Reportage France

Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

  1. 21h ago

    Le congé de naissance représente «une perte de revenus» qui n'est pas à la portée de tous

    Le congé de naissance d'une durée de deux mois maximum par parent entre en vigueur mercredi 1er juillet en France, offrant le prolongement du congé maternité, paternité ou adoption. Sont éligibles les parents dont l'enfant est né à partir du 1er janvier 2026. Mais cette avancée est encore très loin du niveau d'autres pays européens : ce nouveau droit est rémunéré à hauteur de 70 % du salaire net le premier mois et 60 % le second. Les associations féministes dénoncent une réforme minimaliste. Les associations féministes contestent le faible montant de l'indemnisation prévu par ce nouveau droit : dans un couple, cela reviendra sans doute à la personne au plus faible revenu de prendre le congé, soit la femme, dans la plupart des cas. Malgré tout, certains attendaient cette avancée, beaucoup la prévoient surtout pour pallier le manque de mode de garde ou pour pallier le stress de l'organisation à l'arrivée d'un nouveau-né. À lire aussiAllongement du congé paternité: ce qu'en disent les familles « Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? » Héloïse, maman d'une première fille, Cléa, qui a trois ans, vient de lui donner un frère. Nino est né le 20 mars dernier. « C'est mon deuxième enfant. Pour ma part, la crèche prend l'enfant à partir de ses cinq mois au moins. Donc je n'ai vraiment pas le choix. Et il n'y avait qu'une place qu'en septembre et, je vais pouvoir prendre ce congé de naissance de début juillet à début septembre. Ce qui me permet même de pouvoir faire la première semaine d'adaptation à la crèche. Donc pour moi, ce congé de naissance est parfait. » Cependant, cette maman devra faire des sacrifices pour jouir de ce droit. « Ce qui est un peu dur, mais en fait, j'ai déjà l'expérience de l'aîné où j'ai compris qu'avoir un enfant, de toute façon, c'était renoncer à une bonne partie de son salaire et avoir une perte de revenus. Donc ça, je l'ai compris et c'est ce qui va se passer encore. Parce que ce congé de naissance, avec le deuxième mois, surtout à 60 %, je pense que ça va nous permettre de rentrer dans les charges. Donc, je me suis préparée, j'ai fait des économies, nous confie-t-elle. C'est ça qui me permet de pouvoir le prendre sereinement. Mais c'est compliqué », reconnaît Héloïse. Son conjoint va peut-être prendre un mois de congé de naissance aussi au mois d'août. « Cela va permettre qu'on soit tous les deux en garde et cela va m'alléger un petit peu le quotidien. Je pense que c'est vraiment important que les hommes aient vraiment un temps, si possible même seuls, à garder l'enfant. C'est vraiment là qu'on comprend tout le travail que c'est et toute la charge que c'est. Et ça permet d'être vraiment plus équilibré après. Moi j'en ai fait l'expérience avec mon aîné, quand mon compagnon l'a gardée un petit peu seule. La répartition des tâches était bien mieux après. Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? Je sais même pas parce que c'est vraiment du travail parfois entre juste le changement de couches, donner le biberon et les pleurs, on n'a vraiment aucun temps pour soi dans une journée. » À lire aussiCongé de paternité de 28 jours: «un investissement pour des progrès de développement de l'enfant et pour la stabilité du couple » « 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste difficile à gérer » À 39 ans, Étienne va devenir père de famille en septembre prochain. « Sur l'idée de prendre un congé de manière générale, il n'y avait pas trop trop de débat à avoir. Moi, je pense que c'était important de prendre ma part du travail, de participer à tout ce changement de vie, ce changement de rythme qui accompagne une naissance inévitablement. Alors si on parle du nouveau congé qui rentre en place en juillet, la réponse est plutôt non. Pour une raison assez simple : 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste quand même difficile à gérer. Il faut anticiper un certain nombre de dépenses aussi. Quand on devient parent, c'est vraiment difficile. Et les gens hésitent parce que financièrement, en termes d'organisation, c'est pas l'idéal », analyse-t-il. À lire aussi«Deux semaines, c'est ridicule»: au Royaume-Uni, les hommes demandent un congé paternité plus long

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  2. 1d ago

    Prescription sur les violences sexuelles: «Notre législation ne correspond plus à la réalité sociétale» française

    En France, les violences sexuelles sont au cœur de l'actualité, notamment judiciaire, avec l'affaire Bruel, Lyhanna et autres, les voix réclamant un changement de système. Des grandes marches citoyennes sont régulièrement organisées pour promouvoir la proposition de loi intégrale pour protéger les victimes et les enfants de violences sexuelles. Le texte ne prévoit pas de supprimer la prescription en matière de crimes et délits sexuels : pourtant de nombreuses victimes, ainsi que le collectif La voix des survivant(e)s, réclame la levée de cette limite temporelle. « Ni prescription, ni exception », tel est le slogan du jeune collectif La Voix des survivant(e)s. Sophie Tissier en fait partie. Elle n'a que 16 ans lorsqu'elle subit son premier viol. Premier, car il y en aura quatre autres ensuite. « Je me suis retrouvée en perdition. En fait, je me suis perdue moi-même. Je ne me suis jamais retrouvée moi-même telle que j'étais avant d'être victime. »  Un état qui l'empêche encore aujourd'hui de porter plainte. Elle n'est pas sûre d'y parvenir à temps. En France, la prescription pour une victime mineure est de 30 ans après sa majorité. « Logiquement, j'ai encore quelques six mois pour porter plainte puisque quand j'aurai 48 ans, les faits seront prescrits », rappelle-t-elle. À lire aussiViolences sexuelles: manifestations à Paris et devant plusieurs tribunaux pour une «loi intégrale» « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque » Au sein du collectif, qui regroupe des victimes d'hommes influents, Sophie Tissier vient dénoncer Eric Coquerel, président de la commission des finances à l'Assemblée nationale, qu'elle accuse d'agression sexuelle lors d'une soirée de 2014. Un délit prescrit au bout de six ans. « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque des faits et dans les délais des six ans », explique-t-elle. Lui nie les faits mais Sophie Tissier veut un procès. « Et tant que la justice ne sera pas rendue, je ne pourrai pas tourner la page, je ne pourrai pas me reconstruire ». Elle partage ce sentiment avec Thysia Huisman. La Néerlandaise est une des premières victimes à avoir déposé plainte dans le volet français de la tentaculaire affaire Epstein. Elle accuse Jean-Luc Brunel, ami du milliardaire, de l'avoir droguée et violée en 1991. La mannequin était majeure au moment des faits, elle n'avait que 20 ans pour déposer plainte. « J'ai déposé plainte contre Jean-Luc Brunel en 2019. C'était 28 ans après les faits. J'avais 18 ans quand j'ai été violée, donc c'était trop tard. La difficulté avec les violences sexuelles, c'est que pendant des années, j'ai essayé de laisser ça derrière moi. J'ai fait des dépressions, eu beaucoup d'addictions. »  Ce déni total ou partiel a un nom : l'amnésie traumatique. Cela concerne 40 % des victimes, selon plusieurs études scientifiques. C'est un mécanisme d'autodéfense du cerveau qui occulte tout ou partie d'un traumatisme. « Il m'a fallu du temps pour être assez forte pour porter plainte. Et là on m'a dit "désolé, c'est trop tard". C'est très frustrant, ça doit changer », insiste Thysia Huisman. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Face à l'accord au sein de l'UE, la loi française devra s'adapter « Comment on peut sérieusement laisser un délai de prescription alors même que la victime n'a plus conscience de ce qu'elle a subi ? » Me Lejeune est avocate et accompagne des victimes de violences sexuelles. Elle milite elle aussi pour la fin de la prescription. « Quand vous voyez que dans votre cabinet, vous recevez presque autant de victimes prescrites que non prescrites, c'est qu'il y a une difficulté, c'est que notre législation aujourd'hui ne correspond plus à la réalité sociétale », soulève-t-elle. Une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles doit être déposée à la rentrée. Elle prévoit notamment de créer des unités de police et des tribunaux spécialisés. Mais l'avocate regrette que l'imprescriptibilité ait été écartée du texte : « Je pense que la victime, à tout moment, a le droit aussi à réparation, a droit aussi d'être entendue quand elle décide de verbaliser les faits subis. »  La loi française devra de toute façon s'adapter. Les États membres de l'Union européenne ont trouvé un accord le 22 juin dernier imposant aux 27 un délai de prescription de 32 ans après la majorité pour les crimes sexuels sur mineurs, qui pourrait également être étendu jusqu'à 15 ans pour les autres infractions sexuelles. À lire aussiLa justice face aux violences sexuelles: «826 procédures à traiter en trois semaines, c'est très court»

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  3. 2d ago

    France: cinq ans de la loi bioéthique ouvrant la PMA à toutes les femmes, quel bilan?

    Il y a cinq ans, en France, l'Assemblée nationale adoptait définitivement une loi relative à la bioéthique. Un texte qui a consacré plusieurs avancées sociétales majeures, dont l'ouverture à la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes. Il a permis par la même occasion la reconnaissance de la deuxième mère comme parent à part entière dès la naissance. Depuis 2021, la demande de PMA en France a été multipliée par huit et plus de 12 000 femmes seules ou en couple lesbien en ont déjà bénéficié. Un grand pas pour les femmes concernées, même si les délais d'accès à ce dispositif restent conséquents. Assise sur les genoux de sa maman, Romane, six mois, gazouille, ravie. Aurore est gaga, ça fait longtemps qu'elle attendait d'avoir ce bébé : « Je ne croyais pas trop à l'arrivée du Prince charmant pour fonder une famille. Du coup je me suis dit que si j'avais envie d'un enfant, je pouvais très bien lancer la démarche toute seule », raconte Aurore.  Pour avoir sa fille, Aurore a eu recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Cinq ans plus tôt, elle n'aurait pas pu entamer cette procédure sans conjoint. Elle est considérée comme « mère isolée » ou « maman solo », un très mauvais surnom pour la trentenaire qui se sent plus qu'entourée.  Aurore considère qu'elle n'éduque pas seule sa fille : « Pour moi, l'idée, ce n’est pas d'élever ma fille seule, c'est d'élever ma fille en communauté avec mes amis, avec ma famille. Je prends plein de conseils de mes amis et c'est hyper précieux parce qu'on a l'avis de plein de personnes différentes. Avec une amie très proche, on parle beaucoup d'éducation positive, de comment on élève nos enfants et je me rends compte qu'elle me parle d'exemples concrets qui se passent avec sa fille et on en discute en mode "Bah, comment tu as réagi ?" Je demanderai bien sûr aussi conseil à ma mère, à d'autres amis qui ont des enfants pour aussi gérer la situation ». La loi bioéthique de 2021 ne portait pas que sur la PMA. Elle comportait aussi une clause qui ne sert pas à Aurore mais a bien aidé Jeanne, sa compagne, lorsqu'elles ont eu leur enfant. « La loi bioéthique était très symbolique, mais elle était aussi pratique. On a pu faire une reconnaissance anticipée de parentalité chez le notaire, explique Jeanne. Donc, éviter les un an de délai de vide où le parent n'est pas parent officiellement puisqu'il faut adopter au bout d'un an l'enfant, et moi j'étais maman dès que mon enfant est né, j'étais maman de cette petite fille. »  Leur petite fille a quatre ans, c'est un des premiers bébés français à avoir officiellement eu deux mères dès sa naissance. Jeanne décrit comment s'est passée la reconnaissance : « ​À l'hôpital, les dossiers étaient prêts, on a été les premières mamans dans la maternité à qui on a dit : "On est prêts, vous êtes nos premières, on va vous déclarer mamans toutes les deux. Comment s'appelle la petite fille ?" On a rempli nos cases, elles étaient prêtes ces cases. À la mairie, c’était pareil, on nous a clairement dit : "Bougez pas, je vais quand même vérifier avec la direction, mais on est prêts pour ce genre de couples." J'ai reconnu ma fille à la mairie et c'est comme si on était accueillies enfin administrativement et légalement. » Des délais allant jusqu'à cinq ans d'attente Le docteur Cohen est gynécologue depuis 2019, il était prêt lui aussi en 2021 : « On a enfin pu s'occuper des couples de femmes et des femmes seules. Moi, dans ma pratique en tout cas, j'ai eu plus de femmes seules qui ont bénéficié du don de sperme en France que de couples de femmes. J'ai eu des couples de femmes bien sûr, mais elles avaient toutes choisi, malgré la loi française, de faire leur suivi à l'étranger, au Danemark, en Espagne, en Belgique, pour des questions de rapidité. » Quand en France les délais d'attente peuvent aller de quelques mois à cinq ans, à l'étranger il ne suffit parfois que de 4 à 8 semaines. Surtout qu'en France les dons de gamètes se font par région et certaines sont moins bien loties que d'autres. Arya et sa compagne sont passées par un parcours illégal, elles habitent à côté de Marseille en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) : « Nous, on habite en Paca, c'est une région où il y a beaucoup de demandes et beaucoup, beaucoup d'attente. En général, il y a un an et demi d'attente, voire deux, jusqu'au premier essai. Et on te dit que t'en as pour deux ou trois essais pour que ça marche. Ce n’était pas possible pour nous. » Mais partir dans d'autres pays ou recourir à des parcours illégaux coûte cher. La PMA française est, elle, complètement remboursée par la sécurité sociale.

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  4. 5d ago

    L'extrême droite violente se développe en Bretagne

    À l'automne, à Brest, dans l'ouest de la France, douze personnes vont être jugées pour l'attaque d'un bar, attaque attribuée à l'extrême droite. Les violences émanant de groupuscules radicaux se développent en Bretagne. Région qui est pourtant un bastion du vote modéré. Mais les agressions violentes racistes, antisémites, islamophobes y sont de plus en plus courantes. Et c'est particulièrement le cas à Brest. Le compagnon d'un député La France insoumise a été attaqué en août dernier, des tags nationalistes fleurissent sur les murs… Et parfois, ce sont de vraies expéditions punitives qui se déroulent en plein centre-ville, comme lors de l'attaque du Café de la Plage. Nous sommes devant la terrasse du Café de la Plage, en plein centre de Brest. Devanture rouge, bardée d'affiches, le lieu est plutôt à gauche. Ce soir de septembre 2025, Erwan boit un verre juste à côté. « On allait juste partir pour aller boire un verre ailleurs. » Mais soudain, une vingtaine de personnes cagoulées débarquent. « Il y avait un premier groupe qui a gazé la terrasse et après, en fait, ils se sont rués sur eux et ils ont tabassé tout le monde, raconte Erwan. Sur les vidéos, tu vois des gens avec des battes de baseball ou des espèces de barres en métal. Assez vite, les gens du bar se regroupent pour les faire dégager. Il y avait des gens qui avaient reçu des gaz lacrymo, des gens qui étaient blessés, qui avaient des contusions au visage. Ça rend très concret la poussée de l'extrême droite en France. » À lire aussiViolence d'extrême droite en France: «D'abord, on a une recrudescence du nombre de meurtres» Le vote Rassemblement national a progressé de 10% en Bretagne « Brest est natio ». Le slogan a résonné pendant l'expédition punitive. Une signature de l'extrême droite pour Olivier Cuzon, vice-président de la Ligue des droits de l'homme de Brest : « Autour du stade de foot, on s'est rendu compte qu'il y avait un petit club. Mais manifestement, c'est pas que des supporteurs de foot, ils sont aussi d'une idéologie bien précise. »  Selon lui, il y a une question de contexte politique. Aux législatives de 2024, le vote pour le Rassemblement national a progressé de 10% dans les quatre départements bretons. « La face institutionnelle, à savoir le Rassemblement national, donne une forme d'immunité à ces groupuscules, au point d'aller casser la gueule des personnes racisées ou des personnes qui affichaient ostensiblement leur attachement à la communauté LGBT, relève Olivier Cuzon. Clairement, à Rennes, ça fait longtemps qu'il y a une extrême droite violente et radicale autour de la faculté en particulier. À Lorient, on a des groupes militaires qui, à plusieurs reprises, se sont organisés en milices, il faut dire ça comme ça, et qui, en ville, chassaient pour vouloir aider prétendument les forces de police pour rétablir l'ordre. Après le meurtre de Naël, on s'est cru à l'abri longtemps de cette extrême droite violente, et on découvre un peu des choses dont on a évidemment entendu parler. Quand on se tient un peu au courant des informations en France, c'est pas des choses nouvelles, mais en Bretagne, c'est nouveau. » À lire aussiLégislatives 2024: en Bretagne, les électeurs modérés séduits par le RN face à la baisse du pouvoir d’achat « Il est hors de question que Brest devienne une "zone natio" » Des partis de gauche et des syndicats sont aussi visés. Au local de Solidaires 29, ces deux syndicalistes sortent d'un tiroir des stickers. Ils les ont trouvés, collés sur leur porte. « C'est marqué "zone nationaliste" avec la fleur de lys et la croix celtique », décrivent les syndicalistes. Locaux tagués, serrures bouchées, manifestations perturbées… Ces derniers mois, les menaces se multiplient contre le syndicat. « Moi, je dis toujours que je n'ai pas peur. Une attaque comme celle du Café de la Plage, elle est assez spectaculaire et, pour moi, c'est un peu terroriste. Et en fait, ils ne nous empêcheront pas de parler, ils ne nous empêcheront pas de sortir. Ils ne nous empêcheront pas de militer et de défendre les valeurs qu'on a chevillées au corps », souligne l'une des syndicalistes. « J'ai une crainte, il ne faut surtout pas que Brest se transforme comme Lyon, lâche l'autre syndicaliste. Lyon est depuis des années un laboratoire de l'extrême droite, d'emprise de l'extrême droite sur le vieux centre-ville de Lyon. C'est vraiment dur. Les agressions, je ne sais pas combien il y en a à Lyon, mais ça fait des années qu'il y en a. Il faut faire plus attention quand on organise des trucs publics. Il est hors de question que Brest devienne une "zone natio", comme ils disent. » Devant le Café de la Plage, la terrasse a été réparée. L'enquête n'a rien donné pour le moment. Le groupe de supporteurs soupçonné d'avoir attaqué est injoignable. Les actions d'extrême droite ne se sont pas calmées. Des tags nationalistes ont été découverts mercredi 22 avril sur les murs d'un lycée de la ville. À lire aussiGauche, droite: le retour de la violence?

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  5. 6d ago

    LGBT+: «31 14» le numéro national de prévention du suicide particulièrement sollicité

    En ce mois des Fiertés, il est important de rappeler que les personnes LGBT sont plus sujettes au mal-être et aux tentatives de suicide car elles sont plus exposées aux violences et discriminations, à l'abus de substances psychoactives ou au renoncement aux soins. Pour faire rempart au désespoir, le « 31 14 » est le numéro de la ligne d’écoute nationale confidentielle et gratuite. Il a pour mission d’apporter écoute et secours aux personnes en détresse psychologique. Chaque année en France, 9 000 personnes mettent fin à leurs jours, l’un des taux les plus élevés d’Europe. Laurence Théault s'est rendue au centre « 31 14 » de Lille, dans le nord de la France. Le 31 14 ne cesse de sonner, au bout du fil, celles qu'on appelle les répondantes sont des infirmières. Elles ont été formées à la prévention du suicide. Le profil des gens qui composent le « 31 14 » est très varié. « Toutes les tranches d'âges sont représentées, donc on peut aussi bien prendre en charge des enfants que des personnes âgées, des adultes. On prend en charge au « 31 14 » ici des personnes homosexuelles, transgenres, explique Estelle, infirmière. Le fait de ne pas forcément être accepté dans la famille par l'entourage. L'isolement, c'est un facteur de vulnérabilité ». Les situations de désespoir sont bien identifiées : solitude, isolement social, familial, discrimination, précarité, rupture amoureuse. Les soignantes le savent, il ne faut jamais minimiser la souffrance psychique. « L'attitude qu'il ne faudrait surtout pas avoir, c'est banaliser, minimiser la souffrance de la personne. Ne pas légitimer sa souffrance non plus. Lui dire : "C'est pas grave" et c'est ce qu'ils entendent autour d'eux, "c'est pas grave, il suffit de se bouger et tu vas y arriver". C'est de la clinique. On la repère, donc les symptômes, et ensuite on prend en charge en fonction des symptômes, développe l'infirmière. C'est du soin. C'est même que du soin en fait. La seule particularité ici qu'on a au « 31 14 », c'est qu'on soigne sans le corps. Mais on soigne. » À lire aussiItalie: le suicide d’un adolescent mis à l’écart à cause de son homosexualité Le centre « 31 14 » collabore avec le Samu C'est très important que la personne en détresse puisse mettre des mots sur sa souffrance. Également infirmière, Mélina définit les contours de ce dispositif. « On est des professionnels de santé. On a une ligne d'évaluation et d'orientation avec des professionnels de santé, infirmiers, psychologues. Ce n'est pas une ligne d'écoute où aujourd'hui "j'ai envie de parler, je m'ennuie, je vais appeler le 31 14". »  Le « 31 14 » peut collaborer avec le Samu dans des situations d'urgence. « Elle a pris en charge une personne qui était manifestement en état de crise suicidaire à proximité d'ici. La désescalade étant difficile, elle a contacté le Samu pour envoyer une ambulance et que cette personne soit prise en charge aux urgences », décrit Mélina. Ces recours au Samu ne représentent que 8 à 10 % des appels. Il y a 9 000 décès par suicide par an en France. C’est énorme pour les répondantes, ces morts sont évitables. Mélina se sent utile. « Il y a des personnes qui disent : "Vous m'avez sauvé la vie." Des personnes qui rappellent parfois en disant : "À ce moment-là, j'ai fait tel geste et grâce à vous, je suis en vie et je vous remercie. Maintenant, je me suis sécurisée" », raconte-t-elle. À lire aussiFrance: harcelée pour son homosexualité, une directrice d'école se suicide le jour de la rentrée  « Entre 25 et 45 % des personnes trans qui ont des idées suicidaires » Les personnes LGBT+ sont confrontées à des risques accrus de suicide en raison de discriminations et d'isolement, comme l'explique le psychiatre Charles-Édouard Notredame, coordinateur national adjoint du « 31 14 ». « Chez les populations homosexuelles, gays et lesbiennes, on a un risque multiplié par quatre de suicide dans les populations trans. Donc, en transidentité, ce risque est multiplié par huit et on estime que c'est environ entre 25 et 45 % des personnes trans qui ont des idées suicidaires. On entend souvent qu'on est dans une société plus ouverte, qui inclut davantage les personnes homosexuelles, mais on est loin d'être arrivé au bout du chemin, et en particulier pour les personnes trans. Mais ça reste des populations vulnérables, requiert une attention particulière. »  Le centre « 31 14 » de Lille reçoit 400 appels par jour. À lire aussiDroits des personnes LGBTQ+: tour d'horizon des situations à travers le monde

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  6. Jun 23

    Les vagues de chaleur en France fragilisent l'équilibre des stocks sanguins

    Après une vague de chaleur précoce et inédite en mai dernier, la France fait de nouveau face à une canicule. Cet épisode de chaleur s'annonce « étendu, durable et intense », avertissait vendredi dernier Météo-France. Avec plus d'un Français sur deux concerné par la vigilance rouge dans plus de 50 départements. Les conséquences des vagues de chaleur se font notamment sentir sur les dons de sang. C'est une conséquence dont nous parlons plus rarement, mais qui existe bel et bien. Début juin, l'Établissement français du sang alertait : les épisodes de chaleur extrême, combinés aux périodes de vacances et de jours fériés comme en mai, fragilisent régulièrement l'équilibre des stocks sanguins. En cette période de canicule, RFI s'est rendue dans une Maison du don du sang, à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Devant une patiente allongée pour don du sang, Carla Tangabia, infirmière, redouble de vigilance car « la vague de chaleur peut fatiguer davantage les donneurs, explique-t-elle. Le corps souffre énormément de la chaleur. En plus avec le don, on fait plus attention. En début de semaine, on nous a rappelé encore de faire très attention, d'être un peu plus vigilant à l'hydratation, de faire attention aux températures. Ici, on a la climatisation, donc ça va. On fait attention aux donneurs, on les surveille, on les garde un peu plus si ça ne va pas. » Dans la salle d'attente, Nora, une donneuse régulière depuis 1992. Ce matin-là, avec la canicule, elle l'avoue : elle a hésité à se déplacer. « Je me suis posé la question en voyant qu'il allait faire très chaud parce qu'en plus j'ai des problèmes de circulation, donc j'ai les doigts gonflés. Donc je me suis posé la question et puis je me suis dit : "Allez, faut y aller" ». À proximité, dans la salle de repos, Céline, 18 ans, se réhydrate. Elle vient de faire son premier don. « On nous prend bien en charge. On nous explique bien la conduite à tenir pour éviter du coup de faire des malaises, surtout au vu de cette chaleur. On nous explique aussi l'importance de s'hydrater. On nous propose des boissons, des gâteaux, etc. » « Venir en ayant bu avant et bien boire après » pour les donneurs de sang Pour éviter d'enregistrer de trop fortes baisses des dons, notamment en période de canicule, Emilia Fumeron, assistante médicale, multiplie les appels. « Alors aujourd'hui, j'ai eu trois personnes qui m'ont dit qu'à cause de la chaleur, ils préféraient attendre que les températures diminuent avant de venir. J'en suis à mon cinquantième appel avec deux rendez-vous confirmés. Je laisse beaucoup de messages. Les gens sont au travail. Ils ne sont pas non plus forcément disponibles, mais ça leur fait un rappel. » Et ces sollicitations sont nécessaires, explique Sophie Boiron, médecin de prélèvements. « Il y a une petite baisse actuellement et je pense que ça va aller en augmentant parce que plus la température va augmenter, je pense qu'on aura moins de monde. Déjà, le nombre global de dons prévus dans la journée est moindre. » Et la médecin rappelle qu'il est bien possible de donner son sang en période de canicule. « On peut, mais il faut absolument bien s'hydrater, ça c'est fondamental. Venir en ayant bu avant et bien boire après. Et surtout bien suivre les consignes qu'on leur donnera. Mais donner oui ! » Donner pour éviter de fragiliser l'équilibre des stocks sanguins. C'est un credo constant, explique Syria Laperche, directrice médicale de l'établissement français du sang. « Le besoin est constant, d'autant que les produits sanguins sont labiles. Le globule rouge ne peut être conservé que 42 jours et les plaquettes sept jours. Donc c'est un stock qu'il faut renouveler de manière constante et fréquente. » Avec la multiplication à venir des vagues de chaleur, plus précoces, plus fréquentes et plus intenses, l'Établissement français du sang assure rester vigilant sur le sujet. À lire aussiComment le changement climatique affecte-t-il le don du sang?

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  7. Jun 23

    Une veillée républicaine avant l'entrée au Panthéon de Marc et Simonne Bloch

    En France ce mardi 23 juin, le Panthéon va accueillir en son sein le grand historien Marc Bloch. Mais avant cela le public peut rendre hommage à l'historien depuis lundi soir lors de la veillée républicaine. C’est l’École normale supérieure, dont Marc Bloch fut élève de 1904 à 1908, qui a été choisie pour accueillir l'événement. Il s’agit d’un rite solennel qui permet à la Nation de se recueillir une dernière fois avant la cérémonie de panthéonisation proprement dite. Son but ? Marquer la transition entre le statut de citoyen illustre et celui de « Grand Homme » (ou Grande Femme) de la patrie. « Vous avez bien sûr déjà contemplé les cénotaphes de Simone et de Marc Bloch, qui en repartiront demain après-midi vers le Panthéon », tel est le discours que l'on peut entendre lors de la veillée républicaine qui se déroulait dans la soirée du lundi 22 juin, à l'École normale supérieure.  C'est dans la bibliothèque de la grande école que sont exposés les cercueils de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal, le drapeau français les recouvre. Pour Frédéric Worms, le directeur de l'ENS c'est un honneur à plus d'un titre : « Ce n'est pas seulement parce que Marc Bloch était un des anciens élèves les plus prestigieux de notre école, très prestigieuse. Ce n'est pas seulement pour ça. C'est parce qu'il incarne les principes qui sont représentés aussi par cette école, qui sont, je dirais, même pas la science. C'est vraiment la vérité. C'est la science comme travail de la vérité, mais c'est la valeur de la vérité. Le fait que la vérité, pour un historien, c'est fondamental, ça s'établit, ça se démontre contre des fabrications, contre des mensonges, il a défendu la vérité ». « Un élève absolument brillant » Veste de costume malgré la chaleur, Matis tenait à rendre hommage à son arrière-grand-père, il évoque les bulletins scolaires du tout jeune Marc Bloch. « Alors c'était un élève absolument brillant. J'ai gardé ses bulletins scolaires qu'on a récupérés d'un fonds de Moscou en 1995. Il est premier absolument partout, Marc Bloch, sauf en mathématiques. À part ça, il est premier prix partout et a des appréciations absolument extraordinaires, notamment une qui me marque profondément de son professeur d'histoire, "élève zélé et intelligent, sait et comprend l'histoire", s'émerveille Matis Bloch.  Et l'arrière-petit-fils aurait de qui tenir en ne manquant pas d'humour. « Marc Bloch est fils de professeur d'histoire, le professeur Gustave Bloch, qui était aussi professeur à l'École normale supérieure, puis à la Sorbonne. Marc Bloch est aussi un fils de. Mais ce n'est pas grave », s'amuse le jeune homme.  Marc Bloch a révolutionné l'histoire en la faisant dialoguer avec les sciences sociales. Mais ce qui intéresse Jean, étudiant à l'École normale supérieure, c'est le résistant, celui qui s'est engagé pendant la guerre. « C'est un certain engagement, un sens de l'engagement en tant qu'intellectuel, ce qui est très inspirant, pas simplement pour l'historien en devenir, mais plus généralement pour tout étudiant de l'École normale supérieure, peu importe sa discipline. Cet idéal de l'engagement est encore très inspirant, très enthousiasmant », raconte l'étudiant.  « Un produit du système » qui n'hésite pas à le critiquer Mathématicien, Martin Andler est président de l'association des anciens élèves de l'ENS, il salue l'esprit critique de Marc Bloch. « Il prend ses distances par rapport à la manière française d'enseigner, il critique le bachotage. Or, pour rentrer à l'École normale, il faut faire beaucoup de bachotage. Il critique le système des grandes écoles. C'est quelqu'un qui est à la fois complètement un produit du système et en même temps qui a une distance par rapport au système. Et c'est ça qui me séduit », s'exclame Martin Andler. Étudiante en histoire, Agathe assiste à la veillée. Pour elle, Marc Bloch éclaire le présent. « Si on prend son livre Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, de quoi parle t-il ? Il parle très exactement des fake news, ce qui aujourd'hui est absolument omniprésent. Et est-ce que les intelligences artificielles génératives finalement ne sont pas des propagatrices de fake news ? Mais est-ce que Marc Bloch ne serait pas exactement la personne qu'il nous faut pour mieux savoir le danger que représentent les fake news et mieux savoir comment s'en prémunir ? », s'interroge l'historienne.  Ce sont des officiers de réserve qui dormiront dans la bibliothèque pour veiller toute la nuit sur les cénotaphes de Marc Bloch et de Simonne Vidal. À lire aussiMarc Bloch, historien de génie, patriote combattant et figure de la Résistance

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