Figure majeure de la mode africaine, Alphadi, « Magicien du désert », fait depuis plus de quarante ans de la création un outil d’émancipation et de valorisation du patrimoine textile africain. « La culture et la mode peuvent aller plus loin que l’uranium du Niger », affirme l’ambassadeur de l’Unesco pour la paix, l’innovation et la création, célébré à l’exposition Africa Fashion au musée du Quai Branly – Jacques-Chirac. Pour Alphadi, la mode n’est pas un simple exercice esthétique : c’est un acte politique. Il appelle les Africains à porter l’Afrique, à se réapproprier leurs textiles, leurs coupes, leurs parfums, leurs accessoires. « Les Africains doivent porter africain. Les Européens doivent porter africain. Les Américains doivent porter africain », insiste-t-il. Pourquoi, interroge-t-il, les Africains achèteraient-ils les grands costumes et parfums européens sans que l’inverse ne se produise ? À travers ce renversement du regard, il milite pour un changement de mentalité, fondé sur la fierté, la dignité et l’amour de soi. Son engagement est aussi un plaidoyer pour la paix. Face aux guerres, aux coups d’État et aux divisions internes, le créateur affirme sa croyance dans la beauté, l’amour et la culture comme forces capables de transformer le continent. « Pour moi, la paix, la beauté, l’amour peuvent nous amener très loin », confie-t-il. La mode devient alors un langage universel, un moyen de rassembler les peuples et de faire entendre une autre image de l’Afrique : forte, créative, capable. Un parcours pionnier et un combat économique Né au Niger, Alphadi débute sa carrière au début des années 1980. Très vite, il démontre que l’Afrique possède un patrimoine textile d’une richesse exceptionnelle. Depuis plus de quatre décennies, il revisite les vêtements traditionnels en modernisant les coupes et les silhouettes, sans trahir l’âme des tissus et des savoir-faire. Il n’a de cesse de répéter que « l’Afrique aussi peut le faire » et va jusqu’à affirmer que la culture et la mode peuvent rapporter davantage que l’uranium de son pays, pourvu que les décideurs y croient. Son combat est aussi économique et entrepreneurial : prouver que la mode peut devenir une véritable industrie sur le continent. « Le continent peut faire de la mode une économie mondiale », affirme-t-il. À travers ses boutiques implantées dans plusieurs pays africains, il montre qu’on peut créer, produire et vendre en Afrique, pour l’Afrique mais aussi pour l’Europe et l’Amérique. Il encourage les politiques et les financiers à investir dans les créateurs, dans les cosmétiques, les parfums, les textiles africains, afin de bâtir une économie de la mode à l’échelle mondiale. « Il faut que les politiciens et les financiers mettent aussi de l’argent sur les créatifs pour les accompagner dans leur combat », plaide-t-il. Transmission, grandes rencontres et Festival de la mode africaine Le parcours d’Alphadi est jalonné de rencontres décisives avec de grands noms de la mode mondiale, comme Yves Saint Laurent ou Christian Lacroix, qui ont reconnu la force de sa démarche et la modernité de la création africaine. « Yves Saint Laurent s’est approché de moi, il a voulu comprendre ma manière de travailler, mon combat », raconte-t-il. Ces échanges ont nourri son travail et renforcé sa légitimité sur les scènes parisienne et internationale. Souhaitant transmettre cette expérience, il fonde l’Académie Alphadi, une école supérieure de mode et d’arts. Au Niger, environ 250 jeunes filles y apprennent la couture, le stylisme et les métiers de la création. « Leur esprit, c’est d’être comme Alphadi, c’est d’être comme les grands créateurs de demain », dit-il avec fierté. Elles s’inspirent de son parcours et des grands créateurs qui l’ont accompagné, pour devenir à leur tour les talents de demain. En 1998, Alphadi crée le Festival international de la mode africaine (Fima), vitrine majeure de la création du continent. Au fil des éditions, le festival a accueilli les plus grandes signatures de la mode mondiale et rendu hommage à la beauté africaine dans des cadres d’exception, notamment au Maroc. Pour son promoteur, le Fima est un combat essentiel : il met en avant le textile comme produit stratégique, lie mode, tourisme, climat, éducation et image du continent, et contribue à imposer l’idée que « l’Afrique est à la mode. Le combat du Fima, c’est montrer le textile comme produit essentiel et rendre hommage à la beauté africaine », résume-t-il. L’Afrique dans les musées du monde La présence d’Alphadi à l’exposition Africa Fashion au Quai Branly s’inscrit dans cette même volonté de reconnaissance. Conçue par le Victoria and Albert Museum, cette exposition montre la diversité des textiles africains, la richesse des bijoux et des archives photographiques, tout en tissant un dialogue entre passé et présent. Pour le créateur, voir l’Afrique accueillie dans un grand musée, face à un public jeune, étudiant, venu du monde entier, est un symbole fort : « Montrer que ce musée accueille l’Afrique aujourd’hui, que les jeunes viennent visiter l’Afrique et voir que l’Afrique est capable », insiste-t-il. L’Afrique est belle, elle est capable, et elle a une histoire de mode à raconter. Alphadi appelle à multiplier ce type d’événements dans d’autres villes françaises et dans les musées africains, à Abidjan, au Niger et ailleurs. « Le combat est vu en Europe, il n’est pas encore assez vu sur le continent, et ça doit changer », alerte-t-il. Car, rappelle-t-il, si le combat pour la mode africaine est visible en Europe depuis quarante ans, il doit désormais être pleinement reconnu sur le continent lui-même. En tant qu’ambassadeur de l’Unesco pour la paix, l’innovation et la création, il poursuit ce même objectif : faire de la mode un vecteur de fraternité, de dignité et de respect pour l’Afrique, sur toutes les scènes du monde. « L’Afrique aussi peut le faire, pour l’Unesco, pour les Nations unies et pour le monde », conclut-il. Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI