Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. 21H AGO

    Au Congo-Brazzaville, les fourmis légionnaires pourraient servir à détecter et identifier les virus

    Des recherches sont actuellement menées sur des fourmis légionnaires pour identifier les virus dont elles sont porteuses après avoir ingéré des proies. Elles pourraient permettre la mise en place d'un système de surveillance sanitaire. Ils font décidément la une de l'actualité. Juste après la crise du hantavirus, qui vient de tuer trois personnes sur un bateau de croisière, le virus Ebola est officiellement de retour en Afrique centrale, et il a déjà tué 91 personnes dans l’est du Congo-Kinshasa, et deux autres en Ouganda, de l’autre côté de la frontière. Comment se prémunir de tous ces virus, comment mieux les détecter ? Des fourmis pourraient bien rendre service à l’espèce humaine. Armées de fourmis Il s’agit de la fourmi Dorylus, qui fait partie de ce qu'on appelle les fourmis légionnaires : de véritables armées mobiles qui peuvent compter des millions d'individus et qui dévorent tout sur leur passage, grâce à leurs grosses mandibules. « Elles sont nomades, ce qui veut dire qu'elles vont changer de nid souvent. Elles prédatent en colonie et vont couvrir des portions de la surface gigantesque, explique Léo Blondet, qui travaille sur ces fourmis légionnaires en deuxième année de thèse au Cirad, le Centre français de recherche agronomique pour le développement. Elles vont laisser peu d'espace pour que les proies s'échappent et vont ainsi échantillonner leur environnement d'une manière efficace, tout ce qu'elles pourront trouver sur leur passage. » Y compris des virus, portés par leurs proies. Chauves-souris et virus Pour les étudier, les fourmis sont prélevées dans des grottes du Congo-Brazzaville, où vivent des chauves-souris – et il est plus facile de récupérer des fourmis que des chauves-souris. « Lors de leur passage, les fourmis légionnaires Dorylus vont ingurgiter des particules virales issues de l'hôte, la chauve-souris, qui a été en amont infectée par le virus, vu que les chauves-souris sont connues comme étant des réservoirs d'un grand nombre de virus. La fourmi pourrait donc représenter une véritable sentinelle dans ces écosystèmes », détaille Amour Mounda, qui prépare lui aussi une thèse sur le sujet, à l'École des sciences chimiques et biologiques pour la santé de Montpellier et à l'université Marien Ngouabi de Brazzaville. Des virus contre des plantes Mais il y a aussi des virus sur les plantes, outre les virus portés par des animaux (et qui peuvent transmettre des maladies aux humains). Il est tout aussi important de détecter ces virus qui s'attaquent aux plantes. « Ce que les gens oublient, c'est que les virus sont responsables d'épidémies dévastatrices de cultures dans de nombreuses zones en Afrique et en Amérique du Sud, souligne Philippe Roumagnac, chercheur au Cirad et à l'Institut de santé des plantes de Montpellier, où il dirige la thèse de Léo Blondet sur les fourmis légionnaires et les plantes. Ces épidémies sont moins visibles, mais elles ont probablement autant, voire plus, d'importance localement avec la destruction de systèmes de culture, comme le manioc. Cela nous renvoie au concept de "One Health" : il paraît maintenant important de regarder la santé dans un cadre beaucoup plus large que la santé humaine en intégrant la santé animale et la santé des plantes. » La météo des virus Les premiers travaux de recherche des virus grâce aux fourmis légionnaires ont déjà permis de découvrir des virus inconnus jusqu'ici, ce qui n'est pas très étonnant : il y a des milliards de virus sur Terre et on n'en a identifié que 1 %. Les fourmis permettraient ainsi de cartographier les virus quasiment en temps réel. « Cela nous donne une image de tous ces virus qui sont présents à un temps T et qui permettent de faire une veille scientifique et technique d'abord, et puis sanitaire potentiellement après. C'est vraiment ça le concept : avoir un premier animal qui va permettre d'être préventif et de savoir avant ce qui se passe », insiste Philippe Roumagnac. Un jour, peut-être, grâce aux fourmis légionnaires, on regardera la météo des virus.

    3 min
  2. 4D AGO

    Alimentation: pourquoi tout le monde mange du poulet?

    La volaille est la viande la plus consommée dans le monde : 3 000 kg de poulet sont avalés chaque seconde. L'industrialisation du poulet et la génétique ont permis de multiplier par seize la production en soixante ans, avec des prix défiant toute concurrence. C’est l'espèce animale, chez les vertébrés, la plus nombreuse sur Terre. À n’importe quel moment sur la planète, on peut compter, même si cela prendrait un peu de temps, quelques 25 milliards de poulets. Chaque année, environ 80 milliards de poulets sont tués dans le monde pour notre alimentation. Le poulet est ainsi la viande la plus consommée, mais cela n’a pas toujours été le cas. À l'origine, le poulet était d'abord un animal de compagnie, d'apparat, utilisé dans des combats, domestiqué très tard en Asie, plusieurs milliers d’années après le cochon. Et jusqu'au milieu du 20e siècle, les volailles, les poules, on les aimait surtout pour leurs œufs. « La volaille est un animal de ferme qui permet de produire des œufs, donc de la protéine pas chère et d'une qualité assez intéressante nutritionnellement, explique Pierre-Marie Aubert, directeur du programme Agriculture et alimentation à l'IDDRI, l'Institut du développement durable et des relations internationales. Il sert par ailleurs de petite réserve sur pattes pour les occasions. C'est l'origine du poulet du dimanche : pour les grandes occasions, on va se faire un coq ! » En France, c'est la fameuse poule au pot de Henri IV et la volonté prêtée au roi de se soucier du peuple. Croissance rapide Le poulet est resté un produit de luxe jusqu'à la révolution industrielle agricole. C'est après la Seconde Guerre mondiale que le poulet devient une industrie, inventée aux États-Unis Tout est concentré et standardisé (la volaille s’y prête) pour faire des économies d'échelle. Le poulet est ainsi devenu la viande la moins chère au monde. « Le poulet est quelque part la viande la plus proche d'un objet industriel, estime Pierre-Marie Aubert. Son cycle de production est très court : 50 jours il y a 30 ans, 25 jours aujourd'hui, jusqu'à arriver à des coûts de production du poulet qui sont juste délirants, à deux euros du kilo, et même moins de deux euros dans certains pays. Il faut 110 jours pour faire un porc, 36 mois pour faire un bœuf à l'herbe. On voit bien que ce ne sont pas les mêmes ordres de grandeur. C'est juste monstrueux ! » Résultat, entre 1960 et 2020, la production de poulets dans le monde a été multipliée par 16, quand celle du bœuf a seulement doublé – oui c'est juste monstrueux. Faible impact climatique L'avantage du poulet, c'est aussi sa faible empreinte carbone. L'élevage de volaille représente moins de 10 % des émissions de CO2 de tous les élevages de viande. Un kilo de poulet, c'est 1 kilo de CO2, alors qu'un kilo de bœuf émet 30 kilos de gaz à effet de serre. Un avantage climatique qu’il convient de nuancer. « Le poulet, contrairement à son ami le cochon et encore mieux le bœuf, mange des trucs que nous on pourrait manger. Il y a donc une compétition directe entre l'alimentation humaine et l'alimentation animale qu'on ne retrouve pas dans tout l'élevage bovin, ovin et caprin qui se fait à l'herbe, puisqu'on bouffe pas de l'herbe, jusqu'à preuve du contraire en tout cas », sourit Pierre-Marie Aubert. Certes, les humains ne mangent pas d'herbe, mais est-ce encore du poulet qu'on mange ? La question se pose lorsqu’on considère les conditions de production de la volaille industrielle, les performances accomplies notamment par la génétique en quelques décennies. Les gains de production augmentent de 1 % par an, et on n'arrête pas le progrès, si l'on peut dire. « Aujourd’hui, on donne 1,5 kilo d'aliments et on récupère un kilo de carcasse. Certains des généticiens qui travaillent dans la filière poulet estiment qu’on arrivera à faire grossir le poulet également avec des matières liquides. En fait, on arrivera à récupérer autant de viande que ce qu'on donne d'aliments. Le poulet pousse aussi vite parce qu’il ne bouge pas. Il est entassé dans des tout petits trucs et toute la nourriture qu'il mange est utilisée pour grossir. Donc évidemment, ce n'est pas du muscle qu'on mange, c'est un amas cellulaire », constate Pierre-Marie Aubert de l'IDDRI. La civilisation du poulet Le goût du poulet industriel peut être très discutable. Mais les protéines qu’il offre à un prix imbattable sont la recette de son succès planétaire. Chaque seconde, ce sont 3 000 kilos de poulet qui sont avalés sur la planète. Les États-Unis sont les champions du monde, avec 50 kilos par an et par personne. C'est deux fois moins en Europe, mais c'est encore beaucoup trop, quand la moyenne en Afrique dépasse tout juste les 4 kilos. Quand des archéologues se pencheront sur notre civilisation, ils trouveront du plastique et des os de poulet.  À écouter aussiLe poulet, le roi des tables populaires !

    3 min
  3. 5D AGO

    Pourquoi la biodiversité en berne favorise les zoonoses, ces maladies animales transmissibles aux humains?

    La crise de l'hantavirus, six ans après celle du Covid, repose la question des atteintes à la nature provoquées par les activités humaines. Moins de biodiversité, c'est plus de zoonoses. Rien de ce que fait l’homme n’est anodin. Quand elle coupe des forêts, quand elle détourne des rivières ou quand elle assèche des zones humides, l'espèce humaine empiète sur la nature, la détruit, et tout un tas de phénomènes sont à l'œuvre. D'abord, on bouleverse un équilibre naturel, ce qui favorise l'émergence de virus que la nature contrôlait. Des animaux sauvages se retrouvent aussi au contact des populations humaines. Enfin, des espèces disparaissent, ce qui n’est pas sans conséquences, comme on peut le voir par exemple avec le paludisme, la maladie transmise par les moustiques. « On va en fait déstabiliser les écosystèmes et des groupes d'espèces vont disparaître, décrit Hélène Soubelet, la directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. La disparition de ces groupes d'espèces entraine aussi la disparition de leurs fonctions écologiques. L’une des fonctions écologiques des batraciens est de manger des insectes. Lorsqu'il y a une déforestation, les populations s'effondrent et à ce moment-là, les proies, qui sont les insectes, n'ont plus de prédateurs ou ont beaucoup moins de prédateurs ; elles vont donc augmenter. Toutes les maladies à transmission vectorielle vont donc être favorisées par ces déforestations. » La déforestation entraîne chaque année dans le monde la perte de plus de 10 millions d'hectares d'espace naturel ; c'est comme si on rayait de la carte la Corée du Sud ou le Bénin. L'effet de dilution Une nature préservée limite en revanche la propagation des zoonoses, avec un phénomène qu'on appelle « l'effet de dilution ». « Plus il y a de diversité, plus un pathogène va avoir potentiellement du mal à trouver son hôte préférentiel, c'est-à-dire l'animal (ou le végétal d'ailleurs) qui est compétent pour le transmettre. S'il a le choix entre dix espèces animales dont une seule est compétente, il a une chance sur dix en fait de tomber sur cette espèce compétente », explique Hélène Soubelet. Le changement climatique peut aussi favoriser des zoonoses. Des températures plus élevées et davantage de pluie entraînent souvent plus de nourriture, notamment pour les rongeurs, qui transmettent les hantavirus. « Les populations animales sont très dépendantes des ressources alimentaires. Donc, lorsque la ressource alimentaire augmente, les animaux vont se reproduire davantage, c'est-à-dire avoir plus de descendances, et dans ce cas-là il y aura une augmentation de la transmission des maladies », poursuit la directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. Les leçons du Covid-19 Six ans après le Covid-19, on retrouve finalement les mêmes problématiques autour de la place de l'homme dans la nature. La crise du coronavirus, issu d'une chauve-souris, avait mis en évidence le déclin de la biodiversité ou encore le trafic des espèces sauvages. Mais les leçons ont été vite oubliées. « Globalement, on n'a pas changé notre façon d'habiter la planète, regrette Hélène Soubelet. On n'a pas changé notre façon de consommer, sauf à la marge. Et c’est vrai que c'est un petit peu dommage parce que tout le monde pensait que ça allait faire un électrochoc. Finalement, on est reparti comme en 40… Mais on le voit aussi pour le climat : quand il y a des grosses crises ou catastrophes climatiques qui traumatisent les gens et qui incitent à changer les modes de vie, ça ne dure pas. » Les humains ont la mémoire courte. Et on pourra refaire cette chronique dans un an – on aura déjà tout oublié.

    3 min
  4. 6D AGO

    Sommet Africa Forward: comment l’Afrique peut échapper au colonialisme vert?

    Au sommet Africa Forward, entre la France et l'Afrique, qui se tient les 11 et 12 mai à Nairobi, Emmanuel Macron a déjà annoncé 23 milliards d'investissements et la création de 250 000 emplois, notamment dans le secteur de la transition énergétique. Mais derrière les opportunités économiques, il y a un risque identifié par plusieurs experts de basculer dans une certaine forme de colonialisme environnemental. Ou comment l'Afrique servirait encore les intérêts du Nord sans en profiter. Pour l'Afrique, le sommet Africa Forward est l'occasion de signer des contrats : énergies renouvelables, alimentation durable, ou industrialisation verte par exemple, c'est-à-dire des usines qui fonctionnent avec des énergies propres. Des enjeux majeurs alors que le continent africain possède 40% du potentiel solaire mondial, mais que la moitié de la population n'a toujours pas accès à l'électricité, que plus de 20% de la population étaient encore confrontés à la faim en 2024, et que de nombreux pays africains ne disposent pas d’un réel tissu industriel qui pourrait pourtant être pourvoyeur d’emplois. « Un million d’Africains entrent sur le marché du travail chaque mois », rappelle ainsi Elisabeth Hege, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). En d'autres termes, le sommet entre la France et l’Afrique est l'occasion de soutenir un développement décarboné et capable de faire face à la crise climatique. Système extractiviste et colonialiste C'est l'occasion aussi de sortir du système extractiviste mis en place pendant la colonisation et qui perdure, comme c’est le cas avec les minerais africains (lithium, cuivre, cobalt, fer...) essentiels à la transition énergétique des pays développés, pour fabriquer des batteries de voitures électriques, des panneaux solaires ou des éoliennes par exemple. « 40% des réserves mondiales de minerais critiques se trouvent en Afrique aujourd’hui. Jusque-là, ça n’a pas toujours servi à développer l’industrie dans les pays. Les minerais, exploités par des entreprises étrangères, sortent en ressources brutes, sont transformés ailleurs, en Chine notamment, et ce ne sont pas les pays africains eux-mêmes qui en profitent », souligne Elisabeth Hege. De plus en plus de voix s'élèvent d'ailleurs sur le continent pour développer une industrie locale, capable de transformer ces minerais sur place, et exporter ensuite des produits qui ont plus de valeur ajoutée. Pour la France, « il y a là un intérêt stratégique dans la sécurisation d’accès aux minerais critiques pour ses plans de transition et d’électrification », relève la chercheuse. « Le pays pourrait proposer un autre modèle, une autre proposition de partenariat » que celui proposé notamment par la Chine qui domine le secteur. Un partenariat qui soutienne les ambitions africaines, tout en permettant de limiter la dépendance de la France au géant chinois. À lire aussiSommet Africa Forward à Nairobi : une deuxième journée plus politique L’Afrique est « maintenue en bas de la hiérarchie mondiale » L’opportunité est immense : « Le marché africain d'ici la fin du siècle, sera le plus grand marché de la planète, avec quatre milliards de consommateurs », estime aussi Fadhel Kaboub, économiste tunisien. « L'Europe bénéficierait d'un accès privilégié à ce marché, à la main-d'œuvre la plus jeune au monde, avec un véritable développement industriel qui créerait des millions d'emplois, tant pour les Européens que pour les Africains. » Pour le chercheur et enseignant à l’Université de Denison dans l’Ohio aux États-Unis, « il y a donc une formule "gagnant-gagnant" qui peut fonctionner ». Après des années de déboires en Afrique. Emmanuel Macron défend d'ailleurs un « partenariat réinventé » avec le continent. « En Afrique, nous ne sommes pas les prédateurs du XXIe siècle » a-t-il déclaré. « De la communication diplomatique », estime pourtant Fadhel Kaboub. Dans les faits, « alors que les lumières de Paris continuent de briller grâce à l'uranium du Niger, l'Afrique reste dans l'obscurité », résume une note qu’il a écrite avec Joab Okanda, expert panafricain en matière de climat, d'énergie et de développement. « Quand on examine en détail les investissements des Européens dans l'industrialisation verte du continent africain aujourd'hui, on voit que c'est un mélange de "greenwashing" et d'une vieille relation économique coloniale », poursuit Fadhel Kaboub, qui explique : « Lors de la colonisation, l'Afrique était censée fournir des matières premières bon marché pour le monde industrialisé. C'est encore le cas aujourd'hui. L'Afrique était censée consommer les produits venus du monde industrialisé. C'est encore le cas aujourd'hui. Enfin l’Afrique était censée récupérer les technologies obsolètes, les vieux montages à la chaîne qui n'étaient plus nécessaires au monde industrialisé, sous couvert de développement, de coopération et de partenariat. Et c’est encore le cas aujourd’hui », analyse le chercheur. Pour lui, ce système « a eu pour effet d'enfermer le continent africain en bas de la chaîne de valeur mondiale, en bas de la hiérarchie ». Gouvernance défaillante Est-ce que ce sommet changera cette règle coloniale ? Il faudrait pour cela que les leaders et les entreprises africaines s'unissent. « L’Afrique essaye de se coordonner au niveau régional », note Elisabeth Hege, de l’IDDRI en citant le traité africain pour le commerce Zlecaf ou la création de « hub industriels » comme dans le corridor de Lobito, entre l’Angola, la RDC et la Zambie. « Si ces dynamiques prennent de l’ampleur, elles permettraient d’augmenter le pouvoir de négociation de ces pays ». Fadhel Kaboub prend, lui, pour exemple l’alliance entre la France et l’Allemagne pour former le géant Airbus, capable de concurrencer Boeing. « Aucun des deux pays n'avait la capacité à lui seul de rivaliser. Il fallait créer une industrie commune, à l'échelle européenne, fondée sur le partage des ressources et des compétences, une économie d'échelle et un engagement politique à long terme. » Mais pour l’instant les politiques africaines ne sont pas à la hauteur, « les chefs d'État ont une vision trop nationaliste ». Pour échapper au colonialisme vert, le chercheur estime aussi qu’il est primordial pour les dirigeants africains de refuser l'exportation de minerais bruts ou d'énergie verte tant que le continent n'a pas accès lui-même à l'énergie et à ses propres usines. Autres impératifs : que la France (comme les autres partenaires) accepte un transfert de technologie vers le continent, que les contrats ne bénéficient pas qu'aux entreprises françaises présentes en Afrique et que ces multinationales (TotalEnergies, Orano, Vinci…) mettent fin à des pratiques contestées pour leurs conséquences sociales et environnementales. Enfin, il est nécessaire de réformer le système financier. La dette africaine atteint 1 860 milliards d’euros, avec « des pays qui remboursent aujourd’hui davantage qu’ils ne reçoivent en aide », et l’aide au développement apportée par la France a fortement diminué, s’alarme pour sa part le CCFD-Terre solidaire. L’ONG appelle donc la France à soutenir des annulations de dettes pour les pays en difficulté et à refonder sa relation avec l’Afrique sur une base plus équitable.

    4 min
  5. MAY 11

    François Mitterrand, président socialiste, était-il aussi écologiste?

    Quarante-cinq ans après l'élection du premier président socialiste de la Ve République, le 10 mai 1981, quel est le bilan environnemental de ses deux septennats ? L'homme a incontestablement marqué la France des années 1980 et 1990. François Mitterrand, élu le 10 mai 1981, il y a 45 ans, fut le premier président socialiste de la Ve République. Mais dans ce siècle finissant, avait-il déjà saisi les enjeux du siècle suivant, un siècle devenu brûlant ? Premier indice, dans un de ses derniers discours de campagne, prononcé à Grenoble, en avril 1981, quelques jours avant le premier tour, dans lequel il rappelle que « l'Homme fait partie de la nature ». « Il ne faut pas laisser les choses aller, sans quoi notre oxygène, l'eau de nos rivières, la qualité de nos forêts, les équilibres naturels, nous-mêmes, dans la ville, à la campagne, où que nous soyons, nous serons emportés par le mal. Je veux dire que les socialistes ont besoin de définir une nouvelle philosophie de l'existence autour des nouveaux rapports entre l'Homme et la nature », s'exclame à la tribune le futur président. Tout y est, ou presque : la crise de la biodiversité, qu'on n'appelle pas comme ça encore. La crise climatique, elle, n'existe pas encore. À lire aussi1981 - L’année de François Mitterrand 1/9 Une écologie de la nature François Mitterrand est l'homme de son époque, et de ses souvenirs d'enfance à la campagne. « J'étais habitué à avoir une campagne parsemée de haies, par exemple. Il y avait des haies partout. Les oiseaux venaient nicher dans ces herbes, etc. Bon, il n'y a plus de haies. Ça me surprend et j'ai tendance à dire : on a abîmé mon paysage », témoignait-il lors d'une interview sur France 3 réalisée à l'approche de la fin de son deuxième quinquennat, en 1993. L'écologie de François Mitterrand est d'abord une écologie de la nature. Il pointe alors, au début des années 1990, un problème qui s'aggrave encore aujourd'hui. Au-delà des convictions, des discours, il y a l'action, et dans le bilan environnemental de François Mitterrand, on peut citer la loi Littoral, majeure, qui a interdit toute construction dans une bande de 100 mètres sur les côtes françaises, une loi portée par son Premier ministre de l'Environnement, Michel Crépeau, le maire de La Rochelle qui avait inventé les vélos en libre-service, 40 ans avant les Vélib'. La sauvegarde de l'Antarctique Il y a aussi la création de l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, dont l'actuel gouvernement veut remettre en cause l'indépendance. Sur le plan international, on peut signaler la création de l'Observatoire du Sahel et du Sahara, en proie aux sécheresses, ou son combat, gagné contre les États-Unis aux côtés du commandant Cousteau, pour protéger l'Antarctique de toute exploitation. La question nucléaire, elle, symbolise parfaitement les ambiguïtés mitterrandiennes. Pour complaire aux écologistes, il promet pendant la campagne de 1981 d'arrêter la construction des centrales nucléaires. Promesse non tenue, ce qui permet à la France aujourd'hui de produire la majeure partie de son électricité décarbonée, mais ce qui a sans doute aussi freiné le développement des énergies renouvelables.  L'attentat du Rainbow Warrior Et puis il y a le nucléaire militaire, et l'attentat contre le Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace, la première organisation environnementale à l'époque, venue s'opposer aux essais de Mururoa dans le Pacifique, en 1985. Le premier grand scandale des années Mitterrand. « Ce sont des agents de la DGSE qui ont coulé ce bateau, fut contraint d'avouer le Premier ministre Laurent Fabius quelques semaines après l'attentat. Ils ont agi sur ordre. » Et l'ordre venait de tout en haut. Laurent Fabius demanda ensuite des comptes à François Mitterrand, comme le raconte son directeur de cabinet Louis Schweitzer dans un documentaire de France Télévisions : « Il lui a demandé les yeux dans les yeux : "Est-ce que vous avez autorisé cela ?" Et Mitterrand a dit : "Non, absolument." »  Un homme, une rose à la main Le bilan environnemental de François Mitterrand s'avère finalement contrasté. Les premières alertes climatiques sont ignorées, comme partout sur la planète. L'homme du 10-Mai est un président productiviste, d'avant la crise climatique, qui préfère le béton des Grands travaux et défend l'économie face aux industries polluantes : « On ne peut pas non plus les accabler au point de les forcer à fermer leur usine. Sans quoi alors il y a peut-être moins de pollution, mais il y a plus de chômage. » 45 ans plus tard, le discours n'a pas tellement changé au sommet de l'État. François Mitterrand est moins l'homme de la planète que des campagnes et des paysages, symbolisé par son affiche électorale, « La Force tranquille ». Un amoureux de la nature, des arbres et des fleurs. Une fleur en particulier domine les deux septennats de François Mitterrand : la rose, immortalisée dans la chanson Regarde que Barbara avait écrite au lendemain de son élection : « Un homme, une rose à la main / A ouvert le chemin… »  La rose était l'emblème que François Mitterrand avait choisi pour le Parti socialiste. « Chaque fois que je le peux, quand je suis en vacances, je m'occupe de mes fleurs, raconte-t-il lors d'une interview télé en 1972. Je ne suis pas un grand jardinier. Et les roses, c'est particulièrement difficile à entretenir. Alors une rose, pour le Parti socialiste, c'est un symbole. C'est pas facile, on s'y écorche les doigts, mais c'est beau. » C'est vrai, les roses c'est beau, mais ça finit par faner. À lire aussi«Mitterrand l’Africain»: entre nostalgie et scandales

    4 min
  6. MAY 7

    Qui est Zack Polanski, la nouvelle coqueluche des Verts britanniques?

    L'ascension fulgurante du charismatique leader des Verts britanniques ne dynamise pas seulement le Green Party dont il a pris la tête récemment. Il bouleverse l'échiquier de la politique britannique, avec un concept : « l'écopopulisme ».  Depuis son élection en septembre dernier avec un score stratosphérique, Zack Polanski a propulsé son parti de manière spectaculaire. Longtemps à la marge, le Green Party a gagné plus de 100 000 adhérents en quelques mois grâce à la personnalité de son nouveau chef, pourtant inconnu encore il y a un an.  D'abord acteur et hypnothérapeute, cet homme de 43 ans qui se se définit comme « gay, juif et vegan » est arrivé en politique tardivement. Ancien militant du mouvement radical Extinction Rebellion, il s'inscrit d’abord chez les Libéraux-démocrates en 2015 puis chez les écologistes deux ans plus tard. Siégeant à l'Assemblée de Londres depuis 2021, il fait aujourd’hui fureur dans les centres urbains, auprès des jeunes à qui il parle de prix du logement et lutte contre le chômage, d'aide sociale et de services publics, ainsi qu'auprès des électeurs musulmans.  Sa méthode est simple : il s'appuie sur son expérience d'acteur pour casser les codes de la politique et investit les réseaux sociaux avec une communication agressive. « Polanski apporte un vent de fraîcheur, car il n’est pas vu comme un politique conventionnel, explique Tim Bale, politologue à l’université Queen Mary à Londres. Ses talents d'acteur sont un atout : il communique avec aisance, il est très dynamique et sait gérer les questions inconfortables des journalistes. Et puis il est plutôt jeune, il a grandi à l’ère du numérique. Sa présence sur internet est donc bien plus impressionnante que celle de beaucoup de politiciens plus âgés. » Discours plus radical Le message de ce natif de Manchester est aussi plus à gauche. Il défend la justice sociale et veut mettre l'écologie au service des classes populaires. « Je sais que le dérèglement climatique inquiète, mais si les gens ne parviennent pas à se nourrir, à se chauffer, ils ne s’intéresseront pas à ce que nous disons », expliquait le dirigeant du parti lors de son élection en septembre. Alors plus que d’écologie, il parle pouvoir d’achat et inégalités dans un monde où les questions sociales et environnementales se superposent et s'imbriquent. Il propose un plafonnement des loyers et un impôt inspiré de la taxe Zucman. Zack Polanski tape également fort sur les riches et les grandes entreprises. Comme dans cette vidéo tournée sur une plage pour dénoncer l’obsession migratoire et les milliardaires : « Depuis le Covid, il y a plus de milliardaires qu'il n'y en a jamais eu, et alors que leur richesse a doublé, la nôtre a été réduite à néant. Pas étonnant que les gens soient en colère ! Les élites ont travaillé, elles ont inondé Westminster de lobbyistes. Elles ont veillé à ce que Farage soit présent dans toutes les émissions télé, répétant jour après jour les mêmes mensonges. »  Un discours anti-système, anti-élite, exactement comme le leader de l’extrême droite Nigel Farage, mais à l’autre bout du spectre politique. Il n'a jamais caché son admiration pour la stratégie de communication du chef de Reform UK. « Je méprise la politique de Nigel Farage, mais indiscutablement, il est l’un des politiciens les plus redoutables de l’histoire de ce pays, estime le dirigeant du Green Party. Je déteste le Brexit, mais il a réussi à causer le Brexit, sans même être député, à la force de son storytelling ! À nous de prendre la science, la recherche, la vérité et de raconter, nous aussi, des histoires puissantes ». Or aujourd'hui, Reform UK et le Green Party pourraient bien redéfinir la scène politique britannique, en pleine polarisation. « D’un côté, on observe un glissement vers la droite sur les questions d’immigration et ce qu’on appelle les "guerres culturelles" ; de l’autre, un glissement vers la gauche sur les questions environnementales et celles liées aux inégalités de richesse, analyse Tim Bale. Il existe toutefois certaines similitudes. Les deux sont considérés comme des populistes dans le sens où ils suggèrent qu’il existe un fossé infranchissable entre le peuple, d’une part, et une élite, d’autre part. » Sur le fond, Zack Polanski assume entièrement une approche radicale et populiste pour séduire au-delà des cercles de la gauche traditionnelle, s'autoproclamant « éco-populiste ». L'idée est en substance d'améliorer les conditions de vie des franges défavorisées et de s'en prendre aux plus fortunés, jugés responsables des problèmes sociaux et environnementaux. Une stratégie qui semble fonctionner jusqu'ici, mais qui n'est pas sans danger, souligne Daniel Boy, directeur de recherche émérite à Sciences Po à Paris. « En se radicalisant, la vraie question pour les écologistes, c'est le risque de perdre une partie de leur électorat. Une fraction plutôt au centre, qui n'est pas majoritaire, mais qui existe. » Déception à gauche Le succès des Verts britanniques ne peut pas être attribué qu'à la seule personnalité de son leader ou à sa stratégie électorale. Zack Polanski se place à gauche comme une alternative à un Labour dans la tourmente, qu'il ne se prive pas d'attaquer férocement avec une ambition affirmée : « Mon message au Parti travailliste est très clair : nous ne sommes pas là à attendre que vous nous déceviez. Nous sommes là pour vous remplacer ». Et pour cause, le Green Party récupère les déçus de Keir Starmer et de son parti. Il n'a, pour cela, pas beaucoup d'efforts à fournir. « Les travaillistes, le gouvernement, et le Premier ministre sont très impopulaires, souligne le chercheur Tim Bale. Ils ont déçu beaucoup de leurs adhérents les plus à gauche et ils ont offensé de nombreux musulmans britanniques par leur ambiguïté sur les actions d'Israël à Gaza. Il y a aussi une inquiétude persistante concernant la pollution des rivières et des mers britanniques. Dans les années 1980, nous avons privatisé nos compagnies d'eau et elles ont été exceptionnellement mauvaises en matière de pollution. Et même si le gouvernement travailliste est l'un des gouvernements les plus à la pointe en Europe sur le changement climatique et la décarbonation, il y a encore des gens qui voudraient voir les progrès s'accélérer. »  Mais Zack Polanski a aussi des faiblesses. On le dit peu solide sur l’économie ou l’Otan, et comme il tweete plus vite que son ombre, les polémiques se multiplient. Dans la foulée de l'attaque antisémite de Golders Green, où deux hommes juifs ont été blessés mercredi, il a notamment dû s'excuser auprès des forces de l'ordre après un message sur X dénonçant l'interpellation musclée du suspect. À lire aussiRoyaume-Uni: le Green Party se dote d'un nouveau chef «éco-populiste» pour concurrencer le Labour

    3 min
  7. MAY 5

    Pourquoi interdire la publicité pour la viande et les énergies fossiles?

    À Amsterdam, finies les affiches d'hamburgers moelleux, de vols à bas coût vers des destinations de rêve ou de SUV rutilants qui roulent au diesel. La capitale des Pays-Bas interdit désormais dans l’espace public toute publicité pour la viande et les énergies fossiles. Amsterdam emboîte ainsi le pas à une cinquantaine de villes dans le monde qui ont décidé de ne plus promouvoir ce qui nuit au climat et à l'environnement. De Sydney à Stockholm, de très nombreuses localités ont fait le choix de bannir la publicité pour les énergies fossiles, d'abord. Et désormais, cette interdiction s'étend également aux viandes. La raison en est assez évidente : l'élevage représente près de 14,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont environ 9% pour les bovins. Pour ces derniers, les émissions viennent de trois sources : la digestion des ruminants, la gestion du fumier et la production de l’alimentation animale. Le soja brésilien par exemple sert à nourrir les vaches de la planète, mais est également source de déforestation. Par conséquent on peut protéger le climat tout comme notre santé si l’on mange plus de légumes, de légumineuses et plus de fruits à la place de la viande. Et pour y arriver, le premier pas, c'est d'arrêter d'en faire la publicité. Amsterdam affiche des pièces de théâtre plutôt que les vols à bas coût Bien évidemment on peut toujours acheter et manger des hamburgers à la viande à Amsterdam. Mais les affiches publicitaires qui essaient de vous faire envie d'en manger ont, elles, disparu de tous les espaces contrôlés par la municipalité. Sur les panneaux d'affichage dans les rues, aux arrêts de bus, dans les gares, dans le métro, les habitants voient désormais des promotions pour des événements culturels : des spectacles, des pièces de théâtre, des concerts. Les supermarchés en revanche peuvent continuer à faire de la publicité pour la viande, tout comme les restaurants et les boucheries, mais seulement à l’intérieur de leurs locaux, pas dans l'espace public. L'interdiction ne concerne pas non plus les médias privés et les supports numériques. Le but est un changement de comportement Le but de l’interdiction de la publicité pour la viande et des énergies fossiles, c'est un changement de comportement. Est-ce que vous vous souvenez encore du cowboy sur son cheval au coucher du soleil, une cigarette au coin de la bouche ? Une image de virilité, de « coolness » à l'américaine qui a accompagné pendant des décennies des visiteurs de cinéma et des téléspectateurs du monde entier. La fin des pubs pour le tabac n'a pas été une baguette magique en soi. Mais elle a largement participé à « dénormaliser » ce produit dangereux pour la santé. Et bien, pour la viande et les énergies fossiles c'est pareil : on interdit d'en faire la promotion, ce qui les rend moins visibles, puis moins socialement acceptables, et cela finit par réduire la consommation. Nouvelle visibilité pour les alternatives  Bannir la publicité pour viande et énergies fossiles de l'espace public a encore une autre vertu : celle de laisser de la place à l'introduction d'alternatives, respectueuses du climat, de l'environnement et de notre santé. C’est par ce chemin qu'on peut espérer à terme, selon les scientifiques, de vrais changements de comportement et donc de vrais pas sur la voie de la transition. D'ailleurs lors de la conférence sur la sortie des énergies fossiles, la semaine dernière à Santa Marta en Colombie, l'interdiction de la publicité pour ces produits est l'une des premières mesures préconisées.

    3 min
  8. MAY 4

    Méthane, pollutions, santé... quels sont les dangers majeurs des décharges sauvages?

    Le premier émetteur de méthane au monde est une immense poubelle à ciel ouvert située au Chili. En polluant l'air, l'eau et le sol, les décharges constituent des menaces pour le climat, la santé humaine et l'environnement. Emmanuel Macron en avait fait l'une des priorités de la présidence française du G7. C'est ainsi que s'est ouvert ce matin à Paris une conférence consacrée au méthane, l'un des gaz à effet de serre responsable du changement climatique. La ministre française de la Transition écologique Monique Barbut a appelé à « accélérer la mise en œuvre de solutions efficaces pour réduire les émissions de méthane », avec des « bénéfices climatiques significatifs à court terme », selon l'Agence internationale de l'énergie. Par secteurs, l'agriculture est la plus grosse source de méthane aujourd'hui dans le monde – les vaches et le riz, pour faire simple. Ensuite viennent les fuites de méthane sur les infrastructures de pétrole et de gaz. Et puis il y a les décharges à ciel ouvert, ces déchets qui s'entassent, qui fermentent et se décomposent sous l'action des microbes, ce qui génère du méthane. La poubelle du Chili C'est ainsi que le plus gros émetteur de méthane dans le monde est une immense décharge au Chili, à une soixantaine de kilomètres de la capitale Santiago, comme vient de le révéler le Programme des Nations unies pour l'environnement qui a établi le Top 50 des émissions de méthane, grâce à des observations satellite. Chaque année, la championne du monde de dégage plus de 100 000 tonnes de méthane. En ce moment, une décharge aux Philippines est en flammes, un incendie qui dure depuis 3 semaines et qui dégage du méthane mais aussi du CO2, du dioxyde de carbone – là c'est la double peine pour le climat Presque aucun territoire de la planète n'est épargné par ces immenses poubelles à ciel ouvert. Certaines ont même leur titre de célébrité. La plus grande au monde se trouve dans le désert de Las Vegas aux États-Unis (mais elle est contrôlée et le méthane est récupéré). Il y a aussi la décharge de Ghazipur (qui n'a rien de pur), à New Delhi, en Inde, une montagne d'ordures visible à des kilomètres et aussi haute que le Taj Mahal. Des pollutions à long terme On peut aussi citer la décharge de Dandora, à Nairobi au Kenya, qui s'étend sur 20 hectares. Des petites mains viennent y récupérer des déchets, tentent de gagner leur vie au risque de la perdre. « J’arrive parfois à gagner 200 shillings, 1 euro 50. Ça m’aide à la maison. Je suis souvent malade, mais c’est normal ici. Quand ils brûlent les déchets et qu’il y a beaucoup de fumée, j’ai mal à la poitrine, de la fièvre et des maux de tête », témoignait Daro Cassa Atieno en novembre 2024 au micro de Gaëlle Laleix. Les décharges représentent un problème de santé majeur pour les humains, et plus généralement pour l'environnement. Outre le méthane, c'est une pollution tous azimuts, dans le sol, l'eau et l'air. « Ce sont des pollutions qui peuvent perdurer pendant des années, donc c'est extrêmement dangereux, souligne Axelle Gibert, spécialiste des déchets et des risques industriels à France Nature Environnement. Si on a des zones avec contact humain ou même des plantations, cela touche de la nourriture qui est ingérée par les humains. On a un gros problème avec l'infiltration des nappes phréatiques. Quand vous avez des explosions de certains déchets qui sont dits dangereux, on peut avoir des grosses conséquences avec des rejets atmosphériques qui sont extrêmement dangereux pour la santé humaine, pour la faune et pour la flore ». Surproduction et surconsommation Le problème, face à ces décharges, c'est le manque de contrôles et de politiques publiques. La gestion des déchets, de la collecte jusqu'au traitement voire au recyclage, coûte cher, et ce n'est pas forcément la priorité partout. En Afrique, 90% des déchets se retrouvent dans des décharges à ciel ouvert. En France, la gestion des déchets est le premier poste de dépenses pour la protection de l'environnement, ce qui n'empêche pas qu'on a recensé quelques 36 000 décharges sauvages, autant qu'il y a de communes. On peut trouver des machines à laver, de l'huile de vidange ou des gravats issus du bâtiment. « Le constat qu'on fait des décharges sauvages, c'est qu'il y a d'une part la problématique de l'incivilité et du respect des normes et des règles de collecte et de recyclage, mais on voit qu'on a aussi un gros problème de surproduction, estime Axelle Gibert, de France Nature Environnement. On est vraiment en faveur d'une politique de réduction des déchets, d'une meilleure réflexion autour de la sobriété pour ainsi réduire la production de déchets à la source ». Le problème des déchets est aussi celui de notre (sur)consommation.

    3 min

About

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

More From RFI

You Might Also Like