L'Épopée des musiques noires

Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 21h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 17h30 vers l'Afrique lusophone, à 18h30 vers Prague, à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU +1 en grille d'hiver).

  1. 2D AGO

    Ali Farka Touré, 20 ans après…

    Le 7 mars 2006, Ali Farka Touré disparaissait à l’âge de 66 ans. Quelle empreinte culturelle a-t-il laissée à la postérité ? Son aura nourrit-elle toujours la créativité de ses héritiers ? Depuis Niafunke au Mali, le célèbre guitariste avait défendu et bâti tout au long de sa vie un patrimoine révéré par nombre de ses contemporains. De Ry Cooper à Martin Scorsese, de Taj Mahal à Toumani Diabaté, de Corey Harris à Lobi Traoré, les louanges n’ont jamais cessé. Retour sur une épopée majestueusement blues. Ali Farka Touré avait réussi à donner de l’éclat à une culture ancestrale que ses nombreux disques exposaient aux oreilles d’auditeurs attentifs, curieux et ouverts aux matrices musicales africaines. Ali Farka Touré fut un pionnier, l’ambassadeur d’un blues enraciné dans le terreau originel du Sahel. Symbole universel d’un patrimoine sonore ouest-africain, sa prestance et son rôle dans la diffusion d’un héritage séculaire sont indéniables. Son fils, Vieux Farka Touré, a aujourd’hui la lourde responsabilité de porter à bout de bras le message et le discours de son illustre aîné. L’album Les Racines, qu’il fit paraître en 2002, fut sa contribution à la préservation d’un son immédiatement identifiable. Le répertoire d’Ali Farka Touré est, sans nul doute, devenu intemporel et parfaitement adapté à notre XXIè siècle. Lorsqu’il participa à l’album Talkin’ Timbuktu, en 1994 aux côtés du guitariste américain Ry Cooder, les amateurs de blues eurent le sentiment de découvrir l’un des leurs. Pourtant, même s’il écoutait le blues américain, Ali Farka Touré ne se voyait pas bluesman. On peut cependant trouver des liens entre les traditions musicales africaines et américaines. Longtemps, on a comparé le jeu d’Ali Farka Touré à celui de son homologue américain John Lee Hooker. Qui s’inspirait de l’autre ? Il est clair que le blues est originellement l’émanation d’un idiome culturel africain transporté outre-Atlantique durant des siècles d’esclavage. Ce que jouait John Lee Hooker était un écho d’un lointain passé africain. Ali Farka Touré était le gardien des traditions et même si sa texture sonore ressemblait au blues, elle restait profondément attachée à la terre de ses ancêtres. L’un des témoignages vibrants du lien invisible mais palpable qui existe entre les continents africain et américain fut le fameux film de Martin Scorsese, « From Mali to Mississippi », qui suit le périple du bluesman Corey Harris en Afrique de l’Ouest et, notamment au Mali, où il rencontre le patriarche Ali Farka Touré. Ce documentaire passionnant, sorti en 2003 dans la série « The Blues », permit aussi l’enregistrement d’un album de Corey Harris en présence de son héros Ali Farka Touré. Corey Harris reconnaissait volontiers avoir éprouvé beaucoup d’émotion en présence d’une légende. « J’avais beaucoup plus à apprendre de lui que lui de moi, tout simplement, parce qu’il était mon aîné et je respecte cela au plus haut point. C’est grâce à lui que j’ai progressé et que j’ai acquis une certaine crédibilité sur le continent africain. Ce n’était pas mon but au départ mais, par la suite, lorsque je me rendais au Mali et que je croisais Djelimady Tounkara, Salif Keita, Cheick Hamala Diabaté, Abdoulaye Diabaté, ils m’accueillaient sincèrement car ils me connaissaient grâce à Ali Farka Touré. Ses contemporains me respectaient. Il y avait un lien fort entre nous ». (Corey Harris au micro de Joe Farmer) Comparer le blues américain et les tonalités songhaï ou tamasheq nourrit un interminable débat. Notons seulement que l’influence culturelle d’Ali Farka Touré sur les artistes d’aujourd’hui est incontestable. La musique du guitariste et chanteur Cédric Burnside rappelle, à son grand étonnement, les intonations d’Ali Farka Touré. « L’un de mes bons amis est originaire de Gambie. Dans sa discothèque, j’ai découvert un disque d’Ali Farka Touré. Je n’avais jamais entendu parler du personnage. De toute façon, je n’écoutais pas vraiment de musique africaine. Avant même qu’il ne me parle de ce musicien malien, j’ai été interpellé par la sonorité de sa guitare qui me rappelait celle de Junior Kimbrough, une légende du blues dans le Mississippi. J’ai d’ailleurs cru qu’il s’agissait d’un disque de ce vétéran du blues mais, lorsque Ali Farka Touré s’est mis à chanter, j’ai immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas de Junior Kimbrough. Et cette voix du désert malien m’a immédiatement conquis ». (Cédric Burnside sur RFI - Mai 2022) Sur le continent africain aussi, les héritiers du maestro tentent ou ont tenté de perpétuer son message et sa musicalité si spécifiques. Ce fut le cas du regretté guitariste malien Lobi Traoré. En 2004, il eut l’honneur d’être épaulé par son mentor, Ali Farka Touré, et ce coup de pouce décisif lui permît d’enregistrer l’album Mali Blues. « Au début, j’écoutais Ali Farka Touré sans le connaître, puis je l’ai rencontré et je fus impressionné par son jeu à la guitare sèche. Progressivement, nous nous sommes trouvé des passions communes, jusqu’au jour où Ali Farka Touré m’a indiqué qu’il aimait ma sonorité, qu’il appréciait le fait que j’étais autodidacte comme lui. Son intérêt pour ma musique a attisé son envie de produire un de mes albums. Ali Farka Touré est un joyau de la culture malienne ». (Lobi Traoré – Juin 2004) 20 ans après la disparition d‘Ali Farka Touré, les hommages sont unanimes. Ce grand personnage ne cessera de susciter l’admiration tant son aura irrigue toujours l’inspiration des instrumentistes actuels. Le festival « Ali Farka Touré » le célébrera d’ailleurs du 27 au 29 mars 2026 à Lafiabougou et Niafunké au Mali ! ⇒ La Fondation Ali Farka Touré.   Titres diffusés cette semaine : - « Sambadio » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Voyageur  - « Hani » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali  - « Seygalare » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali  - « Diaraby » par Vieux Farka Touré et Kruangbin, extrait de l’album Ali  - « Diaraby » par Ali Farka Touré et Ry Cooder, extrait de l’album Talkin’ Timbuktu  - « Khafolé » par Eric Bibb et Habib Koité, extrait de l’album Brothers in Bamako - « Ruby » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album Ali & Toumani  - « Kadi Kadi » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album In the Heart of the Moon  - « 44 Blues » par Corey Harris, extrait de l’album Mississippi to Mali - « Call on me » par Cedric Burnside, extrait de l’album Benton County Relic - « Dunya » par Lobi Traoré, extrait de l’album Mali Blue - « Penda Yoro » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Savane  - « Mahini Me » par Ali Farka Touré et Taj Mahal, extrait de l’album The Source.

    29 min
  2. FEB 28

    Eric Bibb, à la source du blues libérateur

    Au fil des années, on a connu Eric Bibb conteur, penseur, brillant orateur. Avec One Mississippi, il ajoute à cette palette de qualités humaines, un élan bienfaiteur irrépressible. Irrité par les turbulences mondiales, il fait un constat : le blues ancestral peut apporter réconfort et confiance. La musique guérit et apaise nos maux. Filleul du regretté Paul Robeson, célèbre activiste afro-américain disparu il y a 50 ans, il a en lui cette verve profondément humaniste héritée de ses aînés. En août 2026, Eric Bibb aura 75 ans ! Son expérience et son vécu ont forgé ses convictions. Le doux timbre de sa voix et le choix toujours pesé de ses mots le hissent au rang des sages que l’on écoute. Conscient des dangers qui nous guettent si la modération ne l’emporte pas, il œuvre pour que notre esprit s’échappe des turpitudes quotidiennes et ne glisse pas vers un pessimisme mortifère. Alors, sa guitare à la main, il délivre un message d’espoir et de tempérance. Eric Bibb n’est pourtant pas un ingénu, il sait combien la géopolitique de ce XXIè siècle décide de notre avenir. Il sait que les choix politiques passés et présents conditionnent notre réflexion. Comme nombre de bluesmen avant lui, il manie le verbe pour indiquer une voie et susciter le débat. Autrefois, ses aïeux luttaient pour se faire entendre. Hurler son mal-être pouvait être dangereux face à l’intransigeance d’une Amérique embourbée dans un conservatisme violent et profondément injuste. Il fallait jouer des coudes et trouver la parade pour déjouer les pièges d’une société raciste. Les chansons des artistes afro-américains portaient un sens caché que la communauté noire savait déceler. Aujourd’hui, Eric Bibb fait de même. Il nous invite à écouter attentivement ses propos et à décoder sa verve généreuse. « Muddy Waters », par exemple, n’est pas seulement une ode au célèbre pionnier du Chicago Blues électrique. « Muddy Waters » évoque également les eaux boueuses dans lesquelles son pays d’origine s’est noyé jadis en pariant sur l’autoritarisme. Les États-Unis d’aujourd’hui suivent-ils cette même dérive ? Eric Bibb semble en être convaincu. « This one don’t » est une autre mélodie dont il faut savoir entendre l’intention. Le rythme soutenu et l’humeur légère de cette mélopée ne masquent pas complètement le discours de son auteur qui fait état de l’extrême polarisation du système politique américain actuel. Faire un pas à droite, puis un pas à gauche, n’est pas une simple leçon de danse. C’est un constat saisissant de l’antagonisme des idéologies au cœur du pouvoir américain en 2026. Et si chacun faisait un pas vers l’autre ? C’est le vœu de tout citoyen animé par la concorde et le partage. Ces valeurs humaines, que personne ne devrait pouvoir contester, guident depuis plus de 50 ans l’inspiration d’Eric Bibb. Sa prestation le 20 février 2026 au New Morning à Paris en fut une belle démonstration. ⇒ Le site d'Eric Bibb. Titres diffusés cette semaine : - « Change » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi » - « We got to find a way » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi » - « Flood Water » par Olivier Hutman et Lamine Cissokho (feat. Eric Bibb) extrait de « The Following » - « This one don’t » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi ».

    29 min
  3. FEB 21

    Kenny Barron fait chanter son piano

    À 82 ans, l’illustre Kenny Barron réalise un rêve : accueillir les plus belles voix d’aujourd’hui sur ses propres compositions. Pour l’occasion, le maestro a souhaité réunir des tonalités originales et des textures vocales adaptées à son répertoire. Kurt Elling, Tyreek McDole, Cécile McLorin Salvant, Ekep Nkwelle, Catherine Russell, entre autres, ont relevé le défi et magnifié l’album Songbook du génial pianiste. Il nous en parle avec passion et générosité… Accompagner les meilleurs interprètes du jazz n’est pas vraiment une nouveauté pour Kenny Barron qui, de longue date, a mis son talent au service de personnalités comme Chet Baker ou Ella Fitzgerald. Toujours à l’écoute de son environnement sonore, ce merveilleux instrumentiste a épousé avec goût et délicatesse les évolutions stylistiques de ses contemporains. Déjà en 1964, aux côtés du trompettiste Dizzy Gillespie, il virevoltait sur les accents bossa nova en vogue à l’époque. Né en 1943 à Philadelphie, Kenny Barron fait partie d’une génération qui a connu les pionniers, les a observés et s’en est inspiré. Ses héros s’appelaient Tommy Flanagan et Thelonious Monk dont les ornementations swing diamétralement opposées le fascinaient. Toujours prompt à tenter des expériences, Kenny Barron n’a jamais hésité à confronter son jeu à celui d’autres virtuoses aguerris. C’est ainsi qu’en 1990, il partit en tournée avec 9 autres pianistes de renommée internationale dont Hank Jones, John Lewis, Cedar Walton, entre autres. Cette série de concerts nommée « 100 Golden Fingers » fut l’un de ses meilleurs souvenirs car il était le plus jeune de l’orchestre et partageait la scène avec ses mentors. Une telle aventure musicale jubilatoire est à l’image de Kenny Barron, un artiste ouvert, attentif, d’une rare humilité, un « éternel étudiant », comme il aime à le répéter. L’audace de la nouveauté ne l’effraie pas. N’avait-il pas choisi de dialoguer en 1996 avec le percussionniste Mino Cinelu sur l’album Swamp Sally ? Ne s’était-il pas plongé dans les rythmes du Brésil avec le Trio Da Paz en 2002 ? N’avait-il pas enregistré en 2022 un album solo au Théâtre de l’Athénée à Paris ? Kenny Barron aime les challenges et les relève souvent haut la main. Le « Songbook » qu’il dévoile aujourd’hui lui permet d’explorer les différentes cultures musicales héritées de « L’épopée des Musiques Noires », le calypso, le blues, le jazz, avec une maîtrise indiscutable et un élan mélodique unique. Kenny Barron est un artisan précieux qui a su modeler si précisément son expressivité qu’elle en devient son empreinte. Son dernier concert au Théâtre du Châtelet à Paris, le 9 février 2026, en fut une lumineuse démonstration. ⇒ Le site de Kenny Barron. Titres diffusés cette semaine : - « Cook’s Bay » par Kenny Barron (feat. Ann Hampton Callaway) - « Calypso » par Kenny Barron (feat. Tyreek McDole) - « Fiesta Mojo » par Dizzy Gillespie (feat. Kenny Barron) - « Minor Blues Redux » par Kenny Barron (feat. Catherine Russell).

    29 min
  4. FEB 14

    Hommage à Ebo Taylor

    Le 7 février 2026, un mois seulement après avoir fêté son 90ème anniversaire, le chanteur, guitariste, chef d’orchestre et compositeur ghanéen, Ebo Taylor nous quittait à jamais livrant à la postérité un patrimoine musical inestimable. Considéré comme l’un des pères fondateurs du Highlife moderne, ce brillant instrumentiste fut un esprit futé qui comprit assez rapidement combien l’apport d’autres formes d’expression pouvait nourrir son inspiration et sa musicalité. Né à Cape Coast au Ghana, le 7 janvier 1936, Ebo Taylor vit ses années de jeunesse sous domination britannique, mais cette proximité avec la culture anglo-saxonne a une vertu. Elle lui facilite les voyages vers l’Europe à travers des échanges scolaires propices à l’enseignement musical. Cette opportunité de peaufiner ses connaissances stylistiques lui ouvre les oreilles. La musique classique européenne, le jazz américain, les rythmes caribéens, font une entrée fracassante dans son univers sonore et inclinent ses élans créatifs vers une fusion multicolore assumée. Au même moment, son futur alter ego nigérian, Fela Anikulapo Kuti, remet également en question les traditions ancestrales et se tournent à son tour vers un swing novateur. L’afrobeat est en gestation. Nos deux compères apprennent simultanément à mâtiner leur idiome naturel de rythmes et d’harmonies suffisamment riches et inattendues pour faire évoluer leur identité artistique. Le Highlife et l’Afrobeat se ressemblent mais ces deux vocabulaires spécifiques traduisent des destinées, des épopées, des histoires sociales inhérentes à chaque peuple. Ebo Taylor attachait de l’importance à ce poids patrimonial massif qui définit une communauté, et s’il jouait malicieusement avec les codes de la musique traditionnelle ghanéenne, il en respectait les racines. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’il mentionne l’un de ses mentors, Jacob Sam, instigateur du Highlife originel, comme pour réaffirmer son appartenance à une lignée de musiciens valeureux et authentiques. Certes, il citait également Charlie Parker, Cole Porter, Hoagy Carmichael, George Gershwin, Johannes Brahms et Piotr Ilitch Tchaikovsky, parmi ses compositeurs préférés, mais il revenait toujours à l’essence de l’ethnie Fanti dont les rites l’habitaient toujours. Ebo Taylor a bousculé les normes et fait jaillir une nouvelle manière de modeler le Highlife de ses aînés. Il a relevé le défi insensé de s’inscrire dans son temps sans trahir l’âme des pionniers. Il est juste regrettable que son aura n’ait jamais atteint l’universalité à laquelle il pouvait prétendre. Les tentatives du label Strut Records de le replacer dans le feu des projecteurs furent, certes, fort utiles mais tellement éphémères. Son nom réapparut, au début des années 2010, et suscita la curiosité d’une nouvelle génération d’auditeurs dont la mission sera désormais de perpétuer son message et de préserver son œuvre. Titres diffusés cette semaine : - « Kruman Dey » par Ebo Taylor (2012) - « Parker’s Mood » par Charlie Parker (1948) - « Fingerpickin’ » par Wes Montgomery (1958) - « Heaven » par Ebo Taylor (1977) - « Appia Kwa Bridge » par Ebo Taylor (2012).

    29 min
  5. FEB 7

    Quincy Jones : les films de sa vie

    Il ne fallait pas moins de 20 CDs pour honorer la mémoire du regretté producteur, compositeur, arrangeur et trompettiste afro-américain Quincy Jones, disparu le 3 novembre 2024 à 91 ans. L’anthologie qui paraît aujourd’hui ne s’arrête pas seulement sur les œuvres les plus connues de l’artiste. Elle met l’accent sur certaines facettes du personnage trop souvent omises des rétrospectives et, notamment, sa passion pour le cinéma et, singulièrement, les musiques de films.   Stéphane Lerouge, concepteur du coffret « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » nous en dit plus. Qu’avons-nous retenu de la lumineuse destinée de Quincy Jones ? Le réflexe serait de mentionner immédiatement ses collaborations fructueuses avec Michael Jackson. Cette partie émergée de l’iceberg cache certainement d’autres trésors musicaux inestimables. De sa première prestation en qualité de trompettiste en 1951 dans l’orchestre de Lionel Hampton à sa dernière session de studio en 2023 pour diriger l’enregistrement du thème générique de la série « Peter Gunn », 70 ans se sont écoulés et le patrimoine artistique légué par ce grand personnage se délecte sans modération. En suivant l’ordre chronologique des œuvres de Quincy Jones, on note instantanément l’évolution progressive d’un homme pressé d’apprendre, de se perfectionner, de faire tomber les barrières raciales et culturelles, de dépasser les limites imposées par l’esprit étriqué d’une société américaine trop conservatrice. Son choix de suivre les conseils de la grande pédagogue, Nadia Boulanger, à la fin des années 50, lui révèle des perspectives d’avenir insoupçonnées. Qu’il crée son propre Big Band, qu’il signe les arrangements de nombreuses productions cinématographiques, qu’il produise les albums de ses compagnons de route, l’exigence est la même. Quincy Jones ne veut pas être un compositeur afro-américain de plus dans l’industrie discographique, il veut faire oublier sa couleur de peau et imposer son statut de créateur capable de maîtriser avec le même enthousiasme différents langages harmoniques et rythmiques, le répertoire classique européen comme l’héritage du blues ancestral. Il est un citoyen attentif aux métamorphoses sociales de son temps et flaire assez vite les potentiels soubresauts de son environnement sonore. Si le swing nourrit toutes ses fulgurances stylistiques, d’autres sources d’inspiration guident ses pas. Il devient ainsi un personnage incontournable capable de devancer les attentes de ses interlocuteurs. « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » révèle la maestria multidisciplinaire d’un artisan fascinant. ⇒ Quincy Jones. Titres diffusés cette semaine : - « Soul Bossa Nova » - Quincy Jones (1962) - « Kingfish » - Lionel Hampton Orchestra (Featuring Quincy Jones) (1951) - « In the Heat of the Night » - Ray Charles (1967) - « Miss Celie’s Blues » - Tata Vega (1985).

    29 min
  6. JAN 31

    Le Gangbé Brass Band relie les deux rives de l’Atlantique

    Le Gangbé Brass Band veille vaillamment depuis 35 ans à restituer le message des pionniers africains partis, souvent contre leur gré, vers les Amériques. From Ouidah to Another World ne raconte pas seulement la lente et douloureuse traversée transatlantique d’hommes et de femmes asservis pendant des siècles, mais aussi l’apport progressif de traditions, de rites, de codes, dont l’élan multiculturel a modifié le cours de l’histoire. Narrer une aventure humaine tragique ne doit pas seulement être l’addition de commentaires nourris de sentiments victimaires. Il est plus constructif de tirer les enseignements d’un drame humain et de tendre la main dans un esprit de concorde et d’apaisement. C’est l’intention d’Athanase Obed Dehoumon, pilier du Gangbé Brass Band, dont la générosité de cœur l’invite à regarder le présent avec acuité et l’avenir avec espoir. Il n’est pas naïf, il sait que l’enjeu est de taille dans un monde toujours agité par des guerres et confrontations insensées, mais il veut croire en la bonté humaine et encourage la tempérance et l’écoute. Pour cela, il s’est entouré de ses fidèles compagnons du Gangbé Brass Band, mais a aussi fait appel à quelques invités de marque, le guitariste Lionel Loueke et la chanteuse Angélique Kidjo, notamment. Musicalement, la flamme afrobeat du Gangbé n’a pas vacillé. Il faut dire que cette matrice sonore repose sur une connaissance parfaite de cet idiome musical façonné par le regretté « Black President », Fela Anikulapo Kuti, dont Athanase et ses comparses se réclament en toute humilité. Ils ont d’ailleurs maintes fois côtoyé la famille Kuti, joué avec le fils Femi Kuti, fréquenté le Shrine à Lagos et salué la mémoire de leur illustre aîné. Pour autant, il serait injuste de réduire la tonalité de cette imposante formation cuivrée à cette seule humeur musicale nigériane. Le Gangbé puise sa force expressive d’autres sources d’inspiration. Le jazz américain et les rythmes caribéens dessinent les contours d’une créolité assumée. Cette richesse harmonique sied divinement à ces instrumentistes virtuoses qui louent incessamment les vertus du dialogue. Si la complainte du blues n’est jamais éludée, elle ne décide pas, seule, de l’intention artistique du répertoire. Athanase Obed Dehoumon et ses acolytes font scintiller les mille et une nuances stylistiques des patrimoines afro-planétaires. De « La porte du grand retour » à « La complainte pour un déporté », de « Vignon » à « Ouidah Spiritual », toutes les émotions nous étreignent et éveillent en nous cette petite lueur résiliente qui défie l’inéluctable. Le Gangbé Brass Band se produira le 5 février 2026 au New Morning à Paris dans le cadre du festival « Au fil des voix ». ⇒ Gangbé Brass Band sur Media Nocte ⇒ Gangbé Brass Band au New Morning.   Titres diffusés cette semaine : « Ayé » (Featuring Angelique Kidjo) par le Gangbé Brass Band « Complainte pour un déporté » par le Gangbé Brass Band « Vignon » par le Gangbé Brass Band « Remember Fela » par le Gangbé Brass Band.

    29 min
  7. JAN 24

    Grant Haua et David Noël, deux «Super Soul Brothers»

    La distance géographique n’interdit pas la complicité artistique. Grant Haua est néo-zélandais. David Noël est béarnais. Tous deux revendiquent une culture profondément enracinée dans un territoire qu’ils chérissent. À vingt mille kilomètres l’un de l’autre, ils sont parvenus à s’entendre à travers une lecture musicale commune pétrie de blues, de soul, de folk. Two Roots est le fruit de cet échange productif très inspiré. Au-delà de leur passion commune pour les musiques africaines-américaines, Grant Haua et David Noël partagent une vision altruiste du monde, respectueuse des identités culturelles autochtones. Ils ont conscience que leur dialogue ne peut avoir lieu que par la volonté farouche de se comprendre et de s’accepter. Cet effort-là n’en fut finalement pas un car, curieusement, leurs terres d’origine se ressemblent. Les paysages néo-zélandais et béarnais sont semblables. La faune et la flore paraissent issues du même terreau. Ce seul constat les a rapprochés et une camaraderie sincère a scellé leur union musicale transcontinentale. En s’apprivoisant l’un l’autre, il se sont découvert des points communs qui dépassent le simple projet discographique. La musique est un langage universel qui permet de transmettre des messages clairs à un public très vaste. Alors que la planète vit de plus en plus violemment les dérèglements climatiques, interroger le public sur ses choix est une exigence que nos deux compères entendent bien porter à travers leurs œuvres. « Ce message se retrouve d’ailleurs dans « What have we done », l’une de mes chansons préférées de l’album. Un titre comme celui-ci permet aux gens de réfléchir à leur rôle individuel et collectif. Ce n’est finalement qu’une petite piqûre de rappel pour que chacun d’entre nous se sente concerné par les évolutions du monde. C’est une manière de dire qu’il faut se mettre à la place de ses contemporains et essayer de les comprendre. Ce n’est pas qu’une question environnementale, c’est savoir être à l’écoute de son prochain. Une chanson comme « What have we done » a une valeur sociale qu’il ne faut pas éluder. Il suffit ensuite d’y ajouter quelques arrangements musicaux bien sentis et un riff de guitare ici où là, et le tour est joué ! ». (Grant Haua au micro de Joe Farmer) L’art, et a fortiori la musique, ne peuvent se soustraire à l’intention politique ou à l’engagement citoyen. Le blues qui transpire dans le répertoire de messieurs Haua et Noël fut, et reste un vecteur de transmission idoine pour alerter, dénoncer, questionner, raisonner. Pour autant, le plaisir presque naïf de chanter ou de jouer d’un instrument doit conserver la fraîcheur et l’audace de l’authenticité. Adapter « My Sweet Lord » de George Harrison dans un idiome régional est, certes, une pirouette linguistique ludique mais aussi une prouesse qui prend tout son sens quand elle sert un propos multiculturel. C’est ce à quoi se sont attelés David Noël et Grant Haua dans cet album judicieusement nommé « Two Roots » (Deux Racines). Retrouvez Grant Haua avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), les 28, 29, 30 janvier et 1er février 2026 Retrouvez Grant Haua et David Noël avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), le 31 janvier 2026 Retrouvez David Noël avec The Supersoul Brothers à Lescar (sud-ouest de la France), le 30 janvier 2026. - Atua Blues : le choc des cultures entre Grant Haua et David Noël - The Supersoul Brothers - Grant Haua Titres diffusés cette semaine : - « I get the blues » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « Amazing Grace » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « What have we done » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots  - « My sweet lord » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots.

    29 min
  8. JAN 17

    L’énigme Sam Cooke

    Le 22 janvier 1931, il y a 95 ans, un pionnier de la Soul-Music américaine voyait le jour à Clarksdale (Mississippi). Sa courte vie sur terre a marqué les esprits. Sa voix, sa prestance, son engagement artistique, son activisme social, ont inscrit son nom dans la légende. Il n’aura vécu que 33 ans mais son aura continue de susciter admiration et interrogations. Marc Dolisi s’est penché sur la destinée de ce personnage unique et s’est notamment intéressé, dans son dernier livre, à cette fameuse nuit du 10 au 11 décembre 1964 durant laquelle Sam Cooke fut froidement assassiné. Si l’auteur précise, dès l’introduction, que son récit laisse le lecteur conclure tant les zones d’ombre de cette histoire tragique restent nombreuses, il nous guide malgré tout dans les méandres d’une énigme toujours très vivace. Qui a tué Sam Cooke ? Pourquoi ? S’agissait-il d’un complot ? L’enquête de police a-t-elle été bâclée ? Les scénarios ne manquent pour donner à cette affaire une dimension politique mais la réalité est peut-être plus crue. Ce que l’on perçoit aujourd’hui comme une tentative de faire taire un jeune activiste noir en pleine ascension n’est peut-être qu’un triste fait divers. Certes, Sam Cooke avait tissé des liens avec Mohamed Ali et Malcom X et pouvait, aux yeux des autorités racistes d’alors, représenter une menace mais la violence raciale de l’époque était un quotidien auquel aucun homme noir ne pouvait se soustraire. Sam Cooke a-t-il été une victime parmi tant d’autres de la tension sociale qui régnait autrefois ? Marc Dolisi pose la question… Au moment où sa vie s’arrête, Sam Cooke est une vedette dont la notoriété ne cesse de croître. Son dernier album, Ain’t that good news, laisse entrevoir une progressive affirmation de ses convictions. La chanson « A change is gonna come » donne le ton à cette période charnière de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Le jeune chanteur imagine un changement de paradigme… qu’il ne verra pas ! Ces mots et ces notes ont pourtant autant de valeur que la poésie folk d’un Bob Dylan interprétant « Blowin’ in the wind ». Sam Cooke comprend qu’il peut, à son tour, œuvrer pour donner un nouvel élan aux combattants de la liberté. Ses efforts porteront leurs fruits puisque sa chanson accompagnera les plus téméraires esprits progressistes. Quelle place aurait occupée Sam Cooke dans la société américaine des années 70 ? Aurait-il, comme son homologue Marvin Gaye, écrit un pamphlet contre la guerre du Vietnam ? Se serait-il insurgé contre les exactions policières ? Serait-il devenu un sage que l’on écoute et que l’on consulte ? Ses intentions artistiques semblaient le conduire vers une prise de conscience toujours plus palpable. Quel regard porterait-il sur ce XXIè siècle inquiétant ? Peut-être trouverez-vous la réponse dans « La nuit de l’Amérique » (Éditions Erick Bonnier). ⇒ « La nuit de l'Amérique », de Marc Dolisi, aux éditions Erick Bonnier.    Titres diffusés cette semaine : - « Twistin’ The Night Away » par Sam Cooke  - « Jesus Gave Me Water » par The Soul Stirrers - « A Change is Gonna Come » par Sam Cooke  - « This Little Light of Mine » par Sam Cooke.

    29 min

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Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 21h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 17h30 vers l'Afrique lusophone, à 18h30 vers Prague, à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU +1 en grille d'hiver).

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