L'Afrique en marche

L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un focus sur l'Afrique qui marche et qui donne envie d’aller plus loin !   Diffusion : dimanche à  5h47, 7h47 et 12h50 TU.

  1. 6d ago

    Protection de la biodiversité au Tchad: la bataille de l'activiste Hindou Oumarou Ibrahim

    À l'occasion de la COP 17 sur la biodiversité, qui se tient jusqu’au 30 octobre à Erevan, gros plan sur la Tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim. Elle représente l’Afpat, l’association des femmes peules et peuples autochtones du Tchad, et, par son action de sensibilisation sur le terrain et d’adaptation au changement climatique, elle est devenue une figure de cette lutte contre le dérèglement climatique. « Il y a une expression en arabe tchadien qui dit que "Dieu a créé tout le monde, a créé tous les insectes, les mouches, avant de créer le peul". J'ai grandi avec cela, confie Hindou Oumarou Ibrahim. Parce que vous ne valez rien du tout. Mais quand on est enfant, on essaie de montrer qu'on a un cerveau comme les autres et peut-être plus que les autres. Et puis on doit se battre ». Se battre dès l'enfance contre l'injustice, c'est pour cela que dès ses douze ans, Hindou Oumarou Ibrahim a créé sa première association, l'Association des femmes peules autochtones du Tchad (l'Afpat). 30 ans plus tard, elle est devenue une voix forte des communautés autochtones en Afrique et à travers le monde, celles qui sont au premier rang et premières victimes des effets du dérèglement climatique. Avec l'Afpat, elle a mis en place un système de cartographie qui permet aux populations nomades, aux éleveurs et aux agriculteurs de s'adapter au changement climatique pour vivre en harmonie et non pas en conflit. « Une des solutions, c'est de cartographier les terres et les ressources naturelles de manière participative, explique Hindou Oumarou Ibrahim. Et là, ça permet aux communautés de mettre tout leur savoir pendant différentes saisons et de diviser les terres qui sont les terres agricoles, les terres pastorales et de savoir combien d’espèces on a, de faune, de flore. Et ça permet de faire un bilan très simple de ce qu'on a perdu et comment on va le restaurer. Et l'idée aussi, c'est de mettre tout le monde, les hommes, les femmes, les cultivateurs, les éleveurs, les pêcheurs ensemble pour discuter de leurs ressources et accepter un partage de manière équitable, pour permettre à l'écosystème de se régénérer ». D'un caractère bien trempé, Hindou n'hésite pas à interpeller les dirigeants qui parfois se payent de mots dans les grandes conférences internationales sur le climat. Ainsi, au Forum sur les forêts à Libreville en 2023, ce furent Ali Bongo et Emmanuel Macron qui furent apostrophés par la Peule de l'ethnie M’Bororo. « Je suis bien en colère contre tous. Ils disent qu'ils comprennent. Nous, on ne veut pas qu'ils comprennent, on veut qu'ils agissent. Quand on était à Libreville, c'était les chefs d'État qui venaient de pays développés, ou en développement, qui essayaient de donner des leçons et qui essayaient de dire : "On est là, on va vous soutenir". Ils disaient qu'ils comprenaient la souffrance des communautés qui n'ont pas créé les impacts climatiques, mais après plusieurs années, on n'a pas vu la couleur de cet argent, dénonce la militante. Or, s'ils étaient juste honnêtes avec eux-mêmes, ils pourraient donner cet argent utilisé pour faire ces conférences aux communautés sur le terrain. Et deux ans plus tard, ils pourraient bien venir voir combien de vies ils ont changées et ils pourraient être fiers de ce qu'ils ont fait, pas de faire que des rapports. C'est ça l'injustice climatique ! » À lire aussiAu Tchad, les agricultrices de Pala changent leurs habitudes pour s'adapter au réchauffement climatique [1/2] Un engagement reconnu à l'international Pour rendre justice au travail de l'Afpat, Hindou Oumarou Ibrahim s'est vu remettre plusieurs prix internationaux, le dernier en date étant celui de la Fondation Prince Albert II de Monaco. « Elle fait un travail remarquable en matière de plaidoyer pour les communautés autochtones. Il y a un vrai impact dans son travail et c'est pour cette raison qu'on a voulu la récompenser, souligne Romain Ciarlet, vice-président de la Fondation. La Fondation a historiquement travaillé sur les questions de protection de l'environnement en lien avec les communautés autochtones. Donc, pour nous, c'était un choix assez évident. C'est un prix qui est doté. C'est 45 000 € qui seront reversés à son association et qui pourront être utilisés pour renforcer des projets qu'elle mène via cette association ». Des projets menés sur le terrain, notamment par Didja Tchari Djibrillah, responsable genre et droits des femmes au sein de l'Association des femmes peules et peuples autochtones du Tchad. « Nous avons constaté que les femmes participent beaucoup plus aux activités que les hommes, pointe-t-elle. Les hommes, eux, ils peuvent juste se déplacer pour chercher des pâturages et autres. Mais les femmes, elles, maîtrisent là où elles doivent trouver de l'eau, là où elles doivent trouver des légumes pour venir préparer et là où elles doivent trouver aussi des plantes médicinales pour assurer la santé de la communauté. Donc, c'est pourquoi nous avons dit que c'est vraiment important de prendre l'aspect genre dans cela. » Des résultats sur le terrain en matière d'environnement et de biodiversité que Hindou Oumarou Ibrahim exposera à Erevan dans les prochains jours, avant la clôture de la COP 17. À lire aussiCOP-17 Biodiversité entame sa deuxième semaine toujours dans l'impasse sur les financements

  2. Oct 21

    Avec son usine et son académie, Maraz marche plus loin vers le luxe sénégalais

    « L’Afrique en marche » du jour marche avec des sandales de cuir confectionnées à Dakar. « Maraz », une marque de luxe créée en 2018, fait son bonhomme de chemin au Sénégal mais aussi au Kenya et en Côte d’Ivoire où elle est commercialisée. Et depuis quelques mois dans la capitale sénégalaise, elle a inauguré sa première usine pour répondre à une demande croissante. « Je suis un artisan. J'ai appris ce métier depuis longtemps, mais finalement, on m'a mis en contact avec la M Academy. J'ai eu des formations là-bas » À 42 ans, Jean-Marie Baraille, bottier sénégalais, s'est perfectionné dans l'art de couper et d'assembler des pièces de cuir en retournant à l'école. À la M Academy, un centre de formation créé par la marque d'accessoires et de chaussures haut de gamme Maraz. « C'est là-bas que j'ai eu mon diplôme. En tant que bottier, on m'a beaucoup appris sur le montage des chaussures, sur le modélisme, sur l'utilisation des machines aussi. On nous a formés sur ça aussi. Les machines qui font le galva ( galvanisation ndlr), des trucs comme ça. Avec l’académie, j'ai vu une très grande évolution. C'est le savoir-faire aussi que j'ai appris là-bas ». La fabrication, le façonnage, mais aussi le marketing ou le stylisme… Ils sont plusieurs centaines à avoir bénéficié de ce programme de perfectionnement au Sénégal, et ce grâce à un passionné qui n'avait pourtant à l'origine pas grand-chose à voir avec les métiers de la mode et du cuir. « Non non, pas du tout ! De base, je suis comptable et project manager », ironise Moustapha Sy Ndiaye créateur de la marque Maraz. « J'ai été attiré par ce secteur, par passion pour le cuir. Nous faisons des chaussures, nous faisons de la bagagerie. Nous faisons des accessoires de bureau. Le produit qui a vraiment lancé la marque, c'est la Padam, qui est une paire mythique d'Afrique que les nomades portaient. Au début, c'était un pneu et une chambre à air. Par la suite on a utilisé le cuir artisanal et nous avons voulu revisiter cette paire, lui donner ses lettres de noblesse, travailler sur le confort, travailler sur les couleurs, sur la forme. Et aujourd'hui, cette paire est devenue tendance au Sénégal, connue et reconnue un peu partout et qui fait un peu la fierté de la marque Maraz. » Donner ses lettres de noblesse au travail du cuir  Mais ce qui rend Moustapha encore plus fier, c'est d'avoir permis, avec sa M Academy, la formation de plusieurs centaines d'apprentis dans le secteur de la mode. Un centre de formation développé avec la coopération allemande à Dakar. Oumou Diop est l'une des représentantes du programme « Invest for Jobs » au sein de la GIZ. « Nous, dans notre approche de programme, l'idée c'était de collaborer avec des entreprises sénégalaises fortes. On les appelle même des champions. On a identifié Maraz comme un acteur qui peut vraiment changer la donne dans cette filière. Des entreprises comme Maraz ont pu faire ce type de recherche développement jusqu'à avoir cette possibilité de se positionner dans un niveau haut de gamme, en respectant à la fois les normes internationales, mais également en promouvant des produits de qualité avec une certaine structure. Et c'est comme ça qu'on est entré en collaboration pour mettre en place ce qui est devenu aujourd'hui la M Academy. C'est-à-dire la Maraz Academy qui forme des professionnels, des artisans aux techniques de production normées et modernes ». On les appelle des champions  Et de la main-d'œuvre qualifiée et performante, il en faudra puisque Maraz a installé depuis cet été une manufacture au cœur du quartier Mermoz de Dakar pour alimenter avec constance ces points de vente au Sénégal, mais aussi en Côte d'Ivoire, au Rwanda et sur son site en ligne. « Il faut répondre à la demande », explique Moustapha Sy Ndiaye. « On était largement en deçà et c'est pourquoi nous avons lancé notre propre chaîne de production, qui a une capacité de 150 paires par jour. Aujourd'hui, au-delà des Padam, des sandales, nous faisons des souliers patinés à la main, nous faisons des sneakers et également d'autres types de chaussures pour dames, pour le marché local et international ». Aujourd'hui, Maraz compte près de cinquante employés et une trentaine de prestataires. Ses futurs projets ? S'implanter dans une dizaine d'autres pays du continent et aussi ouvrir à Paris une boutique. Histoire de prouver que la mode sénégalaise n'a rien à envier au savoir-faire parisien.

  3. Oct 18

    Colorfol, musique à la carte au Cameroun pour musiciens en développement

    Comment faire face aux mastodontes de la musique et des contenus que sont Spotify, Deezer ou YouTube et promouvoir la musique de son pays et des jeunes artistes qui méritent d'être entendus ? C'est le défi que s'est fixé, depuis bientôt six ans, la plateforme camerounaise Colorfol. Un petit Poucet musical qui veut devenir grand. Créée en 2019, la plateforme d'écoute Colorfol permet aux fans de bikutsi, de makossa ou de rap camerounais de retrouver leurs musiciens préférés, et aussi et surtout de découvrir des artistes en plein développement de carrière. À Douala, Ronny Kitio, ingénieur informatique, a eu l'idée de créer cette plateforme pour rendre service au début à une amie chanteuse en mal de visibilité. Depuis, la petite idée a bien grandi, comme nous l'explique le cofondateur de Colorfol : « Aujourd'hui, c'est 200 000 utilisateurs, dont 50 000 utilisateurs actifs par mois, avec près de 10 millions de titres diffusés et plus de 15 000 artistes de façon globale. » Colofol s'adresse aux artistes indépendants et aux labels indépendants. Si je suis artiste indépendant, je peux m'inscrire par un formulaire d'inscription. L'app peut « uploader » la musique, mettre son prix, la date de sortie et directement avoir les statistiques d'écoute de sa musique : « C'est vraiment ouvert à tous les artistes indépendants qui veulent monétiser leur musique via leur communauté. Colorfol se rémunère par commission. Chaque transaction ou chaque achat, c'est entre 20% et 30% que l'on perçoit. Cela veut dire qu'on reverse 80% aux artistes. » « Une meilleure exposition » pour « toucher directement le premier public » Un système de rémunération en fonction de l'écoute d'un titre ou bien d'un album qui plaît au Cameroun et qui permet aux musiciens de se rémunérer et de financer leurs projets. Jocelyn Nkembe, manager du groupe de rap camerounais Trois officiel, explique : « Il y a aussi ce côté identitaire de plate-forme camerounaise. Cela fonctionne beaucoup. Ça permet aussi de soutenir le "local". On essaye d'industrialiser tout cela dans un environnement où il n'y a pas réellement d'industrie musicale établie. Parce qu'il a pas vraiment de droits d'auteur qui soient bien gérés ici. Donc, c'est très important d'avoir une plateforme comme Colorfol qui permet à l'artiste de générer directement des revenus et de pouvoir grâce à ses revenus continuer sa carrière et vivre de sa musique. » Outre l'écoute d'artistes, la plateforme permet de mettre en place des billetteries électroniques pour les concerts ou du merchandising d'accessoires dédiés aux musiciens. Pour Luc Mayitoukou, de l'agence culturelle Zhu Culture, expert en management artistique, ces plateformes qui se développent aussi en Ouganda, en Afrique du Sud ou bien au Sénégal sont précieuses afin d'épauler le développement d'artistes successifs négligés par les mastodontes que sont Spotify ou Apple Music : « C'est toute la question de la construction des catalogues, où beaucoup d'artistes africains ne sont pas sur les grandes playlists de Spotify ni de Deezer. Alors que là, oui, ils peuvent avoir une meilleure exposition et directement toucher le premier public. Une musique camerounaise, pour la diaspora. C'est vrai que ce n'est pas des musiques forcément africaines qui sont en haut des playlists sur Spotify. Donc c'est vraiment, en termes d'exposition, un gain. » En matière de développement et d'offre musicale, les Camerounais de Colorfol comptent s'ouvrir vers le marché ouest-africain grâce à une nouvelle levée de fonds. À lire aussiL'artiste camerounais Barthélémy Toguo en un mot, un geste et un silence

  4. Sep 23

    Au Gabon, les femmes de Nkokloa cultivent leurs champs avec l'OIF

    Soutenir des initiatives locales pour améliorer durablement les conditions de vie des femmes est la philosophie du fonds de l’Organisation internationale pour la francophonie (OIF) baptisé « La Francophonie avec Elles ». Ainsi au Gabon quatre projets sont soutenus à hauteur de 300 000 euros pour près de 250 femmes, axés sur l’agriculture durable et l’entrepreneuriat avec des moyens concrets en formations, matériel et accompagnement d’ONG locales. Au Gabon, entre le champ et la coopérative, Béatrice et ses camarades agricultrices ne manquent pas d'ouvrage dans la région de Bitam, au nord du pays. Avec une trentaine d'autres paysannes, elles cultivent plus et mieux leur manioc et leurs bananes plantains depuis que l'OIF leur est venue en aide avec un fonds spécialement conçu pour elles. « C'est un programme d'autonomisation économique des femmes, explique Michèle Balourd-Quidal, cheffe de l'unité égalité femmes-hommes à l'Organisation internationale de la Francophonie à Paris. Elles ont souvent des activités déjà informelles, mais elles n'ont pas forcément les moyens financiers, l'accès aux opportunités économiques notamment, comme l'accès à la terre pour pouvoir développer leurs propres activités et tirer un revenu. Donc le fonds "La francophonie avec Elles", depuis 2020, entre 2020 et 2025, c'est 354 projets qui ont été soutenus dans 36 pays bénéficiaires, pour un total de 20 millions d'euros. Et cela concerne plus de 99 000 femmes dans l'espace francophone. En Afrique centrale, "La francophonie avec Elles", c'est 80 projets bénéficiaires, 19 000 femmes bénéficiaires, cinq millions qui sont affectés au projet et dans les secteurs d'activité, l'agriculture pour 44 %, la transformation de produits à 38 %, les biens et services à 18 %. » Cadette. Gladys et Béatrice, du groupement de femmes du village de Nkokloa, sont ravies d'avoir pu bénéficier de ce programme. Gladys a 29 ans. Elle est mère de quatre enfants. Ex-commerçante, elle s'est formée avec une ONG locale à la science de la culture, du manioc et du plantain. « Maintenant, avec l'argent de la récolte, je peux inscrire mes enfants à l'école » « C'est quand l'OIF est venue avec le projet que j'ai commencé à cultiver. Avant, on avait l'habitude de planter à la façon du village. J'aidais ma mère dans ses champs, donc à la façon du village. C'est grâce au projet que j'ai plus appris comment il faut faire ça techniquement. Mais maintenant, je sais déjà que quand je plante les boutures, je dois prendre un mètre d'écart. Maintenant, je connais déjà comment multiplier les rejets de bananes : avec un seul rejet de banane vont sortir plusieurs plants. Du coup, on a plus de plants à planter. Cela a beaucoup changé parce qu'avant l'arrivée de l'OIF, quelqu'un comme moi ne pouvait pas inscrire ses enfants à l'école. Mais maintenant, avec l'argent que je récolte du champ, j'ai déjà de l'argent pour inscrire mes enfants à l'école. On paye quand même 2 000 à l'inscription. On paye la tenue, les fournitures aussi. Les fournitures sont chères ici et les livres aussi. C'est pas du gâteau ! » Le groupement de femmes de Nkokloa cultive dix hectares de champs. Béatrice et ses camarades ont bénéficié de conseils techniques ainsi que de dons en matériel. « On avait toujours dans nos champs le manioc, tout le temps en train de pourrir. Donc, avec l'appui de l'OIF et l'étude qu'ils ont eu à nous faire, c'est plus beau et gros aussi. Tu vois les gros tubercules, quand on arrache, tu vois le manioc. On nous a apporté les outils de travail, les bottes, les brouettes, les pioches, les daba, les machettes ou les arrosoirs. » Le fond de l'OIF « Francophonie avec Elles » est soutenu par différents partenaires donateurs, parmi lesquels le groupe TotalÉnergies. Les appels à projets pour bénéficier du soutien financier et technique se font chaque année au mois de janvier.

  5. Sep 18

    Une startup tunisienne qui vise le zéro polluant dans l'industrie textile

    L’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde. Elle génère 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et près de 20 % de la pollution de l'eau potable. Les pays du Maghreb comme le Maroc ou la Tunisie font partie de ceux fortement impactés par cette pollution du fait de la fabrication de prêt-à-porter en grande quantité. Aussi, c’est pour limiter la pollution de l’eau qu’en Tunisie la start-up Pigment Oco a mis au point un procédé qui limite l’usage de l’eau dans la teinture. C'est en juin dernier, lors du salon Vivatech à Paris, qu'Amal Chebbi a présenté l'invention de sa startup Pigment Oco. Cette startup tunisienne fondée en 2024 propose de changer la donne dans la teinture textile en éliminant l'eau et les produits chimiques. « Qu'est-ce qu'on fait exactement ? On offre un procédé de coloration des fibres de coton, qui élimine l'utilisation de l'eau complètement et qui élimine aussi les rejets chimiques. La teinture textile consomme énormément d'eau. Pour teindre un kilogramme de coton, il faut entre 100 litres et 140 litres d'eau, explique-t-elle. Pour nous, en Tunisie, on a pas mal de secteurs de textiles stratégiques. On vit un stress hydrique. Donc la problématique était locale et on a la même problématique partout dans le monde actuellement, malheureusement. On a donc trouvé une nouvelle façon de faire, c'est d'éliminer l'utilisation de l'eau complètement dans le procédé de teinture ». L'industrie textile à travers le monde consomme 1 900 milliards de litres d'eau par an, une eau souvent rejetée en mer et chargée de produits toxiques. Les risques sanitaires et environnementaux sont énormes, souligne Amal Chebbi. À lire aussiQuestion d'environnement - Achète-t-on trop de vêtements? Un danger global pour le Sud « C'est un danger global. On commence par la Tunisie notamment, mais en fait la teinture consomme énormément d'eau et aussi cette eau usée, elle est pleine de toxines, de métaux lourds qui vont être rejetés dans les rivières et dans les océans, pourrir les sols, nos mers, notre eau, notre nappe hydrique, en Tunisie, en Méditerranée et le Sud global, notamment l'Asie, déplore Amal Chebbi. Parce que le gros marché par rapport à la coloration des fibres, c'est l'Inde, c'est la Chine, le Pakistan, le Bangladesh. Donc on a la même problématique : arrêter d'utiliser l'eau complètement. Ça m'apparaît vraiment comme révolutionnaire ». La solution de Pigment Oco permet donc d'avoir zéro rejet d'eau ou de liquides polluants, une économie d'un tiers en matière d'usage de colorant et supprime les fixateurs chimiques qui provoquent souvent des maladies chez les travailleurs textiles. La start-up a bénéficié d'un programme de soutien des autorités tunisiennes pour un montant de 42 000 euros, 140 000 dinars. HEC Paris et l'organisation Women's Forum ont également servi d'incubateur à la startup. « Pour nous, on cherche toujours des projets à impact, un impact social, environnemental. Et ce qui est bien dans le projet Pigment Oco, c'est que l'argument d'impact, il est immédiatement lisible, souligne Flavio Conesa, responsable initiative au sein du Women's Forum for the Economy and Society. On voit que la teinture textile, ça consomme à peu près 1 900 milliards de litres par an, et c'est 20 % de la pollution industrielle mondiale de l'eau et 80 % des colorants du marché. Ils sont toxiques et non biodégradables. Donc nous, à notre niveau, quand on est en jury de sélection, aucun juré n'a besoin d'une expertise sectorielle pour comprendre la valeur d'un procédé qui va supprimer l'eau et les produits chimiques dans l'étape de coloration des textiles. Le projet Pigment Oco coche tous les critères de Women for good, c'est-à-dire un projet qui est porté par une femme, un projet d'impact et un projet qui aussi est viable sur l'aspect financier et qui, au-delà de ça, ramène une innovation technologique qui peut vraiment bénéficier, avoir un impact bénéfique pour tous ». Pigment Oco continue de développer son procédé entre Paris et Tunis et cherche des projets pilotes avec des usines textiles qui décideront avec cette solution de relever un défi environnemental et industriel. À écouter dans 8 milliards de voisinsMode : pourquoi s’intéresser à la teinture textile?

  6. Aug 3

    SmartFin, une appli ivoirienne qui développe le sens de l'économie et de l'épargne

    Gérer ses revenus, économiser et même investir dans des produits d'épargne grâce à une seule application, c'est ce que propose à Abidjan la startup SmartFin depuis 2022.  Dans une Côte d'Ivoire où la classe moyenne augmente avec des revenus parfois conséquents, il est apparu pertinent à Colombe Djirebo de créer un outil de gestion et d'éducation financière. C'est ainsi qu'après avoir travaillé dans le domaine de la gestion de patrimoine en France, elle décide de retourner en Côte d'Ivoire pour créer, en 2022, SmartFin, une application et un site web où les salariés peuvent s'exercer et s'améliorer dans la gestion de leurs revenus. « SmartFin, c'est une fintech spécialisée dans la gestion de patrimoine », nous explique la cofondatrice de la start-up. « Donc, on les aide à pouvoir gérer leurs dépenses, faire un budget, épargner et investir, donc à développer un patrimoine. Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, on a 30 % de fonctionnaires surendettés parce que les gens, justement, ne savent pas comment gérer l'argent dans le quotidien. Ils savent gagner de l'argent, ils ne savent pas comment le gérer. On a aujourd'hui des personnes en Côte d'Ivoire qui vont, par exemple, prendre des crédits bancaires pour des urgences de famille, pour faire la fête, pour offrir des cadeaux, par exemple. Et ils vont se retrouver malheureusement dans des situations où, une fois que le crédit passe, ils n'arrivent plus à faire face à leurs charges. C'est juste des notions liées au bon crédit, au mauvais crédit par exemple. Le bon sens financier n'est pas très élevé en Côte d'Ivoire. Le niveau d'éducation financière est hyper bas, donc ça crée encore plus le besoin. » Niveau d'éducation financière hyper bas Un besoin que tâche de combler l'application conçue par Colombe. SmartFin propose par exemple des challenges comme le dépôt mensuel d'une somme déterminée et bloquée pendant un an, afin de générer un pécule qui, entre-temps, aura été rémunéré, comme l'explique Colombe Djirebo. « C'est-à-dire que, par exemple, là, on a un marathon qui s'appelle "gbèssè". En Côte d'Ivoire, cela signifie 500 francs en langage nouchi. Dans ce challenge-là, chaque semaine, il faut pouvoir épargner 500 francs de plus que la semaine précédente. Le but, c'est d'avoir 689 000 FCFA à la fin de l'année, on va dire à peu près 1 200 €. C'est rémunéré à un taux de 4 %. En fait, là, on recherche surtout la discipline financière. Tous les mois, je me donne une certaine discipline pour pouvoir commencer à épargner. On est en partenariat avec ADEC, qui est une microfinance ivoirienne qui a un agrément, donc ce sont eux qui gèrent les fonds. Ce sont eux qui rémunèrent parce que nous, on n'a pas la possibilité de rémunérer. » SmartFin faisait partie de la délégation ivoirienne présente au dernier salon VivaTech de Paris, une start-up qui, selon le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, représente le virage que doit prendre la fintech ivoirienne. « En tout cas, en ce qui concerne la démarche, c'est véritablement ce type de démarche que je souhaite pour les start-ups ivoiriennes. Partir d'une idée sur la base de son expérience personnelle et de son savoir. Ensuite, lorsqu'il y a des opportunités de financement qu'on obtient, on continue de croître et d'investir dans l'affaire. Et je suis convaincu que c'est ce qui peut faire impact parce qu'elle s'adresse au fond à une masse importante de la population ivoirienne en termes d'éducation financière. Et, c'est bien ainsi ! » À lire aussiL’Afrique francophone veut accélérer le financement des start-up L'épargne, une compétence à développer Parmi les 20 000 utilisateurs réguliers de l'application en Côte d'Ivoire, il y a Larissa Koidio. Elle est sociologue et patronne elle-même d'une société de conseil en coaching de 2SC Transform-action. « Je me suis rendu compte que l'épargne, ce n’est pas forcément parce qu'on gagne beaucoup qu'on sait épargner. Je me suis retrouvée dans des entreprises où la femme de ménage épargnait plus que l'informaticien ou le comptable. Les comptables, des personnes seniors dans leurs titres, recouraient à l'épargne du petit personnel pour pouvoir se dépanner. Donc, on comprend que l'épargne, c'est une attitude, c'est une compétence à développer. Donc, j'ai décidé en tout cas d'appliquer l'épargne comme attitude. Et je pense que plus les Ivoiriens feront, mieux ils se comporteront. » Pour le moment, l'application s'adresse à un public essentiellement ivoirien. Mais, le projet de SmartFin à terme, c'est de s'étendre plus largement à l'Afrique de l'Ouest.

  7. Jul 13

    Terra Biga, une tontine 3.0 pour le Burkina Faso

    Vous connaissez sans doute les plateformes de dons ou de financement participatif comme Leetchi ou Ulule… Au Burkina Faso, le créateur d’une jeune start-up a mis en place en 2024 un équivalent africain, « Terra Biga », qui permet de soutenir des projets et même de faire des économies par des achats groupés. Participer par des dons à des projets utiles à la société, réduire ses coûts de consommation avec des achats groupés de kits scolaires ou bien de groupes électrogènes, c'est la double fonction vertueuse de la plateforme burkinabè Terra Biga. Batiana Nacro, l'inventeur de cette application, était il y a quelques jours au salon VivaTech de Paris pour présenter son concept : « Terra Biga, c'est une plateforme de collaboration financière. Ça permet aux communautés qui ont des projets communs de facilement se connecter et de financer leurs projets elles-mêmes. C'est un principe de tontine. C'est comment utiliser le digital pour transformer effectivement le concept de tontine en quelque chose de plus robuste. Donc, ça s'adresse surtout aux populations locales. On a collaboré avec le Programme des Nations unies pour le développement au Burkina Faso et l'architecte Francis Kéré pour la réalisation d'une maternité dans l'est du Burkina Faso. C'est assez modeste comme investissement : 40 millions de francs CFA, soit à peu près 60 000 € pour la réalisation du projet. » Une nouvelle maternité dans la commune de Tikba est donc en cours de financement sur dons privés. La start-up, elle, se rémunère en prélevant une commission de 6 % sur les sommes collectées, explique Batiana Nacro : « On est autour de 6 % ou soit sur des frais de dossier des fois qui sont de 10 000, 20 000 francs pour qu'on puisse mettre un projet sur notre plateforme. » À lire aussiL’Afrique francophone veut accélérer le financement des start-up « Transformer la "tontine" en quelque chose de plus robuste » « Qu'est-ce qui nous garantit que l'argent qu'on vous donnera, puisque c'est du don, sera bien alloué au projet du cabinet ? » lui demande-t-on. « C'est vrai que c'est un point qui est très important. Et nous, on travaille vraiment avec des organismes qui sont reconnus au Burkina Faso. On n'a pas ouvert la plateforme à n'importe quel projet. C'est pour ça qu'on a commencé à travailler avec le programme des Nations unies pour le développement, pour être en mesure de cibler des projets qui sont sûrs et qui auront un suivi, parce que le Pnud est engagé derrière. Donc, on ne prend pas des projets d'individus qui disent : "Bon, moi, j'ai envie de soutenir les femmes de tel village, donnez-moi de l'argent, on va le faire." Non, ça ne marche pas. On ne travaille qu'avec des structures et c'est pour ça qu'on est plus aujourd'hui dans une approche B2B. Au-delà du financement participatif, crowdfunding, vous pouvez aussi acheter des produits en gros en vous connectant avec d'autres personnes de la communauté. Un village, des agriculteurs qui achètent les mêmes engrais chaque année, mais de façon séparée, et bien, on est en mesure de les regrouper pour qu'ils achètent en gros. On mutualise ainsi les intérêts. » Batiana Nacro a bénéficié de l'aide de l'opérateur téléphonique Orange au sein des Orange Digital Center, qui accompagnent par du soutien financier et managérial les jeunes pousses de la tech burkinabè. Asma Ennaifer est responsable du pôle Orange Digital Afrique : « Terra Biga, nous l'avons découverte grâce au Poesam, le prix Orange de l'entrepreneur social. C'est un concours qui récompense les innovations à fort impact social. Donc, nous travaillons aujourd'hui avec cette start-up parce que sa solution, on aimerait l'intégrer dans Max it et développer de nouveaux services avec Orange Money et la Fondation Orange. Max it, c'est la "super-app" d'Orange. Elle a aujourd'hui 25 millions de clients. Et, quand on met en avant une start-up sur la super-app, on lui ouvre déjà un marché de 25 millions de clients. » « On mutualise ainsi les intérêts » Quand une start-up fait appel à une autre start-up : la Sénégalaise Aïssatou Fall veut développer, elle, à Dakar, une application appelée « BPM », une billetterie en ligne pour toutes sortes d'événements culturels. Elle a besoin d'un coup de pouce financier de 9 000 euros. C'est donc naturellement qu'elle a fait appel à Terra Biga pour compléter son budget : « Pourquoi Terra Biga ? Parce que je voulais déjà utiliser une plateforme africaine, explique Aicha Fall. J'ai eu la chance d'aller au Burkina, j'ai eu la chance de m'asseoir avec Batiana Nacro et de voir en fait que c'est quelqu'un qui voulait vraiment aider la population africaine dans son ensemble. Je me suis dit : "Si je dois faire une campagne de crowdfunding, ce sera avec Terra Biga." » Depuis deux ans, Terra Biga a permis la construction d'un lycée et d'un forage au Burkina Faso. Le projet de billetterie sénégalais, l'hôpital de Francis Kéré et une campagne de distribution de serviettes hygiéniques attendent, eux, les généreux donateurs pour prendre vie sur terrabiga.com. À lire aussiLa Banque africaine de développement veut mieux mobiliser l'argent africain

  8. Jun 29

    Maroc: trois mamans pharmaciennes inventent une application multifonctions pour femmes enceintes

    MamaBox est une application marocaine inventée par trois pharmaciennes de Rabat. Face aux innombrables questions que leur posaient les femmes enceintes ou jeunes mamans, les trois amies ont décidé de créer leur start-up pour donner – via un numéro vert WhatsApp – les meilleurs conseils en la matière. Une application gratuite qui, tout de suite, a rencontré un très gros succès. Insomnie, fièvre, allaitement, spleen post-accouchement… C'est pour apporter des réponses objectives et pertinentes aux questions que se posent les jeunes mamans que Fatine, Hanae et Loubna, trois consœurs pharmaciennes de Rabat, ont décidé de créer une application et un numéro WhatsApp gratuit pour répondre aux inquiétudes des mères marocaines. Hanae Bouayad est l’une des cofondatrices de Mama Box. « En fait, on ne manque pas d'informations. Aujourd'hui, on en a beaucoup. La problématique se pose sur la qualité de l'information qu'on reçoit et sur le temps qu'on met à trouver les bonnes réponses. Et une maman n'a pas toujours le temps. Ou un papa d'ailleurs, parce que même les papas sont parfaitement inclus dans notre programme. Les questions les plus fréquentes, les plus récurrentes portent sur les coliques, le sommeil de bébé et l'allaitement. C'est-à-dire : un bébé quand il ne dort pas le soir, qu'il a des gaz… On est là, on ne sait pas quoi faire et les mamans veulent soulager leur enfant qui n'arrive pas à dormir. Où trouver des solutions concrètes pour essayer de les aider ? Donc les coliques, l'allaitement maternel et le sommeil de bébé sont les trois principales préoccupations. Vient après le fameux baby-blues dont on ne parle peut-être pas assez et qu'on ne détecte pas assez vite d'ailleurs aussi. Donc cette santé materno-infantile, c'est la santé mentale et très importante parce que c'est ce qui permet aussi à la maman, après, de poursuivre sa vie de façon sereine ». Réponse à toutes les questions récurrentes des mamans Lors d’une démonstration au salon VivaTech de Paris, Fatine Labraimi nous fait une démonstration de son numéro vert WhatsApp gratuit, le +212 615 16 40 51, et pose une question à l'IA du numéro : « Quelle est la fréquence d'allaitement que je devrais faire pour un bébé de trois mois ? » Quelques secondes, la réponse tombe avec une voix synthétisée : « À cet âge, l'allaitement se fait généralement à la demande de votre petit trésor. Les bébés allaités ont besoin de téter fréquemment, souvent entre huit et douze fois par jour, y compris la nuit. Plus votre bébé tète, plus votre corps produira de lait. » Fatine Labraimi, cofondatrice de Mama Box, vante les vertus de leur invention. « Par exemple, un bébé qui n'a pas fait son rot. Pour une maman, c'est une source d'inquiétude et nous, on l'accompagne, on la rassure avec une information fiable. Fiable parce qu'on utilise les sources du ministère de la Santé et de l'OMS. Donc ce n'est pas comme les autres IA. C'est une réponse validée par des professionnels de la santé, par le ministère de la Santé. C'est un numéro WhatsApp que la maman peut utiliser en vocal. Comme ça toutes les mamans peuvent l'utiliser, même celles qui ne savent pas lire et écrire. Elles interrogent en laissant un vocal en français, en arabe ou même en amazigh. L'IA répond en vocal aussi. On l'a entraînée pour qu'elle puisse répondre à des questions comme par exemple "tagmate", qui veut dire l'emmaillotage. Elle va savoir ce que c'est. Elle va pouvoir accompagner les mamans dans tous leurs besoins. Et on a aussi des trackers qui lui permettent de suivre avec elle le calendrier vaccinal, l'allaitement, les contractions du bébé, etc. Et quand on découvre que la maman a besoin d'un véritable accompagnement médical, on la met directement en contact avec des médecins qui peuvent lui parler en darija et en téléconsultation ». À lire aussiAu salon VivaTech, les start-up africaines se cherchent une place dans la compétition mondiale L'ami nocturne à qui poser une question Parmi les 40 000 personnes qui ont utilisé l'application, il y a Hadjar Belkasmi, maman d'un premier bébé et enceinte du second. « Honnêtement, sur ce sujet de la maternité, je trouve qu'il y a autant d'avis que de personnes sur tous les sujets, que ce soit l'allaitement ou pas l'allaitement, l'accouchement par voie basse, l'accouchement par césarienne. Je trouve qu'avoir un outil pareil dans sa poche est quelque chose qui est très, très rassurant pour une future maman, surtout pour une première grossesse. Mais avoir un outil qui accompagne, c'est beaucoup plus rassurant qu'avoir tout un village autour de soi avec chacun qui donne son avis différent. C'est un peu l'ami, l'ami nocturne à qui on pose toutes les questions qui nous passent par la tête ». Le projet des trois associées de la start-up de Rabat est d'étendre leurs solutions aux douze régions du pays, par des partenariats avec les centres de santé publics ou privés, afin de donner les meilleurs conseils possibles aux 680 000 mamans qui accouchent chaque année au Maroc.

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