L'Atelier politique

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

  1. 3d ago

    Henri Guaino : «Nous sommes dans l’engrenage de la guerre»

    Ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et ancien député des Yvelines, Henri Guaino réagit à l’affaire Bardella, s’inquiète de l’escalade en Ukraine et redoute la prolifération nucléaire. Invité de l’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Affaire Bardella : le poids de la jeunesse Mediapart attribue à Jordan Bardella des propos antisémites écrits en 2013, à 17 ou 18 ans. « Je ne sais pas s’il est coupable ou innocent », répond Henri Guaino. Mais « quand bien même ce serait vrai, il avait 17 ans ». Il cite Daniel Cordier, ancien camelot du roi, l'organisation de jeunesse et la branche militante de l'Action française, devenu secrétaire de Jean Moulin, qui garda de sa jeunesse « un remords extrêmement profond ». Jordan Bardella, lui, n’a rien reconnu. « Le problème n’est pas de s’excuser, mais de reconnaître et de montrer qu’on a changé », insiste l’invité.  Ukraine : une guerre prise dans l’engrenage La Russie a repris ses frappes massives sur Kiev. Pour Henri Guaino, la guerre, « violence suprême », obéit à une logique d’engrenage. « Les lignes rouges, on ne les connaît qu’une fois franchies. » Il observe que les Ukrainiens, aidés des Occidentaux, frappent loin en territoire russe. Une superpuissance nucléaire est bombardée chaque jour, jusque dans sa capitale. « Qu’est-ce qui va rester de la dissuasion nucléaire ? », s’interroge-t-il. Qui a commencé ? La question ne l’intéresse pas. « L’important est de savoir où l’engrenage dans lequel nous sommes engagés nous mène. » Il se dit « effaré par la simplification moralisatrice » et rappelle les racines historiques profondes de la région, même si l’Ukraine est aujourd’hui un pays à part entière. Sa voie : négocier, comme Kennedy après la crise de Cuba. Il récuse le réflexe de Munich : « Chaque fois qu’on a un adversaire ou un ennemi, on dit : c’est Hitler. Et si on ne combat pas, c’est Munich. » Il suggère de conditionner l’aide à l’ouverture de discussions. Et il prévient : « L’Ukraine va perdre une partie de son territoire. C’est un fait. » Si la Russie perdait, demande-t-il, « qui à la place ? Je refuse de renoncer à la complexité du problème. » Iran : « Nous venons de changer d’ère » Le nucléaire iranien est passé au second plan, derrière le détroit d’Ormuz et la flambée des carburants. Pourtant, personne ne sait comment empêcher Téhéran de poursuivre son programme. L’accord abandonné par Donald Trump n’était « pas si mauvais que ça », estime Henri Guaino : il prévoyait des inspections. Et la force ? Elle ne lui paraît pas une issue. « On ne sait pas comment renverser le régime, on ne sait pas comment envahir le pays. » Il voit surtout le monde basculer dans une nouvelle ère de dissuasion. « Vous croyez que la Turquie va rester longtemps sans armes nucléaires ? » La prolifération, avertit-il, concernera aussi l’Égypte. Sa règle : les grands principes, plus la morale des conséquences. « Si vous enlevez la morale des conséquences, alors vous êtes fou et dangereux. » Dette : « le contraire » de ce qu’on fait Le taux des emprunts français à dix ans atteint 4,48%, la dette 119% du PIB et les intérêts, environ 64 milliards d’euros en 2026, forment le premier poste de dépenses de l’État. Le prochain président aura-t-il une marge de manœuvre ? « S’il considère qu’il n’y en a pas, le mieux, c’est de ne pas se présenter. » Pour Henri Guaino, ce sont les désordres de l’économie qui dérèglent les finances publiques. « Il n’y a pas plus bête comme formule que remettre de l’ordre dans les finances publiques pour remettre de l’ordre dans l’économie, c’est le contraire. »

  2. Sep 26

    Arnaud Le Gall : «Nous sommes face à une militarisation des compétitions commerciales»

    Député La France insoumise de la neuvième circonscription du Val-d'Oise, membre de la Commission des affaires étrangères et président du Groupe d'amitié France-Liban, Arnaud Le Gall est l'invité de L'Atelier politique. Envoi de moyens militaires français en Arabie saoudite, guerre en Ukraine et recomposition de l'ordre mondial, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Une opération militaire contestée en Arabie saoudite Emmanuel Macron a annoncé l'envoi de militaires français pour protéger un site énergétique en Arabie saoudite, une décision présentée comme devant contribuer à augmenter la quantité de pétrole disponible sur le marché. Arnaud Le Gall n'y croit pas. « Il n'a aucune garantie que ça augmentera quoi que ce soit », estime-t-il, rappelant la menace permanente qui pèse sur les convois en mer Rouge. Il dénonce surtout une méthode. Le président avait déjà annoncé, en février 2024, l'envoi possible de troupes au sol en Ukraine. « Qu'est-ce qui se passe s'il y a un missile iranien qui tombe et qui tue nos soldats ? », interroge-t-il, redoutant un engrenage. La France n'a par ailleurs aucun accord d'assistance mutuelle automatique avec l'Arabie saoudite. Pour le député, cette décision aurait dû être débattue au Parlement, avec un vote au titre de l'article 35 de la Constitution. Il cite les dix ans d'engagement français au Sahel, avec 5 000 hommes, pour un seul vote parlementaire sur la période. « La guerre, ce n'est pas juste les désidératas du chef », résume-t-il. Ukraine : « Il n'y aura pas de solution militaire » Sur la Russie, dont Emmanuel Macron a jugé crédible une nouvelle mobilisation de 300 000 soldats, Arnaud Le Gall se montre circonspect. Après quatre ans de guerre en Ukraine, juge-t-il, l'armée russe reste très affaiblie et n'est pas en mesure d'attaquer le territoire de l'Union européenne par des moyens conventionnels. Il distingue ce risque des attaques hybrides, comme celles survenues en Allemagne, qu'il juge « pas acceptables ». Il retient en revanche une proposition de Macron : un moratoire sur les frappes visant les sites énergétiques, côté ukrainien comme russe. La Russie l'a refusé, estimant qu'il profiterait aux Occidentaux pour se réarmer. Pour Arnaud Le Gall, la situation est bloquée : « Il n'y aura pas de solution militaire à cette guerre », affirme-t-il, tout en réaffirmant que son mouvement a « dénoncé l'invasion de l'Ukraine par la Russie » dès le début. Il regrette que la France n'ait pas davantage utilisé son rôle historique de « puissance d'équilibre » et son siège à l'ONU, et juge la diplomatie française illisible sur ce dossier. Un monde en recomposition Pour Arnaud Le Gall, ces conflits s'inscrivent dans un basculement plus large : la fin de la mondialisation néolibérale des années 1990-2000, contestée depuis les années 2010 par les puissances émergentes, notamment les BRICS. Cette recomposition se traduit selon lui par une militarisation des compétitions commerciales et une lutte pour le contrôle des ressources, dont la guerre en Iran serait une illustration. Il cite la doctrine de sécurité nationale américaine, publiée en décembre, qui revendiquerait l'ensemble de l'hémisphère occidental, ainsi qu'une carte diffusée par Donald Trump sur laquelle des îles françaises apparaissaient sous drapeau américain, un épisode qu'il juge « nacceptable » et qui, selon lui, n'a pas suscité assez de réaction officielle côté français. Face à cela, Arnaud Le Gall défend le retour au droit international et le rôle de l'ONU, ainsi qu'une politique de non-alignement. Pouvoir d'achat : « Qui propose autre chose ? » Interrogé sur le risque que son mouvement consacre trop d'énergie aux enjeux géopolitiques au détriment des difficultés matérielles des Français, ce qui alimenterait le vote Rassemblement national, Arnaud Le Gall conteste ce diagnostic. Il assure que les prises de parole de La France insoumise concernent aussi bien les enjeux internationaux que le quotidien des Français, citant en exemple sa proposition de plafonner les marges des raffineurs pour ramener le prix de l'essence à 1,70 euro le litre. « Qui propose autre chose ? », lance-t-il, avant de rappeler que la France partage sa plus longue frontière terrestre avec le Brésil, en Guyane. « Les affaires du monde sont nos affaires à tous. » Le cas Pigasse : « Ça ne correspond pas à ma morale » Le canard enchaîné a révélé que l’ancien banquier Matthieu Pigasse, aujourd'hui proche de La France insoumise, a passé 19 nuits cet été dans une villa de l'île Moustique, aux Caraïbes, pour un séjour estimé à 434 000 euros. Interrogé sur cet épisode, Matthieu Pigasse avait répondu qu'être de gauche n'était pas faire vœu de pauvreté, après avoir affirmé, quelques semaines plus tôt, qu'on ne juge pas les gens par leur fortune mais par l'usage qu'ils en font. « Ça ne correspond pas à ma morale », répond Arnaud Le Gall, interrogé à titre personnel. Il admet que ce train de vie « peut paraître indécent », mais tempère aussitôt : selon lui, Matthieu Pigasse ne parle pas seulement de vacances lorsqu'il évoque l'usage de son argent, mais aussi de ses investissements dans les médias, citant Radio Nova comme l'un des rares espaces où peuvent encore s'exprimer des voix censurées ailleurs. Relancé sur un parallèle entre Matthieu Pigasse à gauche et Vincent Bolloré à droite, Arnaud Le Gall l'assume : « Ah oui, ça, pour le coup, oui, et il l'assume. »

  3. Sep 19

    Fatiha Keloua-Hachi : «La France Insoumise n’est pas un ennemi, pas même un adversaire»

    Députée socialiste de la huitième circonscription de Seine-Saint-Denis et ancienne professeure de lettres pendant près de trente ans, Fatiha Keloua-Hachi revient sur la primaire à venir du Parti socialiste, la suspension du député Philippe Brun et son combat contre les violences scolaires. Invitée de l'Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une primaire, un outil démocratique à saisir Alors que plusieurs candidatures s'affrontent déjà à gauche, le Parti socialiste s'apprête à organiser une primaire pour la présidentielle de 2027. Fatiha Keloua-Hachi ne cache pas son enthousiasme. « Je crois en la démocratie et je crois au débat démocratique. Il n'y a pas plus merveilleux que des gens qui s'affrontent sur des idées », affirme-t-elle. Dans sa ville de Rosny-sous-Bois, un débat de la primaire sera organisé pour toute la Seine-saint-Denis. Sur le principe même des primaires, apparues il y a une quinzaine d'années, elle distingue deux plans. « Si on se place du côté des électeurs, je pense que c'est une bonne chose. J'ai vu de l'enthousiasme dans les primaires précédentes », note-t-elle. Sur la fabrique interne du candidat, en revanche, elle se montre plus réservée : « Là, franchement, je suis plus mesurée. Je ne suis pas contre la primaire, je ne suis pas pour la primaire, mais c'est un outil démocratique, il faut s'en saisir. » Philippe Brun écarté : « Je ne présume absolument pas de sa culpabilité » Annoncé parmi les candidats à la primaire, le député socialiste Philippe Brun a finalement été écarté quelques minutes avant la date limite de déclaration, en raison d'accusations portées par une ancienne collaboratrice. Il conteste ces accusations et affirme avoir appris sa suspension « avec stupeur ». Fatiha Keloua-Hachi défend le choix du parti en le comparant à une pratique de l'Éducation nationale. « On a une mesure conservatoire d'éviction d'une personne accusée. C'est important d'avoir ces mesures, ça ne préjuge absolument pas de la culpabilité de la personne », explique-t-elle. Elle y voit aussi un signal politique : « Pour le Parti socialiste, ça veut dire quelque chose clairement de notre position féministe. Une femme dénonce, on prend en compte cette dénonciation. » Sur le fond du dossier, la députée dit ne pas le maîtriser et se refuse à tout jugement sur son collègue, qu'elle dit bien connaître. « Il va trouver, je pense, ses moyens d'expliquer et d'expliciter. Mais en attendant, je pense que le parti a bien fait », conclut-elle. Face à La France insoumise : « Ce ne sont pas du tout mes ennemis » Alors que Jean-Luc Mélenchon écarte toute idée de primaire à gauche, Fatiha Keloua-Hachi refuse de désigner La France insoumise comme un adversaire. « Ma vie, je l'engage contre le Rassemblement national et contre l'extrême droite. Tout le reste, tous les autres, pour moi, ce ne sont pas du tout mes ennemis, même pas mes adversaires. Je peux travailler avec absolument tout le monde », affirme-t-elle, rappelant qu'à l'Assemblée nationale, socialistes et insoumis votent souvent les mêmes textes. Elle formule toutefois une réserve claire sur le fonctionnement du mouvement mélenchoniste. « J'ai du mal avec le fait que le candidat ne soit pas désigné démocratiquement », affirme-t-elle, tout en refusant de « diaboliser » La France insoumise. « Il y a un problème démocratique à la France insoumise et ils doivent s'en rendre compte, et même le dénoncer eux-mêmes. » De la précarité étudiante aux violences scolaires Défendue par Fatiha Keloua-Hachi, la proposition de loi sur le repas à 1 € pour les étudiants, rejetée une première fois puis adoptée en 2024, reste selon elle inachevée. « Je suis très fière du repas à 1 €, mais il y a un goût d'inachevé, parce qu'il y a un autre angle de la précarité étudiante qui est énorme : le logement », précise-t-elle. Ancienne présidente, en 2025, de la commission d'enquête sur le contrôle de l'État et la prévention des violences dans les établissements scolaires, ouverte après les révélations sur Notre-Dame de Bétharram, elle reçoit encore « une dizaine de témoignages par semaine » et transmet chaque semaine plusieurs signalements à la justice au titre de l'article 40. Elle pointe un manquement précis de l'Éducation nationale : « Lorsqu'un enseignant est en mesure conservatoire, il ne devrait pas pouvoir enseigner dans une autre académie. Or, on a vu que ça a été le cas très souvent. Il y a des agresseurs en série qui vont d'un établissement à l'autre. » Elle dénonce également l'absence de contrôle dans le privé : « Il y a un gros sujet sur les inspections des établissements privés. » Logement : le désaccord avec le Rassemblement national Lors de sa rentrée à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a proposé de réserver le logement social et les aides au logement aux Français et d'abroger la loi SRU, qui impose un quota de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants. Pour Fatiha Keloua-Hachi, ce thème prospère sur un terrain bien réel. « Il n'y a pas de logement en France, il y a très peu de construction. La France s'est paupérisée », observe-t-elle, citant l'exemple de professeurs incapables de payer la cantine de leurs enfants. Mais sur la loi SRU elle-même, la députée dit ne plus suivre le Rassemblement national. « En Seine-saint-Denis, on a des communes qui ne construisent pas de logements sociaux et qui préfèrent payer des pénalités plutôt que de construire, alors qu'il y a un besoin énorme. Il va falloir qu'elle s'explique : sans la loi SRU, beaucoup de communes ne construiront plus rien du tout », prévient-elle. Interrogée pour finir sur le second tour de la présidentielle, Fatiha Keloua-Hachi ne s'aventure guère au-delà d'un pronostic prudent : un « homme de gauche » face à un adversaire encore incertain. Et l'autre pourrait être une femme ? « Peut-être », glisse-t-elle.

  4. Sep 12

    Pierre-Henri Dumont : «Jordan Bardella se fait avoir par un pitre comme Monsieur Farage»

    Ancien député Les Républicains du Pas-de-Calais et maire de Marcq, dans le Calaisis, Pierre-Henri Dumont a été nommé, il y a quelques jours, porte-parole national de la campagne présidentielle de Bruno Retailleau. Invité de l'Atelier politique, il détaille les priorités de cette candidature et revient sur l'accord signé par le Rassemblement national avec Nigel Farage au sujet de l'immigration à Calais. Il répond aux questions de Frédéric Rivière. Porte-parole de Bruno Retailleau : une campagne de terrain Ils sont huit porte-parole nationaux, épaulés par un coordinateur, à se répartir la parole du candidat Les Républicains. « Notre mission, c'est de faire en sorte que le bulletin Bruno Retailleau, qui sera présent au premier tour de l'élection présidentielle, soit aussi présent au deuxième tour », résume Pierre-Henri Dumont. Chacun intervient selon son domaine de compétence et sa région : lui se concentre sur les Hauts-de-France, les questions migratoires et les enjeux internationaux. Le rôle ne se limite pas à défendre une ligne face aux médias. « On est vraiment là non pas pour inventer quoi que ce soit, mais pour porter la parole, faire remonter aussi les difficultés qu'on rencontre dans nos territoires », précise-t-il. Il n'était pourtant pas acquis à la cause de Bruno Retailleau lors de l'élection interne du parti, où il soutenait Aurélien Pradié. « J'ai découvert quelqu'un qui passe beaucoup de temps à écouter et non pas à essayer de nous convaincre », explique-t-il désormais. Sur la place de Bruno Retailleau dans les enquêtes d'opinion, derrière d'autres candidats de droite et du centre droit, Pierre-Henri Dumont refuse de parler de difficulté. « La campagne présidentielle n'est pas encore totalement lancée » pour les Français, estime-t-il, qui préfèrent aux débats de positionnement les questions concrètes de pouvoir d'achat, à l'image de la hausse du prix de l'essence. Il situe d'ailleurs les intentions de vote actuelles dans la continuité des européennes de 2024. Sa stratégie : multiplier les propositions, sur l'école comme sur le travail, pour permettre aux actifs de gagner l'équivalent d'un treizième mois grâce à une baisse des cotisations, et redresser un niveau scolaire jugé « absolument dévastateur » depuis le classement PISA. Réforme de la Constitution : « censurer les censeurs » Le candidat Les Républicains défend un projet de réforme constitutionnelle destiné, selon son porte-parole, à redonner le dernier mot aux citoyens. Le texte prévoit un recours accru au référendum et un mécanisme permettant, en cas de censure d'une loi par le Conseil constitutionnel, de saisir les Français afin de la faire malgré tout appliquer. « Le Conseil constitutionnel n'a pas à créer sa propre jurisprudence et à façonner le droit », justifie Pierre-Henri Dumont, pour qui les ajustements dépendraient de l'ampleur de la censure prononcée. Il inscrit cette proposition dans l'héritage gaulliste, citant le fondateur de la Vè République : « Le juge suprême dans une République en France, c'est le peuple », et il n'y a rien que le Conseil constitutionnel décide qui ne puisse être changé par la volonté populaire. Retraites et rigueur budgétaire : vers la capitalisation obligatoire Sur le terrain budgétaire, Pierre-Henri Dumont ne cache pas l'ampleur de l'effort qu'il juge nécessaire. Les dépenses sociales, retraites en tête, représentent plus de 14% du PIB français. « On ne pourra pas échapper à une réforme des retraites », prévient-il, en annonçant d'ores et déjà deux orientations : indexer individuellement l'âge de départ sur l'espérance de vie, avec une forte prise en compte de la pénibilité, et instaurer une part de capitalisation obligatoire. Le raisonnement s'appuie, selon lui, sur un constat démographique : le système par répartition a été conçu pour quatre actifs par retraité, avec une espérance de vie à la retraite de cinq ans. « Aujourd'hui, on est à 1,6 actif pour un retraité et le retraité meurt au bout de 20 ou 25 ans », souligne-t-il. Une base de répartition serait toutefois maintenue, notamment pour couvrir le minimum vieillesse. Concernant l'effort demandé aux plus fortunés, Pierre-Henri Dumont rappelle que « 40% de l'impôt sur le revenu est payé par une toute petite minorité, moins de 1% des foyers fiscaux ». Selon lui, la priorité reste la baisse de la dépense publique avant toute création d'impôt nouveau : il cite les milliards ajoutés au budget de l'Éducation nationale sous le précédent quinquennat, en grande partie absorbés par les pensions des enseignants retraités plutôt que par la revalorisation de ceux en poste. L'accord Bardella-Farage à Calais : « une atteinte grave à la souveraineté » L'élu du Pas-de-Calais dénonce l'accord conclu entre le Rassemblement national et le dirigeant britannique Nigel Farage, qu'il détaille en trois points. D'abord, l'engagement de Jordan Bardella, en cas de victoire de Marine Le Pen, de reprendre en France les migrants ayant traversé la Manche en small boats depuis le territoire français, environ 200 000 personnes depuis 2018, très majoritairement originaires d'Érythrée, de Somalie, d'Afghanistan, d'Iran et d'Irak, et donc difficilement expulsables. Ensuite, un volet financier : la sécurisation de la frontière est aujourd'hui intégralement financée par le Royaume-Uni via le fonds Sandhurst. Une renégociation « équitable », comme l'évoque l'accord, reviendrait selon lui à faire payer, pour tout ou partie, la France à la place des Britanniques. Enfin, le mémorandum prévoirait une multiplication des « contrôles juxtaposés » hérités des accords du Touquet, ce qui autoriserait des policiers britanniques à patrouiller le long des côtes françaises. « C'est une atteinte grave à la souveraineté », affirme Pierre-Henri Dumont, qui rappelle au passage que Calais n'est redevenue française qu'en 1558, sous l'action du duc de Guise. Sa conclusion est cinglante : « Il se fait avoir par un pitre comme Monsieur Farage. » Pour Pierre-Henri Dumont, la réponse au défi migratoire ne se joue de toute façon pas à Calais, où « c'est trop tard ». Il défend une étanchéité des frontières extérieures de l'Union européenne, via le règlement retour, promu par Bruno Retailleau lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, complétée si besoin par un rétablissement des contrôles aux frontières nationales. Allemagne et Tour Eiffel : deux signaux d'alerte Interrogé sur la victoire historique de l'AFD en Saxe-Anhalt, avec 43,8% des voix, Pierre-Henri Dumont y voit d'abord une sanction de la pratique de la « grande coalition » allemande, où conservateurs et sociaux-démocrates gouvernent quel que soit le résultat des urnes. Il établit un parallèle avec la France : recréer un centre indifférencié entre Les Républicains et le camp présidentiel reviendrait, selon lui, à nourrir mécaniquement le Rassemblement national et La France insoumise. Sur l'épisode de la Tour Eiffel, où des salariées ont été écartées lors de la visite d'une délégation religieuse hindoue, il parle d'un « dysfonctionnement majeur » qui dépasse le simple incident. « Quand on vient en France, on doit s'adapter à ces règles et ces normes, respecter la laïcité, respecter le fait de l'égalité entre les hommes et les femmes et ne pas nous imposer ses préceptes religieux. »

  5. Sep 5

    David Chavalarias : «Elon Musk : le coup d'État numérique»

    Dans Elon Musk en 50 tweets (Seuil, 2025), David Chavalarias entre dans le détail d'un cas qui cristallise toutes les menaces qu'il avait décrites dans Toxic Data : le rachat de Twitter par Elon Musk et sa transformation en outil d'influence politique à l'échelle mondiale. Un portrait au scalpel, construit tweet par tweet, qui révèle la cohérence troublante d'un projet. Invité de L'Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. La Loi Zéro : comprendre Musk par sa philosophie Pour saisir ce qu'Elon Musk fait, David Chavalarias propose de commencer par ce qu'il pense. Et Musk l'a lui-même formulé : « La série Fondation et la Loi Zéro sont aux fondements de la création de SpaceX. » Fondation, c'est l'œuvre de science-fiction d'Isaac Asimov, l'histoire d'une civilisation qui s'effondre. La Loi Zéro, c'est la règle suprême qu'Asimov formule pour ses robots : le bien de l'humanité à très long terme prime sur tout, y compris sur les droits des individus dans le présent. C'est dans ce cadre que David Chavalarias inscrit le long-termisme, un courant philosophique financé par Musk, qui légitime des sacrifices immédiats au nom d'objectifs lointains. Et c'est dans ce cadre qu'il faut lire cette déclaration de Musk en février 2025 : « L'empathie est la faiblesse fondamentale de la civilisation occidentale. » À écouter aussiDavid Chavalarias : « Les algorithmes sont aveugles à la sémantique » Le pompier qui rachète la caserne En octobre 2022, Elon Musk rachète Twitter pour 44 milliards de dollars. Quelques mois plus tôt, il avait lui-même alerté ses utilisateurs : « Vous êtes manipulés par l'algorithme d'une manière que vous ne pouvez pas imaginer. » Une fois propriétaire, il modifie cet algorithme pour amplifier ses propres contenus, allant jusqu'à convoquer 80 ingénieurs en pleine nuit, après le Super Bowl 2023, pour corriger le fait que ses tweets étaient moins vus que ceux de Joe Biden. Les résultats sont mesurables. Selon David Chavalarias, depuis le rachat, le taux de discours de haine sur X a augmenté de 50 %. L'amnistie générale prononcée dès les premiers jours, rétablissement de tous les comptes bannis pour haine ou harcèlement, a provoqué une hausse de 500 % des discours haineux aux États-Unis. DOGE, coup d'État numérique Le 12 février 2025, Elon Musk apparaît en tee-shirt dans le Bureau ovale tandis que Donald Trump signe un décret sur la réduction du gouvernement fédéral. Musk dirige le DOGE, une structure sans mandat électif ni base constitutionnelle, et licencie des milliers de fonctionnaires fédéraux sans préavis, avec désactivation immédiate de tous leurs accès numériques. Dans une conférence TED, la journaliste Carole Cadwalladr, prix Pulitzer pour avoir révélé le scandale Cambridge Analytica, a mis un nom sur cette séquence : « Coup d'État numérique ». David Chavalarias reprend l'expression et la documente, notamment à travers l'affaire Berulis : cet informaticien fédéral détecte en mars 2025 une exfiltration anormale de plus de 10 gigaoctets de données vers une destination inconnue, avec l'introduction probable d'une backdoor par les agents du DOGE. L'Europe dans le viseur David Chavalarias documente avec précision les interventions de Musk dans les démocraties européennes. En décembre 2024, après des mois de contact avec des relais de l'AFD, le parti d'extrême droite allemand, il tweete : « Seule l'AfD peut sauver l'Allemagne. » Ces tweets et son apparition sur grand écran lors d'un meeting du parti totalisent plus de 370 millions de vues. Le Wall Street Journal a par ailleurs révélé que Musk était en contact régulier avec Vladimir Poutine depuis fin 2022, précisément la période où il adopte les éléments de langage du Kremlin sur l'Ukraine. Ce qu'on peut encore faire Face à ce tableau, David Chavalarias défend des alternatives concrètes : la décentralisation des réseaux sociaux via des protocoles ouverts « personne ne peut racheter le protocole ActivityPub, pas plus qu'on ne peut racheter http:// » et la garantie de trois droits fondamentaux pour tout utilisateur : portabilité des données, pluralisme algorithmique, décentralisation. Il conclut son livre sur une image venue de Taïwan, pays qui vit depuis sa création sous la menace d'un régime autoritaire. À l'entrée du palais présidentiel, les visiteurs lisent au sol une inscription tirée d'une chanson de John Lennon : « Power to the People » (« Le pouvoir au peuple »). C'est, pour David Chavalarias, le seul horizon qui vaille. À lire aussiQui est (vraiment) Elon Musk ? À lire aussiRachat de Twitter par Elon Musk : « Cela lui donne un pouvoir d'influence énorme »

  6. Aug 29

    David Chavalarias: «Les algorithmes sont aveugles à la sémantique»

    David Chavalarias est directeur de recherche au CNRS et fondateur du Politoscope, un outil qui cartographie en temps réel les flux d'information politique sur les réseaux sociaux. Dans Toxic Data (Flammarion, 2022), il documente, chiffres à l'appui, la manière dont les plateformes numériques dégradent l'espace public démocratique. Invité de l’Atelier Politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Des algorithmes aveugles Le point de départ de David Chavalarias est contre-intuitif : les algorithmes qui organisent nos fils d'actualité ne lisent pas ce que nous publions. Ils sont, écrit-il dans Toxic Data, « aveugles à la sémantique », incapables de distinguer une opinion politique d'une recette de cuisine ou d'un complément alimentaire. Ce qu'ils mesurent, c'est l'engagement : les clics, les likes, le temps passé à regarder une vidéo. Or l'engagement, la psychologie cognitive le démontre depuis longtemps, est maximisé par les contenus négatifs et clivants. Les plateformes n'ont pas inventé ce réflexe humain. Elles lui ont donné une infrastructure mondiale et un moteur économique. Résultat : des populations entières se retrouvent progressivement enfermées dans ce que David Chavalarias appelle une « réalité alternative, purgée de toute information incompatible avec leurs croyances ». Ce que le Politoscope a vu Grâce au Politoscope, David Chavalarias a pu observer des phénomènes que l'œil nu ne détecte pas. En 2017, la communauté politique soutenant François Fillon concentrait quatre fois plus de fausses informations que la moyenne. La même année, des activistes américains d'alt-right, ce mouvement d'extrême droite radicale né autour de la candidature de Trump, coordonnaient sur le forum 4chan des campagnes de mèmes ciblant simultanément les électorats de Fillon et de Mélenchon pour déstabiliser l'élection française. La France n'était pas un dommage collatéral : elle était une cible délibérée. Une conjecture qui ressemble de plus en plus à une certitude David Chavalarias formule dans Toxic Data ce qu'il appelle prudemment une conjecture : « Le modèle économique actuel de la Big Tech, fondé sur la marchandisation de l'influence sociale, est incompatible avec la pérennité de nos démocraties. » Il cite la loi de Brandolini, du nom d'un informaticien italien, selon laquelle « la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure à celle nécessaire pour les produire ». Dans ce déséquilibre fondamental réside une partie du problème : les démocraties jouent avec des règles qui favorisent structurellement la désinformation. Ce qu'il propose David Chavalarias n'est pas un prophète du désastre. Toxic Data se conclut sur des propositions concrètes : des outils de visualisation des dynamiques informationnelles ouverts aux citoyens, une régulation des plateformes fondée sur la transparence algorithmique, et une réforme du mode de scrutin. David Chavalarias défend le jugement majoritaire, une méthode inventée par deux mathématiciens français, Michel Balinski et Rida Laraki, dans laquelle les électeurs évaluent chaque candidat plutôt que d'en choisir un seul, et qu'il décrit comme « l'une des méthodes de vote les moins manipulables ». À lire aussiL’algorithme est un combat À lire aussiComment comprendre les algorithmes pour mieux les apprivoiser?

  7. Aug 8

    Joëlle Chevé : «Première dame : un rôle sans statut, un pouvoir sans nom»

    Sous la Vè République, la figure de la Première dame change de nature. Le pouvoir présidentiel s'affirme, la médiatisation s'emballe, et les femmes de président se retrouvent projetées dans une exposition sans précédent, toujours sans aucun statut juridique. Joëlle Chevé retrace, dans L'Élysée au féminin (Éditions du Rocher, 2017), les portraits de Claude Pompidou, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, Danielle Mitterrand, Bernadette Chirac, Cécilia Sarkozy, Carla Bruni et Valérie Trierweiler. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.   La révolution des potiches Joëlle Chevé intitule la partie consacrée aux Premières dames de la Vè République « La révolution des potiches ». Claude Pompidou, passionnée d'art contemporain, fait entrer l'art vivant à l'Élysée et impose un style d'une modernité tranchante. Anne-Aymone Giscard d'Estaing cultive la discrétion et la rigueur. Danielle Mitterrand, militante de longue date et fondatrice de France Libertés, refuse ouvertement le titre de Première dame, affirmant dans ses propres mémoires : « Première dame, ça n'existe pas. » Bernadette Chirac transforme son engagement dans les associations et sa popularité personnelle en présence publique autonome.   L'irruption du scandale médiatique La Vè République est aussi l'époque où la presse people et les chaînes d'information en continu transforment la vie privée du couple présidentiel en spectacle permanent. Cécilia Sarkozy, qui avait été l'une des architectes de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, quitte l'Élysée dès les premiers mois et divorce quelques semaines après l'élection, laissant un président sans Première dame officielle pour la première fois sous la Vè République. Carla Bruni lui succède dans des conditions inédites, trois mois à peine après l'élection, apportant avec elle une célébrité internationale et une carrière artistique que l'institution présidentielle n'a jamais su intégrer. Joëlle Chevé décrit comment elle tente de construire une version humanitaire du rôle tout en poursuivant une activité de chanteuse et compositrice. Valérie Trierweiler, compagne non mariée de François Hollande, pose une question constitutionnelle inédite : peut-on être Première dame sans être épouse ? Joëlle Chevé retrace les difficultés de cette situation, sous le feu permanent des médias, jusqu'à la révélation d'une liaison de Hollande avec l'actrice Julie Gayet, qui précipite son départ de l'Élysée en janvier 2014.   Un statut fantôme Ce qui traverse tout le livre de Joëlle Chevé, et qui culmine dans sa conclusion, c'est le paradoxe fondamental de la Première dame française. Elle bénéficie d'avantages matériels substantiels, de collaborateurs, de chauffeurs, mais aucun texte légal ne reconnaît son existence. Elle est soumise, écrit Joëlle Chevé, « à un devoir de réserve très contraignant au titre d'un statut qui n'existe pas ». Elle peut se voir confier des missions diplomatiques, comme Cécilia Sarkozy dans l'affaire des infirmières bulgares, sans être pour autant soumise aux obligations qui en découlent. Emmanuel Macron a voulu sortir de ce qu'il a lui-même appelé une « hypocrisie française ». La tentative de formalisation du rôle en 2017, aussitôt retirée face à la polémique, illustre l'impasse dans laquelle se trouve la Vè République sur ce sujet depuis soixante ans. À écouter aussiCes femmes qu'on n'appelait pas Première dame   À lire aussiMort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire

  8. Aug 1

    Joëlle Chevé : «Ces femmes qu'on n'appelait pas Première dame»

    Joëlle Chevé est historienne, spécialiste de l'histoire des femmes et du pouvoir. Dans L'Élysée au féminin (Éditions du Rocher, 2017), elle retrace l'histoire méconnue des épouses et compagnes des chefs d'État français, de la Révolution à la fin de la IVᵉ République. Un livre qui révèle combien ces femmes ont exercé un rôle réel, contraignant et souvent ingrat, sans que personne ne daigne le reconnaître. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une République qui rêve de reines Dès la Révolution, le paradoxe est posé. Les républicains rejettent avec violence le modèle monarchique et sa Cour, mais ils ne savent pas comment s'en passer. Les hommes de la Révolution ont utilisé la figure de Marie-Antoinette pour disqualifier toute présence féminine dans la sphère du pouvoir. Et pourtant, comme l'écrit Joëlle Chevé, « la conception républicaine qui impose une stricte séparation entre vie publique et vie privée n'a, en réalité, pas rompu avec les représentations monarchiques ». Résultat, les épouses des présidents de la IIIᵉ République se retrouvent dans une situation que Joëlle Chevé qualifie de « quasi schizophrénique, entre nostalgie monarchique, égalitarisme démocratique et antiféminisme structurel ». Elles sont sommées d'incarner un idéal féminin pour toutes les Françaises, entre la reine que la République semble toujours rêver d'avoir et la ménagère dont elle ne veut pas se passer. Huit d'entre elles affrontent ce dilemme entre 1871 et 1914. Ce sont elles, écrit Joëlle Chevé, « les premières à inventer la fonction ». Des ménagères sous les ors de la République Les « présidentes » de la IIIᵉ République, c'est le titre qu'on leur donnait alors, en féminisant simplement le grade de leur mari, n'ont aucun statut officiel. La loi ne les reconnaît pas. La Constitution ne les mentionne pas. Et pourtant leur rôle est immense : elles organisent les réceptions, représentent la France devant les souverains étrangers, gèrent le protocole d'un palais qui doit rivaliser avec les cours d'Europe. Joëlle Chevé montre que la presse les scrute sans merci. Coralie Grévy ou Marie-Louise Loubet sont vilipendées par la presse, qui estime qu'elles « ridiculisent la République par l'indigence et la médiocrité domestique de leur conversation ». Henriette Poincaré, en revanche, est saluée comme l'incarnation du patriotisme pendant la Grande Guerre. La Première dame compense, en termes d'image et d'incarnation, ce que la Constitution refuse au président. Des femmes prises dans l'histoire La IIIᵉ République est aussi le temps des grandes tragédies. Cécile Carnot, dont le mari Sadi Carnot est assassiné en 1894, et Blanche Doumer, veuve de Paul Doumer tué en 1932, sont les seules Premières dames à avoir connu, selon Joëlle Chevé, de véritables états de grâce dans l'opinion, leur « veuvage pour assassinat de leur mari » étant l'une des rares circonstances où leur existence était publiquement reconnue. La partie consacrée aux années de guerre et à Vichy est particulièrement saisissante. Joëlle Chevé montre comment Marguerite Lebrun, épouse du dernier président de la IIIᵉ République, a refusé de cautionner le régime pétainiste et a choisi l'effacement plutôt que la compromission. Michelle Auriol, la première « présidente sociale » La IVᵉ République marque un tournant. Michelle Auriol, épouse du président Vincent Auriol de 1947 à 1954, est la première à construire le rôle de manière délibérée. Joëlle Chevé la décrit comme la première « présidente sociale » : visites d'hôpitaux, soutien aux associations, actions caritatives financées sur le budget présidentiel. Elle utilise aussi la presse et la photographie pour construire l'image d'un couple républicain proche des Français. Yvonne de Gaulle, qui lui succède à partir de 1959, choisit la voie exactement inverse : aucune interview, aucune photographie privée, une présence officielle réduite au strict minimum. À lire aussiMort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire

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« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

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