Le grand invité international

Du lundi au jeudi, Arnaud Pontus, le vendredi et le samedi, Clotilde Dumay, reçoivent une actrice ou un acteur de la scène politique, culturelle, sportive, économique, sociale pour réagir à l’actualité internationale. Émission préparée par Camille Nerant.  Diffusion : du lundi au samedi à 6h20 TU.

  1. 1d ago

    Romuald Sciora: «Trump se prépare à contester les résultats des élections de mi-mandat»

    Romuald Sciora, directeur de l'observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'Iris et auteur de Lettre ouverte à Trump d'un Américain de papier (Ed. Point Nemo) est ce lundi 5 octobre le grand invité international de la matinale de RFI. À un mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, les sondages prédisent une défaite du camp présidentiel. Selon Romuald Sciora, on ne peut exclure l'hypothèse d'une tentative de coup de force de la part du président américain. RFI : On est à quatre semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis et les sondages ne sont pas bons pour Donald Trump. Les Républicains pourraient perdre la majorité à la Chambre des représentants et peut-être même au Sénat. Est-ce que Donald Trump va laisser faire ? Romuald Sciora : Bien évidemment que non. Le président a déjà commencé à contester les résultats, et cela le 3 juillet dernier, à la veille du 250ᵉ anniversaire des États-Unis. Devant le Mont Rushmore, il a livré un discours lunaire où il expliquait que le danger communiste était à nos portes, qu'il risquait de submerger de l'intérieur les États-Unis. Bref, il a inventé un ennemi, quelqu'un qui pourrait tenter de détourner nos élections. Quelques jours après, il fait un appel à la nation cette fois-ci, en évoquant des « méchants Chinois ». Vous savez, qui truquent, volent les élections américaines depuis plusieurs années avec pour objectif de faire perdre Donald Trump. On se demande comment il a pu être élu en 2024. Mais le président américain n'est pas une contradiction près. Il désigne donc un ennemi de l'intérieur et de l'extérieur… Exactement ! Tout cela pour légitimer évidemment une plus que probable contestation le 4 novembre à l'issue du scrutin. S'il y a défaite des Républicains, il n'acceptera pas cette défaite ? Bien évidemment que non ! Mais que fera-t-il alors ? Qu'est-ce qu'on peut imaginer ?  Il y a trois scénarios. Premier scénario : Trump déclare lui-même un état d'urgence avant les élections pour les repousser. Il y a encore quelques jours, dans une interview au Times, il répondait que cela serait une option potentielle s'il devait en arriver là. Bien évidemment, c'est inconstitutionnel. Il n'a aucun pouvoir sur le processus électoral. Celui-ci dépend des gouverneurs, mais on sait déjà qu'une vingtaine de gouverneurs, voire 25 gouverneurs républicains, suivraient le président et décideraient donc de repousser l'élection. Cela créerait une crise sans précédent aux États-Unis. C'est-à-dire déclarer l'état d'urgence là, maintenant ? Dans quelques heures ou dans deux à trois semaines. Mais personnellement, je ne crois pas vraiment à ce scénario, même si avec Trump, tout est possible. Deuxième scénario : les élections ont lieu et Trump décide de s'asseoir sur les résultats. Et quand je dis Trump, ce n'est pas Trump tout seul, c'est toute cette clique d'extrême droite qui est arrivée au pouvoir avec lui en 2025. Toutes ces personnes, et Trump le premier, décident de s'asseoir sur les résultats. Il conteste un tant soit peu pour la forme, mais il laisse faire. Ils attendent fin janvier 2027, lorsque le nouveau Congrès entrera en fonction. Là va commencer une guerre de tranchées entre un président qui voudra absolument gouverner par décret, un Congrès démocrate qui ira d'impeachment en impeachment. En bref, nous aurons une crise entre le législatif et l'exécutif comme on n'en a jamais vu. Et le tout, selon moi, devrait se terminer par un coup de force de la part de la présidence à l'encontre du Congrès. Maintenant, troisième scénario, et le plus probable toujours selon moi, Trump et J.D Vance contestent très fortement les résultats à l'issue des urnes après l'élection du 3 novembre prochain. Ils vont jusqu'à décider d'annuler cette élection, même si c'est inconstitutionnel. De nombreux gouverneurs républicains leur emboîtent le pas et prétendent que ces élections ont été fraudées par les démocrates. L’actuel Congrès étant républicain, évidemment, il suivra le président. Quid de ce qui suivra ? Là, tous les scénarios sont possibles. Alors nous serions à un mois d'assister à un coup d'État aux États-Unis ? Je ne dirais pas que nous sommes à un mois d'un coup d'État aux États-Unis. Nous sommes à quelques semaines d'un possible coup d'État, en tout cas d'une tentative d'inverser le processus électoral. Qu'est-ce qui, dans les faits et dans les déclarations, vous permet de dire avec certitude que ça va mal se passer ? Pardonnez-moi l'expression, mais il faudrait avoir du « c**a dans les yeux » pour ne pas voir les choses telles qu'elles sont. Une fois encore, je ne dis pas que Trump va envoyer des troupes pour arrêter les congressmen et les congresswomen. Je dis juste qu'il y aura une tentative de ne pas reconnaître le résultat des urnes et une tentative de revenir sur celui-ci. Donc appelons ça un coup d'État si vous voulez, ou alors un coup de force. Est-ce que vous dites ça parce que vous êtes « gauchiste » et donc, vous détestez Trump ? Est-ce que c'est ça qui vous mène à cette analyse ? Non, écoutez, à titre personnel, je trouve Trump sympathique et même si je suis démocrate et « gauchiste », comme vous le dites, j'espère ne pas être trop bas du plafond. Et je suis – ce qui fait parfois que je choque un peu mes amis progressistes – le premier à reconnaître que les derniers bons présidents américains étaient républicains. Donc je ne suis pas du tout borné. Non, je dis tout simplement les faits. Et n'oublions pas une chose : Trump est quand même la seule personne à avoir tenté le seul coup d'État sérieux de l'histoire des États-Unis, le 6 janvier 2021. L’assaut du Capitole ? Exactement. Si ce coup n'a pas marché, c'est tout simplement parce qu'à l'époque, le Parti républicain ne suivait pas Trump comme un seul homme, et surtout que le vice-président de l'époque s'appelait Mike Pence. Aujourd'hui, il s'appelle J.D. Vance et il est encore plus radical que le 47ᵉ président américain. On va laisser un instant les hypothèses pour l'après. La possibilité qu'il perde les élections paraît à peu près évidente quand on lit tous les sondages. Qu'est-ce qui le mène à cette défaite ? Les élections de mi-mandat sont en général perdues par le pouvoir en place et on se demande un peu pourquoi Trump a voulu ce bras de fer. Il aurait pu très bien laisser glisser en disant après tout, tout le monde a perdu ces élections et puis provoquer une crise avec le Congrès. Et là, il est extrêmement présent. Il dit même : « Faites comme si mon nom était sur le bulletin de vote. » Exactement. On a un président très impopulaire, mais il faut aussi relativiser. 40 % de taux d'impopularité, c'est quand même un chiffre qui ferait rêver Emmanuel Macron, ou François Hollande en son temps. Une impopularité croissante et surtout, une base MAGA, son électorat de cœur – ces gens l'ont toujours suivi d'élection en élection, et l'ont d'ailleurs suivi le 6 janvier 2021, lors de l'assaut contre le Capitole, et dont il pourrait avoir besoin dans des circonstances analogues, comme on vient de le dire, dans quelques semaines –, s'est détournée de ce président qui avait promis, juré de ne pas nous entraîner, nous autres Américains, dans une guerre style Irak ou Afghanistan. La guerre en Iran est très très mal vécue aux États-Unis, mais peut-être encore plus mal vécue par les MAGA qui sont touchés au portefeuille avec le prix de l'essence et ne sont pas des internationalistes. Ils ont été trahis, c'était une promesse électorale trahie ? Oui, et ces personnes qui ne vont pas toujours voter ne sont pas certaines aujourd'hui de se diriger vers les urnes le 3 novembre prochain. Donc voilà ce qui explique l'impopularité et la fébrilité aujourd'hui du président et une situation aux États-Unis dramatique. Le coût de la vie est exorbitant. C'est ça qui va peser le plus lourd dans l'élection. Le coût de la vie, l'inflation incroyable que subissent les Américains depuis maintenant plusieurs mois, plusieurs années même ? Vous êtes franco-américain, vous vivez à New York. Évidemment, écoutez, les gens ne s'en sortent pas, je le répète, à qui veut l'entendre. Je paye 2 000 dollars d'assurance santé par mois. Et un exemple concret : prenons un couple de la classe moyenne new-yorkaise qui chacun gagne 4 000 dollars, ce qui est un salaire décent à New York. Ils gagnent donc 8 000 dollars, avec les taxes, ils auraient 6 500 dollars pour vivre par mois. Ils ont deux gamins, il leur faut un petit appartement, une chambre pour les parents, une chambre pour les enfants, puis un petit living room. Ils iront dans un quartier plus ou moins populaire, mais ils ne trouveront rien à moins de 3 500 dollars par mois. Il leur reste 3 000 dollars. Maintenant, il faut une assurance santé. Ils vont prendre la plus basique pour les enfants essentiellement, ça va leur coûter 1 500 dollars par mois. Il leur reste donc 1 500 dollars, soit le budget qu'il faut pour deux personnes pour se nourrir pendant un mois à New York. Donc maintenant, quid de la nourriture pour les enfants ? Quid du budget pour l'assurance auto, le prêt automobile ? Je ne parle pas du téléphone portable, de l'électricité, etc. Donc, ça veut dire que tous les Américains sont pris à la gorge ? Exactement. Parce que mon exemple concerne la classe moyenne. Donc imaginez les petites classes moyennes, les classes populaires et les classes paupérisées. Vous êtes inquiet de ce que les États-Unis deviennent et de ce qu'ils peuvent devenir encore dans les semaines qui viennent ? Bien évidemment que je suis très inquiet, d'où cette démarche, ce combat, c'est peut-être un peu présomptueux, mais d'où toutes ces

About

Du lundi au jeudi, Arnaud Pontus, le vendredi et le samedi, Clotilde Dumay, reçoivent une actrice ou un acteur de la scène politique, culturelle, sportive, économique, sociale pour réagir à l’actualité internationale. Émission préparée par Camille Nerant.  Diffusion : du lundi au samedi à 6h20 TU.

More From RFI

You Might Also Like