Le rock anatolien d'Altin Gün est de retour. Le groupe néerlando-turc, devenu un quintet depuis le départ de sa chanteuse Merve Dasdemir, a publié le 20 février son sixième album, Garip. Un hommage au chanteur et barde turc Neset Ertas, où les arrangements psychédéliques chers au groupe font aussi la place à de belles arabesques égyptiennes et à des envolées orchestrales riches en violons. Le patrimoine turc a toujours été au cœur du projet Altin Gün. Ce n'est donc pas vraiment une surprise si, avec son sixième album Garip, le groupe s'attaque à un monument du patrimoine anatolien : Neset Ertas, poète, chanteur folklorique et barde, disparu en 2012. « Notre chanteur, Erdinc, a un lien très fort avec ce poète. Ils viennent de la même région », explique le guitariste du groupe, Thijs Elsinga. Après avoir repris ça et là certaines de ses chansons, Altin Gün lui dédie un album complet : chacune des dix chansons de Garip reprend un de ses textes et une de ses compositions originales. Des arrangements à la sauce Altin Gün Dans les textes, les reprises sont fidèles aux chansons du poète : « La plupart des chansons parlent de l'aspiration profonde que l'on peut ressentir, en amour, ou lorsqu'on pense à l'endroit d'où on vient. » Côté arrangements en revanche, le groupe a remis les chansons à sa sauce. Avec la recette habituelle, du rock aux inspirations anatoliennes – on parle d'anadolu rock –, de longues boucles musicales qui gagnent en puissance, des nappes de synthétiseur rétrofuturiste, et surtout le baglama, ce luth oriental à manche long et à cordes en métal. Mais Altin Gün a aussi ajouté, cette fois, quelques épices à sa marmite musicale. Du saxophone, des inspirations tirées de la pop italienne des années 1960, et surtout beaucoup de cordes – qui ont été enregistrées par l'orchestre symphonique de Stockholm. « On est assez libres dans nos inspirations, pointe Thijs Elsinga, elles peuvent venir d'un peu n'importe où. Notre batteur, Jasper Verhulst, collectionne les disques rares avec beaucoup d'enthousiasme. Souvent, ce qui se passe, c'est que quelque chose dans un de ces disques accroche notre oreille, et on essaie de l'incorporer à notre musique. » C'est de là que sont venues les fameuses envolées de violon que l'on retrouve, par exemple, sur « Bir Nazar Eyledim ». « Cela nous est venu du disque de Serge Gainsbourg, L'Histoire de Melody Nelson », confie-t-il. Un sextet devenu quintet Le virage pris par Altin Gün peut s'expliquer, notamment, par la recomposition du groupe. La formation, autrefois forte de six membres, n'en compte plus que cinq depuis le départ de la chanteuse Merve Dasdemir, partie explorer sa carrière solo. Voilà le groupe privé de sa vocaliste principale, et de sa chanteuse féminine : « Forcément, cela nous a forcés à nous concentrer moins sur les voix », souligne Thijs Elsinga. L'idée de rendre hommage à Neset Ertas est, d'ailleurs, partiellement venue de là, raconte le guitariste : « Nous avons dû nous concentrer sur les forces de notre autre chanteur, Erdinc Ecevit, et sur ses racines aussi. » C'est donc lui qui a sélectionné les textes de Neset Ertas, en a présenté les mélodies, et a indiqué au groupe la direction à suivre pour les arrangements : « Cela s'est fait de manière assez instinctive. Erdinc nous jouait les compositions, et on le rejoignait assez naturellement avec nos instruments. Quand ça ne collait pas avec le propos de la chanson, il nous le disait et on recommençait. » Autre conséquence du départ de Merve Dasdemir, les cinq musiciens se sont « vraiment plongés dans leurs instruments ». Altin Gün a peut-être perdu une de ses voix, qu'importe, puisque les artistes ont appris à faire chanter leurs instruments. Altin Gün Garip (Glitterbeat Records) 2026 En concert au Trianon, à Paris, les 10 et 11 mars 2026 Facebook / Instagram / YouTube