Reportage France

Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

  1. 1D AGO

    À Nantes, un mât pour réconcilier les descendants d’esclaves et d’esclavagistes [3/3]

    Alors qu'il y a 25 ans, la loi dite Taubira permettait de reconnaître l’esclavage et la traite comme crime contre l’humanité, RFI revient cette semaine sur la mémoire collective de ce sujet en France. Le dernier épisode de cette série coréalisée avec la rédaction d'Outre-mer s'arrête à Nantes, ville emblématique puisqu'elle fut le premier port négrier du pays pendant plus de quatre siècles. Un mât y a été érigé en amont du Mémorial de l’abolition de l’esclavage. Un monument unique initié par deux Nantais au profil atypique.  « C’est un grand jour pour nous, pour la justice réparatrice, et il est grand temps qu’on libère la parole, personne n’est responsable du passé, mais nous sommes responsables du présent et du futur. Et Pierre, comme on dit, il ne nous reste pas beaucoup de temps, mais on l’a fait quand même, mon ami ! » Dieudonné Boutrin ne peut cacher sa joie. Lui, le Martiniquais descendant d’esclaves, s’adresse à Pierre Guillon de Princé, descendant d’armateur esclavagiste : « Je suis fier, lance-t-il publiquement, d’être un nègre, je suis là pour honorer la mémoire de mes aïeux. Le Mât de la fraternité est dédié à tous ces milliers d’Africains, d’hommes, de femmes, d’enfants déportés pendant plus de quatre siècles d’Afrique vers les Amériques et les Caraïbes. » À ses côtés se tient au pied du mât Pierre Guillon de Princé : « J’ai toujours su qui j’étais, dit-il, je sais depuis ma jeunesse que je suis descendant d’armateur. Pour moi, c’était une bizarrerie dans mon arbre généalogique. » C’est l’histoire de la rencontre entre deux hommes que tout oppose : l’un est un descendant d’esclave, l’autre est un descendant d’armateur négrier. Ensemble, ils ont imaginé ce mât. Symbole de la réconciliation Le processus a été long pendant cinq années. Tout démarre en 2021 avec cette réflexion, explique Dieudonné Boutrin : « Comment peut-on transmettre cette histoire ? Comment peut-on rendre le public acteur de la lutte contre le racisme, qui est l’héritage de l’esclavage ? Et c’est à ce moment-là que nous avons rencontré une famille anglaise, les Trevelyan. » Car en Angleterre, d’autres familles portent le même héritage colonial. Un passé lourd et difficile à vivre pour John Dower, réalisateur de films pour les jeux vidéo. Issu d’une famille aristocratique, c’est le descendant d’une famille de planteurs de canne à sucre, de coton et de café, les Trevelyan… « Je suis allée à la recherche de mon passé. Je suis tombé sur le site du centre des études de l’esclavage britannique mis en ligne en 2013, décrit le réalisateur. Quand j’ai compris que ma famille était impliquée dans l’esclavage, qu’elle avait des plantations avec 1 004 esclaves exactement, là mon cerveau a explosé. » Il y a trois ans, John Dower s’est rendu sur l’île de Grenade, dans les Caraïbes, pour présenter des excuses officielles au nom de ses ancêtres. Aujourd’hui, il est venu spécialement de Bristol, en Angleterre, pour soutenir Pierre Guillon de Princé dans cette démarche historique. Une grande première en France. À lire aussiParcours mémoriel à Nantes: sur les traces de la traite négrière en France Des excuses publiques Haut de 18 mètres, le 1ᵉʳ article de la Déclaration universelle des droits de l’Homme y est gravé sur son socle… C’est au pied de ce mât que Pierre Guillon de Princé, 86 ans et très ému, présente ses excuses solennelles au nom de ses ancêtr​es. «​​​​​​​ ​​​​​​​​​​Pour moi, c’est un soulagement, en tant que descendant d’une famille d’armateurs négriers nantais, de pouvoir présenter mes excuses pour les actes de mes ancêtres, déclare-t-il. Ils armèrent six navires pratiquant la traite atlantique triangulaire entre Nantes et Saint-Domingue. Ce qui représente 18 départs de Nantes, ayant arraché 4 500 Africains de leurs terres… » Avec leur association, La coque Nomade, ils ambitionnent d'ériger 72 autres mâts de la fraternité dans des villes héritières de cet écrasant passé. Trois bateaux pédagogiques sont par ailleurs en cours de construction. Ils doivent donner à voir la réalité de la traite atlantique sur trois continents pour l’ambitieux projet triangle de la mémoire.  Une fédération internationale des descendants de l’esclavage a été mise en place pour continuer le dialogue vers la justice réparatrice. Retrouvez tous les reportages sur les 25 ans de la loi Taubira : Vingt-cinq ans de la loi Taubira: «Quand le voile se lève: se découvrir un ancêtre esclavagiste» [1/3] La loi Taubira: La flamme de l’égalité, un concours pour transmettre l’histoire de l’esclavage [2/3]

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  2. 5D AGO

    France: à Strasbourg, des étudiants étrangers menacés de désinscription pour frais impayés

    En France, l'université de Strasbourg pourrait radier une quarantaine d'étudiants étrangers inscrits en master. La raison : ils n'ont pas encore réglé les 4 000 euros de frais de scolarité exigés pour les étudiants extra-communautaires. Une mesure peu appliquée par les universités. Mais Strasbourg fait exception. Mohammed* fait défiler sa boîte mail sur son téléphone portable. L'étudiant sénégalais retrouve le courriel qu'il cherchait, reçu le 16 mars. Il est signé de la présidente de l'université de Strasbourg. On y lit : « J'ai le regret de vous informer que j'ai demandé aux services administratifs compétents de procéder à l'annulation de votre inscription administrative en master 2 dans les prochains jours. » L'étudiant est encore « abasourdi ». Il pourrait être radié d'ici la fin de l'année scolaire pour ne pas s'être acquitté des 3 941 euros exigés par son université pour sa deuxième année de master. Le jeune homme soupire et déplore un « manque d'information ». Il assure n'avoir jamais été mis au courant de l'application de tarifs différenciés au moment de s'inscrire dans cet établissement, en mai 2025 : « ​​​​​​​Si on m'avait informé, je ne me serais pas mis dans cette situation. » Une situation qu'il soupçonnait d'autant moins que les autres universités françaises où il a étudié – la Sorbonne et Paris-Nanterre – refusent d'appliquer ce principe. Mohammed s'est rendu à l'évidence : il ne pourra pas régler la somme demandée. Sa situation est « fragile » et ses maigres ressources lui servent prioritairement à payer son loyer et ses courses du quotidien. Il a bien essayé de travailler, mais son emploi étudiant ne lui rapporte pas suffisamment. « ​​​​​​​Je me suis posé la question de contracter un prêt ou non, explique-t-il. Mais sur le papier et au vu de ma situation, je me suis dit qu'il y avait peu de chances que cela aboutisse. » Malgré ce contexte, il doit tout de même passer les partiels de fin d'année, sans avoir la certitude d'être diplômé. « ​​​​​​​C'est une charge morale énorme et beaucoup d'angoisse. En fin de master 2, j'ai un mémoire à préparer, un stage à trouver. Or, là, je suis dans une incertitude totale, sans boussole ni indication », lâche-t-il. À lire aussiEn France, la hausse des frais d'inscription pénalise les étudiants africains [3/3] Aucun « ​​​​​​​harcèlement financier » Depuis 2019, et la mise en place du plan « Bienvenue en France », toutes les universités françaises sont censées appliquer des droits de scolarité seize fois plus élevés pour les étudiants non-européens que pour les étudiants nationaux et européens. Soit 2 895 euros pour une année de licence (contre 178 euros pour tous les autres) et 3 941 euros pour une année de master (contre 254 euros). Les trois quarts des établissements n'ont pas suivi la consigne, qu'ils jugent antinomique avec les valeurs universitaires. L'université de Strasbourg est l'une des rares à appliquer à la lettre le plan « Bienvenue en France ». Ce plan autorise toutefois les universités à exonérer partiellement jusqu'à 10% de leurs effectifs globaux. À Strasbourg, tous les étudiants extra-communautaires inscrits en licence bénéficient de cet abattement. Ainsi, les frais différenciés s'appliquent uniquement aux non-européens qui viennent spécialement pour un master. Cela représente 310 étudiants, d'après l'université. Une quarantaine d'impayés sur 310 étudiants extra-communautaires concernés, pour une université qui en compte près de 10 000 : la situation est donc loin d'être catastrophique, selon l'établissement strasbourgeois, qui rappelle qu'une majorité d'étudiants non-européens demeurent exemptés de droits majorés. À l'inverse, la majorité de ceux concernés par ces frais sont en capacité de les payer. Frédérique Berrod, présidente de l'université de Strasbourg, rejette l'accusation de « ​​​​​​​harcèlement financier » lancée par ses détracteurs et assure que tous les étudiants « ​​​​​​​avaient connaissance de l'application de ces droits au moment de l'inscription ». Reste que l'université de Strasbourg fait quasiment cavalier seul sur ce sujet en France. Une politique assumée : « Contrairement aux autres établissements, nous appliquons ces droits différenciés, car ces montants nous sont utiles ​​​​​​​: ils sont réinvestis dans l'accueil de ces étudiants internationaux », développe Frédérique Berrod. « ​​​​​​​Cela nous permet d'améliorer l'accès aux services de santé, d'étendre les horaires d'ouverture des bibliothèques », complète Rachel Schurhammer, vice-présidente en charge de la formation. Une mesure « xénophobe et discriminatoire » Cette politique est loin de faire l'unanimité. Depuis plusieurs semaines, une intersyndicale composée d'étudiants et d'enseignants fait entendre sa voix sur le campus pour demander l'abrogation des tarifs différenciés et la réintégration des étudiants menacés de désinscription. Cette mesure est « ​​​​​​​xénophobe et discriminatoire », juge Pascal Maillard, enseignant de littérature française et secrétaire du Snesup-FSU. Ce professeur a fait le calcul : selon lui, et contrairement à ce qu'affirme la direction de l'université, le seuil des 10% d'étudiants exonérés ne serait pas encore atteint : « On serait aux alentours de 9,8%. » Si bien qu'il resterait de la marge pour exonérer la quarantaine d'étudiants menacés de radiation. Pascal Maillard juge même possible de dépasser ce plafond sans risquer de sanction de la part du rectorat, comme ont pu faire d'autres universités françaises. Surtout, l'enseignant s'inquiète pour la situation des étudiants extra-communautaires, dont une partie est originaire d'Afrique : « ​​​​​​​Ce sont des étudiants qui, pour beaucoup, se sont endettés. Ils se sont acquittés de plus de 7 300 euros sur un compte pour pouvoir s'inscrire sur Campus France. Si on ajoute le coût des années de master, on arrive à une somme de 15 000 euros pour deux années d'études en France. C'est une somme astronomique pour les étudiants de ces pays. » Une partie de ceux concernés par le risque de radiation se sont mis à travailler dans l'espoir de pouvoir payer les 3 941 euros demandés. D'autres retardent le paiement de leur loyer. « ​​​​​​​Dix-sept étudiants ont commencé à s'acquitter d'une partie des frais majorés. En moyenne, le reste à charge varie de 600 à 3 ​​​​​​​600 euros », indique la vice-présidente, Rachel Schurhammer. Pour certains étudiants, réunir la somme nécessaire avant le 31 août est capital pour leur avenir en France. « ​​​​​​​En cas de désinscription, ils risquent de perdre leur visa et leur logement étudiant, et, in fine, d'être pour certains frappés d'obligations de quitter le territoire français [OQTF, ndlr] », développe Juliette Beaufils, secrétaire générale de la Fédération syndicale étudiante, qui a déjà accompagné des étudiants dans ce type de situation par le passé. Ces tarifs différenciés font peser un autre risque, selon Pascal Maillard : celui de perdre la richesse apportée par ces étudiants, notamment ceux originaires du continent africain : « Les étudiants de ces pays, lorsqu'ils font un master dans notre faculté, sont susceptibles de devenir ensuite des doctorants. En définitive, ce sont des axes de recherche qu'on est en train de supprimer. » À lire aussiFrance: l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne augmentera les frais d'inscription pour certains étrangers Nouveau resserrement des exonérations Dans l'immédiat, ces étudiants peuvent bénéficier du soutien des associations étudiantes, comme l'Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg (AFGES). Elle dispose de trois épiceries solidaires près du campus de l'université. « Certains étudiants ne dépendent que de ces espaces pour se nourrir », rappelle Caroline Knab, la présidente, qui constate que « les étudiants extra-communautaires représentent 50% des bénéficiaires ». Dans certaines classes, des cagnottes ont été lancées pour aider les étudiants étrangers concernés par les impayés. Mais beaucoup anticipent une désinscription et cherchent déjà à s'inscrire, l'année prochaine, dans une université où le tarif est le même pour tous. Reste à savoir si les universités réfractaires à cette politique seront encore majoritaires à la rentrée 2026. Mardi 21 avril, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, a présenté un projet baptisé « Choose France for Higher Education », visant à renforcer l'attractivité des établissements universitaires. Ce nouveau plan promet de resserrer encore les exonérations. Les abattements partiels seraient désormais possibles pour 10% des étudiants extra-communautaires d'une université, et non plus 10% de l'ensemble des étudiants de cette même université. *Prénom modifié À lire aussiFrance: le gouvernement veut mettre fin aux exonérations des droits d'inscriptions des étudiants étrangers

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  3. APR 29

    Des entreprises ouvrent leurs portes pour accueillir des personnes à la rue

    Alors que la trêve hivernale a été levée il y a quelques semaines en France, des personnes en situation de précarité risquent de gonfler les rangs des plus de 350 000 sans domicile fixe que compte le pays. Face au manque de solutions d'hébergement d'urgence, une association vient en aide à des personnes à la rue grâce à la solidarité des entreprises et de leurs salariés, les Bureaux du Cœur. Mettre à l'abri une personne à la rue le temps qu'elle trouve un logement, voilà une démarche conforme à la philosophie du CJD, le Centre des jeunes dirigeants. Cette association regroupe 6 000 adhérents, des chefs d'entreprise engagés pour le progrès social, chez qui a germé l'idée de créer en 2020 les Bureaux du cœur, au sein du CJD d'abord. Ils ont ensuite créé l'Association des Bureaux du Cœur. L'idée part d'un constat : une grande partie de l'année, les locaux des entreprises sont vides. Alors les Bureaux du Cœur mettent en contact des personnes en situation de précarité avec des entreprises adhérentes. Ces dernières les accueillent et les hébergent temporairement dans leurs locaux, le temps qu'elles trouvent un logement pérenne. Un accueil individuel d'urgence le soir et les week-ends, lorsque les bureaux sont inoccupés, ce qui change tout pour les bénéficiaires appelés les « invités ». Et c'est donc tout naturellement que le CJD aménage dans ses locaux parisiens une pièce dédiée à l'accueil d'urgence des personnes à la rue. « J'avais préparé l'équipe, avec un travail avec l'association La Cloche, explique Christian Andréo, délégué général du CJD, pour permettre d'avoir un petit peu conscience de ce que vivaient les personnes à la rue. Et donc le fait de recevoir quelqu'un s'est imposé comme une évidence, avec un très bel accueil. Puis nous avons fait l'aménagement d'un espace dédié dans les locaux. » À écouter dans 8 milliards de voisinsFemmes dans la rue : pourquoi sont-elles si invisibles ? « Les Bureaux du Cœur, ça a changé ma vie » Le premier invité, autrement dit la personne hébergée, est resté neuf mois. Le deuxième, lui, a passé un an avant d'obtenir un logement autonome à Paris. Il n'est donc pas là pour nous faire visiter son ancien espace de vie. Sur la porte, il est écrit : « Cet espace est privé. Merci de ne pas rentrer. Adama des Bureaux du Cœur loge dans cette chambre. Merci de respecter sa tranquillité. » Christian Andréo nous fait visiter : « Alors dans la pièce, on a le minimum pour être bien. Il y a un point d'eau autonome, il y a un canapé-lit, un petit bureau, un placard qui ferme, décrit le délégué général du CJD. Mais bien entendu, il a accès à la cuisine de l'équipe, à la douche qui est aussi à l'étage. » Adama, un jeune travailleur de 20 ans, vient juste d'emménager dans son nouvel appartement. Ismaël, lui, est actuellement accueilli dans une autre entreprise parisienne. Ce qui a changé sa vie. « Avant, j'étais à la rue, c'était difficile. Les Bureaux du Cœur, ça a changé ma vie, confie-t-il. Parce qu'en fait, ce qu'ils ont fait, c'est de l'humanité. Ça me touche le cœur. Aujourd'hui, je me sens comme chez moi, je me trouve en sécurité, je suis bien accueilli dans les Bureaux du Cœur et l'entreprise. » 370 entreprises comme celle qui héberge ce Somalien de 25 ans ouvrent leurs portes les soirs et les week-ends à des personnes à la rue, qui leur sont adressées par les Bureaux du Cœur. Depuis sa création en 2020, l'association a hébergé près de 1 000 invités via son réseau d'entreprises solidaires. À lire aussiEn France, près d'un million de personnes sans logement stable

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  4. APR 28

    Aux Beaux-Arts de Paris, des étudiants exilés se reconstruisent en renouant avec l’art

    En France, l’année universitaire s’achève pour plus de 3 millions d’étudiants, dont environ 15 % sont étrangers. Certains sont passés par le programme Hérodote, créé en 2017 à l’École des Beaux-Arts de Paris. Pendant un an, ce dispositif permet à des étudiants-artistes exilés, d’origine palestinienne, russe, iranienne ou encore afghane, de suivre des cours de français, de se préparer aux concours des écoles d’art et de renouer avec leur vie d’artiste. Rencontre avec ces étudiants déracinés qui retrouvent une raison d’espérer. C’est l’effervescence des grands jours dans cette salle de l’École des Beaux-Arts de Paris. Tous les étudiants de la promotion exposent au public leurs travaux de fin d’année. C’est le cas de Gaspar Aveta, un céramiste argentin de 34 ans, qui a fui son pays natal, dirigé par Javier Milei. « En Argentine, la situation politique est compliquée, notamment pour tous les artistes que je connais et qui ont du mal à développer leur art », explique-t-il. Gaspar est exilé en France depuis deux ans. Mais c’est en début d’année qu’il rejoint la promotion, comme 13 autres étudiants étrangers. Aujourd’hui, il a l’opportunité de présenter ses œuvres aux Beaux-Arts de Paris. Une fierté. « C’est une institution très importante en France et connue dans le monde entier, s'enthousiasme le jeune homme, C’est un bâtiment historique ! Pour moi, présenter mon travail est très important, car c’est ma vie. » Cette exposition est l’aboutissement d’une année de travail. Elle a permis à ces étudiants exilés de retrouver un environnement artistique qu’ils ont été contraints d’abandonner. « L'objectif du programme est de permettre à des personnes qui étaient en cours d’études d’art ou qui venaient de les terminer et commençaient à exposer de reprendre des études et de reprendre pied dans le milieu de l’art, explique Sophie Marino, responsable du programme Hérodote. Ça leur permet d’apprendre le français, de faire de l’histoire de l’art, de rencontrer des professeurs pour avoir des conseils et de rencontrer des artistes de leur âge pour reprendre leur pratique. » À écouter dans De vive(s) voixL’atelier des artistes en exil: chanter, slamer et célébrer la paix « Ce que je peins, c’est mon histoire » Ne pas perdre les acquis développés dans leurs pays d’origine, c’est l’objectif que se fixe cette formation, qui compte dans ses rangs six étudiants palestiniens cette année, dont Yara, 23 ans, originaire de Gaza. Elle est peintre et photographe. « Pendant quatre ans, j’ai étudié les arts plastiques à l’université al-Aqsa de Gaza », explique la jeune femme. Elle tend le doigt vers le mur. « Ici, vous pouvez voir deux peintures que j’ai réalisées pendant la guerre avec presque rien. Quand j’ai fui Gaza, il y a neuf mois, je n’ai quasiment rien pu emporter, seulement quelques affaires, quelques papiers et ces deux tableaux. Je tenais à les prendre avec moi, c’était dangereux, mais je l’ai quand même fait. » À ces deux tableaux sauvés et exposés s’ajoute un troisième : un pastel réalisé par Yara cette année. Il est intimement lié à son histoire, comme une majorité des œuvres présentées par les étudiants de la promotion. « Toute mon œuvre parle de la situation à Gaza et de la façon dont elle a évolué, d'une vie paisible et heureuse à la réalité que nous connaissons aujourd’hui. Sur ce tableau, par exemple, vous voyez une route et des silhouettes humaines. Plus on avance, plus les maisons autour sont détruites, décrit-elle. Les habitants cherchent leurs foyers, en vain. Alors ils se dirigent vers la mer avec leurs tentes, car ils n’ont pas d’autre endroit pour vivre. J’ai fait ce dessin parce qu’il me rappelle ce que j’ai vécu pendant la guerre. J’ai perdu ma maison, et toute ma famille également. Ce que je peins, c’est donc mon histoire et celle de tous les habitants de Gaza. » Comme d’autres étudiants de la promotion, Yara souhaite désormais rejoindre une résidence d’artistes. Quant à Gaspar, le céramiste argentin, il a préparé toute l’année les concours des écoles d’art et espère une réponse positive avant l’été. À lire aussiBande de Gaza: la tragédie se poursuit, éclipsée par la guerre contre l’Iran

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