La fabrique du monde

Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.

  1. 10h ago

    Vladimir Poutine continue sa fuite en avant et appuie sur l'accélérateur

    C'est l'anniversaire de Vladimir Poutine aujourd'hui. Le président russe a désormais 74 ans. Et dans sa guerre en Ukraine, qu'il a déclenché il y a plus de quatre ans, il ne donne aucun signe changement d'attitude ou d'inflexion stratégique malgré les difficultés.       Les obstacles sont réels. Absence de progression sur la ligne de front. Vulnérabilité aux attaques de drones de l'Ukraine dans la profondeur du territoire russe, avec une ampleur toujours plus importante. Des centaines, parfois plus d'un millier de drones comme le 20 septembre, dernier jour des élections législatives en Russie. À chaque fois, des victimes, et des infrastructures pétrolières visées. Résultat : une diminution des capacités de raffinage, de distribution et d'exportation. Des pénuries et des revenus en moins et donc une pression fiscale et économique accrue sur les Russes.  Davantage de moyens pour la guerre Et la réponse, c'est encore plus de guerre. Malgré les difficultés, le budget de la défense est en hausse et ce n'est pas près de s'arrêter puisque cette hausse est déjà programmée jusqu'à l'horizon 2029. Cela signifie davantage de drones, davantage de missiles et davantage de moyens pour les guerres plus ou moins hybrides. Le message, c'est que le président russe peut continuer comme ça aussi longtemps qu'il le souhaite et aussi longtemps que nécessaire pour atteindre ses objectifs stratégiques de soumission de l'Ukraine. Bien qu'il n'ait pas procédé à la mobilisation générale crainte pour après les élections législatives, il a tout de même augmenté les effectifs de l'armée russe de 50 000 hommes.  Rhétorique menaçante La pression est toujours plus forte sur l'Ukraine et ses partenaires. Les missiles contre lesquels le pays n'a pas suffisamment de moyens antiaériens, continuent de pleuvoir sur les villes et les installations énergétiques, de même que les drones. Les autorités de Kiev doivent mettre en place des mesures de restriction sur l'électricité. Les cibles civiles sont toujours visées. La dernière tactique, c'est l'attaque contre des ponts de Kiev empruntés quotidiennement par des milliers de personnes. Parallèlement, la Russie augmente sa rhétorique menaçante contre les soutiens de l'Ukraine et notamment européens. Le week-end dernier, elle est revenue à sa menace de l'usage de l'arme nucléaire comme elle l'a déjà fait à plusieurs reprises depuis le début de la guerre. Cette fois si un pays s'en prenait à l'enclave russe de Kaliningrad entre Lituanie et Pologne.   Faire des affaires Pourquoi Vladimir Poutine choisit la fuite en avant ? Parce que c'est son caractère, mais aussi parce qu'il n'est pas seul. Il est loin d'être un pestiféré. Il est aidé par ses partenaires : la Chine, qui malgré les demandes répétées continue à fournir des pièces nécessaires à l'industrie d'armement russe. Le soutien est aussi affiché diplomatiquement, à travers par exemple les bonnes relations montrées lors du dernier sommet de l'organisation de coopération de Shanghaï au Kirghizstan. Mais pas seulement. Vladimir Poutine a reçu une invitation pour le sommet du G20 organisé à la fin de l'année par les États-Unis, où l'entourage du président ne cache pas son impatience de pouvoir faire des affaires et de renforcer ses liens financiers avec la Russie. Ils existent déjà. Un oligarque russe qui affirme avoir été remboursé depuis, a avancé les frais du mariage de Don Jr aux Bahamas. Et des proches de Donald Trump se préparent à acheter des actifs du géant énergétique russe Lukoil, officiellement pour favoriser la paix et faire baisser les prix de l'énergie.

  2. 1d ago

    En Espagne, le début d'une série d'élections qui peuvent changer le visage de l'Europe

    Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a créé la surprise lundi en convoquant des élections anticipées pour le 29 novembre prochain. Une décision qui fait suite au rejet de ses mesures en faveur du logement par le Parlement. Un sujet extrêmement sensible dans le pays depuis l'expulsion d'une dame âgée qui a révolté une partie de la population.   C'est une vague de colère sur laquelle Pedro Sanchez compte bien surfer pour tenter de renforcer sa coalition de gauche. Elle était minoritaire et finalement si faible qu'elle n'a pas pu permettre d'adopter les mesures proposées pour le logement pourtant réclamées par la rue. Mais c'est aussi un pari, parce que ce ne sera pas le seul sujet de la campagne. Depuis des mois, il est affaibli par les affaires touchant ses proches. Il y la crise de Ceuta et les migrants venus du Maroc dans l'enclave espagnole. La droite et l'extrême-droite attaquent sa gestion du problème. Le parti populaire, principal parti d'opposition conservateur est en tête dans les enquêtes d'opinion. Peut-être pas suffisamment cependant pour décrocher la majorité à lui tout seul. En fonction des résultats, il pourrait être tenté de se tourner vers le parti d'extrême-droite Vox, qui a déjà de quoi se délecter des thèmes de campagne annoncés.    Questions internationales Il sera aussi question des positions internationales tranchées de l'Espagne. Sur la guerre à Gaza, avec des prises positions très propalestiniennes, ce qui vaut des critiques virulentes d'Israël et des États-Unis, qui en veulent aussi beaucoup à l'Espagne, membre de l'OTAN, pour ne pas les avoir aidés lors de leur guerre en Iran. Habituellement, ces questions internationales ne tiennent pas une place prépondérante en politique intérieure, mais le contexte est différent, entre pressions américaines et menaces de plus en plus claires de la Russie sur l'Europe.    Anxiété Cette campagne va donner le ton en Europe avant une série d'élections cruciales. Initialement, ces élections devaient intervenir en milieu d'année prochaine. Cette accélération du calendrier espagnol lance plus tôt que prévu une série d'élections dans quatre des cinq plus grands pays européens et cela pourrait modifier profondément le visage de l'UE en quelques mois avec en dénominateur commun, la place de l'extrême droite. Après l'Espagne, il y aura la France, dont la situation sociale et politique chaotique est observée avec anxiété par de nombreux diplomates. Le Rassemblement national est en tête des sondages malgré l'affaire des propos antisémites que nie Jordan Bardella. Il y aura ensuite l'Italie. Giorgia Meloni est issue d'un parti d'extrême droite et a démontré sa capacité à s'adapter au changement d'atmosphère politique et à se recentrer. Il y aura aussi la Pologne, le pays en plein essor en Europe, mais aussi le pays où la lutte entre pro-européens et populistes reste extrêmement serrée et l'un des pays en première ligne face à la menace russe.  Gourmandise La Russie regarde cela avec intérêt et même gourmandise, après ce qui vient de se passer dans deux régions de l'ancienne Allemagne de l'Est, où les électeurs, 35 ans après la réunification et près de 2 000 milliards d'euros investis, ont fait le choix d'un parti ouvertement prorusse. Comparaison n'est pas raison, mais ce qui se passe en Amérique du Sud montre qu'une série de victoires de l'extrême-droite ne relève pas de l'impossible.

  3. 2d ago

    En pleine tempête canado-américaine, la question de l'indépendance refait surface au Québec

    On vote aujourd'hui pour les élections provinciales au Québec, la province francophone du Canada. Dans un contexte de relations tendues entre le Canada et les États-Unis, et où le Premier ministre Mark Carney incarne la résistance face à Donald Trump, la question de l'organisation d'un nouveau référendum sur l'indépendance a été remise sur la table. Depuis que Donald Trump est revenu à la Maison Blanche, chaque plaisanterie ou menace de faire du Canada le 51e État américain, chaque moquerie sur le « gouverneur » Justin Trudeau quand il était Premier ministre, chaque attaque contre son successeur Mark Carney, chaque épisode de la guerre tarifaire, chaque match de hockey sur glace entre les deux nations semble avoir davantage fait pour l'unité canadienne que n'importe quel événement depuis la naissance officielle du pays en 1867. C'est même largement grâce à ça que les libéraux ont créé la surprise en conservant le pouvoir l'an dernier et ont pu conforter leur majorité depuis. Au Québec même, selon des études d'opinion, c'est 70% de la population qui est aujourd'hui défavorable à l'indépendance.   Champ politique fractionné Ce retour inattendu est dû à la situation politique et au système électoral, un système à l'anglaise : un scrutin de circonscription uninominal à un tour, « first past the post », comme on dit en anglais, où le premier arrivé gagne, sans majorité absolue nécessaire. Cela favorise en principe un système bipartisan. Mais comme c'est le cas parfois dans les pays occidentaux, le champ politique est fractionné. Là, cinq partis se disputent les voix des électeurs. Le gouvernement sortant, qui avait laminé la concurrence lors des précédentes élections, n'a obtenu aucune concession de compétences de la part du gouvernement fédéral et a été atteint par l'usure du pouvoir. Les libéraux, fédéralistes, sortent d'une crise de direction qui leur a fait mal. Les conservateurs sont en phase de reconstruction et la gauche de Québec solidaire ne semble pas en mesure d'atteindre la première place. Ce sont les indépendantistes du Parti québécois, pourtant moribond il y a encore quelques années, qui paraissent les mieux placés pour remporter le scrutin à quelques heures de celui-ci.   Immigration Et ils veulent donc organiser un référendum d'indépendance. Ce serait le troisième après les deux échecs de 1980 et 1995. C'est l'objectif ultime de leur chef, Paul Saint-Pierre Plamondon, dit PSPP, un avocat de 49 ans qui a fait ses études supérieures en anglais. Il a bien compris que le contexte n'est pas favorable à son projet. C'est pourquoi il a annoncé pour rassurer qu'il n'organisera pas ce référendum avant le départ de Donald Trump. En attendant, il a fait une campagne assez classique, évoquant les questions qui inquiètent la province : la crise des sans-abris, l'itinérance comme on dit au Québec, et le logement dont le prix augmente. Un phénomène qu'il n'hésite pas à lier à l'immigration. Il n'est pas le seul. C'est une recette qui fonctionne ailleurs et c'est une compétence du gouvernement provincial québécois. Depuis plusieurs mois, la question fait l'objet de va-et-vient incessants de la part du gouvernement sortant et de signaux contradictoires du gouvernement fédéral et de tous les partis. Cela ne facilite pas la vie et les espoirs des candidats francophones à l'immigration, qu'ils soient haïtiens, européens ou africains et pour qui le Québec, à la démographie déclinante, est une terre d'accueil depuis plusieurs années.   À lire aussiCanada: jour de vote au Québec, avec les souverainistes en favoris dans un scrutin qui s'annonce indécis

  4. 6d ago

    Dix ans après le Brexit, le Royaume-Uni pense ouvertement à un retour dans l'Union européenne

    C’était une petite musique en sourdine depuis des mois. Cette fois, le Premier ministre britannique Andy Burnham le dit à voix haute. Il n’exclut pas une nouvelle adhésion à l’Union européenne, un peu plus de dix ans après le référendum sur le Brexit remporté à près de 52% par les partisans du retrait de l’UE. C’est le Premier ministre britannique qui va le plus loin dans ce sens depuis le vote.  Toc toc toc ! C'est le bruit de l’ex toxique qui revient frapper à votre porte après avoir constaté que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Pendant des décennies, entre Margaret Thatcher et surtout David Cameron, c’est ce qu’ont prétendu certains chefs du gouvernement britannique, en essayant d’obtenir le maximum de l’Europe et en donnant le moins possible. Et en misant notamment sur la relation spéciale avec les États-Unis. Seulement voilà, les États-Unis aujourd’hui, c'est Donald Trump. Andy Burnham se garde bien de dire quelle est son opinion et propose plusieurs possibilités : le statu quo, un retour dans l’union douanière, un retour dans le marché unique ou bien réintégrer l’UE.   « Bregret » Il faut dire que les lendemains économiques promis par les Brexiters ne chantent pas vraiment. Les entreprises exportatrices sont en difficulté. Et puis un sentiment de « Bregret », le regret du Brexit s’est diffusé dans la société britannique. Les sondages montrent que si un nouveau référendum avait lieu aujourd'hui, la réadhésion à l’Union européenne l’emporterait. Et puis il y a ce qui s’est passé le 16 septembre au Parlement européen de Strasbourg. Et la proposition d’Ursula von der Leyen au Canada de devenir membre associé de l’Union. C’est-à-dire pas un membre à part entière, mais l’ouverture d’une discussion. Une sorte d’adhésion à la carte. Alors que précisément, les négociateurs européens, le Français Michel Barnier en tête, ont expliqué aux Britanniques pendant des années que c’était tout ou rien. Et la proposition faite au Canada n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.    À lire aussiUE: dans un discours fleuve, Ursula von der Leyen propose que le Canada devienne «membre associé» « Trahison » Au Royaume-Uni, les réactions sont plutôt prudentes chez les travaillistes. Andy Burnham a fait cette sortie en plein congrès du Labour. Il s’agit donc de motiver les troupes. Ils savent que le débat est explosif. Et ils savent aussi qu’un sondage qui donnait en juin 55 % en faveur de la réadhésion peut être retourné par une bonne campagne. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé en 2016. Le parti Reform UK de Nigel Farage parle de trahison. Et c’est vrai qu’il y a eu un référendum pour la sortie en 2016. Personne n’en conteste le résultat. Et il y a eu aussi des mandats clairs pour que les conservateurs concrétisent le Brexit.   Une procédure longue Les Européens, qui ont réagi comme Emmanuel Macron et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, souhaitent déjà la bienvenue au Royaume-Uni, qui est un bon partenaire en matière de défense. Il va néanmoins falloir discuter. Cela peut commencer lors du sommet Royaume-Uni-UE en novembre. Mais ce sera une procédure longue. Il faut faire une demande d'adhésion entièrement nouvelle. Les Britanniques doivent valider un éventuel accord. Et il doit être ratifié par l’ensemble des 27. Autrement dit, la porte risque de ne pas s'ouvrir avant un petit moment.

  5. Sep 30

    En Éthiopie, les combats reprennent dans un contexte international explosif

    Les affrontements qui s’intensifient depuis plusieurs jours entre le pouvoir central éthiopien et les rebelles du Tigré. L'inquiétude est vive qu’ils dégénèrent en véritable guerre civile comme celle qui a fait plus de 600 000 morts entre 2000 et 2022. Entre braises mal éteintes et rivalités ethno-politiques, les causes internes sont nombreuses, mais ce conflit s’inscrit aussi dans un contexte régional complexe.   Dimanche, le chef d’état-major de l’armée éthiopienne accusait directement l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte d’aider les rebelles du Tigré. C’est difficile à prouver, mais c’est vrai qu’il y a des enjeux géopolitiques entre l’Éthiopie et ces trois pays. L’inimitié entre l’Éthiopie et l’Érythrée est bien connue, elle date de l’indépendance érythréenne acquise en 1993 par referendum après trente ans de conflit armé. Depuis, l’Éthiopie est devenue un pays enclavé, privé d’accès à la mer Rouge, un axe majeur du commerce mondial, ce qui crée des tensions géopolitiques dans toute la Corne de l’Afrique. Le Nil et l'accès à l'eau douce Il y a aussi une question d’accès à l’eau douce qui crée des tensions. Cette fois entre l’Éthiopie d’un côté et le Soudan et l’Égypte de l’autre. C’est la question fondamentale du Nil, source quasi unique d’eau douce pour ces pays. L’an dernier, l’Éthiopie a achevé et inauguré sur le Nil Bleu le grand barrage de la renaissance, un énorme projet, construit principalement pour combler ses besoins en électricité. Les deux pays en aval craignent pour la sécurité de leurs propres installations hydroélectrique et pour le débit de l’eau qui leur sert pour leurs besoins agricoles et donc alimentaires. Là aussi, c’est source de tension.   À lire aussiL’Éthiopie inaugure son Grand barrage de la Renaissance sur le Nil, l'Égypte proteste auprès de l’ONU Implications au Soudan Et puis il y a la guerre au Soudan. Elle dure depuis plus de trois ans et rien ne semble pouvoir l'arrêter. L’Égypte, directement concernée par ce qui se passe à sa frontière sud, soutient les forces armées soudanaises du général al-Buhran. Et l’Érythrée servirait aussi de plate-forme logistique et d’approvisionnement pour ce même gouvernement de Khartoum. Bien qu’elle nie, l’Éthiopie est aussi impliquée dans ce conflit. Elle soutient la rébellion soudanaise des forces de soutien rapides du général Hemedti. Des images satellites montrent avec certitude un camp pour accueillir et entraîner les FSR près de la frontière entre les deux pays. Cette base s’est même étendue ces derniers mois et de nouvelles implantations ont été repérées.   À lire aussiGuerre au Soudan: l'Éthiopie appuie les paramilitaires FSR, selon l'université de Yale Puissances extérieures à l'Afrique  Et pour construire ces installations, l’Éthiopie n'était pas seule. C’est là que la focale s’élargit encore. Elle est soutenue par les Émirats arabes unis, qui bien qu’ils s’en défendent, soutiennent militairement les FSR au Soudan. Ils construisent une influence dans la région, où ils ont des intérêts à protéger. Par exemple, c’est une société émirienne qui opère le port de Berbera, au Somaliland, territoire revendiqué par la Somalie, mais qui a déclaré son indépendance. Indépendance reconnue pour l’instant par un seul pays, Israël, allié des émirats depuis les accords d’Abraham. Les émirats entretiennent aussi leur rivalité régionale avec l’Arabie saoudite, soutien du Soudan, et occupée à combattre actuellement les rebelles houthis du Yemen, juste en face pour le contrôle du détroit de Bab-El Mandeb. Et de la mer Rouge. Autant d’influences étrangères qui donnent à la crise éthiopienne le potentiel de déstabiliser encore davantage toute la Corne de l’Afrique et au-delà.

  6. Sep 29

    Le président argentin Javier Milei en opération séduction à Paris

    Le président argentin Javier Milei arrive dans la capitale française mardi 29 septembre. Il y restera jusqu’à la fin de la semaine. Au programme, sa participation à un forum d’affaires et une rencontre annoncée comme privée avec Emmanuel Macron. Javier Milei se sent pousser des ailes ces derniers mois.  À Paris, le président argentin vient chercher de l’argent. Puisque c’est aux investisseurs qu’est consacré l’« Argentina Week », la semaine de l’Argentine, un événement dont la première édition a été organisée en mars dernier à New York, chez l’allié américain. Avec sa politique de dégraissage de l’État symbolisé par une tronçonneuse, Javier Milei a réussi à dégager un excédent budgétaire et à réduire l’inflation, de 200% à son arrivée en 2023 à environ 30%. Cela reste élevé selon les standards des pays les plus développés. Et il y a un coût important en termes de croissance et d’emploi.   Lithium Lui aussi apporte des opportunités. Là encore économiques. Et d’ailleurs, les investisseurs français l’ont compris. La France est le septième pays investisseur en Argentine et ses investissements ont très fortement augmenté sur la dernière année. Dans un secteur en particulier : les minerais critiques. L’Argentine est très largement pourvue en lithium utilisé pour fabriquer des batteries. Elle a la main, avec le Pérou et le Chili sur ce que l’on appelle le triangle du lithium. C’est un atout géopolitique majeur dans la course aux terres rares qui occupe les plus grandes puissances de la planète. Par ailleurs, il y a sur la table un contrat pour la construction de sous-marins pour plusieurs milliards d’euros et pour laquelle la France est sur les rangs.   Discours sur le déclin de l'Europe Mais tout cela vient accompagné d’un discours idéologique, similaire à celui de Donald Trump sur le déclin idéologique de l’Europe, qui serait dû à la politique migratoire, aux trop nombreuses régulations européennes. Javier Milei se place dans le sillage de Donald Trump, qui affirme la volonté de domination américaine sur l’hémisphère occidental. Mais il se voit davantage que comme un simple affidé. Il affirme aussi sa personnalité et se voit un rôle au moins régional, exemple son soutien au clan Bolsonaro dans l'actuelle campagne électorale au Brésil. Mais il voit plus loin. Il a aussi noué une alliance stratégique avec Israël. Et il y a donc, ce voyage en France.   Malouines Il intervient à un moment où Javier Milei pousse ses revendications sur les îles Malouines. Il se sent encouragé par Donald Trump qui au début du mois a laissé entendre qu’il pourrait revoir la position américaine de neutralité dans ce dossier. Le président américain est mécontent de qu’il considère comme un manque de soutien britannique dans sa guerre en Iran Les îles malouines sont administrées par la Grande-Bretagne mais revendiquées par l’Argentine. C’est une revendication nationale argentine historique qui a même été portée dans les stades de la dernière coupe du monde aux États-Unis. Les Malouines ont causé une guerre entre les deux pays en 1982. Mais depuis, l'environnement géopolitique à changé. Les relations entre États-Unis et Royaume-Uni sont moins proches et le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne. Alors Javier Milei essaye de les récupérer. Pour l’instant par la voie diplomatique.

  7. Sep 28

    Suisse, Vatican, une neutralité de plus en plus difficile à cultiver

    Ce sont deux événements du moment. Ils montrent la difficulté de rester neutre dans les relations internationales et en géopolitique. Premier exemple hier dimanche en Suisse, avec un référendum justement sur la neutralité.     La neutralité fait partie de l’identité suisse depuis le milieu du XIXe siècle. Les citoyens étaient appelés ce dimanche à se prononcer par référendum sur un projet de renforcement de la neutralité du pays. Un projet qui prévoyait par exemple de limiter l’application de sanctions par la Suisse à celles décidées par l’ONU. Ces dernières années, le pays s’est associé aux sanctions européennes contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Ce projet a été rejeté par plus de 70% des votants, selon une ligne de partage très politique et même géopolitique. Neutralité adaptée  Le projet était soutenu par le parti de droite nationaliste Union démocratique du centre, première force politique du pays et présenté comme pro-russe par les opposants au texte et notamment le gouvernement, qui sans grande surprise, ont eu gain de cause dans cette affaire. Il faut dire que la Russie a fait savoir publiquement son mécontentement à la Suisse. Le gouvernement et notamment le ministre des Affaires étrangères a lui plaidé pour une neutralité permettant de s’adapter aux circonstances politiques du moment, par exemple, collaborer avec l’Otan sans y adhérer. Pas simple, donc.   Ne froisser personne Pas simple non plus le voyage du pape en France. Le Vatican est tout petit par sa superficie, mais il pèse lourd sur le plan diplomatique. Il assume souvent des missions de bons offices, par exemple traditionnellement entre les États-Unis et Cuba. Le pape est le chef spirituel de plus d’un milliard 400 millions de catholiques qui ne voient pas tous la religion de la même façon, certains étant plus libéraux ou plus conservateurs que d’autres. Il faut donc faire attention à ne froisser personne.   Laïcité Et ce n’est pas facile en particulier en France. L’enthousiasme des foules qui ont participé aux différentes étapes de la visite jusque-là est réel. Mais il ne faut pas oublier que dans le pays qui a inventé une forme très particulière de laïcité souvent mal comprise ailleurs, plus de la moitié des habitants se déclarent sans religion. Il faut en tenir compte tout en faisant passer le message de l’Église, opposée la loi sur l'aide à mourir par exemple, réclamée depuis des années par l'opinion française. Il faut aussi tenir compte du contexte électoral et éviter la récupération politique. De nombreux candidats à la présidentielle tentent de se faire valoir pendant cette séquence papale.    Ligne de crête Même chose aujourd’hui avec l’étape de Metz. Le pape aurait pu choisir Strasbourg et le Parlement européen. Il a préféré rendre hommage à l’un des pères de l’Europe, le Lorrain Robert Schuman, qui fait actuellement l’objet d’un procès en béatification. Mais la politique n’est jamais loin. Emmanuel Macron a invité l’ensemble des dirigeants des 27 pays membres de l’Union. Là aussi ce sera délicat. Le prédécesseur de Léon XIV, François avait dit qu’il fallait savoir hisser le drapeau blanc quand un pays est attaqué. Cela avait agacé les soutiens de l’Ukraine. Nouvelle illustration que la diplomatie et une certaine forme de neutralité sont une véritable ligne de crête dans un monde qui demande de plus en plus souvent de choisir un camp.

  8. Sep 24

    Sommet Donald Trump-Xi Jinping: beaucoup d'apparence, peu de substance

    C’est l’événement diplomatique de cette fin de semaine. Il se déroule à Washington. Le président américain Donald Trump accueille son homologue chinois Xi Jinping pour leur troisième sommet en un an. Une visite d'État, c'est-à-dire le plus haut niveau en matière de visite diplomatique, et ça a commencé dès hier soir.   Sur la base militaire d’Andrews, au sud-est de Washington, le président américain a accueilli le numéro un chinois lui-même à sa descente de l’avion. Il ne l'avait tout simplement jamais fait pour personne. Une visite d'État, cela signifie aussi les principales artères de la capitale américaine pavoisées aux couleurs des deux pays avec un nouvel accueil fastueux et puis un dîner d'État à la Maison Blanche. C’est donc beaucoup d’apparat et d’ailleurs, Xi Jinping semble avoir tenu à être reçu sur le tapis rouge, comme Donald Trump l'avait été lors de sa dernière visite à Pékin. Car le président américain aime avoir l’air, comme le dit la chanson de Jacques Brel, et il va tenter, à son tour, d’impressionner un homme pour lequel il éprouve la même admiration que pour tous les hommes forts. Il y a de fortes chances que le président américain montre à son homologue les travaux de la salle de bal qu’il fait construire à la Maison Blanche et à propos de laquelle il évoque souvent un autre bâtiment, le Palais de l'Assemblée du peuple à Pékin.  Trêve Mais selon toute vraisemblance, il ne va pas se passer grand-chose. Donald Trump est en pleine campagne électorale pour des élections de mi-mandat qui s’annoncent compliquées. Il est empêtré dans sa guerre en Iran. Le président américain n’a aucun intérêt à déterrer la hache de guerre sur les droits de douane, par exemple. Une trêve a été conclue il y a un an, en échange d’un engagement de la Chine à fournir aux États-Unis les terres rares et les minerais critiques qu'elle maîtrise et dont les États-Unis ont besoin pour leurs industries de haute technologie. Malgré leurs efforts, ils n’ont pas encore les moyens de faire autrement. Pendant ce temps, la Chine continue à voir grossir ses exportations et à engranger des revenus.  À lire aussiTrump déroule le tapis rouge à Xi Jinping, sur fond de guerre commerciale en pause et de la question taïwanaise Piège de Thucydide Et elle avance vers son objectif de devenir la première puissance mondiale. Lors de leur dernière rencontre, Xi Jinping avait lancé un avertissement à Donald Trump, en évoquant le piège de Thucydide. C’est une théorie des relations internationales d’un spécialiste américain qui explique qu’une puissance dominante peut être tentée de faire la guerre à une puissance ascendante par peur de perdre sa place. Dans l’esprit de Xi Jinping, la puissance menacée de perdre sa place, ce n’est évidemment pas la Chine, qui préfère avancer méthodiquement et calmement. Davantage de contrôle Pourtant, les différents ne manquent pas. Sur Taïwan par exemple, qui sera forcément évoqué. L’autre sujet du moment, c’est l’intelligence artificielle. Les deux pays se livrent à une concurrence acharnée pour la maîtrise du secteur. L’entourage des deux présidents évoque la mise en place d’un mécanisme de notification entre les deux pays. Une sorte de téléphone rouge de l’IA. Car le débat actuel sur la sécurité de l'IA n’a pas échappé aux responsables chinois, notamment celui de la sécurité d'État, qui plaide pour davantage de contrôle du parti sur la technologie.  À lire aussiWashington et Pékin s'accordent pour prolonger leur trêve commerciale jusqu'au 10 janvier 2027

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