À l'annonce d'un accord permettant la réouverture du détroit d'Ormuz, les prix du gaz en Europe ont reculé sur les marchés. Mais une baisse significative prendra du temps, selon de nombreux analystes, et il ne faut pas s'attendre à un retour rapide aux prix d'avant-guerre. Au-delà de la question de la solidité du protocole d'accord entre Washington et Téhéran, et du temps qu'il faudra pour fluidifier le trafic dans le détroit d'Ormuz, la guerre a perturbé durablement aussi bien la production que les chaînes d'approvisionnement d'une partie du gaz naturel liquéfié (GNL). Pour ce qui est de la production, face aux attaques iraniennes, le Qatar avait suspendu dès le mois de mars la liquéfaction de son gaz. Et il est aujourd'hui impossible de prédire quand le pays reviendra à des niveaux normaux de production. La semaine dernière, le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a ainsi estimé qu'il n'était pas possible de « redémarrer les usines de liquéfaction pour les réarrêter » et qu'il s'agissait d'une « question complexe ». Autrement dit, le Qatar a besoin d'un certain nombre d'assurances avant de relancer sa production. Actuellement, 20% du commerce mondial de GNL dépend d'Ormuz, principalement via le Qatar, et il n'existe pas d'alternative pour contourner le détroit. Les chaînes logistiques sont beaucoup plus complexes que pour le marché pétrolier. Faire baisser les prix du gaz, pas la priorité de Washington Au-delà de la question de la relance de la production, les marchés ont intégré que le gaz n'était pas la priorité de Donald Trump. Selon Thierry Bros, professeur à Sciences Po et spécialiste des questions énergétiques, « le président américain a martelé depuis le début de son deuxième mandat qu'il souhaitait un pétrole à 50 dollars le baril, et les marchés ont été contraints d'intégrer cette volonté américaine ». C'est tout le contraire pour le GNL, que les États-Unis n'importent qu'en très faibles quantités. Selon Thierry Bros, l'Iran pourrait même être tenté de compliquer les exportations de gaz vers l'Asie et l'Europe, comme levier diplomatique sur certains pays, tout en ménageant Washington. Ce qui pourrait mécaniquement faire augmenter les prix du GNL produit aux États-Unis. Car dans le sillage de la guerre en Ukraine, le pays est devenu ces dernières années le principal fournisseur de l'Europe. Selon le Conseil de l'Union européenne, les États-Unis représentaient près de 58% des importations européennes de GNL en 2025. À lire aussiComment la guerre au Moyen-Orient provoque «l'accélération de la demande en gaz algérien» Une demande qui s'annonce élevée pour l'hiver 2026-2027 Après avoir dépassé 45 €/MWh (mégawattheure de gaz) fin mai, le contrat de référence du gaz européen (Dutch TTF) est revenu autour de 41 €/MWh mi-juin. Mais les prix ne devraient pas retrouver leurs niveaux d'avant-guerre, également en raison de la forte demande pour l'hiver prochain. À la fin de l'hiver dernier, les stocks sont tombés très bas, l'Europe étant rentrée dans l'hiver avec des réserves inférieures à celles des années précédentes. Les Européens s'apprêtent donc à stocker du gaz pour l'hiver prochain alors que la demande est déjà soutenue par l'Asie qui a connu plusieurs épisodes de canicule qui ont augmenté la demande gazière asiatique.