Chronique des matières premières

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

  1. 4h ago

    Sénégal: la filière du riz local plombée par le manque de structuration et de compétitivité

    Au Sénégal , la filière du riz tire la sonnette d'alarme. Plus de 250 000 tonnes de riz blanc sénégalais se retrouvent stockées, faute d'acheteurs, le marché étant saturé par le riz importé moins cher. Un problème qui révèle une difficulté structurelle : celle de réguler l'approvisionnement en riz blanc, alors que le pays ne produit pas encore assez de riz pour satisfaire la demande nationale. De notre correspondante à Dakar, Des sacs de riz sénégalais qui s'accumulent dans les hangars faute d'acheteurs. L'image est douloureuse mais connue. Cette année encore, dans la vallée du fleuve Sénégal, 37 000 tonnes de riz blanc n'ont pas encore trouvé preneur. Idem du côté de l'Union des producteurs de la délégation de Dagana, dans le nord du pays. À cela s'ajoutent environ 294 000 tonnes de paddy, ou riz brut non décortiqué, récoltées depuis le début de l'année et toujours à vendre… Une crise de commercialisation Une « crise de commercialisation sans précédent », estiment les acteurs de la filière rizicole sénégalaise qui, faute de ventes et d'argent, ne peuvent pas financer la prochaine campagne agricole, mettant en péril tout le secteur. Une situation aberrante quand on connaît l'appétit des Sénégalais pour cette céréale, au sein d'un pays dans lequel 1,3 million de tonnes de riz sont consommées chaque année. Le riz local peine à se faire une place Mais le riz local peine à se faire une place dans les foyers sénégalais. En cause, selon les producteurs : le manque de mesures fortes pour privilégier le riz local et l'absence de régulation efficace du marché. C'est toute la difficulté : le Sénégal ne produit pas assez de riz, il faut donc importer pour éviter la rupture de stock ; mais il s'agit dans le même temps d'empêcher que le riz asiatique, moins cher à 300 francs CFA le kilo, ne vienne concurrencer le riz local, moins compétitif. En novembre 2025, un accord a été signé avec les autorités : sur 100 000 tonnes de riz importé, 10% devaient venir de la production locale. Un accord non respecté, selon l'association nationale des riziers du Sénégal. Idem avec l'engagement de verser une subvention de 50 francs CFA par kilo aux importateurs pour les encourager à acheter du riz local... lequel est 50 francs CFA plus cher justement que le kilo de riz importé. Les subventions ne guérissent pas le problème « Ces mesures sont temporaires et ne résolvent pas le problème de fond », tempête Moustapha Tall, président des importateurs de riz, qui pointe le manque d'organisation et de professionnalisation de la filière, ce qui « fait monter le prix du riz local » et empêche l'augmentation des capacités de production du fait d'un accès inégal aux intrants, de beaucoup de petites exploitations et d'une production de riz encore insuffisamment mécanisée. Dans l'immédiat, le Sénégal a décidé de suspendre pour un mois les importations de riz, pour écouler le riz local et soulager les producteurs sénégalais. Mais pour combien de temps ? À lire aussiLe potentiel inexploité de la culture des algues en Afrique

  2. 1d ago

    La Russie reste leader mondial dans la production de diamants bruts

    Malgré les sanctions, la Russie garde la première marche du podium pour la troisième année consécutive, en valeur comme en part de marché en ce début juillet, selon le Rapaport Group, institution qui fait référence sur le marché du diamant. Une position qu'elle conserve bien que sa part dans le marché mondial ait légèrement reculé, car elle a réduit sa production et ses exportations pour soutenir ses prix.  Depuis 2023, année où elle a dépassé le Botswana, la Russie conserve son titre de premier producteur mondial de diamants bruts en valeur. Le pays a même produit près de deux fois plus de diamants bruts que ses plus proches concurrents. Concrètement, selon les statistiques publiées en début de mois par le Processus de Kimberley, la Russie a extrait l'an dernier 31,5 millions de carats, pour une valeur totale de 2,72 milliards de dollars, soit un prix moyen de 86 dollars par carat. À lire aussiLe Canada, un géant mondial du diamant aux mines vieillissantes Techniques sophistiquées de contournement des sanctions La performance est notable et notamment en raison des sanctions occidentales. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, les pays du G7 interdisent l’importation de pierres extraites en Russie et l’Union européenne a sanctionné le géant russe Alrosa, le premier producteur mondial, qui fournit un quart du marché. Évidemment, comme pour d'autres produits, la Russie a construit un système sophistiqué de contournement. Selon notamment une enquête d’un média indépendant et d’une ONG russe, la Russie profite d’une sacrée faille : le bannissement ne s’applique pas aux diamants déjà présents sur le territoire européen ou dans les pays tiers avant le 1ᵉʳ janvier 2024, ni à ceux taillés en dehors de Russie avant cette date. Pensé pour protéger les investisseurs, le résultat, c'est que beaucoup de diamants russes sont taillés ailleurs, changent d’origine et se fraient un chemin sur des marchés dont les portes sont censées être fermées. L’Arménie est pointée du doigt pour son aide au diamant russe par l’OCCRP, une organisation internationale de journalisme d’investigation. Réduction de la production dans un secteur jugé instable Reste que le tableau est loin d'être si rose pour la Russie et Alrosa. D'abord, parce que l'entreprise a suspendu l'exploitation de plusieurs gisements au cours des mois écoulés afin de réduire ses coûts dans un contexte de ralentissement du secteur. Au total, selon le journal Kommersant, la production russe a été réduite de 15,5 % en 2025. Selon les données du Processus de Kimberley, c'est la plus forte baisse de production parmi les cinq principaux pays producteurs de diamants, la Russie se classe même au deuxième rang pour le recul de ses exportations.  Les perspectives du secteur du diamant russe sont évaluées de manière très diverse dans le pays, mais des points convergent chez les analystes cités dans la presse russe : le secteur reste instable, la concurrence des pierres synthétiques s'intensifie et la popularité des diamants est en déclin à l'échelle mondiale. À lire aussiEn attendant son repreneur, De Beers baisse le prix de ses diamants

  3. 2d ago

    Le lithium congolais bientôt sur le marché mondial

    Encore quelques semaines de patience avant que la RDC n’entre dans le cercle des pays producteurs de lithium. La société minière Zijing avait acté son ambition de produire 500 000 tonnes de carbonate de lithium au Tanganyika d’ici la fin du mois de juin, mais à la mi-juillet pas encore d’annonce officielle. Ce qui ne remet pas en question le potentiel de ce projet qui prévoit à terme la production de 5 millions de tonnes de lithium par an. Pas de fumée blanche du côté de Manono où l’extraction devait commencer à la fin du mois de juin, mais où, selon nos sources, le projet a pris du retard. Officiellement, les autorités ainsi que la compagnie chinoise qui exploite ce gisement n’ont pas communiqué sur le sujet. Malgré ce retard, le potentiel reste important. Le gisement de Manono représente en effet la plus grande ressource de lithium au monde en termes de contenu en équivalent carbonate de lithium (LCE). Un produit utilisé dans l’industrie pharmaceutique, mais aussi pour la production de batteries. Ce gisement se distingue par une teneur importante, surpassant largement la qualité des gisements exploités au Zimbabwe, pays qui produit actuellement 10 % du lithium mondial. D’ailleurs, la Chine n’est pas la seule à s’intéresser au lithium congolais. Si Zijing Mining Group est aujourd’hui la première entreprise à même de pouvoir commencer la production dans les prochaines semaines, les sociétés américaines sont déjà positionnées, notamment KoBold, intéressé par le gisement de Manono-Sud. À écouter aussiLithium de Manono : la RDC entre dans la production industrielle Des corridors d’exportation déjà à l’étude Ce lithium sera dans un premier temps exporté de RDC via la Tanzanie. La route reliant Manono à la capitale provinciale Kalemie est en cours de réhabilitation. Un nouveau port lacustre doit aussi voir le jour au nord de la ville, plus précisément à Kabimba. Objectif : rejoindre les côtes est-africaines. En revanche, le projet américain prévoit lui à plus long terme de passer par le corridor de Lobito. Ce couloir ferroviaire et logistique doit permettre d’exporter les minerais congolais vers l’Angola pour rejoindre directement le marché américain. Reste à savoir sous quelle forme ce lithium sera exporté. Les usines de raffinage sont situées uniquement en Chine, mais plusieurs projets sur le continent sont annoncés : au Zimbabwe, au Ghana, mais aussi en RDC. Les États-Unis, qui n’ont pas encore de capacité de raffinage sur leur territoire, veulent aussi stocker ce minerai considéré comme stratégique. « C’est une stratégie qui ne vise pas que le lithium, explique un expert. Les Américains ont pour objectif de constituer des réserves sur leur territoire afin de garantir leur indépendance d’approvisionnement pour plusieurs matières premières », et de citer le cas du cobalt lui aussi exporté de RDC. À écouter aussiRDC: à Manono, l'exploitation prochaine du lithium suscite à la fois espoirs et inquiétudes

  4. 3d ago

    Mozambique: le nouveau Code minier impose une participation de l’État

    Promulgué début juin, le nouveau Code minier impose notamment une participation de 15 % de l’État dans tous les projets miniers et inquiète les professionnels du secteur. De notre correspondante régionale, La Chambre des mines du Mozambique redoute que cette nouvelle loi « nuise à l’attractivité du pays », explique Geert Kolk, son vice-président. Le nouveau Code minier interdit également l’exportation de minéraux bruts ou semi-transformés, sauf autorisation ministérielle exceptionnelle conditionnée à des projets de transformation locale. Mais encore faudrait-il que le gouvernement garantisse « un accès fiable à l’eau, à l’électricité, et aux infrastructures logistiques », ajoute Geert Kolk. Minerais critiques Ce Code minier s’applique à toutes les ressources du sous-sol mozambicain, déjà connu pour ses réserves de gaz naturel, de charbon ou encore de pierres précieuses. Mais ce que la présidence mozambicaine vise avant tout, ce sont les ressources en minéraux essentiels à la transition énergétique. D’après l’Institut géologique américain, le Mozambique est aujourd’hui le troisième producteur mondial de graphite derrière la Chine et Madagascar avec une production de 75 000 tonnes en 2024. Le graphite est un matériau essentiel à la production de batteries électriques notamment. Le Mozambique dispose également d’un sérieux potentiel en terres rares. Selon une étude exploratoire du Britannique Altona Rare Earths, le projet de Monte Muambe dans la province de Tete, dans l'ouest du pays, peut fournir 15 000 tonnes de carbonate de terres rares mixte par an, pendant 18 années. Le Mozambique entend donc capitaliser sur ces richesses, alors que la Chine et les États-Unis sont lancés dans une course à l’approvisionnement en ces matériaux essentiels. L'agence américaine de financement du développement a notamment accordé en 2024 un prêt de 140 millions de dollars à l’australien Syrah Resources pour l’exploitation de la mine de graphite de Balama, dans le Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique. L’entreprise chinoise DH Mining a quant à elle inauguré en janvier une usine de transformation de graphite, à Nipepe, dans la province de Niassa, dans le nord-ouest du pays. Un investissement de 200 millions de dollars, qui doit produire 200 000 tonnes par an. Une tendance africaine Limiter les exportations de matières premières brutes « est une tendance à l'échelle de l'Afrique, visant à accroître la valeur ajoutée à l'intérieur du pays, et c'est légitime », a concédé le vice-président de la Chambre des mines du Mozambique. Le Zimbabwe a récemment interdit l’exportation de son lithium. En marge du G7, le président du Kenya, William Ruto, a annoncé être proche d’un accord avec les États-Unis sur les minerais critiques à condition qu’ils soient transformés sur place.

  5. 4d ago

    Le nickel, nouveau sujet de friction entre l'Indonésie et la Chine

    Pékin s’inquiète de plusieurs mesures prises par Jakarta pour reprendre davantage le contrôle de l'industrie stratégique du nickel, dominée par les investissements chinois. Selon des documents révélés par le Financial Times, la Chine estime que jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissements pourraient être affectés.  De notre correspondante à Pékin, L'Indonésie est devenue en quelques années l’acteur incontournable du marché mondial du nickel. Le pays assure désormais plus des deux tiers de la production mondiale de nickel raffiné. Ce métal est essentiel à la fabrication de l’acier inoxydable, mais aussi à celle de nombreuses batteries destinées aux véhicules électriques.  Pour développer cette filière, Jakarta a attiré massivement les capitaux chinois. Des dizaines de milliards de dollars ont été investis dans les mines, les usines de transformation, les batteries et même certaines chaînes de production automobiles. La Chine est ainsi devenue le partenaire incontournable du boom indonésien du nickel. À lire aussiLe nickel dopé par les restrictions de production indonésienne Jakarta reprend la main Mais aujourd’hui, Jakarta veut récupérer une plus grande part de la valeur créée. Le gouvernement du président Prabowo Subianto a engagé plusieurs réformes visant à renforcer le contrôle de l’État sur le secteur. Les autorités ont réduit certains quotas de production minière afin de limiter l’offre et soutenir les prix. Elles ont également instauré un nouveau mécanisme de fixation des prix du minerai, qui augmente les coûts d’approvisionnement des industriels.  Parallèlement, plusieurs exploitations ont fait l’objet d’enquêtes ou de sanctions pour des raisons environnementales. L’objectif affiché est double : accroître les recettes publiques et s’assurer que les ressources naturelles profitent davantage à l’économie nationale. À lire aussiEn Indonésie, un peuple autochtone menacé par l'exploitation du nickel Pékin hausse le ton Ces décisions provoquent l’inquiétude de Pékin. Dans une lettre adressée aux autorités indonésiennes, l’ambassade de Chine estime que ces changements risquent de remettre en cause la viabilité économique de nombreux projets.  Selon elle, jusqu’à 30 milliards de dollars d’investissements existants et 20 milliards supplémentaires de projets à venir pourraient être affectés. Des entreprises chinoises évoquent également une multiplication des contraintes réglementaires et une incertitude croissante pour les investisseurs.  Jakarta rétorque que les entreprises étrangères restent les bienvenues, à condition de respecter les règles locales. Ce bras de fer illustre surtout un défi auquel sont confrontés de nombreux pays riches en matières premières : attirer les capitaux étrangers tout en conservant la maîtrise de leurs ressources stratégiques. À écouter dans C'est pas du ventIndonésie : les ravages de l'extraction du nickel

  6. Jul 9

    Les restrictions indiennes sur l'importation d'argent pèsent sur les prix

    L'Inde a mis en place des restrictions à l'importation sur l'argent, sous différentes formes, depuis près de deux mois, pour alléger la pression sur ses réserves de change et soutenir la roupie. Les importations ne sont pas interdites mais elles sont quasiment à l'arrêt et pèsent sur les prix intérieurs et mondiaux, l'Inde étant un des acheteurs les plus dynamiques du secteur. Presque toutes les formes d'argent, y compris la poudre, sont soumises à des règles contraignantes pour entrer en Inde, notamment à des droits de douane deux fois plus élevés qu'ils ne l'étaient auparavant. Les restrictions ont débuté mi-mai, et ont suffi à faire chuter les importations à moins de 50 tonnes dès le premier mois, soit dix fois moins qu'en mai 2025.  L'Inde consomme beaucoup d'argent pour alimenter son secteur de la bijouterie, ses industries solaire et électronique ainsi que pour fabriquer ses pièces et lingots. Même si la demande est morose en ce moment, les besoins restent élevés, ce qui se traduit déjà par des pénuries selon un des acteurs importants du secteur, Chirag Takkar, patron d'Amrapali Group Gujarat, comme le rapporte l'agence Reuters. Hausse des primes à l'achat  Les Indiens doivent donc payer plus cher que le prix officiel en vigueur pour s'approvisionner. Les acheteurs doivent s'acquitter d'une prime de six dollars par once, c'est plus qu'il y a un mois et peut-être plus que demain, au vu de la demande qui repart.  Car 80 % de l'argent importé en Inde est acheté à l'étranger. La mesure a donc un impact aussi sur le marché mondial, qui doit composer avec une offre plus importante. Les cours sont d'ailleurs en baisse depuis le mois de mai tout en restant élevés. Du cuivre pour remplacer l'argent  La flambée des prix qui a débuté il y a un an et demi a poussé les industriels à chercher des alternatives, c'est notamment le cas des fabricants de panneaux photovoltaïques, un secteur qui absorbe 17 % de l'argent consommé dans le monde. Il y a trois ans, l'argent ne représentait que 3 ou 4 % du coût total d'un panneau solaire, mais au-dessus de 90 dollars l'once, l'argent compte pour plus de 30 % du coût de production, selon les calculs de Bloomberg. La recherche technologique a porté ses fruits : il y a quelques jours, le plus grand fabricant chinois de panneaux, Longi Green Energy Technology, a commencé à produire des cellules solaires dans lesquelles l'argent a été remplacé par du cuivre. Même si les prix du métal rouge sont eux aussi sur une pente ascendante, ils restent beaucoup moins élevés que ceux de l'argent. À lire aussiNucléaire civil: Canberra et New Delhi concluent un accord pour faciliter les exportations vers l'Inde d'uranium australien

  7. Jul 8

    En attendant son repreneur, De Beers baisse le prix de ses diamants

    S'il ne s'agissait pas de diamant, on pourrait parler de « grande braderie ». Le géant De Beers, vient cette semaine de baisser fortement les prix de ses diamants, lors d'une session de vente qui s'est ouverte à Gaborone au Botswana dédiée à des acheteurs triés sur le volet. Ces « soldes » sont rendus possibles par une petite reprise de la demande mais confirment aussi que De Beers n'a pas intérêt, en ce moment, à maintenir des prix trop supérieurs à ceux du marché. La stratégie de l'entreprise a longtemps été de proposer des prix de 20 à 30% supérieurs au marché, quitte à ne pas vendre, toute baisse des prix pouvant donner un signal que le marché n'est pas porteur. Quand elle a pratiqué des rabais, c'était en coulisse, discrètement, pour que l'affichage reste celui de prix officiels qui se maintiennent.  Depuis un an et demi, cette posture a évolué : l'entreprise, a accepté de baisser ses prix à plusieurs reprises, et cette semaine, elle a opéré des réductions semble t-il importantes sur plusieurs catégories de pierres et en particulier sur les plus petites, celles de moins de un carat et celles comprises entre un et deux carats, ce sont les diamants qui ont le plus souffert de la baisse de la demande. Le groupe a aussi choisi de concentrer ses ventes sur un nombre de clients plus réduits, en choisissant les plus importants, « pour peut-être les fidéliser », commente un expert du secteur. Ces gros clients, appelés « sightholders » sont passés d'environ 70 à une cinquantaine voire moins, selon l'agence Bloomberg.  Le marché des pierres naturelles est en crise depuis trois ans. De Beers profite aujourd'hui d'une petite reprise du marché, pour faire baisser ses stocks devenus trop importants, et récupérer des liquidités. Ce que l'entreprise perd en baissant ses prix devrait être compensé par les volumes vendus.  L'Angola, et ses prix bas Pour comprendre la position de De Beers, il faut regarder aussi ce qui se passe chez un autre producteur, l'Angola. Le pays s'est distingué par une production record l'année dernière, ce qui a contribué à créer une surabondance de pierres naturelles, commercialisées à prix très avantageux. Cette pratique tarifaire a alimenté le marché à la baisse. Et cela devrait continuer en 2026, même si l'Angola a dit sa volonté de limiter la surproduction de diamants bruts de petites tailles issus des mines de Catoca et de Luele, pour « protéger la valeur de la production angolaise et le marché » a confié le directeur commercial d'Endiama la société minière nationale, à Rapaport News. Dernière ligne droite pour la vente de De Beers Cette baisse des prix pratiquée par De Beers intervient dans un contexte de grande insécurité pour le géant du diamant. La maison mère de De Beers, Anglo American – qui détient 85% du capital – a décidé, il y a deux ans, de se séparer de son secteur diamant. Les négociations seraient entrées dans une phase finale, selon le directeur de l'entreprise qui tablait sur un accord d'ici quelques semaines. En attendant de connaître son repreneur, l'entreprise perd plus d'un million de dollars par jours et personne ne sait à quelle valeur financière elle sera cédée. À lire aussiDe Beers perd de la valeur en pleine crise du secteur du diamant

  8. Jul 8

    La très bonne récolte turque va-t-elle rebattre les cartes du marché mondial de céréales?

    Avec près de 23 millions de tonnes de blé et 9 millions de tonnes d'orge, la Turquie s'apprête à enregistrer une de ses plus importantes récoltes de céréales de ces dernières années, grâce à une météo favorable et à des surfaces de culture plus étendues. Cette récolte pourrait contraindre les exportateurs à réorienter une partie de leurs volumes vers d'autres acheteurs. Avec une récolte en hausse d'au moins 20 % pour le blé et de plus de 30 % pour l'orge, les importations turques de céréales devraient logiquement diminuer. Celles de blé pourraient baisser de 700 000 tonnes, selon les prévisions publiées au mois d'avril par le ministère américain de l'Agriculture (USDA) dont les données mondiales font référence. Elles ne vont cependant pas s'effondrer et pourraient dépasser six millions de tonnes, estime l'USDA, non pas pour des besoins de consommation intérieure mais pour soutenir l'activité des moulins du pays : la Turquie est le premier exportateur mondial de farine, notamment vers l'Irak, la Syrie et la Somalie mais aussi vers l'Indonésie ou encore le Ghana. La récolte exceptionnelle qui se profile aura aussi un impact sur les stocks du pays : ils devraient grossir et atteindre deux mois de consommation intérieure, selon l'USDA, ce qui évidemment constituerait un atout pour affronter la prochaine campagne 2026/2027 qui risque d'être marquée par une baisse des réserves chez de grands exportateurs. Moins d'importations de blé de la mer Noire ? Les blés de la mer Noire pourraient souffrir de cette bonne récolte turque. La Turquie avait été l'année dernière un débouché précieux pour le blé russe et dans une moindre mesure pour celui d'Ukraine et de Moldavie.  L'impact dans les prochains mois va dépendre des volumes que le pays achètera sur le marché mondial. On ne parle pour l'instant que de prévisions et elles sont très fluctuantes selon les organismes. « On peut s'attendre à plus de compétition sur le marché du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord », explique Gautier Le Molgat, président d'Argus Media France. Ce qui augure de prix potentiellement plus intéressants pour les acheteurs. L'agriculture pour mieux résister aux crises Ces perspectives de récolte s'inscrivent dans le cadre d'une volonté du pays d'être mieux armé sur le plan agricole et de gagner en autosuffisance face aux dernières crises géopolitiques qui ont eu d'énormes conséquences logistiques.  Les objectifs agricoles de la Turquie sont toutefois très dépendants des aléas climatiques. L'augmentation des surfaces d'orge et de blé s'est ainsi faite au détriment du coton ou du maïs dans les régions les plus arides. Or, l'industrie de l'aliment pour bétail est aussi en pleine croissance. Ankara devra donc probablement se résoudre cette année à augmenter ses achats de grains jaunes afin d'éviter toute rupture d'approvisionnement. Un quota d'importation de 3 millions de tonnes de maïs pour la période du 20 avril au 31 juillet, a déjà été autorisé, comme le rapporte Miller Magazine.

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