Suite de notre série sur les lieux de pouvoir, cette fois-ci en Russie. Il a été la résidence des tsars, puis le siège du pouvoir soviétique et aujourd’hui celui de la Fédération de Russie : le Kremlin est d'abord un lieu physique, une forteresse au cœur de Moscou, une enceinte de 28 hectares, entourée de murs rouges et de 20 tours qui surplombent la capitale russe. Mais le Kremlin est surtout le centre historique du pouvoir russe. En Russie, le Kremlin n’est pas seulement un bâtiment. C’est un synonyme du pouvoir lui-même. Lorsque l'on dit que « le Kremlin a décidé », ce ne sont pas des murs ou des tours dont on parle, mais du président russe, de son entourage, de l’appareil d’État. Ce symbole vient notamment de sa continuité. Les régimes ont changé, les drapeaux aussi, mais le Kremlin est resté : la Russie impériale, l’Union soviétique, puis la Fédération de Russie se sont succédé, quand le pouvoir, lui, est toujours resté associé à ce même lieu. Une centralité également visible dans la ville, puisque Moscou s'est construite autour du Kremlin, avec ses boulevards circulaires et ses grands axes qui partent du centre. Le Kremlin organise ainsi l'espace urbain et l'imaginaire politique : tout semble partir de lui et tout semble y revenir. Le Kremlin ou la mise en scène du pouvoir. Le Kremlin sert à montrer la stabilité, la force, la permanence de l’État russe. Chaque dirigeant a cherché à y laisser son empreinte. Le président actuel Vladimir Poutine l’a souvent utilisé comme décor politique, notamment pour ses grandes allocutions télévisées. On l’a vu, par exemple lors de discours très symboliques, comme après l’annexion de la Crimée en 2014. C’est aussi un lieu presque sacré pour beaucoup de Russes. Il fusionne l’idée de puissance d’État avec l’identité nationale. Plus que le siège du pouvoir, le Kremlin représente une certaine vision de la Russie, centralisée, verticale, organisée autour d’un dirigeant fort. Un lieu de travail pour Vladimir Poutine ? Vladimir Poutine y a ses bureaux officiels et dispose d’un cabinet de travail et d’un bureau d’apparat, utilisé pour recevoir des dirigeants étrangers ou remettre des décorations. C’est un décor très impérial, avec des colonnes, des statues d’empereurs russes et une cheminée en malachite. Toutefois, Vladimir Poutine ne vit pas au Kremlin. Sa résidence officielle principale est Novo-Ogariovo, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Moscou, où il travaille souvent et où il y reçoit aussi des responsables russes. Une sécurité accrue depuis le début de la guerre En mai 2023, Moscou avait accusé Kiev d’avoir visé le Kremlin avec deux drones, ce que Volodymyr Zelensky avait fermement démenti. Le porte-parole russe avait alors indiqué que Vladimir Poutine ne se trouvait pas sur place. La guerre a changé la perception du lieu. Si le Kremlin reste ultra-protégé, il n'est plus hors d'atteinte. Aujourd'hui, ce sentiment de vulnérabilité s'étend plus largement. Le Kremlin reste la façade du pouvoir russe mais également le lieu sur lequel se projettent désormais les fragilités du système : la peur des attaques, les tensions économiques et l'incertitude sur l'issue de la guerre.