Revue de presse internationale

Panorama de la presse internationale sur les sujets d’actualité du jour. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Catherine Potet.

  1. 17h ago

    À la Une: la fin d’un bastion de la presse libre en Russie

    « Ils nous ont tués » : c’est ce titre qui barre la Une de Novaïa Gazeta, symbole de la presse indépendante en Russie, contrainte de mettre la clé sous la porte par le régime de Vladimir Poutine. « Le 9 novembre, annonce le journal, nous éteindrons les lumières de la maison où nous avons vécu pendant 30 ans, nous arrêterons nos serveurs et nous partirons. Le journal n’existe plus. Les autorités russes et les services de sécurité russes ont contraint notre équipe éditoriale à cesser ses activités. »   Ce n’est pourtant pas faute d’avoir résisté. « Nous avons continué aussi longtemps que possible, explique ainsi l’équipe éditoriale, mais nous avons été expulsés de notre domicile et notre plateforme de dons, qui nous permettait de recevoir un soutien financier de nos lecteurs, a été fermée. » C’est l’invasion russe en Ukraine qui aura eu raison du courage des journalistes de Novaïa Gazeta, comme ils l’expliquent eux-mêmes : « Depuis le début de "l’opération militaire spéciale" en Ukraine, et l’introduction d’accusations criminelles pour "discrédit de l’armée russe", nous ne pouvons plus rendre compte des événements les plus graves et tragiques de notre époque. La censure s’étend à pratiquement tous les aspects de la vie civique. » À lire aussiRussie: le journal d'opposition «Novaïa Gazeta» annonce sa fin sous la pression des autorités Maigre consolation : la fermeture de Novaïa Gazeta a suscité de nombreuses protestations, dont celle de l’ONU, qui parle « d’un nouveau coup dur dévastateur pour les médias indépendants qui subsistent encore en Russie ». « Guerre psychologique » ou « Vaste opération militaire » Les États-Unis préparent-ils une nouvelle attaque contre l’Iran ?  La réponse serait oui, si l’on en croit le journal l’Orient-le Jour, qui s’appuie sur « des sources diplomatiques ». Selon le quotidien francophone libanais, la nouvelle échéance avant des frappes serait fixée par Donald Trump, « au mercredi 4 novembre, à 4 heures du matin ». « Cette date, ajoute l’Orient-le Jour, pourrait comme les précédentes, avoir pour objectif d’accentuer la pression sur les Iraniens dans le cadre d’une guerre psychologique. Mais elle pourrait également signifier que le président américain envisage réellement de lancer une vaste opération militaire, en coopération avec Israël. » L’éventualité de frappes américaines apparaît crédible, d’autant que, selon l’Orient-le Jour, « sur le plan international et diplomatique plusieurs pays de la région ont commencé à prendre des dispositions en prévision d’un éventuel déclenchement de la guerre, notamment en préparant des plans d’évacuation ». À lire aussiMidterms : l’Amérique peut-elle freiner Trump? Le quotidien libanais ne le dit pas mais mais ces frappes qui seraient prévues le 4 novembre, auraient donc lieu au lendemain des élections de mi-mandat aux États-Unis. Elections qui s’annoncent périlleuses pour les candidats républicains, en raison notamment, des conséquences de la guerre contre l’Iran. Manifestations et fête d'Halloween En France, troisième journée de mobilisation sociale ce samedi… Et après le 17 octobre, journée de manifestation émaillée de scènes de pillages, le gouvernement met en garde contre de nouvelles violences. « L’exécutif joue à se faire peur », annonce Libération, qui cite le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez : « On ne tolérera aucun débordement. » La journée pourrait être longue, car elle se prolongera par la soirée d’Halloween, et selon les autorités, « de nombreux appels à rassemblements pour la fête d’Halloween ont été détectés sur les réseaux sociaux, émanant de la mouvance d’ultragauche, l’extrême gauche radicalisée et de certains sites de gilets jaunes radicalisés », « dans de nombreuses villes de France ».   Mais pas question de faire la fête dans la rue. Le ministre de l’Intérieur a prévenu : la Fête d’Halloween ne sera pas « un motif légitime pour se dissimuler le visage dans l’espace public, pour commettre des troubles à l’ordre public ». L’exécutif redoute une « nuit des ténèbres », assure le Parisien, alors que le Figaro parle d’un « nouveau samedi de tous les dangers pour l’exécutif » et cite les prévisions alarmantes d’un « analyste du Renseignement », selon lequel « nous entrons dans un cycle de violence qui peut se prolonger au moins jusqu’à l’élection présidentielle et qui préfigure ce que pourrait être le grand chaos post-2027 ».

  2. 2d ago

    À la Une: l’impasse politique en Israël

    « Ces élections en Israël étaient historiques, les enjeux cruciaux, le pays à la croisée des chemins… mais les urnes n’ont pas tranché, s’exclame Le Figaro à Paris. Hier, alors que la quasi-totalité des bulletins de vote déposés la veille par les quelque sept millions d’électeurs israéliens avaient été dépouillés, aucun parti n’était en mesure de s’imposer pour prendre la tête d’une majorité. » Alors quelle issue à ce scrutin ? Pour le Jerusalem Post, une seule solution : « Netanyahu, Eisenkot et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett devraient s’asseoir ensemble et discuter. Ces trois hommes se sont affrontés pendant des mois lors de campagnes électorales parfois acharnées. Mais l’opportunité d’un large gouvernement sioniste, évoquée depuis si longtemps, existe bel et bien. Un tel arrangement exigerait des compromis (…). Mais la situation actuelle d’Israël justifie assurément cette tentative, affirme le quotidien israélien. Le pays doit encore faire face aux conséquences du massacre du 7 octobre, aux défis sécuritaires posés par l’Iran et ses alliés régionaux, au fardeau que représentent les réservistes et leurs familles, ainsi qu’aux conséquences économiques de plusieurs années de conflit. » S’allier avec les partis arabes ? Non, rétorque le quotidien d’opposition Haaretz : « Le devoir politique et moral des dirigeants du bloc du changement (emmené par Gadi Eisenkot) est d’entamer immédiatement des négociations avec les chefs des partis arabes. (…) Il ne faut pas laisser la lâcheté et le racisme triompher des élections. (…) 19 sièges à la Knesset : ce chiffre témoigne clairement d’un succès sans précédent de la communauté arabe, qui a voté en masse pour une alliance politique avec les Juifs. » Pour le quotidien de centre-droit Ynet, cité par Le Monde à Paris, « les prochains jours seront décisifs et détermineront si Israël se retrouve une nouvelle fois dans une impasse politique, comme ce fut le cas en 2019, lorsqu’il y avait eu trois élections consécutives. Ou bien si, au contraire, nous approchons du moment où commenceront à apparaître des fissures au sein des blocs et une redistribution des cartes visant à empêcher un nouveau scrutin ». Ce qui est sûr, pointe Le Monde, c’est que « la situation de l’opposition apparaît particulièrement difficile. (…) Malgré le traumatisme du 7-Octobre, la coalition construite contre Benyamin Netanyahu a échoué à convaincre une majorité d’Israéliens. Gadi Eisenkot a certes pris un leadership incontestable au sein de l’opposition, mais son incapacité à porter son propre parti en tête face au Likoud porte un rude coup à ses ambitions ». Vers une reprise des hostilités avec l’Iran ? Alors en attendant de sortir de cette impasse politique, pointe L’Orient-Le Jour à Beyrouth, « durant tout le temps que prendra l’assemblage du puzzle gouvernemental, l’équipe de Netanyahu continuera d’assurer l’expédition des affaires courantes. Et si certaines prérogatives – notamment budgétaires - lui seront retirées en tant que Premier ministre par intérim, il sera toujours maître des décisions touchant à la sacro-sainte sécurité, cette hantise d’Israël ». Alors, attention, prévient le quotidien libanais, « barricadé dans son providentiel mais éphémère purgatoire institutionnel, il n’en deviendra que plus imprévisible et dangereux. Netanyahu brûle d’en découdre à nouveau avec l’Iran, et même d’en renverser le régime, mais attend que Trump se décide à lui donner le feu vert ».  En effet, rebondit le Guardian à Londres, « le plus grand danger est que désormais Netanyahu pousse Donald Trump à une nouvelle offensive contre l’Iran après les élections de mi-mandat, voyant dans une guerre permanente son salut politique ». Cette offensive, elle serait déjà dans les tuyaux, à en croire le Wall Street Journal. Le Wall Street Journal qui rapporte que les États-Unis ont averti leurs partenaires du Moyen-Orient de « se préparer à une campagne militaire courte et intense contre l’Iran, immédiatement après les élections de mi-mandat du 3 novembre ». Netanyahu, lui aussi, a réaffirmé le soir des élections qu’il avait une chance historique « de mettre fin, avec son ami Trump, à la menace de Téhéran ». C’est ce que pointe la Repubblica à Rome, qui rappelle en effet « qu’en Israël, juridiquement, un gouvernement sortant conserve le pouvoir de décider d’engager ou non une guerre ».

  3. 5d ago

    À la Une: au Brésil, Lula réélu pour un quatrième mandat

    « Un revirement de situation sans précédent », s’exclame O Globo. Luiz Inacio Lula da Silva recueille près de 4 millions et demi de voix de plus que son adversaire Flavio Bolsonaro, pourtant donné favori. « Après sa victoire, Lula affirme qu’il gouvernera pour l’ensemble des 215 millions de Brésiliens », pointe le journal. « À 80 ans, le candidat du Parti des travailleurs devient président pour la quatrième fois », constate Fohlia de Sao Paulo, mais attention prévient le quotidien, « Lula devra réorienter sa politique et notamment maîtriser les déficits publics. » En effet, renchérit Estadão, « Lula devra trouver des marges de manœuvre budgétaires pour tenir les promesses faites dans la dernière ligne droite de la campagne. » « Un quatrième mandat qui s’annonce compliqué » Une élection largement commentée par la presse internationale : « Grosse surprise au Brésil, lance La Nacion à Buenos Aires : Milei perd le partenaire qu’il espérait. » « La réélection de Lula au Brésil freine le virage à droite de l’Amérique latine », relève le Washington Post. « Pour Lula, un quatrième mandat qui s’annonce compliqué, note Le Monde à Paris, sans majorité au Congrès et sous la pression de la société civile. » En effet, renchérit El Pais à Madrid, « le président Lula, qui fêtera ses 81 ans demain, entame un quatrième mandat qui ouvre la voie à une succession au sein de la gauche et qui le contraint à répondre à un mécontentement face auquel ses anciennes formules ne sont plus efficaces. »

  4. Oct 24

    À la Une: un attentat «terroriste» et «raciste» en banlieue parisienne

    « Cette attaque a fait un mort et cinq blessés, dont une fillette de 12 ans, touchée à huit reprises (…). L’auteur de la fusillade a été très rapidement interpellé par les policiers », précise le Figaro. « Un attentat terroriste raciste », a déclaré Emmanuel Macron. « Un attentat à connotation raciste, probablement islamophobe », estime Ali Rabeh, le maire de Trappes, où les faits se sont déroulés. Le journal Le Monde s’est rendu sur place et constate : « Comme le maire de la ville Ali Rabeh, les habitants rencontrés par Le Monde voient dans l’attaque qui a tué et blessé plusieurs passants dans les rues des Yvelines, vendredi matin, la conséquence de discours qui font des musulmans et des populations d’origine africaine les responsables de tous les maux du pays. » Interrogé par le quotidien français, Moussa Diaby, un commerçant de 32 ans, explique : « À force de dire que les problèmes de la France sont les musulmans, les Noirs et les Arabes, ce qu’on vient de vivre, c’est la suite logique. » « Les habitants rencontrés, poursuit le Monde, craignent que le tireur soit présenté comme "un fou" et que le mobile raciste ne soit finalement pas retenu » . « D’ailleurs le maire de Trappes a vivement regretté que le président de la République n’ait pas qualifié "l’attentat" d'"islamophobe" », explique encore le Monde. Nouvelle journée de mobilisation Cet attentat vient alourdir le climat déjà pesant sur la France, après les manifestations du 17 octobre, émaillées de nombreuses scènes de pillage, et alors que de nouvelles manifestations sont prévues aujourd’hui. Le 17 octobre : une journée qui a suscité une grande émotion et un grand retentissement médiatique. Deuxième acte de cette mobilisation sociale, ce samedi. « La France face au défi du maintien de l’ordre, titre le Parisien, 70 000 policiers et gendarmes vont être dispersés sur tout le territoire (…) pour éviter le fiasco du 17 octobre », les forces de l’ordre ayant été, ce jour-là, totalement débordées. Mais pour Libération, cette « journée de mobilisation » va se dérouler dans « un climat de répression ». « Les autorités, juge le quotidien français, ont opté pour la voie sécuritaire et la restriction des libertés, en laissant toute latitude aux préfets d’interdire localement les manifestations de façon préventive. » Le Figaro, faisant allusion à Emmanuel Macron, parle d’une « fin de règne à risque ». « La semaine dernière, poursuit le quotidien, la France a été livrée aux pilleurs et aux casseurs (…) Hier, c’est le terrorisme qui a fait son retour (…) Le président a fini par annuler son voyage en Afrique, la semaine prochaine ». « Encore 176 jours à tenir, seul face à son impopularité. Une fin de règne à risque, sans fleurs ni couronne », conclut le Figaro. Des démocrates pleins d'espoir Aux États-Unis, les élections du mi-mandat, le 3 novembre, approchent, et les démocrates se préparent à reprendre le pouvoir au Congrès, ou l'espèrent-ils. Et, comme nous l’explique le New York Times, « ils élaborent un plan pour démanteler le programme de Trump ».   Selon le quotidien américain, « les Démocrates sont de plus en plus confiants à l’idée de remporter la Chambre des représentants et ils espèrent obtenir la majorité au Sénat. » Quel est leur programme ? Ils ne manquent pas d’idées. Ils prévoient « le rétablissement des subventions aux soins de santé et des ressources de MedicAid, la fin des droits de douane imposés par Donald Trump et la fin de la guerre contre l’Iran ». Prudence toutefois, car rien n’est encore, explique le New York Times : « Les Républicains conserveront très probablement la possibilité de bloquer les projets de loi au Sénat. De plus, Donald Trump conservera son droit de veto. » L'avenir des États-Unis ne s'écrira donc sans doute pas selon les seuls désirs des démocrates.

  5. Oct 23

    À la Une: le Brésil, à deux jours du deuxième tour de l’élection présidentielle

    Au premier tour, le sénateur d’extrême droite Flavio Bolsonaro (fils de l’ancien président Jair Bolsonaro) a créé la surprise en devançant, assez largement, Luiz Inacio Lula da Silva, le président sortant. Mais si l’on en croit les derniers sondages, le deuxième tour pourrait être plus serré que prévu. Selon le journal Folha de São Paulo, Flavio et Lula « sont à égalité à 50 % » des intentions de vote. Commentaire du quotidien brésilien : « Après ces nouveaux sondages, l’équipe de campagne du candidat du Parti des travailleurs tente de modérer son enthousiasme, alors que celle du candidat du Parti libéral vise à "ne pas commettre d’erreurs" ». Un autre sondage est publié par l’institut Datafolha et O Globo s’en fait l’écho : ce sondage est aussi favorable au président sortant. « Pour la première fois depuis le début de la campagne, explique le journal brésilien, le taux d’approbation du gouvernement de Lula dépasse le taux de désapprobation. Le taux de désapprobation a baissé de deux points pour s’établir à 48 %, alors que le taux d’approbation a progressé d’un point pour atteindre 49 %. » C’est une première depuis « le début de la campagne électorale à la mi-août, mais compte tenu de la marge d’erreur, les deux pourcentages restent techniquement à égalité », ajoute O Globo. La France vue par ses voisins La situation en France continue d'intéresser la presse internationale, et particulièrement la presse européenne. « Des manifestations violentes comme celles qui ont eu lieu en France sont-elles envisageables en Allemagne ? » interroge die Welt. Le quotidien allemand a posé la question au politologue français Fabien Jobard, alors que « des manifestations étudiantes, inspirées de celles qui ont lieu en France, sont prévues le 31 octobre ». Mais pour Fabien Jobard, « il y a trop de différences entre l’Allemagne et la France » pour parler de similitude, notamment parce qu’en Allemagne, « l’éducation relève de la compétence des Länder », soit les régions. Le politologue considère « peu probable que des manifestations s’étendent à tout le pays ». Deuxième question posée par Die Welt : « Les relations avec la police en France sont-elles similaires à celles qui ont cours en Allemagne ? » Réponse de Fabien Jobard : « Non, la police française est plus militarisée, moins accessible et fait davantage usage de la force. »  En Suisse, le journal Le Temps est lui allé à la rencontre « des commerçants et des restaurateurs parisiens qui envisagent de sombrer dans l’autodéfense lors des prochaines manifestations », dont la suivante a lieu ce samedi. « La défaillance des forces de l’ordre lors des émeutes du 17 octobre pousse certains restaurateurs à envisager l’usage d’armes », explique le quotidien helvétique. L'un de ces restaurateurs assure ainsi « qu’il n’a pas l’intention de fermer son établissement ». Il prévient : « J’aurai, dit-il, un couteau et un marteau à portée de main. (…) il est normal de protéger son bien ».  Guerre civile ? La situation en France, qui suscite des réactions jusqu’au Liban. « De quoi la France est-elle malade ? », se demande l’Orient-le Jour. « Il faut éviter certains écueils, estime le quotidien libanais, notamment celui de comparer la situation (du Liban et de la France) et d’en conclure que les Français sont des enfants gâtés qui ne comprennent pas la chance qu’ils ont d’avoir un État-providence, malgré ses dysfonctionnements, et de vivre en paix ». « Un écueil d’autant plus difficile à combattre, poursuit le quotidien libanais, que l’irruption d’une nouvelle grammaire pour décrire la situation française, tant du côté du pouvoir que des oppositions, a de quoi laisser pantois toute personne ayant déjà vécu de l’autre côté de la Méditerranée. Lorsqu’on parle de "guerre civile" ou "d’État policier" ou que l’on va jusqu’à remettre en question le fait de vivre dans une démocratie, quelles que soient les anomalies de celle-ci, c’est qu’on a basculé dans une zone grise ». « Vue de loin, la France ressemble à bien des égards à une énigme », juge l’Orient-le Jour.

  6. Oct 22

    À la Une: le Brésil et les États-Unis à la croisée des chemins

    « Deux élections majeures vont bientôt se tenir dans les Amériques, relève Libération à Paris, au Brésil dimanche, puis aux États-Unis le 3 novembre, et ces deux élections présentent les mêmes risques. Dans les deux cas, le scrutin s’annonce serré, les contestations risquent de fuser à peine les résultats annoncés, et des troubles importants sont à redouter. Surtout, pointe le quotidien français, le niveau du débat politique ne cesse d’être tiré vers le bas, les candidats populistes étant prêts à tout pour décrocher le graal (on l’a vu avec l’accord passé par Donald Trump avec Vladimir Poutine sur le diesel pour tenter de rassurer ses électeurs potentiels). Au Brésil, poursuit Libération, le candidat le mieux placé est une sorte de Trump avec quelques décennies de moins. Flávio Bolsonaro, 45 ans, le fils de Jair qui régna sur le pays de 2019 à 2023. (…) Et comme son père, le candidat d’extrême droite ne recule devant aucune outrance pour marquer les esprits, accusant la gauche et le crime organisé de connivence et allant jusqu’à moquer le zézaiement de Lula lors du dernier débat télévisé. » Un petit point d’écart Et dans les sondages, les deux hommes sont toujours au coude à coude. D’après le quotidien brésilien O Globo, à quatre jours du scrutin, Flavio Bolsonaro obtiendrait 45 % des voix et Lula 44 % : un petit point d’écart donc… Et les deux candidats devront convaincre et mobiliser les abstentionnistes et les indécis. « Au premier tour, rappelle O Globo, plus de 33 millions d’électeurs ne se sont pas rendus aux urnes et près de 6 millions n’ont voté pour aucun des deux candidats. Cela représente près de 40 millions d’électeurs “désemparés“, probablement encore plus désenchantés après le débat entre les deux prétendants. » Commentaire du journal : « L'élection présidentielle la plus imprévisible depuis le retour à la démocratie au Brésil s’achève sur une perspective insolite : le vainqueur sera celui qui aura convaincu les abstentionnistes du premier tour de voter cette fois-ci, et surtout de voter pour lui, et non pour son adversaire. La tâche est particulièrement ardue pour Lula, qui doit non seulement rattraper Flávio Bolsonaro, mais aussi le devancer dans la dernière ligne droite. » Quelle sera l’ampleur de la vague bleue aux États-Unis ? Aux États-Unis, d’après un tout dernier sondage publié par le New York Times, la cote de popularité de Donald Trump est au plus bas. « À deux semaines des élections de mi-mandat, seulement 36 % des électeurs potentiels se disent satisfaits de son action, tandis que 59 % la désapprouvent. (…) Les trois quarts des Américains jugent l’économie passable ou mauvaise. Et une majorité impute ce déclin à Trump : 69 % désapprouvent sa gestion du coût de la vie, 65 % sa gestion de la guerre en Iran et près des trois quarts sa gestion du prix du carburant qui dépasse désormais les 4 dollars le gallon. » Résultat, pointe le Washington Post, « la plupart des analystes prévoient une victoire des démocrates à la Chambre des représentants cette année, la seule question étant de savoir quelle sera l’ampleur de cette vague bleue ». Les uns s’appauvrissent, les autres s’enrichissent Le Post qui souligne aussi que « d’après un sondage Fox News, la principale préoccupation des électeurs n’est apparemment pas la cherté de la vie, mais la corruption au sommet de l’État. Un nombre record de 89 % d’Américains estiment en effet que la corruption est généralisée au sein du gouvernement. Et Trump en fait les frais : une très large majorité pense qu’il privilégie ses propres intérêts commerciaux, son propre enrichissement, au détriment du pays et des citoyens ordinaires. » Commentaire du journal : « la corruption transforme la compétition politique en un cirque pour nantis et Trump semble croire que ce spectacle détournera l’attention. Mais les électeurs ne sont pas de simples spectateurs, prévient le Washington Post. Le président et les Républicains ne devraient pas s’étonner si le lion se retourne contre son dompteur, si une vague bleue déferle sur les élections de mi-mandat. » Enfin même métaphore circassienne pour le Guardian à Londres : « Trump organise des cirques, mais les électeurs veulent aussi du pain. »

  7. Oct 21

    À la Une: après les violences du week-end dernier en France, la foire d’empoigne des politiques

    Le ton est monté mardi à l’Assemblée. L’exécutif, comme les partis du bloc central, de droite et d’extrême droite, accuse LFI, parti d’extrême gauche, d’attiser les violences, tandis que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon dénonce « l’amateurisme » et les « manipulations » du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Des échanges musclés qui suscitent des réactions plutôt contrastées dans la presse française. Ainsi, pour Le Figaro, « LFI, La France insoumise, a un incroyable culot. Depuis le premier lycée bloqué, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon allume toutes les mèches de la contestation sociale, agglomère autour de lui l’ultragauche et les pilleurs des cités avec l’objectif affiché de produire une pyrotechnie révolutionnaire à rendre Robespierre un peu plus pâle encore. Et puis, tempête le quotidien de droite, après le carnage, quand la France n’est plus qu’un tas de gravats, LFI passe sans transition de Lénine à la chanteuse Alizée, sur l’air de " c’est pas ma faute à moi" ». Jeu dangereux ? Non, rétorque Libération, c’est « l’exécutif qui joue un jeu dangereux à six mois de la présidentielle, en focalisant l’attention sur les casseurs et La France insoumise pour faire oublier sa faillite sécuritaire le 17 octobre. (…) On peut penser ce qu’on veut de Jean-Luc Mélenchon, et pas toujours du bien quand on se réfère à sa façon d’hystériser le débat ou ses positions sur la guerre en Ukraine, mais le tenir pour seul responsable du chaos ambiant est indigne, s’insurge Libération. À six mois d’une échéance électorale majeure, LFI a bien sûr surfé sur la colère des jeunes. Mais accuser le parti d’être à la source de l’immense pétaudière qu’est devenu le pays n’est pas sérieux ». Funeste surenchère ? Pour sa part, Le Monde pointe du doigt le gouvernement : « il est comptable du fiasco du maintien de l’ordre, martèle le quotidien du soir. Les violences qui ont accompagné les manifestations, samedi, résultent d’un défaut d’anticipation et d’analyse de sa part, et d’une doctrine sécuritaire inadaptée à la situation. (…) Les seules annonces concrètes restent de nature répressive – loi "casseurs-payeurs", interdiction de rassemblements, couvre-feu, allongement des durées de garde à vue. Cette stratégie conforte la radicalité des extrêmes du champ politique au lieu de s’efforcer de les neutraliser. C’est le très grand péril de la période qui s’ouvre, déplore encore Le Monde. En ajoutant l’inefficacité du 17 octobre à des années de durcissement du maintien de l’ordre, le gouvernement a exposé le pays à une funeste surenchère : toujours plus de force, toujours moins de mesure et de contrôle dans son usage ». Un boulevard pour Le Pen… Le Temps à Genève s’interroge : « À six mois du premier tour, comment les événements du 17 octobre peuvent-ils influencer les rapports de force pour la présidentielle française ? » Réponse du quotidien suisse : « les scènes de pillages pourraient renforcer une demande d’ordre déjà forte dans le pays. Une équation politique qui a de quoi bénéficier à Marine Le Pen, qui cherche à incarner le parti de l’ordre ». Le Guardian à Londres renchérit : « Après les violences et le chaos en France, il n’y a qu’une seule bénéficiaire : Marine Le Pen ». Lutte des classes générationnelle ! « Un État qui décourage sa jeunesse est un endroit où il ne fait bon vivre pour personne » : c’est le titre d’une longue analyse à lire dans le Süddeutsche Zeitung à Munich. « Ce n’est pas un phénomène propre à la France, relève le quotidien allemand. La colère de la jeunesse se propage à travers l’Europe comme une traînée de poudre. Face à cette violence effroyable, il est presque facile d’oublier que nombre de leurs préoccupations sont légitimes. Il ne faut pas laisser aux partis extrémistes le soin de trouver des solutions ». Enfin, la Repubblica à Rome souligne le décalage démographique qui affecte toute l’Europe : de plus en plus de vieux et de moins en moins de jeunes… « La majorité des ressources sont allouées aux tranches d’âge les plus élevées, pointe le quotidien italien. Le rapport de force politique leur est favorable et l’argent va aux retraites, au détriment de l’éducation, de la formation et du logement, des secteurs essentiels pour les jeunes générations. Autrement dit, conclut la Repubblica, nous assistons à une lutte des classes générationnelle acharnée. Ce seul fait explique en partie pourquoi la jeunesse italienne, comme celle d’autres pays européens, est si démunie et déprimée ».

  8. Oct 20

    À la Une: la colère sociale gagne l’Europe

    « Coût de la vie, conditions d’études, logement… Liés ou non aux manifestations françaises, les rassemblements se multiplient à travers le continent et virent parfois aux affrontements » : c’est ce que constate notamment Libération à Paris. « En Italie, la vie chère au centre de la révolte » ; « en Belgique, les lycéens en toile de fond » ; « en Albanie, sixième jour de colère des étudiants » ; « en Allemagne, une contestation à bas bruit dans les établissements scolaires » ; et « en Grèce, au Portugal et en Espagne, l’éducation et le logement dans tous les esprits. » « Il n’y a pas qu’en France que le coût de la vie mobilise et que les citoyens s’inquiètent des conséquences de la hausse du prix de l’énergie, relève également Le Monde, d’autant que dans les prochains mois, des élections à haut risque politique, sur fond de montée de l’extrême droite, sont prévues en Espagne, en France, en Italie, en Pologne et en Grèce. Lors de leur réunion à Bruxelles, la semaine dernière, les chefs d’État et de gouvernement européens ont d’ailleurs longuement débattu de la manière de faire baisser la facture de leurs concitoyens, ayant tous en tête le mouvement des "gilets jaunes" qui avait embrasé la France, à l’automne 2018 ». Pauvres manifestants… Car, ces derniers jours, en France mais aussi en Belgique ou en Italie, on n’a pas assisté à une convergence des luttes, mais, relève Le Soir à Bruxelles, à une « convergence des agents du désordre. (…) Pauvres lycéens, pauvres manifestants de bonne foi, soupire le journal, dont le mouvement a été sali par des casseurs qui n’ont que faire de leur combat. Les manifestants belges, à Bruxelles comme à Liège, ont été victimes du même phénomène, les violences occultant leurs revendications. En France, aux militants de l’ultra-gauche se sont joints des pilleurs. Dans leur ligne de mire : des lieux de pouvoir ou… des consoles de jeux ». Et Le Soir de constater que « la France s’est appauvrie. Au bord de la crise financière, elle s’enfonce dans un syndrome du déclin. Les partis politiques de gouvernement ne s’en sont jamais remis, favorisant l’émergence de deux forces radicales qui polarisent le pays à l’extrême. Dans six mois, si tout continue comme ça, prévient le quotidien belge, il est à craindre que la France écope de la double peine : l’extrême droite au pouvoir et, dans la foulée, le chaos ». Un avant-goût ? En effet, relève le Guardian à Londres, « les derniers sondages indiquent que l’avance considérable de l’extrême droite se creuse à l’approche de la présidentielle. Parallèlement, le leader de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, continue de devancer ses rivaux progressistes, même si les chiffres suggèrent qu’il serait largement battu au second tour par Marine Le Pen. Dans un climat de plus en plus tendu, la France se dirige vers une crise majeure en mai. De façon alarmante, les violences civiles observées ce week-end ne sont peut-être qu’un avant-goût de ce qui nous attend ». Et en attendant, déplore Le Temps à Genève, « l’Assemblée nationale sans majorité même relative, et le paysage politique français plus largement, est actuellement incapable de construire le moindre consensus sur les questions polarisantes. Les partis sont chauffés à blanc par la campagne présidentielle en cours et ne cherchent qu’à affirmer sans mesure ce qui les distingue pour mobiliser au maximum leur électorat. Préférant surfer sur l’émotion du moment que de trouver une issue nécessairement complexe ». Obligation de résultat  Et on revient au Monde qui estime dans son éditorial qu’« Emmanuel Macron ne doit pas répéter les mêmes erreurs que par le passé. Le rétablissement de l’ordre républicain est un préalable indispensable pour entamer les discussions promises avant-hier avec l’ensemble des acteurs, et ainsi reprendre le fil d’un dialogue social rompu depuis trop longtemps. Mais il y a, cette fois, une obligation de résultat, tonne Le Monde. Écouter et respecter ses interlocuteurs d’abord, mais surtout apporter une réponse politique concrète à leurs différentes revendications. L’exécutif ne peut plus se permettre d’émettre une nouvelle fin de non-recevoir. La paix sociale ne pourra se reconstituer qu’à cette condition ». Enfin, vu des États-Unis, cette remarque du Wall Street Journal : « la France traverse une crise démocratique violente et la situation risque fort de s’aggraver. Mais il ne faut pas croire que cela soit impossible aux États-Unis, compte tenu du contexte politique actuel ».

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