Reportage culture

Musique, beaux-arts, cinéma ou théâtre, découvrez l’art sans frontières, sans œillères. Savourez quelques notes de musique, laissez-vous guider dans un musée ou une galerie, soyez le spectateur privilégié d’un film ou d’une pièce de théâtre, laissez-vous séduire par un spectacle de rue grâce à la chronique culture de la rédaction de RFI.

  1. 6d ago

    Mannequineur, un métier méconnu mais essentiel à la mémoire du spectacle vivant

    Le Centre national du costume et de la scène, à Moulins, dans le département de l'Allier, célèbre cette année le 20e anniversaire de sa création. Depuis 2006, ce musée-réservoir stocke, conserve, et veille sur des milliers de costumes de scène passés à la retraite. Pour son exposition anniversaire intitulée « Tous en scène », il dévoile certains de ses trésors et met aussi en avant les métiers souvent méconnus de ses équipes. Parmi ces professions, celle de mannequineur. « Attention, il y a un petit escalier. Ce n'est pas grand chose, mais il est ancien. » Pour nous conduire dans son atelier du Centre national du costume et de la scène (CNCS), à Moulins, dans le centre de la France, Fabienne Sabarros-Helly nous guide avec expertise à travers un dédale de couloirs, de petits escaliers et d'arrière-salles. Au détour d'un virage, dans la pénombre, on sursaute à la vue d'une dizaine de mannequins debout face à un mur. La responsable du pôle mannequinage du CNCS sourit : « Ah oui, j'ai oublié de vous prévenir, j'ai tellement l'habitude... Alors, attention, j'ouvre la porte ! ».  L'inverse du travail de costumier Dans la vaste salle sans lumière du jour - conservation des costumes oblige - qui constitue la réserve à mannequins du CNCS, des dizaines de bustes de tous types s'amoncellent, rangés sur des étagères, alanguis sur des chariots, ou mis au coin. Combien exactement ? « Entre 800 et 900 », souffle Fabienne Sabarros-Helly.  Il faut dire que ces mannequins sont essentiels au fonctionnement du CNCS et représentent le travail quotidien d'un mannequineur. « Ce sont nos pinceaux, ou nos marteaux, si l'on veut : les mannequins, ce sont nous outils de travail ! » Un travail qui consiste à « faire l'inverse du métier de costumier », explique la maîtresse des lieux qui poursuit : « Les costumes de spectacle vivant sont faits sur mesure pour un artiste. Nous, à partir de ce costume, on va essayer de retrouver la silhouette et l'attitude de la personne. Le costume étant sur mesure, son support doit l'être aussi ». L'idée, ici, est à la fois de redonner vie à un vêtement exceptionnel, tout en le préservant.  « Il y a donc des règles de base à respecter, énumère Fabienne Sabarros-Helly. On utilise des matériaux doux, sans produits chimiques, qui n'accrochent pas. Et, bien évidemment, il faut respecter la taille du vêtement, pour ne pas tirer le tissu. On ne va pas mettre un mannequin bien en chair dans un costume aux petites dimensions. » Un métier aussi manuel que sensible  Chaque jour, plusieurs heures par jour, la volubile quinquagénaire s'installe dans cette réserve pour manipuler les mannequins et les costumes. « C'est manuel ! Il faut soulever les costumes, parfois très lourds, savoir manipuler les mannequins, ce qui n'est pas toujours évident. » Les tâches les plus classiques impliquent aussi de rembourrer des hanches ou, au contraire, d'affiner une ligne de taille, de découper du carton, de la ouate, de réaliser des moulages, bref, il faut mettre les mains à la pâte.  Mais le travail de mannequineur offre aussi des moments suspendus, comme ce jour que Fabienne Sabarros-Helly évoque avec tendresse. « Pour une exposition consacrée à Christian Lacroix, on travaillait sur un costume pas évident. Il n'était pas en très bon état, il était un peu spécial. On l'avait laissé dans un coin pour plus tard, un peu puni. Et puis un jour où on avait passé du temps dessus, on lui a mis ses bottes et là, il était avec nous, c'était magique ! Ce sont des moments joyeux ». Il faut dire que Fabienne Sabarros-Helly passe assez de temps avec ses mannequins pour développer une forme de lien personnel avec eux. « Il y a quelque chose de l'ordre de l'intimité, de l'intériorité. On travaille presque avec l'âme de l'artiste, quelque part ! ». Après près de 20 ans passés au CNCS, Fabienne Sabarros-Helly ne se lasse pas de ses fantômes, pour lesquels elle fait toujours des pieds et des mains. Quant à la charge de travail, elle ne diminue jamais : aujourd’hui en France, on ne compte qu’une quinzaine de mannequineurs répartis dans une poignée de musées.

  2. Aug 8

    «Cabaret», le spectacle berlinois sur la montée du nazisme, fête ses soixante ans

    Cabaret, la célèbre comédie musicale, fête cet automne ses 60 ans. Depuis plus de vingt ans, ce spectacle basé sur le livre de l'écrivain Christopher Isherwood se joue tous les étés à Berlin, là même où se déroule l'histoire, au début des années 1930 dans un Berlin hédoniste, mais où déjà les nazis gagnent du terrain. Un spectacle qui, près d'un siècle plus tard, conserve son actualité à l'heure où l'extrême droite bat des records en Allemagne. De notre correspondant à Berlin, « Willkommen, Bienvenue, Welcome » : c’est par un hymne à la capitale allemande que commence la célèbre comédie musicale Cabaret. Le KitKatClub symbolise le Berlin hédoniste des années 1920, une ville tolérante où l’émancipation est à l’affiche et où l’avant-garde culturelle fleurit. L’écrivain Christopher Isherwood, qui s’y installe en 1929, quitte sa prude Angleterre pour les « boys » dans une ville qui compte 170 lieux de rencontre homosexuels.   « Nous y sommes. Nollendorfstrasse 17, c’est là que se joue Cabaret, c’est là où Isherwood a habité », indique l’Irlandais Brendan Nash, qui propose depuis une quinzaine d’années une visite guidée consacrée à l’écrivain. « C’est fascinant et cette époque reste actuelle. Les Allemands ont l’impression que Weimar a été un échec et pensent à l’hyperinflation, à la crise économique et à la catastrophe qui suit avec les nazis. Mais ces 14 années sont aussi une période exceptionnelle », affirme celui qui a écrit lui-même trois livres sur la période. Une fascination que partage ce participant de la visite guidée : « C’est une période d’optimisme marquée par des idées progressistes, même si nous savons que ça s’est terminé par une tragédie. C’est fascinant pour moi. » Christopher Isherwood livre en 1939 dans son livre Adieu à Berlin un panorama de cette « danse sur un volcan » à la fin de la République de Weimar que symbolise la chanteuse de cabaret Sally Bowles. Une République à l’agonie marquée par une crise économique et sociale et la montée du nazisme. Depuis plus de vingt ans, Cabaret est joué chaque été à Berlin sous un chapiteau en face de la chancellerie. « Le spectacle se déroule à Berlin durant une des périodes les plus marquantes de notre histoire. Les touristes veulent voir les traces du mur mais aussi en savoir plus sur le Troisième Reich et viennent voir Cabaret, une pièce intimement liée à Berlin et à l’Histoire allemande », explique Eric Schmidt-Mohan, qui dirige le Tipi am Kanzleramt. À écouter dans La marche du mondeHitler et les nazis : comment la haine est arrivée au pouvoir ? « Cabaret est plus actuel que jamais » « La vie est un cabaret » : Sally Bowles préfère rester faire carrière à Berlin. Peu importe que les nazis soient au pouvoir. L’écrivain Clifford Bradshaw quitte le pays comme le fera l’auteur d'Adieu à Berlin. La logeuse Mademoiselle Schneider renonce à se marier à son locataire juif Herr Schultz. Le nazi Ernst Ludwig lui a fait comprendre que ça n’était pas une bonne idée. « Qu’est-ce que j’aurais fait ? Est-ce que j’aurais été courageux ? A posteriori, on peut se demander si cela aurait été une bonne idée de résister. Nous voulons poser ces questions au public », questionne Thimo Pommerening, responsable de la production au Tipi. Des questions qui restent actuelles alors que l’extrême droite atteint des sommets en Allemagne. « Cabaret est plus actuel que jamais. C’est un manuel d’histoire. Nous jouerons ce spectacle tant qu’il n’aura pas perdu sa pertinence », affirme Eric Schmidt-Mohan. Le Tipi propose également des représentations pour les scolaires à qui du matériel pédagogique est envoyé en amont. La prochaine aura lieu le 7 septembre, le lendemain de l’élection régionale en Saxe-Anhalt où le parti d’extrême droite AfD pourrait arriver au pouvoir.  À lire aussiAllemagne: la 150e édition du festival de Bayreuth revient sur le passé antisémite de Richard Wagner

  3. Aug 8

    Pour ses 20 ans, le Centre National du Costume et de la Scène ouvre ses coulisses

    C'est une institution unique en Europe, et même au monde : en France, le Centre National du Costume et de la Scène souffle ses 20 bougies cette année. Depuis 2006, ce "musée-réservoir" situé à Moulins, dans le centre du pays, conserve et met en valeur des milliers de costumes tirés du spectacle vivant. Pour son exposition-anniversaire "Tous en Scène", le CNCS ouvre les portes sur une partie de ses trésors... et sur ses coulisses ! Une robe de plusieurs mètres de haut ; un imperméable en vinyle rouge avec un col en forme de rose géante ; des robes d'époque aux multiples soieries et broderies ; des jupes en froufrou, des masques d'animaux, des tenues en plumes... pour ses vingt ans, le Centre National du Costume et de la Scène (CNCS), à Moulins, a sorti le grand jeu, dans une scénographie extravagante et surtout ludique.    120 silhouettes exposées, 10.000 en stock Créé en 2006 à l'initiative de l'Opéra de Paris, de la Comédie-Française et de la Bibliothèque nationale de France, le CNCS a des costumes plein ses armoires. "On a environ 10.000 costumes en réserve, énonce Delphine Pinasa, la directrice, mais pour les costumes, comme il s'agit plutôt de silhouettes, on parle plutôt d'éléments. Et alors là, on a plutôt 23.000, 24.000 éléments." Et de souffler : "Sachant qu'on n'a pas fini tous les inventaires !"  Toutes ces pièces sont issues de dépôts faits par les trois institutions fondatrices, mais aussi de dons privés, de legs, voire d'achats faits par le CNCS lors de ventes aux enchères par exemple. "Notre fonds s'élargit régulièrement, confirme Delphine Pinasa, même si chaque acquisition est soumise à un processus de validation."   Difficile donc de faire un choix, et pourtant, il a bien fallu : une infime partie des réserves du centre, 120 silhouettes, sont sorties de leur placard pour l'exposition "rétro-festive" Tous en Scène ! Cette sélection répond à des impératifs de place, bien sûr, mais aussi de conservation. "On ne peut pas exposer les costumes en permanence, car cela les abimerait,"  explique la maîtresse des lieux. D'où la nécessité d'un roulement permanent, "même si le public, parfois, aime bien retrouver des costumes qu'il connaît déjà," sourit Delphine Pinasa.    Deux pièces maîtresses  Si le choix, "bien que mûrement réfléchi, n'a pas toujours été facile," de l'aveu même de Delphine Pinasa, plusieurs pièces se sont tout de même imposées pour cette exposition anniversaire. Parmi elles, une robe portée par la légendaire actrice Sarah Bernhardt dans Ruy Blas, en 1872. Le vêtement, fait de lampas et de satin de soie crème, orné de perles, de broderies et de paillettes, est une merveille de détails. "C'est un costume exceptionnel, vraiment unique dans nos collections," confirme la directrice du musée. Mais, à 150 ans, cette robe porte les traces de l'âge : tissu fragilisé, crevés usés jusqu'à la trame... le musée a donc fait le choix de la présenter à plat, pour ne pas l'abîmer plus, et de la montrer aux visiteurs grâce à un jeu de miroirs. "Juste à côté de Sarah Bernhardt, autre interprète légendaire, Maria Callas," nous guide Delphine Pinasa. Là encore, c'est une robe, portée par la cantatrice en 1964 dans Norma. Désormais privé de son corps, le costume de mousseline aux tons roses et orangés semble pourtant plus vivant que jamais, grâce au travail de mannequinage réalisé.    Les métiers du costume mis à l'honneur Car, pointe Delphine Pinasa, "l'idée centrale, c'était tout de même de parler des 20 ans du musée, et donc des métiers qui lui sont liés." Parmi ces professions méconnues donc, celle de mannequineur. "Pour résumer, on fait l'inverse du travail du costumier," s'amuse Fabienne Sabarros-Helly, la responsable du pôle mannequinage au CNCS. "Au lieu de partir d'un corps pour créer un costume, on part d'un costume pour essayer de lui redonner le corps qui l'a porté."  D'un geste, cette énergique quinquagénaire nous montre "le corps de Maria Callas," protégé par un emballage plastique. C'est sur une reproduction de ce moulage que repose, trois étages plus bas, la fameuse robe de Norma. "Ce costume, il n'est pas évident, indique Fabienne Sabarros-Helly. Il y a beaucoup de drapés assez particuliers à appréhender, cela prend déjà du temps de rentrer dans la matière." Ensuite, il a fallu recréer le corps de Maria Callas : prendre les mesures du costume, bien sûr, mais pas seulement. "Il y a aussi tout un travail d'iconographie, essayer de voir à quoi ressemblait la personne, à quoi ressemblaient les corps de l'époque." Dans les années 1960 par exemple, les femmes avaient la taille menue, soulignée, "presque triangulaire," précise, en experte, cette artisane, "mais avec un rebondi au niveau des hanches." A partir d'un mannequin "tout à fait basique," il a donc fallu retravailler la poitrine, les hanches... Bilan des courses : deux semaines de travail pour cette seule tenue.  Mais l'exposition raconte aussi, dans différentes vitrines, tous les autres métiers qui se croisent au CNCS : les costumiers bien sûr ; les plumassiers, spécialistes des plumes ; les conservateurs et conservatrices, qui assurent les meilleures conditions pour éviter la dégradation de costumes parfois en mauvais état ; et enfin, les scénographes, dont le travail consiste à donner vie aux expositions. Bref, toute une armée d'abeilles ouvrières qui, elles aussi, pour les 20 ans du CNCS, entrent en scène !

  4. Aug 3

    À Porquerolles, la Fondation Carmignac se prend un été pop

    Des poissons électriques, guitare en bandoulière, montent la garde sous les pins de l’ile de Porquerolles à Hyères dans le Var. Grandeur nature, plantés là par l'artiste kényane Cosima Von Bonin, ils accueillent le visiteur jusqu'à la Villa Carmignac, sorte de comité d'accueil rock'n'roll pour une exposition qui n'a pas franchement l'intention de rester sage. Derrière ces sculptures déjantées, Kévin Le Squer, responsable des expositions, décode : « Cosima Von Bonin détourne l'imagerie publicitaire des poissonneries pour mieux interroger, sous ses airs potaches, notre rapport aux océans ». Le ton est donné. Pas de protocole guindé pour « Sea, Pop & Sun ». À l'entrée de la fondation Carmignac, on retire ses chaussures, on empoche un verre, et on file visiter l'art comme on traînerait chez des amis un dimanche d'été. Charles Carmignac, le directeur des lieux, assume la filiation : « Mon père Édouard Carmignac a fréquenté la Factory de Warhol dans le New York des années 1960-1970. Cette exposition tente de restituer, plus qu'une époque, une sensation,  celle d'une liberté qu'on pouvait presque toucher ». Un Summer of Love version Méditerranée Le pop art, ce n'est pas que des produits de consommation de masse et des pin-up. C'est aussi une lumière, une énergie, un souffle contestataire. La fondation a choisi ce versant-là, celui du Summer of Love américain, mais aussi celui de mai 1968, version française sur une île où le soleil tape et où la mer n'est jamais loin, l'équation coule de source : riviera, vacances, insouciance affichée. À l'intérieur de chaque salle, les tubes prennent le relais d'Otis Redding aux Beach Boys. « Surfing in the USA » ouvre sur un espace saturé de couleurs avec un surfeur hyperréaliste de Duane Hanson, une langouste géante de Jeff Koons ou encore les plages kitsch de Martin Parr. L'imagerie populaire dans toute sa splendeur car l'idée n'est pas de faire circuler le visiteur en silence devant des cimaises, mais de lui donner, par moments, l'envie de bouger. Sur les quatre-vingts œuvres réunies, beaucoup sortent rarement des réserves. Roy Lichtenstein propose un lever de soleil version vitrail. Warhol, lui, surprend : pas de boites de conserve ni de  Marilyn Monroe  ici, mais des couchers de soleil sérigraphiés, quatre pièces extraites d'une série de six cent trente-deux, conçue à l'origine pour un hôtel. Une demi-sphère, des nuances brumeuses, jamais deux fois les mêmes, chaque combinaison de couleurs devait, selon l'artiste, produire une émotion différente chez qui la regardait. Respect, et corps noirs libérés Changement de registre dans une salle rythmée par « Respect » d'Aretha Franklin ou des artistes femmes y reprennent la main sur la représentation du corps noir féminin. Des figures voluptueuses, alanguies, oisives, rêveuses plutôt que la femme qui travaille et souffre, motif rarissime dans l'histoire de l'art occidental. Montrer ces peintures la fondation Carmignac, n'a rien d'anodin, c'est un geste politique autant qu'esthétique. Tout du long de l'exposition, le pop art made in USA discute avec les avant-gardes européennes. Et au milieu de ce joyeux bazar coloré trône le château de sable géant de Théo Mercier, monument éphémère qui rappelle la fragilité écologique de nos décors de carte postale. Kévin Le Squer résume : « c'est une exposition solaire, dansante, pop jusqu'au bout des ongles mais qui, sous ses couleurs franches, laisse filtrer quelques murmures plus sombres sur la liberté et la fragilité de notre monde ».

  5. Aug 3

    Gianni Versace donne le vertige de la mode au musée Maillol, à Paris

    Près de 30 ans après sa mort, le couturier Gianni Versace est honoré à Paris. Jusqu'au 6 septembre 2026, le musée Maillol abrite une rétrospective consacrée au créateur de la maison Versace – la toute première, en France, depuis 1986 ! L’occasion de redécouvrir le travail de l’enfant terrible de la mode italienne, dont les créations, oscillant toujours entre génie et mauvais goût, ne laissent jamais indifférent. Allergiques au maximalisme, entrez à vos risques et périls ! Dès l'entrée de l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » au musée Maillol, les créations exubérantes du couturier, disparu en 1997, s'imposent. Couleurs vives, motifs kitsch, sequins, drapés, soieries, broderies, le tout concentré parfois sur la même silhouette : à l'heure du « less is more », les vêtements dessinés par Gianni Versace rappellent que, parfois, « more is more », tout simplement. 450 pièces réunies au même endroit  Pour mettre en valeur les 450 pièces - vêtements, chaussures, bijoux, accessoires de décoration - réunies par les commissaires auprès de différents collectionneurs, le musée Maillol s'est transformé en véritable catwalk. Le visiteur circule donc d'espace en espace, comme au centre d'un gigantesque défilé de mode. Un dispositif ambitieux et extravagant, conforme, d'une certaine manière, aux goûts de Gianni Versace. « Avec lui, tout devait toujours être fait à 100 %, voire à 1000 % ! » se souvient Doris Brugger. L'ancienne attachée de presse et amie du créateur a prêté une vingtaine de pièces de sa collection pour les besoins de l'exposition. Dans cette profusion de silhouettes - une infime partie des 6 à 8.000 tenues conçues par Gianni Versace -, difficile de choisir. Pourtant, certaines restent emblématiques : « la collection Barocco est l'une des plus importantes exposées ici, estime Doris Brugger. Il y a aussi toutes les pièces avec les épingles à nourrice, la veste en cuir avec les croix et les étoiles brodées dessus... et, bien sûr, la robe avec le visage de Marilyn Monroe ! »  Parmi les espaces à ne pas manquer également : la collection de chemises en soie à motifs extravagants. Gianni Versace en a dessiné plusieurs centaines au cours de sa carrière, reconnaissables entre toutes. « Porter une telle chemise, c'était s'affirmer en tant que "Versacista", s'amuse Karl von der Ahé, l'un des deux commissaires de l'exposition. Cette pièce pouvait être un véritable ticket d'entrée dans l'univers de Gianni Versace.»  À lire aussiGianni Versace au Musée Maillol: immersion dans l’univers glamour et audacieux du maître du «Made in Italy» Un créateur visionnaire  Tape-à-l'oeil et tapageur, le couturier n'en était pas moins un visionnaire. Parmi ses faits d'armes : la création d'un tissu métallique - l'Oroton - donnant l'illusion d'un vêtement coulé dans du métal liquide ; l'introduction du sexe dans la haute couture, avec sa collection « bondage » ; ou l'utilisation de l'épingle à nourrice comme accessoire de mode, devenue un véritable emblème de la marque. Surtout, Gianni Versace fut l'un des premiers à promouvoir le « Made In Italy » « à une époque où, pour la mode, tout se passait à Paris », souligne Karl von der Ahé. « Toutes les matières premières qu'il utilisait étaient italiennes : la laine, le cuir, les bijoux... tout !, poursuit le commissaire, qui consacre sa vie à Gianni Versace depuis dix ans, Il était en mesure de s'approvisionner à Milan, dans le nord de l'Italie, et donc de s'assurer de la qualité de ce qu'il proposait. Cela a fait partie des points forts de sa mode, et c'était important pour lui. » Force est de constater que, malgré leurs 40 ans, certaines pièces exposées n'ont pas pris une ride ni perdu de leur éclat.  La mode-spectacle  Visionnaire, Gianni Versace l'a été aussi lorsqu'il a compris l'importance de l'image et du divertissement. L'exposition raconte ainsi les premières collections où le couturier a fait défiler les mannequins les plus célèbres de l'époque - Linda Evangelista, Claudia Schiffer, Naomi Campbell... et le virage pris par Gianni Versace lorsqu'il est devenu le visage de sa propre marque. « Gianni ne s'entourait que des meilleurs photographes, et était régulièrement pris en photo pour des séries de portraits, raconte Saskia Lubnow, elle aussi commissaire de l'exposition. Cela lui permettait de maîtriser son image et le récit autour de sa marque. »  Et Karl von der Ahé d'abonder : « Gianni Versace a fait de la mode un spectacle, et en faisant cela, il a modernisé la haute couture. Sa tragédie, c'est qu'avec cette stratégie de marketing agressif, il a scié la branche sur laquelle il était assis. Lorsqu'on se concentre sur la célébrité, sur les visages, alors on ne parle plus de mode ». Près de 30 ans après l'assassinat du couturier devant sa maison de Floride, difficile de lui donner tort : Gianni Versace disparu, la marque est progressivement tombée en désuétude. Reste l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » pour offrir un dernier tour de piste à des silhouettes toujours aussi extraordinaires.  « Gianni Versace : Rétrospective », au musée Maillol à Paris, du 6 juin au 6 septembre 2026.

  6. Jul 31

    «Toulouse-Lautrec, créateur d'icônes»: les nuits de Montmartre à Aix-en-Provence

    Des nuits de Montmartre aux lumières du Moulin Rouge, des cafés-concerts aux maisons closes, Henri de Toulouse-Lautrec a été le grand chroniqueur du Paris de la Belle Époque, au tournant du 20ᵉ siècle. Plus de 100 ans après sa mort, le Caumont-Centre d'art d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France, propose un regard inédit sur son univers. À travers une centaine d'œuvres et une scénographie immersive aux airs de cabaret, l'exposition révèle comment ce peintre et affichiste visionnaire a su transformer les figures de la nuit en icônes intemporelles.  Henri de Toulouse-Lautrec a saisi comme nul autre l'effervescence de la vie nocturne parisienne à l'heure de la Belle Époque et de ses quelque 600 cabarets. Armé d'un crayon, cet aristocrate de petite taille aux jambes fragiles passe ses nuits à observer le monde du spectacle. À travers un geste, une silhouette, un accessoire, il parvient à révéler l'identité de ses modèles, comme l'explique Sophie Guérinet, responsable de la médiation culturelle de l'exposition : « Par exemple pour La Goulue, c'est le chignon. Pour Yvette Guilbert, ça va être les gants noirs. Jane Avril, elle, a un joli déhanchement et un chapeau incroyable. Donc il va styliser pour aller directement à l'essentiel ».  À une époque où les affiches publicitaires envahissent les rues, Toulouse-Lautrec comprend la force d'une image simple. Quelques traits lui suffisent pour immortaliser Aristide Bruant, le chansonnier au chapeau noir et à l'écharpe rouge. « Même dans les couleurs, c'est assez épuré. Pour la grande affiche majeure du Moulin Rouge réalisée en 1891, il utilise uniquement trois couleurs : le rouge, le jaune et le noir. Et contrairement à d'autres affichistes qui vont représenter des Parisiennes plutôt idéalisées, lui va tout de suite mettre en avant des personnages que l'on retrouvait au sein de ces différents cabarets », poursuit Sophie Guérinet.  Toulouse-Lautrec, dans l'intimité de ses modèles  Mais au-delà des vedettes du Moulin Rouge, ce sont les êtres humains qui fascinent Toulouse-Lautrec, comme l'analyse la responsable de la médiation culturelle de l'exposition : « Ce qu'il aime avant tout, c'est vraiment représenter les portraits, la figure. Il va même s'installer au sein de ces maisons closes ; il y aura sa chambre. Il va rentrer un peu dans l'intimité de ces jeunes femmes et il va les représenter sans jugement avec beaucoup de bienveillance. Donc, on les voit en train de faire leur toilette, de se coiffer les cheveux, en train de faire leurs ongles ». Ce regard profondément humain se pose aussi sur de parfaites inconnues croisées loin des lumières et de l'exubérance des cabarets, à l'exemple de Carmen Gaudin, « une jeune fille qu'il va rencontrer dans la rue, qui est une blanchisseuse, une jeune ouvrière. Elle sera son modèle pendant de nombreuses années. Il fera à la fois des peintures à l'huile, de grands tableaux et des peintures sur carton », selon Sophie Guinet.  Parmi les 5 000 œuvres réalisées au cours de sa courte vie - 36 ans - seules 31 sont des affiches. Il n'en fallait pas davantage à Toulouse-Lautrec pour capturer l'esprit de toute une époque et rendre ses personnages immortels.   À lire aussiDes affiches illustrées aux spots TV: comment les artistes se sont-ils emparés de la pub?

  7. Jul 25

    Au Caire, l'atelier de création de l'Orchestre des jeunes de la Méditerranée

    Si vous étiez au festival d'Aix-en-Provence cette semaine, vous avez sûrement entendu jouer l'Orchestre des Jeunes de la Méditerranée qui rassemble de jeunes artistes de tout le bassin méditerranéen. Un des morceaux joués était une composition originale d'un groupe de cinq musiciens. C'est au milieu de la palmeraie, face aux pyramides de Dahchour, que les musiciens-compositeurs du quintet se sont rassemblés cette année pour trouver l'inspiration. Leur mentor, le saxophoniste et compositeur Fabrizio Cassol, nous explique le concept : « Le principe est celui de l'oralité, c'est-à-dire de composer à la base sans partitions et de se retrouver avec un orchestre symphonique où la tradition de l'orchestre symphonique, c'est pas du tout ça. C'est justement de travailler avec un chef d'orchestre, des partitions. On est dans une relation de lecture par rapport à la musique. » Deux chanteurs, une pianiste, un tromboniste, un oudiste : aucun ne se connaissait avant et tous viennent d'horizons différents, de Tunisie, de Grèce, de France et d'Égypte. Un véritable défi, comme le raconte la chanteuse égyptienne Amina el Abd : « J'ai fait beaucoup de compositions dans le cadre de mes études, mais j'étais le plus souvent seule, jamais en groupe, donc ce projet est spécial. C'était un véritable casse-tête. J'ai beaucoup apprécié l'expérience, mais c'était un défi. » Un melting-pot qui a engendré de longues discussions et débats. Un partage d'expériences que le tromboniste français Jules Regard, 20 ans à peine, trouve particulièrement fructueux : « Forcément, on n'a pas les mêmes manières d'aborder la musique, parce que certains d'entre nous ont un "background" théorique de conservatoire. Certains moins, qui ont moins la théorie mais qui sont plus dans l'intuition, l'instinct. L'intuition est aussi bonne que la théorie. Les deux mélangés donnent quelque chose de nouveau et de sincère. » La première version de l'œuvre créée à l'issue de cette semaine de résidence artistique avait ensuite vocation, de retour en France, à être adaptée pour un orchestre symphonique, toujours selon le principe de l'oralité. À lire aussiWaed Bouhassoun et le Festival d'Aix, musiques traditionnelles pour voyage en Méditerranée

  8. Jul 24

    Avignon: «Relatum», exposition de Lee Ufan au Palais des Papes

    Le Festival d'Avignon se termine ce samedi 25 juillet, et aura mis en avant la langue coréenne à travers le théâtre. Dans cette veine, la ville d'Avignon accueille au Palais des Papes le grand artiste contemporain coréen Lee Ufan qui vient de fêter ses 90 ans. Mais qu'à cela ne tienne, il fait visiter avec entrain son exposition. Au cœur de l’exposition, une œuvre monumentale, Primitive Room, prend place dans la chapelle du Palais des Papes. Elle a nécessité plus de 60 tonnes d'ardoise que l'artiste a déployées sur 650 m². Une œuvre brute et pleine d'énergie conçue en lien avec le lieu qui la reçoit. Lee Ufan : « Cette installation a déjà été réalisée dans d’autres lieux de culte et des musées. Ici, c’est un lieu religieux, très ancien, où des quantités de personnes sont passées. À travers cette œuvre, je souhaite apaiser leur âme et leur rendre hommage également. Par ailleurs, cette pièce est une salle tout en pierre. Je voulais accentuer ce fait en y mettant une œuvre en pierre également. Je voulais créer un espace qui rappelle l’origine de l’humanité tout en mettant l’accent sur la force de la nature. » Une invitation à ralentir et contempler Le titre de l'exposition Relatum signifie union, mise en relation. Alain Lombard, président du musée consacré à Lee Ufan à Arles : « Ce n’est pas seulement un artiste plasticien, c’est aussi un philosophe, un poète. On sent, dans chacune de ses paroles, une profonde réflexion sur la vie en général, le rapport avec le cosmos. Ce qui fait qu’on apprend avec lui beaucoup à prendre le temps de regarder les œuvres, à prendre le temps de penser à beaucoup de choses, que la vie souvent, à un rythme effréné que nous menons, ne nous conduit pas à prendre en compte. » En plus de cette œuvre majeure, Lee Ufan a conçu d'autres installations toutes en lien avec la nature ainsi que le travail de l'homme. La pierre et des éléments industriels peuvent ainsi entrer en relation. Des peintures terminent l'exposition. Les sculptures et les peintures ayant en commun des motifs épurés géométriques en dialogue avec l'histoire du Palais des Papes : « Ici, au Palais des Papes, beaucoup de touristes viennent visiter ce lieu historique. Je souhaite qu’en sortant de mon exposition, ils ressentent le passage du temps, le passé, mais aussi l’avenir. Si, en sortant d’ici, ils arrivent à regarder vers le futur, j’en serai heureux. » Une exposition qui invite à la méditation. Un temps suspendu dans un monde chaotique.

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