ont commis le génocide au Rwanda en 1994 et qui ont été entretenus, qui ont été soutenus, par le gouvernement congolais et qui ont même été intégrés dans l'armée congolaise. C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a eu les accords de Washington. Il doit y avoir un engagement de la RDC de neutraliser les FDLR et de permettre au Rwanda de lever ses mesures de défense. Donc, les FDLR sont une question importante qui est au centre de ce conflit et qui doit être résolue par la neutralisation, comme l'exigent les accords de Washington. Le Rwanda vient de confirmer, fin janvier, une « coordination sécuritaire » avec l’AFC/M23, alors que votre pays démentait jusqu’alors soutenir militairement ce groupe armé. Pourquoi le reconnaître à présent ? Parce que l'AFC/M23 est un mouvement congolais… Soutenu par le Rwanda… Il y a des intérêts communs entre le Rwanda et l'AFC/M23, et ces intérêts communs s'appellent FDLR. Mais pourquoi le reconnaître maintenant, pourquoi l’avoir démenti auparavant ? Patrick Muyaya, ministre porte-parole du gouvernement congolais, considère que ce sont les « aveux » d’un « régime assis sur le mensonge ». Il l’a redit en substance sur notre antenne, le 11 février 2026. Que lui répondez-vous ? Oh, le mensonge, il sait de quoi il parle, Patrick Muyaya, puisque c'est le gouvernement congolais qui a intégré ces génocidaires FDLR en son sein. Et à l'heure où je vous parle, les FDLR sont toujours soutenus par le gouvernement congolais. Donc, quand Patrick Muyaya parle de mensonge, il sait de quoi il parle. Certaines voix réclament des sanctions internationales contre le Rwanda. Les États-Unis pourraient prendre cette décision assez rapidement. On a entendu il y a quelques jours le président Paul Kagame répondre à cette menace avec véhémence. Vous non plus, monsieur le ministre, cela ne vous effraie pas plus que cela ? Si les sanctions pouvaient régler les problèmes endémiques de la RDC, je signerais demain matin. Savez-vous qu'en 2012, en 2013, il y avait aussi des sanctions contre le Rwanda ? Est-ce que cela a réglé le problème de la RDC et du M23 pour autant ? Non. La guerre a repris huit ans plus tard, en octobre 2021. Donc, cette histoire de sanctions, comme si c'était une baguette magique, ça ne fait aucun sens. Il n'y a aucune sanction en ce bas monde qui va nous empêcher de sécuriser notre frontière et de nous assurer que notre population ne subisse pas ce qu'elle a subi en 1994 aux mains des FDLR. Mais ça ne serait pas un coup dur pour le régime, pour sa stature internationale, son attrait économique aussi ? Non, mais ça s’est fait déjà dans le passé, donc ça, ce n'est pas une question qui est valide. Nous sommes dans un monde où chacun doit porter sa croix. Les sanctions, on ne les craint pas et ce n'est pas le sujet. Le sujet est de régler le problème congolais à la source, c'est-à-dire en s'attaquant aux causes profondes. Est-ce que les accords de Washington, finalement, n’assurent pas surtout les intérêts économiques américains, l’approvisionnement en minerais notamment, sans atteindre les conditions d’une paix effective sur le terrain entre vos deux pays, le Rwanda et la RDC ? Les accords de Washington pour la paix et la prospérité ont d'abord une composante sécuritaire. Mais ça ne marche pas apparemment sur le terrain… Ça ne marche pas puisque ça n'est pas mis en œuvre. Et donc, c'est pour ça que nous en avons appelé aux États-Unis et même à l'Union africaine, la médiation africaine, pour régler cette question sécuritaire, ce qui va ouvrir la voie à une mise en œuvre du volet économique. Vous y croyez toujours ? On y croit toujours bien sûr. S'il y a, dans la préservation des intérêts américains, une paix durable dans la région, nous sommes preneurs. En tout état de cause, la situation humanitaire dans l’est de la RDC est catastrophique : des centaines de milliers de personnes déplacées, une crise alimentaire, et les organisations humanitaires, à cause du conflit, parviennent difficilement à accéder aux populations. Puisque votre pays, le Rwanda, se « coordonne » avec l’AFC/M23, n’avez-vous pas un rôle à jouer pour faciliter cet accès humanitaire ? Oui, la Monusco a un dialogue direct avec l'AFC/M23 et nous, le Rwanda, nous avons été disponibles pour ouvrir nos frontières, pour faciliter l'accès humanitaire. Mais pour le faciliter dans l'est de la RDC ? Mais, la Monusco et même les organisations internationales ont un accès direct à l'AFC/M23. Donc les autorités de fait, qui contrôlent la région, sont en contact avec les organisations humanitaires, avec la Monusco. Et je pense que toute question d'accès humanitaire a une réponse entre les deux parties concernées. Vous participez actuellement au conseil des ministres des Affaires étrangères, en amont du sommet des chefs d'États de l'Union africaine. Sur ce dossier, quelle décision attendez-vous du sommet de l'Union africaine ? Le Rwanda va pouvoir faire état de son point de vue. Il n'y a pas de décision attendue dans ce sommet sur cette question. Il y a une médiation africaine, qui est toujours en cours. Il y a la médiation américaine, la médiation qatarienne qui sont aussi à l'œuvre. Cette année doit être utilisée à bon escient pour que les progrès dans les accords de paix de 2025 soient consolidés en 2026. À lire aussiPaul Kagame répond aux menaces de sanctions internationales contre le Rwanda

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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.

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