Invité politique

Du lundi au jeudi, Véronique Rigolet reçoit une personnalité politique pour commenter l'actualité française et internationale, et chaque vendredi une figure de la société pour éclairer les débats qui agitent la France.  Diffusion : du lundi au vendredi à 11h15 TU.

  1. 1d ago

    Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot: «La soumission chimique n'est ni un cas isolé, ni un fait divers»

    Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot à la tête de l’association #Mendors pas Stop à la soumission chimique entend lutter contre un « fléau de santé publique ». «Toute la difficulté pour les victimes est de se rendre compte qu'elles ont été droguées à leur insu et de pouvoir raconter ce qu'elles ont vécu car la soumission chimique utilisée par les agresseurs leur enlève une partie de leur histoire », alerte celle qui n'a cessé d'alerter, d'informer et de sensibiliser le grand public. RFI : Caroline Darian, vous êtes très vite sortie du silence. Un livre d'abord sur le choc de l'arrestation de votre père, puis vous avez décidé d'agir, de prévenir, de militer en créant en 2023 cette association #Mendorspas, qui lance une grande campagne de sensibilisation à la soumission chimique cette semaine. C'est quoi exactement, cette soumission chimique ? Caroline Darian : La soumission chimique, c'est le fait de droguer une personne à son insu ou sous la menace à des fins de crime et majoritairement des fins de crime sexuel. Donc c'est vrai qu'en 2020, quand je découvre que ma famille est frappée par ce fléau, je me jette un peu à corps perdu dans cette croisade pour essayer de comprendre ce mode opératoire qu'a utilisé mon père. Et rapidement, en me renseignant auprès d'experts, notamment le docteur Leïla Chaouachi , je vais me rendre compte que ce n'est absolument pas un cas isolé, ni un fait divers, et que derrière, c'est un véritable enjeu de santé publique. Et c'est la raison pour laquelle j'ai vraiment souhaité d'abord lancer un mouvement de prévention qui est devenu rapidement une association #Mendorspas, Stop à la soumission chimique. Et derrière, on n'a, depuis quatre ans, cessé d'alerter, d'informer et de sensibiliser le grand public, mais aussi les professionnels de santé sur ce mode opératoire qui est l'arme, en tout cas l'arsenal privilégié des agresseurs sexuels. Parce que c'est bien ça dont il est question : des agressions invisibles que les victimes ne peuvent pas dénoncer parce qu'elles ne s'en rappellent plus ? En fait, il y a plusieurs cas de figure. Il y a des victimes comme ma mère, qui n'ont aucun souvenir ni réminiscence. Et puis, il y a des victimes, en fonction des substances qui vont leur être administrées, qui vont avoir des flashs ou des souvenirs un peu nébuleux. Mais toute la difficulté pour les victimes, c'est de se rendre compte qu'elles ont été droguées à leur insu et de pouvoir raconter ce qu'elles ont vécu, parce que finalement, la soumission chimique utilisée par les agresseurs leur enlève une partie de leur histoire. Et souvent, le problème des victimes, c'est qu'elles n'arrivent pas à collecter les preuves nécessaires qui vont leur permettre de faire reconnaître aux yeux de la société, ou même aux yeux de la justice, qu'elles ont été abusées, parce que les substances les auront complètement immobilisées d'une certaine façon. Et donc, il y a des signes, des symptômes, des éléments qui doivent interpeller ? Déjà, quand on ne se souvient pas exactement de ce qui s'est produit, ou qu'on se réveille habillée d'une certaine façon. On a quand même des symptômes qui alertent comme le manque de souvenirs. Après, il peut y avoir des traces physiques, des traces physiologiques. Et en fait, nous ce qu'on dit, c'est que si vous avez un doute, il faut investiguer ce doute. Et la seule façon de pouvoir collecter les preuves en temps réel, c'est d'aller faire des analyses d'urines, de sang et de cheveux. C'est vraiment important que les victimes s'autorisent à aller investiguer. Aujourd'hui, il y a une plateforme, un organisme qui s'appelle le Centre de référence des agressions facilité par les substances, qui a été fondé par le docteur Leïla Chaouachi pendant le procès de 2024 – le procès de mon père et de ses 50 autres co-accusés – qui permet justement aux victimes d'être entendues, d'être écoutées et d'être soutenues et de pouvoir bénéficier de ces analyses toxicologiques dans les meilleurs délais. À lire aussiViolences sexuelles: à travers l'emblématique procès des viols de Mazan, l'espoir d'«un sursaut de la société» Vous écrivez : « Aucune enquête n'est en mesure de comptabiliser de manière exhaustive le nombre de victimes en France. » C'est parce que les victimes ne se rappellent plus ou ne déposent pas plainte, à cause de tout ce que vous venez de dire ? En fait, oui, dans la plupart des cas, les victimes ne portent pas plainte parce qu'elles ne s'autorisent pas à le faire, parce qu'elles n'ont pas la capacité psychologique et émotionnelle de le faire, parce qu'elles s'en veulent, parce que dans la plupart des cas, elles vivent avec un sentiment de doute, de honte... Et donc, oui, il y a une enquête nationale qui existe tous les ans, mais qui se base, si vous voulez, sur les cas recensés par les réquisitions judiciaires. On sait bien que la majorité des victimes ne portent pas plainte, ou bien parce qu'elles s'ignorent. Comme ça a été le cas pour ma maman pendant dix ans. Ma maman, si on ne lui montre pas les vidéos et les photos d'elle complètement assommée par ces médicaments, ça aurait pu encore durer des années. Dans cette campagne, il y a votre maman, Gisèle Pellicot, il y a ce spot à la télévision très fort, on voit aussi des affiches dans la rue. Est-ce que ça veut dire qu'on n'a pas assez alerté sur ce phénomène et que l'électrochoc du procès des viols de Mazan n'a pas suffi ? Non, je pense qu'en fait, cette campagne montre ce que peut faire de mieux la communication, c'est-à-dire qu'elle se met au service de l'intérêt général. On a beau alerter dans les médias, on a beau faire des interviews...Vous savez, quand je raconte mon histoire, je raconte celle de ma mère, les gens ont du mal à s'identifier. L'utilité de cette campagne, c'est de montrer la pluralité des profils qui sont concernés par ce mode opératoire. On a des femmes, on a des enfants, on a même des hommes. Bien sûr, c'est une part mineure de ce que représentent les victimes en France, voire même à l'international. Mais en fait, cette campagne, elle vient chercher, elle vient prendre la main des victimes pour leur dire « si ça a pu vous arriver, n'attendez pas pour vous faire prendre en charge ». C'est ça qu'on essaie de faire avec cette campagne. On rentre dans les foyers, on interpelle dans les espaces publics avec ces affichages pour justement dire « attention, ça n'arrive pas qu'aux autres ». Votre combat est né en France, mais il dépasse désormais largement nos frontières. Cette campagne, elle a vocation à être internationale ? J'aimerais bien qu'elle le soit. D'abord, j'aimerais surtout qu'on arrive, en France, à l'institutionnaliser tous les ans. Cette campagne, ça a été quatre ans de travail pour l'association, pour les gens qui ont contribué à la faire naître. Ça représente un investissement colossal. Bien sûr, j'aimerais que ça soit d'abord tous les ans, comme on fait de la prévention sur le dépistage du cancer du sein, le dépistage des cancers tout court. Qu'on arrive à sensibiliser tous les ans sur cette cause d'utilité publique. Bien sûr, si on arrivait à la faire se répliquer à l'international, ce serait magistral. En ce moment même, à l'Assemblée nationale, cette proposition de loi intégrale est débattue pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Il a fallu aussi cet électrochoc pour qu'on agisse sur la loi, la justice ? Oui, ce qu'on fait avec cette loi intégrale, déjà, c'est qu'on milite pour que la prise en charge des victimes de violences sexistes, surtout sexuelles, soit globale, holistique, et qu'on ne prenne pas ces sujets-là de façon dispersée. Les victimes, elles ont besoin d'avoir un accompagnement, une reconnaissance et une protection globale. Et d'ailleurs, dans le cadre de cette loi intégrale, on essaye de faire passer des amendements qui concernent justement les victimes de soumissions chimiques pour mieux les protéger. Au regard de la justice, lorsqu'elles sont agressées, que ce soit des victimes de soumission chimique ou de vulnérabilité chimique, même lorsqu'une victime consomme volontairement des substances, qui peut être de l'alcool ou même des drogues, souvent les agresseurs utilisent leur état de vulnérabilité pour les agresser. Ça ne veut pas dire que parce qu'une victime aura consommé aussi volontairement des substances, qu'elle aura donné son consentement à l'agresseur. Et c'est tout ça qu'on essaye de faire passer dans cette loi aussi, c'est de mieux protéger ces victimes qui seront vulnérables, qui sont vulnérables. De manière générale, de toute façon, les agressions sexuelles, elles sont faites aux femmes et aux enfants. Vous voyez bien que dans la majorité des cas, ce sont quand même des profils qui sont fragilisés. Et c'est ça qu'on essaie de faire, de porter avec cette loi : de mieux les protéger, de mieux faire reconnaître leur statut de victime au regard de la justice. À écouter aussiSoumission chimique : un enjeu de santé publique

  2. 2d ago

    Erwan Balanant (MoDem): «Les violences faites aux enfants ont été un angle mort des politiques publiques»

    Erwan Balanant, député du Mouvement démocrate (MoDem) du Finistère, est sans appel : « Depuis trop longtemps, on a caché cette violence, on l'a étouffée. » Le rapporteur du volet consacré aux enfants de la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles insiste sur la nécessité d'un entretien annuel de chaque élève – de la maternelle à la majorité – afin de recueillir la parole des victimes mais qu'en l'état, « on n'est pas capable de former les 10 000 infirmières supplémentaires qu'il nous faut dès la rentrée prochaine ». L'élu revient également sur sa position concernant le budget 2027 et les efforts à demander au nom de la justice fiscale et sociale. La proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, avec ses plus de 1 200 amendements, arrive dans l'hémicycle. Vous êtes le rapporteur spécifiquement chargé du volet consacré aux enfants. Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Est-ce qu'on a attendu trop longtemps avant d'agir ? Erwan Balanant : C'est sûr que la question des violences faites aux enfants a longtemps été un angle mort dans notre société et un angle mort des politiques publiques. C'est évident. Depuis trop longtemps, on a caché cette violence, on l'a étouffée, on l'a mise sous la couverture. Et quand je dis « sous la couverture », vous voyez ce que je veux dire : c'est que ces violences ont lieu principalement dans la famille, dans le cercle familial. C'est dans le cercle familial qu'interviennent 75% des enfants victimes de violences, voire peut-être même 80%. Donc oui, je crois que notre société doit profondément évoluer sur cette question-là. On doit avoir une révolution sociale et sociétale sur les violences faites aux enfants. Cent soixante mille enfants, ce sont 160 000 victimes qui, pendant toute leur vie après, vont souffrir de ces traumatismes. Donc oui, on doit avoir un changement complet de paradigme sur la question de l'enfance et sur la question de la protection de l'enfance dans notre société. Une des mesures phares porte sur le recueil de la parole des victimes : l'article 30 instaure un entretien annuel de chaque élève, de la petite section maternelle à la majorité. Vous avez d'abord supprimé en Commission spéciale son caractère obligatoire. Puis, vous avez déposé un nouvel amendement pour le réintroduire. Pourquoi ce changement ? Vous savez, moi je suis assez pragmatique et c'est parfois un défaut. Je suis pourtant assez déterminé sur ces questions-là. Très déterminé même, mais je ne souhaitais pas initialement que l'on fasse une promesse qu'on ne pourrait pas tenir. Et donc, je partageais complètement le principe. C'est une question d'argent quand vous dites « promesses non tenues » ? Non, c'est pas une question d'argent justement. Ce n'est pas qu'une question d'argent. Parce que si c'était qu'une question d'argent, on sait tous les bénéfices que l'on ferait – et que l'on devra faire d'ailleurs – d'avoir une vraie politique de l'enfance. Parce que tous les enfants qui ne seront pas victimes sont des enfants qui – excusez-moi de l'expression, elle est horrible – mais ce sont des enfants qui nous coûteront « moins cher » dans leur vie d'adulte parce qu'ils iront mieux et parce qu'ils n'auront pas tous ces traumatismes. Donc, ce n'est pas qu'une question d'argent, c'était une question de principe de réalité. On ne serait pas capable de former les 10 000 infirmières supplémentaires qu'il nous fallait dès la rentrée prochaine si nous tenions, si nous inscrivions ce caractère obligatoire dès la rentrée prochaine. Par contre, sur le principe d'une école à l'attention permanente des enfants, d'une école de l'écoute et d'une école qui, pour le coup, doit faire sa révolution sur ces sujets-là, moi, je partageais complètement les objectifs. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que je portais aussi ce texte. Moi, je suis un des co-auteurs avec de nombreux d'autres députés de ce texte transpartisan sur la loi intégrale. Donc, on a retravaillé, on a trouvé non pas un compromis, mais on a trouvé un cap. On s'est donné un cap et on l'a fait avec les associations. On s'est vu beaucoup, parce que les associations savaient aussi mon intérêt et mon attachement à ce dispositif. Et nous nous sommes mis un cap, c'est-à-dire que pour 2032, nous essaierons d'atteindre cet objectif d'un entretien annuel obligatoire. Et entre-temps, l'idée est aussi de se mettre au travail tout de suite : dès les prochaines rentrées, pouvoir avoir au moins un entretien primaire, maternel, collège, lycée. On met en place le dispositif, parce qu'il est nécessaire et on va pouvoir repérer, faire de la prévention.  Les associations reprochent de faire davantage reposer la détection des violences sur la parole de l’enfant. Comment détecter un enfant victime qui ne témoignera pas spontanément ?  Les associations, aujourd'hui, je ne crois pas qu'elles me fassent de reproches, puisque nous avons réussi collectivement, avec toutes les associations et les syndicats d'infirmiers et d'infirmières, à trouver une écriture saluée par toutes ces associations. Le sujet était qu'il fallait que l'on travaille, tout simplement, à trouver une solution. Et moi, la solution, elle est simple : c'est qu'on ait, dans chaque école, un référent, ce qui n'était pas prévu initialement et qui a été salué comme idée. Cela permet une chose : quand un enfant veut parler et qu'il ne veut pas attendre son entretien, il pourra le faire à ce moment-là, parce qu'il aura un référent avec qui il pourra prendre un rendez-vous et il pourra être écouté. Ensuite, le caractère obligatoire, je vous le redis : je n'y étais pas favorable, parce que je ne voulais pas qu'on fasse de fausses promesses. Mais je sais que l'idée est la bonne. Et donc, on va le mettre avec un cap, un horizon : 2032, dans cinq ans. C'est court et c'est en même temps long, mais on va, quelque part, aussi dire que la volonté de la représentation nationale, c'est d'aller vers cet objectif. Et pour les associations, pour les syndicats, ce sera aussi un outil pour rappeler aux prochains ministres de la Santé et de l'Éducation nationale que l'objectif est là. Et quand on sait – et c'est aussi pour ça que j'ai voulu mettre une obligation, au final – que, peut-être, les ministres qui pourraient arriver ne seraient pas complètement en phase avec ces idées de détection, de prévention et de changement de paradigme auprès de l'enfance, eh bien voilà : on a avancé collectivement et on a trouvé une solution. Et d'ailleurs, c'est aussi ce qui fait quelque part l'intérêt de ce texte ; c'est que c'est un travail qui n'est pas que un travail de ministère ou d'hommes et de femmes politiques, c'est aussi un travail des associations et de toute la société. Mais on rappelle aussi que seuls 10% des enfants aujourd'hui bénéficient effectivement de la visite médicale alors qu'elle est théoriquement obligatoire. Donc on peut aussi se poser des questions sur ces manques de moyens. Ce qui nous amène aussi sur l'autre gros morceau qui occupera les députés : le budget. Sébastien Lecornu l'a présenté au Conseil des ministres ce 1er octobre au matin. Au MoDem, vu ce qui commence à être révélé, vous allez soutenir le gouvernement à tout prix ?  On va faire ce qu'on a toujours fait depuis presque dix ans, c'est-à-dire être critique et apporter parfois des propositions différentes. Vous savez, nous, on n'a pas été les derniers à parfois apporter la contradiction. On l'avait fait sur la CSG par exemple, on l'a fait sur tout un tas de dispositifs fiscaux. Je vous rappelle que c'était ce groupe MoDem qui apportait les taxes sur les plus-values et qui était le premier à mettre l'idée sur la table. Et ça a avancé, donc on va continuer à faire ce travail.  Vous avez une ligne rouge par exemple ?  J'allais justement vous dire que l'idée n'était pas d'avoir des lignes rouges, c'était plutôt d'avoir un cap. Et le cap, c'est de faire en sorte que nos déficits ne dérapent pas, parce que s'ils dérapent, on est sous la menace d'un choc financier qui, pour le coup, serait dommageable pour tout le monde et surtout pour ceux qui sont les plus fragiles. Donc l'idée, c'est effectivement d'avoir un budget qui n'est pas le budget le plus marrant qu'il y ait eu dans l'histoire des budgets en France. Oui, c'est un budget sur lequel on demande des efforts, mais nous, on veillera à ce que les efforts y soient consentis, qu'on emporte l'adhésion de tout le monde. Et ça, ça ne va pas être évident parce que quand on a des efforts à faire, c'est toujours difficile. L'idée, c'est que chacun puisse, à hauteur de ce qu'il peut, faire des efforts. C'est-à-dire qu'on demandera plus d'efforts à ceux qui peuvent plus et moins à ceux qui peuvent évidemment moins, dans un esprit de justice fiscale et sociale.  À lire aussiComment mieux protéger les enfances face aux violences sexuelles?

  3. 3d ago

    Estelle Mercier (PS): «Nous ne sommes pas obligés d'avoir un budget purement austéritaire»

    Alors que le gouvernement présentera, jeudi 1er octobre, une première copie de son projet de loi de finances, Estelle Mercier, députée du Parti socialiste (PS) de Meurthe-et-Moselle, réclame davantage de moyens pour financer les politiques publiques. « Ce n'est pas aux plus démunis de faire des efforts », insiste la cheffe de file PS sur le budget. « En l'état, la copie n'est pas acceptable », selon elle. La députée revient également sur la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ; elle évoque « un vrai changement de regard par rapport à la parole des victimes ». Le gouvernement va présenter jeudi une première copie de son budget pour 2027. Officiellement, le Premier ministre a tendu la main au Parti socialiste et vous propose de trouver un « compromis ». Que lui répondez-vous ? Nous allons discuter dès cet après-midi, pas avec le Premier ministre mais auprès des ministres concernés. Discuter et échanger avec eux sur nos propositions, puisque nous en avons fait des très concrètes pour le budget 2027. Et donc, nous répondons que nous sommes tout à fait disposés à discuter – sur la base de nos propositions – d'une autre manière de faire un budget. Il y a des mesures qui vont dans le sens plutôt des Républicains ou du Rassemblement national. Est-ce que ça vous inquiète ? Il est vrai que les annonces qui ont été faites ne sont pas du tout des mains tendues aux socialistes. On voit bien que c'est quand même un budget très austéritaire, avec des propositions qui font plaisir à la droite : une baisse des dépenses et notamment des dépenses sociales. On demande toujours de faire des efforts aux gens qui sont les plus fragiles, aux malades, aux gens qui sont en location avec le gel des APL (aides personnelles au logement), aux retraités qui ont des revenus modestes. Tout ça fait qu'on est toujours dans la même rhétorique de dire qu'il faut dépenser moins. « Tapons sur les plus fragiles » et en même temps, l'éléphant qui est dans la pièce, c'est-à-dire les hauts patrimoines, les plus riches ou les ultra-riches et les grandes fortunes, on n'en parle jamais. Votre contre-budget est-il financé ? Nous, notre contre-budget, il dit une chose claire et nette. Depuis 2019, ce ne sont pas tellement les dépenses qui ont augmenté, ce sont les recettes qui ont fortement diminué. Nous, ce que nous disons, c'est que depuis dix ans, Emmanuel Macron a mené une politique économique et budgétaire catastrophique qui n'a fait que vider les caisses de l'État. Et aujourd'hui, il demande aux plus démunis de faire des efforts. Mais en réalité, ce n'est pas aux plus démunis de faire des efforts, ce n'est pas aux Français de la classe moyenne de faire des efforts, c'est à ceux qui ne contribuent pas aujourd'hui à hauteur de leur faculté respective, c'est-à-dire les plus riches, de mettre enfin la main au portefeuille et de revenir sur tous les avantages fiscaux qu'ils ont eus depuis dix ans. Par exemple, et ça va dans le sens de ce que vous dites, la taxe Zucman, vous en attendez 15 milliards. Mais il faut quand même réussir à l'imposer... La taxe sur les hauts patrimoines – ou la taxe Zucman, qui est une forme de taxe sur les hauts patrimoines –, pour l'imposer, il suffit d'une volonté politique. Et la volonté politique, si elle n'est pas là, effectivement, la taxe Zucman ne peut pas s'imposer. Mais s'il y a une volonté politique, la taxe, elle s'impose. Sur quoi n'allez-vous pas céder ? Nous sommes très clairs sur le fait que nous avons fait des propositions. Elles constituent un ensemble cohérent, à la fois de relances de l'investissement, de relances pour nos services publics, des mesures de pouvoir d'achat aussi importantes dans notre budget, qui sont financées évidemment par un rétablissement des recettes fiscales – j'insiste –, un rétablissement des recettes fiscales auprès des hauts patrimoines, auprès notamment des plus grandes successions, auprès des géants du numérique aussi... C'est cet ensemble-là qui montre qu'un autre chemin est possible, et qu'on n'est pas obligé d'avoir un budget purement austéritaire et qui demande des efforts à tout le monde, surtout ceux qui ont déjà largement contribué, pour pouvoir rétablir les comptes publics. Le rétablissement des comptes publics se fera forcément dans la durée, parce que là, on est dans une situation extrêmement compliquée, après dix ans de politique d'Emmanuel Macron. Mais il faudra bien le faire à un moment ou à un autre. Il y a toujours ce risque que tout cela prenne la tournure du précédent budget de Michel Barnier, le budget de l'État qui a été adopté par l'article 49.3. C'est bien que vous fassiez la référence à Michel Barnier : rappelez-vous aussi que Michel Barnier était tombé parce qu'il avait tendu la main au Rassemblement national. Là, ce qu'il y a dans ce budget, notamment le délai de carence pour les étrangers sur les prestations, qui a été annoncé par Sébastien Lecornu, est très inquiétant. C'est un signal uniquement symbolique, puisqu'en termes de rendement budgétaire, ça ne rapporte absolument rien. C'est bien une main tendue qu'il a lancée au Rassemblement national. À partir de ce moment-là, on ne peut pas vraiment dire qu'il ait tendu beaucoup la main aux socialistes. Quelle que soit la manière dont il va avancer dans le budget, et dont on va avancer dans le budget, nous saurons nous positionner en fonction de la copie qui sera proposée. En l'état, la copie n'est pas acceptable. La proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants sera débattue dès demain à l'Assemblée. Là aussi, ce qui crispe, ce sont les moyens financiers. Est-ce qu'une loi sans moyens reste une loi intégrale ? Une loi sans moyens, c'est forcément une loi intégrale. C'est une loi intégrale parce qu'il y a beaucoup de budget qu'il faut mettre – les trois milliards qui sont demandés. Ça, c'est une évidence. Mais cette loi produit aussi un changement de regard. Elle redonne la parole aux victimes. Elle parle de choses fondamentales : elle redéfinit l'inceste, elle redéfinit le contrôle coercitif, elle reparle de la victimisation secondaire, elle reparle aussi de l'accompagnement des enfants, de prévention... Tout ça, c'est d'abord un changement de regard, un changement de méthode par rapport à un sujet que les Français découvrent aujourd'hui mais qui existe depuis très longtemps, sur lequel on a besoin d'éléments à la fois législatifs mais également d'un budget de trois milliards d'euros qui va accompagner cette loi. Nous, on demande à ce que les moyens soient à la hauteur des enjeux. L'enveloppe de départ a été divisée par deux. Le Premier ministre promet 1,5 milliard d'euros ; on est loin quand même du financement propre de trois milliards d'euros... C'est insuffisant, mais peut-être parce que le Premier ministre ne se projette que sur les six mois qu'il y a. Mais c'est largement insuffisant. Il faut se dire aussi que la question du budget, elle intervient là, maintenant. Mais au mois de mai, on aura un nouveau gouvernement, un nouveau président et il faudra se reposer la question de quelles politiques et quelles personnes vont mettre ces trois milliards d'euros sur cette loi intégrale. Et ça devrait faire partie aussi du débat sur le budget pour la présidentielle. Puisque vous savez, on vote des budgets que pour un an. En tout cas, on accepte. En fait, le projet de loi de finances (PLF), c'est juste une année. Donc, comment peut-on savoir si en 2027, le futur président de la République mettra les trois milliards ? C'est ça qu'il faut demander. Cela fait deux ans que vous travaillez sur ce texte. Certains parlent en ce moment de mesures contre-productives. Qu'est-ce que vous avez envie de leur répondre ? Moi, ce n'est pas ce que me disent les victimes, ce n'est pas ce que nous disent les associations. Il y a beaucoup d'attente, il y a beaucoup d'espoir autour de cette loi. Il y a un vrai changement de regard par rapport à la parole des victimes notamment. Et donc, moi, on me dit au contraire que c'est une loi qui est très utile, qui va changer la donne, qui va modifier notre façon de voir les choses dans la justice, dans la prévention, et qu'elle est évidemment indispensable et essentielle. On a presque trop traîné. Rappelez-vous qu'en Espagne, la loi intégrale date de 2004. À lire aussiEn France, la dette publique s'envole à 119% du PIB à quelques mois de l'élection présidentielle

  4. 4d ago

    Geoffroy Didier (LR): «Je sais d'où vient l'ex-FN mais n'accuse pas sans preuves», après les propos antisémites prêtés à Jordan Bardella

    Geoffroy Didier, vice-président des Républicains et président délégué de la région Île-de-France, revient sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella. Il attend surtout « des preuves tangibles qui permettent de corroborer les accusations de presse ». Et, face à la mobilisation sociale de la journée et aux débats sur le budget et les retraites, il appelle la droite républicaine à « affirmer ses convictions ». « Nous ne cautionnons pas un budget qui irait dans le sens de davantage de déficit public », ajoute-t-il. RFI : On va évidemment parler de la crise sociale, des retraites, du budget. Mais d'abord, un mot sur l'actualité politique, ces propos antisémites attribués à Jordan Bardella. Quelle a été votre réaction ? Geoffroy Didier : Ma réaction, c'est celle d'un avocat qui veut voir des pièces à conviction, qui veut voir des preuves avant d'émettre un jugement. Je ne suis pas d'accord avec les idées politiques de Jordan Bardella, mais je n'accuse pas sans preuves, donc je ne participerai pas au concert des accusations et des condamnations, sans avoir davantage d'éléments tangibles, si ce n'est un article de presse. Mais ça veut dire que si ces propos sont avérés, Jordan Bardella, selon vous, doit encore assumer ses fonctions politiques ? Si ces propos étaient avérés et que les accusations étaient démontrées, vous imaginez bien qu'il s'agirait d'un tremblement de terre politique, mais nous n'en sommes pas là. Moi, je pars du principe qu'il y a le contradictoire, c'est-à-dire la possibilité d'accuser mais aussi la possibilité de se défendre. Je crois à la présomption d'innocence, je ne fais pas de procès d'intention à qui que ce soit, malgré les profonds désaccords politiques que je peux avoir avec le Rassemblement national. Et je n'oublie pas aussi qu'au conseil régional de l'Île-de-France, où je suis membre, certains conseillers régionaux RN avaient quitté la salle lorsque nous avions fait un hommage à Simone Veil. Donc je sais très bien d'où l'ex-Front national vient, mais je n'accuse personne ad hominem tant que je n'ai pas vu des preuves tangibles qui permettent de corroborer les accusations de presse. Cela vous conforte dans le fait de ne pas avoir rejoint l'alliance d'Éric Ciotti, peut-être ? Ah mais je n'ai pas eu à attendre des accusations de Mediapart pour être convaincu que la droite républicaine peut être offensive sans être excluante, qu'il faut préférer la préférence homérique plutôt que la préférence nationale et qu'il n'est jamais nécessaire d'être extrémiste pour résoudre les problèmes des Français. L'autre information de la journée, on l'a entendue, c'est cette mobilisation sociale. C'est évidemment l'exaspération des Français qui s'exprime dans les rues, chez les fonctionnaires, les pompiers, les lycéens... Pourquoi les Français devraient-ils accepter aujourd'hui de faire encore plus d'efforts ? Vous savez, si Emmanuel Macron n'avait pas si mal agi depuis dix ans, la France disposerait de marges de manœuvre et pourrait effectivement mieux payer les fonctionnaires qui souvent le méritent. La France compte près de 6 millions de fonctionnaires, c'est-à-dire que ce sont des dizaines de millions de familles qui comptent un fonctionnaire parmi elles. Et moi, ce que je veux faire, c'est rendre hommage à la fonction publique, qui est bien loin de la bureaucratie qu'on décrit parfois et qui remplit ses missions avec un vrai sens du service public. Je suis totalement favorable à ce qu'on baisse les dépenses publiques là où c'est nécessaire, à ce que les gaspillages soient combattus avec vigueur. Mais quelles dépenses ? Il y a des organismes, je crois 430 organismes, dont on peut franchement se poser la question de l'utilité, vous savez ? Et à quelle échéance, concrètement ? Cela ne pourra se faire qu'après l'élection présidentielle de 2027, puisque c'est l'élection la plus structurante ou celle où on fait des vrais choix démocratiques assumés. Mais au Conseil régional d'Île-de-France, nous avons supprimé ou fusionné 15 organismes sans que les Franciliens ne s'en rendent compte, c'est-à-dire sans que les Franciliens se disent : « Tiens, les services publics de la région se sont amoindris. » Je crois qu'il y a du gras et que nous devons, par respect pour les Franciliens et par respect pour les contribuables qui subissent quand même le taux de prélèvement obligatoire le plus important des pays de l'OCDE, agir pour que l'État soit plus fort. Et la seule manière de le rendre plus fort, c'est de le rendre plus nerveux, c'est-à-dire de lui enlever tout le gras ou tout le calcaire qu'il y a dans les cubes de l'État et qui mériterait effectivement d'être nettoyé. Ceci ne veut pas dire que les fonctionnaires – qui, dans leur immense majorité, accomplissent leur travail avec un vrai sens de la mission des services publics – ne soient pas mieux rémunérés et ne soient pas mieux valorisés. Je crois que c'est justement cela que nous devons trouver comme équilibre, c'est-à-dire en terminer avec la bureaucratie inutile pour valoriser les fonctionnaires qui le méritent. On parle de ce projet de loi de finances qui va être dévoilé à l'Assemblée. Chez Les Républicains, est-ce que vous, vous êtes prêts à voter un budget qui comporte des mesures que vous désapprouvez ? Je n'y suis pas favorable. Je pense que nous sommes à l'heure des choix, c'est-à-dire l'heure des vrais choix politiques que la campagne présidentielle autorise, et que ce n'est pas le moment de négocier, de renoncer à ces convictions. C'est plutôt le moment de les affirmer et de dire que nous ne cautionnons pas un budget qui irait dans le sens de davantage de déficit public sans véritablement mieux servir les Français. Ça veut dire aussi peut-être le faire avec des députés Rassemblement national, s'il y a une mesure que vous voulez faire adopter et que seuls les députés Rassemblement national acceptent de voter ? Non, mais si le Rassemblement national dit que le ciel est bleu aujourd'hui, et que le ciel est effectivement bleu, je n'aurais pas de mal à dire que la météo est clémente. Mais je ne me positionne pas dans mes convictions par rapport à une autre formation politique. Je me positionne par rapport à mes propres convictions. Ce que je veux, en revanche, c'est que nous soyons fidèles à ces convictions et que nous n'y renoncions pas, que nous ne les négociions pas pour un plat de lentilles ou pour avoir la paix sociale pendant quelques semaines ou quelques mois de plus. Je crois que vraiment les Français attendent de nous tous, responsables politiques, des conditions sincères, de la constance et de leur permettre de faire de véritables choix. Le problème avec Emmanuel Macron, c'est qu'à force de dire que la droite et la gauche n'existaient pas ou qu'il était un peu de droite et un peu de gauche, les Français se sont rendu compte qu'ils n'avaient finalement pas eu le choix. Et qu'on leur a expliqué que tout ça, c'était la même chose. Moi, je crois que la gauche et la droite, ce sont des valeurs, des convictions différentes. Je respecte celle de gauche, j'affirme celle de droite, mais je crois que les Français doivent avoir le choix et que l'élection présidentielle doit justement leur permettre d'effectuer ce choix et qu'ensuite, les options de ce choix puissent être effectivement mises en œuvre. On parlait beaucoup du sujet des retraites : Édouard Philippe a reculé sur l'âge de départ en retraite, à 65 ans. Il était présenté quand même par ses adversaires comme l'homme de la retraite à 67 ans. Qu'est-ce qui diffère entre Horizons et les Républicains sur ce point, en quelques mots ? Oui, je ne sais pas si c'est ce qui diffère, mais en tout cas, j'estime que la proposition de Bruno Retailleau est équilibrée. C'est-à-dire qu'on ne part pas avant 63 ans, sauf évidemment en situation de handicap ou bien que l'on a effectué des travaux pénibles. Donc on peut partir dès 63 ans avec une décote, et 65 ans reste l'âge légal. Ce n'est pas 67, c'est 65. J'estime que ce que propose Bruno Retailleau est équilibré avec une perspective d'avenir, c'est que désormais, l'âge légal soit indexé sur l'espérance de vie. C'est assez sain, assez simple, et à mon avis tout à fait compréhensible par un grand nombre de nos concitoyens.

  5. 5d ago

    Gabrielle Cathala (LFI): «Le Sénat reste une institution surannée qui ne représente pas la population»

    Au lendemain des élections sénatoriales, les Insoumis se frayent pour la première fois un chemin jusqu’au palais du Luxembourg : une « victoire » pour Gabrielle Cathala. « Nous avons déjoué tous les pronostics », affirme la députée LFI du Val-d'Oise. Le scrutin a pourtant démontré l'incapacité de la gauche à conclure des accords, confirmé la percée « très inquiétante » du Rassemblement national « qui n'est pas une surprise ». L'élue déplore surtout le manque de représentation du Sénat. « Les Républicains, qui n'ont pas fait 5% à l'élection présidentielle, restent la principale force politique. » Les Insoumis se frayent pour la première fois un chemin jusqu'au palais du Luxembourg : Gabriel Amard, soldat de la garde rapprochée de Jean-Luc Mélenchon, a été élu dans le Rhône. Comment va-t-il s'imposer ? En faisant équipe avec les Écologistes ? Cette présence de mon collègue Gabriel Amard est déjà une victoire puisque nous avons déjoué tous les pronostics. Et nous avons un second sénateur apparenté qui, lui, siègera avec les Écolos. Là où il y a une incohérence des Écologistes, c'est que la présence de monsieur Amard au sein de leur groupe leur permettrait d'avoir un groupe supérieur avec davantage de sénateurs que le Rassemblement national, et de montrer leur bonne foi quand ils disent que c'est à cause de La France insoumise qu'il n'y a pas eu une union plus vaste pour les élections. Vous parliez juste avant des élections des sénateurs des Français de l'étranger, c'est bien en raison de l'attitude des Écologistes qui ont préféré faire des unions avec les socialistes à divers endroits du territoire, notre collègue n'a pas été élue à trois voix près, ce qui aurait permis à la gauche d'avoir une sénatrice supplémentaire. Et c'est d'autant plus incohérent de la part des Écologistes qu'ils ont perdu des sièges suite à leur défaite à Bordeaux et à Strasbourg notamment. La France insoumise s'est aussi maintenue dans la Creuse, ce qui a fait perdre le PS à six voix. Ces fractures ne privent-elles pas aussi la gauche de plusieurs sièges ? Vous parlez de la gauche, mais il me semble que, eu égard aux derniers votes des socialistes et à leur attitude – je vous renvoie à tous les propos qu'ils peuvent tenir sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui est la seule personne capable d'arriver au second tour de l'élection présidentielle et de la remporter –, vu l'ensemble de leurs propos et de leurs votes à l'Assemblée nationale, je pense qu'une alliance avec eux aurait été mal comprise par nos électeurs, à la différence d'une alliance avec les Écologistes. Mais alors que 2027 se rapproche, est-ce que ce scrutin ne démontre pas aussi l'incapacité de cette opposition à conclure des accords ? Je pense qu'il démontre, là encore, la mauvaise foi de Mme Tondelier et des Écologistes. Ils prétendent vouloir l'union, mais dans les faits, bien que nous ayons tendu la main à la fois pour les sénatoriales, ensuite pour la présidentielle et pour les législatives dans le cadre d'un accord global que nous avons appelé la Nouvelle alliance populaire, Mme Tondelier a démontré qu'elle ne souhaitait pas s'allier pour les sénatoriales. Et nous voyons le résultat aujourd'hui. Mais je pense que ce n'est pas le seul enseignement de ces élections sénatoriales : le premier enseignement, c'est quand même que le Sénat reste une institution surannée, qui ne représente pas du tout la population. Les Républicains, qui n'ont pas fait 5 % à l'élection présidentielle, qui n'ont pas fait 6 % aux législatives, restent la principale force politique du Sénat. On voit que l'extrême droite y entre et que certains veulent déjà faire alliance avec cette extrême droite, que ce soit les LR ou l'extrême centre – l'extrême droite qui était déjà plus ou moins présente lorsqu'on regarde les votes de M. Retailleau, par exemple, sur la loi immigration. Et le troisième enseignement, ça reste notre entrée au Sénat, que vous avez qualifiée de symbolique, mais qui a là aussi quand même déjoué tous les pronostics.  L'autre enseignement, si ce n'est le principal, c'est que le RN passe de 3 à 15 élus. Avec leurs alliés de l'UDR, le parti d'Éric Ciotti, il y aura un groupe pour la première fois. Ça vous inquiète ?  Effectivement, c'est très inquiétant. Mais ce n'est pas une surprise, puisqu'après les municipales, nous savions que l'extrême droite allait malheureusement remporter un certain nombre de sièges. Ce qu'il faut faire, c'est évidemment faire en sorte qu'il y ait un réel cordon sanitaire, cordon sanitaire qui est depuis très longtemps tombé à l'Assemblée nationale, puisque de nombreux textes sont votés main dans la main par Les Républicains, les Macronistes et le RN. Tous les textes sécuritaires notamment. Peut-être bientôt le budget, où Mme Le Pen a annoncé ne pas censurer M. Lecornu. Mais là, je m'étonne de certaines déclarations qui ont déjà pu être faites par certains sénateurs, qui appellent à gouverner dans une sorte d'alliance jusqu'à l'extrême droite au Sénat. Comment La France insoumise compte répondre à cette progression du RN dans les territoires ?  La popularité de l'extrême droite, on y répond en démontrant son projet néfaste pour les classes populaires, en analysant ses votes, puisque là aussi, elle va prétendre défendre les plus modestes. On voit que l'extrême droite est toujours main dans la main avec le bloc central lorsqu'il s'agit de faire des cadeaux fiscaux aux plus riches, aux grandes entreprises, lorsqu'il s'agit de refuser de geler les loyers, d'augmenter le Smic, d'indexer les salaires sur l'inflation. Donc il faut faire de la pédagogie pour montrer l'arnaque sociale qu'est l'extrême droite, aussi rappeler sa violence. Là, on en a un nouvel exemple avec les sénateurs qui ont été élus, qui sont présentés comme des « brebis galeuses », mais on retrouve des personnes historiquement condamnées pour violence, on retrouve des anti-IVG, on retrouve des nostalgiques de l'Algérie française, on retrouve des propos négationnistes. C'est toujours les mêmes profils. Et ensuite, il faut s'appuyer aussi sur la faiblesse de l'extrême droite, c'est-à-dire son absence de soutien au sein de la société parmi les artistes, les intellectuels, les économistes, déjouer finalement et démontrer tout ce qu'elle peut avoir d'imprécis. Finalement, ça revient à ce que je disais juste avant : montrer que l'extrême droite, c'est une arnaque sociale et que c'est un projet politique qui ferait sombrer le pays dans le chaos. J'aimerais, Gabrielle Cathala, revenir aussi sur cette France en crise. On parle du prix du litre d'essence qui pourrait bientôt frôler les 3 euros, certains parlent d'un mouvement social de grande ampleur à venir. Cette exaspération des Français, selon vous, elle doit s'exprimer dans les rues maintenant ? Évidemment, elle s'exprimera d'abord demain avec la grève massive des fonctionnaires, dont le point d'indice est gelé depuis des années, dont les salaires stagnent, dont les conditions de travail se détériorent. Et là aussi, cette situation sociale montre une alliance extrême droite-Macronistes. Si vous prenez par exemple les prix des carburants, qui sont une des revendications centrales, puisque le prix au litre du gazole dépasse les 2,40 euros, nous, nous proposons le blocage des prix qui ferait peser le coût de ces augmentations sur les grandes entreprises et de bloquer les prix à 1,70 euro, qui est une possibilité qu'offre le Code de commerce par simple décret et qui a déjà été utilisée, notamment pendant la guerre du Golfe. Là, que ce soit Sébastien Lecornu, Emmanuel Macron ou Madame Le Pen, ils refusent cette proposition extrêmement saine pourtant, appliquée en Corée du Sud, en Croatie et dans d'autres pays, et qui a démontré qu'elle permettait de soutenir le pouvoir d'achat de nos concitoyens. Mais si vous voulez bloquer les prix, comment vous financez ces mesures ? Il n'y a pas de financement puisque ce serait faire peser le blocage sur les grandes entreprises. Aujourd'hui, c'est Total qui réalise des superprofits. L'industrie pétrolière française a réalisé un superprofit de plus de 8 milliards d'euros depuis mars. Total a spéculé sur la guerre. Nous avons eu la confirmation ce matin que les dividendes perçus par les actionnaires vont augmenter de 5% par an jusqu'à 2030, rien que pour Total. Et donc il faut à la fois taxer les superprofits, ce qui nous permettrait de ramener 20 milliards d'euros dans les caisses, et bloquer les prix, parce que Total nous enfume avec son blocage à 1,99 euro, qui est uniquement fait pour attirer des clients dans ses propres stations. C'est une dynamique uniquement concurrentielle, mais ce n'est à aucun moment pour faire des cadeaux de pouvoir d'achat. Donc bloquer à 1,70 euro, ça ne coûterait strictement rien à l'État, puisque ce serait complètement à la charge des entreprises. C'est la fin de cette visite du pape en France, où il a précisé que ce qui était légal n'était pas forcément moral. Ce matin, le Planning familial alerte justement sur un accès à l'IVG de plus en plus difficile. Qu'est-ce que vous en pensez ?  Je préférerais que de l'argent public soit dépensé pour que les associations puissent faire leur travail auprès des femmes qui doivent, qui peuvent et qui réclament d'avoir recours à l'IVG, plutôt que l'argent public soit dépensé pour des cérémonies religieuses qui ne regardent pas l'État. On a 80% des associations qui disent être en difficulté pour aider les femmes qui demandent à avoir recours à l'IVG. Je vois que, bien que ce droit soit inscrit dans la Constitution, il n'est toujours pas effectif. À lire aussiSénatoriales en France : un premier groupe RN avec son allié UD

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