L'Atelier politique

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

  1. 4d ago

    David Chavalarias: «Les algorithmes sont aveugles à la sémantique»

    David Chavalarias est directeur de recherche au CNRS et fondateur du Politoscope, un outil qui cartographie en temps réel les flux d'information politique sur les réseaux sociaux. Dans Toxic Data (Flammarion, 2022), il documente, chiffres à l'appui, la manière dont les plateformes numériques dégradent l'espace public démocratique. Invité de l’Atelier Politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière. Des algorithmes aveugles Le point de départ de David Chavalarias est contre-intuitif : les algorithmes qui organisent nos fils d'actualité ne lisent pas ce que nous publions. Ils sont, écrit-il dans Toxic Data, « aveugles à la sémantique », incapables de distinguer une opinion politique d'une recette de cuisine ou d'un complément alimentaire. Ce qu'ils mesurent, c'est l'engagement : les clics, les likes, le temps passé à regarder une vidéo. Or l'engagement, la psychologie cognitive le démontre depuis longtemps, est maximisé par les contenus négatifs et clivants. Les plateformes n'ont pas inventé ce réflexe humain. Elles lui ont donné une infrastructure mondiale et un moteur économique. Résultat : des populations entières se retrouvent progressivement enfermées dans ce que David Chavalarias appelle une « réalité alternative, purgée de toute information incompatible avec leurs croyances ». Ce que le Politoscope a vu Grâce au Politoscope, David Chavalarias a pu observer des phénomènes que l'œil nu ne détecte pas. En 2017, la communauté politique soutenant François Fillon concentrait quatre fois plus de fausses informations que la moyenne. La même année, des activistes américains d'alt-right, ce mouvement d'extrême droite radicale né autour de la candidature de Trump, coordonnaient sur le forum 4chan des campagnes de mèmes ciblant simultanément les électorats de Fillon et de Mélenchon pour déstabiliser l'élection française. La France n'était pas un dommage collatéral : elle était une cible délibérée. Une conjecture qui ressemble de plus en plus à une certitude David Chavalarias formule dans Toxic Data ce qu'il appelle prudemment une conjecture : « Le modèle économique actuel de la Big Tech, fondé sur la marchandisation de l'influence sociale, est incompatible avec la pérennité de nos démocraties. » Il cite la loi de Brandolini, du nom d'un informaticien italien, selon laquelle « la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure à celle nécessaire pour les produire ». Dans ce déséquilibre fondamental réside une partie du problème : les démocraties jouent avec des règles qui favorisent structurellement la désinformation. Ce qu'il propose David Chavalarias n'est pas un prophète du désastre. Toxic Data se conclut sur des propositions concrètes : des outils de visualisation des dynamiques informationnelles ouverts aux citoyens, une régulation des plateformes fondée sur la transparence algorithmique, et une réforme du mode de scrutin. David Chavalarias défend le jugement majoritaire, une méthode inventée par deux mathématiciens français, Michel Balinski et Rida Laraki, dans laquelle les électeurs évaluent chaque candidat plutôt que d'en choisir un seul, et qu'il décrit comme « l'une des méthodes de vote les moins manipulables ». À lire aussiL’algorithme est un combat À lire aussiComment comprendre les algorithmes pour mieux les apprivoiser?

  2. Aug 8

    Joëlle Chevé : «Première dame : un rôle sans statut, un pouvoir sans nom»

    Sous la Vè République, la figure de la Première dame change de nature. Le pouvoir présidentiel s'affirme, la médiatisation s'emballe, et les femmes de président se retrouvent projetées dans une exposition sans précédent, toujours sans aucun statut juridique. Joëlle Chevé retrace, dans L'Élysée au féminin (Éditions du Rocher, 2017), les portraits de Claude Pompidou, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, Danielle Mitterrand, Bernadette Chirac, Cécilia Sarkozy, Carla Bruni et Valérie Trierweiler. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.   La révolution des potiches Joëlle Chevé intitule la partie consacrée aux Premières dames de la Vè République « La révolution des potiches ». Claude Pompidou, passionnée d'art contemporain, fait entrer l'art vivant à l'Élysée et impose un style d'une modernité tranchante. Anne-Aymone Giscard d'Estaing cultive la discrétion et la rigueur. Danielle Mitterrand, militante de longue date et fondatrice de France Libertés, refuse ouvertement le titre de Première dame, affirmant dans ses propres mémoires : « Première dame, ça n'existe pas. » Bernadette Chirac transforme son engagement dans les associations et sa popularité personnelle en présence publique autonome.   L'irruption du scandale médiatique La Vè République est aussi l'époque où la presse people et les chaînes d'information en continu transforment la vie privée du couple présidentiel en spectacle permanent. Cécilia Sarkozy, qui avait été l'une des architectes de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, quitte l'Élysée dès les premiers mois et divorce quelques semaines après l'élection, laissant un président sans Première dame officielle pour la première fois sous la Vè République. Carla Bruni lui succède dans des conditions inédites, trois mois à peine après l'élection, apportant avec elle une célébrité internationale et une carrière artistique que l'institution présidentielle n'a jamais su intégrer. Joëlle Chevé décrit comment elle tente de construire une version humanitaire du rôle tout en poursuivant une activité de chanteuse et compositrice. Valérie Trierweiler, compagne non mariée de François Hollande, pose une question constitutionnelle inédite : peut-on être Première dame sans être épouse ? Joëlle Chevé retrace les difficultés de cette situation, sous le feu permanent des médias, jusqu'à la révélation d'une liaison de Hollande avec l'actrice Julie Gayet, qui précipite son départ de l'Élysée en janvier 2014.   Un statut fantôme Ce qui traverse tout le livre de Joëlle Chevé, et qui culmine dans sa conclusion, c'est le paradoxe fondamental de la Première dame française. Elle bénéficie d'avantages matériels substantiels, de collaborateurs, de chauffeurs, mais aucun texte légal ne reconnaît son existence. Elle est soumise, écrit Joëlle Chevé, « à un devoir de réserve très contraignant au titre d'un statut qui n'existe pas ». Elle peut se voir confier des missions diplomatiques, comme Cécilia Sarkozy dans l'affaire des infirmières bulgares, sans être pour autant soumise aux obligations qui en découlent. Emmanuel Macron a voulu sortir de ce qu'il a lui-même appelé une « hypocrisie française ». La tentative de formalisation du rôle en 2017, aussitôt retirée face à la polémique, illustre l'impasse dans laquelle se trouve la Vè République sur ce sujet depuis soixante ans. À écouter aussiCes femmes qu'on n'appelait pas Première dame   À lire aussiMort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire

  3. Aug 1

    Joëlle Chevé : «Ces femmes qu'on n'appelait pas Première dame»

    Joëlle Chevé est historienne, spécialiste de l'histoire des femmes et du pouvoir. Dans L'Élysée au féminin (Éditions du Rocher, 2017), elle retrace l'histoire méconnue des épouses et compagnes des chefs d'État français, de la Révolution à la fin de la IVᵉ République. Un livre qui révèle combien ces femmes ont exercé un rôle réel, contraignant et souvent ingrat, sans que personne ne daigne le reconnaître. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une République qui rêve de reines Dès la Révolution, le paradoxe est posé. Les républicains rejettent avec violence le modèle monarchique et sa Cour, mais ils ne savent pas comment s'en passer. Les hommes de la Révolution ont utilisé la figure de Marie-Antoinette pour disqualifier toute présence féminine dans la sphère du pouvoir. Et pourtant, comme l'écrit Joëlle Chevé, « la conception républicaine qui impose une stricte séparation entre vie publique et vie privée n'a, en réalité, pas rompu avec les représentations monarchiques ». Résultat, les épouses des présidents de la IIIᵉ République se retrouvent dans une situation que Joëlle Chevé qualifie de « quasi schizophrénique, entre nostalgie monarchique, égalitarisme démocratique et antiféminisme structurel ». Elles sont sommées d'incarner un idéal féminin pour toutes les Françaises, entre la reine que la République semble toujours rêver d'avoir et la ménagère dont elle ne veut pas se passer. Huit d'entre elles affrontent ce dilemme entre 1871 et 1914. Ce sont elles, écrit Joëlle Chevé, « les premières à inventer la fonction ». Des ménagères sous les ors de la République Les « présidentes » de la IIIᵉ République, c'est le titre qu'on leur donnait alors, en féminisant simplement le grade de leur mari, n'ont aucun statut officiel. La loi ne les reconnaît pas. La Constitution ne les mentionne pas. Et pourtant leur rôle est immense : elles organisent les réceptions, représentent la France devant les souverains étrangers, gèrent le protocole d'un palais qui doit rivaliser avec les cours d'Europe. Joëlle Chevé montre que la presse les scrute sans merci. Coralie Grévy ou Marie-Louise Loubet sont vilipendées par la presse, qui estime qu'elles « ridiculisent la République par l'indigence et la médiocrité domestique de leur conversation ». Henriette Poincaré, en revanche, est saluée comme l'incarnation du patriotisme pendant la Grande Guerre. La Première dame compense, en termes d'image et d'incarnation, ce que la Constitution refuse au président. Des femmes prises dans l'histoire La IIIᵉ République est aussi le temps des grandes tragédies. Cécile Carnot, dont le mari Sadi Carnot est assassiné en 1894, et Blanche Doumer, veuve de Paul Doumer tué en 1932, sont les seules Premières dames à avoir connu, selon Joëlle Chevé, de véritables états de grâce dans l'opinion, leur « veuvage pour assassinat de leur mari » étant l'une des rares circonstances où leur existence était publiquement reconnue. La partie consacrée aux années de guerre et à Vichy est particulièrement saisissante. Joëlle Chevé montre comment Marguerite Lebrun, épouse du dernier président de la IIIᵉ République, a refusé de cautionner le régime pétainiste et a choisi l'effacement plutôt que la compromission. Michelle Auriol, la première « présidente sociale » La IVᵉ République marque un tournant. Michelle Auriol, épouse du président Vincent Auriol de 1947 à 1954, est la première à construire le rôle de manière délibérée. Joëlle Chevé la décrit comme la première « présidente sociale » : visites d'hôpitaux, soutien aux associations, actions caritatives financées sur le budget présidentiel. Elle utilise aussi la presse et la photographie pour construire l'image d'un couple républicain proche des Français. Yvonne de Gaulle, qui lui succède à partir de 1959, choisit la voie exactement inverse : aucune interview, aucune photographie privée, une présence officielle réduite au strict minimum. À lire aussiMort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire

  4. Jul 25

    Aurore Bergé: «Barbara Butch a été chassée de scène parce qu'elle est juive!»

    Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur les mesures votées pour protéger les enfants, sur son projet de loi contre le racisme et l'antisémitisme, et sur l'affaire Barbara Butch qui a suscité l'indignation. Violences sexuelles sur mineurs : « une révolution » en marche Le projet de loi sur la protection de l'enfance a été adopté, le mardi 21 juillet, en première lecture à l'Assemblée nationale. Il prévoit la réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs en série de mineurs de moins de quinze ans, ainsi que l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des enfants. L'examen reprendra en octobre au Sénat. Pour Aurore Bergé, ce texte marque un tournant. « Il y a une révolution qui est en cours sur la question des violences sexuelles faites aux enfants », affirme-t-elle, évoquant le choc suscité dans le pays par le viol et la mort de la petite Lyhanna, fin mai. « On parle de 160 000 enfants qui chaque année subiraient des violences sexuelles », rappelle-t-elle, insistant sur le fait que ces violences ne sont presque jamais le fait d'inconnus. « Ceux qui font du mal à nos enfants sont finalement ceux qui sont supposés le plus les aimer, le plus les protéger ». L'adoption de la perpétuité n'a pourtant rien eu d'évident : une deuxième délibération a même dû être demandée à l'Assemblée après qu'une partie de la gauche s'y était opposée lors d'un premier vote. « Ça m'a à la fois révolté et mise en colère », confie-t-elle. Interrogée sur l'idée de peines à l'américaine comptées en centaines d'années, elle tranche : « Je ne sais pas s'il faut du symbole. Ce qu'il faut, c'est de l'efficacité ». À lire aussiLa question des violences sexuelles, «une problématique dont toute la société doit s'emparer, les hommes aussi» Une loi intégrale pour toutes les victimes Au-delà des enfants, Aurore Bergé défend une « loi intégrale » contre les violences sexuelles, coécrite avec plus de 110 parlementaires et les associations. Le texte, déposé en décembre 2025, doit être redéposé mi-août pour un examen en commission à partir du mois de septembre. Elle y voit une méthode inédite : gouvernement et parlementaires coconstruisent ensemble une proposition de loi. « Ça ne s'est jamais vu, on n'a jamais fait comme ça », souligne-t-elle. L'enjeu dépasse les enfants : « On parle de 340 000 femmes qui, chaque année, subiraient des agressions sexuelles, des violences sexuelles, voire même des viols », précise la ministre, qui rappelle que, « dans neuf cas sur dix, une femme qui subit un viol [...] c'est quelqu'un qu'elle connaît ». Des juridictions spécialisées doivent voir le jour. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Racisme et antisémitisme : une loi de « cohésion républicaine » Présenté le 9 juillet en Conseil des ministres, le projet de loi de « cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l'antisémitisme » succède à la proposition de Caroline Yadan, retirée en avril après des critiques. Aurore Bergé distingue les inquiétudes sincères de ceux qui, selon elle, « n'avaient pas envie qu'on parle de la lutte contre l'antisémitisme » et ont instrumentalisé le texte. Depuis les attentats du 7 octobre 2023, elle constate « une explosion de l'antisémitisme dans toutes les démocraties », faite d'agressions mais aussi d'un « antisémitisme d'atmosphère » : « insultes, crachats, tags, exclusions d'étudiants de groupes de discussion. Il n'y a pas un Français juif, pas un seul, qui est responsable de la situation géopolitique » à Gaza, insiste-t-elle. Le texte prévoit une peine d'inéligibilité pour un élu qui contesterait un crime contre l'humanité ou un génocide, ainsi que pour toute personne condamnée à de la détention pour des faits racistes ou antisémites. Il impose aussi aux plateformes de retirer immédiatement les contenus signalés par Pharos, comme c'est déjà le cas pour la pédocriminalité ou l'apologie du terrorisme. Sur la liberté d'expression, la ministre est catégorique : critiquer, moquer ou caricaturer une religion reste un droit plein et entier en France. « On n'a pas le droit d'attaquer les hommes ou les femmes en raison de leurs croyances », précise-t-elle, refusant toute hiérarchie entre les combats : « On ne hiérarchise pas, on ne trie pas entre les haines ». À lire aussiFrance: le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie en hausse en 2023, selon un rapport de la CNCDH L'affaire Barbara Butch, symbole d'un antisémitisme « débridé » Samedi 19 juillet, le concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble a été interrompu après une vingtaine de minutes par des militants pro-palestiniens, dans le cadre d'un appel au boycott relayé localement par des membres de La France insoumise. Il lui était reproché d'avoir soutenu la loi Yadan. Le tract appelant au boycott montrait sa photo accolée à un drapeau LGBT et une étoile de David, le tout maculé de sang. « C'est ça l'appel à la haine », dénonce Aurore Bergé, pour qui la DJ a été visée à la fois comme lesbienne et comme juive. Sur scène, elle a essuyé sifflets, huées et jets de bouteilles en verre, au point de devoir quitter les lieux pour sa sécurité. « Les mots précèdent toujours les actes, toujours », avertit la ministre. « On ne chasse pas des femmes ou des hommes juifs de scène », martèle-t-elle, dénonçant l'instrumentalisation électorale de cet antisémitisme par La France insoumise et appelant à protéger la liberté de création et de programmation artistique. Une instruction judiciaire est ouverte. À lire aussiFrance: derrière l'interruption du concert de Barbara Butch, la question du boycott culturel Défenseur des droits et 2027 : les enjeux à venir Le Parlement a entériné mardi dernier la nomination du sénateur LR François-Noël Buffet comme Défenseur des droits, malgré l'opposition d'associations pointant ses positions passées sur le mariage pour tous, la PMA ou l'IVG. Aurore Bergé défend une fonction qui « dépasse aussi la personne », citant l'exemple de Jacques Toubon, critiqué à sa nomination puis regretté à son départ. Sur la présidentielle de 2027, elle observe le retour en force de Marine Le Pen dans les sondages. « Il faut qu'on arrive à démontrer qu'il y ait une alternative au Rassemblement national », estime-t-elle, redoutant un second tour face à La France insoumise qu'elle juge porteur de fractures profondes pour le pays. Faute de primaire, une candidature unique de sa famille politique devra selon elle incarner cette alternative. Quant à sa propre candidature, la ministre botte en touche, jugeant que ce n'est pas la priorité des Français, davantage préoccupés par leur sécurité, leur pouvoir d'achat ou le climat. Elle conclut sur un mot d'ordre : « Montrons qu'on peut avoir des résultats et rassemblons-nous, parce qu'on aura cette nécessité du rassemblement. » À lire aussiQuelle campagne présidentielle pour Marine Le Pen condamnée: réécoutez notre édition spéciale du mercredi 8 juillet

  5. Jul 18

    Nadège Abomangoli : « Le racisme est le déterminant principal du vote Rassemblement National »

    Députée LFI de la 10è circonscription de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission des Affaires étrangères et première vice-présidente de l'Assemblée nationale, Nadège Abomangoli est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur le racisme d'État, la guerre au Soudan et la présidentielle de 2027. « Un racisme d'État » En avril 2026, Nadège Abomangoli a reçu un courrier raciste reprenant un détournement de Tintin au Congo. Un épisode parmi d'autres pour la première vice-présidente de l'Assemblée, confrontée selon elle à une hostilité récurrente sur les réseaux sociaux. Elle y voit un phénomène plus large que son propre cas. « Une société se lit, s'interprète à partir du global et pas à partir de parcours individuels », affirme-t-elle, réfutant l'idée que sa propre ascension contredirait l'existence d'un racisme structurel. La députée assume l'expression de « racisme d'État », employée début avril 2026 à Saint-Denis. « Un certain nombre de politiques publiques et l'abandon de ces sujets-là produisent du racisme d'État », explique-t-elle, citant notamment les difficultés administratives rencontrées par des personnes sans-papiers dans sa circonscription. Sur le projet de loi pour la « cohésion républicaine » porté par la ministre Aurore Bergé, Nadège Abomangoli se montre réservée, pointant son élaboration avec l'ensemble des groupes politiques, Rassemblement national compris. Elle plaide plutôt pour des moyens dans « la prévention, l'éducation, la justice réparatrice et la culture ». Le Soudan, une guerre qui peine à s'imposer Membre de la Commission des Affaires étrangères, la députée s'est saisie à plusieurs reprises du conflit soudanais, qualifié par l'ONU de l'une des pires crises humanitaires au monde. Pour elle, plusieurs raisons expliquent son faible écho en France : l'éloignement géographique, l'absence de lien francophone, et « une part de négrophobie, ce sont des Noirs qui semblent se tuer entre eux ». Elle rappelle que les Forces de soutien rapide ont longtemps été des interlocuteurs légitimés par la France et l'Europe. « Ce n'est pas une guerre ethnique », insiste-t-elle, mais un conflit de prédation des ressources où s'affrontent des puissances étrangères sur le dos du peuple soudanais. Parmi ses propositions : élargir l'embargo sur les armes, alors que des armes françaises vendues aux Émirats arabes unis ont, selon elle, été retrouvées sur le théâtre des combats, et repenser la diplomatie française vis-à-vis du Tchad, qui accueille une partie des réfugiés soudanais. À lire aussiSoudan: le général al-Burhan projette de rester au pouvoir durant cinq ans après la guerre « Ingérence intérieure » : une notion jugée problématique La Commission de la culture du Sénat a adopté à l'unanimité, début juillet, un rapport de 56 recommandations sur la régulation de l'information en ligne, introduisant la notion d'« ingérence intérieure » pour désigner des manipulations d'origine française. Nadège Abomangoli s'en méfie. « La notion d'ingérence intérieure me paraît problématique », juge-t-elle, estimant qu'elle pourrait viser, en creux, certains partis très présents sur les réseaux sociaux, dont La France Insoumise. Pour elle, la véritable ingérence est ailleurs : « C'est l'ingérence intérieure d'un certain nombre de milliardaires qui financent un certain nombre d'événements, qui s'infiltrent parfois dans l'éducation pour promouvoir leur idéologie. » 2027 : « On ne va pas adapter notre campagne aux candidats en face » À neuf mois de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a balayé d'un « je m'en fous » les conséquences du retour en lice de Marine Le Pen, dont l'éligibilité a été rétablie par la cour d'appel. Nadège Abomangoli y voit une confiance assumée, mais surtout un message : peu importe l'adversaire d'en face. « Que ce soit Jordan Bardella ou Marine Le Pen », résume-t-elle, avant de trancher : « C'est bonnet blanc et blanc bonnet. » Elle relève avec ironie que Marine Le Pen, qui avait juré ne jamais faire campagne sous bracelet électronique, est aujourd'hui candidate, et qu'un Jordan Bardella qui se voyait déjà en position semble aujourd'hui « marri ». Sur l'électorat du Rassemblement national, la députée ne mâche pas ses mots. Si une partie des électeurs est déçue par des décennies de partage du pouvoir entre partis traditionnels, elle y voit surtout un ressort raciste : « C'est quand même le déterminant principal du vote Rassemblement national », affirme-t-elle, citant en exemple le refus du parti de voter la hausse du Smic pour tous. Face au Rassemblement national, la députée revendique une ligne : « Liberté, égalité, fraternité, c'est ce qu'est la France.

  6. Jul 11

    Edwige Diaz : «Nous sommes là pour sauver la France»

    Deux jours après la décision de la Cour d'appel de Paris qui a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen tout en la rendant de nouveau éligible, Edwige Diaz, vice-présidente du Rassemblement national, est l'invitée de L'Atelier politique. La députée de la Gironde revient sur le tournant judiciaire de la semaine et sur le lancement de la campagne présidentielle. Elle répond aux questions de Frédéric Rivière. Une décision qui rebat les cartes Mardi 7 juillet 2026, la Cour d'appel de Paris a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens, tout en réduisant sa peine. Pour Edwige Diaz, deux éléments dominent. « Marine Le Pen a retrouvé son éligibilité », souligne-t-elle. « Et nous continuons de penser que Marine Le Pen est innocente. » La présidente du RN a aussitôt annoncé se pourvoir en cassation, ce qui la fait redevenir présumée innocente et écarte, selon Edwige Diaz, tout bracelet électronique. « Nous avons lancé la campagne présidentielle dès le 7 juillet au soir », précise-t-elle, citant le lancement de la plateforme Marine Le Pen.com. La députée met aussi en avant les premiers sondages réalisés après l'annonce : Marine Le Pen y est créditée de 36% des intentions de vote au premier tour, et donnée gagnante au second tour, notamment face à Jean-Luc Mélenchon ou Édouard Philippe.   Une bataille politique Interrogée sur les onze années durant lesquelles ce système aurait perduré, elle balaie l'argument. « Nous contestons ces accusations », répète-t-elle. « Nous estimons que Marine Le Pen est innocente. » Pour la députée, la décision de la Cour n'est qu'un avis parmi d'autres étapes de la procédure. « Nous allons utiliser, comme tout justiciable, les moyens qui s'offrent à nous pour faire reconnaître l'innocence que nous estimons être réelle. » Elle y voit la marque d'une bataille politique menée par d'autres moyens. « Il s'agit d'une affaire politique, une affaire qui a été diligentée par des opposants politiques », estime-t-elle, évoquant des adversaires qui « redoutent de ne pas pouvoir nous faire chuter dans les urnes ».   Le pari du calendrier judiciaire Le caractère suspensif du pourvoi en cassation sur l'exécution de la peine fait débat parmi les juristes. Le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, a annoncé vouloir statuer avant le premier tour de la présidentielle. Une perspective qu'Edwige Diaz refuse d'anticiper. « On ne va pas faire de politique juridique fiction pour l'instant », tranche-t-elle, misant sur une décision rendue « dans les délais normaux d'une procédure classique ». Quant à un éventuel plan de campagne de secours si le pourvoi était rejeté, la députée élude. « Elle peut faire campagne, elle n'a pas de bracelet électronique, elle est de nouveau présumée innocente. Donc nous allons faire campagne. »   Un programme qu'elle veut « tout prioritaire » Relancée sur les chantiers prioritaires d'un éventuel quinquennat, Edwige Diaz refuse toute hiérarchie. « Tout est prioritaire », affirme-t-elle, pointant l'état du pays qu'elle juge « catastrophique ». Elle promet des ministres dotés d'une véritable feuille de route, en opposition à la majorité actuelle : réduction des déserts médicaux pour la Santé, résorption de la dette pour le Budget, retour aux fondamentaux pour l'Éducation nationale. Sur l'équilibre entre les thématiques historiques du RN — immigration et sécurité — et la question sociale, montée en puissance ces dernières années, la députée souligne l'effet du groupe parlementaire de plus de 120 députés. « Notre programme est mieux connu », estime-t-elle, « et il ne se limite pas à la question de l'immigration et de l'insécurité ».   « Ni de droite ni de gauche, nous sommes de France » Certains adversaires, jusque dans le camp de la droite, accusent parfois Marine Le Pen d'être « de gauche ». Edwige Diaz s'en amuse. « Nous sommes de France, nous sommes des souverainistes, nous sommes des patriotes », revendique-t-elle. « Nous ne sommes pas là pour sauver la gauche, nous ne sommes pas là pour sauver la droite. Nous sommes là pour sauver la France. » Sur l'Europe, elle se défend de tout rejet du continent. « Nous sommes profondément européens », assure-t-elle, tout en dénonçant la « gouvernance politique de l'Union européenne », citée sur la gestion du Covid, la question de la défense ou le projet de dette commune, jugé porteur de hausses d'impôts pour les Français.   Vers la présidentielle Face aux critiques venues de la droite comme de la gauche, qui accusent Marine Le Pen de « prendre la démocratie en otage » ou rappellent qu'elle serait la première candidate condamnée de l'histoire de la présidentielle, Edwige Diaz oppose un parallèle avec Jean-Luc Mélenchon, condamné en 2019 pour outrage et rébellion sans avoir fait appel. La députée revendique surtout une équipe prête de longue date, avec un directeur de campagne, Julien Sanchez, désigné avant même l'arrêt de la Cour d'appel, et un ticket assumé : Marine Le Pen à l'Élysée, Jordan Bardella à Matignon. « Nous sommes en mesure de présenter le ticket », insiste-t-elle « Nous sommes en ordre de bataille et nous allons faire campagne. Et j'espère que nous allons gagner. »

  7. Jul 4

    Christopher Weissberg : «Aujourd'hui, les États-Unis ne sont plus un allié»

    Député de la première circonscription des Français de l'étranger, qui couvre les États-Unis et le Canada, Christopher Weissberg est l'invité de l'Atelier politique ce samedi 4 juillet, jour du 250è anniversaire de l'indépendance américaine. Le président du groupe d'amitié France-États-Unis à l'Assemblée nationale dresse un constat sévère de l'état de la démocratie américaine sous la présidence de Donald Trump. Il répond aux questions de Frédéric Rivière. Une histoire familiale sur trois générations Le grand-père de Christopher Weissberg, Jacques Weissberg, était un soldat de l'armée de l'air américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, installé ensuite à Saranac Lake dans l'État de New York. Le père du député poursuit cette histoire transatlantique, avant que lui-même ne reprenne, en 2010, le café-restaurant familial dans l’État de New-York, qu'il transmettra à ses associés en 2024 pour se consacrer à son mandat. « Je suis le fruit de ce qu'est la relation transatlantique », résume-t-il. Il raconte le parcours de son grand-père, mobilisé après Pearl Harbor, « un homme très à gauche », ayant quitté son Brooklyn natal pour « aller sauver la vie des Européens » au prix de 85 missions en B52. « C'est quelque chose que je trouve tout à fait admirable », confie le député. Sur l'héritage philosophique commun entre la France et les États-Unis, hérité des Lumières et de la séparation des pouvoirs de Montesquieu, il se dit « tiraillé » : d'un côté la fierté de cet héritage partagé, de l'autre l'inquiétude de voir « ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis » s'en éloigner si fortement.   Lafayette et Rochambeau, toujours vivants dans la mémoire américaine Les figures fondatrices de l'amitié franco-américaine restent, selon lui, pleinement ancrées dans le récit national des États-Unis. « Elles font partie du récit national », assure-t-il, rappelant que les parlementaires américains qu'il reçoit régulièrement considèrent la France comme « The Oldest Ally », l'allié le plus ancien. Mais cette continuité historique se heurte à une évolution géopolitique. « Le compas a un peu basculé vers l'Est », observe le député, qui s'interroge : et si Joe Biden avait été « le dernier président profondément européen des États-Unis » ?   Une démocratie américaine sous tension Sur l'état de la démocratie américaine en ce jour anniversaire, le constat est sans appel. « Je suis consterné », lâche-t-il. S'il reconnaît l'existence d'une Amérique qui résiste, il s'inquiète du socle de soutien qui reste acquis à Donald Trump, entre 37 et 40% de la population, en dépit des dérives constatées. « Je suis persuadé que Donald Trump [...] est à l'opposé des valeurs américaines », affirme-t-il, pointant la fragilisation des contre-pouvoirs : la presse, l'esprit critique, la justice. Sur la portée de ce second mandat, il distingue deux niveaux. « Cette manière personnelle d'incarner le pouvoir [...] est une parenthèse », estime-t-il, mais le mouvement de fond du conservatisme américain, lui, « a plutôt vocation à rester ». Un mandat de « toute-puissance », selon ses mots, où les contre-pouvoirs institutionnels, Congrès, Cour suprême, peinent à freiner l'exécutif.   Le quotidien bouleversé des Français des États-Unis Sur le terrain, le député constate des changements profonds parmi ses compatriotes expatriés. « Pour la première fois de leur vie, au lieu de se sentir expatriés [...] ils se sentent immigrés », rapporte-t-il. Certains n'osent plus s'exprimer sur les réseaux sociaux par crainte des contrôles douaniers, d'autres perdent leur emploi ou leur visa, notamment dans la recherche ou l'intelligence artificielle. Face à ce climat, Christopher Weissberg dit veiller à « éviter la panique », tout en alertant sur un changement de contexte inédit « en 248 ans » d'histoire commune.   Les États-Unis, un allié qui n'en est plus un Sur la relation entre Paris et Washington, marquée par les menaces tarifaires répétées de Donald Trump et le retrait de troupes américaines d'Allemagne, le député tranche sans détour : « Non, ça n'est plus un allié. » Il cite la crise du Groenland comme le moment où les Européens ont pris conscience de la nécessité de « s'affirmer collectivement ». Un basculement qu'il juge toutefois « temporaire ».   Le mirage du « faiseur de paix » Sur les interventions militaires américaines récentes — capture du président Maduro au Venezuela, engagement aux côtés d'Israël en Iran — malgré la promesse de campagne d'un Donald Trump se présentant comme un « faiseur de paix », le député est catégorique : « C'est une arnaque. » Selon lui, le président savait pertinemment qu'il ne pourrait pas mettre fin rapidement au conflit russo-ukrainien : « C'est de la com. »   Un déclin économique et diplomatique Le bilan économique dressé par le député tranche avec les promesses initiales de prospérité. « On est en train d'observer un mouvement de déclin économique sans commune mesure », affirme-t-il, pointant les effets de la politique tarifaire, fiscale et migratoire sur une économie qu'il juge « résiliente » mais reposant surtout sur les valorisations spéculatives de la tech et de l'intelligence artificielle.   Vers une vague bleue limitée aux midterms ? Malgré un taux d'impopularité de 61% pour Donald Trump, Christopher Weissberg tempère l'ampleur attendue d'une victoire démocrate aux élections de mi-mandat. En cause : un redécoupage électoral massif mené par les États à majorité républicaine. « Ça n'a jamais été le cas auparavant », insiste-t-il, évoquant notamment les six sièges déjà repris au Texas. Interrogé sur une éventuelle contestation des résultats par le camp Trump en cas de défaite, le député n'a pas de doute : « C'est un scénario probable. [...] Il contestera la victoire des démocrates. C'est une évidence. »

  8. Jun 27

    Sarah Legrain : «La canicule est politique !»

    Députée LFI de Paris, vice-présidente de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation à l’Assemblée nationale, Sarah Legrain défend une vision globale de la crise climatique : politique dans ses causes, elle appelle à une planification écologique ambitieuse et à des mesures d’urgence immédiates. Invitée de l’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.   La canicule, un phénomène politique avant tout Face à l’épisode de chaleur extrême qui frappe la France, Sarah Legrain refuse toute lecture fataliste. Pour elle, la canicule n’est pas un simple phénomène naturel : c’est le résultat direct de choix politiques et économiques.   « C’est pas juste pour essayer de ramener tout à la politique, c’est que la science montre que ce que nous vivons n’est pas de l’ordre naturel des choses, mais est lié aux activités humaines et donc aux activités politiques », estime-t-elle. À ses yeux, la responsabilité politique se situe précisément dans la volonté, ou l’absence de volonté, de prendre en compte ce phénomène. Elle pointe une part « énorme » de la classe politique qui demeure dans le déni climatique, alors que le changement est, selon elle, « irréversible et d’ores et déjà engagé ». Sans réponse aux modes de production et de consommation, dit-elle, aucune solution durable n’est possible.   Des mesures d’urgence pour protéger les travailleurs et les plus vulnérables Sarah Legrain défend un plan canicule détaillé, conçu bien avant cet épisode. Il prévoit l’équipement des écoles, EHPAD et hôpitaux en climatiseurs, la création d’îlots de fraîcheur et une protection renforcée des travailleurs exposés.   Sur ce dernier point, Sarah Legrain s’indigne de la position gouvernementale : « Ce n’est pas acceptable de continuer à faire bosser des gens sur des chantiers à 40 degrés ». Elle évoque le ministre des Transports qui, selon elle, dénonce un jour les risques d’une température maximale légale pour l’économie, et s’étonne le lendemain qu’un chauffeur de bus ait eu à travailler sous cette chaleur. Pour Sarah Legrain, l’inaction a un coût : « Il y a un coût du malheur. Les gens qui vont tomber malades, les gens qui vont mourir ». Elle appelle le gouvernement à activer sans attendre un projet de loi de finances rectificative pour débloquer les crédits nécessaires. À lire aussiCanicule: le ministère de la Santé «préoccupé» par des «décès à domicile» à travers la France La planification écologique, réponse structurelle à la crise Sur la question de fond, Sarah Legrain revendique une longueur d’avance : LFI porte la planification écologique depuis 2012. « À l’époque, les gens montaient sur leurs grands chevaux. Planification. Staline », rappelle-t-elle avec ironie.   Concrètement, son programme prévoit la rénovation thermique de l’ensemble du bâti à hauteur de cinq milliards d’euros par an, le développement accéléré des énergies renouvelables, et la sortie programmée du nucléaire. Sur ce dernier point, Sarah Legrain considère que le nucléaire devient, dans un contexte de réchauffement global, une énergie « toujours plus dangereuse et toujours plus inefficace ». Elle déplore par ailleurs les pertes de temps accumulées sous la Macronie : « Ces dix dernières années nous ont mis dans le mur. Des choses qu’on aurait dû engager déjà il y a dix ans n’ont pas été faites », déplore-t-elle, pointant le rythme actuel de rénovation qui, à ce train, prendrait deux siècles.   Violences sexuelles : briser l’omerta À propos des violences sexistes et sexuelles, dans le contexte de la mort de la petite Lyhanna. Sarah Legrain salue l’idée d’une loi intégrale, mais exprime des réserves sur la volonté politique du gouvernement de la mener à terme.   Sur le fond, elle dénonce la logique de « course à l’échalote » qui aboutit à des propositions de castration chimique ou de peine de mort, alors que seulement 3% des viols sur mineurs donnent lieu à des condamnations. Le vrai sujet, selon elle : comment obtenir davantage de condamnations et réduire le nombre de victimes. Sarah Legrain revient sur ce qu’elle nomme la « culture du viol » : un système de représentations qui banalise certaines violences et entretient des mythes, notamment celui de l’agresseur inconnu. Or, dit-elle, dans neuf cas sur dix, la victime connaît son agresseur et, dans un cas sur deux, il est de la famille. « Ce qui est tabou, ce n’est pas l’inceste : c’est d’en parler », souligne-t-elle. À lire aussiViolences sexuelles sur mineurs: la Ciivise demande au gouvernement de «passer à la vitesse supérieure» Le voile, Mélenchon et la Nouvelle France Interrogée sur une citation de Jean-Luc Mélenchon en 2010 qualifiant le port du voile intégral d’« obscène », Sarah Legrain estime que le contexte a changé. Selon elle, la prise de conscience des usages racistes de la question du voile a fait évoluer le discours au sein de LFI.   Sarah Legrain distingue deux positions : refuser que des hommes contraignent des femmes à se dissimuler, et refuser également que des hommes exigent le retrait du voile. « Dans les deux cas, il s’agit d’une oppression patriarcale sur la femme », estime-t-elle. Sur la notion de « Nouvelle France », Sarah Legrain adopte une définition inclusive : « Tout le monde fait partie de la Nouvelle France. Peuple de France, qui que vous soyez, vous appartenez à cette France qui n’est plus la France de 1958 ». Une France profondément transformée, dit-elle, où les femmes ne vivent plus dans les mêmes conditions qu’en 1850 ou en 1958. À écouter aussiFrance: la possible interdiction du voile dans le sport inquiète les sportives

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« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.

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