Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. 6h ago

    Les leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4]

    Sueur et ventilateur. En enchaînant cinq canicules en trois mois, les Français ont expérimenté de plein fouet la vie sous réchauffement climatique. Un « été pourri », il y a quelques années, c’était un été frais et pluvieux. Mais un « été pourri », aujourd'hui, c'est l'été que vous venez de vivre, où vous avez parfois eu l'impression de survivre – on exagère à peine. Les canicules que les Français viennent d’enchaîner - cinq en trois mois - n’impliquent pas qu’un changement de vocabulaire ; elles ont aussi changé la vie. Pour une très grande majorité des Français, à 77 %, les canicules ont eu un impact sur la qualité de la vie quotidienne, et même sur leur humeur, pour 51 % des sondés. D'abord, vous avez explosé votre consommation d'eau. Pour remplacer la piscine que vous n'avez pas, vous n'avez jamais pris autant de douches, et vous vous êtes dit : « En fait l'eau froide, c'est pas si froid », surtout qu'au robinet elle coulait plutôt tiède. Vous avez parfois dû boire quatre litres d'eau par jour, et tout ça sans faire des allers-retours aux toilettes. En revanche, vous avez beaucoup transpiré. Confinés sous un toit brûlant Les Français ont dû s'adapter, et s'adapter, ici, veut dire ne rien faire. Comme 45 % des Français, vous avez décalé ou annulé des sorties, parce que 33°C à la maison, c'est toujours plus frais que 40°C dans la rue. Assommé à scroller sur votre téléphone en surchauffe, qui faisait aussi radiateur, vous êtes restés confinés chez vous. Cela vous a rappelé des souvenirs et vous étiez à deux doigts d'applaudir les pompiers tous les soirs à 20 heures.  Vous avez peut-être appris à fermer vos volets la journée, si vous aviez des volets ; près de la moitié des logements en France en sont dépourvus de protection ou sont mal protégés du soleil. Et ne parlons pas de l'isolation des murs. Ces canicules ont révélé la vulnérabilité des habitations. Partout on a crevé de chaud, en particulier sous les toits, et même dans des appartements récents, pourtant construits selon les dernières normes ; conçus pour garder la chaleur l'hiver, manque de bol, ils gardent aussi la chaleur l'été. Passion ventilateur La qualité du sommeil s'en est ressentie. Comme huit Français sur dix, vous avez mal dormi, voire pas dormi du tout. C'était tellement chaud, tellement torride, que vous avez couché avec un ventilateur, avant de penser à l'épouser. Quand d'autres ont carrément craqué pour un climatiseur. Fin juin, il s'est vendu en deux semaines en France près de 2 millions de climatiseurs et de ventilateurs. Mais il a quand même fallu aller travailler, épuisé par des nuits tropicales alors que vous n'étiez pas en vacances sous les tropiques. Vous avez débarqué au boulot en short, et tant pis pour la pudeur et votre réputation vestimentaire. Exilé climatique, vous avez renié le télétravail et redécouvert les joies du présentiel en présence de la climatisation au bureau. Mais parfois la clim était en panne, ou à bout de souffle d'air tiède, et vous avez remué ciel et terre pour décrocher non pas une augmentation de salaire mais juste un ventilateur. Au service environnement de RFI, on n'a jamais autant reçu de mails désespérés – mais c'est le service climat, pas le service climatisation. Travail à la peine Même quand vous n'étiez pas sur un chantier en plein cagnard, ou dans un atelier surchauffé, vous avez travaillé un peu moins vite, un peu moins. Votre productivité a baissé de 10 % en moyenne, et vous vous êtes dit : « Mais ils font comment en Afrique ? » Ces canicules auront, de fait, un coût financier important, entre 10 et 15 milliards d'euros pour la France, selon une estimation de l'Insee. Les commerces et les restaurants ont perdu cet été 10 % de leur chiffre d'affaires, et le gouvernement a dû prolonger les soldes (« sa première mesure anti-canicule », a ironisé le mouvement Attac). À titre personnel, vous envisagez un crédit à la consommation pour acheter des légumes qui vont devenir hors de prix (puisqu’ils ont brûlé sur la plante). Oui, votre vie a changé le temps d'un été brûlant. Mais l'automne sera là, bientôt, et peut-être aurez-vous déjà tout oublié ? À lire aussiCanicules: comment les vagues de chaleur pèsent-elles sur l'économie en Europe?

  2. 2d ago

    Les leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]

    Premier volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe de l'Ouest : vit-on l'été le plus froid du reste de notre vie ? Sommes-nous déjà passés dans le monde d'après, ce monde apocalyptique de sécheresses, de canicules et d'incendies que nous ne pouvons que subir ? Un monde décrit depuis des décennies par les experts du climat si nous ne faisons rien. C'est vrai qu'on n'a pas fait grand chose, malgré les alertes, et cet été 2026, en Europe, est du jamais vu. Cinq canicules en France, des records battus partout, et des records de records battus, plus de 40°C la journée et des nuits tropicales... Merci le réchauffement climatique. « Ce que fait le changement climatique, c'est de mettre les vagues de chaleur sous stéroïdes. Puisque les étés deviennent plus chauds en moyenne, quand on a un extrême au-dessus de la moyenne, cet extrême-là est encore plus intense qu'avant », décrypte Robin Noyelle, climatologue à l'ETH de Zurich (l'école polytechnique fédérale en Suisse). Un phénomène exceptionnel en partie inexplicable Des températures extrêmes doublées d'un phénomène exceptionnel : la répétition de ces canicules, qui provoque un été brûlant sans répit pour l'ensemble du vivant. « Si on prend les vagues de chaleur une par une, elles n'auront pas grand-chose d'exceptionnel, estime Robin Noyelle. Ce qu'il se passe, c'est qu'on a une zone de hautes pressions qui vient se bloquer au-dessus d'une certaine région et qui ne bouge plus. Donc on a de l'air chaud qui descend, et en plus l'énergie qui vient du soleil n'est pas reflétée par les nuages et arrive donc directement dans les basses couches. Et les basses couches, c'est là où nous, on vit. Donc c'est quelque chose qu'on comprend bien. Par contre, ce qu'on ne comprend pas très bien, ce qui est vraiment exceptionnel sur l'été, c'est le fait que ça revienne ». On n'en est qu'à l'heure des conjectures et des hypothèses, avant que la recherche n'arrive à y voir plus clair, et le climatologue évoque d'abord « la malchance, c'est-à-dire que ça peut arriver de manière aléatoire et on n'a vraiment pas eu de chance cette année. Ou peut-être qu'il y a d'autres causes, et notamment les causes océaniques. On a l'événement El Niño qui est le plus fort qu'on n'ait jamais observé depuis au moins la fin du XIXe siècle. Et peut-être que ça peut avoir un lien. Mais ce sont vraiment des choses qui sont très discutées et sur lesquelles y a pas du tout de consensus ». Aura-t-on encore des « étés pourris » ? En France et en Europe, sommes-nous alors en train de vivre « l'été le plus froid du reste de notre vie », comme le répètent certains climatologues, dans une formule choc, pour alerter l'opinion sur la crise climatique ? Mais que pensera-t-on si on a, comme on l'appelle de moins en moins encore, « un été pourri » l'an prochain, frais et pluvieux ? En fait, le climat n'est pas quelque chose de linéaire, à court terme. « Étant donné que cette année est vraiment un été exceptionnel, je ne pense pas trop m'avancer en disant que probablement les étés prochains seront plus frais, estime Robin Noyelle. En revanche, à l'horizon de 20 ou 30 ans, si on continue à émettre des gaz à effet de serre, on continuera dans cette direction-là. Un été comme celui de 2026 ne sera plus exceptionnel comme il l'est cette année ; il sera dans la moyenne ». Moyennes et extrêmes Alors que les températures ont dépassé dans de nombreux endroits les 40°C, l'alerte sur les 2°C de l'Accord de Paris pour le climat peut sembler pour le moins décalée... Depuis 2015, on a beaucoup insisté sur ce chiffre, 2°C, cette limite de réchauffement à ne pas dépasser (mais qu'on va sûrement dépasser). Peut-être, et les médias ont leur part dans cette histoire, aurait-il fallu insister sur les températures extrêmes plutôt que sur une moyenne globale. « 2°C, ça ne paraît pas beaucoup, reconnaît Robin Noyelle de l'ETH Zurich. En fait, la température du globe est quelque chose qui est très différent de la température que nous expérimentons. 1,5 à 2°C de réchauffement, cela implique un réchauffement sur les terres qui est 50 % supérieur. Et plus on va au nord, plus on a de l'amplification. Un réchauffement de 2°C global, cela veut dire un réchauffement en été en France de l'ordre de 4°C. Et sur les extrêmes, on peut avoir jusqu'à un facteur 2 d'amplification par rapport à cela ». Ce qui veut dire au moins 8°C en plus. Des températures anormales qui deviendront bientôt la norme. À lire aussiEn Europe, les canicules s'enchaînent et leur coût reste difficile à mesurer

  3. 6d ago

    Pourquoi le scarabée japonais est-il sous haute surveillance en Europe?

    Inoffensif pour les humains, cet insecte aux reflets verts est une espèce invasive destructrice notamment pour les vignes et les arbres fruitiers. Installé en Italie et en Suisse depuis une dizaine d’années, il a été détecté en France dans plusieurs régions depuis 2025 mais aussi dans d’autres pays européens. Le scarabée japonais fait la taille d’un pois chiche (1 cm à l’âge adulte), il a une belle couleur verte et de petites touffes de soie blanche sur les côtés et sur le dos. Il est visible en Europe en ce moment, en été, de juin à septembre. Très joli donc ce scarabée japonais, mais potentiellement très destructeur. Au Japon d’où il est originaire, il ne pose pas de problème car sa population est régulée par des prédateurs naturels, notamment des mouches et des guêpes. Mais sorti de son milieu d'origine sans prédateur et dans un climat qui lui convient, ce coléoptère devient une espèce exotique envahissante. Aux États-Unis, où il a été importé par mégarde dans une pépinière de Philadelphie en 1916, il est désormais présent sur deux tiers du territoire – il a même atteint le Canada – et fait des ravages considérables : plusieurs centaines de millions de dollars par an aux États-Unis, entre pertes agricoles et coût de la lutte contre cet insecte ravageur. Présent en Europe depuis 2014, il menace l’agriculture Il est arrivé sur le continent européen à Milan en 2014 et a formé depuis des foyers importants dans le nord de l’Italie et en Suisse. Les années suivantes, il a été détecté aux Pays-Bas, en Allemagne, en Slovénie, et en 2025 en France, en Espagne et en Autriche. Quelques individus seulement à chaque fois, mais les autorités phytosanitaires sont sur le qui-vive. La vie du scarabée japonais dure un an : il passe d’abord l’hiver dans les sols, sous forme de larves. Ces larves se nourrissent des racines de graminées, de gazons et de prairies. Il peut donc avoir un fort impact sur la vie sociale en ravageant des terrains de sport, souligne Sylvain Poggi, chercheur en écologie et scientifique des données à l’INRAE de Rennes, dans l’ouest de la France. « Dans un nouveau foyer d'infestation apparu en Suisse en 2024 près de l'aéroport de Zurich, un stade de foot a dû être complètement bâché pour essayer de lutter contre les larves, pour qu'il n'y ait pas d'émergence d'adultes l'année suivante ». Surtout, durant l’été, une fois qu’il est adulte, le scarabée japonais vole et s’attaque aux plantes. Davide Martinetti est chercheur à l’INRAE à Avignon dans le sud de la France et originaire du foyer d’infestation en Italie : « Ces insectes ont un comportement, surtout les adultes, très grégaire. Ça veut dire que quand un petit nombre d'individus commence à s'attaquer à une plante, ils commencent à produire des phéromones - des espèces d'odeurs - qui vont attirer d'autres individus. Et donc tous les individus qui sont dans les alentours, vont attaquer la même plante. Vous pouvez alors observer des milliers d'individus sur une seule plante. Souvent on parle de densités énormes de plusieurs dizaines de milliers, centaines de milliers d'individus par hectare », détaille le scientifique. Et le scarabée japonais peut manger plus de 400 espèces de plantes différentes. Aux États-Unis, il ravage les pieds de soja et de maïs et en Europe il raffole des vignes, des arbres fruitiers et des rosiers en particulier. Vu l’importance économique des secteurs agricole et viticole en Europe, le risque est important pour le Vieux Continent. Détection précoce et vigilance des citoyens Dans l’Union européenne, le scarabée japonais est considéré comme un organisme de quarantaine obligatoire. « Cela veut dire que des règlements européens s’appliquent notamment sur la stratégie de surveillance et que les pays de l’UE doivent définir des plans nationaux », explique le scientifique Sylvain Poggi. « C’est la deuxième peste majeure après la bactérie Xylella fastidiosa qui s’attaque aux oliviers en Italie », précise-t-il. Avec d’autres chercheurs, ils ont cartographié les risques en Europe afin d’identifier les zones les plus stratégiques à surveiller. « On a établi que l'habitat pouvait être très favorable dans les contreforts des Alpes, que ce soit au nord ou au sud des Alpes, mais aussi au nord des Balkans ou sur les rives orientales de la mer Noire. Il y a également des zones modérément favorables, par exemple dans le sud-ouest de la France, à proximité des Pyrénées, ou bien sur différentes zones en Allemagne, en Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas, en Slovénie, etc. » Pour contrer l’expansion du scarabée japonais, il faut détecter le ravageur au plus tôt grâce à des pièges placés dans les stations-service, les gares, les aéroports car ce scarabée se déplace en auto-stop dans nos bagages et nos marchandises. La mondialisation des échanges favorise l’expansion des espèces envahissantes qui constitue une menace croissante pour l’économie. Une fois détecté, les autorités phytosanitaires placent davantage de pièges, de manière très stratégique et précise, pour tenter de contenir l’établissement d’une colonie. Et si le scarabée s’établit malgré tout, les États-Unis utilisent des pesticides mais cela pollue l’eau, les sols et menace notre santé. Il existe aussi des moyens de lutte biologique, comme des vers microscopiques, des mouches ou des champignons qui tuent ces insectes. Attention, pour ceux qui vivent en Europe, n’installez pas de pièges dans vos jardins, prévient le scientifique Davide Marinetti, vous risquez au contraire d’attirer une colonie sur votre terrain. Si vous détectez un scarabée japonais, attrapez-le, prenez-le en photo avant de le tuer, et signalez-le aux autorités locales. Pour nos auditeurs et lecteurs africains, pas d’inquiétudes en revanche : à priori pas de risque que le scarabée japonais s’établisse en Afrique car les conditions climatiques lui sont moins favorables. À lire aussiLe scarabée japonais, un insecte ravageur aux portes de la France

  4. Aug 12

    Comment les animaux réagissent-ils aux éclipses du soleil?

    Des millions de personnes se préparent à vivre en Europe un spectacle fascinant. Mais les autres animaux partagent-ils cet enthousiasme ? Ou sont-ils plus simplement indifférents ? Les animaux ne font pas le tour des pharmacies à la recherche des fameuses lunettes protectrices, indispensables pour observer l’éclipse totale du soleil visible d’une partie de l’Europe. Alors qu’une forme de frénésie s’empare des humains à quelques heures du spectacle soli-lunaire, comment la faune réagit-elle à une obscurité inattendue de quelques minutes ? « J’ai été surpris de voir toute une volée d'oiseaux qui, en piaillant, sont rentrés au nid – il y avait des nids d'hirondelles sous un pont. Et puis, à la fin de l'éclipse, tous ces oiseaux-là sont repartis pour vivre leur vie d'oiseaux. Comme si, finalement, ils avaient vécu une nuit très courte durant l'éclipse et qu’ils reprenaient leurs activités matinales par la suite », raconte Pierre Chastenay, astronome québécois et chasseur d’éclipse, témoin d’une éclipse totale en 2017 aux États-Unis. Un non-événement Après cette expérience, Pierre Chastenay, professeur de didactique des sciences à l’université du Québec, a voulu en savoir plus et a décidé de mener une étude scientifique auprès d’une douzaine d’espèces d’animaux dans un zoo, le zoo de Granby, près de Montréal, pendant l’éclipse totale de 2024. Il n’y avait aucun visiteur dans le zoo pour ne pas influencer les résultats qui se sont avérés presque décevants : « Ce que nous avons observé en comparant les deux journées précédentes, les deux journées suivantes avec la journée de l'éclipse elle-même, c'est qu'essentiellement il ne s'est rien passé. Pour la majorité des animaux, l'éclipse a été un non-événement, relate Pierre Chastenay. Je prends l'exemple de l'ours de l'Himalaya, avec deux individus qui passent essentiellement leur journée à dormir. Ils ont continué à dormir ! » À lire aussiDeux minutes de nuit en plein jour: une partie de l'Europe va vivre une éclipse solaire totale L'heure d'aller dormir Seules deux espèces ont particulièrement réagi. « Lorsque le ciel s'est assombri, les zèbres se sont mis à hennir, raconte Pierre Chastenay. Ils se sont mis à courir vers la porte qui mène à leur quartier de nuit. C’est une espèce d'habitude qu'ils ont lorsque le soleil se couche, en se disant sûrement : "C’est bientôt la nuit, les prédateurs vont sortir. Il faudrait que je me mette à l'abri." » Les macaques japonais eux aussi ont cru que la nuit tombait. « Durant les cinq minutes qui ont précédé l'éclipse, tous les macaques se sont réfugiés sur des branches en hauteur, poursuit Pierre Chastenay. Ils se sont recroquevillés en position presque fœtale et ils n'ont plus bougé. Ce qui est très différent d'une autre étude qui a été menée dans les années 1970 dans un dispensaire où il y avait des chimpanzés qui, eux, se sont mis à regarder le soleil. Mais c'est parce qu'ils étaient entourés d'humains qui regardaient le soleil durant l'éclipse. » À l'ombre de la lune Finalement, les humains réagissent beaucoup plus que les autres animaux. Il y a chez nous une forme d’excitation qui monte dans la journée parce qu’on sait ce qui va arriver, alors que les animaux n’écoutent pas RFI. « Les humains deviennent un peu fous durant une éclipse, estime le chasseur d’éclipse. Les gens se mettent à crier. Notre intelligence et notre sensibilité à l'environnement font que nous sommes clairement très impressionnés par une éclipse totale du soleil. Pour les animaux eux-mêmes, parce qu'ils n'ont pas la mémoire des éclipses passées et que ce n'est pas un événement qu'ils peuvent prévoir, c’est un non-phénomène, alors que les humains voyagent parfois à l'autre bout du monde pour se tenir dans l'ombre de la Lune. » Et ce soir, en Europe, ils seront des millions à l’ombre de la lune pour admirer ce non-phénomène… À lire aussiL'Éclipse solaire «est une expérience unique» et crée «une magie entre les personnes» présentes

  5. Aug 11

    Pourquoi les plus grands animaux sont les plus menacés?

    Des colosses aux pieds d'argile : éléphants, tigres ou ours sont parmi les espèces les plus en danger sur Terre. Leur grande taille, un atout face aux prédateurs, est aussi un handicap face aux activités humaines.   Bien que de nature pacifique, nous allons ici tordre le cou à une idée reçue. On peut penser, instinctivement, que plus un animal est gros, plus il est fort. Mais les rhinocéros, les éléphants ou les bisons sont des colosses aux pattes d'argile. Les grands mammifères, la mégafaune, sont parmi les animaux les plus menacés. Une petite souris a l'air fragile, mais est en réalité beaucoup plus résiliente qu'un lion. C'est d'abord une question de reproduction. Un lion - ou plutôt une lionne - ne sera fertile qu'à l'âge de 3 ou 4 ans, avec en moyenne 5 portées dans sa vie. La souris, elle, peut avoir en moyenne 10 portées par an et peut donner naissance à chaque fois à une douzaine de petits. Chez les grands mammifères, il faut parfois des décennies pour reconstituer une population décimée. Et c'est le même principe pour l'adaptation au changement climatique. Plus une espèce se reproduit, plus vite elle va pouvoir évoluer et s'adapter. À lire aussiPourquoi préserver les vieux animaux? La taille du territoire Deuxième handicap : les grands animaux ont besoin de grands territoires. Une fourmilière mesure quelques dizaines de centimètres en général, et quelques dizaines de mètres carrés sont nécessaires aux fourmis pour trouver de la nourriture (à part les fourmis légionnaires). À l'inverse, l'ours blanc, l'ours polaire, est l'animal qui a besoin du plus grand espace vital, sur des milliers de kilomètres carrés de banquise. Plus un animal est grand, plus il a besoin de nourriture, d'énergie, pour vivre, et plus il aura besoin d'un grand territoire pour y trouver les ressources alimentaires nécessaires. Tous ces gros mammifères se retrouvent généralement tout en haut de la chaîne alimentaire. Le déclin de la biodiversité a un impact in fine sur la nourriture disponible. Mais les territoires sauvages rétrécissent. Depuis que l'espèce humaine a colonisé la Terre, les autres animaux doivent céder leur place. On construit des routes, on coupe des forêts, les villes s’étendent toujours plus, et les grands animaux se retrouvent avec des territoires fragmentés, ce qui entraîne de la consanguinité, donc un affaiblissement de l'espèce. En Asie, par exemple, les gros mammifères ont perdu 80 % de leurs territoires. À lire aussiAu Rwanda, la population grandissante de gorilles en danger à cause du manque d'espace Le poids de l'Homme dans le poids des mammifères Le poids de l'Homme ne s'arrête pas là. Il est un chasseur, un prédateur universel. Depuis qu'Homo sapiens est sorti d'Afrique, il y a 50 000 ou 70 000 ans, on a observé un déclin continu de la mégafaune, à mesure que les humains colonisaient la planète. Il y a 50 000 ans, on comptait 58 espèces d'herbivores de plus d'une tonne ; il n'en reste que 11 aujourd'hui. Parce qu'à chasser, autant chasser gros, quitte à avoir les yeux plus gros que le ventre. Plus aucune population d'herbivore ne progresse depuis cette époque, si bien qu'on pense que dans quelques siècles le plus gros herbivore encore vivant sera la vache, un animal domestique…  Les signaux sont inquiétants, mais la mégafaune n’est pas vouée à disparaître – il faut garder un peu d’espoir ! Ce qu'on a réussi au Rwanda et en RDC pour les gorilles de montagne, la seule espèce de grands singes dont la population augmente, on peut le faire pour les autres grands animaux. Même s’ils seront moins gros qu'avant. Dès qu'un humain met le pied quelque part, la taille des animaux diminue. Il y a 125 000 ans, les mammifères pesaient en moyenne 98 kilos : aujourd'hui on n'est plus qu'à 8 kilos. À lire aussiRDC: une deuxième paire de jumeaux gorilles voit le jour en trois mois dans le parc des Virunga

  6. Aug 10

    Face au changement climatique, pourquoi le train est à la croisée des chemins?

    Partout sur la planète, de nouvelles lignes de chemin de fer sont construites, pour des raisons économiques mais aussi écologiques. Outil de lutte contre la crise climatique, le moyen de transport le plus propre est aussi vulnérable face au changement climatique. Partout dans le monde, on pose des rails. La Suède et la Finlande inaugurent lundi 10 août leur première liaison ferroviaire. À l’échelle mondiale, la Chine est championne du monde du chemin de fer : le pays, parmi les plus vastes au monde, possède aujourd'hui le plus grand réseau de lignes à grande vitesse. Il devrait doubler en 15 ans et atteindre 70 000 kilomètres en 2035 : jusqu'à 90 % de la population chinoise pourra ainsi prendre le train. « On développe le train entre des zones denses de population, souligne Victor Thévenet, le directeur ferroviaire de l'ONG Transport et Environnement. C'est là où cela fait plus de sens parce que c'est un transport de masse. Si on veut que ce soit rentable, il faut qu'il y ait de la demande. Aujourd'hui, on construit donc surtout des lignes entre des grandes villes. » De nouveaux chemins de fer sont construits donc sur tous les continents : en Inde, au Maroc, en Côte d'Ivoire ou en RDC. En Europe, l'Union européenne vient de doubler le budget du ferroviaire. À lire aussiLa compagnie italienne Trenitalia veut devenir le géant européen du train à grande vitesse Prise de conscience écologique Dans cet engouement pour le train, il y a évidemment une dimension économique, pour favoriser les échanges. Avec le rail, on fait de l'aménagement du territoire. Le train est aussi un moyen de transport écologique, beaucoup moins polluant que la voiture et bien sûr l'avion. « Sur les dix dernières années, il y a eu une prise de conscience écologique assez forte dans le secteur des transports. Et, il y a eu cette envie de beaucoup de citoyens de faire leur part et donc de voyager plus en train. C'est vrai que les trains sont beaucoup plus pleins que dans le passé », relève Victor Thévenet. Pour autant, le train ne peut pas tout le temps remplacer l'avion. Il n’y a toujours pas de train Paris-New York : à se demander pourquoi ! Au-delà de l'humour, il y a un problème d'offre, notamment pour les liaisons transfrontalières en Europe. Chaque jour, 1 000 billets de train Paris-Barcelone sont disponibles contre 10 000 sièges d'avion. Certes, le train est plus long, mais, en réalité, la durée du voyage devient moins déterminante que le prix. À lire aussiL'Autriche, pays modèle en Europe pour la renaissance du train de nuit Une arme contre le changement climatique... vulnérable au nouveau climat « On voit que la durée acceptable d'un trajet est en train d'augmenter très fortement, estime Alexis Chaillou, responsable transports au Réseau Action Climat. Dans le train, vous avez du temps utile, vous pouvez travailler, lire, jouer, discuter, manger, plein de choses que vous ne pouvez pas faire en avion. En revanche, le prix est un vrai sujet qui n'est pas résolu. Sur Paris-Barcelone, un billet d'avion va coûter 80 euros et un billet de train 200 euros. C’est le résultat de choix politiques. Ce n’est pas une fatalité, c'est le résultat d'exonérations fiscales pour le secteur aérien. » Il n’y a pas de TVA sur le kérosène des avions, mais il y en a sur l'électricité qui fait rouler les trains. Le train fait face à un paradoxe : il est une arme contre la crise climatique mais devient vulnérable face au nouveau climat, comme on a par exemple pu le voir de manière brûlante cet été en France. « La chaleur va dilater le métal. Les arbres qui sont à proximité des voies peuvent tomber en cas de tempête ou brûler en cas d'incendie. Vous allez avoir des coulées de boue en cas d'inondation. Oui, le réseau est vulnérable, souligne Alexis Chaillou, du Réseau Action Climat. La principale solution est de trouver de l'argent, suffisamment d'argent pour réussir à mettre le réseau à niveau pour résister au mieux. » En France, ce sont près de 5 milliards d'euros par an que la SNCF prévoit de dépenser pour rendre le réseau résilient – ce qui ne va pas aider à faire baisser le prix des billets. À lire aussiLes voies contrariées du ferroviaire en Europe

  7. Aug 6

    Détestée ou adulée, comment la trottinette électrique s'est-elle imposée dans le paysage urbain?

    C'est l'un des nouveaux moyens de transport emblématiques de la transition climatique. Mais la trottinette électrique, partagée ou personnelle, est-elle vraiment écologique ? Elles filent parfois à toute vitesse, frôlant cyclistes et piétons. Les trottinettes électriques, qui font désormais partie du paysage urbain (mais pas que), ont parfois mauvaise réputation. En témoigne encore un article publié cette semaine en France par Le Figaro : « Comment la trottinette est devenue l’accessoire indispensable des narcotrafiquants lyonnais ».  Mais les voyous ne sont pas les seuls à plébisciter l’un des rares moyens de transport où l’on se tient debout (exceptés les transports en commun bondés). En quelques années, la trottinette électrique a fait des millions d'adeptes dans le monde. Les premières trottinettes à moteur, inventées il y a une centaine d'années, roulaient grâce à un moteur thermique, à essence. Ce n'est qu'au début de notre siècle que la trottinette électrique fait son apparition, aux États-Unis, avant de conquérir le monde, grâce au système des trottinettes partagées en libre-service. Le boom de 2017 « C'est parti de la Silicon Valley qui s'est dit : "Ah, il y a en fait un créneau pour la micromobilité". Il y avait déjà les vélos partagés depuis longtemps. La trottinette, c'était nouveau, même si la patinette est aussi vieille que le monde. C'était un nouveau business model qui s'est vite répandu », analyse Anne de Bortoli, chercheuse et professeur associée à Polytechnique Montréal.  Les trottinettes partagées explosent aux États-Unis en 2017, et un an plus tard le phénomène gagne Paris, avec ces nouveaux « engins de déplacement personnel motorisés », selon la classification officielle, qui envahissent la chaussée, les pistes cyclables mais aussi les trottoirs, avec pas moins de 13 opérateurs qui se partagent le marché à l'époque – c'est un peu l'anarchie au début... Cinq ans plus tard, un référendum local mettra un terme à l'aventure, en bannissant les trottinettes partagées, comme dans plusieurs villes européennes, Bruxelles étant la dernière à franchir le pas, en raison d'un trop grand nombre d'accidents. La voiture résiste Le système de trottinette en libre-service permet de passer le pas et nombreux sont ceux qui achètent ensuite leur propre engin. En France, il s'en est vendu 5 millions en 10 ans, et plus de 600 000 rien que pour l'année 2025. Mais le succès des trottinettes électriques n’a eu qu’un effet marginal sur la circulation automobile. On abandonne peu sa voiture au profit d’une trottinette, comme l’ont montré de nombreuses études, et notamment celle réalisée par Anne de Bortoli en 2019 à Paris : « Globalement, à Paris, la trottinette a surtout remplacé des kilomètres auparavant parcourus en transports en commun ainsi qu’en mobilité active, à savoir la marche et le vélo. En moyenne, on retrouve seulement 20% des kilomètres parcourus qui étaient auparavant réalisés avec des modes motorisés privés type voiture ou taxi, ceux qu'on veut éviter du point de vue environnemental ». Un outil de la transition écologique Du point de vue environnemental, la trottinette électrique est avantageuse. On a fait beaucoup de progrès en dix ans. Fini le temps où des auto-entrepreneurs venaient ramasser les trottinettes en ville à bord d'une camionnette diesel, avant de les recharger sur un groupe électrogène à essence. L'empreinte carbone de la trottinette a fortement baissé. Leur durée de vie s'est allongée. D'ailleurs, dans le bilan carbone, ce sont moins les batteries qui pèsent que la fabrication du cadre en aluminium (comme pour les vélos électriques). La trottinette électrique, partagée ou personnelle, est devenue un moyen de transport emblématique de la transition écologique qui « se focalise beaucoup, pour le secteur des transports, sur l'électrification de la voiture, relève Anne de Bortoli. C'est très pratique parce que ça ne nécessite pas un changement de système majeur, encore plus en Amérique du Nord où les villes sont très orientées autour de la voiture, un peu moins en Europe. Donc pour moi, tout ce qui est micromobilité personnelle ou partagée, bien gérée, va faire partie des solutions de transition climatique et écologique pour le secteur des transports ». Contrairement à la voiture, une trottinette (ou un vélo) ne prend pas de place, et elle a toute sa place.

  8. Aug 5

    Pourquoi le réchauffement climatique menace-t-il les énergies renouvelables?

    Solaire, éolien et hydroélectrique subissent les vagues de chaleur à répétition qui les rendent moins performants. Le manque d'eau, de vent et les canicules ont un impact direct sur la production d'électricité propre.   C’est l’un des effets souvent méconnus de la chaleur et des canicules, et c’est aussi un drôle de paradoxe : les énergies renouvelables, qui permettent de lutter contre la crise climatique en limitant les émissions de gaz à effet de serre, sont aussi victimes du réchauffement climatique. L’actualité de ces derniers jours en Europe l’a montré, avec des fleuves au plus bas, comme le Danube, ce qui a un impact sur l'énergie renouvelable la plus ancienne : l'énergie hydroélectrique. Bas débit Les fleuves et les rivières permettent de fabriquer de l’électricité, mais encore faut-il qu’il y ait assez d’eau. En Serbie, deux centrales hydroélectriques installées sur le Danube, qui fournissent presque un cinquième de l'électricité du pays, sont en sous-production, à seulement 20% et 30% de leurs capacités. La cause est le manque d’eau, résultat de sécheresses qui commencent de plus en plus tôt dans l’année, dès le printemps, si bien qu'en Serbie, dès le mois de mai, les centrales hydroélectriques n'ont jamais aussi peu produit. Moins de débit, c'est moins de puissance électrique. Quand le niveau des barrages baisse, la hauteur de chute d'eau est aussi moins importante, et c'est donc, moins de force dans les turbines et moins d'électricité. En Autriche, le mois dernier, on était ainsi à la moitié des capacités, et en France aux deux tiers. Mais il arrive qu'on doive carrément arrêter des centrales : le manque d'eau pourrait casser les turbines.  Panneaux solaires en surchauffe Le solaire souffre lui aussi de la chaleur. Il ne faut pas confondre lumière et chaleur ; ce n'est pas la chaleur que les panneaux solaires transforment en énergie, c'est bien la lumière du soleil. Ce qui tombe assez bien en été, la saison la plus ensoleillée. Mais de trop grosses chaleurs peuvent altérer la production photovoltaïque. À partir de 25°C – et c’est presque frais, 25°C aujourd'hui –, les panneaux solaires sont moins performants. À chaque degré supplémentaire, ils perdent près de 0,5% d'efficacité. Imaginez en plein cagnard, quand la température peut atteindre facilement les 50°C, sur un toit ou dans un champ... Mais la durée d'ensoleillement permet en partie de récupérer cette perte d'électricité.  L'énergie éolienne est aussi en souffrance face aux canicules. Quand il fait beau et chaud, il y a rarement du vent, en raison de la présence d'un anticyclone. Les éoliennes ne produisent donc pas. Il arrive aussi qu'on doive forcer l'arrêt des éoliennes pour éviter la surchauffe des composants électriques ; les systèmes de refroidissement ne sont pas assez efficaces quand la température de l'air approche des 40°C. Au plus mauvais moment Les canicules n'ont d'ailleurs pas que des effets sur la production. Les vagues de chaleur affectent aussi la distribution d'électricité. Les lignes électriques sont moins performantes en période de canicule parce qu'elles chauffent. C'est donc quand on en besoin de beaucoup d'électricité que les énergies renouvelables peuvent faire faux bond. En France, la consommation d'électricité a bondi de 20% pendant la canicule de juin pour faire tourner les climatiseurs. L’Allemagne a dû rallumer ses vieilles centrales à charbon pour faire face à la demande et à une moindre performance des énergies renouvelables. Mais ce n’est pas une raison pour jeter à la poubelle ses panneaux solaires ! Parce qu’on n'a pas trouvé jusqu'ici d'énergie aussi peu chère et aussi peu polluante. À lire aussiQuand le déploiement des énergies renouvelables prend du retard faute de lignes électriques

About

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

More From RFI