Le regard de Newton Ahmed Barry

Le coup d’œil aiguisé sur l’actualité de la semaine d’un observateur aguerri des soubresauts du monde. Ancien présentateur du 20h de la RTB au Burkina Faso, Newton Ahmed Barry démissionne en 1998 pour protester contre l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il est le co-fondateur en 2001 du journal d'investigation l'Événement où il s'applique à défendre son slogan : « l'information est un droit ». Chaque semaine, Newton Ahmed Barry analyse un fait marquant de l'actualité internationale et sa résonance avec le Continent. 

  1. 5d ago

    Assimi Goïta et l’Algérie, une réconciliation avec effet immédiat

    Pendant 15 mois, Bamako a traité Alger de tous les noms d’oiseaux. Puis, sans crier gare, le 10 juillet dernier, une réconciliation, avec effet immédiat, était annoncée, presque simultanément à Bamako et à Alger. Que s’est-il passé entre-temps ? Il y a eu le 25 avril 2026, samedi noir pour le Mali : Kati est frappée, le ministre Sadio Camara est tué, et au nord, le totem d'Assimi Goïta, Kidal, est tombé. Pas seulement aux mains des rebelles, mais d'une coalition inédite : rebelles du FLA et jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim). Puis dans leur base, les forces maliennes (Fama) et les Russes d'Africa Corps sont encerclés. Scène impensable, voire humiliante. Pour leur survie, les Russes lèvent le drapeau blanc, quittent Kidal en convoi, sous escorte rebelle. Assimi Goïta, revenu d’entre les survivants, 96 heures après, œuvre depuis pour reprendre une situation volatile et le voilà encore confronté à Anéfis, à une nouvelle attaque complexe, le 4 juillet 2026. Même scénario : siège, embuscade, hélicoptère abattu et des renforts partis de Gao, qui n’arrivent pas. Selon toutes vraisemblances, lourdement sollicités par les Russes, les Algériens auraient encore sauvé la mise aux supplétifs des Fama dans le camp d'Anéfis. Deux fois, en moins d’un semestre, il a fallu Alger pour sauver les meubles maliens dans le bourbier azawadien. Selon un dicton bambara, la fierté du faible est comme les larmes du patriarche : elle coule en silence, dans son ventre. Assimi Goïta, à l’abri des regards, a alors appelé Tebboune, pour dire « initché » (Merci) !  Ravaler la fierté Assimi Goïta a donc dû ravaler sa fierté. Ce n'est pas une réconciliation d'amour, c'est une réconciliation de survie. Il y a les réalités du terrain qui se sont conjuguées avec deux autres facteurs. Acte 1 : La réalité du terrain. Sans Alger, on ne tient pas le Nord. Depuis 1963, c'est quasiment la loi d’airain, à cette frontière, entre les frères algériens et maliens. Acte 2 : Moscou commence à fatiguer. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, à Niamey, le 8 juillet, descendant la passerelle de son immense avion, a failli manquer de peu une marche. Un moment reflet de la fragilité d’une présence russe au Sahel qui dandine. Moscou a vu ses hommes humiliés à Kidal. Il en rage face à la faiblesse structurelle des armées de son nouveau précarré. Il veut à tout prix éviter l’effondrement. Moscou prend les devants. Fais les entremetteurs, exige de Goïta de parler avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune. Acte 3 : Moscou s’est trouvé comme alter ego pour rendre la pilule moins amère à Goïta : le général Tiani. Ce dernier s’était réconcilié, en premier, en février avec Alger. Depuis, il avait entrepris une discrète médiation entre Alger et Bamako, qui n’avait pas intéressé Goïta. Six ans après, la victoire totale promise par la junte malienne n’est pas au rendez-vous ! Il y a loin de la coupe aux lèvres ! L'option tout-militaire, 100 % russe, a montré ses limites. Et ironie du sort, ce sont les Russes en premier qui ont imposé le constat de cet échec. Ensuite, les possibilités infinies de la souveraineté se sont révélées pas aussi infinies que cela. Goïta a cru pouvoir se passer de l’Algérie. Pendant 15 mois, Bamako et Alger se sont déchirés. Ciel fermé, ambassadeurs rappelés, Alger accusé de parrainer les terroristes. Depuis le 10 juillet, tout cela est oublié, avec effet immédiat ! Et son prix, on le devine : le Mali doit rediscuter avec ses Touaregs et ressusciter l'Accord d'Alger. Ce n'est pas un hasard si le premier à applaudir la détente, c'est le CSIA, les Imghads du Nord. Une façon de préparer déjà l'opinion à Bamako.

  2. Jul 11

    RDC: Félix Tshisekedi et la malédiction africaine du troisième mandat

    L’attrait du troisième mandat, peu y résiste en Afrique. Félix Tshisekedi, à la troisième année de son deuxième et dernier mandat, y pense. Que la Constitution de 2006 l’interdise, lui importe peu. La loi n’arrête pas l’homme politique africain.   C’est l’Afrique des paradoxes. L’interdit, en politique, appelle systématiquement la transgression. À l’opposé, le totem ou le tabou, personne n’y touche. Au village, par exemple « l’arbre sacré on n’y touche pas ». Au palais présidentiel, le tabou attire. N’y touchez pas, est une incitation à y toucher. Pourquoi ? Peut-être parce qu’en Afrique l’interdit a une valeur rituelle, pas juridique. Le tabou protège. L’interdit politique, lui, est un défi. La transgression politique n’est pas un acte gratuit. Elle rapporte à celui qui l’ose. S’il réussit, c’est le graal total. Pour lui, pour les siens, pour toute la horde des partisans. À l’opposé transgresser le totem, c’est la mort. Personne ne s’y risque. Pour le contraindre à tenir parole, l’homme politique africain devrait peut-être prêter serment sur les totems... et subsidiairement sur la Constitution. En RDC, malgré le verrou constitutionnel, on reparle encore d’un troisième mandat Il y a les actes. Et il y a la parole. En RDC, la parole s’appelle l’article 220. Un mandat présidentiel de 5 ans, renouvelable une seule fois. Une disposition insusceptible de modification. Elle est verrouillée. L’article 220 avait été pensé pour cadenasser la volonté des Congolais. Pour couper court. Pour éviter le débat. Les actes, c’est l’actuelle posture de Félix Tshisekedi. En 2019, il avait été élu sur cette promesse. 7 ans plus tard, la malédiction des troisièmes mandats l’a rattrapé. C’est lui qui réintroduit le débat, alors qu’il avait été tranché en 2006. À lire aussiChangement de Constitution en RDC: «Aucune question d'intérêt national ne doit être confisquée», affirme le président Même maladie, mêmes symptômes Cette malheureuse malédiction se justifie partout pareillement. On en appelle d’abord au peuple. Tshisekedi, en l’occurrence, ne sollicite rien. Comme Tartufe, il mange son piment dans la bouche des Congolais. Pour parler comme les Ivoiriens Il feint d’ignorer que les Congolais ont tranché. Ensuite, l’alibi ! Au Congo c’est la guerre dans l’Est. En 2018 et en 2023, les présidentielles ont eu lieu malgré la guerre à l’Est. Qu’est-ce qui a changé? Rien. Ou si. On pourrait prêter au président Tshisekedi de faire ce qu’on proscrit aux étudiants en droit : « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». Si la guerre s’aggrave après ses dix ans au pouvoir, à qui la faute? Il faut bien qu’il prenne sa part. En général, on ne demande pas un bonus quand on n’a pas de succès. Mais pourquoi rouvrir ce débat maintenant? Dans le guide à l’usage des candidats au troisième mandat, le timing idéal, c’est le début du deuxième mandat. Tshisekedi entame la troisième année, de son deuxième mandat. C’est le bon moment pour ouvrir ce débat. Qui n’est pas nouveau à la vérité. Sous Joseph Kabila, les termes qui sont repris aujourd’hui « mandat supplémentaire » ou « glissement » avaient fleuri sans que le verrou de 220 ne saute. Invoquer la guerre à l’Est donnera t-il plus de chance à Tshisekedi ? Le risque, comme prévient, la Conférence épiscopale du Congo (la Cenco), c’est que « au conflit à l’Est, s’ajoute la guerre civile et la partition du Congo ». Plutôt que le « glissement », Tshisekedi aurait gagné à contribuer à institutionnaliser les alternances politiques qui ont l’avantage de renouveler les Espérances. Partout où il y a de l’espoir, le meilleur devient possible. À lire aussiRévision de la Constitution en RDC: le Sénat adopte la proposition de loi pour un référendum

  3. Jul 4

    Le Burkina ne rompt pas avec la France, il organise son isolement

    Le 26 juin dernier, la junte au Burkina prenait l’initiative de rompre ses relations diplomatiques avec la France. Vous nous donnez quelques clés pour comprendre cette décision. Une singulière conception des relations internationales fonctionnant au culot à la façon du caïd du quartier. La souveraineté n’appartient pas au peuple, mais au souverain qui a tous les droits. Une conception singulière aussi du pays. Un enclos où vivent des habitants dont il faut organiser l’accès aux prairies où l’herbe a des vertus endorphines. Mais comme on n’est jamais assez prudent, il faut couper le pays des mauvaises influences extérieures. La France, ancienne puissance coloniale, promeut la démocratie et les droits humains, valeurs désormais exécrées sous ces latitudes sahéliennes. Dans l’enclos, on prend le pouvoir par la Kalachnikov et on tient le peuple par la terreur, en prenant soin d’éloigner les organisations régionales et internationales, enquiquineuses, la presse libre manipulatrice, interdite et honnie, mais regardée, malgré tout, en cachette par les censeurs. C’est la cour de Néron. Si l’empereur est fou, son entourage l’entretient dans cet état. À lire aussiLe Burkina Faso annonce «rompre ses relations diplomatiques» avec la France Y aurait-il un contentieux spécifique avec la France ? Contrairement à Thomas Sankara, Ibrahim Traoré est né bien longtemps après les indépendances. Il a souffert bien plus de la malgouvernance des nationaux, qu’il reproduit, que des méfaits directs d’une ancienne colonisation. Mais dans cette Afrique des souffrances, chaque génération recycle les douleurs d’un passé, au lieu de le dépasser. La vision de Sankara était le dépassement. Celle d'Ibrahim Traoré est l’instrumentalisation. Sur son échiquier, il y a la France épouvantail, coupable parfait, qu’il faut brandir à chaque fois que tout va mal. Puis la myriade de petites mains, les activistes et les trolls, les chiens de garde de cette souveraineté qui aboient à la commande. Lénine les aurait qualifiés d’idiots utiles. Avec les réseaux sociaux, pour reprendre Umberto Eco : « Une légion de malfaisants qui avant ne parlaient que dans les grains, et ne causaient aucun tort à la collectivité ». À lire aussiEntre le Burkina Faso et la France, «la rupture est consommée depuis longtemps» La France n’est pas seule à ne plus être la bienvenue au Burkina Le Haut-Commissariat des droits de l’homme des Nations Unies, la junte fait fermer ses bureaux pour ne plus entendre les jérémiades de Volker Türk sur un « espace civique à préserver ». La CPI, un isolement pour s’aménager une impunité. Dans un Sahel tenaillé par les groupes terroristes, les juntes n’imaginent pas une stratégie de contreterrorisme différente de celle pratiquée par ceux qu’elles combattent. Elles veulent donc escalader avec les terroristes, sans témoins gênants. Elles appliquent ce que disait Staline : « Plus d’hommes, plus de problèmes. » À lire aussiAprès le Niger, le Mali et le Burkina Faso rompent à leur tour avec la Cour pénale internationale Ibrahim Traoré en difficulté, pense-t-il à la postérité ? La base sociale de la junte, le mouvement sunnite, est en ébullition depuis l’arrestation, le 26 mai, de son guide spirituel, Imam Kindo. Ses partisans qui lisaient, à en perdre le souffle, le qunut – invocations spéciales en islam – pour que rien de fâcheux n’arrive à Ibrahim Traoré, n’en reviennent toujours pas de la brutale répression qui s’est abattue sur eux, quand ils ont exprimé leur réprobation. Au sommet du pouvoir, le numéro deux, le redoutable chef des Renseignements, Oumarou Yabré, qu’on dit proche de l’imam Kindo, n’a plus été vu en public depuis le 26 mai. Scénario classique de la guerre des numéros des pouvoirs militaires ? Fort possible. Rompre avec la France, quand tout va mal, c’est anticiper un récit de martyr. La rancunière France endossera d’avoir brisé le destin d’un authentique héros africain. À lire aussiBurkina Faso: l'arrestation d'un imam suscite de vives réactions chez certains fidèles

  4. Jun 27

    La France candidate à l’AES des canicules?

    Une température en journée à 42 degrés, des nuits à 28 degrés, des infrastructures qui plient et le bitume qui fond. La France coche désormais toutes les cases pour adhérer à l’AES des canicules. Regardons les faits, froidement, pendant qu’il fait chaud. Depuis 1850, l’humanité a émis 2 500 milliards de tonnes de CO2. 66% de ces émissions sont le fait de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Lesquels ont été rejoints depuis par la Chine. L’Afrique subsaharienne, elle, n’en représente qu’à peine 4%. Conséquence physique : au nord, le réchauffement crée des « pics ». Des vagues. Un plateau qui monte par à-coups. Au Sahel, pas de plateau. Pas de saison fraîche compensatoire. Juste une dérive continue. Même phénomène, deux régimes d’attention. Le double standard est aussi dans le climat. Si 4% des émissions produisent 100% de l’urgence médiatique, à quel seuil la souffrance devient-elle visible ? Au Nord, la canicule, un accident ? On en doute à présent. Elle continue de choquer, mais elle repart avec l’hiver. Au sud, c’est une installation. Nuits à 32°C, murs qui crachent la chaleur à 3 h du matin, des enfants sur les nattes dehors. On parle de « dérèglement », pour les Sahéliens, ça ressemble plus à un « règlement de compte ». Ceux qui ont le moins pollué sont les premiers à brûler. Ceux qui ont le moins de moyens sont les premiers à payer. Il n’y a pas de seuil pour la souffrance. Il y a les résilients et les exigeants. Le vrai scandale climatique n’est pas les degrés. C’est l’injustice. La dictature des opinions pousse à des réponses réflexes. Le débat est complexe. Mais dans l’urgence, les réponses réflexes prennent le dessus. Ce qui est souvent cité, c’est le modèle singapourien de Lee Kuan Yew : la climatisation de masse. Le confort immédiat. Sauf que la physique est têtue. Une clim rejette deux chaleurs : celle de la pièce, dehors, plus les fameux hydrofluorocarbures, les HFC. Le gaz qui fait le froid mais qui réchauffe outrageusement le climat. Un kilogramme de ce gaz réchauffe la planète 2 000 fois plus qu’un kilogramme de CO₂. Ce qui revient à remplacer un trou dans l’ozone par un four dans l’atmosphère. La clim, c’est soigner la fièvre en mettant le feu à la maison, avec la facture qui explose. Il existerait pourtant une clim climato-compatible, avec l’utilisation du gaz R290, un gaz naturel : le propane. Il existe dans l’air et, même en cas de fuite, il se dégrade en 12 jours. Alors que ce terrible HFC reste 15 à 20 ans et réchauffe 2 000 fois plus. Il n’y a donc pas photo. Le R290 a un autre avantage, et pas des moindres : il est très sobre en consommation d’électricité, avec 15% de moins de consommation électrique. Malgré tout, l’utilisation du gaz R290 dans une passoire thermique mal isolée, fonctionnant à l’électricité produite 24 heures sur 24 au charbon, ne nous sort pas du problème. La vraie climato-compatibilité, c’est le trio : gaz propre, bâtiment intelligent et électricité propre. En attendant, l’Afrique reste au HFC. Pour le continent, il y a encore du chemin. Le R290 n’intéresse pas les géants du marché de la climatisation, qui ont déjà breveté un nouveau gaz, l’hydrofluorooléfine (HFO). Ensuite, l’Afrique, pour l’instant, produit l’essentiel de son électricité en brûlant du fioul. Dans les perspectives immédiates, l’Europe ayant banni les HFC et l’Inde adoptant le R290 dans ses climatiseurs, il reste l’Afrique, dépotoir qui continue d’importer 80% des clim d’occasion – les « au revoir l’Europe ». La température s’est démocratisée. Que les solutions le soient aussi. Nous sommes les passagers de la même planète. Peu importe la classe dans laquelle nous voyageons. Un « Titanic climatique » n’épargnera pas les passagers de la première.

  5. Jun 20

    Au Niger, logique de junte: plutôt l’uniforme que la blouse

    Le regard de Newton Ahmed Barry, porte sur la décision du général Tiani, au Niger de déchoir une médecin de sa nationalité, pour avoir usé de son droit constitutionnel. Décision incongrue, dans un pays qui en manque cruellement. Il y a deux incongruités dans cette affaire : en premier, la criminalisation de la parole, comme un moyen assumé d’une stratégie de lutte contre le terrorisme. Dr Mariama Djibrine, dit Mayra, en fait les frais, comme une vingtaine de Nigériens avant elle. Et pour avoir osé créer, avec d’autres ressortissants de l’AES, l’Alliance des démocrates du Sahel, elle a été jugée indigne d’être nigérienne. Ensuite, l’incongruité d’une mesure qui interroge sur l’ordre des priorités. Mayra, est un médecin. Ce dont manque cruellement le Niger. Avec ses 28 millions d’habitants, environ, le Niger compte 30 000 militaires. Soit 1 militaire pour 960 habitants. Et de l’autre côté, un médecin pour 40 000 Nigériens. Et c’est dans ce pays-là que Dr Mayra est fait apatride. C’est vrai que nulle n’est au-dessus de la loi. Mais encore faut-il que la loi serve l’intérêt général. L’ordonnance de Tiani ne sert que Tiani. Pas les Nigériens. On en revient à l’ordre des priorités ? Dr Mayra soigne. Elle sauve des vies. Les militaires ont en charge la sécurité qu’ils n’arrivent pas à assurer aux Nigériens. Depuis trois ans qu’ils gouvernent, l’insécurité persiste, l’économie peine, les hôpitaux manquent de tout. Même l’aéroport, de Niamey, le seul du pays, le général Tiani peine à le sécuriser. Le régime militaire à Niamey cherche des boucs émissaires  Il fait ce que font tous les régimes en panne de résultats. Quand on n’a pas de bilan à montrer, on montre un coupable. Le Niger n’est pas seul dans ce schéma. Au Mali, au Burkina Faso, c’est le même réflexe. Les ratios sont différents, les uniformes aussi, mais la mécanique est identique. Quand les juntes échouent à sécuriser, elles répriment. Elles déchoient, elles emprisonnent. Chaque junte a sa boîte à outils Au Niger, c’est la déchéance de nationalité. Au Mali, ce sont les suspensions de partis et de médias. Au Burkina, les mobilisations forcées, les enlèvements, les suppressions d’associations des étudiants, l’embastillement des Imams. Des outils différents, pour le même objectif : masquer l’incompétence par la répression. Mais la répression ne soigne pas. Un décret qui fait perdre un médecin à un pays qui en manque, aggrave le ratio médecin/ population. Ce décret est aussi nocif que les effets du trouble à l’ordre public qu’il est supposé corriger. Le remède est pire que le mal. Au Niger on a 1 médecin pour 40 000 habitants. Idéalement, selon l’OMS, c’est un médecin pour 1 000 habitants. On mesure le gap qui rend encore plus absurde le décret de Tiani. Et c’est là que le ratio redevient politique Mayra, nigérienne, aurait surement contribué à réduire la mortalité infantile qui est encore à 61 décès pour 1 000 naissances au Niger. Elle aurait sensibilisé les femmes qui ont 5,6 enfants en moyenne, sur la sexualité responsable. Elle aurait contribué à tenir debout un système de santé sur les rotules. Le décret de Tiani donne la préférence à l’uniforme au détriment de la blouse. Un régime qui déchoit ses médecins avoue une chose : il n’a plus rien à offrir à son peuple. Pour rester dans le temps du mondial de foot, sur la bourse du mercato. Disons que Tiani est un poids et Dr Mayra, une pépite. Le Niger devrait faire, comme toutes les équipes qui veulent gagner. Préférer la pépite au poids.

  6. Jun 13

    Guerre au Moyen-Orient: il faut désormais parler de «victoire à la Trump !»

    Cette fois pourrait être la bonne. Un accord en vue entre Américains et Iraniens, non démenti, pour une fois par les seconds. Le spectre de la guerre s’éloigne. Mais on en cherche toujours le bien-fondé. C’est vrai, plus les perspectives d’une fin de ce conflit sont tangibles, plus on en cherche les raisons. On en vient à craindre un gâchis. Une guerre pour rien, si d’aventure, comme les prémices du « protocole d’accord » ou « mémorandum d’entente », le laissent entrevoir, l’on devrait aboutir à quelque chose de moins ambitieux que l’accord de 2015 avec Barack Obama. Trump l’avait dénoncé, à son premier mandat et à toutes les occasions il ne manque pas de le dénigrer. Ce serait une ironie du sort, qu’après une guerre avec autant de démonstrations de forces, qu'il se contente d’un moins bon accord que celui de 2015.  Un « bon accord » en perspective selon Trump Si les déclarations à l’emporte-pièce faisaient un accord, la gibecière de Trump en aurait surement débordé. Nos confrères de CNN se sont amusés à faire le décompte. Le résultat est sans appel. En 79 jours, Trump a annoncé 38 fois qu’un accord était sur le point d’être conclu ou que l’Iran le suppliait d’en conclure un. Ce que les Iraniens ne tardaient jamais à démentir, évidemment. Le 39ᵉ qui est annoncé semble être néanmoins probable. C’est un protocole d’accord qui devrait permettre dans 30 jours, à l’issue de la trêve prolongée, d’entamer de vraies négociations pour un accord définitif. À lire aussiMoyen-Orient: le protocole d’accord avec les États-Unis pourrait être signé «dans les prochains jours», selon l'Iran Focus sur le contenu de ce protocole d’accord Le mémorandum d’entente serait constitué de 14 points, dont deux constituent les clés pour la suite des discussions.  D'abord un cessez-le-feu, sur tous les fronts, incluant le Liban, quitte à tordre le bras à Netanyahu. Ensuite, la levée du blocus du détroit d’Ormuz, même si les Iraniens insinuent que ce serait à leurs conditions. Tandis que sur l’uranium enrichi et le déblocage de la moitié des 24 milliards de dollars, constituant une partie des avoirs iraniens bloqués, la polémique continue.   L’ambiguïté des mollahs est encore plus grande en ce qui concerne le programme nucléaire. Ce qui ravive les inquiétudes de Tel Aviv, conduisant Netanyahu à faire une promesse – électorale, surement – qui, dans l’absolu, devrait plutôt ravir les mollahs : « Tant que je serai premier ministre d’Israël, dit-il, l’Iran n’aura pas l’arme nucléaire. » Les chances qu’il le reste après 2026 étant minces, les retords ayatollahs vont installer un sablier plutôt que de s’épuiser dans de vaines discussions pour une issue qui pourrait dépendre d’un sort individuel. À lire aussiLes avoirs gelés et le nucléaire au cœur des négociations entre l'Iran et les États-Unis Le bilan de cette guerre est plutôt mitigé On connaissait la victoire à la Pyrrhus. Désormais il faudra parler de la victoire à la Trump. Des annonces enthousiastes chaque fois démenties. C’est pourquoi il faut se garder de conclusions hâtives. On peut juste faire le constat de l’embarras des Israéliens et du désappointement des monarchies du Moyen-Orient. L’Iran sorti de cette guerre fait encore plus peur à ses voisins. Quid des démocrates iraniens ? Ils ont vainement attendu les promesses de Trump. Ils vont devoir compter que sur eux-mêmes. Il ne faut jamais dormir sur la natte d’autrui, prévient un adage africain. Rien n’est vraiment réglé. Les mollahs, à ce stade, ont toutes les raisons de se réjouir. Ils ont sauvé leur régime et se sont acheté une tranquillité pour plusieurs années. Il ne reste plus qu'à ce que Mojtaba Khamenei daigne prendre la main tendue de Trump. À lire aussiAccord entre l'Iran et les États-Unis: «Ceux qui ont le mot final, ce sont les Gardiens de la Révolution»

  7. Jun 6

    Romuald Wadagni et le devoir d’ingratitude

    Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, assoit ses marques. À peine installé, il se démarque de son mentor Patrice Talon. Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, a mis en œuvre sans tarder le devoir d’ingratitude. Il montre qu’il n’est pas un héritier sans personnalité. Il s’affirme et installe ses marques. Sur le plan diplomatique, mais aussi dans la gouvernance politique au quotidien. Il a un septennat et comme on dit, celui qui veut aller loin, ménage sa monture. Un démarrage en trombe qui pourrait perturber la sous-région. Depuis juillet 2023, avec le coup d’État contre Mohamed Bazoum, au Niger, un état de fait s’était installé dans cette partie de l’Afrique, mettant face à face deux dynamiques politiques conflictuelles. D’un côté les États de la Cédéao, majoritairement des démocraties, et de l’autre l’Alliance des États du Sahel (AES) sous le joug de militaires, qui se sont servis de la crise du terrorisme pour réinstaller l’autoritarisme militaire dans les trois pays, qui, pensait-on, avaient définitivement épousé la démocratie au tournant de la décennie 1990. Cette situation a structuré les partenariats de la sous-région, avec des États qui s’étaient institués en « go-between » entre les deux blocs. Wadagni rebats les cartes. Peut-il réussir là où la Cédéao a essuyé sans cesse le refus des juntes ? Il bénéficie de circonstances favorables. Premièrement, la Cédéao n’a jamais renoncé à ramener le trio de l’AES au bercail. Les fins de non-recevoir répétées des juntes ne l’ont jamais découragé. Son tout nouveau médiateur pour l’AES, l’ancien Premier ministre de la Guinée, Lansana Kouyaté, est à l’œuvre. Il se démène comme il peut. Puis, il y a eu, le 25 avril 2026, le raid de la coalition FLA-Jnim sur plusieurs villes du Mali, dont Kati, le siège du pouvoir, qui s’est soldé par l’assassinat du puissant ministre de la Défense Sadio Camara. L’AES traverse depuis un moment des  incertitudes. Assimi Goïta peine à reprendre en main la situation, malgré le soutien réaffirmé de Moscou. À Ouagadougou, Ibrahim Traoré n’est pas en bien meilleure posture. La répression qu’il abat, sans discernement, sur des leaders religieux, jusque-là ses partisans fieffés, érode sa base sociale et fait enfler des rumeurs corrosives sur des mésententes au sommet du pouvoir militaire. Enfin, Wadagni, en initiant la détente avec l’AES, lève la mise en quarantaine du Bénin et favorise une reconfiguration des rapports diplomatiques dans cet espace en grande souffrance. Patrice Talon parti, Wadagni plus conciliant, s’ouvre donc une nouvelle ère de concorde entre Sahéliens et leurs voisins du golfe de Guinée ? C’est vrai qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Probablement que le dégel ne sera pas immédiat. Mais Wadagni donne un peu d’air à son pays. Avec le Niger, les transactions vont se normaliser, puisqu’elles ne s’étaient jamais vraiment arrêtées. Cette détente va faire du bien aux deux pays. Avec le Burkina, le Bénin aura de nouveau le droit de poursuite contre les terroristes, sur une partie du territoire burkinabè (qui échappe au contrôle de Ouagadougou), devenue depuis le sanctuaire de ceux qui régulièrement attaquent le septentrion béninois. Ce qui va donner une profondeur stratégique à Cotonou, pour mieux se prémunir des terroristes. Quid de Ouattara et de Tinubu, les bêtes noires de l’AES ? Au Nigeria, Tinubu s’apprête à affronter en février 2027 une présidentielle incertaine. Une éventuelle alternance au Nigeria élargirait le camp du dégel. Si l’AES survit jusqu’à cette date. Le régime de Ouattara sait se montrer pragmatique. Il n’a jamais fermé la porte à l’AES. Dans une nouvelle dynamique sous-régionale, il reste incontournable. Grand fournisseur d’électricité dans la sous-région, ce dont manquent cruellement le Mali et le Burkina Faso, c’est une de ses stratégiques cartes de visite. À lire aussiBénin: une semaine après avoir succédé à Patrice Talon, Romuald Wadagni cherche à imprimer sa marque À écouter aussiLes relations entre le Bénin et l'AES sur la voie de l'apaisement?

  8. May 30

    Diomaye-Sonko, ça n’a pas tenu, comme on le redoutait!

    L’inéluctable entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko a fini par se produire, au Sénégal. Le second limogé par le premier s’est replié à l’Assemblée nationale. Sonko, s’il avait eu le nez creux, l’Assemblée nationale était pour lui la planque idéale, dès le départ, pour attendre tranquillement 2029. Surtout après la victoire écrasante du Pastef, son parti, aux députations de novembre 2024. Sonko a cru, sans doute, que la meilleure façon de s’assurer que Diomaye, ne change pas d’avis et ne se pique pas de prendre goût au fauteuil présidentiel, c’était de le marquer à la culotte. D’assumer directement les prérogatives de l’exécutif avec Diomaye Faye, consentant à être, roi d’Angleterre, du moins au début. Mais le pouvoir change et celui qui est cause que quelqu’un devienne roi, court à sa perte, avait prévenu Machiavel Et ça n’a pas manqué, hélas ! Un système présidentialiste, comme celui du Sénégal, ne laisse de place à personne d’autre, en dehors du président de la République. Un Premier ministre, même exceptionnellement fort, reste un primus inter pares, rien de plus. Sonko a commencé à être à l’étroit au gouvernement. Puis, il y a eu le refus, de la Cour suprême, le 1er juillet 2025, d’annuler la peine qui le rend inéligible en 2029. Dès lors, pour Sonko, l’horizon politique s’assombri. Pire, il n’a pas eu l’impression que Diomaye Faye se souciait de ses problèmes. Alors, l’animal politique qui n’a jamais sommeillé en Sonko, se cabre. Les voies institutionnelles se fermant progressivement, il décide de se remettre en selle, par celles étroites de l’agite pop, quitte parfois à titiller les lignes rouges, comme les conditions qui ont entouré sa prise de l’Assemblée nationale. Sa casemate, désormais, par la force du nombre, sans craindre une éventuelle forfaiture, comme l’en accuse la squelettique opposition sénégalaise. Seul Diomaye Faye peut interroger le Conseil constitutionnel, sur la légalité de cette prise de l’Assemblée nationale. Il a décidé de ne rien faire, pour le moment. Diomaye Faye a décidé de ne rien faire peut-être par calcul ! Au pays de Lat Dior Diop, roi du Cayor, rien n’est jamais simple. Soit dit en passant, Lat Dior Diop, c’est un des héros de la lutte contre la pénétration coloniale au Sénégal du milieu du 19e siècle. Pour en revenir, à notre sujet ! Aligner les articles de la constitution et des lois subséquentes aide peu à bien se représenter ce qui se joue actuellement. Il y a deux acteurs et un but, pour paraphraser la devise du Sénégal. Diomaye Faye, madré et Sonko, « Djambar », l’ouragan, sont les deux acteurs. Le but ,c’est la présidentielle de 2029. Les deux acteurs ont des moyens différents ; le président Bassirou Diomaye Faye a les institutions et la loi, aussi. Ousmane Sonko la force de ses partisans déterminés dans un parti en ordre de marche et les transgressions qui ne lui font plus peur. Comment chacun peut-il user conséquemment de ses moyens ? Ousmane Sonko, avec l’Assemblée nationale, tient une place forte, incontestablement, même si son usage est fragilisé par plusieurs raisons : les moyens de l’OPA, la menace d’une dissolution et surtout en surplomb l’épée de crime de forfaiture au cas où une saisine du Conseil constitutionnel conclurait à l’illégalité de la réintroduction de Sonko comme député. De son côté, Diomaye Faye, semble prendre son temps. Débarrassé de l’encombrant Sonko, il veut, avec son nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, mettre de l’ordre dans les affaires économiques avec les institutions financières internationales. Il sait que le temps de la confrontation viendra, il s’y prépare, apparemment très bien entouré.

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Le coup d’œil aiguisé sur l’actualité de la semaine d’un observateur aguerri des soubresauts du monde. Ancien présentateur du 20h de la RTB au Burkina Faso, Newton Ahmed Barry démissionne en 1998 pour protester contre l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il est le co-fondateur en 2001 du journal d'investigation l'Événement où il s'applique à défendre son slogan : « l'information est un droit ». Chaque semaine, Newton Ahmed Barry analyse un fait marquant de l'actualité internationale et sa résonance avec le Continent. 

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