Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur les mesures votées pour protéger les enfants, sur son projet de loi contre le racisme et l'antisémitisme, et sur l'affaire Barbara Butch qui a suscité l'indignation. Violences sexuelles sur mineurs : « une révolution » en marche Le projet de loi sur la protection de l'enfance a été adopté, le mardi 21 juillet, en première lecture à l'Assemblée nationale. Il prévoit la réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs en série de mineurs de moins de quinze ans, ainsi que l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des enfants. L'examen reprendra en octobre au Sénat. Pour Aurore Bergé, ce texte marque un tournant. « Il y a une révolution qui est en cours sur la question des violences sexuelles faites aux enfants », affirme-t-elle, évoquant le choc suscité dans le pays par le viol et la mort de la petite Lyhanna, fin mai. « On parle de 160 000 enfants qui chaque année subiraient des violences sexuelles », rappelle-t-elle, insistant sur le fait que ces violences ne sont presque jamais le fait d'inconnus. « Ceux qui font du mal à nos enfants sont finalement ceux qui sont supposés le plus les aimer, le plus les protéger ». L'adoption de la perpétuité n'a pourtant rien eu d'évident : une deuxième délibération a même dû être demandée à l'Assemblée après qu'une partie de la gauche s'y était opposée lors d'un premier vote. « Ça m'a à la fois révolté et mise en colère », confie-t-elle. Interrogée sur l'idée de peines à l'américaine comptées en centaines d'années, elle tranche : « Je ne sais pas s'il faut du symbole. Ce qu'il faut, c'est de l'efficacité ». À lire aussiLa question des violences sexuelles, «une problématique dont toute la société doit s'emparer, les hommes aussi» Une loi intégrale pour toutes les victimes Au-delà des enfants, Aurore Bergé défend une « loi intégrale » contre les violences sexuelles, coécrite avec plus de 110 parlementaires et les associations. Le texte, déposé en décembre 2025, doit être redéposé mi-août pour un examen en commission à partir du mois de septembre. Elle y voit une méthode inédite : gouvernement et parlementaires coconstruisent ensemble une proposition de loi. « Ça ne s'est jamais vu, on n'a jamais fait comme ça », souligne-t-elle. L'enjeu dépasse les enfants : « On parle de 340 000 femmes qui, chaque année, subiraient des agressions sexuelles, des violences sexuelles, voire même des viols », précise la ministre, qui rappelle que, « dans neuf cas sur dix, une femme qui subit un viol [...] c'est quelqu'un qu'elle connaît ». Des juridictions spécialisées doivent voir le jour. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Racisme et antisémitisme : une loi de « cohésion républicaine » Présenté le 9 juillet en Conseil des ministres, le projet de loi de « cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l'antisémitisme » succède à la proposition de Caroline Yadan, retirée en avril après des critiques. Aurore Bergé distingue les inquiétudes sincères de ceux qui, selon elle, « n'avaient pas envie qu'on parle de la lutte contre l'antisémitisme » et ont instrumentalisé le texte. Depuis les attentats du 7 octobre 2023, elle constate « une explosion de l'antisémitisme dans toutes les démocraties », faite d'agressions mais aussi d'un « antisémitisme d'atmosphère » : « insultes, crachats, tags, exclusions d'étudiants de groupes de discussion. Il n'y a pas un Français juif, pas un seul, qui est responsable de la situation géopolitique » à Gaza, insiste-t-elle. Le texte prévoit une peine d'inéligibilité pour un élu qui contesterait un crime contre l'humanité ou un génocide, ainsi que pour toute personne condamnée à de la détention pour des faits racistes ou antisémites. Il impose aussi aux plateformes de retirer immédiatement les contenus signalés par Pharos, comme c'est déjà le cas pour la pédocriminalité ou l'apologie du terrorisme. Sur la liberté d'expression, la ministre est catégorique : critiquer, moquer ou caricaturer une religion reste un droit plein et entier en France. « On n'a pas le droit d'attaquer les hommes ou les femmes en raison de leurs croyances », précise-t-elle, refusant toute hiérarchie entre les combats : « On ne hiérarchise pas, on ne trie pas entre les haines ». À lire aussiFrance: le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie en hausse en 2023, selon un rapport de la CNCDH L'affaire Barbara Butch, symbole d'un antisémitisme « débridé » Samedi 19 juillet, le concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble a été interrompu après une vingtaine de minutes par des militants pro-palestiniens, dans le cadre d'un appel au boycott relayé localement par des membres de La France insoumise. Il lui était reproché d'avoir soutenu la loi Yadan. Le tract appelant au boycott montrait sa photo accolée à un drapeau LGBT et une étoile de David, le tout maculé de sang. « C'est ça l'appel à la haine », dénonce Aurore Bergé, pour qui la DJ a été visée à la fois comme lesbienne et comme juive. Sur scène, elle a essuyé sifflets, huées et jets de bouteilles en verre, au point de devoir quitter les lieux pour sa sécurité. « Les mots précèdent toujours les actes, toujours », avertit la ministre. « On ne chasse pas des femmes ou des hommes juifs de scène », martèle-t-elle, dénonçant l'instrumentalisation électorale de cet antisémitisme par La France insoumise et appelant à protéger la liberté de création et de programmation artistique. Une instruction judiciaire est ouverte. À lire aussiFrance: derrière l'interruption du concert de Barbara Butch, la question du boycott culturel Défenseur des droits et 2027 : les enjeux à venir Le Parlement a entériné mardi dernier la nomination du sénateur LR François-Noël Buffet comme Défenseur des droits, malgré l'opposition d'associations pointant ses positions passées sur le mariage pour tous, la PMA ou l'IVG. Aurore Bergé défend une fonction qui « dépasse aussi la personne », citant l'exemple de Jacques Toubon, critiqué à sa nomination puis regretté à son départ. Sur la présidentielle de 2027, elle observe le retour en force de Marine Le Pen dans les sondages. « Il faut qu'on arrive à démontrer qu'il y ait une alternative au Rassemblement national », estime-t-elle, redoutant un second tour face à La France insoumise qu'elle juge porteur de fractures profondes pour le pays. Faute de primaire, une candidature unique de sa famille politique devra selon elle incarner cette alternative. Quant à sa propre candidature, la ministre botte en touche, jugeant que ce n'est pas la priorité des Français, davantage préoccupés par leur sécurité, leur pouvoir d'achat ou le climat. Elle conclut sur un mot d'ordre : « Montrons qu'on peut avoir des résultats et rassemblons-nous, parce qu'on aura cette nécessité du rassemblement. » À lire aussiQuelle campagne présidentielle pour Marine Le Pen condamnée: réécoutez notre édition spéciale du mercredi 8 juillet