Inoffensif pour les humains, cet insecte aux reflets verts est une espèce invasive destructrice notamment pour les vignes et les arbres fruitiers. Installé en Italie et en Suisse depuis une dizaine d’années, il a été détecté en France dans plusieurs régions depuis 2025 mais aussi dans d’autres pays européens. Le scarabée japonais fait la taille d’un pois chiche (1 cm à l’âge adulte), il a une belle couleur verte et de petites touffes de soie blanche sur les côtés et sur le dos. Il est visible en Europe en ce moment, en été, de juin à septembre. Très joli donc ce scarabée japonais, mais potentiellement très destructeur. Au Japon d’où il est originaire, il ne pose pas de problème car sa population est régulée par des prédateurs naturels, notamment des mouches et des guêpes. Mais sorti de son milieu d'origine sans prédateur et dans un climat qui lui convient, ce coléoptère devient une espèce exotique envahissante. Aux États-Unis, où il a été importé par mégarde dans une pépinière de Philadelphie en 1916, il est désormais présent sur deux tiers du territoire – il a même atteint le Canada – et fait des ravages considérables : plusieurs centaines de millions de dollars par an aux États-Unis, entre pertes agricoles et coût de la lutte contre cet insecte ravageur. Présent en Europe depuis 2014, il menace l’agriculture Il est arrivé sur le continent européen à Milan en 2014 et a formé depuis des foyers importants dans le nord de l’Italie et en Suisse. Les années suivantes, il a été détecté aux Pays-Bas, en Allemagne, en Slovénie, et en 2025 en France, en Espagne et en Autriche. Quelques individus seulement à chaque fois, mais les autorités phytosanitaires sont sur le qui-vive. La vie du scarabée japonais dure un an : il passe d’abord l’hiver dans les sols, sous forme de larves. Ces larves se nourrissent des racines de graminées, de gazons et de prairies. Il peut donc avoir un fort impact sur la vie sociale en ravageant des terrains de sport, souligne Sylvain Poggi, chercheur en écologie et scientifique des données à l’INRAE de Rennes, dans l’ouest de la France. « Dans un nouveau foyer d'infestation apparu en Suisse en 2024 près de l'aéroport de Zurich, un stade de foot a dû être complètement bâché pour essayer de lutter contre les larves, pour qu'il n'y ait pas d'émergence d'adultes l'année suivante ». Surtout, durant l’été, une fois qu’il est adulte, le scarabée japonais vole et s’attaque aux plantes. Davide Martinetti est chercheur à l’INRAE à Avignon dans le sud de la France et originaire du foyer d’infestation en Italie : « Ces insectes ont un comportement, surtout les adultes, très grégaire. Ça veut dire que quand un petit nombre d'individus commence à s'attaquer à une plante, ils commencent à produire des phéromones - des espèces d'odeurs - qui vont attirer d'autres individus. Et donc tous les individus qui sont dans les alentours, vont attaquer la même plante. Vous pouvez alors observer des milliers d'individus sur une seule plante. Souvent on parle de densités énormes de plusieurs dizaines de milliers, centaines de milliers d'individus par hectare », détaille le scientifique. Et le scarabée japonais peut manger plus de 400 espèces de plantes différentes. Aux États-Unis, il ravage les pieds de soja et de maïs et en Europe il raffole des vignes, des arbres fruitiers et des rosiers en particulier. Vu l’importance économique des secteurs agricole et viticole en Europe, le risque est important pour le Vieux Continent. Détection précoce et vigilance des citoyens Dans l’Union européenne, le scarabée japonais est considéré comme un organisme de quarantaine obligatoire. « Cela veut dire que des règlements européens s’appliquent notamment sur la stratégie de surveillance et que les pays de l’UE doivent définir des plans nationaux », explique le scientifique Sylvain Poggi. « C’est la deuxième peste majeure après la bactérie Xylella fastidiosa qui s’attaque aux oliviers en Italie », précise-t-il. Avec d’autres chercheurs, ils ont cartographié les risques en Europe afin d’identifier les zones les plus stratégiques à surveiller. « On a établi que l'habitat pouvait être très favorable dans les contreforts des Alpes, que ce soit au nord ou au sud des Alpes, mais aussi au nord des Balkans ou sur les rives orientales de la mer Noire. Il y a également des zones modérément favorables, par exemple dans le sud-ouest de la France, à proximité des Pyrénées, ou bien sur différentes zones en Allemagne, en Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas, en Slovénie, etc. » Pour contrer l’expansion du scarabée japonais, il faut détecter le ravageur au plus tôt grâce à des pièges placés dans les stations-service, les gares, les aéroports car ce scarabée se déplace en auto-stop dans nos bagages et nos marchandises. La mondialisation des échanges favorise l’expansion des espèces envahissantes qui constitue une menace croissante pour l’économie. Une fois détecté, les autorités phytosanitaires placent davantage de pièges, de manière très stratégique et précise, pour tenter de contenir l’établissement d’une colonie. Et si le scarabée s’établit malgré tout, les États-Unis utilisent des pesticides mais cela pollue l’eau, les sols et menace notre santé. Il existe aussi des moyens de lutte biologique, comme des vers microscopiques, des mouches ou des champignons qui tuent ces insectes. Attention, pour ceux qui vivent en Europe, n’installez pas de pièges dans vos jardins, prévient le scientifique Davide Marinetti, vous risquez au contraire d’attirer une colonie sur votre terrain. Si vous détectez un scarabée japonais, attrapez-le, prenez-le en photo avant de le tuer, et signalez-le aux autorités locales. Pour nos auditeurs et lecteurs africains, pas d’inquiétudes en revanche : à priori pas de risque que le scarabée japonais s’établisse en Afrique car les conditions climatiques lui sont moins favorables. À lire aussiLe scarabée japonais, un insecte ravageur aux portes de la France