Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

  1. 15h ago

    La Turquie profite de l'explosion des importations d'œufs en Europe

    Ukraine, Turquie, Chine, États-Unis, ces pays ont en commun d'être des partenaires qui comptent de plus en plus pour l'approvisionnement européen en œufs. Sur les 8 premiers mois de l'année, l'Europe a importé autant que sur toute l'année dernière. De janvier à mi-août 2026, l'Europe a importé 146 000 tonnes d'œufs – soit 76 % de plus qu'en 2025 pour la même période –, selon les données de l'Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole (Itavi). Il s'agit essentiellement d'œufs coquilles, mais pas que : près d'un tiers des œufs sont arrivés en Europe sous forme d'ovoproduits, c'est-à-dire de blancs et de jaunes liquides ou en poudre, des préparations majoritairement destinées à l'industrie agroalimentaire et à la restauration collective.  Les importations ont profité à l'Ukraine, le premier fournisseur hors UE, mais aussi à la Macédoine du Nord, à la Chine ou encore aux États-Unis qui ont vu leurs exportations vers l'Europe bondir de 2 600 % – passant de 180 tonnes en 2025 à 5 000 tonnes, précise Mohamed Bouzidi, agroéconomiste au sein d'Itavi. Il y a deux ans le pays était en grande difficulté, mais la pénurie a laissé place à l'abondance, les prix se sont effondrés, ce qui a poussé les producteurs américains à exporter là où les prix sont beaucoup plus intéressants.  La Turquie, deuxième fournisseur hors UE Un autre pays connaît une explosion de ses ventes, la Turquie. Le pays est devenu le deuxième fournisseur de l'UE, après l'Ukraine. Avant 2022, la Turquie n'exportait rien en Europe, cette année elle a déjà fourni 30 000 tonnes – dont 27 000 tonnes d'œufs coquille –, en particulier à la Pologne où ces œufs sont transformés dans des casseries. Pendant des années la Turquie a été le premier exportateur d'œuf coquille et participait à un tiers du commerce mondial, explique Mohamed Bouzidi. Depuis que son client principal, l'Irak, a revu sa stratégie d'importation, elle exporte au Moyen-Orient mais dispose largement de quoi aussi alimenter l'Europe. Sur le marché européen, l'œuf se vend entre 15 et 18 centimes actuellement, c'est deux fois plus que le prix sur le marché turc et donc particulièrement attractif. À ce prix-là, tout le monde trouve un intérêt à vendre à l'Europe. En plus des gros fournisseurs, la Bosnie, la Moldavie, l'Albanie, ou encore l'Argentine ont augmenté leurs volumes. Demande européenne en hausse La demande européenne est en hausse parce que l'œuf représente une protéine bon marché et qu'il est le chouchou des régimes ultra-protéinés qui ont la cote sur les réseaux sociaux.  Ces importations s'inscrivent aussi dans un contexte européen difficile, précise l'expert d'Itavi, avec la multiplication des cas de grippe aviaire depuis 2022 et l'émergence de la maladie de Newcastle qui a fait des dégâts considérables dans les élevages polonais et espagnols. La production européenne n'arrive donc plus à répondre à la demande.  À lire aussiL'Europe obligée d'importer des œufs face à une consommation qui explose

  2. 1d ago

    Les inquiétudes climatiques font flamber les prix du sucre brut

    Après plusieurs mois de torpeur, les cours du sucre ont connu une flambée au mois d'août, 20 % en un mois, pour atteindre leur niveau le plus haut depuis mai 2025. Cette flambée s'explique par des nouvelles inquiétantes sur le front du climat, notamment en provenance de l'Inde, le deuxième producteur mondial. En Inde, la mousson est moins pluvieuse que d'habitude. L'inquiétude est telle que le gouvernement indien a autorisé mi-août les sucreries du pays à importer jusqu'à un million de tonnes de sucre brut sans droit de douane, pour faire baisser les prix intérieurs qui ont atteint des niveaux records. « Le fait qu'un géant du sucre se prépare à importer potentiellement de tels volumes est un signal qui inquiète le marché », explique Timothé Masson, secrétaire général de l'Association mondiale des planteurs de betteraves et de canne à sucre. Il y a aussi El Niño, la perturbation climatique qui met l'océan Pacifique en surchauffe. Son intensité s'annonce record cette année, ce qui laisse présager des dérèglements de la météo également plus forts dans des régions productrices de sucre, que ce soit en Inde, mais aussi en Thaïlande et en Australie. Au Brésil, El Niño pourrait provoquer plus de pluies, explique l'expert, et freiner la fin de la campagne. Plusieurs zones de production européennes ont, de leur côté, subi des conditions climatiques extrêmes au printemps et cet été, avec des épisodes de canicules à répétition, rappelle l'Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS). Ce qui annonce là aussi une baisse de la production et donc des prix européens qui se tendent, même s'ils n'ont pas flambé comme les cours mondiaux. À écouter dans Priorité santéSe passer de sucre : mission impossible? Du pétrole au sucre Un autre facteur favorise la hausse des prix : les cours du pétrole, car quand le brut grimpe, les biocarburants ont le vent en poupe, et la transformation de betteraves, ou de canne, en sucre est moins rentable et a tendance à baisser.  Au Brésil, des arbitrages en faveur de l'éthanol ont déjà été observés quand les prix ont dépassé les 90 dollars le baril au mois d'août. Le pays devrait néanmoins rester sur des niveaux de production de sucre à peu près stables, soit environ 40 millions de tonnes, pour sa récolte qui finira en mars, selon le trader Sucden. Des chiffres qui restent à prendre avec des pincettes à ce stade de la récolte de canne.  À lire aussiMalgré une stabilité de façade, le marché mondial du sucre en pleine recomposition Manœuvre spéculative La hausse des prix a également un lien direct avec les spéculateurs, selon Timothé Masson. Fin juillet, ils étaient vendeurs de plus de 6 millions de tonnes de sucre, ce qui a donné une impression d'abondance, même artificielle, alors qu'aujourd'hui, les fonds spéculatifs sont acheteurs de plus d'un million et demi de tonnes, ce qui, dans l'autre sens, renforce le sentiment de demande, et alimente la hausse des prix.  La difficulté du Brésil à fournir des statistiques participe à la fièvre du marché. Unica, la fédération brésilienne des industriels de la canne à sucre, du sucre, de l'éthanol et des bioénergies, a espacé la publication de ses données de broyage de canne à sucre, or cette information est cruciale pour le calcul des volumes disponibles à l'export, précise l'agence Bloomberg. Les marchés n'aiment pas l'incertitude, elle est source de stress et peut alimenter aussi la volatilité des prix. À écouter dans 8 milliards de voisinsQue se cache-t-il derrière le sucre ? Ce petit plaisir quotidien

  3. 4d ago

    L'Australie en quête de solutions pour son agriculture face au changement climatique

    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? Le rapport Déméter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales, a publié une série d'études, dont une sur l'Australie. Ce pays-continent, deuxième exportateur mondial de blé et acteur majeur du commerce de viande bovine, est confronté au défi de l'adaptation face au changement climatique. Les conditions climatiques se détériorent en Australie. Il est à peu près acquis que les territoires limitrophes des zones arides ou semi-arides deviendront inadaptés à l'agriculture, rapporte Freddy Dutoit, conseiller agro-alimentaire auprès d'Austrade, l'agence australienne de promotion des exportations et des investissements étrangers affiliée au ministère du Commerce. La concurrence pour les terres est appelée à augmenter : avec le réchauffement, le désert devrait gagner du terrain, grignoter des prairies utilisées par les moutons qui seront alors contraints de se replier sur les pâturages des bovins, qui devront être nourris avec plus de fourrage. L'avenir de la production céréalière dépendra donc fortement des orientations du secteur de l'élevage. D'ici 2030, l'augmentation des superficies « sera, au mieux, modeste », selon l'expert agro-alimentaire. La hausse des volumes reposera essentiellement sur les améliorations technologiques telles que la collecte de données satellitaires, l'amélioration des semences pour qu'elles soient plus résistantes à la chaleur et moins consommatrices d'eau. Des agriculteurs peu subventionnés et flexibles La force des agriculteurs australiens, qui reçoivent peu ou pas de subventions, c'est leur flexibilité, leur esprit d'entreprise et leur connaissance des instruments financiers auxquels ils peuvent avoir recours, explique Freddy Dutoit. Ces atouts leur permettront probablement de s'adapter au mieux à la pression climatique, mais aussi à la demande sur le marché mondial qui dicte ses règles. Les produits dominants dans le pays sont le bœuf, le blé, le colza, le coton et le sucre, mais on assiste à un développement des cultures de sorgho, pois chiches, lentilles et haricots, pour répondre notamment à la demande de l'Inde, un pays avec lequel l'Australie a conclu un accord de libre-échange. Face à la pression climatique, les surfaces de vignes sont aussi appelées à diminuer et pourraient être remplacées par des arbres fruitiers. À ce jour, 70 % de la production australienne est exportée, mais ce chiffre pourrait évoluer à la baisse, en raison notamment de la démographie : les Australiens devraient être 30 millions d'habitants d'ici 2030, selon les prévisions. À lire aussiSix États à surveiller pour l'équilibre agricole et alimentaire mondial Une politique agricole capable d'évoluer ? La trajectoire agricole de l'Australie est aussi très dépendante de la politique commerciale agricole australienne, jusque-là basée sur une intervention minimale de l'État. « Cette politique libérale est-elle encore adaptée au contexte géopolitique actuel, marqué par une tendance au repli des pays sur eux-mêmes ? Le pays est-il capable de changer de modèle ? » s'interroge Freddy Dutoit. L'année dernière, le centre de recherche de référence du pays, CSIRO (Commonwealth scientific and industrial research organisation), a appelé l'Australie à changer son fusil d'épaule en matière agricole si elle veut « tenir bon ». À lire aussiDes moutons à l'ombre des panneaux solaires: en Australie, l'agrivoltaïsme a le vent en poupe

  4. 5d ago

    La Turquie, grenier du Moyen-Orient, optimise la gestion de son eau

    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. On s'intéresse ce matin à la Turquie, premier producteur agricole du Moyen-Orient et septième producteur mondial. Une puissance agricole dont le potentiel atteint bientôt ses limites. La puissance agricole turque est le résultat de plusieurs décennies d'investissement : investissement mécanique, révolution génétique, structuration de la filière en coopérative, cela fait des décennies que la Turquie a misé sur la révolution verte comme le décrit Tolga Bilener, enseignant-chercheur au département des relations internationales à l'université Galatasaray et co-auteur du Demeter 2026. La croissance du secteur s'est accélérée ces 20 dernières années grâce à la multiplication d'aménagements hydrauliques. Le pays ne rivalise pas avec les grands producteurs mondiaux pour ce qui est des grandes cultures, mais il est autosuffisant en blé, avoine, seigle, betterave à sucre ou encore pomme de terre. La Turquie a réussi à se faire une place de leader dans le secteur des abricots, des cerises, des figues et des noisettes et s'illustre aussi dans des cultures non alimentaires, telles que le tabac et le coton. De l'abondance au stress hydrique La Turquie a longtemps été le château d'eau du Moyen-Orient. Le pays est toujours plus riche en eau que ses voisins, mais plus autant qu'avant. Avec le changement climatique, l'enneigement des hauts reliefs diminue. Il faut ajouter à cela, une démographie qui explose et un tourisme qui fait aussi pression sur la ressource. « Le stress hydrique a aujourd'hui remplacé l'abondance d'eau », résume Tolga Bilener. C'est ce qui justifie le plan pour l'eau, annoncé par les autorités pour la période 2026-2035. Un projet qui intègre notamment la construction de réservoirs sur les collines du pays pour récupérer l'eau de pluie et les eaux de ruissellement. L'utilisation de drones et de l'intelligence artificielle pour optimiser la ressource en eau, le « smart farming », se développe également de plus en plus. Sur 38 millions d'hectares de terres cultivées, 5 millions sont aujourd'hui irrigués. Mais il y a des fuites sur les réseaux, et les canaux ouverts à l'air libre engendrent d'importantes pertes, précise l'expert. Perspectives de croissance limitées   Dans ces conditions, le potentiel agricole du pays atteint bientôt ses limites, aussi parce que les surfaces ne sont pas extensibles. La fragmentation foncière, l'abandon des exploitations, ne plaident pas pour une croissance aussi forte que celle de ces deux dernières décennies : plus 2 % par an pour les productions végétales, plus 7 % par an pour les productions animales. « La Turquie peut encore probablement augmenter la valeur de son agriculture, mais difficilement les volumes physiques » qui seront produits et donc exportés selon Tolga Bilener. À lire aussiSyrie: à Deir ez-Zor, des inondations liées à la politique de l'eau en Turquie

  5. 6d ago

    La RDC, plus grande réserve de terres arables du continent africain

    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Focus aujourd'hui sur la République démocratique du Congo, riche de 80 millions d'hectares de terres arables, soit l'équivalent du tiers du pays, un chiffre qui fait rêver mais qui reste très théorique. Seulement 10 % des terres du pays sont valorisées selon Alain Pholo Bala, économiste au Service Public Fédéral Finances de Belgique et chercheur associé à l'Université de Johannesburg. La RDC reste donc très dépendante des importations, et ce même si le maraîchage est en plein « boom », relève Apollinaire Biloso Moyene, professeur en sciences agronomiques et ingénierie biologique à l'université de Kinshasa, qui cite notamment les cultures de chou, radis et carottes à l'Est du pays, et même si l'agriculture vivrière permet la production de manioc, maïs, pommes de terre, riz ou encore banane plantain et arachides. Le frein principal à l'essor du secteur est le manque d'infrastructures routières, les dessertes agricoles construites avant l'indépendance s'étant dégradées, faute d'entretien et d'investissement, selon Alain Pholo Bala. Le potentiel des cultures de rente Les cultures de rente ne sont, par ailleurs, pas à la hauteur de ce qu'elles pourraient être. À titre d'exemple, la production de café n'est « qu'un fragment de ce qu'elle a été dans les années 1980-1990 » selon un acteur local de la filière. Idem pour l'huile de palme : avant 1950, le pays en était un des premiers exportateurs mondiaux. L'ambition affichée reste néanmoins celle d'un secteur prioritaire. Le gouvernement rêve notamment d'augmenter la production de cacao. L'agriculture est un levier qui permet de toucher 70 % de la population qui vit en zone rurale, rappellent nos interlocuteurs qui pointent là un secteur potentiellement créateur de nombreux emplois, beaucoup plus que le secteur minier, sur lequel le pays a jusque-là misé « par facilité », relève Alain Pholo Bala, les mines attirant beaucoup plus d'investissements étrangers.  La mine au secours de l'agriculture ? Peut-il y avoir des ponts entre les secteurs minier et agricole ? Pourquoi ne pas affecter une partie des recettes minières au développement du secteur agricole ? C'est ce que préconise Alain Pholo Bala. Le pays a le potentiel d'être un « État pivot » sur le plan alimentaire, selon la terminologie employée par le rapport Demeter. Sur le papier, l'ONU estime que la RDC aurait la capacité de nourrir plus de deux milliards de personnes, soit bien plus que sa propre population, même si celle-ci est appelée à doubler d'ici à 2050. À lire aussiExploitations forestières en RDC: des ONG s’inquiètent de la levée d’un moratoire, Kinshasa dément

  6. Aug 24

    La puissance agricole canadienne au défi du changement climatique

    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Zoom sur le Canada, un acteur majeur des marchés qui figure parmi les premiers exportateurs de blé, d'avoine, de lentilles, de pois secs et de colza, mais qui s'inquiète pour son avenir. Les changements climatiques affectent les grandes plaines agricoles du pays, en particulier la région des « prairies », à cheval sur les provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. Plus de 70 % du blé qui y est produit est exporté, plus de 67 % de l'avoine, et plus de 30 % de l'orge.  Dans ces régions, l'agriculture est essentiellement pluviale, et donc directement affectée par les sécheresses. Elles sont beaucoup plus fréquentes et intenses depuis 25 ans et s'étendent vers le nord et l'ouest. Les hivers sont plus courts et la saison de croissance des plantes s'est allongée de plus de trois semaines depuis les années 1950. « Les étés plus longs et plus chauds accentuent l'assèchement des sols et l'évapotranspiration », ajoute Patrick Mundler, professeur à la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation à l'université Laval à Québec au Canada. Rendre les sols plus résilients En réponse à la menace climatique, les pratiques agricoles tentent de s'adapter. Quand c'est possible, des systèmes d'irrigation sont mis en place. Mais d'une part l'eau doit être partagée entre les provinces, et d'autre part elle vient pour partie de glaciers qui sont en train de fondre, donc la ressource elle-même est appelée à diminuer, explique Patrick Mundler. Il est sinon vivement conseillé aux agriculteurs de préserver l'humidité des sols et de limiter l'érosion : cela passe par la sélection de variétés résistantes à la sécheresse, la plantation de haies brise-vent qui permettent de conserver la neige plus longtemps là où elle est utile.  Autre possibilité, le changement de culture : des producteurs se tournent vers la luzerne par exemple, plus adaptée à des conditions arides et qui contribue à enrichir le sol en azote. Cela concerne en particulier ceux qui sont situés à proximité de ranchs d'engraissement de bovins. La capacité d'adaptation ou non, dont saura faire preuve le pays, aura un impact sur les niveaux de production à venir, et inévitablement sur les exportations mondiales. Le Québec et l'Ontario, eldorado de demain ? 83 % des terres arables du pays se trouvent dans les provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, mais un des scénarios prospectifs est d'étendre l'agriculture en Ontario et au Québec, dans la zone forestière de « la grande ceinture d'argile », région présentée comme un potentiel eldorado agricole, grâce au changement climatique précisément. Les freins à l'exploitation de la région restent cependant nombreux. Ils sont aussi bien économiques que sociaux en raison de la présence de populations autochtones, ou encore environnementaux. La déforestation de cette zone – qui constitue une des réserves de carbone de la planète – serait difficilement compatible avec les impératifs de lutte contre le changement climatique. Patrick Mundler y voit là « un projet très discutable qui pose des questions de durabilité et d'éthique majeures ». À lire aussiDroits de douane américains: le Canada riposte, Donald Trump clame «Ça suffit!»

  7. Aug 23

    Les défis du Brésil pour rester un géant mondial de l'agriculture

    Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Zoom sur un géant incontournable : le Brésil. En 2025, les exportations agricoles brésiliennes ont généré un record de plus de 169 milliards de dollars. On ne devient pas un géant agricole du soja, du maïs ou encore du coton sans raison. Parmi les atouts du Brésil, on peut évoquer d'abord la volonté politique : l'agriculture est vue par tous les partis, quel que soit leur bord, comme une force stratégique du pays, qui génère d'importants excédents commerciaux, contribue à l'équilibre des comptes extérieurs et constitue une source majeure de revenus et d'emplois, explique Caroline Rayol, chef de projet Agroindustrie au sein du groupe d'intelligence économique ADIT et experte associée du Club Demeter. Selon une étude de la Banque nationale de développement du Brésil (BNDES), chaque million de reais consacré à l'agriculture génère 187 emplois, soit trois fois plus que dans le pétrole et le gaz, plus de deux fois plus que dans la sidérurgie et près de trois fois plus que dans l’industrie automobile. L'experte précise que le secteur joue également un rôle essentiel dans la souveraineté alimentaire et énergétique, notamment grâce à la production des bioénergies. Une agriculture « pragmatique » Le Brésil a par ailleurs une vision très pragmatique de l'agriculture : « Produire plus avec moins : moins de fertilisants, moins de surfaces et moins de capitaux », explique Caroline Rayol, et ce en s'appuyant sur des semences OGM, des drones et les réseaux 5G. En parallèle, ce modèle intensif s'appuie, depuis 2012, sur un code forestier qui a pour vocation de garantir la préservation d'une partie de la végétation native de chaque exploitation – proportion qui va de 20 % à 80 % dans les zones forestières de l'Amazonie légale. « Les propriétaires ruraux sont responsables de la conservation de ces réserves légales ainsi que des zones de protection permanente, notamment celles situées le long des cours d’eau », précise Caroline Rayol, qui ajoute que le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions administratives et civiles - telles que des amendes et l’obligation de restaurer les espaces dégradés, et, dans certains cas, des sanctions pénales. Un géant non moins fragile Le géant d'Amérique latine doit cependant aussi faire face à des fragilités. On peut citer notamment sa  dépendance aux importations d'engrais. Plus de 40 % de l'urée consommée est importée du détroit d'Ormuz. Le Brésil a aussi une forte dépendance à la Chine, acheteur majeur de grains brésiliens qui s'est engagé dans une stratégie de production à long terme, pour garantir sa sécurité alimentaire et réduire sa dépendance aux achats extérieurs. L'autre limite, qui pèse sur le rayonnement brésilien, c'est la politique américaine. Les taxes douanières de l'administration Trump se sont encore renforcées mi-juillet sur le sucre, l'éthanol, le soja, le maïs, le poulet congelé et le coton, et personne ne sait dans quel sens elles vont évoluer.  Une image à redorer Un autre défi se pose au Brésil, pour garder une place centrale sur l'échiquier alimentaire mondial, c'est son image. La puissance future du Brésil ne se jouera pas uniquement dans ce qu'il produit mais aussi dans sa capacité à améliorer sa réputation. La production brésilienne est souvent montrée du doigt parce qu'elle ne respecte pas telle ou telle norme de durabilité, ou de traçabilité à l'international.  Pour se développer et pour échapper aux barrières non tarifaires qui lui sont imposées, le Brésil doit donc arriver à convaincre que l'Union européenne, le Canada ou les États-Unis n'ont pas le monopole des standards de demain. On parle d'une bataille moins visible, qui implique une stratégie d'influence de long terme, dont l'issue aura un impact direct sur les équilibres mondiaux. « S'il parvient à transformer ses spécificités en références globales, le Brésil pourrait à l'horizon 2050 s'affirmer comme l'un des centres de gravité d'un nouvel ordre climatique et agroalimentaire international », selon Caroline Rayol. À lire aussiGrand reportage: Au Brésil, plongée au cœur de l’agrobusiness du soja

  8. Jul 16

    Sénégal: la filière du riz local plombée par le manque de structuration et de compétitivité

    Au Sénégal , la filière du riz tire la sonnette d'alarme. Plus de 250 000 tonnes de riz blanc sénégalais se retrouvent stockées, faute d'acheteurs, le marché étant saturé par le riz importé moins cher. Un problème qui révèle une difficulté structurelle : celle de réguler l'approvisionnement en riz blanc, alors que le pays ne produit pas encore assez de riz pour satisfaire la demande nationale. De notre correspondante à Dakar, Des sacs de riz sénégalais qui s'accumulent dans les hangars faute d'acheteurs. L'image est douloureuse mais connue. Cette année encore, dans la vallée du fleuve Sénégal, 37 000 tonnes de riz blanc n'ont pas encore trouvé preneur. Idem du côté de l'Union des producteurs de la délégation de Dagana, dans le nord du pays. À cela s'ajoutent environ 294 000 tonnes de paddy, ou riz brut non décortiqué, récoltées depuis le début de l'année et toujours à vendre… Une crise de commercialisation Une « crise de commercialisation sans précédent », estiment les acteurs de la filière rizicole sénégalaise qui, faute de ventes et d'argent, ne peuvent pas financer la prochaine campagne agricole, mettant en péril tout le secteur. Une situation aberrante quand on connaît l'appétit des Sénégalais pour cette céréale, au sein d'un pays dans lequel 1,3 million de tonnes de riz sont consommées chaque année. Le riz local peine à se faire une place Mais le riz local peine à se faire une place dans les foyers sénégalais. En cause, selon les producteurs : le manque de mesures fortes pour privilégier le riz local et l'absence de régulation efficace du marché. C'est toute la difficulté : le Sénégal ne produit pas assez de riz, il faut donc importer pour éviter la rupture de stock ; mais il s'agit dans le même temps d'empêcher que le riz asiatique, moins cher à 300 francs CFA le kilo, ne vienne concurrencer le riz local, moins compétitif. En novembre 2025, un accord a été signé avec les autorités : sur 100 000 tonnes de riz importé, 10% devaient venir de la production locale. Un accord non respecté, selon l'association nationale des riziers du Sénégal. Idem avec l'engagement de verser une subvention de 50 francs CFA par kilo aux importateurs pour les encourager à acheter du riz local... lequel est 50 francs CFA plus cher justement que le kilo de riz importé. Les subventions ne guérissent pas le problème « Ces mesures sont temporaires et ne résolvent pas le problème de fond », tempête Moustapha Tall, président des importateurs de riz, qui pointe le manque d'organisation et de professionnalisation de la filière, ce qui « fait monter le prix du riz local » et empêche l'augmentation des capacités de production du fait d'un accès inégal aux intrants, de beaucoup de petites exploitations et d'une production de riz encore insuffisamment mécanisée. Dans l'immédiat, le Sénégal a décidé de suspendre pour un mois les importations de riz, pour écouler le riz local et soulager les producteurs sénégalais. Mais pour combien de temps ? À lire aussiLe potentiel inexploité de la culture des algues en Afrique

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