La fabrique du monde

Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

  1. 2d ago

    À travers le monde, la culture cible des dirigeants populistes

    La justice colombienne ordonne la restitution d’œuvres d’art retirées du musée national de Bogota sur ordre du gouvernement. Le nouveau président d’extrême droite a lancé une bataille culturelle, comme d’autres dirigeants et formations populistes avant lui. Des traces de cadres sur les murs soulignaient l’absence de tableaux. Dans les vitrines d’exposition, des objets manquants. Depuis près de deux semaines, les visiteurs du musée national de Colombie à Bogota étaient privés de certaines œuvres. Elles avaient été retirées à la demande du nouveau président d’extrême droite, Abelardo de la Espriella. Culture « woke » Par cette mesure, le gouvernement colombien entendait lutter contre un « endoctrinement politique ». L’expression a été employée par la ministre de la Culture. Sa « générale », dit Abelardo de la Espriella, dans cette bataille culturelle. Une bataille contre la culture « woke », un terme anglais évoquant un éveil, une sensibilisation aux droits des femmes ou de minorités. Mais cette culture « woke » est, pour le nouveau président colombien, « l’un des grands cancers qui menacent l’identité nationale ». Le ministère de la Culture avait donc ordonné de retirer une trentaine d’œuvres des expositions du musée national : des portraits de chefs de guérilla, des photos de diverses campagnes de sensibilisation à l’interruption volontaire de grossesse, ou encore le stylo avec lequel les accords de paix entre la guérilla et le gouvernement avaient été signés en 2016. Saisie par des opposants, la justice a finalement ordonné le retour des œuvres. Le juge a estimé qu’il en va de « la protection constitutionnelle des expressions culturelles ». Mais Abelardo de la Espriella dénonce une « perversité » dans les milieux culturels et universitaires qu’il entend combattre en « exaltant les principes chers à la société colombienne que nos grands-parents nous ont transmis ». Son combat, promet-il, ne fait que commencer. États-Unis, Argentine, Slovaquie, Hongrie Ses propos contre le « wokisme » font évidemment écho à ceux de Donald Trump. Le président états-unien a aussi lancé cette bataille, se faisant notamment élire président du conseil du Kennedy Center, une prestigieuse institution culturelle de Washington, précisément pour mettre fin à ce qu’il qualifie de programmation « woke ». En Argentine, la première décision de Javier Milei après son accession à la présidence fut de dissoudre le ministère de la Culture. Un pas franchi avant lui par Jair Bolsonaro au Brésil en 2019. Ce fut là aussi une de ses premières mesures en tant que président. En Slovaquie, la ministre de la Culture a limogé les dirigeants des institutions culturelles. En Hongrie, Viktor Orban a transféré la gestion d’institutions culturelles à des fonds privés dirigés par des proches. Et en France, le Rassemblement national juge que les projets financés par le Centre national de la cinématographie sont « souvent idéologiquement orientés » : il dénonce une « entreprise de propagande ». Double objectif La bataille culturelle n’est ni nouvelle ni l’apanage des populismes de droite. Les politiques culturelles des régimes communistes favorisent aussi des œuvres qui promeuvent les valeurs qu’ils défendent. Cette bataille répond à un double objectif : redéfinir un récit national. Établir une nouvelle forme de société, comme dans le communisme – ou louer des traditions, des valeurs – comme le souhaitent les mouvements populistes de droite. Et puis cette bataille a un autre avantage. Elle permet d’obtenir des résultats rapides… De tenir, pour des gouvernements qui doivent rendre compte à leurs électeurs, des promesses bien plus rapidement et bien plus facilement que sur les questions de sécurité qui sont souvent leur principale promesse de campagne.

  2. 3d ago

    L’Europe veut renouer le contact avec la Russie

    Le président finlandais et le Premier ministre norvégien ont appelé Vladimir Poutine, mardi 27 octobre. Un échange d’une heure et demie avec le président russe pour tenter de renouer un dialogue. Avec bien sûr la guerre en Ukraine en toile de fond. Un coup de fil qui marque une évolution notable de la position européenne. C’est une démarche en opposition avec la politique de l’Union européenne depuis 2022. Le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a déclenché une politique d’isolement de Moscou. Pour les Européens, ce qui est en jeu dans cette guerre, c'est l’avenir de l’Ukraine mais aussi l’architecture sécuritaire du continent. Et ils estiment être visés par l’offensive russe. Si la Norvège ne fait pas partie de l’Union européenne, la Finlande est bien l'un des États membres du bloc. Et les deux pays font partie de l’Otan, l’alliance militaire occidentale. Ils sont tous deux des soutiens forts de l’Ukraine. Mais c’est précisément le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui aurait sollicité cet appel : il était à Oslo la semaine dernière pour rencontrer les émissaires des États-Unis. Le communiqué de la présidence finlandaise précise toutefois que la démarche a été menée au nom de leurs pays, qu’ils n’ont pas été mandatés par les autres pays européens. Mais il y a bien eu concertation avec Kiev et un certain nombre de capitales européennes. Division européenne Malgré ce soutien, la démarche des deux pays nordiques a été diversement appréciée sur le continent européen. La Première ministre du Danemark a été très critique. Le ministre lituanien des Affaires étrangères a aussi dénoncé la démarche. Et la Suède a également exprimé son scepticisme. La question des contacts avec Moscou fait débat au sein de l’Union européenne depuis de nombreux mois. Emmanuel Macron, le président français, et Giorgia Meloni, la cheffe du gouvernement italien, ont appelé à rétablir le contact. Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique de l’Élysée, s’est même rendu à Moscou en février. Et en juillet 2025, Emmanuel Macron avait appelé Vladimir Poutine. Mais un bloc composé de l’Allemagne, de la Suède, la Pologne, du Danemark et des pays baltes s’est opposé à un dialogue, considérant les demandes de Moscou aussi maximalistes qu’au premier jour de la guerre. Les positions évoluent mais l’idée ne fait toujours pas l’unanimité. Interlocuteurs acceptables Après quatre ans et demi de guerre, une conviction gagne les chancelleries européennes : l’issue ne se fera que par la diplomatie. La reprise du dialogue avec Moscou est donc inévitable. Mais cette évolution se fait aussi sous la pression de Washington. Donald Trump s’est rapproché de la Russie et il entend accélérer l’issue de la guerre. Il fait pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky, allège les sanctions contre la Russie. Et de nouvelles négociations trilatérales entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis doivent avoir lieu en novembre aux Émirats arabes unis. Pour les Européens comme pour l’Ukraine, le temps joue en leur défaveur. Et ils veulent porter eux-mêmes leur voix dans les négociations. Ils cherchent donc à s’immiscer dans les échanges entre Washington et Moscou. Pour y parvenir, les Européens doivent trouver des interlocuteurs acceptables par Moscou. Les initiatives françaises n’ont produit aucun résultat et Vladimir Poutine ne veut pas parler aux représentants de l’Union européenne, comme la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas. Les dirigeants finlandais et norvégiens, eux, ont plus de facilités à tisser le dialogue avec Moscou. Les deux pays ont une frontière avec la Russie, et donc un intérêt direct à une relation pacifiée avec leur voisin. La Norvège a une tradition diplomatique d’intermédiaire ; c’est elle qui avait réussi à parvenir à un premier accord entre Israéliens et Palestiniens en 1993. Mais cet échange téléphonique demeure un premier contact. Il avait pour seul but d’établir une ligne de communication. L’échange n’a pas donné de résultat concret. Le seul indicateur du succès de la démarche est la durée de l’échange : une et demie. C’est long et donc vu comme un signal positif. Comme le fait que Vladimir Poutine accepte le dialogue. Mais reste la question la plus fondamentale : est-il prêt à un compromis ? À lire aussiVolodymyr Zelensky confirme qu'une réunion entre Russes, Ukrainiens et Américains aura lieu en novembre

  3. 4d ago

    Après les élections législatives en Israël, l’impasse libanaise revient au premier plan

    Qui pour gouverner Israël durant les prochaines années ? Les Israéliens attendent de connaître le nom de leur prochain Premier ministre. Les résultats provisoires des élections du 27 octobre donnent un avantage à Benyamin Netanyahu mais, pour l’heure, sans majorité claire. La configuration du prochain gouvernement est aussi attendue sur la scène internationale. Car dans une région marquée par une multiplication des conflits, nombre de pays espèrent pouvoir relancer des efforts diplomatiques une fois la campagne terminée. Pour le Liban, il y a une certaine urgence. La situation au Liban est « intenable », a déclaré la semaine dernière Emmanuel Macron. Lors d’une tournée dans le Golfe, le président français, qui se présente comme un allié du Liban, a dénoncé la « pression » exercée sur le pays et « une souveraineté mise à mal ». C’est « la moins bonne manière de traiter la question du Hezbollah », juge-t-il. Le chef de l’État n’a nommé personne, mais les propos visaient notamment Israël qui occupe depuis le mois d’avril une bande d’une dizaine de kilomètres au sud du pays. La situation est « intenable » à plusieurs titres. Sur le plan humanitaire tout d’abord : sur une population de moins de six millions d’habitants, plus d’un million d’entre eux ont été déplacés par les combats. Et l’armée israélienne détruit des villages entiers dans le sud du pays. Et sur le plan politique, les États-Unis et Israël exigent du gouvernement qu’il désarme le Hezbollah, le mouvement chiite à la fois parti politique et milice. Mais le Hezbollah s’y refuse, affiche au contraire une volonté de se réarmer, mène des campagnes de recrutement. Et l’armée libanaise ne peut se lancer dans une opération coercitive contre ce mouvement. Risque de déstabilisation À court terme, il existe également un autre risque : celui d’une absence d’une force internationale dans le pays. Le mandat de la Finul, la mission des Nations unies lancée en 1976, expire le 31 décembre, soit dans deux mois. Le renouvellement de son mandat est hautement improbable : cette mission de maintien de la paix est très critiquée par Israël qui la juge inefficace. La France et l’Italie, deux pays parmi les principaux contributeurs de la Finul, défendent le principe d’une présence internationale permettant de faire tampon entre Israël et les acteurs libanais et se disent prêtes à participer à une autre force. Mais pour pouvoir se déployer, il lui faut un mandat des Nations unies qui sera difficile à obtenir sans le soutien d’Israël. Le départ de la Finul sans remplacement créerait, aux yeux de Paris et Rome, un vide sécuritaire. Pour le Liban, le risque est double. Celui d’une déstabilisation accrue : le Liban a connu la guerre civile. Le pays repose sur un équilibre fragile entre ses communautés. Et ces dernières semaines, le ton est monté entre le gouvernement et le Hezbollah. Sous pression internationale, le président Joseph Aoun a lancé une bataille inédite contre le mouvement. Mais cette bataille est compliquée pour l’exécutif. L’armée libanaise est sous-équipée et ses soldats mal payés. Et le Hezbollah conserve une forte popularité et des appuis importants au sein des institutions de l’État : du gouvernement à l’armée. Le risque d’une nouvelle guerre contre Israël existe aussi. Si Israël et les États-Unis lancent une nouvelle offensive contre l’Iran, le Hezbollah – allié de la République islamique – viendra probablement en soutien à Téhéran. Et la reprise de l’offensive contre l’Iran est une menace souvent brandie par Benyamin Netanyahu et Donald Trump. Consensus israélien La menace posée par le Hezbollah est un sujet qui fait consensus en Israël. Et quel que soit le prochain Premier ministre israélien, il est difficile d’envisager une inflexion de la position israélienne. Le principal opposant à Benyamin Netanyahu est Gadi Eisenkot, un ancien chef d’État-major. Et en tant qu’officier, il fut l’auteur de la doctrine Dahya. Une doctrine élaborée dans la lutte contre le Hezbollah qui préconise un usage excessif de la force contre des zones civiles pour créer un effet dissuasif. Et durant la campagne, il accusait Benyamin Netanyahu de concessions sur le front libanais. Une période de campagne porte toujours à un affichage de fermeté. Particulièrement dans un pays où les enjeux sécuritaires demeurent la préoccupation première des électeurs. Dans un sondage publié le 23 octobre par le quotidien Israel Hayom, 26 % des électeurs plaçaient la sécurité en tête de leurs préoccupations. Devant les enjeux économiques. Mais pour l’heure, l’intransigeance d’Israël et du Hezbollah combinée à l’impuissance de l’État libanais rend plus probable une dégradation de la situation.

  4. 5d ago

    L’Algérie envoie des troupes au Niger pour développer son influence au Sahel

    Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné le déploiement de troupes au Niger. Les deux chambres du Parlement ont donné leur accord à cette opération lors d’un vote dimanche 25 octobre. Cela marque un changement de position de la part de l’Algérie qui historiquement défendait une politique non-interventionniste. Elle a besoin de restaurer son influence au Sahel. C’est l’une des rares fois de l’histoire du pays et la première fois depuis 1973 que l’Algérie va envoyer des soldats à l’étranger. L’Égypte et la Syrie avaient alors lancé, en pleine fête juive de Yom Kippour, une offensive contre Israël pour tenter de récupérer des territoires occupés par le pays : la péninsule du Sinaï et le plateau du Golan, qui sont en droit international respectivement égyptienne et syrien. L’Algérie était alors venue en aide à l’Égypte en envoyant une brigade blindée et une cinquantaine d’avions. Ce fut le principal déploiement de l’armée algérienne hors des frontières nationales ; la doctrine militaire algérienne était globalement de refuser l’interventionnisme. Motivation sécuritaire Mais celle-ci a évolué ces dernières années. L’évolution a commencé en 2020 avec une révision de la constitution. Elle autorise désormais « l’envoi d’unités de l’armée nationale populaire à l’étranger ». Un éventuel déploiement doit toutefois être approuvé par les deux chambres du parlement à une majorité des deux tiers. C’est cet accord que le parlement vient de donner au gouvernement. Celui-ci ne l’avait néanmoins pas sollicité pour déployer des moyens aériens à Niamey le 30 août dernier, juste après une tentative de coup d’État. La motivation d’Alger est d’abord sécuritaire. Une préoccupation partagée avec Niamey ; ce déploiement fait suite à un accord entre les deux capitales. Le contingent algérien, dont la taille n’a pas été dévoilée, sera basé à Madama, dans le Nord du pays. Les mouvements armés dans cette région aux frontières poreuses menacent la stabilité du sud algérien et les projets de développement dans cette région. En envoyant des troupes dans le nord du Niger, l’Algérie offre donc un soutien aux autorités de Niamey mais espère aussi se prémunir d’un débordement des tensions nigériennes sur son propre territoire. Intérêts économiques L’Algérie a également des intérêts économiques au Niger. Sonatrach, le géant algérien des hydrocarbures, exploite le bloc de Kafra, un gisement pétrolier dans le Nord du Niger. Et Alger porte aussi un projet de construction de gazoduc reliant le Nigeria à l’Algérie et via elle, l’Europe. Ce gazoduc doit transiter par le Niger. Mais ce déploiement répond aussi à des objectifs à plus long terme de l’Algérie. Le pays veut restaurer son influence au Sahel. La région constitue, à ses yeux, sa « première ceinture ». Elle revêt donc une importance stratégique ; pour sa sécurité et pour l’ouverture qu’elle lui permet vers l’Afrique subsaharienne. Mais ses relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel – le Mali, le Burkina Faso et le Niger - se sont dégradées. Jusqu’à un gros coup de froid diplomatique l’an dernier. En avril 2025, l’armée algérienne avait abattu un drone malien et les trois pays sahéliens ont alors décidé de rappeler leur ambassadeur à Alger. Au Niger d’abord puis au Mali ensuite, l’Algérie cherche désormais à renouer le dialogue et reprendre pied. Aire d’influence Mais l'Algérie se trouve aussi dans une position inconfortable sur le plan géopolitique. Ses relations avec les pays de la rive Nord - Espagne et France en tête - sont tendues. À l'ouest, son soutien aux indépendantistes du Sahara occidental la met en conflit avec le Maroc. Et à l'Est, elle a vu l'influence des Émirats arabes unis grandir. Or, en Libye comme au Soudan, Abu Dhabi et Alger soutiennent des camps opposés. Et des soupçons pèsent sur un possible soutien émirien à la tentative de coup d’État au Niger fin août. La rivalité a conduit l'Algérie à rompre le mois dernier ces relations avec les Émirats. Quelque peu encerclée, l'Algérie a besoin de retrouver une aire d’influence au Sud. À lire aussiAlgérie: pourquoi le Parlement a voté pour l'envoi d'unités militaires au Niger

  5. 6d ago

    Les conflits en mer augmentent et inquiètent l'Union européenne

    Vendredi 23 octobre, la présidente de la Commission européenne s’est dite « profondément alarmée par une nouvelle escalade russe en mer Noire ». Une inquiétude de la cheffe de l’exécutif européen exprimée après une attaque au drone subie par un cargo au large de la Roumanie. En différents points du monde, les conflits en mer se multiplient. Les attaques de cargos en mer Noire ne sont pas un phénomène totalement nouveau. Depuis le début de la guerre à grande échelle en Ukraine en 2022, elles se sont multipliées. Mais elles ont pris plus d’ampleur depuis le début du mois d’octobre. L’agence Reuters a recensé au moins sept cargos touchés depuis le début du mois au large de la Roumanie mais aussi de la Bulgarie. Et le bilan humain de ces attaques est lourd : une trentaine de marins ont été tués ou sont portés disparus. Renforts de l’Otan Vendredi, la Roumanie a ouvertement accusé la Russie d’être à l’origine de cette frappe de drone. La Bulgarie, elle, s’est gardée d’accusation directe, mais l’ambassadrice de Russie dans le pays a tout de même été convoquée par les autorités bulgares. Ces attaques sont devenues un sujet d’inquiétude pour les gouvernements européens. Samedi, Jean-Noël Barrot a effectué la première visite d’un chef de la diplomatie française en vingt ans en Bulgarie ; il ne s’est pas rendu à Sofia, la capitale, mais à Varna, sur les bords de la mer Noire, présentant sa visite comme une marque « de soutien et de solidarité ». L’Otan, de son côté, avait annoncé mardi l’envoi de renforts dans la zone. L’Alliance militaire de l’Atlantique Nord veut notamment « soutenir les activités de surveillance, de reconnaissance et d'enquête ». À lire aussiL'Ukraine face au fléau des drones russes Geran-5 Différend en Méditerranée orientale Mais la mer Noire est loin d’être la seule mer gagnée par les conflits. Les cas du Golfe arabo-persique et de la mer Rouge avec les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb occupent le devant de l’actualité. Les entraves ou les risques qui y pèsent sur le trafic maritime ont entraîné une hausse des prix de l’essence. Mais les exemples se multiplient : en Asie, l’Institut naval des États-Unis constatait au début du mois une augmentation des incidents entre les forces philippines et chinoises. Les deux pays ont un différend sur leurs eaux territoriales en mer de Chine du Sud. En Méditerranée orientale, les tensions pourraient monter également en Méditerranée orientale. La Turquie conteste les droits de la Grèce et de Chypre dans certaines zones. Les deux pays ont prévu d’y installer un réseau électrique sous-marin devant les relier à Israël. Mais Ankara revendique une souveraineté. Cette position est aussi défendue par la Libye où, après sept ans de blocage, le parlement a ratifié la semaine dernière un accord délimitant une frontière maritime entre les deux pays. Le texte est rejeté par l’Égypte et l’Union européenne. Rapport de force Au cours des dernières décennies, les mers sont devenues de plus en plus stratégiques. L’activité commerciale, une fonction qui existe depuis l’Antiquité, s’est renforcée avec le développement du commerce international : il se fait très largement par voie maritime. Mais à celle-ci se sont aussi ajoutées d’autres fonctions. Les mers sont aussi pleines de ressources : en poissons mais également en hydrocarbures, en terres rares… Là aussi, leur exploitation s’est développée. Et puis elles se sont remplies de câbles : qu’ils soient numériques ou électriques, ils sont stratégiques. Ce sont là autant de vulnérabilités qui sont exploitées par des compétiteurs, des pays rivaux. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde a tenté de se doter de conventions afin de régler pacifiquement des conflits. Et il existe bien un droit de la mer. Mais dans un monde où le rapport de force prend une place de plus en plus importante dans les relations internationales, le cadre multilatéral est de plus en plus ignoré : sur terre comme sur mer. Et depuis une dizaine d’années, sur l’ensemble des continents, il existe un mouvement de réarmement naval. À lire aussiBataille navale en mer d'Azov: les drones ukrainiens prennent le dessus sur la Russie

  6. Oct 23

    Réseaux sociaux et démocratie: le Brésil comme cas d’école

    Luis Inacio Lula da Silva face à Flavio Bolsonaro : le dernier débat de la campagne présidentielle brésilienne a lieu vendredi 23 octobre au soir. À deux jours du second tour, les deux candidats restent au coude à coude dans les sondages. Traditionnellement, ces rendez-vous télévisés étaient des moments importants de la campagne. Mais aujourd’hui, les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante. Et le Brésil est un cas d’école. En 1901 déjà, l’éditorialiste états-unien Arthur Brisbane écrivait : « Utilisez une image, elle vaut mille mots. » Cette affirmation n’en est devenue que plus vraie depuis l’émergence des réseaux sociaux. Dans cet entre-deux-tours au Brésil, une image a ainsi suscité beaucoup de réactions. Celle d’un partisan de Lula perché sur le toit d’une sortie du métro sur la grande avenue de São Paulo, l’avenue Paulista lors d’un rassemblement des partisans du président sortant candidat à sa réélection. Visage masqué mais torse athlétique dénudé, drapeau de Lula à la main. Les réseaux sociaux l’ont baptisé le « gostoso da Paulista » (le « beau gosse de l’avenue Paulista »). Par lui, la gauche devenait énergique, désirable. Le « gostoso da Paulista » n’est pas qu’anecdotique. Car c’est bien sur les réseaux sociaux que le camp Lula a concentré ses efforts. Avant le premier tour, il n’avait pas investi ce champ, laissant ainsi de la place à son adversaire. Arrivé en deuxième position le 4 octobre et sans report de voix possible, Lula a changé de stratégie. Avec succès : ses posts ont suscité près de quatre fois plus de réactions que ceux de son adversaire. Sa chaîne WhatsApp, au nom éloquent d’« armée de Lula », a trois fois plus d’abonnés que celle de Flavio Bolsonaro, baptisée elle « régiment de Flavio ». À lire aussiPrésidentielle au Brésil: Lula et Flavio Bolsonaro jettent leurs dernières forces dans la bataille du second tour Force mobilisatrice Le vocabulaire militaire souligne un peu plus que c’est bien là que se joue la bataille électorale. Le Brésil est l’un des pays qui comptent le plus grand nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux et les plateformes y sont devenues une source majeure d’information. Devancé par son rival début octobre, Lula remonte désormais dans les sondages. La nouvelle stratégie numérique redonne de l’espoir à son camp. La force mobilisatrice des réseaux sociaux est documentée. Lors du printemps arabe en 2011 déjà, Facebook et Twitter ont servi la mobilisation. Ils ont permis l’expression de griefs dans des pays où les médias traditionnels étaient très contrôlés et facilité l’organisation des manifestations. Les plateformes, parfois différentes, ont encore accompagné les grandes mobilisations de ces dernières années. En septembre 2025 au Népal, les manifestants avaient même organisé sur la plateforme Discord une consultation pour déterminer qui devait prendre la tête d’un gouvernement de transition. Déstabilisation Mais leur force déstabilisatrice est connue également. Les réseaux sociaux véhiculent aussi de fausses informations. Certaines sont amplifiées par des États étrangers, pour peser sur les résultats d’un scrutin. En décembre 2025, la Cour constitutionnelle de Roumanie avait ainsi invalidé le premier tour de la présidentielle, estimant notamment que TikTok avait été instrumentalisé en faveur du candidat pro-russe. C’était la première fois que le rôle d’une plateforme conduisait à l’annulation d’un scrutin. Il y a la question de l’impartialité des plateformes ; elle est posée dans la campagne qui s’achève au Brésil. Lula accuse Meta d’avoir favorisé son adversaire. Une douzaine d’organisations ont aussi relevé des indices d’un possible traitement favorable au candidat d’extrême droite. Le groupe états-unien rejette les accusations, reconnaissant uniquement des « dysfonctionnements » techniques. Le différend sera tranché par le tribunal suprême électoral. La liberté d’expression en question Une démocratie peut-elle s’assurer de ne pas être déstabilisée par les nouveaux outils technologiques ? Là encore, l’exemple du Brésil est instructif. En 2014, il a été l’un des pionniers à adopter une législation garantissant les droits des internautes. L’un de ses objectifs était alors de garantir la liberté d’expression et la protection des usagers. Mais en janvier 2023, une tentative de coup d’État a posé la question en d’autres termes : quelle a été la part de la désinformation et des discours de haine dans ce mouvement ? Ce sont ces motifs qui sont invoqués l’année suivante par un juge de la Cour suprême pour ordonner à X de bloquer des comptes. Elon Musk, propriétaire d’X, a dénoncé une censure. Le bras de fer a conduit à l’interdiction au Brésil pendant plus d’un mois de la plateforme détenue par l’homme d’affaires d’extrême droite. X a finalement dû se conformer à la législation brésilienne. Deux visions de la liberté d’expression s’opposent aujourd’hui. L’une, aujourd’hui portée par des personnalités comme Elon Musk ou Donald Trump, défend une liberté individuelle qui ne doit pas avoir de limite : Flavio Bolsonaro, défendant un « Internet libre » et promettant de révoquer les décrets pris par le président sortant, fait partie de ce camp. Et ceux qui ont une vision d’une liberté qui s’arrête là où commence celle de l’autre ; c’est la position défendue par Lula qui veut au contraire « avancer encore » dans la régulation. Les réseaux sociaux interrogent l’un des droits les plus fondamentaux d’une démocratie. Et pour les Brésiliens, l’un des enjeux de ce scrutin de ce dimanche sera de choisir entre ces deux définitions.

  7. Oct 22

    Guerre en Ukraine: vers un «nouveau Yalta» entre Moscou, Pékin et Washington?

    La Russie se dit prête à la reprise des négociations trilatérales avec les États-Unis et l’Ukraine après les élections de mi-mandat aux États-Unis. L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion, ce mercredi, entre le président russe et l’émissaire états-unien Steve Witkoff. Autre sujet abordé par les deux hommes : une rencontre trilatérale entre les présidents russe Vladimir Poutine, états-unien Donald Trump et chinois Xi Jinping. Le Kremlin dit avancer dans les préparatifs de cette réunion dont peu d’annonces sont à attendre mais qui aurait une portée symbolique importante. Il s’agit d’une initiative de Vladimir Poutine. Selon le Wall Street Journal, le président russe aurait proposé cette rencontre à son homologue états-unien le 9 octobre, lors d’un échange téléphonique. Les trois dirigeants doivent participer au sommet de l’APEC, l’organisation de coopération économique pour l’Asie-Pacifique. Il se tiendra les 18 et 19 novembre en Chine. L’idée est donc d’organiser, en marge de cet événement, une rencontre trilatérale. Donald Trump assure que l’Ukraine ne sera pas évoquée dans ces discussions. Le président états-unien assure qu’il sera question de désarmement nucléaire. Mais le Kremlin, de son côté, a clairement signifié que le but de cette rencontre trilatérale était d’évoquer la guerre qu’il a lancée contre son voisin. À lire aussiGuerre en Ukraine: les émissaires états-uniens Kushner et Witkoff en mission à Moscou et Kiev Zones d’influence C’est un sujet d’inquiétude pour l’Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky a demandé à être invité aux discussions, et pour les Européens, qui ne sont pas conviés non plus. En août 2025, Donald Trump et Vladimir Poutine s’étaient déjà rencontrés à Anchorage, en Alaska, pour évoquer la guerre en Ukraine sans autre interlocuteur autour de la table. Et cette possible rencontre trilatérale, comme le sommet Trump-Poutine de 2025, fait l’objet d’un parallèle historique. En 1945, alors que la défaite de l’Allemagne nazie semblait inévitable, le président états-unien Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le dirigeant de l’URSS Joseph Staline se sont retrouvés pour évoquer l’avenir de l’Europe. C’est la conférence de Yalta, du nom d’une station balnéaire sur les bords de la mer Noire, en Crimée aujourd’hui occupée par la Russie. Les dirigeants des trois grandes puissances alliées ont alors divisé l’Europe en zones d’influence : l’Est, libéré par l’armée rouge, pour les Soviétiques et l’Ouest pour les Occidentaux. Mais les pays concernés n’ont pas été consultés. Avec cette rencontre trilatérale annoncée le mois prochain, la crainte est que, comme à Yalta, les trois dirigeants se mettent d’accord sur des zones d’influence de chaque pays. Le continent américain, jusqu’au Groenland, reviendrait aux États-Unis. Son « étranger proche » à la Russie – c’est-à-dire les pays anciennement dans la sphère soviétique, ce qui inclurait l’Ukraine, mais aussi les pays baltes, aujourd’hui membres de l’Union européenne et de l’Otan, l’alliance atlantique. Et pour la Chine, l’Asie du Sud-Est et Taïwan. Récit de puissance La photo de cette rencontre trilatérale en Chine aurait des ressemblances avec celle de Roosevelt, Churchill et Staline à Yalta. Trois dirigeants de grandes puissances tentant de mettre fin à un conflit. Mais le parallèle avec Yalta a ses limites. En 1945, ce sont trois pays alliés qui partageaient un même objectif, défaire l’Allemagne nazie, qui se sont réunis sur les bords de la mer Noire. Malgré le rapprochement entre les deux capitales, les États-Unis et la Russie ne sont pas alliés. Et Washington et Pékin sont des rivaux dans le Pacifique. La méfiance est forte : cette rencontre, si elle doit avoir lieu, n’aurait pas les mêmes effets que Yalta. Cette réunion servirait principalement à nourrir le récit de puissance de ces trois dirigeants, en signifiant au reste du monde qu’ils peuvent discuter de leur avenir sans l’impliquer. En cela, elle serait un coup porté à l’ordre international construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour tenter de régler les conflits. Cet ordre international est aujourd’hui, certes, contesté par d’autres. Les pays du Sud lui reprochent de ne pas prendre en compte les réalités du monde contemporain. Mais ils ne veulent pas son abrogation, plutôt son adaptation. Que le système international intègre d’autres voix. Or, le message de cette rencontre serait l’inverse : celui que l’avenir du reste du monde peut se décider à trois. À lire aussiUkraine: les Européens hantés par les «fantômes de Munich» et Donald Trump par Yalta

  8. Oct 21

    Contestation en Albanie: dans les Balkans, l’UE face à ses contradictions

    Une nouvelle journée de mobilisation, mardi 21 octobre, en Albanie pour dénoncer la corruption du gouvernement et réclamer le départ du Premier ministre, Edi Rama. Un mouvement de protestation qui met l’Union européenne dans l’embarras. Il interroge, comme la Serbie avant l’Albanie, sa stratégie d’élargissement dans les Balkans. L’élargissement de l’Union européenne dans les Balkans est une priorité de Bruxelles. « Une priorité » et « un investissement géopolitique crucial » selon les mots même d'Antonio Costa, le président du Conseil européen, lors d'une tournée dans les Balkans en juin dernier. Une priorité car pour Bruxelles, il y a une volonté d’ancrer les Balkans à l’Ouest et de contrer l’influence de la Russie dans cette région qui, durant la guerre froide, faisait partie du bloc de l’Est. Cinq pays de la région ont aujourd’hui le statut de candidat officiel et un, le Kosovo, de candidat potentiel. Deux, le Monténégro et l’Albanie, font figure de candidats les plus avancés dans la région. Ce pourrait être dès l’année prochaine pour le Monténégro. Et il y a trois semaines, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen estimait que pour l’Albanie aussi « l’objectif est en vue ». Même si elle reconnaissait qu’il « reste du travail à accomplir ». Corruption Mais ces manifestations soulignent que cet objectif n’est peut-être pas si proche que ça. Les manifestants dénoncent la corruption au sein du gouvernement. Une corruption qui est documentée. L’Albanie était 91e l’an dernier dans le classement de l’organisation Transparency International, sur 182 pays. L’Albanie a même chuté de onze places par rapport à 2024. Le pays a fait des efforts dans la lutte contre la corruption avec notamment la mise en place d’une structure spéciale pour enquêter et juger les faits de corruption et liés au crime organisé en décembre 2019. Elle a eu des résultats : d’anciens hauts dirigeants placés en détention. Mais lorsqu’en octobre dernier, elle a inculpé la vice-Première ministre, Belinda Balluku, une proche du chef du gouvernement, celui-ci l’a protégée. Et le parlement a refusé de lever son immunité parlementaire. Ces manifestations posent aussi la question de l’état de droit. Si Edi Rama dénonce les violences des manifestants qui ont incendié des bâtiments publics, les organisateurs de ce mouvement, eux, des violences policières à l’encontre des manifestants et des journalistes. À lire aussiAlbanie: d'une ampleur inédite, la protestation anti-pouvoir monte d'un cran Tiédeur européenne Mais l’Union européenne a une réponse très discrète sur ces mouvements. La délégation de l’UE en Albanie s’est contentée d’appeler les autorités à adopter une réponse proportionnée. Et de rappeler que « la liberté de réunion et la liberté d'expression sont des droits fondamentaux et des valeurs européennes essentielles ». Et en Serbie aussi, des manifestants ont pris la rue pour dénoncer la corruption. Leur mouvement a commencé en novembre 2024 ; il a gagné de l’ampleur. Lui aussi a été marqué par des actes de violence ; manifestants et forces de l’ordre s’en rejetaient la responsabilité. Là aussi, l’Union européenne avait souligné son attachement au droit de manifester et avait appelé à une réponse proportionnée de la part des forces de l’ordre, se gardant toutefois de dénoncer frontalement leur gestion de ces manifestations. Valeurs de l’UE Le mouvement a conduit à des élections législatives anticipées. Elles auront lieu ce dimanche. Un parti issu de la contestation se présente. Mais des craintes pèsent sur l'intégrité du scrutin. Bruxelles veut éviter que les dirigeants de ces pays aillent trouver à Moscou un soutien qu’ils n’auraient pas au sein de l’Union européenne. Cela explique la tiédeur de ses réactions face à ses mouvements. Mais la Serbie et l’Albanie posent une question : pour contrer l’influence russe en Europe, l’UE n’est-elle pas en train de renoncer aux valeurs sur lesquelles elle s’est bâtie ? À lire aussiÉlargissement de l’Union européenne: pourquoi Bruxelles ralentit et accélère à la fois

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Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

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