Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. 10h ago

    Pourquoi, pendant les canicules, les arbres ne jouent plus leur rôle?

    Certaines forêts françaises, lors de la vague de chaleur fin juin, ont émis plus de CO2 qu'elles n'en ont absorbé. Un véritable cercle vicieux : la canicule fragilise les arbres qui n'assurent plus leur fonction essentielle contre le réchauffement climatique qui met en péril les forêts. Un été sans fin. La France affronte dès aujourd’hui une nouvelle vague de chaleur, la quatrième en deux mois, et ce n’est une bonne nouvelle pour personne, ni pour les humains ni pour la nature et notamment les arbres. Un phénomène inquiétant a été observé fin juin, lors de la deuxième canicule : des forêts n’ont plus joué leur rôle. C’est beau, un arbre, ça fait de l’ombre, ça abrite de la biodiversité, et ça a une fonction essentielle : la photosynthèse, la capacité des arbres à produire de l’oxygène et à absorber du CO₂, le principal gaz responsable du changement climatique. Mais fin juin, en France, la machine s’est grippée, les arbres n’ont plus fait leur boulot, et dans certains territoires, les forêts ont émis plus de CO2 alors qu’elles sont censées en stocker. Moins de photosynthèse « Lorsqu'il y a des épisodes caniculaires, l'activité photosynthétique des feuilles est ralentie par les brûlures et par les fortes températures, ce qui fait que l'arbre va émettre moins d'oxygène. En parallèle, la respiration de ces arbres, qui se produit généralement la nuit, va, elle, émettre du CO2. On observe un déséquilibre pendant les canicules et on peut avoir une forêt qui va ponctuellement émettre plus de CO₂ qu’elle ne va relarguer d'oxygène », explique l’agroclimatologue Serge Zaka. Il y a un mois, ce fut un phénomène d’une ampleur inédite. De surcroît, la répétition des canicules, elle aussi inédite en France, épuise les arbres, ce qui risque encore d’aggraver le phénomène. « C'est plutôt inquiétant, estime Serge Zaka. Parce que même si l'eau revient, même si la canicule s'arrête, il peut rester des effets sur le long terme. Certains arbres vont mourir, donc ce seront des feuilles en moins qui permettaient de faire de la photosynthèse. Du bois va être décomposé par les micro-organismes et cette décomposition émet elle aussi du CO2. À tel point que dans certaines forêts du nord-est de la France et surtout en Europe centrale, on a quelques forêts tout le long de l'année qui commencent à relarguer plus de CO2, ce qui va aggraver le changement climatique ». C’est ce qu’on appelle une boucle de rétroaction, autrement dit, un cercle vicieux. Du sud vers le nord Et les cercles vicieux se multiplient. Quand c’est l’automne en plein été, quand les arbres préfèrent perdre leurs feuilles pour économiser l’eau, c’est de l’ombre en moins, donc plus de chaleur. Même chose quand un arbre meurt. « Progressivement, les arbres dépérissant vont laisser le soleil passer à travers la forêt. Du coup, c'est le sol qui s'échauffe. Et le sol qui s'échauffe, c'est une forêt qui se réchauffe elle-même plus vite, donc des espèces qui vont mourir encore plus rapidement », déplore l’agroclimatologue. Les humains peuvent agir, aider les forêts à s’adapter, en plantant des arbres. Mais un arbre met du temps à pousser. Il faut donc agir à long terme, ce qu’on a visiblement du mal à faire. « Actuellement, on a souvent des politiques court terme avec une vision à cinq ans maximum, déplore Serge Zaka. La vision d'adaptation sur une forêt, c'est trente ans, cinquante ans. L'Homme peut ramener des espèces du sud de la France et les planter dans les forêts du nord en respectant la biodiversité locale, donc aider les espèces du sud à remonter vers le nord. Ce que les arbres auraient fait naturellement en 20 000 ans, il faut le faire en 100 ans ». Dans 100 ans, nous serons morts, mais les arbres seront bien vivants, on l’espère, pour les générations qui viennent.

  2. 1d ago

    Quand le déploiement des énergies renouvelables prend du retard faut de lignes électriques

    On construit plus vite une centrale solaire qu'une ligne électrique. De nombreuses installations photovoltaïques et éoliennes sont ainsi à l'arrêt faute de raccordement au réseau. Quand l'intendance ne suit pas, le « manque à gagner » peut être immense. Le chiffre est énorme. En Inde, 50 gigawatts d'électricité issue des renouvelables ne sont pas utilisés. Soit l’équivalent de 50 réacteurs nucléaires. La raison est toute simple : ces centrales solaires et éoliennes ne sont pas connectées au réseau électrique pour transporter l'électricité d'un point à un autre, du producteur aux consommateurs. Parce que la construction d'un réseau électrique et les raccordements prennent du temps. « Les réseaux actuels ont été conçus pour quelques dizaines de producteurs bien centralisés et des millions de consommateurs. Maintenant, on a des millions de consommateurs et des millions de producteurs, avec de nouvelles consommations qui apparaissent (comme les datacenters), ce qui fait énormément de raccordements à effectuer en même temps », explique Cédric Philibert, spécialiste de l'énergie et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI). Chantiers titanesques Pour avoir une idée de l'ampleur du chantier, ou plutôt des chantiers, rien qu'en Inde (un pays à la taille assez éloignée de celle du Luxembourg...), il faudra, d'ici 2030, construire 500 000 kilomètres de nouvelles lignes électriques. Un travail titanesque, qui demande entre trois et cinq ans selon la distance, alors qu'il faut quelques mois, moins de deux ans en tout cas, pour bâtir une centrale solaire. On n'est pas tout à fait dans la même temporalité, ce qui produit forcément un décalage. En France, « on a un certain nombre de projets en file d'attente qui ont reçu la promesse de raccordement, mais cette promesse ne peut pas se réaliser avant un an, deux ans ou trois ans. Et effectivement, on a plus de projets en attente que d'options de raccordement à très court terme. C’est un problème qu'on a en France comme on l'a en Chine, en Inde, aux États-Unis ou un peu partout », estime Cédric Philibert. En Chine, à cause de cette pénurie de ligne électrique, jusqu'à 17% de l'énergie solaire n'a pas pu être utilisée de ligne. Ce qui maintient la dépendance de la Chine au charbon, la pire énergie qui soit.  Une course contre le temps Il faudrait donc anticiper la construction des lignes électriques, et pourquoi pas, comme le suggère Cédric Philibert, prendre l'exemple du Texas, aux États-Unis, où on est pourtant les rois du pétrole : « En général, on ne construit pas le réseau quand le solaire n'est pas construit. On a peut-être tort. Au Texas, il y a quinze ans de cela, le gouvernement a dit : "On va développer les éoliennes et moi je construis les lignes à haute tension sans attendre les éoliennes". Donc ensuite quand on a construit les éoliennes, le raccordement était très rapide », raconte le chercheur. D’autres pistes existent pour rattraper le retard, comme la colocalisation, en vogue au Portugal : on regroupe le solaire et l'éolien à un même endroit, pour faire des économies d'échelle et de réseau. « Dans beaucoup d'endroits, ils sont en train de rajouter une ferme solaire entre les éoliennes. Parce qu'en réalité, le solaire et l’éolien ne vont généralement pas produire en même temps. En gros, le solaire, c'est la journée et pas la nuit. L'éolien, c'est plus souvent en soirée ou la nuit, et c’est plutôt plus fort en hiver. Cela se complète bien. Si on les met à côté l'un de l'autre, on peut faire de grandes économies dans le développement du réseau et on peut gagner du temps », assure Cédric Philibert de l'Ifri. Et le temps, ça compte ; la lutte contre le changement climatique est une vraie course contre la montre, et contre la mort.

  3. 5d ago

    Moustiques, grillons, cigales... Pourquoi les insectes font du bruit?

    Dépourvus de cordes vocales, les insectes ne chantent pas, mais certains savent se faire entendre, notamment pour se reproduire et même pour s'alimenter.  C’est la BO de la nature, le son de la biodiversité qu’on peut entendre jour et nuit. Les chants des oiseaux dominent, mais les insectes ne sont pas en reste. Une expression d’abord involontaire, qui tient aux lois de la physique, à l’image des mouches. Ce qu’on entend, c'est le battement de leurs ailes, et plus la mouche est grosse, plus ses grosses ailes font du bruit, jusqu’à 500 battements par seconde. Mais les vibrations des ailes peuvent avoir leur utilité. Chez certaines espèces d'abeilles (mais pas les abeilles domestiques), on pratique la pollinisation vibratile. Le bourdonnement fait vibrer la fleur et permet de libérer le pollen qui serait autrement inaccessible. Quelques 20 000 espèces de plantes à fleur sont principalement pollinisées de cette manière. C'est le cas notamment de la tomate. Aux États-Unis, on importe des colonies de bourdons d'Europe pour polliniser les tomates cultivées sous serre. Des « chants » d'amour Chez les moustiques, c'est le même principe que la mouche : le battement des ailes fait du bruit, et là aussi ça dépend de la taille. Si on n'entend pas de moustique, ça ne veut pas dire qu’on ne sera pas piqué. Les moustiques sont attirés par l'odeur de nos pieds, loin de nos oreilles. Les petits moustiques sont les plus discrets, comme le moustique tigre, vecteur de la dengue ou du chikungunya.  Mais le bruit que font les insectes a aussi un rôle dans la reproduction. Chez les moustiques, la femelle (celle qui pique) se signale ainsi au mâle. À l'inverse, chez les cigales, c’est seulement les mâles qu'on entend, pour attirer les femelles. Mais ce ne sont pas leurs ailes qui font du bruit. Les cigales ne chantent pas non plus, elles cymbalisent. Les cymbales sont deux membranes situées dans l'abdomen, qu'un muscle vient contracter. Ça va très vite, une centaine de mouvements par seconde, et ça peut être assourdissant : certaines espèces peuvent dépasser les 100 décibels et faire autant de bruit qu'une tondeuse à gazon – mais au moins les femelles sont prévenues... Insecte thermomètre On n'entend pas tout le temps les cigales, seulement au-delà de 22 ou 25°C, parce que la cigale est ectotherme (le bon terme pour qualifier les animaux à « sang-froid ») : la température du corps dépend de la température de l'air, et s'il fait trop froid, les cymbales se contractent et ne peuvent plus jouer. Voilà pourquoi, dans la fable de La Fontaine, « la cigale a[yant] chanté tout l'été ». Chez les grillons, la température de l'environnement a aussi un impact sur leurs stridulations. Les grillons ne chantent pas, (eux non plus n’ont pas de corde vocale) mais stridulent, et ce peut être strident. Ils produisent du son en frottant leurs ailes, pour attirer les femelles, ou pour marquer leur territoire – en tout cas c'est une manière de communiquer. Et plus il fait chaud, plus ils stridulent. Les grillons peuvent ainsi servir de thermomètre. C'est la loi de Dolbear, du nom d’un physicien américain qui avait inventé une formule mathématique assez compliquée. Mais pour faire simple, il suffit de compter les stridulations pendant 8 secondes, et d'ajouter 5. Faites l’expérience. Sur l’enregistrement d’un « chant » de grillon, on a compté 23 stridulations, ce qui fait 28°C. Pas de doute, on est bien en été.

  4. 6d ago

    Faut-il vraiment replanter des arbres après un incendie?

    La nature est résiliente et les forêts victimes du feu n'ont pas forcément besoin des humains pour se régénérer. Replanter des arbres après le passage des flammes semble, spontanément, la solution devant le spectacle morbide d’un arbre calciné, tué par le feu. Face à l’émotion, c’est bien souvent la réponse des dirigeants politiques. « Tout le problème qu'on a, c'est que le temps de la forêt n'est pas le temps du politique et que nos politiques adorent se précipiter après un incendie alors que les braises sont encore fumantes », regrette Sylvain Angerand, le directeur de l’association Canopée qui protège les forêts. Appel aux dons pour replanter Chaussé de ses plus belles lunettes de soleil, alors que l’incendie de Fontainebleau, au sud de Paris, n’était pas encore éteint, le président de la République française s’était rendu sur place pour lancer un appel aux dons pour replanter la forêt ravagée. « Cette forêt, on y tient, lançait Emmanuel Macron. Et dès maintenant, on va lancer la mobilisation pour permettre de collecter la solidarité nationale. Je compte donc sur chacune et chacun pour pouvoir donner pour la forêt de Fontainebleau et nous permettre de faire le travail de replanter. » Plus de 700 000 euros ont déjà été récoltés pour Fontainebleau, alors qu’une autre cagnotte mise en ligne par la Fondation du patrimoine, pour toutes les forêts de France, a recueilli moins de 160 000 euros. À lire aussiIncendies en France: dans les zones dévastées de Fontainebleau, le travail de fourmis des pompiers face aux «feux zombies» Les arbres reviennent tout seuls Planter n’est pourtant pas forcément la bonne solution. Mieux vaut laisser la forêt se régénérer d’elle-même. « On n'a pas besoin de planter des arbres à Fontainebleau, s’agace Sylvain Angerand, de l’association Canopée. Les arbres vont revenir tout seuls. En 2022, quelques semaines après les grands incendies dans les Landes, on avait les chênes qui refaisaient des branches, des feuilles vertes. On avait les graines de pins maritimes qui commençaient à germer et donnaient des petits pins maritimes. Cette dynamique naturelle, il faut lui laisser le temps de s'installer quelques années et c'est seulement après qu'on va venir l'accompagner. C'est comme un corps : il y a eu un traumatisme, il faut accompagner, y aller doucement et ne pas se précipiter. Dire qu’on va replanter une forêt, c’est une illusion, ça n'existe pas. » Les vertus du bois mort L’idée est d’intervenir le moins possible, de laisse faire ; une sorte de libéralisme appliqué à la nature. Par exemple, laisser sur place les arbres calcinés, « surtout les gros bois morts, poursuit Sylvain Angerand. Ils vont se décomposer et vont venir nourrir les sols. Ils vont même jouer un rôle d'éponge, parce que la matière organique va permettre de garder l'humidité de l'eau. Il n’ y a rien de pire que de tout exporter. La forêt est un écosystème vivant dans lequel les sols jouent un rôle colossal. » Et pour protéger ces sols, mieux vaut aussi éviter de rouler avec de gros engins qui vont tout tasser… Agir sur les causes du réchauffement Dans un deuxième temps, s’il faut replanter, il convient de ne pas le faire n’importe comment. Il faut choisir des arbres adaptés au changement climatique, en évitant la monoculture, pain béni pour les parasites. « On se dit que le pin maritime est intéressant parce que c'est un arbre qui est plutôt résistant à la sécheresse. Donc les forestiers se précipitent dessus. Sauf que le pin maritime est très sensible aux incendies. La réponse, c'est donc la diversification. Plus on parle de planter des arbres après un incendie, plus on donne l'illusion d'agir. Alors que le principal levier qu'on a, il est sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre », rappelle Sylvain Angerand de Canopée. En agissant sur la crise climatique, on aura moins de sécheresse et donc moins d'incendies. Et c’est l’assurance de ne pas (se) planter. À lire aussiFrance: après les incendies de la forêt de Fontainebleau, un paysage dévasté et une biodiversité menacée

  5. Jul 21

    Emmanuel Macron préfère-t-il l'économie à l'environnement ?

    Le vote en France de la loi d'urgence agricole repose la question des priorités et des arbitrages dans la lutte contre la crise climatique et la crise de la biodiversité. Les ONG dénoncent un gouvernement favorable aux lobbies agricoles et industriels. C'est un point final législatif, mais le débat n’est pas clos en France. La loi d’urgence agricole arrive à son terme, après un vote définitif cette nuit à l’Assemblée nationale, et avant un dernier vote du Sénat aujourd’hui. Mais ce texte porté par le gouvernement face à la crise agricole fait toujours l’objet de fortes critiques à propos de la gestion de l’eau et de la réintroduction de deux pesticides jusqu’ici interdits. Comme si la protection de l’environnement n’était pas ou n’était plus un sujet. Ce reproche, devenu récurrent depuis des années, n'était pourtant pas d'actualité au début du quinquennat d'Emmanuel Macron, autoproclamé chevalier vert face à l’inconséquence de Donald Trump. Le 1er juin 2017, moins d'un mois après son élection, le tout jeune président français détournait le slogan de Donald Trump, « Make America great again », pour dénoncer le retrait des États-Unis de l'accord de Paris sur le climat. « Make our planet great again, lançait Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux. Sur le climat, il n'y a pas de plan B, car il n'y a pas de planète B. Alors oui, nous continuerons. » En marche arrière Mais Emmanuel Macron a-t-il vraiment continué de défendre le climat, l'environnement et la biodiversité ? Oui dans les mots, moins dans les actes. Il y a eu plus de déclarations d'amour que de preuves d'amour. Davantage de postures, avec des sommets internationaux, ambitieux mais contredits par de multiples décisions des gouvernements pour assouplir les normes environnementales, au nom de l'agriculture, de l'industrie, de l'emploi… Un exemple marquant : la promesse d'interdire le glyphosate, ce puissant herbicide. Les agriculteurs, finalement, peuvent continuer de s'en servir. L’an dernier, un collectif d'ONG avait ainsi compté 43 reculs environnementaux en seulement 6 mois. Le porte-parole de Générations Futures, François Veillerette, évoque ainsi « une espèce de lente descente. Je ne sais pas si c'est vers les enfers, mais en tout cas c'est pour toujours moins d'écologie. On le voit, c'est En marche, mais en marche arrière toute sur ces sujets ! » Plus d'économie, moins d'environnement Ces reculs sont souvent justifiés, au nom du pragmatisme, de la compétitivité, des intérêts économiques ou de la crise agricole. Et en cela, les Français sont sur la même ligne, selon un sondage réalisé il y a quelques mois : 61% pensent qu'en période de crise, les responsables politiques doivent avant tout s'occuper d’économie et d’emploi, et moins d'environnement. Mais est-ce que c'est vraiment l'économie qui est défendue ? « C'est plutôt le fait de céder facilement à des intérêts de groupes et pas des intérêts économiques réellement généraux, estime le porte-parole de Générations futures. Ce sont des réponses vraiment ringardes, des réponses du passé à des problématiques réelles, qu'elles soient écologiques, économiques ou agricoles. En tout cas, ce ne sont pas des réponses d'avenir. » Court-termisme Économie et écologie ne devraient pas être opposées. La transition énergétique, par exemple, c'est la mise en place d'une nouvelle économie de l'énergie. L'agroécologie est une autre agriculture fondée sur la santé des terres, des paysans et des consommateurs. Cela prend du temps et demande des moyens, quand la politique semble naviguer à court terme. « Normalement, la politique, ce n’est pas ça. Gouverner, c'est prévoir. Donc prévoir, c'est regarder loin, mettre en place des mesures qui permettront de façonner l'agriculture de demain, l'industrie de demain, le logement de demain, les transports de demain… Alors que là, on ne fait pas de la vraie politique puisqu'on ne prévoit pas, on répond à court terme », dénonce François Veillerette. Gouverner, c'est prévoir, et c'est aussi arbitrer entre des intérêts contradictoires : faut-il développer l'industrie, quoi qu'il en coûte en termes de pollution ? Faut-il réintroduire des pesticides dans l'agriculture, quoi qu'il en coûte en termes de santé publique ? La politique environnementale d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements peut être finalement vue comme une succession d'arbitrages de plus en plus défavorables à l'environnement. On l'a bien vu pendant le mondial de foot : l'arbitre n'est pas au-dessus de tout soupçon.

  6. Jul 20

    Pourquoi le Sahara aggrave-t-il les canicules, mais fertilise aussi la terre et la mer?

    Les poussières venues du Sahara ont rendu plus chaudes les nuits caniculaires en France. La plus grande source de particules minérales au monde transportées par les vents est aussi un puissant engrais naturel jusqu'en Amazonie. C’est le plus grand désert au monde (exceptés les déserts polaires, Arctique et Antarctique), aux influences parfois insoupçonnées. Le rôle du Sahara dans l’aggravation de la canicule vient ainsi d’être mis en avant par une étude publiée en France qui s’est penchée sur la deuxième canicule française de l’année, fin juin, et sur l’impact des poussières sahariennes. Celles dont on voit régulièrement la trace ocre sur les voitures quand il a plu, ou qui donnent une couleur particulièrement photogénique aux couchers de soleil. Le Sahara est la plus grande source de poussières minérales au monde et la région où l'érosion provoquée par le vent est la plus importante. Ce sont quelque 100 millions de tonnes, au moins, chaque année, qui sont soulevées et qui voyagent en Europe et en Amérique. On parle bien de poussières d'argile et non du sable.  « Des petits grains de sable vont être soulevés. Ils sont assez lourds donc ils ne peuvent pas être transportés. En retombant, par gravité, ils vont impacter la surface du désert, la croûte de surface qui est composée d'argile, ce qui va faire exploser cette argile et va remettre en suspension des particules beaucoup plus petites qu'on appelle du lœss. Ce sont ces particules d'argile qui vont être transportées au-dessus de l'Atlantique comme au-dessus de l'Europe », précise Patrick Chazette, chercheur CNRS au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de Paris-Saclay. Nuits tropicales En juin, les vents ont transporté de l’air chaud du Sahara au-dessus de la France, mais aussi ces poussières qui ont eu un effet « couvercle ». « Les nuits sont principalement plus chaudes parce que les surfaces sont chauffées durant plusieurs jours cumulés. Les surfaces vont ensuite réémettre la chaleur vers l'atmosphère. Et dans l'atmosphère, s'il y a des particules en suspension qui sont susceptibles de capter une partie de ce rayonnement infrarouge, elles-mêmes vont ensuite renvoyer ce rayonnement infrarouge vers la surface. C'est vraiment un principe d'effet de serre », explique Patrick Chazette, l’un des auteurs de cette étude sur ces fameuses nuits tropicales. Les poussières du Sahara ne sont pas l’unique cause de la canicule, loin de là, mais elles ont rendu les nuits encore plus chaudes, d'un degré environ. Les poussières « ne sont pas les seules responsables des températures élevées, mais elles vont amener à ce que la température diminue moins. En gros, si vous avez 38°C la nuit, vous auriez eu 37°C sans les particules », poursuit le chercheur. Engrais jaune Les poussières du Sahara peuvent aussi avoir des effets l'hiver. Il y a quelques années dans les Alpes, la neige avait pris une couleur orangée, la couleur du Sahara. Et elle a fondu plus vite au printemps car une couleur sombre absorbe davantage les rayons du soleil. Mais les poussières du Sahara n'ont pas que des aspects négatifs. Le Sahara est ainsi une immense usine à engrais naturel, paradoxe d'un désert où rien ne pousse, ou presque, par manque d'eau, mais où le sol est riche ; les poussières du Sahara sont de puissants fertilisants. « Le Sahara va effectivement transporter une grande quantité de minéraux qui contiennent des nutriments qui vont aider au développement des plantes d'une manière générale, détaille Patrick Chazette. Le Sahara, dans le temps, c'était une mer. Il y avait beaucoup d'eau au-dessus du Sahara. Les minéraux sont restés, donc il y a beaucoup de calcaire, de phosphore, de fer, de calcium… Il y a plein de choses dedans en fait, il y a tout ce qu'il faut dans le sol du Sahara ! » Il y a tout ce qu'il faut pour faire pousser les plantes, en mer et sur terre, dans l'Atlantique, en Méditerranée, en Europe et en Amérique. En mer, c’est le phytoplancton, les microalgues, qui nourrissent les poissons et qui stockent aussi du CO2. Sur terre, ce sont par exemple 27 millions de tonnes de poussières sahariennes qui finissent chaque année en Amazonie, après quelque 5 000 kilomètres d'un voyage turbulent, où tout finit en poussière, comme il est écrit dans la Bible.

  7. Jul 16

    Des millions de victimes: pourquoi les animaux paient-ils un lourd tribut lors des incendies?

    La faune sauvage est généralement la grande oubliée des feux de forêts, alors que chaque incendie provoque une hécatombe, avec des répercussions pendant des années. La saison des feux de forêt bat son plein dans l'hémisphère Nord. L’été et la sécheresse rendent les arbres hautement inflammables, et de l’Amérique du Nord à l’Europe, en passant par l’Afrique du Nord, c’est partout la même litanie de centaines ou de milliers d’hectares brûlés, parfois de victimes humaines. Mais on oublie les habitants de ces forêts : les animaux, brûlés vifs ou le plus souvent tués par les fumées. « Il y a les animaux qui sont impactés directement par l'incendie et qui vont se faire prendre par les fumées, faire des malaises et du coup être brûlés, raconte Marine Laullon, la présidente de l'association Wany the Pooh (un jeu de mots avec le prénom de sa fille et Winny the Pooh, Winny l’ourson), qui intervient pour sauver les animaux après, voire pendant les incendies – les animaux sauvages et domestiques. Mais il y a aussi des morts entre 48 heures et 72 heures. On fait très attention à revérifier l'état des survivants qu'on a déjà découverts, on va dire "en bonne santé". On va les surveiller pendant trois jours parce qu'en fait ils peuvent faire des arrêts cardio-respiratoires ». Le sacrifice maternel Les incendies ont généralement lieu au plus mauvais moment, en été, après le printemps et la période de reproduction. Beaucoup d'animaux retrouvés morts sont des femelles ; quand l'instinct maternel est plus fort que tout, mais pas plus fort que les flammes. « On retrouve beaucoup d'orphelins mis en sécurité en dehors du feu et on retrouve la mère complètement brûlée à côté d'un autre petit vers le terrier, ou alors morte à côté d'eux, épuisée, un petit peu brûlée. Donc on voit qu'elle a fait des allers-retours et finalement, elle, elle est morte d'épuisement, de déshydratation et puis d’inhalation de fumée », poursuit Marine Laullon. L’association Wany the Pooh sauve des animaux et parvient aussi à estimer le nombre d'animaux tués dans un incendie, grâce à ses centaines de bénévoles qui mènent un véritable travail de police scientifique, en ratissant le terrain, centimètre carré par centimètre carré. Cela à la recherche du moindre indice, comme « des petits éclats d'os parce qu'il y a des corps qui explosent et on se retrouve à devoir faire un puzzle pour savoir quel animal était présent et a été impacté par l'incendie », explique Marine Laullon : « Après, on retrouve aussi beaucoup de nids. Les oiseaux protègent leurs œufs et on retrouve des couples restés sur les œufs. Ils sont morts brûlés vifs et les œufs en dessous sont intacts ». Intacts, mais non viables évidemment. Des millions de victimes Lors d'un incendie l'an dernier à Narbonne, dans le sud de la France, avec 2 000 hectares brûlés, l'association a estimé à 10 millions le nombre d'animaux morts, en comptant les insectes. Mais le plus gros carnage animal, ce fut en Australie lors du mégafeu de 2019-2020, avec 3 milliards de victimes - cette fois sans compter les invertébrés. Mais certains animaux arrivent à se protéger des flammes, à condition de ne pas faire comme le hérisson qui se met en boule face à une menace et se croit ainsi protégé. Des oiseaux, des grands mammifères, parviennent à fuir avant l'arrivée des flammes. D'autres espèces peuvent aussi s'enterrer. Les reptiles qui se déplacent lentement sont généralement très vulnérables face à l’arrivée des flammes. Générations perdues Mais on a parfois des bonnes surprises, comme lors du terrible incendie du massif des Maures, sur la Côte d'Azur, en 2021. Il y avait de grosses inquiétudes pour la tortue d’Hermann, une espèce endémique et menacée. Mais une fois l’incendie éteint, les sauveteurs ont compté 60 % de survivantes. « Les tortues ont pour habitude l'été de restreindre leur activité et de se cacher, de ne plus trop manger, ne plus trop boire parce qu'il y a plus de ressources à cette époque-là. Et elles ont pu se protéger du feu grâce à ça. Et c'est donc là-dedans qu'on les retrouve en majorité », nous expliquait pour la chronique « C’est dans ta nature » Sébastien Caron, le responsable scientifique du Soptom, un centre dédié à la protection des tortues.  Mais un incendie a des conséquences sur le long terme. Quand votre maison brûle, vous vous retrouvez à la rue. La forêt est la maison des animaux, et certaines espèces mettent des années à s'en remettre. Les survivants n'ont plus rien à manger. Un feu est comme une guerre mondiale : une génération perdue et des conséquences démographiques sur plusieurs générations. On peut éteindre un incendie en quelques jours, mais il faut souvent des années, parfois des décennies, pour qu'un écosystème se reconstruise.

  8. Jul 15

    Les canicules à répétition ont-elles fait sauter le tabou de la climatisation?

    Après trois canicules en deux mois en France, le débat sur l'utilité de la clim a évolué, y compris chez les écologistes, historiquement opposés à ce qu'ils considèrent comme de la mal-adaptation au réchauffement climatique. La climatisation permet en effet de sauver des vies. Un père de famille se promène en slip dans un appartement surchauffé, sous le regard consterné de ses enfants. Il s’agit d’une publicité pour le fabricant de climatiseurs BGH, accompagnée de ce surtitre : « Avec l’été arrive le pire cauchemar de toutes les familles : les pères en slip ». Une publicité devenue virale. Mais en réalité, la meilleure pub pour la climatisation, c’est la crise climatique. En France, alors que la troisième canicule en deux mois bat son plein, le tabou de la climatisation semble avoir sauté, même s’il s’agit d’un tabou tout relatif, puisque 25% des particuliers sont déjà équipés de climatiseurs, fixes ou mobiles. Il se vend déjà en France chaque année 1 million de climatiseurs, alors qu’on en compte dans le monde entier 1,5 milliard, et qu’on devrait atteindre les 5,5 milliards dans 25 ans. « La clim fait partie des solutions » L’enchaînement des canicules a fait évoluer le débat, à l’image d’une déclaration de la cheffe du parti Les écologistes, historiquement très critique sur le sujet. « L'urgence dans les années 70, c'était de se battre pour qu'il n'y ait pas de changement climatique ou le moins possible. Là où nous en sommes aujourd'hui, la clim fait partie des solutions, expliquait fin juin, en pleine canicule, Marine Tondelier sur le plateau climatisé de BFMTV. Mais ce n'est pas une solution miracle. » La climatisation, dénoncée comme un luxe égoïste, a longtemps été honnie par les écologistes et les climatologues qui la considèrent comme de la mal-adaptation. Mais malgré tous ses défauts (consommation électrique, rejet de chaleur dans la rue, prix, gaz à effet de serre qui peuvent d’échapper), la clim devient aujourd’hui acceptable. Il s’agit là d’une prise de conscience face à la brutalité de la réalité, quand on se retrouve à passer la nuit (en slip) dans un appartement où il fait plus de 30°C. « Ces épisodes caniculaires qui se multiplient nous obligent à considérer le fait que même des bâtiments bien conçus, bien isolés, bien ventilés, vont avoir du mal à assurer la fraîcheur nécessaire en été si ces épisodes se multiplient. Donc il y a un vrai sujet de nécessité de la climatisation dans une majorité probablement de bâtiments », considère Yves Marignac, expert énergie et porte-parole de l’association négaWatt qui se bat pour la sobriété énergétique. À écouter aussiPeut-on se passer de la climatisation? Une question de vie et de mort Faut-il pour autant mettre de la climatisation partout ? Non, ce serait impossible et contre-productif. La climatisation n'est qu'une des solutions pour s'adapter à un monde qui brûle. Mais il existe au moins un consensus aujourd’hui : il faut de la climatisation pour les plus fragiles, dans les maisons de retraite, les écoles et les hôpitaux. C'est une question de santé publique. « J'ai entendu dans des tables rondes des représentants du monde de la santé dire à quel point ils étaient choqués qu'aujourd'hui nos centres commerciaux soient climatisés alors que nos hôpitaux ne le sont pas, raconte Yves Marignac. Effectivement, il y a eu un déni, probablement dans les politiques publiques, de la nécessité de traiter le confort d'été, donc le besoin de fraîcheur dans les bâtiments. Et donc, ce dont on se rend compte aujourd'hui, c'est qu'on a été collectivement aveugle. » La deuxième canicule de cette année en France, fin juin, a fait au moins 2 000 morts, un chiffre encore provisoire parce qu’on peut mourir à petit feu. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la climatisation a permis de sauver près de 200 000 vies dans le monde en trois ans. Mais le tout-clim ne peut pas être l'alpha et l'oméga des politiques climatiques ; on n'a pas encore réussi à climatiser les champs, les prairies et les forêts… À lire aussiCanicule en France: la classe politique partagée sur les solutions à apporter

About

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

More From RFI

You Might Also Like